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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par Jean-François Guerry - et la Loge Kleio
Delacroix

Delacroix

LA RÉSISTANCE À L'OPPRESSION

 

L es français sont-ils des gaulois réfractaires, ou sont-ils des veauxcomme le disait le général de Gaulle selon son fils Philippe de Gaulle expression qui lui vint à la bouche à propos de la signature de l’armistice, à laquelle il rajouta. Ils sont bons pour le massacre, ils n’ont que ce qu’ils méritent. De Gaulle s’il avait une haute idée de la France était sévère avec les français ou simplement réaliste.

 

S’il ne fait aucun doute que les lumières ont mis fin, aux dogmes, à l’obscurantisme et ont érigé le droit à la résistance face aux privilèges suivant l’Art 2- de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Doit-on en déduire que l’on doit résister à tout de manière systématique, en faire un fonds de commerce. Sommes-nous aujourd’hui des opprimés par un pouvoir dictatorial ? Sommes dirigés par une caste de privilégiés ? Se serait oublier que nous pouvons voter en toute liberté.

 

Nous sommes dans une guerre sanitaire, le conseil de guerre est le Conseil de défense en quelque sorte l’état-major. Pouvons-nous en toute honnêteté reprocher à nos dirigeants à la fois l’action et l’inaction, nous pouvons faire des critiques constructives.

 

Ce sur quoi il nous faut résister et être vigilant, c’est sur les actions violentes et brutales ou trop molles, pas facile de mettre la balance en équilibre. Néanmoins le Conseil de défense ne peut être qu’une gouvernance temporaire, il faut revenir au plus tôt vers la représentation nationale.

 

Je soumets, à votre réflexion ce travail sur le thème de la résistance de la loge Kleio écrit en 2017, travail d’excellente qualité.

 

Jean-François Guerry.  

LA RÉSISTANCE À L'OPPRESSION

La résistance à l'oppression

 

La vie regroupe l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort. Par nature, l’homme dispose d’une forme de résistance innée. La résistance demeure une préoccupation vitale, non pas morale ; elle consiste juste à être vivant, à survire. Dès lors, l’atavisme qui nous prédispose à la résistance, nous donne déjà une propension à résister à d’autres formes d’agressions extérieures.

 

 

Par la suite, la philosophie des Lumières a constitué dans l’histoire de l’humanité une rupture culturelle et politique sans précédent. Tandis que l’arbitraire constituait la norme dans les sociétés humaines, le philosophe britannique John Locke a osé (en 1690) redéfinir les rapports entre le pouvoir politique et l’individu, en plaidant pour la subordination du premier aux intérêts du second ; en d’autres termes, pour l’existence d’un droit fondamental : le droit de résistance à l’oppression.

 

Il s’agit là d’une démarche littéralement révolutionnaire puisque la publication du Traité du gouvernement civil en 1690 vient justifier la Glorieuse révolution britannique et l’adoption du Bill of Rights, un siècle avant la révolution française.

 

Ces idées, chères aux francs-maçons anglais, devaient gagner la France, notamment sous l’influence de Montesquieu, né le 18 janvier 1689. Initié le 16 mai 1730 à Londres, il va inspirer la Constitution des Etats-Unis, avec son célèbre principe de la séparation des pouvoirs, qu'il évoque dans «L'esprit des Lois». Ces idées inspireront non seulement les Constitutionnels américains, mais également les Constitutionnels français, qui donneront au principe d’un droit de résistance à l’oppression la portée plus générale d’une référence à valeur universelle.

 

L’article 2 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen proclame ainsi que « le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression ».

 

La résistance à l’oppression trouve ici sa source dans la considération selon laquelle la communauté n’institue le pouvoir politique qu’en vue de son propre bien. Si les gouvernants utilisent le pouvoir pour opprimer le peuple, celui-ci a le droit de s’opposer à leur autorité, de tenir leurs actes pour nuls et de leur résister.

 

 

Les exemples historiques les plus frappants viennent de l’Italie fasciste, de l’Allemagne nazie et du régime de Vichy en France.

L’ampleur et la violence de ces formes d’oppression sont non seulement le produit de la nature des régimes politiques, mais également du degré d’adhésion des populations en temps de guerre et sous l’occupation.

 

La résistance en Allemagne a pris la forme d’une « résistance sans ennemi et contre soi-même ». La faiblesse des formes de résistance et d’opposition traduit en fait l’intégration du nazisme par la population allemande, révélant une très forte adhésion à ce régime et une véritable légitimation de la dictature, constante de 1933 à 1945. L’ennemi ne venant pas de l’extérieur, la reconnaissance de cette résistance par la population allemande était quasi impossible, puisque résister signifiait trahir son peuple, en allant à l’encontre du sentiment patriotique dans un contexte de guerre.

 

De son côté, la longue durée du régime fasciste italien (deux décennies), ses pratiques et sa rigidité, ont conduit à une certaine dépolitisation de la population et à son éloignement de l’engagement politique. Il faut attendre, non pas l’entrée en guerre, mais la présence allemande à partir de septembre 1943, pour que s’accélère un processus de réapprentissage de la politique, à travers des actes de résistance précisément ; actes en partie liés à des stratégies de survie et des nécessités de choix.

 

Le régime de Vichy relève de cette double démarche : l’appréciation de l’existence d’une oppression, et le choix des moyens d’y résister.

 

Force est de constater que pour ces trois pays, la dictature s’installe dans un cadre légal. Peu à peu, les régimes ont recours à une « légalité falsifiée » (modification de la Constitution par Mussolini soutenu par le Parlement, Assemblées Parlementaires accordant les pleins pouvoirs à Pétain). Et les élites y collaborent.

 

La légitimité de ces régimes politiques se fonde également sur leur capacité à recomposer un corps social en proie à une crise d’identité nationale ; et c’est d’abord par la séduction que les masses sont assujetties (organisation des loisirs, embrigadement de la jeunesse), parallèlement à la coercition et à la répression.

 

La conjoncture et les évènements de la guerre introduisent toutefois le doute dans la population. La résistance a dû répondre à cette question de la légitimité, en créant une autre légitimité, en proposant un autre monde, d’autres projets et d’autres valeurs. La résistance a voulu trouver une forme d’immunisation contre le nazisme (tel est d’ailleurs le sens du terme médical « resistenz »).

 

 

 

 

Pour les premiers résistants, issus de familles catholiques, ou de tradition socialiste ou communiste, le degré d’agressivité du régime à leur égard entrait directement en conflit avec leur propre valeur d’obéissance : les possibilités de résistance ont été anesthésiées par Vichy. En Italie, les compromis entre l’Eglise et le régime fasciste a produit le même effet.

La question de la légitimité apparaît alors au cœur de l’idée d’un droit de résistance.

 

La résistance devient légitime lorsque le régime politique perd, lui, sa légitimité. Car la résistance naît de l’instauration d’un pouvoir auquel s’oppose naturellement un contre-pouvoir générateur d’actes de résistances. Il s’agit de résister à une agression, une contrainte, une oppression. Ici, il n’y a pas de théorisation de la résistance. Elle est.

 

La légitimité de Churchill apparaît dès lors incontestable lorsqu’il annonce aux français : « N’oubliez pas que nous ne nous arrêterons jamais, que nous ne nous lasserons jamais, que jamais nous ne cèderont et que notre peuple et notre empire tout entier se sont voués à la tâche de curer l’Europe de la pestilence nazie et de sauver le monde d’une nouvelle barbarie » (« Français, je marche encore avec vous », 1940).

 

Il faut comprendre que la résistance est légitimée par une prise de conscience collective. En cela, la résistance se démarque de la désobéissance. Sur ce sujet, Hannah Arendt écrivait : « Les arguments invoqués pour défendre la conscience individuelle ou des actes individuels, c’est-à-dire des impératifs moraux et des appels à un « droit supérieur », qu’il soit transcendant ou profane, sont inadéquats lorsqu’on entend les appliquer à des cas de désobéissance civile sur le terrain de la conscience individuelle » (Du mensonge à la violence, 1972).

 

Or, la désobéissance civile, ou civique, qui se traduit par le refus de respecter la loi au nom de sa conscience, remonte à l’Antiquité et a été souvent, elle, théorisée (notamment au 19ème siècle par le philosophe américain Henri David Thoreau, La désobéissance civile, 1849).

