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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par Jean-François Guerry
Manuscrit Halliwell -Le RÉGIUS

Manuscrit Halliwell -Le RÉGIUS

 

 

DROITS ET DEVOIRS PARTIE II.

 

Après avoir consacré l’essentiel de la première partie de ce « devoir » un peu scolaire aux Droits de l’Homme, franc-maçon je suis au pied du mur pour essayer modestement de répondre à une question n’avons-nous pas trop de Droits et pas assez de Devoirs, ou plutôt ne sommes-nous pas toujours à réclamer plus de Droits et à ignorer le Devoir, nos devoirs.

Pouvons-nous mettre en miroir systématiquement les droits et les devoirs ? Cette affirmation est nourrie par le sentiment actuel d’insécurité, l’impunité de certains actes d’incivilités qui amplifie cette insécurité. La tolérance apparente pour les petits délits, incline de plus en plus de manière parfois démagogique à ne pas respecter les droits et surtout les devoirs. Nous considérons aussi la justice trop laxiste avec certains et trop sévère avec d’autres, oubliant que justice n’est pas justesse et que la justice sans éthique est désincarnée. Autant de questions que tous les hommes en général sont en « droit » de se poser et les francs-maçons en particulier qui se posent en défenseurs de la justice et de la vertu, adeptes de la tolérance sans faiblesse, sans laxisme, de la tempérance dans les biens de ce monde. Ils travaillent en loge en force, sagesse et beauté, la joie au cœur et portent ces messages dans le monde, leur volonté changer l’homme pour changer la société.

 

Le devoir est un don, il peut se concevoir par rapport à une dette dans un raisonnement marchand, mais l’on peut concevoir de faire un don sans rien attendre en retour, c’est le cas du don anonyme pratiqué par les francs-maçons, « tu donneras selon tes moyens sans ostentation, de manière à ne pas enorgueillir celui qui donne et humilier celui qui reçois. »

Ainsi à contrario les GAFAM donnent avec ostentation dans des fondations qu’ils ont créées et qui renforcent leur image donc leurs profits c’est le système des pays qui imposent peu ou pas les sociétés et qui favorise les fondations. (C’est aussi un travers de certains francs-maçons du nouveau monde, être franc-maçon aux États-Unis est un titre honorifique, qui permet de se constituer un réseau professionnel, on achète souvent ses grades initiatiques.)

C’est une forme d’humiliation des contribuables anonymes qui au final donnent beaucoup plus à la société en fonction de leurs moyens. L’alibi des « petits » contribuables qui se justifie par l’adage trop d’impôts tue l’impôt, sert en fait à justifier l’optimisation fiscale des grandes sociétés et leur permet d’échapper à l’impôt par ruse. C’est exactement ce que dénonce la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1795 dans son Art 7- « Celui qui, sans enfreindre ouvertement les lois, les élude par ruse ou par adresse, blesse les intérêts de tous : il se rend indigne de leur bienveillance et de leur estime. »

Cela pourrait inciter à la réflexion notre ministre des finances publiques, quand il offre la possibilité de négociation de leurs turpitudes aux gros fraudeurs, possibilité qu’il ne propose pas la plupart du temps aux petits contribuables, ne pouvant se défendre avec une armée de fiscalistes finalement rétribués par les impôts impayés par leurs clients.

Les francs-maçons spéculatifs, les francs-maçons acceptés, ceux qui ont succédés aux opératifs c’est-à-dire aux compagnons bâtisseurs des Cathédrales, les passeurs de lumière ont des textes fondateurs de leur fraternité, des statuts, des old charges, des anciens devoirs, pour la plupart inspirés des cathéchismes religieux, eux-mêmes inspirés des commandements reçus par Moïse dans le désert, ces commandements moraux, sont sans doute les premiers devoirs qui s’imposèrent naturellement à l’homme en général, en quelque sorte une morale universelle.

L’on m’objectera que le droit est individuel et que le devoir est toujours défini par rapport à un critère, à une norme, à une loi, donc la production d’un groupe, d’un pays plus loin encore d’un pouvoir. Il n’y aurait pas de devoirs sans dogme, est-il impossible de concevoir des devoirs qui soient consubstantiels à l’homme ayant réalisé son unité, certes il fera partie d’un sous-groupe humain, qui croit dans le perfectionnement de l’homme et de l’humanité.

Le manuscrit Orckard Halliwell nommé Régius daté de 1390, son origine est bien sûr bien antérieure à cette date, ainsi que les injonctions faites aux hommes du métier, c’est dans le fond de la librairie Halliwell qu’il fût découvert, il est aujourd’hui à la British Library. C’est probablement un clerc qui compila les préceptes en un poème de 794 vers octosyllabiques pour en faciliter la diffusion, ces vers sont écrits en langue médiévale du sud-ouest de l’Angleterre. Son contenu est à la fois historique, on y trouve les évocations concernant les 4 couronnés, la Tour de Babel, les 7 arts libéraux dont la géométrie d’Euclide, et un ensemble de Rites liés au travail.

C’est sans conteste René Dez qui effectua le meilleur travail sur ce manuscrit, travail publié sous le titre évocateur de : « Régius : Manuscrit 1390 ; première lueur de l’aube au pied des cathédrales, la chartre la plus ancienne des francs-mestiers de bâtisseurs. (Librairie du Compagnonnage-Paris 1987)

Les devoirs décrits dans le Régius sont un chant d’espérance qui perdure dans le temps, le symbolisme de la construction qui relie les compagnons et les francs-maçons en particulier, relie aussi tous les hommes croyants en leur perfectionnement individuel et le perfectionnement de l’humanité.

 

Quelques, des catéchismes anciens des compagnons bâtisseurs.

D’abord le manuscrit Orckard Halliwell dit Régius pour extraits :

 

Article 1.

Le premier article de cette géométrie;-
Le maître maçon doit être digne de confiance
A la fois constant, loyal et vrai,
Il ne l'aura alors jamais à regretter;
Tu dois payer tes compagnons selon le cours,
Des victuailles, tu le sais bien;
Et paie les justement, et de bonne foi,
Ce qu'ils peuvent mériter;
Et évites soit par amour soit par crainte,
D'aucune des parties d'accepter des avantages;
Du seigneur ni du compagnon, qui que ce soit,
D'eux tu ne prends aucune sorte de paiement;
Et en juge tiens-toi intègre,
Et alors aux deux tu rendras leur bon droit;
Et véritablement fais ceci où que tu ailles,
Ton honneur, ton profit, sera le meilleur
.

 


Article 3.

