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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le
LES LUMIÈRES DE CONDORCET

Claude Galinier nous propose un travail sur Condorcet, une Lumière du siècle des Lumières.

 

Jean-François Guerry.

LES LUMIÈRES DE CONDORCET

Marie Jean Antoine-Nicolas CARITAT, Marquis de CONDORCET naquit le 17 Septembre 1743, à Ribemont, prés de Soissons, dans l'Aisne.

Sa mère, extrêmement dévote, avait voué ce fils au culte de la vierge Marie; ce qui explique que le malheureux Condorcet fut vêtu comme une fille jusqu'à l'âge avancé, même pour l'époque, de neuf ans.

Son père, Antoine CARITAT, Marquis de CONDORCET, était Capitaine d'Artillerie, issu d'une noble famille du Dauphiné, devenue Protestante, par vocation, pendant la Réforme, revenue plus tard au Catholicisme, par nécessité. Fierté et indépendance étaient les qualités dominantes de cette devait mourir quelques mois après la naissance de son fils, au cours d'un exercice, accidentellement.

CONDORCET fut donc élevé par sa mère, son grand père maternel, Paul GAUDRY, propriétaire terrien aisé et par son oncle paternel, Jacques-Marie, évêque successivement à Cap puis à Auxerre.

Il passe ses neuf premières années à Ribemont, avec sa mère, qui, Rousseauiste avant la lettre. veillera à ce que « son imagination ne s'imprégnât d'aucune erreur ».

Il aima, et même vénéra, cette mère peu intelligente, très dévote, mais d'une grande douceur et d'un grand dévouement.

Son oncle évêque lui imposa, à l'âge de neuf ans, un précepteur jésuite de son choix, qui, pendant deux ans lui enseignera les rudiments de l'instruction.

Puis, il le fera entrer à l'âge de onze ans, comme interne au collège des jésuites de Reims. C'est de cette période de sa vie que date sa haine des « pères », de leur enseignement, de la religion, qu'il rejette définitivement.

Cela ne l'empêche pas de faire de très brillantes études.

En 1758, il entre au Collège de Navarre, à Paris, le meilleur collège de son époque. C'est là qu'il aura la révélation des mathématiques et de ses abstractions, de ce langage qui lui conviendra totalement, et le passionnera jusqu'à la fin de sa vie. C'est, pour lui, « le monde de la liberté, de la sérénité où le bonheur ne dépend pas d'autrui ».

Il fait bientôt la preuve de sa prodigieuse intelligence mathématique, et devient, dés l'âge de dix-huit ans, un des grands « Géomètres » de son temps .

Rien ne le fera revenir sur sa décision de consacrer sa vie aux mathématiques, pas même l'autorité de son oncle évêque, qui voulait pour lui une carrière militaire, dans la tradition paternelle.

Après deux années consacrées à l'étude, à Ribemont, et devant sa détermination, on le laisse retourner à Paris, afin qu'il puisse suivre sa vocation.

C'est alors qu'il est remarqué par de grands géomètres comme Lagrange et surtout le prestigieux d'Alembert.

Il commence alors, à publier une suite de mémoires, soutenus par l'énumération serait fastidieuse ; il entre à l'Académie des Sciences avec le rang d'associé.

Malgré cette fulgurante carrière universitaire, et peut-être à cause d'elle, ce grand jeune homme offre un aspect enfantin, respirant la simplicité et la bonté.

Il fréquente peu les salons, essentiellement ceux de Julie de l'Espinasse, l'amie de d'Alembert, et d'Amélie Suard, qui deviendra sa confidente.

D'Alembert ne sera pas seulement son mentor en géométrie, mais aussi en philosophie, en humanisme. Condorcet s'imprégnera, grâce à lui, de l'esprit des Lumières, et sera présenté à Voltaire, à l'occasion d'un voyage à Ferney. Il sera l'héritier des Encyclopédistes, le dernier d'entre eux.

Il communiera avec ses pères spirituels dans une même révolte contre les parlements tyranniques, qui avaient condamné et fait supplicier Callas, Sirven, le Chevalier de La Barre, il combat avec véhémence, toutes les injustices.