 

 

Mais cette question ne peut être déconnectée du concept de démocratie. En effet, serait-il concevable que la résistance ou la désobéissance puissent remettre en cause les fondements de la démocratie dans la mesure où celle-ci existe ?

 

Certainement pas pour les Allemands qui, le 23 mai 1949, adoptèrent une Loi fondamentale (article 20) qui intègre dans leur droit : « Le droit de résister à quiconque entreprendrait de renverser l’ordre constitutionnel, s’il n’y a pas d’autres remèdes ». La résistance est ici érigée en gardienne de la démocratie. La Loi reconnaît que des actes de résistance peuvent être conformes à un ordre juridique supra-législatif opposé à un ordre juridique injuste.

 

Dans un système démocratique, il appartient pourtant au Juge d’écarter la loi que viole un principe fondamentale consacré par le droit positif, et rien ne justifie que l’individu réinterprète la constitutionnalité de la loi, déclare cette dernière oppressive et désobéisse à cette loi.

Accepter un droit de résistance, ce serait alors accepter que la force d’une loi dépende de l’interprétation qu’en fait chaque individu.

 

Le recours à la résistance se conçoit par conséquent plus facilement dans des régimes non démocratiques, face à des juges appliquant des lois oppressives. Cependant, un droit de résistance n’apparait pas envisageable dans de tels régimes où il devient dérisoire de menacer un Etat devenu oppressif d’une sanction insurrectionnelle juridiquement autorisée ; la nature oppressive de l’Etat s’opposant directement à la reconnaissance positive du droit de résistance.

 

Martin Luther King ou Nelson Mandela se sont d’ailleurs battus pour la défense d’une certaine démocratie, et les valeurs qu’elle sous-tend. Leurs actions, que l’on qualifie plutôt de désobéissance, car non violentes, caractérisent toutefois une véritable résistance à l’oppression.

 

 

L’effectivité du droit de résistance se trouve peut-être alors au sein des effets symboliques que la proclamation d’un tel droit peut avoir sur les consciences et les actions des individus. Du point de vue de l’individu, se référer à un droit de résistance supérieur, c’est accepter pour soi et pour les autres une liberté d’action et de penser.

 

 

Les nouvelles formes de résistance à l’oppression s’inscrivent dans une évolution sociétale, humaniste et irréversible à l’échelle de la planète, avec le rejet d’une société assurant la domination de l’homme par l’homme.

 

Cette étape de libération a conduit l’homme à imaginer aujourd’hui d’autres formes d’oppressions, notamment une certaine forme de domination économique, contre laquelle se sont créées des forces de résistances.

 

A une vision économique mondiale, dominante et écrasante, doit répondre une vision économique plus humaniste, multiple et respectueuse des différences. Sont ainsi apparus des mouvements de résistances tels que la lutte pour les droits humains (IVG par exemple), la paix, les droits syndicaux, l’alter mondialisme. Bien sûr les formes de luttes de cette résistance à l’oppression sont aujourd’hui diverses et complémentaires : grèves, boycotts, lobbyings, votes, etc.

 

 

Il existe pourtant une forme de résistance à l’oppression connue depuis longtemps : le rire. « Castigat ridendo mores », « Châtie les mœurs par le rire », dit un proverbe ancien de la Rome antique.

 

Freud lui-même a considéré l’humour comme un mouvement de résistance à l’oppression. L’humour est le mode de réaction accessible à chacun pour marquer sa propre liberté. « Lorsque l’humour disparaitra, la barbarie se généralisera » dit Freud. Le propre des régimes autoritaires et totalitaires est de manquer d’humour : Staline ne riait pas, Pinochet non plus.

 

Rire pour ne pas périr. Pierre Dac, dans sa première allocution à la BBC, le 30 octobre 1943, a parfaitement illustré cette forme de résistance par l’humour :

 

« D’aucuns – dans le camp collaborationniste, s’entend – ne vont pas manquer de s’écrier : « Un loufoque à la radio de Londres, cette fois, c’est complet ! » Et de ricaner, et de faire de fines plaisanteries en se mettant de grands coups d’eau de Vichy derrière la croix gammée, histoire de souligner le grotesque de l’événement.

De la loufoquerie, certes, j’en ai fait et je ne cherche en aucune manière à m’en défendre, mais je l’ai faite en un temps où l’on avait encore le droit de rire en France ».

 

L’humour produit comme une sorte d’exorcisme collectif qui soude la population contre la tyrannie. « Echange une peinture de Van Dyck contre une grand-mère aryenne », proposait ainsi les juifs d’Allemagne après 1933.

 

Les États-Unis se sont également servis de l’humour pour faire prendre conscience de ce qui se passait en Allemagne. Les films américains étaient destinés à mobiliser le public contre le IIIème Reich : Charlie Chaplin était l’homme prédestiné pour opposer une réponse cinématographique à l’imagerie ampoulée des nazis, avec son film Le Dictateur.

 

 

Historiquement, l’humour a toujours créé des espaces de liberté. Toutefois, un rire tiède, de pur divertissement, et une dérision généralisée remplacent petit à petit le rire de résistance.

 

Est-ce si grave ? Assurément, car « le rire de résistance est le dernier rempart contre l’abus de pouvoir » déclarait Philippe Val, patron de Charlie Hebdo.

 

C'est là toute l'ambiguïté du rire : il bascule vite de la dérision au dérisoire. Et désamorce au lieu de résister. « L'humour permet d'attaquer publiquement des cibles haut placées, mais, en rendant l'expression de l'agression socialement acceptable, il la prive d'une partie de sa force », écrit l'historienne Amandine Regamey dans son livre sur la Russie soviétique (Prolétaires de tous pays, excusez-moi !, 2007).

 

Certains pensent que les histoires drôles politiques étaient inventées par le KGB lui-même, afin de laisser s'exprimer les frustrations et d'éviter des attaques plus sérieuses contre le pouvoir.

Ce vieux soupçon existait déjà sous les rois de France, avec leurs fameux fous qui ritualisaient la contestation. La liberté de ton laissée au bouffon est l'ultime ruse du pouvoir pour garantir sa pérennité.

 

Cette logique de récupération a traversé les siècles. Au début des Guignols de l’Info, certains hommes politiques caricaturés ont commencé par protester. Puis, rapidement, ils l'ont vécu comme un signe de reconnaissance, presque une consécration. Ceux qui n'avaient pas de marionnette ont alors commencé à se plaindre en envoyant des lettres à la production. Quelques années plus tard, on les accusera même d'avoir favorisé l'élection de Jacques Chirac en 1995 en le rendant sympathique...

 

Pierre Dac

 

Le rire ne serait-il pas aujourd’hui le seul parti d’opposition en France ?

 

Car la résistance aux nouvelles formes d’oppressions ne nécessite plus désormais le renversement du pouvoir politique, mais réside plutôt dans la volonté de remettre en cause un système, devenu moins démocratique. C’est toute la différence entre le révolté et le révolutionnaire. La volonté du révolutionnaire a un contenu émancipateur. La résistance à l’oppression se trouve, elle, dans cet objectif émancipateur.

 

A l’image de la FM qui nous émancipe pour devenir des hommes libres.

 

J’ai dit.

 

P.G.

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Publié le par Jean-François Guerry
TEMPLE MACONNIQUE DE ROCHEFORT

TEMPLE MACONNIQUE DE ROCHEFORT

LES LUMIÈRES ANCESTRALES UNIVERSELLES

 

Le franc-maçon est un enfant des lumières, de la Lumière, de la Grande Lumière. Pour se connaître, savoir d’où il vient, qui il est il lui faut remonter à la naissance de la lumière, faire le voyage retour jusqu’au moment ou l’Ordre a fait suite au chao.

Déesse Isis

Il ne peut se limiter aux Lumières de l’occident, n’assignant aucune limite à sa pensée, aucune contrainte à sa liberté de penser dans le respect de la liberté des autres, de leur liberté de conscience. Sans renoncer au combat pour la dignité de l’homme, au combat contre toutes les dictatures de toutes sortes religieuses ou politiques, au combat contre la pensée unique. Le franc-maçon n’a pas de limite à sa pensée, ni dans le temps dans son éternité, ni dans l’espace, dans l’univers entier. Il marche sur l’arc en ciel.