Le troisième article est en vérité,
Que le maître ne prenne aucun Apprenti,
Sauf s'il peut lui assurer de le loger
sept ans chez lui, comme je vous dis,
Pour apprendre son métier, qui soit profitable ;
En moins de temps il ne sera pas apte


Au profit du seigneur, ni le sien
Comme vous pouvez le comprendre par bonne raison.

 

     Article 6.

Le sixième article vous ne devez pas manquer
Que le maître ne doit pas porter préjudice au seigneur,
En prenant au seigneur pour son Apprenti,
Autant que reçoivent ses compagnons, en tout,
Car dans ce métier ils se sont perfectionnés,
Ce que lui n'est pas, vous devez le comprendre.
Ainsi il serait contraire à bonne raison,
De prendre pour lui égal salaire à celui des compagnons.
Ce même article dans ce cas,
Ordonne que son Apprenti gagne moins
Que ses compagnons, qui sont parfaits.
Sur divers points, sachez en revanche,
Que le maître peut instruire son Apprenti tel,
Que son salaire puisse augmenter rapidement,
Et avant que son apprentissage soit terminé,
Son salaire pourrait s'améliorer de beaucoup.

 

Article 7.

Le septième article que maintenant voici,
Vous dira pleinement à tous ensemble,
Qu'aucun maître ni par faveur ni par crainte,
Ne doit vêtir ni nourrir aucun voleur.
Des voleurs il n'en hébergera jamais aucun,
Ni celui qui a tué un homme,
Ni celui qui a mauvaise réputation,
De crainte que cela fasse honte au métier.

Article 10.

Le dixième article sert à savoir,
Parmi tous dans le métier, grands ou modestes,
Qu'aucun maître ne doit supplanter un autre,
Mais être ensemble comme des frères,
Dans ce singulier métier, tous quels qu'ils soient,
Qui travaillent sous un maître maçon.
Ni doit il supplanter aucun homme,
Qui s'est chargé d'un travail,
La peine pour cela est tellement forte,
Qu'elle ne pèse pas moins de dix livres,
A moins qu'il soit prouvé coupable,
Celui qui avait d'abord pris le travail en main;
Car nul homme en maçonnerie
Ne doit supplanter un autre impunément,
Sauf s'il a construit de telle façon,
Que cela réduit l'ouvrage à néant;
Alors un maçon peut solliciter ce travail,
Pour le sauver au profit des seigneurs
Dans un tel cas, si cela arrivait,
Aucun maçon ne s'y opposera.
En vérité celui qui a commencé les fondations,
S'il est un maçon habile et solide,
A fermement dans l'esprit,
De mener l'Œuvre à entière bonne fin.

 


Article 15.

Le quinzième article est le dernier,
Car pour le maître il est un ami ;
Pour lui enseigner qu'envers aucun homme,
Il ne doit adopter un comportement faux,
Ni suivre ses compagnons dans leur erreur,
Quelque bien qu'il puisse y gagner ;
Ni souffrir qu'ils fassent de faux serments,
Par souci de leurs âmes,
Sous peine d'attirer sur le métier la honte,
Et sur lui-même un blâme sévère.

Divers statuts.

Dans cette assemblée des points furent adoptés en plus,
Par de grands seigneurs et maîtres aussi.
Le premier point veut que celui qui voudrait connaître ce métier
et l'embrasser,
Doit bien aimer Dieu et la sainte église toujours,
Et son maître aussi avec qui il est,
Où qu'il aille par champs ou par bois,
Et aimes aussi tes compagnons,
Car c'est ce que ton métier veut que tu fasses.

Second point.

Le second point,
Que le maçon travaille le jour ouvrables,
Aussi consciencieusement qu'il le pourra,
Afin de mériter son salaire pour le jour de repos,
Car celui qui a vraiment fait son travail,
Méritera bien d'avoir sa récompense.

Troisième point.

Le troisième point doit être sévère,
Avec l'apprentis, sachez le bien,
Le conseil de son maître il doit garder et cacher,
Et de ses compagnons de bon gré ;
Des secrets de la chambre il ne parlera à nul homme,
Ni de la loge quoi qu'ils y fassent ;
Quoi que tu entendes ou les vois faire,
Ne le dis à personne où que tu ailles ;
Les propos dans la salle, et même au bosquet,
Gardes les bien pour ton grand honneur,
Sans quoi cela tournera pour toi au blâme,
Et apportera au métier grande honte.

Quatrième point.

Le quatrième point nous enseigne aussi,
Que nul homme à son métier sera infidèle ;
Aucune erreur il n'entretiendra
Contre le métier, mais y renoncera ;
Ni aucun préjudice il causera
A son maître, ni à son compagnon ;
Et bien que l’Apprenti soit tenu au respect,
Il est toutefois soumis à la même loi.

Cinquième point.

Le cinquième point est sans nul doute,
Que lorsque le maçon prendra sa paie
Du maître, qui lui est attribué,
Humblement acceptée elle doit être ;
Cependant il est juste que le maître,
L'avertisse dans les formes avant midi,
S'il n'a plus l'intention de l'employer,
Comme il le faisait auparavant ;
Contre cet ordre il ne peut se débattre,
S'il réfléchit bien c'est dans son intérêt

Sixième point.

Le sixième point doit être bien connu,
De tous grands et modestes,
Car un tel cas pourrait arriver;
Qu'entre quelques maçons, sinon tous,
Par envie ou haine mortelle,
S'éclate une grande dispute.
Alors le maçon doit, s'il le peut,
Convoquer les deux parties un jour fixé;
Mais ce jour-là ils ne feront pas la paix,
Avant que la journée de travail soit bien finie,
Un jour de congé vous devez bien pouvoir trouver,
Assez de loisir pour placer la réconciliation,
De peur qu'en la plaçant un jour ouvré
La dispute ne les empêche de travailler;
Faites en sorte qu'ils en finissent.
De manière à ce qu'ils demeurent bien dans la loi de Dieu.

 

Septième point.

Le septième point pourrait bien dire,
Comment bien longue vie Dieu nous donne,
Ainsi il le reconnaît bien clairement,
Tu ne coucheras pas avec la femme de ton maître,
Ni de ton compagnon, en aucune manière,
Sous peine d'encourir le mépris du métier;
Ni avec la concubine de ton compagnon,
Pas plus que tu ne voudrais qu'il couche avec la tienne.
La peine pour cela qu'on le sache bien,
Est qu'il reste Apprenti sept années pleines,
Celui qui manque à une de ces prescriptions
Alors il doit être châtié;
Car un grand souci pourrait naître,
D'un aussi odieux péché mortel.

Huitième point.

Le huitième point est, assurément,
Si tu as reçu quelque charge,
A ton maître reste fidèlement soumis,
Car ce point jamais tu ne le regretteras ;
Un fidèle médiateur tu dois être,
Entre ton maître et tes compagnons libres ;
Fais loyalement tout ce que tu peux,
Envers les deux parties, et cela est bonne justice.