Il lutte contre l'intolérance, contre les abus, réclame la sûreté des personnes et des biens, la liberté du livre et de la presse, la juste répartition des impôts, la réforme d'une justice boiteuse, partiale, et cruelle, les libertés du commerce et de l'industrie, tout ce qui semble les nécessités mêmes de nos sociétés modernes.

Il faut assurer la liberté civile, la liberté de pensée, Il faut définir les droits de l'homme, il faut même les déclarer. Il faut discuter et voter une Constitution, qui assure l'exercice de ces droits et qui fasse de l'État le représentant de la Nation, et non celle d'un homme ou d'une caste.

Telle est la doctrine de Condorcet. Il a même créé une association se donnant pour but l'abolition de l'esclavage des noirs, où se retrouvaient la plupart de ceux qui deviendront les Girondins.

Il est pratiquement impossible de résumer dans un exposé nécessairement bref, tous les contacts, toutes les œuvres, tant scientifiques que bourreau de travail que fut toute sa vie Condorcet.

Dés 1772, il méditait sur le calcul des probabilités, que l'on ne songeait, jusqu'alors, à appliquer qu'aux jeux de hasard, et pressentait l'étendue et l'intérêt que pourraient avoir les applications de ce calcul à la vie sociale statistiques démographiques, économiques, etc.

En 1774, il entreprend de parfaire l'« Ars conjectandi », de Bernouilli. Ainsi, le premier, il étudie le fait humain par des méthodes scientifiques, et crée les « Sciences Humaines et Politiques », désacralisant l'idée de l'homme, telle qu'elle est conçue à l'époque, démarche en tous points contraire à celle du christianisme, il annonce même, déjà, les Instituts de sondages.

Ses efforts sont récompensés le 6 Mars 1773, par son « adjonction », terme consacré à l'époque. au Secrétariat de l'Académie des Sciences.

Le 10 Mai 1774, Louis XV meurt, et, en Juillet, Turgot, dont il était l'ami, est nommé Ministre de la Marine, puis, en Août, Ministre des Finances, Ministre d'État. Il appelle aussitôt Condorcet auprès de lui. C'est à partir de là que se développera son goût pour l'exercice du pouvoir, qui, malheureusement, lui sera fatal.

Mais comment refuser cet exercice quand on a tant d'idées novatrices à mettre en pratique, pour le plus grand bien de l'Humanité ? Et comment prévoir un phénomène aussi exceptionnel et aussi brutal que la Révolution ?

Condorcet essaie, notamment, avec plus ou moins de succès, de libérer la circulation des grains, d'améliorer la circulation fluviale, de mettre en chantier des canaux reliant la Saône et la Loire. 11 inventera même un brise glaces, pour que la circulation ne soit pas entravée sur la Seine pendant les mois d'Hiver. 11 met en route une unification des poids et mesures pour favoriser les échanges commerciaux intérieurs et extérieurs. Il est, sur le plan économique, très libéral, dans la ligne des physiocrates.

Cette collaboration resserre encore ses liens d'amitié avec Turgot, qui, en 1775, lui donne la charge d'Inspecteur des Monnaies, qui est assortie de la jouissance d'un appartement de fonction somptueux à l'Hôtel des Monnaies.

En Août, il est nommé Secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences Vient ensuite l'épisode de la rivalité entre Turgot et Necker, au cours de laquelle la fidélité de Condorcet pour son ami ne se démentira jamais.

Malheureusement. cela n'empêchera pas la chute de Turgot en Mai 1776.

Condorcet éprouve une grande amertume de voir l'intrigue triompher de la vertu.

Dans les années qui suivent, Condorcet va perdre ses amis les plus chers, Julie de l'Espinasse, et ses pères spirituels.

C'est ainsi qu'il va demeurer, lui seul, l'excellence, le « Condor », ainsi que d'Alembert l'avait surnommé, mais aussi le plus solitaire, le successeur des Encyclopédistes, dont sera, en fait le dernier.