Moïse sur le Sinaï

Cet enfant de la veuve, orphelin est à la recherche de sa paternité. Il est l’enfant de la genèse, celui sorti de l’arche, il est né sur les bords du Nil, dans le désert du Sinaï. Il s’est nourri des mystères de la marmite d’Alexandrie, de la terre noire de l’alchémia, des mystères d’Éleusis, il a bu la coupe l’aloès amer, il a connu la vanité de Dédale et la chute d’Icare, enfant du miracle grec….

 

Comment cela est-il possible, parce qu’il est le réceptacle, le tabernacle des parcelles de lumières, venues du fond des temps se déposer dans sa conscience. Il a hérité de la conscience collective et élevé sa conscience personnelle pour transmettre ce qu’il a reçu de ses frères passés à l’orient éternel et toujours présents dans cette chaîne d’union universelle.

L'Olympe

Il construit et reconstruit sans cesse le temple de pierre, en attendant la descente de la Jérusalem céleste, quand le voile des apparences laissera la place à la lumière de l’esprit, quand les ténèbres céderont place à la Lumière.

 

Il replante, sans cesse les grains de blé sur les bords du fleuve. Les grains tombés à terre, recevrons l’eau, la chaleur du soleil, le feu de la lumière.

 Il entend le souffle de l’air, la parole qui chante dans les épis : « Rien ne meurt, tout se transforme, tout est vivant. »   

 

Même en cette période les travaux maçonniques ne s’arrêtent jamais, à peine clos. Ils sont à nouveau ouverts. Ils ne sont en réalité que suspendus pour les chevaliers de l’esprit, le temps d’un repos, d’une re création.

 

À l’écoute perpétuelle des résonances sacrées qui viennent du fond des temps frapper à la porte de son esprit, le franc-maçon ouvre son cœur, le sang rouge d’amour l’irrigue, le régénère sans cesse.

 

Il a hérité non point par sa naissance, mais par son travail sur lui-même, seul et avec ses frères des mots sacrés, des mots secrets qui mènent au sommet de la montagne. Il se dirige dans le labyrinthe de la vie, il obtient en faisant son devoir la liberté de passer les ponts, il abat les murs de l’indifférence, il transforme la multitude de ses « Je », en la beauté d’un seul « nous ». Il refait sans cesse le monde avec ses sœurs et ses frères ou peut-être plus humblement il essaye de la restaurer, de lui faire retrouver son unité, cette unité qu’il désire faire en lui pour être en harmonie avec le monde qui l’entoure.

 

Jean-François Guerry.

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Publié le par Jean-François Guerry
COMMUNICATION  ET INITIATION

COMMUNICATION ET INITIATION

 

L’ére est au numérique, le numérique est partout dans l’air, et sans avoir en l’air il nous ouvre des portes vers l’infini, des possibilités de connaissances jusqu’à lors inimaginables, à nous de savoir trier et maîtriser tous ces savoirs et de ne pas mourir par manque d’air, de liberté, de ne pas succomber à sa dictature.

 

Comme c’est dans l’air et que les francs-maçons revendiquent d’êtres des citoyens de la cité, ils ne peuvent êtres indifférents aux nouvelles techniques. C’est un fait le siècle des Lumières a laissé sa place aux siècles du numérique.

 

Les réunions maçonniques sont interrompues, suspendues pour cause sanitaire. Les réunions à distance numériques semblent prendre force et vigueur. Dans la première ligne de ma convocation pour ma tenue régulière il est écrit ouverture des travaux Skype ou face time à 19h 00 !

 

Oublié le précepte « l’initiation ne s’explique pas elle se vit ! » Sérieusement, cette période est temporaire, elle doit j’espère nous faire réfléchir sur les valeurs essentielles de l’initiation, son vécu dans le collectif de la Loge.

Le livre posé, ouvert sur l’autel des serments, ne peut pas être un écran, à force de d’encenser la virtualité, le réel risque de disparaître.

 

Force est de constater que le livre numérique qui devait remplacer le livre papier peine à le faire. Le livre numérique apparaît comme un raccourci réducteur. On découvre mieux l’essence d’un livre en le touchant, en l’ouvrant, en le fermant, en le posant, puis en le reprenant. Il a été dit le plus important dans la lecture d’un livre, ce sont ces instants ou l’on lève les yeux.

 

Pour autant les écrans, qui ont pris le pouvoir, s’ils sont maniés en conscience, ils peuvent servir comme les métaux que nous avons laissés à la porte de la loge et êtres utiles aux hommes pour faire le bien dans le monde profane.

 

Toutes les obédiences maçonniques communiquent par leurs sites, ce sont des portes entre ouvertes aux profanes en quête de connaissance. Comme dirait Lapalisse l’outil internet contient le pire et le meilleur. Le pire à mon sens étant le prosélytisme source du sectarisme et l’objectif des quantités de connexions au détriment leurs qualités.

 

La Blogsphère maçonnique est immense et variée. Des centaines de Blogs qui reflètent le plus souvent les réflexions des Blogueurs ou d’autres sont orientés vers les actualités maçonniques, d’autres comme la presse à scandale, nourrissent leur audience en relatant les dysfonctionnements ou les travers de certains francs-maçons ou de certaines obédiences, ce qui donne un peu de seul c’est le fameux pseudo secret maçonnique.

L’antimaçonnisme n’échappe pas à la Blogsphère, rien de nouveau là non plus. C’est pourquoi à mon sens il faut encourager toutes les formes de communication.

 

Les réseaux sociaux et la franc-maçonnerie, « les amis », collectés sur les réseaux sociaux, sont-ils des profanes en recherche, de futurs initiés, ou des curieux ? Les réseaux sociaux favorisent-ils la liberté et la connaissance de la vérité ? Les réseaux en substituant à la justice, sont-ils plus justes ? Ne perdons pas de vue qu’en favorisant l’expansion de ces réseaux, en leur donnant sans contrepartie nos connaissances, ce que nous sommes. Nous les enrichissons et nous savons par ailleurs qu’ils ne payent pas ou peu d’impôts, qu’ils ne contribuent pas à la solidarité nationale et par voie de conséquence nous payons plus d’impôts.

 

Je m’interroge, pourquoi nos plus hauts dirigeants utilisent ces réseaux sociaux numériques, pour nous faire passer des messages de solidarité et de compassion ?

 

Je m’interroge aussi sur le rôle de ces réseaux, leur utilité pour les obédiences si ce n’est pas dans un but de prosélytisme, c’est peut-être parce qu’ils sont utiles pour donner du sens à notre vie, utiles à l’éveil de notre être intérieur, à la réflexion sur la part du sacré dans notre société, ou sur la spiritualité en général ?

 

Mais je suis un réfractaire gaulois, trop âgé pour comprendre ce mystère numérique !

Comment refuser ce progrès qui nous est promis du travail à distance, de ces réseaux sociaux numériques appelés au remplacement des rencontres physiques, à l’ancien et décidemment périmé lien social. C’est une promesse bientôt de tenues maçonniques virtuelles, de belles cérémonies d’initiations à distance sur skype et facetime.

 

Pour aller plus loin et plus sérieusement peut-être !

 

Jean-François Guerry.

 

Lire : Le N°197 de la Revue de la Grande Loge de France : POINTS DE VUE INITIATIQUES sur le thème Initiation et numérique.

 

Abonnements : 24 € par an pour 4 numéros.

 

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Sur l'ensemble de l'année 2018, le chiffre d'affaires de Facebook progresse de 37 % à 55,8 milliards de dollars et son bénéfice net augmente de 39 % à 22,1 milliards de dollars.

 

pour la première fois depuis sa création en 2006, Twitter a signé un exercice annuel rentable en 2018. Le bénéfice de la société s'établit à 1,2 milliard de dollars.

Apple a enregistré son meilleur troisième trimestre avec un chiffre d'affaires de 59,7 milliards de dollars (+11%) et des bénéfices qui s'établissent à 11,253 milliards (+12%).

