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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par jean françois
TERRESTRES

TERRESTRES

 

Stupeur pour ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas. Au-delà des apriori Xavier Ricard Lanata nous donne en présent une belle réflexion suite à l’incendie de la cathédrale de Paris dans la revue Terrestres revue des livres, des idées, des écologies.

 

Il démontre si besoin, que les énarques ne sont pas tous formatés, que les connaissances ne sont pas les ennemies de l’homme et que la suppression des lieux de formation des pseudo élites pour satisfaire à la médiocrité n’est pas une solution pour l’élévation des esprits, céder au populisme, au démocratisme, à l’égalitarisme, c’est céder à cette médiocrité  qui exclu l’esprit au profit du confort, cela ne rend pas les hommes plus fraternels et solidaires.

Faisons de la terre notre ciel.

Bonne lecture.

 

Jean-François.  

Xavier Ricard Lanata

Xavier Ricard Lanata

 

 

La forêt de Notre Dame a brûlé. Ses pierres sont calcinées. Quels que soient les progrès techniques accomplis depuis le temps des premiers bâtisseurs, sa restauration nous fournit l'occasion de retrouver les métiers oubliés et d'effectuer un salutaire « retour à la Terre » à moins qu'il ne s'agisse d'un envol. L'incendie de Notre-Dame nous invite à faire enfin de la Terre notre Ciel.

 

       Terrestres

 

Notre Dame s’en est allée, emportée par les flammes. Du moins sa forêt de chênes multi centenaires, sa flèche de bois et de plomb, ses gargouilles et sa voute de pierre calcaire. Toutes matières de notre Terre, façonnées à la main par des maîtres charpentiers s’y connaissant à soupeser la grume de bois, à en pressentir les creux et les pleins, à lire l’arbre en pleine terre et à en deviner les faiblesses et les forces, à en assembler les futs en une accolade savante et solide, pour porter le poids du ciel, abriter les peines et les joies des hommes assemblés sous ce dôme de poutres et solives. Maîtres maçons et tailleurs sachant caresser la pierre et prévenir son hoquet sous le marteau et le ciseau, en tirer les formes qu’elle tenait cachées, des formes qu’elle recélait comme autant de possibles, de le faire doucement sans l’effaroucher, sans la pousser à la fente, qui est la réponse de la pierre lorsque l’on viole son secret. 

Notre Dame s’en est allée et avec elle est morte une matière encore vivante, désormais réduite en cendres, que les artisans avaient magnifiée pour lui faire une place au banquet des hommes. Une nature façonnée, modelée, sculptée comme un joyau… Mais une nature tout de même qui geignait sous l’orage. Le bois « travaille » éternellement, les années n’entament pas sa vigueur, il se cabre et se tend, il plie et se redresse, la forêt murmure aux heures de chaleur, bourdonne de ce feu qui ne demande qu’à s’embraser. Vive est la forêt, vives les pierres chauffées à blanc, dont les liaisons internes, que l’on n’observe qu’à grand peine (au microscope à balayage électronique), se brisent lorsque les flammes les portent à une température trop élevée. Les pierres gèlent et se desquament sous la grêle et les pluies acides. 

Croyants, agnostiques ou athées, nous réunissions dans ses entrailles, trouvions à l’ombre de ses voûtes et de ses hauts vitraux un réconfort, ou l’observions de loin comme un massif de fleurs de pierres, de bronze, de zinc et de bois sculptés ; nous tous sommes bâtis du même bois, des mêmes pierres : fibres dans nos muscles ligneux, calcaire dans nos os, dressés sur nos jambes, tendus vers le ciel comme la lance de Violet le Duc, depuis qu’Homo est erectus. L’Evangile nous enseigne que nous sommes une cathédrale, un temple où l’Esprit a élu domicile. Et nous tirons de cette condition terrestre, le ressort véritable de notre spiritualité : c’est l’élan vers le soleil, c’est la marche vers l’horizon. L’Homme, pont tendu entre la Terre d’ici (les Quechua des Andes disent : Kay pacha) et la Terre d’en haut (Hanaq pacha), entre l’expérience douloureuse de la finitude et l’aspiration à l’infini : de cette contradiction nous tirons nos joies les plus fécondes, lorsque nous touchons à l’unité et qu’en un lieu, en une conscience, se trouvent mêlées toutes les dimensions de l’univers. Uni-versus, tendu vers l’Un, Universel. Notre Dame se prêtait à semblables communions, ses arbres et ses colonnes aux proportions gigantesques tout à la fois protégeaient et encourageaient nos élans. 

