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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par Jean-François Guerry
François Héran

François Héran

UN AUTRE REGARD

 

Il est plus facile de nager dans le sens du courant que de remonter vers la source. Il est plus facile de suivre la doxa ambiante que de se faire son propre jugement.

Les excès sont les fruits de l’intolérance qui a tous les visages, qui n’a pas de frontières, qui heurte toutes les consciences.

Fervent partisan de l’universel qui aboli tous les dogmes, je revendique en être un soldat, l’universalité ne doit se transformer en une forme d’intégrisme. Comme la justice se doit d’être juste, équitable, son aveuglement doit être l’amour des autres.

 

L’esprit des lumières a permis aux hommes de penser par eux-mêmes, de sortir de l’obscurantisme des dogmes religieux. Ils ont gagné par leur lutte la liberté de conscience, la liberté d’expression. Paul Eluard le chantre de l’écriture de la liberté, est entré dans les écoles de la république.

 

Le droit intangible à la liberté d’expression, ne peut supporter aucun mais, cependant son respect oblige à quelques devoirs. Sans tomber dans la facilité de l’obligation réciproque droit devoir, les droits précèderont toujours les devoirs, au risque sinon de perdre la liberté.

 

La question des libertés, et de la liberté d’expression interroge nos sociétés démocratiques occidentales, soumises aux fulgurances de notre modernité et son cortège de technologies incontrôlables, ont édifié, sacralisé les réseaux sociaux, la vitesse de propagation opinions empêche toutes les réflexions.

 

François Héran sociologue, dans un article du quotidien Le Monde du 10 avril dans la rubrique « Idées », fait entendre sa voix discordante dans le paysage médiatique en affirmant :

« La liberté d’expression tend aujourd’hui à étouffer la liberté de croyance. »

 

Ce qui apparaît, comme contraire aux principes de la laïcité. François Héran après l’assassinat barbare du professeur Samuel Paty a écrit un livre à destination des professeurs sous le titre : Lettre aux professeurs sur la liberté d’expression.

 

Notre république laïque, issue des lumières de 1789, secouée par l’intégrisme religieux perd ses repères. Elle sacrifie trop souvent la liberté de conscience, quelle soit individuelle, ou partagée par des groupes sociaux, sur l’autel de la liberté d’expression. Liberté d’expression amplifiée par les réseaux sociaux, qui nourrissent les comptes en banques des GAFAM, qui s’exonèrent de toutes leurs responsabilités sous le voile de cette même liberté d’expression. Ainsi la haine et le meilleur du numérique s’entremêlent, se déversent sans discernement. Les réseaux sociaux, les chaînes d’information saturent les écrans, informent sans jamais former, sans modération, l’important c’est le sacrifice au Dieu Buzz.

 

L’enseignement en refusant de faire une place suffisante, à l’enseignement des faits religieux, en les associant à l’éducation civique, fait le lit des écoles confessionnelles subventionnées et parfois mal contrôlées.

 

François Héran dérange quand il ose rappeler ce qui a fondé les droits de l’homme : « Le respect mutuel », le respect de la personne humaine et donc de sa liberté de conscience. Il souligne que le couple liberté d’expression et liberté de conscience est inséparable. Peut-on choisir sans risque, peut-on prendre l’un et rejeter l’autre ?

Il va plus loin, peut-on comparer une pratique religieuse apaisée et l’intégrisme barbare ? La déviance doit-t-elle servir de prétexte à l’irrespect de la totalité de la croyance ? Tous ceux qui croient sont-ils des fous de Dieu ?

Le risque de l’assimilation est grand, en refusant l’enseignement du fait religieux, on se limite à ne parler que de l’intégrisme religieux, les mises en garde fussent t’elles répétées de ne pas confondre les intégrismes et le religieux, marquent leurs limites, ont laisse aux réseaux sociaux l’information et la formation. Ainsi naît l’incompréhension de la caricature et ses conséquences abominables.

 

François Héran interroge, où se trouve le bon usage de la démocratie :

« Où est le débat quand la critique ne fait qu’avilir la pratique religieuse ordinaire ?

C’est le cas par exemple d’un dessin de Coco montré furtivement par Samuel Paty à ses élèves de quatrième : le prophète en prière est prosterné nu, vu de dos, une goutte au pénis, une étoile dans l’anus. »

 

Le constat de François Héran, est que notre société manque de courage, qu’elle est dans la culture du déni de tout. La rivière doit couler calmement, il n’est pas de bon ton électoralement de parler, d’agir sur les problèmes qui fâchent.

  • Nous ne sommes pas islamophobes mais nous refusons d’embaucher certaines personnes en fonction de ….
  • Nous sommes pour l’égalité homme femme mais acceptons de sous payer les femmes à travail égal…etc…

Surtout ne vous méprenez pas, je suis personnellement, partisan et engagé pour la liberté d’expression, contre toutes les dictatures religieuses, politiques, tous les fanatismes, tous les intégrismes. Rien ! Rien absolument rien ne saurait justifier les violences, morales ou physiques qui n’ont pas de degrés elles sont violences c’est tout. Mais, oui il y a un mais, en même-temps je suis pour la liberté de conscience, pour le respect des croyances d’autrui. Je suis pour l’esprit des lumières, pour l’universalisme quand il ne devient pas une forme d’intégrisme. Je suis soldat de l’universel, au-delà des mots, en refusant tous les dénis, qui voilent les problèmes, qui sont des compromissions, c’est-à-dire des mauvais compromis, des démesures qui offensent et font souffrir.

 

Rien n’empêche de réfléchir en toute liberté à la liberté d’expression. C’est ce que dit simplement sans haine le sociologue François Héran.

 

On trouve repris dans les rituels maçonniques cette règle d’or, qui a inspiré la déclaration des droits de l’homme de 1789 ainsi que les fondateurs de notre république, que nous devons à mon sens conserver comme un héritage précieux dans notre cœur et mettre en pratique dans notre vie.

 

« Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. »

 

Certains considèrent cette règle comme une évidence ou une utopie, ou une mièvrerie. Je vous laisse à votre choix.

 

Vous avez bien sûr une totale liberté d’expression sur ce sujet, pourvu qu’elle soit exprimée avec tempérance et respect. Je me ferais un devoir, surtout si vous êtes en désaccord avec ce qui est dit, écrit ci-avant, de publier votre commentaire.

 

Bon dimanche

 

Jean-François Guerry.

Source : Journal le Monde du 10 avril 2021.

 

François Héran :

 

Sociologue, anthropologue, démographe. Dans la lignée d’Alain Girard.

 

Formation

 

École Normale Supérieure, EHESS, Diplôme d’anthropologie, Agrégation de Philosophie, Docteur d’état Figures et légendes de la parenté.

 

Carrière

 

INED, INSEE, Agence Nationale de recherche, Élu depuis Juin 2017 Professeur au Collège de France, chaire Migration et Sociétés.

Commenter cet article

Isabel FESSER DE GRACIA 11/04/2021 17:47

MERCI!!!

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