Goggle Le chiffre d'affaires enregistre une hausse de 18 % en 2019 à 161,9 milliards de dollars (contre 136,8 milliards en 2018). Le bénéfice net progresse, lui, de 11,7 %, à 34,3 milliards de dollars (contre 30,7 milliards en 2018)

 

AMAZON Les résultats de la firme continuent de voler au-dessus des nuages : avec une croissance de 20 % sur 2019, le chiffre d'affaires se monte à 280,5 milliards $. À l'image de la période de Noël, qui affiche elle aussi 21 % de mieux

 

L'action Amazon a bondi de près de 9 % ce vendredi. ... Les grandes lignes du bilan 2019montrent un chiffre d'affaires qui gagne 50 milliards à 280 milliards ... Le bénéfice par action a atteint 6,47 dollars alors qu'il était attendu à 4,04 dollars.

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Publié le
HUMOUR CONFINEMENT
Un mauvais Disney avec Donald ! vu dans la presse

Un mauvais Disney avec Donald ! vu dans la presse

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Publié le par Jacques Viallebesset

Cet article est reposté depuis L'atelier des Poètes - par Jacques Viallebesset.

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Publié le par Jean-François Guerry - Jean-Pierre Rousseau
POÉMES MAÇONNIQUES

POÉMES MAÇONNIQUES

 

Je viens de recevoir un recueil de poèmes maçonniques de Jean-Pierre Rousseau, des feuillets bien remplis qui tombent à propos en cet automne de confinement, l’inertie physique favorise la méditation et le rêve. Les poèmes de Jean-Pierre Rousseau ont été écrits entre 2004 et 2020, ils retracent sur la planche, un itinéraire initiatique qui travers les différents degrés de son initiation. « Du cabinet de réflexion au temple d’Enoch » écrit le 3 décembre 2004 au poème sur « L’introspection » du 16 octobre 2020. C’est comme un ouroboros poétique, une spirale ascendante ; qui permettra aux initiés de revivre leur parcours personnel, leurs régénérations successives. Mais aussi pour les profanes, qui cherchent d’augmenter encore leurs interrogations et de leur faire découvrir quelques réponses, d’entrevoir des rayons de lumière.

Les vers sont ciselés à la plume avec la rigueur de l’équerre, la précision et l’ouverture du compas, les mots sont les leviers de transmission du verbe.

 

Il y a sans nul doute des maçons poètes et des poètes maçons, ils sont tous frères. La Franc-Maçonnerie qui est l’Art Royal, n’est peut-être après-tout qu’une poésie ?

 

Jean-François Pluviaud qui a écrit la postface de l’Anthologie de la Poésie Maçonnique et Symbolique  de Jean-Luc Maxence et Elisabeth Viel parue aux Éditions Dervy, clôture cette postface par une question :

Alors le maçon est-il un poète ?

Je répondrai en disant qu’il a acquitté « le denier du rêve » et pour cette raison, il est poète….aussi.

Initiation et poésie sont des entreprises de libération, dont le seul objectif est la réunification de l’homme, de l’univers éclaté. Permettant d’accéder ainsi à la connaissance par l’homme et pour l’homme. Peut-être la maçonnerie est-elle avant tout…. Un immense poème collectif ?

                                   Jean-François Pluviaud.

 

Alors que le chanteur, ne chante pas pour passer le temps, le poète n’écrit pas, ne rime pas non plus pour passer le temps…

 

Jean-François Guerry.

Le Temple

Le Temple

 

 

3 décembre 2004

 

Du cabinet de réflexion au temple d’Enoch

 

 

A la tombée du jour, j’ai frappé à la porte !

Imaginaire trouble ; émotions en cohorte.

 

 

Sur le parvis, un inconnu, m’a accueilli.

Fort de son aide, un escalier tournant gravi,

Dans un réduit exigu, noir, fus introduit.

 

 

Sur la table le pain, Simplicité ! Partage !

Germination de l’épi, manne de croissance ;

Fin du profane ; vie, mort, renaissance.

Muer plomb en or ; asymptotique passage.

 

 

 

Sur la table l’eau, pour le corps et pour l’esprit,

Fontaine de jouvence de chaque initié

Au bord du gouffre, quand déçu découragé

Avec force et beauté la lumière jaillit.

 

Sur la table coupe de sel, neutre idéal !

A côté coupe de soufre, ardeur dans l’action.

Sagesse et Science unies dans la pondération,

Travail de l’Esprit sur ses multiples dédales.

 

 

Sur le parvis, un inconnu, m’a accueilli.

Fort de son aide, un escalier tournant gravi,

Dans un réduit exigu, noir, fus introduit.

 

 

Au mur, symbolisé par un coq, le mercure,

Principe femelle de hardiesse et vigilance,

Annonce la lumière à recevoir en confiance,

Au sortir du chaos, du chemin immature.

 

 

Au mur une banderole, écharpe mystique,

Vigilance, persévérance comme motif.

Phylactère du futur maçon attentif

Avide de percer les secrets symboliques.

 

 

Au mur, VITRIOL, invitation au voyage,

Effroi dans l’inconscient collectif, drame !

Recherche de l’ego profond, levain de l’âme,

Sincérité primordiale enfouie reçue en gage.

 

 

Sur le parvis, un inconnu, m’a accueilli.

Fort de son aide, un escalier tournant gravi,

Dans un réduit exigu, noir, fus introduit.

 

 

Homme ! si tu es seulement curieux va-t'en !

Si ton âme a senti l’effroi, fait marche arrière.

Les ténèbres vaincras et verras la lumière,

Si tu persévères, grâce aux Éléments.

 

 

Homme observe ce crâne au rire sardonique !

Écoute le sablier reflet dans le miroir.

A la lumière du flambeau sur l’écritoire,

Témoigne, écris ton testament philosophique.

 

 

Homme l’épreuve de la terre est terminée !

Dépouillé des métaux aux vertus illusoires,

Libéré de tes passions tu vas recevoir,

Le tracé du chemin de la Sérénité.

 

Sur le parvis, un inconnu, m’a accueilli.

Fort de son aide, un escalier tournant gravi,

En étrange lieu, mystérieux, m’a introduit.

 

 

Passage des ténèbres à la vraie lumière.

Destiné à la construction de l’édifice

J’ai travaillé, à ma place et à mon office,

A dégrossir faces visibles de la pierre.

 

 

Schibboleth j’ai reçu, image fortifiante.

Par le travail de la pensée et de l’action,

J’ai essayé d’accomplir mes obligations,

Guidé par l’éclat de l’étoile flamboyante.

 

 

Instruit des lois du Cosmos par lui établies,

Forgeant ma connaissance des arts libéraux,

Deux paliers conquis et entrevu trois niveaux,

À polir la pierre cubique à pointe j’ai appris.

 

 

Sur le parvis, un frère ami, m’a accueilli.

A son bras, par l’étoile flamboyante ébloui,

Dans un lieu sombre, à reculons, fus introduit.

 

 

Deuxième descente, larmes au son du glas,

Sur un tertre de terre fraîchement remuée,

Un rameau d’acacia fiché pour rappeler,

Grain bien enfoui germera et vie renaîtra.

 

 

UN crucifié au nom de tous dans la douleur,

Mort aux préjugés du vulgaire temporel,

Point magique entre matériel et spirituel,

Médiateur entre créature et créateur.

 

 

 

Au centre, séparé de l’éternel Orient,

J’ai dessein de perpétuer la Tradition,

Retour à vie nouvelle régénération,

Voile cosmique lien entre passé et présent.

 

Le coeur affligé, l’âme en peine, trois amis,

Par les cinq points, à Hiram redonnèrent vie,

Jeune adepte, sur le chemin, ont reconduit.

 

 

 

Sortie de terre, saut de l’équerre au compas,

Du monde tangible au monde des idées.

De l’ouvrage j’assure la pérennité,

Cherchant ce qui a été perdu pas à pas.

 

 

 

Porteur du fil à plomb, je suis la Tradition,

En exergue, ignorance, je mets tes dangers.

Par le maillet je dirige en fraternité.

Par le niveau je valorise chaque action.

 

 

 

Affranchi des lourdeurs de la vie matérielle,

Je suis l’Architecte ! sentiment indicible,

Jonction sacrée du visible et de l’invisible,

Le poseur de pierres polies intemporel.

