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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par Jean-françois GUERRY
L’ALTRUISME, UNE PHILAUTIE DE L’EGO- PART-II- : Le proche, autrui, les autres.  Dans l’article I, j’évoquais le partage avec la l

L’ALTRUISME, UNE PHILAUTIE DE L’EGO- PART-II- : Le proche, autrui, les autres.

 

Dans l’article I, j’évoquais le partage avec la cène, comme un acte d’amour, la cène qui n’est pas sans rappeler les agapes maçonniques et certains rituels, le partage est-il le plus grand acte d’amour ou est-ce la justice ou encore l’humilité ?

 

Notre langue qui conjugue l’amour sous toutes ses formes, n’utilise qu’un seul mot, pourtant s’il y a un mot polysémique c’est bien celui-là ! Les grecs l’ont tronçonné en trois du plus égoïste peut-être au plus fraternel et désintéressé d’Eros à Agapaé en passant par Philia ; du plaisir au désir.

 

La Franc-Maçonnerie qui est sans conteste une aventure humaine et un chemin spirituel, est une destination vers l’amour.

« Que l’amour règne parmi les hommes. »

 

Avant même de recevoir la lumière, le postulant aux mystères fait une première dé marche, démarche, début de sa longue marche à la recherche de son être intérieur, symbolisée par l’acronyme V.I.T.R.I.O.L. Il est incité à la découverte, à la progression et à la rectification constante.

 

Le connais-toi, toi-même, ne se réduit pas à la connaissance de ce que l’on est, à la prise de conscience de ses parts d’ombre et de ses lueurs. Il faut y ajouter tu connaitras l’univers et les dieux. C’est-à-dire l’humanité des autres, et l’élévation de l’esprit.

 

Nous sommes donc à la recherche de notre identité, au-delà de la carte qui nous donne quelques indications sur le lieu, le jour, et notre apparence. Qui sommes-nous vraiment ?

Cela nous amène, à réfléchir, à notre identité et son évolution c’est-à-dire à notre ipséité.

 

Paul Ricoeur pense l’identité sous le concept de la mêmeté, donc de l’identique, du reconnaissable donc en forme de pluralité. Cela me rappelle Montaigne et la Boëtie « parce que c’était lui, parce que c’était moi. »

Maçonniquement parlant l’on parle de ma sœur ou de mon frère, comme une forme d’égalité, une re connaissance. Ma sœur me reconnaît comme telle, mon frère me reconnaît comme tel. Je suis très proche de ma sœur ou de mon frère, au-delà du visible et des apparences.

La notion de proche ou de prochain induit une forme de consanguinité spirituelle. Est-ce de l’amour ? Surement pas l’amour d’autrui, il n’y a pas de distances entre nous, nous sommes proches.

 

Vladimir Jankélévitch pose cette question :

 

« La proximité spirituelle indépendante de toute géographie, est-ce, ce qui permet les télécommunications, les télépathies et sympathies…. Sans cet éther Trans-spatial les monades se morfondraient dans la symbiose des parallèles.

Mais si tous les hommes sont mes prochains ne deviennent-ils pas tous également lointains ?

 Si la distribution dans l’espace ment à l’amour, l’universalisme ne va-t-il pas à son tour, le délayer à l’infini. »

 

En clair le nous, ne tue-t-il pas le tu, qui serait la forme la plus pure de l’amour du moins dans l’apparence ! Le tu, n’est-il pas plus facile que le nous.

 

Ai-je beaucoup de mérite à aimer mes sœurs et mes frères, avec qui je suis en conjonction spirituelle, qui sont mes proches. Il est plus difficile d’aimer autrui que je ne connais et qui est bien différent de moi-même ! Pour les croyants aimer la bonté en aimant Dieu n’est pas très difficile car par nature pour eux Dieu est l’exemple même de la bonté. Aimer son prochain et aimer autrui c’est aussi plus difficile sachant qu’il n’est pas entièrement bon.

 

Peut-on aimer autrui de tout son être, de toute son âme, ou ne l’aimer qu’avec une portion de notre être et le bout de notre âme ? L’amour ne se dilue-t-il pas, ne se dégrade-t-il pas alors, dans l’universalité ?

 

La solution n’est-t-elle pas d’aimer de proche en proche, par cercles concentriques, dans une spirale non fermée qui s’élève toujours peu à peu au fil des rencontres de l’autre, des autres, pour atteindre l’universel. On ne peut pas cantonner son amour à un alter ego.