Neuvième point.

Le neuvième point s'adresse à celui,
Qui est l'intendant de notre salle,
Si vous vous trouvez en chambre ensemble,
Servez-vous l'un l'autre avec calme gaieté;
Gentils compagnons, vous devez le savoir,
Vous devez être intendant chacun à votre tour,
Semaine après semaine sans aucun doute,
Tous doivent être intendant à leur tour,
Pour servir les uns et les autres aimablement,
Comme s'ils étaient sœur et frère;
Nul ne se permettra aux frais d'un autre
De se libérer pour son avantage,
Mais chaque homme aura la même liberté
Dans cette charge, comme il se doit;
Veille à bien payer tout homme toujours,
A qui tu as acheté des victuailles,
Afin qu'on ne te fasse aucune réclamation,
Ni à tes compagnons à aucun titre,
A tout homme ou femme, qui que ce soit,
Paies les bien et honnêtement, nous le voulons;
A ton compagnon tu en rendras compte exacte,
De ce bon paiement que tu as fait,
De peur de le mettre dans l'embarras,
Et de l'exposer à un grand blâme.
Toutefois bon comptes il doit tenir
De tous les biens qu'il aura acquis,
Des dépenses que tu auras fait sur le bien de tes compagnons,
Du lieu, des circonstances et de l'usage;
De tels comptes tu dois rendre,
Lorsque tes compagnons te les demandent.

Dixième point.

Le dixième point montre la bien bonne vie,
Comment vivre sans souci ni dispute;
Si le maçon mène une vie mauvaise,
Et dans son travail il est malhonnête,
Et se cherche une mauvaise excuse
Il pourra diffamer ses compagnons injustement,
Par de telles calomnies infâmes
Attirer le blâme sur le métier.
S'il déshonore ainsi le métier,
Vous ne devez alors lui faire aucune faveur,
Ni le maintenir dans sa mauvaise vie,
De peur que cela ne tourne en tracas et conflit;
Mais ne lui laissez aucun sursis,
Jusqu'à ce que vous l'ayez contraint,
A comparaître où bon vous semble,
Où vous voudrez, de gré ou de force,
A la prochaine assemblée vous le convoquerez,
A comparaître devant tous ses compagnons,
Et s'il refuse de paraître devant eux,
Il lui faudrait renoncer au métier;
Il sera alors puni selon la loi
Qui fut établie dans les temps anciens.

Onzième point.

Le onzième point est de bonne discrétion,
Comme vous pouvez le comprendre par bonne raison;
Un maçon qui connaît bien son métier,
Qui voit son compagnon tailler une pierre,
Et qu'il est sur le point d'abîmer cette pierre,
Reprends-la aussitôt si tu le peux,
Et montre-lui comment la corriger,
Pour que l’œuvre du seigneur ne soit pas abîmé,
Et montre-lui avec douceur comment la corriger,
Avec de bonnes paroles, que Dieu te prête;
Pour l'amour de celui que siège là-haut,
Avec de douces paroles nourris son amitié.

Douzième point.

Le douzième point est d'une grande autorité,
Là où l'assemblée se teindra,
Il y aura des maîtres et des compagnons aussi,
Et d'autres grands seigneurs en grand nombre;
Il y aura le shérif de cette contrée,
Et aussi le maire de cette cité,
Il y aura des chevaliers et des écuyers,
Et aussi des échevins, comme vous le verrez;
Toutes les ordonnances qu'ils prendrons là,
Ils s'accorderont pour les faire respecter,
Contre tout homme, quel qu'il soit,
Qui appartient au métier beau et libre.
S'il fait quelque querelle contre eux,
Il sera arrêté et tenu sous garde.

Treizième point.

Le treizième point requiert toute notre volonté,
Il jurera de ne jamais voler,
Ni d'aider celui dans cette mauvaise profession,
Pour aucune part de son butin,
Et tu dois le savoir ou alors pécher,
Ni pour son bien, ni pour sa famille.

Quatorzième point.

Le quatorzième point est excellente loi
Pour celui qui sera sous la crainte;
Un bon et vrai serment il doit prêter là,
A son maître et ses compagnons qui sont là;
Il doit être constant et fidèle aussi
A toutes ces ordonnances, où qu'il aille,
Et a son seigneur lige le roi,
De lui être fidèle par-dessus tout.
Et tous ces points ci-dessus
A eux tu dois être assermenté,
Et tous prêteront le même serment
Des maçons, de gré ou de force.
A tous ces points ci-dessus,
Ainsi que l'a établie une excellente tradition.
Et ils enquêteront sur chaque homme
S'il les met en pratique de son mieux,
Si un homme est reconnu coupable
Sur l'un de ces points en particulier;
Qu'on le recherche, quel qu'il soit,
Et qu'il soit amené devant l'assemblée.

Quinzième point.

Le quinzième point est excellente tradition,
Pour ceux qui auront là prêté serment,
Cette ordonnance qui fut arrêtée par l'assemblée
De grands seigneurs et maîtres dont on a parlé;
Pour ceux qui soient désobéissants, je sais,
A la présente constitution,
De ces articles qui y furent édictés,
Par de grands seigneurs et maçons ensemble,
Et si leurs fautes sont mises au jour
Devant cette assemblée, tantôt,
Et s'ils ne veulent pas s'en corriger,
Alors ils doivent abandonner le métier;
Et jurer de ne plus jamais l'exercer.
Sauf s'ils acceptent de s'amender,
Ils n'auront plus jamais part au métier;
Et s'ils refusaient de faire ainsi,
Le shérif se saisira d'eux sans délai,
Et les mettra dans un profond cachot,
A cause de leur transgression,
Il confisquera leurs biens et leur bétail
Au profit du roi, en totalité,
Et les y laissera aussi longtemps,
Qu'il plaira à notre lige le roi.

L'art des quatre couronnés.

Prions maintenant Dieu tout-puissant,
Et sa mère Marie radieuse,
Afin que nous puissions garder ces articles,
Et les points tous ensembles,
Comme le firent ces quatre saints martyres,
Qui dans ce métier furent tenus en grand honneur,
Ils étaient aussi bons maçons qu'on puisse trouver sur la terre,
Sculpteurs et imagiers ils étaient aussi,
Car c'étaient des ouvriers d'élite,
L'empereur les tenait en grande estime;
Il désira qu'ils fassent une statue
Qu'on vénérera en son honneur;
En son temps il possédait de tels monuments,
Pour détourner le peuple de la loi du Christ.