 

 

 

Triste, le regard voilé, avec trois amis,

En un lieu de tristesse et de chagrin admis,

Sur le dur chemin du Devoir fus reconduit.

 

 

 

En silence sous le laurier et l’olivier,

Obéissance et fidélité aux grands anciens !

Discrétion, sous la lumière du Saint des Saints,

Pour reprendre chantier, me servir de la clé.

 

 

Sage, il avait atteint la perfection,

Déchaînées, les passions ont provoqué le drame.

Digne sépulture construisons pour Hiram.

Méditons sur le sort des mauvais compagnons.

 

 

 

 

La Parole est perdue, en serviteur zélé,

Par naïve curiosité, j’ai su un secret.

Par Grâce accordée, condamnation en retrait,

Alliance retrouvée, Delta reconstitué.

 

 

Serein en compagnie de mes pairs et amis,

Intensif enseignement pointu ai suivi,

Sur le dur chemin du Savoir fus reconduit.

 

 

 

Assurer le lien conception réalisation,

De chaque décision jauger le bien-fondé,

Mettre en harmonie les actes et les pensées,

Prévôt et juge sans coupable ambition.

 

 

 

Humble fils de noble, reconnu, ferme et stable,

Les sept marches d’exactitude j’ai monté ;

Appris à l’aube cinq points de fidélité :

Bien faire, aimer, prier, être secourable.

 

 

 

Sans relâche je dois avec rigueur veiller ;

Des couleurs, vérifier la bonne application,

Du Saint des Saints achever la décoration.

Les travaux terminés, courir sus aux meurtriers !

 

 

 

Étonné du peu de résultats de l’édit,

Malgré la récompense et les bienfaits promis,

Un inconnu présenté par le roi a suivi.

 

 

 

Tiré au sort ! parti chercher les assassins,

Un chien me suivant avec les autres élus,

Par la lumière d’une étoile parvenu,

Auprès d’un buisson ardent aux reflets d’airain.

 

 

 

Ouverture de caverne, visage blême,

Au fond endormi dans les affres du remords,

Près d’une fontaine un mauvais compagnon dort.

J’ai saisi son poignard fait justice moi-même.

 

Mes huit frères, près du roi, ont intercédé.

Au vu de cet acte vain, sûrs de la sentence,

Seconde fois ! le sage a choisi la clémence,

Condamnant, et vengeance et frère trop zélé.

 

 

 

Sur le parvis par un nouveau groupe accueilli,

Par mon zèle et mon travail, par lui fus choisi.

Tracé par berger inconnu, chemin repris.

 

 

 

Haine, fanatisme, ambition, écartés ;

Vérité justice honnies des intolérants

Ont permis de découvrir les deux ignorants

Croyant que le crime, impuni pouvait rester.

 

 

 

Dans une carrière, le levain de la pierre !

J’ai retrouvé les deux ignobles parricides,

Victimes et coupables ; duel fratricide !

D’avoir par la force convoité la lumière.

 

 

 

Devenu homme vrai, de mes passions, vainqueur,

En pleine lumière, j’ai trouvé et, sciemment,

Exécuté sentence, appliqué châtiment,

Accomplissement du devoir dans la ferveur.

 

 

 

Par l’urne, parmi les quinze élus, choisi,

J’ai su les secrets ! Moïse sur le Sinaï.

Mémoriser mes fautes effacées j’ai promis.

 

 

 

Gravats épars, désert aride ensoleillé,

Avec mes deux compagnons je suis descendu

Pour récupérer ce qui a été perdu,

Sous la pierre carrée et sombre cavité.

 

 

Nouvelle descente au centre de la terre,

Angoisse des uns, du troisième pugnacité

Envers multiples dangers de l’obscurité,

A la lueur d’une nécessaire lumière.

 

Trois marches, puis cinq, puis sept, puis neuf, descendues,

Guibulum et ses deux compagnons moins zélés,

Par vif éclat lumineux, presque aveuglés,

Se signèrent, de leur surprise, revenus.

Sous la neuvième voûte j’ai été admis,

Par mon zèle et ma constance fait établi,

Et connu l’Ineffable Nom par lui écrit.

 

 

 

De la perte de la Parole annonciatrice,

Vision d’Enoch le grand initiant initié,

Sur pierre d’agate triangle d’or scellé,

Nom gravé a l’abri des passions destructrices.

 

 

 

Enoch qui survit dans ses fils spirituels

Parvenus au centre de l’idée, initiés !

La porte du désastre, ont entrebâillée.

Au Nadir les étoiles décoraient le ciel.

 

 

 

Angoissés, les trois frères, tremblants d’émotion,

Dans les ténèbres remontèrent à tâtons,

Le trésor rapportèrent au roi Salomon,

Conscients d’avoir échappé à la punition,

 

 

Par Salomon et Hiram de Tyr fut admis.

Guibulum, Stolkin et Johaben investis,

Se mirent en chemin pour la Maçonnerie.

 

 

 

Sous la voûte sacrée ultime perfection,

Dans sanctuaire caché mirent le trésor,

Pour abriter le nom ineffable sur l’or,

Pour le préserver de toute profanation.

 

 

 

Avec mes frères, en paix, le coeur généreux,

J’ai promis de combattre jusqu’au sacrifice,

La perfidie la trahison et l’injustice,

Alliance entre Vertu et hommes vertueux.

 

Le roi soudain sourd aux appels de l’Éternel,

Les grands élus tentèrent le coeur déchiré,

De sauver ce qui pouvait être préservé,

Enfouirent dans leur coeur le nom immortel.

 

 

La légende du Temple s’achève ainsi !

Le voyage initiatique continue-lui,

Au plus profond de nous, la vérité enfouie.

 

 

 

Sur le parvis, un inconnu, m’a accueilli.

Fort de son aide, un escalier tournant gravi,

Dans un réduit exigu, noir, fus introduit.

 

 

 

Sur le parvis, un inconnu, m’a accueilli.

Fort de son aide, un escalier tournant gravi,

En étrange lieu, mystérieux, m’a introduit.

 

 

 

Sur le parvis, un frère ami, m’a accueilli.

A son bras, par l’étoile flamboyante, ébloui,

Dans un lieu sombre, à reculons, fus introduit.

 

 

 

Le coeur affligé, l’âme en peine, trois amis,

Par les cinq points, à Hiram redonnèrent vie,

Jeune adepte, sur le chemin, ont reconduit.

 

 

 

Triste, le regard voilé, avec trois amis,

En un lieu de tristesse et de chagrin admis,

Sur le dur chemin du Devoir fus reconduit.

 

 

 

Serein en compagnie de mes pairs et amis,

Intensif enseignement pointu ai suivi,

Sur le dur chemin du Savoir fus reconduit.

 

 

 

 

Étonné du peu de résultats de l’édit,

Malgré la récompense et les bienfaits promis,

Un inconnu présenté par le roi a suivi.

 

 

 

Sur le parvis par un nouveau groupe accueilli,

Par mon zèle et mon travail, par lui fus choisi.

Tracé par berger inconnu, chemin repris.

 

 

 

Par l’urne, parmi les quinze élus, choisi,

J’ai su les secrets ! Moïse sur le Sinaï.

Mémoriser mes fautes effacées j’ai promis.

 

 

 

Sous la neuvième voûte j’ai été admis,

Par mon zèle et ma constance fait établi,

Et connu l’Ineffable Nom par lui écrit.

 

 

 

La légende du Temple s’achève ainsi !

Le voyage initiatique continue-lui,

Au plus profond de nous la vérité enfouie.

Jean-Pierre Rousseau.

 

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Publié le par Jean-François Guerry
DE LA SÉPARATION AU SÉPARATISME

DE LA SÉPARATION AU SÉPARATISME

 

Robert de Rosa

Robert de Rosa, enseignant, plasticien, auteur, Franc-Maçon à la Grande Loge de France où il est Directeur de la Rédaction la Revue Points de Vue Initiatiques, vient d’écrire : « Laïcité, Tolérance et Franc-Maçonnerie », édité chez Numérilivre Éditions des Bords de Seine.