 

Si l’on revient un instant à l’identité, cette identité plurielle, universelle, humaniste. C’est notre ipséité qui nous pose problème, cette ipséité issue du terme allemand selbsheit qui est le rapport à soi-même. Chacun de nous est la personne qu’il est lui-même. « Je suis ce que je suis. »

Nous sommes chacun, donc absolument unique, absolument différent de l’autre, donc non réductible à l’autre. Autrement exprimé, l’identité est un principe ontologique dans lequel se reconnaissent tous les êtres humains en général.

Paul Ricoeur définit l’ipséité comme une forme d’identité en mouvement, donc par nature non stable, elle ne peut donc être un point de concordance entre tous les hommes, à chacun son ipséité.

 

Immédiatement cela me fait penser au rapport entre l’ipséité et l’initiation maçonnique, au départ l’on peut reconnaître une identité maçonnique conférée par la et les rituels initiatiques communs, et au fur et à mesure chacun à son rythme progresse, avance, s’élève, se perfectionne, preuve encore de la spécificité de cette initiation personnelle dans un cadre collectif. L’ipséité de l’initié est sa métamorphose, son mouvement, sa construction, son élévation de conscience scalaire.

Cela élargi le champ de vision, dépasse, le connais-toi, toi-même. L’initié fait de plus en plus appel à son esprit, preuve de la perfectibilité de l’homme, celui qui soumet sans cesse ses actes au tribunal de sa conscience selon l’expression Kantienne, c’est celui qui pense par lui-même, et qui pense de plus en plus le bien et l’amour fraternel.

 

L’initiation nous demande de devenir, selon la formule de Pindare : Deviens ce que tu es ou plus précisément deviens qui tu es. René Descartes et Friedrich Nietzsche ont repris cette pensée, Descartes avec son je pense donc je suis.Nietzsche d’une manière plus contestable. Il met en cause toute identité stable avec son devenir ce que je suis. Il impose une volonté de mouvement guidée par notre conscience, le désir de devenir va au-delà, du désir d’être, c’est un manque d’humilité suivant sa formule Dieu est mort. Il remplace Dieu par une aristocratie humaine, quant à l’amour de l’autre ?

 

Si le rituel maçonnique encourage a penser par soi-même, et la méthode symbolique ouvre l’esprit, si l’on doit se libérer de ses préjugés, revenir à son soi, on renonce pas à la tradition et la transmission des ancêtres et des maîtres qui nous ont ouvert le chemin, pour que nous trouvions le nôtre preuve d’abnégation et d’amour de leur part.

L’aristocratisme de Nietzsche frôle, flatte l’ego, il y a plus chez lui l’éloge du pouvoir que l’éloge de la volonté. Un travers dans lequel le Franc-Maçon ne saurait tomber. La volonté d’action du Franc-Maçon est toujours au service des autres, je suis à la disposition de la loge. Sa volonté de justice est toujours associée à la loi d’amour. Les véritables actes héroïques sont les actes d’amour.

Cependant Nietzsche touche une vérité à laquelle nous pouvons souscrire, sans s’en contenter :

« Plus haut que l’amour du prochain se trouve l’amour du lointain et du futur. »

Si l’on considère le lointain comme étant celui qui ne nous est pas proche, et le futur celui qui deviendra proche par la force de l’amour que nous saurons lui témoigner.

 

Nietzsche avec sa sublimation de l’avenir, oubli et néglige le présent, il a refusé la pensée des Lumières, les droits de l’homme « de la populace » du commun, il est pour une morale des Maîtres, l’on a vu les dégâts causés par cette pensée.

 

L’on s’éloigne de l’amour d’autrui, des autres pas tant que ça. On constate qu’il est difficile d’aimer l’autre car avec la mouvance de nos ipséités pléonasme individuelle, il faut aimer toujours différent de soi-même, donc renoncer totalement à notre ego.

Difficile d’aimer tout le monde, sous l’injonction que l’amour ne se divise pas !

 

Le Franc-Maçon a promis d’aider ses frères, de les aider dans l’honneur, sans distinction de race, de croyance, de milieu social, mais parce qu’ils sont ses frères. Il a promis aussi de porter cet amour dans le monde, d’être un soldat de l’amour universel. Cette dernière mission il ne pourra l’accomplir qu’au terme de son initiation, par l’exemplarité et l’humilité à hauteur d’homme.