Mais eux demeuraient ferme dans la loi du Christ,
Et dans leur métier sans compromis;
Ils aimaient bien Dieu et tout son enseignement,
Et s'étaient voués à son service pour toujours.
En ce temps-là ils furent des hommes de vérité,
Et vécurent droitement dans la loi de Dieu;
Ils n'entendaient pas de fabriquer des idoles,
Quelque bénéfices qu'ils puissent en retirer,
Ni prendre cette idole pour leur Dieu,
Ils refusèrent de le faire, malgré sa colère;
Car ils ne voulaient pas renier leur vraie foi,
Et croire à sa fausse loi,
L'empereur les fit arrêter sans délai,
Et les mit dans un profond cachot;
Plus cruellement il les y punissait,
Plus ils se réjouissaient dans la grâce de Dieu,
Alors quand il vit qu'il ne pouvait plus rien,
Il les laissait alors aller à la mort;
Celui qui voudra, trouvera dans le livre
De la légende des saints,
Les noms des quatre couronnés.
Leur fête est bien connue, Le huitième jour après la Toussaint.

Écoutez ce que j'ai lu,
Que beaucoup d'années après, à grand effroi
Le déluge de Noé eut déferlé,
La tour de Babel fut commencée,
Le plus gros ouvrage de chaux et de pierre,
Que jamais homme ait pu voir;
Si long et si large on l'entreprit,
Que sa hauteur jeta sept miles d'ombre,
Le Roi Nabuchodonosor le fit construire
Aussi puissant pour la défense des hommes,
Que si un tel déluge surviendrait,
Il ne pourrait submerger l'ouvrage;
Parce qu'ils avaient un orgueil si fier, avec grande vantardise
Tout ce travail fut ainsi perdu;
Un ange les frappa en diversifiant leurs langues,
Si bien qu'ils ne se comprenaient plus jamais
l'un l'autre.

Bien des années plus tard, le bon clerc Euclide
Enseigna le métier de géométrie partout autour,
Et il fit en ce temps-là aussi,
Divers métiers en grand nombre.
Par la haute grâce du Christ au ciel,
Il fonda les sept sciences ;

Grammaire est la première, je le sais,
Dialectique la seconde, je m'en félicite,
Rhétorique la troisième sans conteste,
Musique la quatrième, je vous le dis,
Astronomie est la cinquième, par ma barbe,
Arithmétique la sixième, sans aucun doute,
Géométrie la septième, clôt la liste,
Car elle est humble et courtoise,

En vérité, la grammaire est la racine,
Chacun l'apprend par le livre;
Mais l'art dépasse ce niveau,
Comme le fruit de l'arbre vaut plus que la racine;
La Rhétorique mesure un langage soigné,
Et la Musique est un chant suave;
L'Astronomie dénombre, mon cher frère,
L'Arithmétique montre qu'une chose est égale à une autre,
La Géométrie est la septième science,
Qui distingue le vrai du faux, je sais
Que ce sont les sept sciences,
Celui qui s'en sert bien peut gagner le ciel.

Maintenant mes chers enfants, ayez bon esprit
Pour laisser de côté orgueil et convoitise,
Et appliquez-vous à bien juger,
Et à bien vous conduire, où que vous allez.

Maintenant je vous prie d'être bien attentifs,
Car ceci vous devez-savoir,
Mais vous devez en savoir bien plus encore,
Que ce que vous trouvez écrit ici.
Si l'intelligence te fait défaut pour cela,
Prie Dieu de te l'envoyer ;
Car le Christ lui-même nous l'enseigne
Que la sainte église est la maison de Dieu,
Elle n'est faite pour rien d'autre
Que pour y prier, comme nous le dit l'Écriture,
Là le peuple doit se rassembler,
Pour prier et pour pleurer leurs péchés.

Veille à ne pas arriver à l'église en retard,
Pour avoir tenu des propos paillards à la porte;
Alors quand tu es en route vers l'église,
Aie bien en tête à tout instant
De vénérer ton seigneur Dieu jour et nuit,
De tout ton esprit et de toute ta force.
En arrivant à la porte de l'église
Tu prendras un peu de cette eau bénite,
Car chaque goutte que tu toucheras,
Effacera un péché véniel, sois-en sûr.

Mais d'abord tu dois ôter ton capuchon,
Pour l'amour de celui qui est mort sur la croix.
Quand tu entreras dans l'église,
Élève ton cœur vers le Christ, aussitôt ;
Lève alors les yeux vers la crois,
Et agenouille toi bien à deux genoux,
Puis prie-le alors de t'aider à œuvrer,
Selon la loi de la sainte église,
A garder les dix commandements,
Que Dieu donna à tous les hommes ;

Et prie-le d'une voix douce
De te garder des sept péchés,
Afin que tu puisses ici, dans cette vie,
Te garder loin des soucis et des querelles ;
Et que de plus il t'accorde la grâce,
Pour trouver une place dans la béatitude du ciel.

Dans la sainte église abandonne les paroles frivoles
De langage lascive et plaisanteries obscènes,
Et mets de côté toute vanité,
Et dis ton pater noster et ton ave;
Veille aussi à ne pas faire de bruit,
Mais sois toujours dans tes prières;
Si tu ne veux pas prier toi-même,
Ne gêne aucun autre en aucune manière.
En ce lieu ne te tiens ni assis ni debout,
Mais agenouille toi bien sur le sol,
Et quand je lirai l'Évangile,
Lève-tôt bien droit sans t'appuyer au mur,
Et signe-toi si tu sais le faire,
Quand on étonne le gloria tibi;
Et quand l'évangile est fini,
A nouveau tu peux t'agenouiller,
Sur tes deux genoux tu tomberas,
Pour l'amour de celui qui nous a tous rachetés;

Et quand tu entends sonner la cloche
Qui annonce le saint sacrement,
Vous devez vous agenouiller tous jeunes et vieux,
Et lever vos deux mains au ciel,
Pour dire alors dans cette attitude,
A voix basse et sans faire de bruit;
"Seigneur Jésus sois le bienvenu,
En forme de pain comme je te vois,
Désormais Jésus par ton saint nom,
Protège-moi du péché et de la honte;
Accorde-moi l'absolution et la communion,
Avant que je m'en aille d'ici,
Et sincère repentir de mes péchés,
Afin, Seigneur, que je ne meure jamais dans cet état;
Et toi qui est né d'une vierge,
Ne souffre pas que je sois jamais perdu;
Mais quand je m'en irai de ce monde,
Accorde-moi la béatitude sans fin;
Amen ! Amen ! Ainsi soit-il !
A présent douce dame priez pour moi."