 

Son livre est d’une criante actualité à l’image de sa première de couverture. Dans un moment où le terrorisme radical islamique frappe une nouvelle fois notre république ses femmes et ses hommes et aussi toute l’Europe. Un moment où la liberté d’expression est menacée, où la peur peut déclencher un mouvement d’autocensure qui serait une régression de nos libertés issues des lumières.

Au moment aussi où notre société s’interroge sur notre concept spécifique de la laïcité, où des réponses aux menaces de séparatismes se font jour.

 

Robert de Rosa nous propose, un ouvrage clair, objectif, avec son expérience d’enseignant, sa sensibilité et son engagement maçonnique.

 

Dans son introduction après une brève évocation de son histoire personnelle, une pratique à la fois de la laïcité et de la Franc-Maçonnerie, nous rappelant les mots que l’on trouve dans la Constitution de la Grande Loge de France :  « elle constitue une alliance d’hommes libres et de bonnes mœurs, de toutes nationalités et de toutes croyances (….) et que dans la recherche constante de la vérité et de la justice, les francs-maçons n’acceptent aucune entrave et ne s’assignent aucune limite. »

 

Dans le premier chapitre de son livre, il fait œuvre d’historien. Nous rappelant les faits, les actes, les dates constitutifs de la conception et de la naissance, de la laïcité.

 

Du 12 juillet 1790 date l’Assemblée Constituante jusqu’au vote de la loi sur la laïcité le 3 juillet 1905. Un acte inspiré par le siècle des Lumières, pour éclairer tous les enfants de la République. Instruire sur le fait religieux en mettant fin à tous les prosélytismes, mais à l’époque sur la religion catholique.

Victor Hugo, Nicolas de Condorcet entre autres, vont poser les premières pierres. À noter que Condorcet était soucieux d’éviter que la laïcité ne devienne dogmatique :

« Il est bien important que la puissance publique ne dicte pas la doctrine commune du moment comme des vérités éternelles. (…) si l’on dit voilà ce que vous devez adorer et croire, alors c’est une espèce de religion politique que l’on veut créer »

 

Cela nous fait songer à la déesse raison comme un Dieu de substitution. Condorcet se défiait déjà d’un laïcisme contre- productif.

 

Condorcet fit aussi la distinction entre instruction et éducation. Plus tard les lois Falloux en 1850 mettait à mal ce principe en accordant le financement d’état sans distinction entre les établissements publics et religieux, permettant ainsi la continuité de l’instruction religieuse financée par l’état en n’étant toutefois pas obligatoire.

 

C’est Jules Ferry qui œuvra le plus habilement et avec persévérance pour l’établissement de lois successives permettant la mise en place de l’enseignement laïque.

 

Et les francs-maçons qui revendiquent souvent une participation active dans cette loi sur la laïcité, Robert de Rosa nous rappelle qu’ils étaient déchirés en partisans et adversaires. Il cite Jean-Paul Delaye :

« Les francs-maçons spiritualistes vont défendre pied à pied l’idée d’une maçonnerie spiritualiste et seront par conséquent opposés à une école publique ne faisant plus référence à Dieu. »

 

Ainsi comme l’écrit Robert de Rosa naît le clivage entre francs-maçons spiritualistes et rationalistes termes qu’il qualifie d’impropres.

Comme à mon sens ce qui en découle l’opposition entre immanence et transcendance.

Il évoque l’abandon par le Grand Orient de France de la référence à Dieu, puis au Grand Architecte de l’Univers principe reconnu par le Suprême Conseil.

 

Quel dommage que les partisans et les opposants de la laïcité n’aient pas trouvé un accord pour l’enseignement du fait religieux dans les cours d’histoire, en rejetant tous les prosélytismes, cela aurait peut-être évité les intégrismes et les radicalités générées par l’absence des connaissances. Robert de Rosa nous fait de cette réflexion de Jean Macé :

 

« Avant d’instituer le suffrage universel il aurait fallu trente ans d’instruction obligatoire. »

 

Je reviendrai sur ce livre utile, clair, bien documenté nécessaire à tous ceux qui souhaitent bien comprendre ce qu’est véritablement la laïcité.

 

Jean-François Guerry.

 

 

À LIRE : « Laïcité, Tolérance & Franc-Maçonnerie- de Robert de Rosa.

 

Chez NUMÉRILIVRE- Éditions du Bord de Seine-

152 Pages. Prix 20€ - ISBN : 978-2-36632-1524

www.numerilivre.fr  

Nicolas de Condorcet, Victor Hugo, Jean Macé, Jules Ferry.
Nicolas de Condorcet, Victor Hugo, Jean Macé, Jules Ferry.
Nicolas de Condorcet, Victor Hugo, Jean Macé, Jules Ferry.
Nicolas de Condorcet, Victor Hugo, Jean Macé, Jules Ferry.

Nicolas de Condorcet, Victor Hugo, Jean Macé, Jules Ferry.

SOURCE ACADÉMIE FRANCAISE

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LA LETTRE DE JULES FERRY

AUX INSTITUTEURS (27 NOVEMBRE 1883)

Monsieur l’Instituteur,

L’année scolaire qui vient de s’ouvrir sera la seconde année d’appli- cation de la loi du 28 mars 1882. Je ne veux pas la laisser commencer sans vous adresser personnellement quelques recommandations qui sans doute ne vous paraîtront pas superflues, après la première expérience que vous venez de faire du régime nouveau. Des diverses obligations qu’il vous impose, celle assurément qui vous tient le plus au cœur, celle qui vous apporte le plus lourd surcroît de travail et de souci, c’est la mis- sion qui vous est confiée de donner à vos élèves l’éducation morale et l’instruction civique : vous me saurez gré de répondre à vos préoccu- pations en essayant de bien fixer le caractère et l’objet de ce nouvel enseignement ; et, pour y mieux réussir, vous me permettez de me mettre un instant à votre place, afin de vous montrer, par des exemples empruntés au détail même de vos fonctions, comment vous pourrez remplir, à cet égard, tout votre devoir, et rien que votre devoir.

La loi du 28 mars se caractérise par deux dispositions qui se com- plètent sans se contredire : d’une part, elle met en dehors du programme obligatoire l’enseignement de tout dogme particulier ; d’autre part, elle y place au premier rang l’enseignement moral et civique. L’instruction religieuse appartient aux familles et à l’Église, l’instruction morale à l’école. Le législateur n’a donc pas entendu faire une œuvre purement négative. Sans doute il a eu pour premier objet de séparer l’école de l’Église, d’assurer la liberté de conscience et des maîtres et des élèves, de distinguer enfin deux domaines trop longtemps confondus : celui des croyances, qui sont personnelles, libres et variables, et celui des connais- sances, qui sont communes et indispensables à tous, de l’aveu de tous.

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LA LETTRE DE JULES FERRY AUX INSTITUTEURS

 

Mais il y a autre chose dans la loi du 28 mars : elle affirme la volonté de fonder chez nous une éducation nationale, et de la fonder sur des notions du devoir et du droit que le législateur n’hésite pas à inscrire au nombre des premières vérités que nul ne peut ignorer. Pour cette par- tie capitale de l’éducation, c’est sur vous, Monsieur, que les pouvoirs publics ont compté. En vous dispensant de l’enseignement religieux, on n’a pas songé à vous décharger de l’enseignement moral ; c’eût été vous enlever ce qui fait la dignité de votre profession. Au contraire, il a paru tout naturel que l’instituteur, en même temps qu’il apprend aux enfants à lire et à écrire, leur enseigne aussi ces règles élémentaires de la vie morale qui ne sont pas moins universellement acceptées que celles du langage ou du calcul.

