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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par jean françois
A LA RECHERCHE D'UN NOUVEAU MONDE- Arthur Rimbaud - III-

A LA RECHERCHE D’UN NOUVEAU MONDE- Arthur Rimbaud -III-

 

 

Après Baudelaire et Verlaine, Arthur Rimbaud met fin à cette trilogie des poètes symbolistes, Rimbaud nous invite à la découverte d’un monde nouveau, une aventure extraordinaire dans le réel.

Lassé du monde ordinaire, identique, vulgaire et fade, par le dérèglement de ses sens il veut ouvrir la porte d’un nouveau monde, où les usines deviennent des lieux de spiritualité, où le gigantesque ébloui le regard. 

 

Ses hallucinations, deviennent des images du réel. Il se projette dans une démarche initiatique, une découverte de l’inconnu, de l’invisible, il lève les voiles pour un voyage vers son inconscient. Dans son monde surréaliste  mystique, ce monde de la découverte des mystères de l’univers, il touche à l’inouï, à l’inimaginable.

 

Ses poèmes deviennent la transcription de ses visions. Il voit, il contemple, les idées qui naissent de son interprétation des symboles. Il intensifie la Lumière, pour lui : « La grande Lumière commence à paraître. » (1) Il écrit :

 

« Je sais les cieux crevant en éclairs et les trombes. 

Et les ressacs et les courants » (2)

 

Ses vers sont le reflet des états de son âme, il est lyrique, naïf, puis solennel. Rimbaud est dans une démarche vers la lumière initiatique, vers son être intérieur, habitant du monde de l’esprit, ce chemin passe par une destruction du monde ordinaire.

Mais sa démarche artificielle soumise à l’absorption de substances, ne peut que le décevoir, il a des visions mais des visions éphémères, des visions qui lui demandent des efforts surhumains, son désir d’extases permanentes n’est pas tenable, il altère son retour à la vie normale, et détruit son harmonie, son équilibre.

 

Les premières œuvres de Rimbaud sont datées de 1865-1869, il cesse d’écrire en 1875 son dernier poème « Le bateau ivre » est le condensé de son parcours, peut-être influencé par le franc-maçon Jules Vernes et son « Vingt mille lieues sous les mers. »

Rimbaud a-t-il voulut échapper à ce qu’il considérait comme une sorte de chaos humain, ou un Léviathan dont il avait peur, voulait-il côtoyer l’univers des dieux, par une tentative ultime de purification, percevant alors l’impossible perfection, il sombra avec son « Bateau ivre », ultime et définitif son sommet de son art poétique.

 

Ce véritable alchimiste du verbe, n’a pas pu réaliser l’indispensable équilibre entre la matérialité et la spiritualité, son voyage s’est interrompu au sommet de l’échelle mystérieuse. Il y a chez lui comme un refus de ce qu’il considérait, je pense à tort, la médiocrité de la vie humaine. Mais le naufrage ne libère pas, l’amour de son soi, mène à l’amour des autres.

 

Jean-François. 

 

(1) Extrait Rituel Maçonnique, (2) Le Bateau Ivre A. Rimbaud. 

Le bateau ivre

Arthur Rimbaud

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

 

 

J’étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

 

 

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

 

 

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots
Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l’oeil niais des falots !

 

 

Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sûres,
L’eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

 

 

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

 

 

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l’amour !

 

 

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !

 

 

J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

 

 

J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

 

 

J’ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l’assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

 

 

J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D’hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux !

 

 

J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

 

 

Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

 

 

J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants.
– Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants.

 

 

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux…

 

 

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

 

 

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N’auraient pas repêché la carcasse ivre d’eau ;

 

 

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d’azur ;

 

 

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

 

 

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l’Europe aux anciens parapets !

 

 

J’ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
– Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles,
Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?

 

 

Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer !

 

 

Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

 

 

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

 

 

Arthur Rimbaud, Poésies

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