Voici ce que tu dois dire, ou une chose semblable,
Quand tu t'agenouille devant le sacrement.
Si tu cherches ton bien, n'épargne rien
Pour vénérer celui qui a tout crée ;
Car c'est pour un homme un jour de joie,
Qui une fois ce jour-là a pu le voir ;
C'est une chose si précieuse, en vérité,
Que nul ne peut en dire le prix ;
Mais cette vision fait tant de bien,

Comme Saint Augustin le dit très justement,
Ce jour où tu vois le corps de Dieu,
Tu posséderas ces choses en toute sécurité : -
A manger et à boire à suffisance,
Rien ce jour-là ne te manquera ;
Les jurons et vaines paroles,
Dieu te les pardonnera aussi ;
La mort subite ce même jour
Tu n'as nullement à la craindre ;
Et aussi ce jour-là, je te le promets,
Tu ne perdras pas la vue ;

Et chaque pas que tu fais alors,
Pour voir cette sainte vision,
Sera compté en ta faveur,
Quand tu en auras grand besoin ;
Ce messager qu'est l'ange Gabriel,
Les conservera exactement.
Après cela je peux passer maintenant,
A parler à d'autres bienfaits de la messe ;
Viens donc à l'église, si tu peux,
Et entends la messe chaque jour ;

Si tu ne peux pas venir à l'église,
Où que tu travailles,
Quand tu entends sonner la messe,
Prie Dieu dans le silence de ton cœur,
De te donner part à ce service,
Que l'on célèbre dans l'église,

Je vous enseignerai de plus,
Et à vos compagnons, apprenez ceci,
Quand tu te présenteras devant un seigneur,
Dans un manoir, un bosquet, ou à table,
Capuchon ou bonnet tu dois ôter,
Avant d'être près de lui ;
Deux ou trois fois, sans nul doute,
Devant ce seigneur tu dois t’incliner ;
Tu fléchiras le genou droit,
Tu auras ainsi l'honneur sauf.

Ne remets pas ton bonnet ou capuchon,
Jusqu'à ce que tu en auras la permission.
Tout le temps que tu parleras avec lui,
Tiens le menton haut avec franchise et amabilité ;
Ainsi, comme le livre te l'enseigne,
Regardes-le en face avec amabilité.
Tes pieds et mains tiens les tranquilles,
Sans te gratter ni trébucher, sois habile ;
Évite aussi de cracher et de te moucher,
Attends pour cela d'être seul,
Et si tu veux être sage et discret,
Tu as grand besoin de bien te contrôler.

Lorsque tu entres dans la salle,
Parmi les gens bien nés, bons et courtois,
Ne présume pas trop de grandeur pour rien,
Ni de ta naissance, ni de ton savoir,
Ne t'assied pas et ne t'appuie pas,
C'est le signe d'une éducation bonne et propre.
Ne te laisse donc pas aller dans ta conduite,
En vérité la bonne éducation sauvera ta situation.
Père et mère, quels qu'ils soient,
Digne est l'enfant qui agit dignement,
En salle, en chambre, où que tu ailles ;
Les bonnes manières font l'homme.

Fait attention au rang de ton prochain,
Pour leur rendre la révérence qui convient ;
Évite de les saluer tous à la fois,
Sauf si tu les connais.
Quand tu es assis à table,
Mange avec grâce et bienséance ;
Veille d'abord que tes mains soient propres,
Et que ton couteau soit tranchant et bien aiguisé,
Et ne coupe ton pain pour la viande,
Qu'autant que tu en mangeras,
Si tu es assis à côté d'un homme de rang supérieur, Au tient.

Laisse le se servir d'abord de la viande,
Avant d'y toucher toi-même.
Ne pique pas le meilleur morceau,
Même s'il te fait grande envie ;
Garde tes mains nettes et propres,
Pour ne pas souiller ta serviette ;
Ne t'en sers pas pour te moucher,
Et ne te cure pas les dents à table ;
Ne plonge pas trop tes lèvres dans la coupe,
Même si tu as grande envie de boire,
Cela te ferait larmoyer.
Ce qui serait alors discourtois.

Veille à ne pas avoir la bouche pleine,
Quand tu te mets à boire ou à parler.
Si tu vois un homme qui boit,
Tout en écoutant tes propos,
Interromps aussitôt ton histoire,
Qu'il boive du vin ou de la bière,
Veille aussi à n'offenser aucun homme,
Si bien parti que tu le voies ;
Et ne médis de personne,
Si tu veux sauver ton honneur ;
Car de tels mots pourraient t'échapper,
Qui te mettraient dans une situation gênante.

Retiens ta main dans ton poing,
Pour ne pas avoir à dire "si j'avais su",
Dans un salon parmi de belles dames,
Tiens ta langue et sois tout yeux ;
Ne ris pas aux grands éclats,
Ne chahute pas comme un ribaud.
Ne badine qu'avec tes pairs,
Et ne répète pas tous ce que tu entends ;
Ne proclame pas tes propres actions ;
Par plaisanterie ou par intérêt ;
Par de beaux discours tu peux réaliser tes désirs,
Mais tu peux par là aussi te perdre.

Quand tu rencontres un homme de valeur,
Tu ne dois pas garder bonnet et capuchon ;
A l'église, au marché, ou au portail,
Salue le selon son rang.
Si tu marches avec un homme d'un rang
Supérieur au tien,
Reste en retrait de lui d'une épaule,
Car cela est bonne éducation sans défaut ;

Lorsqu'il parle, tiens-toi tranquille,
Quand il a fini, dis ce que tu veux,
Dans tes paroles sois discret,
Et à ce que tu dis fais bien attention ;
Mais n'interrompe pas son histoire,
Qu'il en soit au vin ou à la bière.
Que le Christ alors par sa grâce céleste,
Vous donne et l'esprit et le temps,
Pour bien comprendre et lire ce livre,
Afin d'obtenir le ciel en récompense.

Amen ! Amen ! Ainsi soit-il !
Disons nous tous par charité.

 

Le texte est bien entendu à l’usage d’un groupe déterminé et présente la forte influence religieuse de l’époque, mais la plupart des préceptes peuvent convenir à celui qui veut être un homme honnête et de bonnes mœurs.

 

Le sang qui coule dans les veines des bâtisseurs est le même, preuve que l’on peut faire « reliance » entre les Maîtres tailleurs de pierre d’outre-manche et ceux de l’empire, qui se réunirent en avril 1459 sous la présidence de l’architecte Jost Dotzinger, maître d’œuvre de la cathédrale de Strasbourg, dans la ville de Ratisbonne, ville allemande de Bavière baignée par le Danube, prémisse d’une internationale oeuvrière, ces hommes voulaient unifier les statuts de leurs loges.