En vous conférant de telles fonctions, le Parlement s’est-il trompé ? A-t-il trop présumé de vos forces, de votre bon vouloir, de votre compétence ? Assurément il eût encouru ce reproche s’il avait imaginé de charger tout à coup quatre-vingt mille instituteurs et institutrices d’une sorte de cours ex professo sur les principes, les origines et les fins dernières de la morale. Mais qui jamais a conçu rien de semblable ? Au lendemain même du vote de la loi, le Conseil supérieur de l’Instruction publique a pris soin de vous expliquer ce qu’on attendait de vous, et il l’a fait en termes qui défient toute équivoque. Vous trouverez ci-inclus un exemplaire des programmes qu’il a approuvés et qui sont pour vous le plus précieux commentaire de la loi : je ne saurais trop vous recom- mander de les relire et de vous en inspirer. Vous y puiserez la réponse aux deux critiques opposées qui vous parviennent. Les uns vous disent : « Votre tâche d’éducateur moral est impossible à remplir. » Les autres : « Elle est banale et insignifiante. » C’est placer le but ou trop haut ou trop bas. Laissez-moi vous expliquer que la tâche n’est ni au-dessus de vos forces ni au-dessous de votre estime ; qu’elle est très limitée, et pourtant d’une grande importance ; extrêmement simple, mais extrê- mement difficile.

J’ai dit que votre rôle, en matière d’éducation morale, est très limité. Vous n’avez à enseigner, à proprement parler, rien de nouveau, rien qui ne vous soit familier comme à tous les honnêtes gens. Et, quand on vous parle de mission et d’apostolat, vous n’allez pas vous y méprendre ; vous n’êtes point l’apôtre d’un nouvel Évangile : le législateur n’a voulu faire de vous ni un philosophe ni un théologien improvisé. Il ne vous demande rien qu’on ne puisse demander à tout homme de cœur et de sens. Il est impossible que vous voyiez chaque jour tous ces enfants qui se pressent autour de vous, écoutant vos leçons, observant votre

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LA LETTRE DE JULES FERRY AUX INSTITUTEURS

 

conduite, s’inspirant de vos exemples, à l’âge où l’esprit s’éveille, où le cœur s’ouvre, où la mémoire s’enrichit, sans que l’idée vous vienne aus- sitôt de profiter de cette docilité, de cette confiance, pour leur trans- mettre, avec les connaissances scolaires proprement dites, les principes mêmes de la morale, j’entends simplement cette bonne et antique morale que nous avons reçue de nos pères et mères et que nous nous honorons tous de suivre dans les relations de la vie, sans nous mettre en peine d’en discuter les bases philosophiques. Vous êtes l’auxiliaire et, à certains égards, le suppléant du père de famille : parlez donc à son enfant comme vous voudriez que l’on parlât au vôtre ; avec force et autorité, toutes les fois qu’il s’agit d’une vérité incontestée, d’un pré- cepte de la morale commune ; avec la plus grande réserve, dès que vous risquez d’effleurer un sentiment religieux dont vous n’êtes pas juge.

Si parfois vous étiez embarrassé pour savoir jusqu’où il vous est per- mis d’aller dans votre enseignement moral, voici une règle pratique à laquelle vous pourrez vous tenir. Au moment de proposer aux élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez-vous s’il se trouve à votre connaissance un seul honnête homme qui puisse être froissé de ce que vous allez dire. Demandez-vous si un père de famille, je dis un seul, pré- sent à votre classe et vous écoutant, pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu’il vous entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire ; sinon, parlez hardiment : car ce que vous allez communiquer à l’enfant, ce n’est pas votre propre sagesse ; c’est la sagesse du genre humain, c’est une de ces idées d’ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer dans le patrimoine de l’humanité. Si étroit que vous semble peut-être un cercle d’action ainsi tracé, faites-vous un devoir d’honneur de n’en jamais sortir, restez en deçà de cette limite plu- tôt que vous exposer à la franchir : vous ne toucherez jamais avec trop de scrupule à cette chose délicate et sacrée, qui est la conscience de l’enfant. Mais une fois que vous vous êtes ainsi loyalement enfermé dans l’humble et sûre région de la morale usuelle, que vous demande-t-on ? Des discours ? des dissertations savantes ? de brillants exposés, un docte enseignement ? Non ! La famille et la société vous demandent de les aider à bien élever leurs enfants, à en faire des honnêtes gens. C’est dire qu’elles attendent de vous non des paroles, mais des actes, non pas un enseignement de plus à inscrire au programme, mais un service tout pra- tique, que vous pouvez rendre au pays plutôt encore comme homme que comme professeur.

Il ne s’agit plus là d’une série de vérités à démontrer, mais, ce qui est tout autrement laborieux, d’une longue suite d’influences morales à

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LA LETTRE DE JULES FERRY AUX INSTITUTEURS

 

exercer sur ces jeunes êtres, à force de patience, de fermeté, de douceur, d’élévation dans le caractère et de puissance persuasive. On a compté sur vous pour leur apprendre à bien vivre par la manière même dont vous vivrez avec eux et devant eux. On a osé prétendre pour vous que, d’ici à quelques générations, les habitudes et les idées des populations au milieu desquelles vous aurez exercé attestent les bons effets de vos leçons de morale. Ce sera dans l’histoire honneur particulier pour notre corps enseignant d’avoir mérité d’inspirer aux Chambres françaises cette opinion qu’il y a dans chaque instituteur, dans chaque institutrice, un auxiliaire naturel du progrès moral et social, une personne dont l’influence ne peut manquer, en quelque sorte, d’élever autour d’elle le niveau des mœurs. Ce rôle est assez beau pour que vous n’éprouviez nul besoin de l’agrandir. D’autres se chargeront plus tard d’achever l’œuvre que vous ébauchez dans l’enfant et d’ajouter à l’enseignement primaire de la morale un complément de culture philosophique ou religieuse. Pour vous, bornez-vous à l’office que la société vous assigne et qui a aussi sa noblesse : posez dans l’âme des enfants les premiers et solides fondements de la simple moralité.

Dans une telle œuvre, vous le savez, Monsieur, ce n’est pas avec des difficultés de théorie et de haute spéculation que vous avez à vous mesurer ; c’est avec des défauts, des vices, des préjugés grossiers. Ces défauts, il ne s’agit pas de les condamner – tout le monde ne les condamne-t-il pas ? – mais de les faire disparaître par une succession de petites victoires, obscurément remportées. Il ne suffit donc pas que vos élèves aient compris et retenu vos leçons ; il faut surtout que leur carac- tère s’en ressente : ce n’est donc pas dans l’école, c’est surtout hors de l’école qu’on pourra juger ce qu’a valu votre enseignement. Au reste, voulez-vous en juger par vous-même, dès à présent, et voir si votre enseignement est bien engagé dans cette voie, la seule bonne : examinez s’il a déjà conduit vos élèves à quelques réformes pratiques. Vous leur avez parlé, par exemple, du respect de la loi : si cette leçon ne les empêche pas, au sortir de la classe, de commettre une fraude, un acte, fût-il léger, de contrebande ou de braconnage, vous n’avez rien fait encore ; la leçon de morale n’a pas porté, ou bien vous leur avez expli- qué ce que c’est que la justice et que la vérité : en sont-ils assez profon- dément pénétrés pour aimer mieux avouer une faute que de la dissimu- ler par un mensonge, pour se refuser à une indélicatesse ou à un passe-droit en leur faveur ?

Vous avez flétri l’égoïsme et fait l’éloge du dévouement : ont-ils, le moment d’après, abandonné un camarade en péril pour ne songer qu’à

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LA LETTRE DE JULES FERRY AUX INSTITUTEURS

 

eux-mêmes ? Votre leçon est à recommencer. Et que ces rechutes ne vous découragent pas ! Ce n’est pas l’œuvre d’un jour de former ou de déformer une âme libre. Il y faut beaucoup de leçons sans doute, des lec- tures, des maximes écrites, copiées, lues et relues : mais il y faut surtout des exercices pratiques, des efforts, des actes, des habitudes. Les enfants ont, en morale, un apprentissage à faire, absolument comme pour la lec- ture ou le calcul. L’enfant qui sait reconnaître et assembler des lettres ne sait pas encore lire ; celui qui sait les tracer l’une après l’autre ne sait pas écrire. Que manque-t-il à l’un ou à l’autre ? La pratique, l’habitude, la facilité, la rapidité et la sûreté de l’exécution. De même, l’enfant qui répète les premiers préceptes d’instinct ; alors seulement, la morale aura passé de son esprit dans son cœur, et elle passera de là dans sa vie ; il ne pourra plus la désapprendre.

De ce caractère tout pratique de l’éducation morale à l’école pri- maire, il me semble facile de tirer les règles qui doivent vous guider dans le choix de vos moyens d’enseignement.