 

Ce processus initiatique maçonnique, qui consiste d’abord à aimer ses proches, comme un apprentissage de l’amour, conduit ensuite quand le cœur vient à grossir à aimer les autres, autrui, au minimum à diminuer les distances entre les hommes.

 

Vladimir Jankélévitch, je cite :

 

« Celui qui aime tout le genre humain sauf un indigène des Nouvelles-Hébrides n’aime pas le genre humain ; tout comme celui qui sacrifie un seul petit enfant à la marche de l’univers n’aime, selon Ivan Féodorovitch, ni l’univers, ni l’homme. »

 

Aimer son prochain, il faut se replonger à la source du Lévitique, dans le sens purement miraculeux, dans l’extase de l’amour, pour aimer son prochain comme soi-même. Non pas comme une partie, comme un appendice de soi, ni dans l’aime-toi, toi-même en l’être aimé, c’est purement de l’égoïsme.

Il faut aimer son prochain autant qu’il s’aime lui-même. Le moi devient alors son « autre », le moi est libérer de son égoïsme de ce cercle qui ramène à l’égoïsme, il n’y a plus alors de philautie, que de l’authenticité, de la pureté, de l’amour.

Le moi est libéré du plomb de l’égoïsme et devient de l’amour en or fin et pur.

 

C’est peut-être la phase finale de notre métamorphose, la stabilisation de notre ipséité, le terme de notre initiation, quand nous avons associé justice et amour, nous avons revêtu notre dernière enveloppe pour le dernier voyage.

 

Ceux qui ne voyaient que par la dictature du je, commencent à voir la deuxième personne. Ils ne dissolvent plus l’autre dans une altérité infinie, inaccessible qui serait la dernière ruse de l’ego. Leurs yeux décillés, le bandeau tombé, ils l’autre, les autres qui sont juste à côté d’eux, dans la chaîne d’union, ma sœur, mon frère si vous voyez dans cette chaîne un ennemi d’hier êtes vous prêt à lui pardonner et le reconnaître comme votre frère. »

 

L’on peut alors relire quelques lignes du prologue de Jean, sans en dénaturer l’esprit, c’est ce que je vous propose en guise de conclusion :

 

Il était la lumière et l’amour véritable qui éclaire tout homme et le rend digne. L’amour était dans le monde et le monde fût par lui, et le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas accueilli. Mais tous ceux qui ont accueilli l’amour en eux sont devenus des enfants de la Lumière et de l’amour.

 

Jean-François Guerry.

 

                               AMOUR

 

J’entrevois une conception de l’amour qui défie la raison : une pensée totale, qui enferme dans la présence toujours actuelle tout l’univers, et en même temps un sentiment intime, personnel et paternel de toutes les créatures particulières et de chacune pour elle-même, dans tous les instants et tous les atomes de chaque vie. L’amour pense l’absolu de l’univers dans l’éternel et, cœur de tous les êtres, il vit personnellement dans leur conscience.

 

                     Stéphane Barsacq – extrait de Météores.

 

 

 

A SUIVRE : L’AMOUR ET LA JUSTICE.

 

 

 

 

 

 

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Publié le
Le texte paru sur le Blog le 17 Janvier 2021 sous le titre : Souvenir d'un voyage d'antan en Bretagne est de Georges Rodenbach

 

Jean-François Guerry.

 

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Demain: L'ALTRUISME UNE PHILAUTIE DE L'EGO - PART II- Autrui, le Proche, les Autres.

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Publié le par Loge Kleio
LA TABLE D'EMERAUDE
Aujourd'hui un travail de La Loge Kleio vous êtes maintenant habitués à la qualité de ces travaux.
Bonne lecture

LA TABLE D'EMERAUDE

P G

 

 

 

La Table d'Émeraude constitue le plus court résumé, sinon le plus clair, du Grand OEuvre alchimique.

Hermès Trismégiste, Hermès le « trois fois grand », qui se désigne à la fin du texte de la Table comme son auteur, tantôt considéré comme un sage, un adepte de la Gnose qui aurait vécu peut-être au IIème siècle avant J.C., tantôt comme le dieu lui-même, apparait dans le panthéon égyptien en tant que premier ministre ou descendant du Dieu Thot.

Dieu lunaire, qui sera assimilé par les Grecs, vers le IVème siècle avant J.C., au Logos, c'est à dire au Verbe.