Ainsi sous les auspices de quatre loges majeures celles de Strasbourg, Cologne, Vienne, et Berne avec une voix prépondérante pour celle de Strasbourg élevée au rang de loge Suprême. Ils ont écrit, et signés, les Statuts de Ratisbonne : une fédération, une alliance, une obédience, une entente maçonnique, avant l’heure de l’Europe et la consécration de Strasbourg comme ville européenne. Ces statuts de Ratisbonne deviendront en 1563 les Statuts de la Saint-Michel.

Les cathédrales qui impressionnent toujours, non pas seulement les croyants en une religion, furent construites pour accueillir l’ensemble du peuple de chaque cité. Les devoirs des maîtres du métier, maçons, charpentiers, vitriers, orfèvres….. La forêt des symboles qu’elles contiennent, vit toujours dans le cœur des hommes. La cathédrale interpelle l’ensemble de l’humanité, lieu spirituel sans frontière, lieu d’élévation spirituelle, prouesse architecturale lieu des savoirs et de la connaissance, incarnation des hommes de devoir.

 

DROITS ET DEVOIRS  PART II

Les Statuts de Ratisbonne pour extrait :

(Article du Blog :
 

LES STATUTS DE RATISBONNE .... - la Franc Maçonnerie au ...

www.lafrancmaconnerieaucoeur.com › 2016/01 › les-st...

1 janv. 2016 — Avril 1459, l'architecte Jost Dotzinger, Maître de l'œuvre de la cathédrale de Strasbourg, les Maîtres tailleurs de pierre venus de toutes les .

 

  1. Celui qui veut entrer dans notre confraternité doit promettre d'observer tous les points et articles qui sont mentionnés dans ce règlement.
  2. Si un travailleur ayant entamé un ouvrage honnêtement conçu venait à mourir, il faut que n’importe quel autre maître expert en la matière puisse continuer l’oeuvre pour la mener à bonne fin.
  3. S'il se présente sur un tel chantier un compagnon compétent qui désire de l’avancement après avoir suffisamment servi dans cette branche, on peut l’accepter.
  4. Si un maître vient à mourir, sans avoir achevé l’œuvre  entreprise, et qu'un autre maître s'y attelle, celui-ci doit la mener à bonne fin sans l'abandonner à un troisième, et cela afin  ceux qui ont commandé le travail en question ne se trouvent pas engagés dans des frais exagérés qui porteraient préjudice à la mémoire du défunt.
  5. Si un nouveau chantier se formait alors qu'il n'en existait pas auparavant, ou si un maître mourait et qu'un autre le remplaçât, qui ne fit pas partie de cette fraternité, il faut que le maître qui détient les documents et les statuts de la confraternité en vigueur dans cette région convoque un maître  remplaçant pour cette confraternité et lui fasse jurer et promettre de maintenir tout en règle, selon le droit des travailleurs de pierre et des maçons ; quiconque s’opposerait à cette loi ne recevrait aucun soutien ni de compagnon ni de maître et aucun compagnon de cette confraternité n'entrerait dans son chantier.
  6. Celui qui est sous la dépendance d'un seigneur, qu'il soit maître ou compagnon, ne doit être accepté dans la confraternité qu'avec l’assentiment de son seigneur.
  7. Si un chantier a été mis en train par exemple à Strasbourg, Cologne, Vienneet Passau, ou autres lieux du même ressort, personne venant de l’extérieur ne doit en tirer profit
  8. Le maître qui reprend un chantier en cours doit conserver le salaire jusqu’alors en usage.
  9. Le salaire convenu doit revenir intégralement aux compagnons de la première heure.
  10. Le maitre doit en toutes circonstances se comporter avec correction envers les compagnons, selon le droit et la coutume des tailleurs de pierre et maçons, conformément aux usages de la région.
  11. Si un maitre a entrepris un chantier et que d'autres maîtres viennent à passer, ceux-ci ne doivent en aucune manière prendre position avant que le premier se soit désisté de l'entreprise. Naturellement, ces derniers doivent être compétents.
  12. Les maîtres en question doivent conduire leurs travaux de telle manière que les bâtiments construits par eux soient impeccables et réalisés durant le laps de temps déterminé par les usages de leur région.
  13. S'il convient à quelque maître d'entreprendre un autre travail concurremment au sien et qu'il ne puisse le mener à bonne fin et qu'un autre maître s'y adonne, celui-ci doit le pousser à achèvement afin que l’œuvre  ne reste pas inachevée. Mais si ce dernier n'a pas la compétence voulue pour aboutir comme il convient, il doit être repris et puni afin qu'on sache à quoi s'en tenir sur son compte.
  14. Le ou les maîtres qui entreprennent de pareils travaux ne doivent prendre à louage que ceux qui sont compétente en la matière.
  15. Si un maître vient entreprendre un travail pour lequel il n'est pas compétent, aucun compagnon ne doit l’assister.
  16. Deux maîtres ne doivent pas entreprendre le même travail, à moins que l'on ne puisse terminer le travail dans l’espace de l'année.
  17. Chaque maître qui réside dans son chantier ne doit pas avoir plus de deux aides. Et s'il a un ou plusieurs chantiers extérieurs, il ne peut dépasser dans chacun d'eux plus de deux aides afin qu'il n'ait pas plus de cinq aides pour l'ensemble de ses chantiers. Mais s'il perd un chantier, il doit employer les aides de celui-ci dans son autre chantier jusqu'à ce que la période d’engagement de ses aides soit révolue et il ne doit pas engager d'autres aides jusqu'à ce que le travail soit achevé.
  18. Si un aide vient à faire défaut à un maître, le maître peut en engager un autre pour un trimestre jusqu'à ce que le temps de travail de l'autre soit échu.
  19. Quand un aide sert un maître conformément aux statuts de la confraternité et que le maître lui a promis de lui confier certains travaux et que l'aide désire en faire encore davantage, il peut s'entendre à bon droit avec le maître afin de le servir plus longtemps.
  20. À tout entrepreneur qui dirige un chantier et à qui est dévolu le pouvoir juridique sur cette confraternité pour régler tout différend qui pourrait survenir entre les constructeurs, obéissance est due par tous les maîtres, compagnons et aides.
  21. Au cas où une plainte parvient au maître, il ne doit pas prononcer seul une sentence, mais s'adjoindre deux autres maîtres parmi les plus proches et les compagnons qui appartiennent à ce chantier. Ensemble, ils éclairciront la question qui ensuite devra être portée devant toute la confraternité.

 

Je veux bien concéder que le devoir, les devoirs sont reliés à un groupe, ce sont ces devoirs qui rendent la vie possible en société, contrairement aux droits qui seraient individuels, mais l’individu ne vit pas seul ! Il a même besoin de la vie en société, la pandémie actuelle le démontre.