Le 10 Février 1778, après 28 ans d'absence, Voltaire revient à Paris, pour y faire jouer Irène, sa dernière pièce. C'est un triomphe personnel, car la pièce, si l'on en croit Condorcet, n'est pas un modèle du genre.

Peu de temps après, Voltaire est reçu solennellement à la Loge des « Neufs Sœurs », lors d'une cérémonie empreinte d'émotion. Il meurt le 30 Mai 1778.

Julie disparue, d'Alembert vieillissant et dépressif, Condorcet fait de nouvelles connaissances Madame de La Rochefoucauld d'Enville, tenait un salon réputé à La Roche Guyon, ou l'on voyait son fils, le Duc de La Rochefoucauld, qui deviendra un ami intime de Condorcet.

Madame Helvétius, veuve de l'astronome, tenait salon à Auteuil, où venait fréquemment Benjamin Franklin, son voisin de Passy. Condorcet connaissait déjà bien Franklin, qui était ami de Turgot. C'est chez Madame Helvétius qu'il fit aussi la connaissance de La Fayette.

Le 21 Janvier 1782, grâce à l'appui chaleureux et paternel de d'Alembert et à ses qualités manœuvrières, Condorcet est élu à l'Académie Française, en dépit de son athéisme militant. Ce sera la dernière satisfaction de ce père spirituel, qui s'éteint le 29 Octobre 1783.

Ses maîtres disparus, Condorcet devient maître à son tour, à l'âge de quarante-deux ans, et patronne de jeunes talents comme Desgeneues et Cabanis.

Il est fait membre de plusieurs Académies étrangères, et Benjamin Franklin, quelques semaines avant de s'embarquer pour l'Amérique, recommande à la Société américaine de Philosophie, de coopter cet homme prestigieux.

Le 28 Décembre 1886, après un coup de foudre et une cour de quelques l'intelligence de Sophie, attira tous les philosophes et les savants de l'Europe éclairée Jefferson, Paine, Bulle, petit fils de Franklin, en particulier. Les plus jeunes, sont Cabanis, Garat, Volney, Benjamin Constant. On les appellera plus tard, les Idéologues.

C'est à ce moment particulièrement heureux de sa vie, où il a, vraiment tout pour l'être, que va s'enclencher inexorablement, sur fond de crise économique majeure, le processus menant à la Révolution où tout vacille, tout bascule, qui aboutira à la Terreur, et où il finira par sombrer lui aussi.

Il serait passionnant, mais beaucoup trop long de retracer ici les divers épisodes de la Révolution et le rôle éminent qui fut celui de Condorcet, député à l'Assemblée Législative, puis à la Convention.

Si l'on essaie de suivre son action, on constatera qu'il est toujours resté fidèle à ses valeurs, qu'il ne s'est jamais renié.

Mais, dans une conjoncture aussi complexe et aussi brutale, un philosophe et un homme de bien comme lui, ne pouvait trouver le fil politique qui lui permettrait de tout concilier, et d'avoir une ligne d'action logique.

Seul événement heureux, dans cette période atroce, la naissance d'Eliza. en Mai 1790. Que ne s'est il retiré, à ce moment, pour vivre une vie familiale paisible

Alors que ses amis, devant sa fougue pour défendre les grandes causes pour lesquelles il s'était passionné, l'avaient surnommé « le mouton enragé », il va devenir, face aux incohérences et aux injustices de la Révolution, aussi passionné que ceux qu'il critique à juste titre, mais, ce faisant, il perd sa sérénité et beaucoup de ses amis.

Son dernier acte officiel est un projet de Constitution, qui tombant au milieu des luttes pour le pouvoir, et de la politique politicienne, passera complètement inaperçu.

Victime de la vindicte de Robespierre, il sera l'objet d'un mandat d'arrêt le 8 Juillet 1793

ll est alors contraint de fuir, et sera caché rue des Fossoyeurs, actuellement rue Servandoni, chez une veuve admirable, consciente du risque qu'elle prenait, Madame Vernet,

C'est pendant cette période de vie recluse qu'il écrira son « Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'Esprit humain », reprenant, enfin apaisé, son travail de Philosophe.