Demeurent tours et rosaces, et le Grand Orgue et le Trésor. Notre Dame à la belle étoile. Pour raccrocher la forêt au ciel, il faudra grand renfort de treuils et de poulies, et de quoi assembler les arbres (en a-t-on encore sous la main, de ce gabarit ? Il paraîtrait que oui ! C’est un miracle assurément, à l’heure où nos chênaies sont écumées par des acheteurs chinois ou coréens, qui s’y connaissent en grumes de toutes qualités, ne confondent pas l’écorce et l’aubier !), tenons et mortaises, étais et poinçons… Et puis, surtout, des maîtres charpentiers qui ne s’égarent pas dans ce fouillis de bras, parcourus de forces qui doivent tomber bien droit, à l’aplomb des murailles, pour éviter qu’elles ne s’écartent. 

La restauration de Notre Dame réveillera les savoirs oubliés, les métiers que l’on croyait révolus. C’est que l’art et la matière ne sont plus guère prisés. Non, n’allons pas restaurer Notre Dame à la mode de chez nous, n’en faisons pas une cathédrale du XXIème siècle par piété ! Ce siècle à peine né, déjà crépusculaire et menacé d’effondrement : tel est  notre monde, enivré de bits et de virtualités, qui ne sait plus quoi faire de toute cette matière vivante, de cette nature qui lui résiste, et s’enflamme, et se fait la belle. 

Puisse l’incendie sonner le réveil. Notre Dame nous conjure de ne pas oublier que nous sommes tous terrestres. A l’effondrement répondons avec l’énergie lumineuse des bâtisseurs, édifions un Cosmos, rendons à la nature ses droits, apprenons ses règles, sachons vivre selon ses exigences, en bons voisins : n’oublions pas les leçons des compagnons, faisons de la Terre notre Ciel. 

 

 

CURRICULUM VITAE

Formation : 

2015-2016 Ecole Nationale d’Administration

Décembre 2004 EHESS, Doctorat de 3ème cycle, Anthropologie Sociale et Ethnologie

Juin 1998 IEP de Paris, Section Service Public

Juin 1998 DEA de Philosophie, Paris X 

1993 – 1994  Première Supérieure (Khâgne) Lycée Henry IV. 

Etudes Secondaires Lycée International (Saint Germain en Laye) . Baccalauréat série C à option internationale (Espagnol).

Expérience professionnelle.

2017 – Administrateur civil. Direction Générale du Trésor

2010- 2014 Consultant indépendant , Prospective 2100. Participation à plusieurs exercices de prospective, notamment pour le compte du Ministère Français de l’Ecologie et du Développement Durable (élaboration d’un rapport sur la transition vers une économie écologique à l’intention du ministre).

2008 – 2014 Directeur des partenariats internationaux du Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD – Terre Solidaire), première ONG française de développement international (CA annuel de 40 millions d’euros). Suivi de 400 projets de développement dans 70 pays. Nombreuses missions de terrain. 

Gérant de Solidarité Internationale pour le Développement et l’Investissement (SIDI), une société de microfinance solidaire filiale du CCFD (CA de 15 millions d’euros), qui intervient dans une quarantaine de pays auprès d’entrepreneurs sociaux et d’institutions de microfinance (environ 100 partenaires, principalement en Afrique sub-saharienne).

2001-2007 Directeur Général Adjoint du Centre d’Etudes Régionales Andines Bartolomé de Las Casas (Cuzco-Pérou) (voir http://www.cbc.org.pe), ONG de droit péruvien (CA annuel de 1 millions d’euros). Direction de la revue scientifique mensuelle du Centre. 

2000 Chargé de recherche à l’Institut Français d’Afrique du Sud (IFAS) et à l’IRD. Missions de terrain au Zimbabwe et en Tanzanie

1998-2000 Chargé de mission, Programme de Conservation de la Biodiversité dans la moyenne vallée du Zambèze (Zimbabwe), FFEM-MAE-CIRAD.

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