Le devoir oblige le groupe à la solidarité et la fraternité qui peut prendre un caractère universel. La fraternité et la solidarité d’un groupe s’amplifie plus le groupe est restreint, attention cela sent la secte, l’archipel suivant le terme à la mode chez les sociologues. Je n’aurais des devoirs que par rapport à mon groupe et plus mon groupe serait restreint plus je serais un homme de devoir ? Dans ce raisonnement le devoir est guidé par l’intérêt du groupe, le don disparaît, l’effort aussi.

Cette tendance au devoir restreint, facile est palpable dans notre société, le mondialisme exclu le devoir. On observe la désaffection des citoyens pour les grandes villes trop demanderesses si j’ose dire de devoirs qui assaillent notre vie quotidienne, les citadins fuient vers les villes moyennes et les petites villes et se plaignent des infrastructures déficientes, ils veulent les mêmes droits, les mêmes accès à toutes les technologies. Ils ne s’assignent pas de limites à leurs droits individuels et refusent leurs devoirs collectifs, c’est le règne de l’individualisme.

 

Le groupe, le réseau est devenu le refuge du devoir, le devoir donne de la force au groupe, mais le devoir ne peut survivre que dans des petits groupes et les groupes s’opposent. Les anciens devoirs old charges ou les statuts de Ratisbonne donnaient une dimension au devoir autour d’un projet commun, ils transcendaient le groupe.

En pensant aux constructeurs de Cathédrales, je ne peux pas m’empêcher de penser aux fondateurs de l’Europe.

Bien sûr le traité de Rome fut essentiellement un traité entre des marchands, mais l’on ne peut pas se plaindre de faire du commerce, de se parler avec ceux que nous combattions jadis.

Les principes du traité, peuvent être considérés comme des devoirs des uns envers les autres.

Dans le préambule du traité dont voici quelques extraits, l’on discernera l’esprit qui a conduit à sa ratification :

 

« …. Déterminés à établir les fondements d’une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens. »

 

Les francs-maçons auraient écrit simplement faire de l’Europe un centre d’union entre les hommes.

 

« …. Éliminer les barrières qui divisent l’Europe. »

 

Les francs-maçons auraient écrit mes frères, formons la chaîne.

 

« … l’équilibre dans les échanges et la loyauté dans la concurrence. »

 

Mes frères, mes sœurs soyons les amis des pauvres et des riches pourvu qu’ils soient vertueux.

 

« ….les sauvegardes de la paix et de la liberté. »

 

Mes frères, mes sœurs recherchons l’harmonie de l’un, qui est la liberté.

 

On soulignera aussi la volonté de la dernière disposition (f) de l’Art-3 Première Partie des Principes.

 

«.. l’établissement d’un régime assurant que la concurrence n’est pas faussée dans le marché commun.. »

 

Si cette volonté avait été suivie d’effet, nous n’aurions pas de différences sociales et fiscales dans l’union, et n’aurions pas à débattre continuellement des droits des travailleurs d’un pays à l’autre, ni de l’égalité fiscale et de la taxation des GAFAM cela serait aujourd’hui naturel, pour mémoire le traité de Rome à été signé le 25 mars 1957, il y a donc 63 ans.

Signature du traité de Rome

Il est facile d’être chagrin, plus que dans l’espérance, chacun peut voir le verre à moitié vide ou à moitié plein, à défaut du carton plein. Le traité de Rome est d’abord un contrat commercial entre nations. L’établissement de règles de bonne conduite, de devoirs à respecter, de principes qui devaient être intangibles. Ce fût à l’époque un progrès extraordinaire, il assurait la stabilité commerciale et surtout la paix entre les peuples, repoussait la guerre hors de l’Europe. Les fondateurs ont voulu que les peuples ne construisent plus de frontières, de murs, mais des ponts des tunnels pour se rencontrer, la libre circulation dont nous mesurons aujourd’hui l’importance est un progrès considérable, nos jeunes en mesure l’effet avec le programme Erasmus, c’est sans doute le meilleur rempart contre les intégrismes, chacun s’améliore au contact des autres et de leurs différences.

 

Pourtant l’Europe est fragilisée, le Brexit en témoigne dans ce divorce avec nos amis anglais, il n’y a qu’un perdant l’esprit Européen et pas de gagnant. Nous avons ignoré les principes, les devoirs fondamentaux sous-jacents dans les traités, il est facile de dire maintenant qu’il aurait fallu, un peu moins d’épicerie ou de comptes d’apothicaires (avec mes excuses pour nos frères pharmaciens) mais un peu plus de devoirs de justesse, de solidarité, de fraternité, pour que le cœur de l’Europe batte un peu plus fort en chacun de nous. Comme le disait si bien Saint-Exupéry, je vous propose un long extrait de sa dernière lettre celle du 30 juillet 1944, il périt en mer dans son avion abattu le 31 juillet 1944 :

Antoine de Saint-Exupéry.

Je viens de faire quelques vols sur P. 38. C’est une belle machine. J’aurais été heureux de disposer de ce cadeau-là pour mes vingt ans. Je constate avec mélancolie qu’aujourd’hui, à quarante-trois ans, après quelques six mille cinq cents heures de vol sous tous les ciels du monde, je ne puis plus trouver grand plaisir à ce jeu-là. Ce n’est plus qu’un instrument de déplacement — ici de guerre. Si je me soumets à la vitesse et à l’altitude à mon âge patriarcal pour ce métier, c’est bien plus pour ne rien refuser des emmerdements de ma génération que dans l’espoir de retrouver les satisfactions d’autrefois.

Ceci est peut-être mélancolique, mais peut-être bien ne l’est-ce pas. C’est sans doute quand j’avais vingt ans que je me trompais. En octobre 1940, de retour d’Afrique du Nord où le groupe 2-33 avait émigré, ma voiture étant remisée exsangue dans quelque garage poussiéreux, j’ai découvert la carriole et le cheval. Par elle l’herbe des chemins. Les moutons et les oliviers. Ces oliviers avaient un autre rôle que celui de battre la mesure derrière les vitres à 130 kilomètres à l’heure. Ils se montraient dans leur rythme vrai qui est de lentement fabriquer des olives. Les moutons n’avaient pas pour fin exclusive de faire tomber la moyenne. Ils redevenaient vivants. Ils faisaient de vraies crottes et fabriquaient de la vraie laine. Et l’herbe aussi avait un sens puisqu’ils la broutaient.