En établissant le bilan du « Progrès de l'Esprit humain », Condorcet évoque l'affranchissement progressif de l'Homme, d'abord soumis aux certitudes: religieuses, et peu à peu libéré par la raison, en une sorte de mouvement continu, qu'il appelle le progrès.

L'avenir de l'esprit humain n'est pas dans l'humilité de l'observance, mais dans le désir de savoir, dans la volonté de réfléchir et de discuter. L'observation et l'expérience nous prouvent que l'égoïsme mal compris peut se retourner contre nous, et que notre intérêt personnel est lié à l'intérêt général.

La Loge « Les Neuf Sœurs », dont Franklin fut, à une période, le Vénérable, et qu'aurait sûrement fréquentée Condorcet s'il avait été Maçon, ne mentionne nulle part son appartenance.

Certains voient mal le caractère athée et le matérialisme scientiste de Condorcet, s'accommoder des idéaux de la Franc Maçonnerie.

D'autres, au contraire, affirment qu'il appartint à la. Loge des Neuf sœurs, mais que Benjamin Franklin, en retournant en Amérique, aurait emporté les documents susceptibles de prouver cette appartenance, et que ceux-ci se trouveraient actuellement à Philadelphie.

Quoi qu'il en soit, si l'on se réfère à l'œuvre philosophique et aux actions menées par Condorcet, il ne fait pas de doute que la Maçonnerie ne peut que le revendiquer comme l'un des siens.

Question des rapports de Condorcet avec la Croyance avec les Pères Jésuites du Collège de Reims. Délation, sanctions physiques.

Rejet de la Croyance en même temps que de cette Religion que les Pères lui avaient fait abhorrer (Jeter le Bébé avec l'eau du bain). La « Tyrannie exercée sur les âmes », qu'évoque Voltaire dans sa Prière à Dieu.

On ne peut pas penser qu'un esprit aussi supérieur, se complaisant dans les plus hautes abstractions mathématiques n'ait pas trouvé cette Déité, (Maître Heckhart.), cette « Certitude qui échappe au doute. Mais comment expliquer ce que l'on ne peut exprimer de Saint Augustin.

LES LUMIÈRES DE CONDORCET

Merci à Claude pour cet éclairage sur Condorcet, l'on voit ici comment ce personnage a réussi à s'émanciper des dogmes et des contraintes religieuses de son époque.

 

Il saura s'affirmer et 'penser par lui-même'. Apôtre de la tolérance, de l'abolition de l'esclavage, homme persuadé du potentiel de perfectionnement de l'homme et de l'humanité.

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claudius 15/06/2020 14:55

La stupidité des révolutionnaires en 1793, est telle, que ce sont les médiocres qui emprisonnent Condorcet, ce brillant scientifique et il en meurt à 50 ans dans une sordide cellule. Ainsi va le Monde à différentes époques, et la nôtre précisément en cette pandémie n'y échappe pas. Au lieu de rassembler tous les niveaux de culture, ils se divisent,ceux qui ont un besoin urgent d'acquérir des connaissances en vue de s'intégrer dans la société, manifestent leur hargne en déboulonnant des statues d'hommes qui ont fait l'histoire de la France, s'ils ont agis par manque d'humanité à leur époque, il est de notre devoir aujourd'hui de ne pas commettre les mêmes erreurs!!!!
C'est à tous les incultes se croyant rejetés de la société, les décrochés des études,de se découvrir une volonté d'enrichir leur esprit,afin de s'intégrer dans une économie partagée, leur permettant d'obtenir des moyens d'existence pour un mieux vivre !!! S'ils n'ont pas compris, ils ne resterons que des assistés aigris, mais qu'ils sachent que l'assistanat a des limites, la tolérance n'est pas éternelle.
Il nous faut des dirigeants énergiques et compétents pour rassembler toutes les différences et gérer les plus criardes.
Claudius
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