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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par jean françois
LE SILEX

SILEX

 

 

Cette pierre sédimentaire très dure, est composée de deux parties : un cœur, ou noyau sombre, et un cortex de calcédonite dispersant la lumière. Comme un être composé d’un esprit, d’une âme diront certains et d’une enveloppe de chair. 

L’ensemble formant une unité plus ou moins harmonieuse. La gangue du silex est plus ou moins épaisse, le silex est parfois employé comme matériau de construction pour sa dureté.

 

On peut facilement, je vous le concède, par un excès de syncrétisme, faire un rapprochement, jusqu’à trouver une analogie entre ce silex sédimentaire et la pierre brute de l’apprenti franc-maçon, cette pierre brute qui symboliquement n’est rien d’autre que lui-même.

 

Le profane qui erre aux alentours du temple et se rapproche du parvis, et animé par un désir de connaissance s’entend dire : frappez et l’on vous ouvrira, cherchez et vous trouverez, demandez et vous recevrez.

S’il entre, il pénètre dans un lieu sacralisé avec ses bagages, ses savoirs, ses certitudes, comparables aux sédiments constitutifs du silex, il est une pierre brute, engluée dans les préjugés vulgaires, dure et donc non polie. Il lui faudra toute son énergie, sa volonté pour éliminer la gangue qui dissimule le noyau, le centre, la substantifique moelle disait Rabelais, pour pouvoir visiter l’intérieur de lui-même suivant la formule alchimique V I T R I O L.

 

Ce n’est donc que par un lent travail de purification que l’apprenti éliminera non pas son enveloppe charnelle, mais les scories qui la dégrade, sachant qu’il sera toujours constitué de chair, de sang et d’esprit. Il atteindra le centre de sa pierre, en assumera les particules d’ombre, qui seront toujours impuissantes face à l’étincelle de lumière éternelle qui brûle en lui et le régénère en permanence. Son travail, puisqu’il croit en l’homme et sa capacité de perfectionnement c’est de reconstituer en lui la lumière dispersée, d’être habité par la lumière recevable par l’homme, pour devenir un être le plus éclairé possible.

 

Il entreprend, il commence en s’initiant un long voyage vers le centre de lui-même au moyen d’une succession de métamorphoses. Il va  découvrir,vivre le secret et les mystères de l’initiation, comme le firent avant lui, la longue chaîne des autres initiés. À l’instar du poète mystique Johannes Sheffler, mieux connu sous le pseudonyme de d’Angélus Silesius, l’Ange de Silex, ou encore l’Ange qui vient de Silésie. Celui qui a rompu la pierre, le Voyageur Chérubinique, qui a choisi de polir sa pierre, jusqu’à l’extrême en provoquant sur elle des chocs initiatiques, qui firent jaillir des étincelles de lumière en ciselant son esprit, jusqu’à un embrasement fulgurant atteignant son âme, jusqu’à atteindre des moments d’extase, d’illumination, d’égrégore diraient les francs-maçons, qui sont au-delà, plus hauts, plus intenses, que de simples moments de fraternité.

 

Angélus Silésius n’est pas seulement un mystique, comme Maître Eckhart ou Jacob Böhme, son chemin d’ascension spirituelle, est alchimique, c’est un itinéraire fait d’étapes qui le même vers la Rose mystérieuse, qui s’élève vers les hautes sphères de la spiritualité.

 

Il reste néanmoins proche de nous, son voyage se fait sur terre, il va simplement par la force de son élan spirituel à la rencontre de son âme et des âmes en général, il a en lui comme le profane qui frappe à la porte du temple, un désir de partir, c’est un marcheur spirituel. Qui veut installer en lui la spiritualité. Il s’est épris de Dieu, comme le franc-maçon de tradition s’est épris d’un principe qu’il appelle Grand Architecte de l’Univers. Sa distique 165 du Livre III, du Voyageur Chérubinique, l’exprime ainsi :

 

« Je souhaite être trois choses : illuminé comme un chérubin, calme comme un trône, enflammé comme un séraphin. »

 

En recherchant le principe, le centre, il recherche bien au-delà de ce principe, l’amour.

Aux yeux des dogmatiques religieux il est presque un hérétique, c’est sans doute pour cela qu’il suscita l’intérêt de philosophes comme Hegel, Heidegger, ou encore Spinoza considéré lui aussi comme hérétique par les religieux dogmatiques.

Il est conscient de sa qualité, de sa noblesse d’homme : 

 

« Ma suprême noblesse est que je peux sur terre être déjà un roi, un empereur, Dieu, tout ce que je veux. » Distique 146 Livre IV.

 

Il a en lui un désir de surhumanité, qui pourrait passer pour de l’orgueil, ce serait oublier que cela reste de l’ordre du désir, donc une voie de perfectionnement. Ce qui est essentiel chez lui c’est ce concept du voyage intérieur et des métamorphoses successives, pour espérer un accès possible à l’infini, il a la volonté de transformer le visible en invisible. Tout en restant conscient de ce qu’il est, et de son devoir si j’ose dire de revenir sur terre, dans le monde qui est le sien, celui des hommes, de porter un témoignage à travers sa poésie.

 

« Qu’es-tu homme, si tu ne reviens pas ? » 

 

« Si tu reviens à toi, mon âme, tu deviens ce que tu étais. »

 

Angélus Silésius est dans le désir de la reconstruction, de la régénération de son unité harmonieuse.

 

« Celui qui rentre au plus lointain de son être y retrouve une dignité immémoriale. »

 

Ce qui m’impressionne le plus dans les distiques d’Angélus Silésius, c’est leur beauté poétique, elle atteint un sommet comparable à la pureté et la beauté des neiges éternelles, comme dans la Rose est sans pourquoi.

 

Comment conclure ces quelques lignes, mieux que par un témoignage d’espérance, espérance du polissage de ce silex, qui n’incombe qu’à nous-mêmes, la distique 263 qui conclut le Voyageur Chérubinique nous ouvre la voie.

 

« Ami, en voilà assez. Et si tu veux en lire plus, va – et deviens toi-même le livre et l’essence. »

 

Ou encore dans la Rose est sans pourquoi :

 

« Ami, où que tu en sois, de grâce n’en reste pas là ! Tu dois passer d’une lumière à une autre lumière. »

Distique 232 Livre III. Cela rappelle le voyage initiatique du cantique des Oiseaux.

 

Jean-François Guerry.

 

 

 

Sources des citations Le voyageur chérubinique d’Angelus Silésius Préface et présentation de Maël Renouard Éditions Payot Rivages Poche. 508 pages 

 

La Rose est sans pourquoi extraits du voyageur chérubinique de Angélus Silésius Présenté par Christiane Singer chez Albin Michel. Collection les Carnets du Calligraphe.

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Bernard 12/01/2020 12:36

Bonjour, Merci pour ce travail rare sur le silex. Son côté tordu (torturé) n'est pas sans nous ressembler. Pour le tailler, il est quasi impossible d'en faire des pierres régulières (avec un ciseau et un burin). En construction il est accompagné, obligatoirement à cause de sa forme imparfaite, avec un liant (torchis). A déterminer maintenant le liant (fraternité, philosophie, bienveillance...) Mais il a ce petit plus qui fait le tout : Il produit l'étincelle, symbole de créativité. Il se pourrait bien qu'il symbolise plus justement l'Homme que la pierre taillée !?

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