Et je me suis senti revivre dans ce seul coin du monde où la poussière soit parfumée (je suis injuste, elle l’est en Grèce aussi comme en Provence). Et il m’a semblé que, toute ma vie, j’avais été un imbécile…

Tout cela pour vous expliquer que cette existence grégaire au coeur d’une base américaine, ces repas expédiés debout en dix minutes, ce va-et-vient entre les monoplaces de 2600 chevaux dans une bâtisse abstraite où nous sommes entassés à trois par chambre, ce terrible désert humain, en un mot, n’a rien qui me caresse le coeur. Ça aussi, comme les missions sans profit ou espoir de retour de juin 1940, c’est une maladie à passer. Je suis « malade » pour un temps inconnu. Mais je ne me reconnais pas le droit de ne pas subir cette maladie. Voilà tout. Aujourd’hui, je suis profondément triste. Je suis triste pour ma génération qui est vide de toute substance humaine. Qui n’ayant connu que les bars, les mathématiques et les Bugatti comme forme de vie spirituelle, se trouve aujourd’hui plongé dans une action strictement grégaire qui n’a plus aucune couleur.

On ne sait pas le remarquer. Prenez le phénomène militaire d’il y a cent ans. Considérez combien il intégrait d’efforts pour qu’il fut répondu à la vie spirituelle, poétique ou simplement humaine de l’homme. Aujourd’hui nous sommes plus desséchés que des briques, nous sourions de ces niaiseries. Les costumes, les drapeaux, les chants, la musique, les victoires (il n’est pas de victoire aujourd’hui, il n’est que des phénomènes de digestion lente ou rapide) tout lyrisme sonne ridicule et les hommes refusent d’être réveillés à une vie spirituelle quelconque. Ils font honnêtement une sorte de travail à la chaîne. Comme dit la jeunesse américaine, « nous acceptons honnêtement ce job ingrat » et la propagande, dans le monde entier, se bat les flancs avec désespoir.

De la tragédie grecque, l’humanité, dans sa décadence, est tombée jusqu’au théâtre de M. Louis Verneuil (on ne peut guère aller plus loin). Siècle de publicité, du système Bedeau, des régimes totalitaires et des armées sans clairons ni drapeaux, ni messes pour les morts. Je hais mon époque de toutes mes forces. L’homme y meurt de soif.

Ah ! Général, il n’y a qu’un problème, un seul de par le monde. Rendre aux hommes une signification spirituelle, des inquiétudes spirituelles, faire pleuvoir sur eux quelque chose qui ressemble à un chant grégorien. On ne peut vivre de frigidaires, de politique, de bilans et de mots croisés, voyez-vous ! On ne peut plus vivre sans poésie, couleur ni amour. Rien qu’à entendre un chant villageois du 15ème siècle, on mesure la pente descendue. Il ne reste rien que la voix du robot de la propagande (pardonnez-moi). Deux milliards d’hommes n’entendent plus que le robot, ne comprennent plus que le robot, se font robots.

Tous les craquements des trente dernières années n’ont que deux sources : les impasses du système économique du XIXème siècle et le désespoir spirituel. Pourquoi Mermoz a-t-il suivi son grand dadais de colonel sinon par soif ? Pourquoi la Russie ? Pourquoi l’Espagne ? Les hommes ont fait l’essai des valeurs cartésiennes : hors des sciences de la nature, cela ne leur a guère réussi. Il n’y a qu’un problème, un seul : redécouvrir qu’il est une vie de l’esprit plus haute encore que la vie de l’intelligence, la seule qui satisfasse l’homme. Ca déborde le problème de la vie religieuse qui n’en est qu’une forme (bien que peut-être la vie de l’esprit conduise à l’autre nécessairement). Et la vie de l’esprit commence là où un être est conçu au-dessus des matériaux qui le composent. L’amour de la maison — cet amour inconnaissable aux États-Unis — est déjà de la vie de l’esprit.

Et la fête villageoise, et le culte des morts (je cite cela car il s’est tué depuis mon arrivée ici deux ou trois parachutistes, mais on les a escamotés : ils avaient fini de servir). Cela c’est de l’époque, non de l’Amérique : l’homme n’a plus de sens.

Il faut absolument parler aux hommes.

C’est dernière phrase de Saint-Exupéry, il faut absolument parler aux hommes, résonne en moi comme un devoir. On ne se parle pas assez des bonnes et simples choses. Tous les hommes et les femmes de bonne volonté qui sont enfermés dans la bureaucratie européenne, ces hommes et ses femmes, qui croient en leurs devoirs, qui sont des européens convaincus ne nous parle pas assez de l’Europe, de leur Europe celle des hommes et des femmes, pas celle des marchands, des normes. Pas de cette Europe des petits marquis de la bureaucratie, qui ont fourni à nos frères et sœurs anglais le faux alibi du Brexit. Il faut que ses femmes et ses hommes viennent nous voir, écrivent, publient sur leur enthousiasme, sur leurs rencontres avec les autres, avec l’autre.

Parce que nous n’avons pas mieux à proposer, personne ne veut du retour de l’obscurantisme, de l’intégrisme, de la guerre, du mur de Berlin et des autres murs. Oui ses femmes et ses hommes ont des devoirs vis à vis de nos enfants, la haine de l’autre de ses différences ne fait pas germer le blé le long des fleuves qui ne connaissent pas les frontières.

 

Notre XXIème siècle semble avoir oublié le moteur du devoir. Ce n’est pas faire offense que de constater que chacun pense plus souvent à son plaisir, rêve de Week-end, de vacances, de voyage, que de désir de construire, d’être. L’avoir a pris la place de l’être. La célébrité, le paraître, se sont installés à la place de la raison, de la solidarité et de la fraternité, la vie est un concours permanent.

 

Il semble que les seuls qui ont encore conscience du devoir, de leurs devoirs, ce sont qui l’ont appris dans des groupes préexistants, traditionnels, ceux qui ont reçus le devoir comme un don, ils ont la clé du devoir, symboliquement cette clé vivante en ivoire qui ouvre les portes, permet de franchir les balustrades, d’accéder au tabernacle ou brûle la flamme éternelle. Ce sont les croisés d’un autre temps. Aujourd’hui les devoirs, sont des tâches ménagères, les héros sont ceux qui trient leurs poubelles, ou recyclent leurs téléphones.

Ces héros du quotidien sont vantés quand ils tendent la main à un enfant qui se noie, ils font la une des médias pour ces gestes ordinaires ! On a les héros que l’on mérite.

Chacun s’octroie le droit de traire la vache élevée par le groupe et refuse de la soigner. Les services publics sont des droits, et personne ne veut les entretenir, les camions des multinationales roulent sur nos routes et ces mêmes multinationales refusent de payer leurs impôts, les politiques béatement se gargarisent de l’attractivité de la France.

Il y a aujourd’hui peu de groupe qui pensent que le labyrinthe de l’avenir a besoin des connaissances du passé, les racines sont arrachées, jetées, brulées.

Le seul devoir semble être de devoir s’enrichir de biens matériels, on ne pèse plus l’âme, on pèse les comptes en banques.

À SUIVRE....

Jean-François Guerry.

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