Une seule méthode vous permettra d’obtenir les résultats que nous souhaitons. C’est celle que le Conseil supérieur vous a recommandée : peu de formules, peu d’abstractions, beaucoup d’exemples et surtout d’exemples pris sur le vif de la réalité. Ces leçons veulent un autre ton, une autre allure que tout le reste de la classe, je ne sais quoi de plus per- sonnel, de plus intime, de plus grave. Ce n’est pas le livre qui parle, ce n’est même plus le fonctionnaire ; c’est, pour ainsi dire, le père de famille, dans toute la sincérité de sa conviction et de son sentiment.

Est-ce à dire qu’on puisse vous demander de vous répandre en une sorte d’improvisation perpétuelle, sans aliment et sans appui du dehors ? Personne n’y a songé, et, bien loin de vous manquer, les secours exté- rieurs qui vous sont offerts ne peuvent vous embarrasser que par leur richesse et leur diversité. Des philosophes et des publicistes, dont quelques-uns comptent parmi les plus autorisés de notre temps et de notre pays, ont tenu à honneur de se faire vos collaborateurs : ils ont mis à votre disposition ce que leur doctrine a de plus pur et de plus élevé. Depuis quelques mois, nous voyons grossir presque de semaine en semaine le nombre des manuels d’instruction morale et civique. Rien ne prouve mieux le prix que l’opinion publique attache à l’établissement d’une forte culture morale par l’école primaire. L’enseignement laïque de la morale n’est donc estimé ni impossible, ni inutile, puisque la mesure décrétée par le législateur a éveillé aussitôt un si puissant écho dans le pays.

C’est ici cependant qu’il importe de distinguer de plus près entre l’essentiel et l’accessoire, entre l’enseignement moral, qui est obligatoire,

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LA LETTRE DE JULES FERRY AUX INSTITUTEURS

 

et les moyens d’enseignement, qui ne le sont pas. Si quelques personnes, peu au courant de la pédagogie moderne, ont pu croire que nos livres scolaires d’instruction morale et civique allaient être une sorte de caté- chisme nouveau, c’est là une erreur que ni vous, ni vos collègues, n’avez pu commettre. Vous savez trop bien que, sous le régime de libre examen et de libre concurrence qui est le droit commun en matière de librairie classique, aucun livre ne vous arrive imposé par l’autorité universitaire. Comme tous les ouvrages que vous employez, et plus encore que tous les autres, le livre de morale est entre vos mains un auxiliaire et rien de plus, un instrument dont vous vous servez sans vous y asservir.

Les familles se méprendraient sur le caractère de votre enseignement moral, si elles pouvaient croire qu’il réside surtout dans l’usage exclu- sif d’un livre, même excellent. C’est à vous de mettre la vérité morale à la portée de toutes les intelligences, même de celles qui n’auraient pour suivre vos leçons le secours d’aucun manuel ; et ce sera le cas tout d’abord dans le cours élémentaire. Avec de tout jeunes enfants qui com- mencent seulement à lire, un manuel spécial de morale et d’instruction civique serait manifestement inutile. A ce premier degré, le Conseil supérieur vous recommande, de préférence à l’étude prématurée d’un traité quelconque, ces causeries familières dans la forme, substantielles au fond, ces explications à la suite des lectures et des leçons diverses, ces mille prétextes que vous offrent la classe et la vie de tous les jours pour exercer le sens moral de l’enfant.

Dans le cours moyen, le manuel n’est autre chose qu’un livre de lec- ture qui s’ajoute à ceux que vous connaissez déjà. Là encore, le Conseil, loin de vous prescrire un enchaînement rigoureux de doctrines, a tenu à vous laisser libre de varier vos procédés d’enseignement : le livre n’intervient que pour vous fournir un choix tout fait de bons exemples, de sages maximes et de récits qui mettent la morale en action.

Enfin, dans le cours supérieur, le livre devient surtout un utile moyen de réviser, de fixer et de coordonner : c’est comme le recueil méthodique des principales idées qui doivent se graver dans l’esprit du jeune homme.

Mais, vous le voyez, à ces trois degrés, ce qui importe, ce n’est pas l’action du livre, c’est la vôtre ; il ne faudrait pas que le livre vînt, en quelque sorte, s’interposer entre vos élèves et vous, refroidir votre parole, en émousser l’impression sur l’âme des élèves, vous réduire au rôle de simple répétiteur de la morale. Le livre est fait pour vous, et non vous pour le livre, il est votre conseiller et votre guide, mais c’est vous qui devez rester le guide et le conseiller par excellence de vos élèves.

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LA LETTRE DE JULES FERRY AUX INSTITUTEURS

 

Pour donner tous les moyens de nourrir votre enseignement per- sonnel de la substance des meilleurs ouvrages, sans que le hasard des cir- constances vous entraîne exclusivement à tel ou tel manuel, je vous envoie la liste complète des traités d’instruction morale ou d’instruction civique qui ont été, cette année, adoptés par les instituteurs dans les diverses académies ; la bibliothèque pédagogique du chef-lieu du can- ton les recevra du ministère, si elle ne les possède déjà, et les mettra à votre disposition. Cet examen fait, vous restez libre ou de prendre un de ces ouvrages pour en faire un des livres de lecture habituelle de la classe ; ou bien d’en employer concurremment plusieurs, tous pris, bien entendu, dans la liste générale ci-incluse ; ou bien encore, vous pouvez vous réserver de choisir vous-même, dans différents auteurs, des extraits destinés à être lus, dictés, appris. Il est juste que vous ayez à cet égard autant de liberté que vous avez de responsabilité. Mais, quelque solution que vous préfériez, je ne saurais trop vous le dire, faites tou- jours bien comprendre que vous mettez votre amour-propre, ou plutôt votre honneur, non pas à adopter tel ou tel livre, mais à faire pénétrer profondément dans les générations l’enseignement pratique des bonnes règles et des bons sentiments.

Il dépend de vous, Monsieur, j’en ai la certitude, de hâter par votre manière d’agir le moment où cet enseignement sera partout non pas seu- lement accepté, mais apprécié, honoré, aimé comme il mérite de l’être. Les populations mêmes dont on a cherché à exciter les inquiétudes ne résisteront pas longtemps à l’expérience qui se fera sous leurs yeux. Quand elles vous auront vu à l’œuvre, quand elles reconnaîtront que vous n’avez d’autre arrière-pensée que de leur rendre leurs enfants plus instruits et meilleurs, quand elles remarqueront que vos leçons de morale commencent à produire de l’effet, que leurs enfants rapportent de votre classe de meilleures habitudes, des manières plus douces et plus respectueuses, plus de droiture, plus d’obéissance, plus de goût pour le travail, plus de soumission au devoir, enfin tous les signes d’une inces- sante amélioration morale, alors la cause de l’école laïque sera gagnée : le bon sens du père et le cœur de la mère ne s’y tromperont pas, et ils n’auront pas besoin qu’on leur apprenne ce qu’ils vous doivent d’estime, de confiance et de gratitude.

J’ai essayé de vous donner, Monsieur, une idée aussi précise que pos- sible d’une partie de votre tâche qui est, à certains égards, nouvelle, qui de toutes est la plus délicate ; permettez-moi d’ajouter que c’est aussi celle qui vous laissera les plus intimes et les plus durables satisfactions. Je serais heureux si j’avais contribué par cette lettre à vous montrer toute

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LA LETTRE DE JULES FERRY AUX INSTITUTEURS

 

l’importance qu’y attache le gouvernement de la République, et si je vous avais décidé à redoubler d’efforts pour préparer à notre pays une génération de bons citoyens.

Recevez, Monsieur l’Instituteur, l’expression de ma considération distinguée.

Le président du Conseil,
ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts

Jules FERRY

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Publié le par Inspirateur Jean-Bernard Lalange

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Publié le par NET,JOURNAL LA CROIX, PERSO
Erratum:  merci de remplacer avec votre femme par avec votre homme

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HUMOUR CONFINEMENT
Cuvée spéciale confinement je ne sais pas qui a osé me proposer ce vin ?

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HUMOUR CONFINEMENT

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Publié le par Clementia

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