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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le
LE SALUT SELON SPINOZA

LE SALUT SELON SPINOZA

 

 

C’est au terme de son Éthique dans le cinquième livre que Spinoza nous propose la synthèse de sa pensée, dans sa théorie du salut, bien différente de celles proposées par les religions. Cette théorie se rapproche de la voie initiatique maçonnique, chemin vers la Connaissance, la Lumière, la Vérité, la quête de la parole perdue.

Spinoza n’a réalisé son travail de réflexion dans son Éthique que dans un seul but tendre vers la félicité, la béatitude, dont la porte sera ouverte par le sésame de la juste Connaissance. Vincent Delègue écrit : 

 

« L’Éthique est un chemin que le lecteur doit suivre pas à pas pour pouvoir atteindre l’éternité, et toutes les démonstrations qui y sont développées n’ont pas d’autre but que de nous conduire à cet état de félicité éternelle. »

 

Comment parvenir à cette juste Connaissance, avec des ‘idées adéquates’, c’est-à-dire soumises au ciseau de la raison, avec l’aide des savoirs, c’est en sens que Spinoza séduit à la fois les athées, ceux qui ne sont pas ‘stupides’ et recherchent une élévation spirituelle, les plus convaincus d’entre eux parlent de spiritualité laïque, exonérée des dogmes religieux, mais reliée au sacré, il séduit les agnostiques qui doutent et trouvent dans cette philosophie une forme de propédeutique pour leur recherche de la Vérité, il séduit aussi les croyants pour peu qu’ils ne soient pas des intégristes dogmatiques, il touche ainsi à l’universel.

 

Spinoza considère les idées adéquates comme les plus justes, parce qu’elles sont proches de l’esprit divin, et de son reflet dans l’homme. Ses idées nous remplissent de joie, elles sont leviers pour parvenir ‘au salut’ Spinozien différent du salut des religions.

 

La promesse de l’éternité selon Spinoza est accessible par notre savoir, c’est pourquoi certains le considèrent comme un philosophe essentiellement rationaliste.

Cependant en nous rapprochant des idées divines, nous nous élevons au-dessus de notre condition humaine, nous participons de la nature dans sa totalité, nous dépassons nos limites, il n’y a plus de bornes pour nos pensées, notre imagination. Notre compréhension du divin, nous exalte, nous élève, on ne peut s’empêcher de voir une analogie avec le sublime grade de maître maçon, où l’on parle dans les rituels d’élévation, d’exaltation. Chacun y verra selon ses convictions personnelles, soit une exaltation des vertus les plus nobles, soit une élévation spirituelle, moment extatique.

 

L’éternité, le salut de Spinoza sont donc différents de la doctrine sotériologique des religions, pour lui il n’y a pas de séparation entre le corps et l’âme, l’âme ne va pas accomplir une seconde vie dans un monde à part, pourquoi ? Parce que Dieu possède deux idées de ce que nous sommes. La première est dans son esprit : elle constitue la forme parfaite de notre essence, c’est l’image que se fait Dieu de ce que nous sommes, comme elle est dans son entendement elle est donc éternelle. L’autre idée que Dieu se fait de nous est ce que nous incarnons ici et maintenant cette idée est limitée dans le temps elle disparaîtra avec nous à notre mort.

 

Le salut pour Spinoza passe non pas par la foi, ou les sentiments mais par la Connaissance. C’est grâce à cette Connaissance qu’il rejoint le divin, et qu’il est heureux. Pour Spinoza le salut a lieu dans cette vie maintenant toujours grâce à la Connaissance. L’homme peut accéder à une vie bonne sans être soumis, ni à la chute, ni à la récompense. Il n’y a donc ni enfer, ni paradis. L’homme peut atteindre à la Connaissance du divin dans cette vie. L’amour selon Spinoza est intellectuel, il n’est donc ni Eros, ni Philia mais Agapae, il n’est pas soumis aux passions, mais à la Connaissance du divin.

 

La liberté que ressent le sage pour Spinoza n’a donc rien à voir avec le libre arbitre. L’amour inconditionnel de Dieu par l’homme est possible par la conscience et l’acceptation de ses déterminations, cette acceptation est nécessaire pour qu’il puisse éprouver de la joie. L’homme l’accepte parce qu’il sait qu’il pourra augmenter son essence, qui est divine et se rapprocher de Dieu. 

On peut voir ici à la fois la connaissance de soi, de ses limites et sa possibilité de perfectionnement : ‘ j’ai encore à me perfectionner’. Plus l’homme accède à la connaissance de soi, plus il accède à la connaissance de l’autre et à l’amour de l’autre en passant du ‘je’ au ‘nous’ et plus accède à l’amour de la nature, plus il est libre et en harmonie avec le monde, « alors la joie sera dans les cœurs. »  Je laisse le mot de la fin au professeur Vincent Delègue :

 

« La joie véritable et durable procède de la connaissance, elle révèle l’éternité dont nous sommes porteurs, et constitue la fin du parcours engagé avec le philosophe qui a voulu montrer à tous le chemin de la vérité. Le but de l’Éthique est alors atteint : nous savons que Dieu agit en nous, qu’il est l’origine de notre essence, que nous pouvons connaître cette essence grâce à des idées adéquates qui nous font participer à l’éternité divine, et qu’alors nous possèderont une béatitude éternelle que rien jamais ne pourra diminuer. »

 

Jean-François Guerry. 

LE SALUT SELON SPINOZA

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