Dont voici le texte :

Vrai sans mensonge, certain et très vrai. Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut. Et ce qui est en haut est comme ce qui en bas, pour réaliser les miracles d'une seule chose.

Et de même toutes choses procèdent d'une seule, par la médiation d'une seule. Ainsi toutes choses naquirent de cette chose unique, par adaptation.

Son père est le Soleil, sa mère la Lune. Le vent l'a porté en son sein. La terre est sa nourrice.

Voici le père de tout le telesme du monde entier. Sa force est entière, si elle est transformée dans la terre. Tu sépareras la terre du feu, le subtil du grossier, doucement, avec grande ingéniosité.

Il monte de la terre au ciel, et redescend en terre, et reçoit la force des choses d'en haut et de celles d'en bas. Ainsi, tu auras la gloire du monde entier. Et c'est pourquoi toute l'obscurité te fuira. Voici l'énergie forte de toutes les énergies, qui vaincra toutes choses subtiles et pénétrera toutes choses solides.

Ainsi fut créé le monde. Voici que seront des adaptations admirables, dont voici la manière.

C'est pourquoi je m'appelle Hermès le Trois Fois Grand, possesseur des trois parties de la philosophie du monde entier. Ce que j'ai dit de l'opération du Soleil est terminé.

 

Si le texte laisse entrevoir, de façon presqu’occasionnelle, des opérations pouvant être qualifiées (à la rigueur…) de chimiques, l’ensemble n’en fait pas moins allusion à une philosophie novatrice débouchant sur une problématique du monde abordée différemment et plus particulièrement sur une interaction permanente entre le cosmos et la terre.

Sa finalité tend à démontrer l’unicité de l’univers soumis à des lois communes à tous les niveaux.

En dehors de l’esprit universel caractérisant la Table d’Emeraude, elle fournit une explication sur l’homme et le cosmos, permettant d’envisager la nature et les étapes de la démarche initiatique dont l’homme, à la fois Ouvrier, Matière Première, Outil et OEuvre en cours de réalisation, se présente comme un acteur dans le théâtre que constitue l’univers.

A première vue, s’établit entre l’homme et le Cosmos une distance incommensurable qui réduit le premier à une quantité négligeable du second et le condamne à une impuissante fragilité. Cependant, placé au milieu de l’indéfiniment grand et de l’indéfiniment petit, l’homme, sensible au mystère lié à ce qui le dépasse, s’interroge et devient capable de percevoir la dimension du Sacré.

De plus et surtout, il possède, au moins potentiellement, une faculté d’ordre universel qui transcende son individualité corporelle et alchimique et qui lui confère la capacité de découvrir la cause derrière l’effet, l’implicite sous l’explicite, l’intelligible manifesté par le sensible.

Poussé par un pressentiment ou une réminiscence, lorsqu’il frappe à la porte du Temple, le profane, dont la seule certitude qu’il avait jusque-là était d’être dans le doute*, a déjà l’intuition que l’univers forme un Tout ordonné et hiérarchisé, harmonieusement régi par des lois immuables à l’origine desquelles préside un Principe Unique.

En loge, l’espace s’étend de l’Orient à l’Occident, du Septentrion au Midi et du Zénith au Nadir. Devant nous, à l’Orient, nous voyons le soleil et la lune. Ce qui est en bas devient comme ce qui est en haut.

Lorsque nous sommes placés à l’ordre, nous pouvons comprendre que nous participons de la structure ternaire de l’univers : par l’orientation de nos pieds, nous appartenons au monde matériel ; par la rondeur de notre voûte crânienne, au monde spirituel ; par le reste de notre personne, au monde intermédiaire ou psychique. Ainsi constituons-nous un petit monde, un microcosme, dont le corps, l’âme et l’esprit ont leur correspondance respective dans les trois niveaux du macrocosme.

L’initiation apparaît dès lors comme la création du monde, consistant en la mise en ordre d’un chaos.

D’abord, dans sa relation au monde, l’homme a ressenti l’égrégore de forces contraires et unies.

* Hommage à Pierre Desproges

 

Ensuite, à l’intérieur de lui-même, il a fait l’expérience de la multiplicité de son être avec sa part d’ombre faite de pulsions et d’émotions.

Il se multiplie également en présence de l’autre. Le dessinateur Philippe Geluck, auteur des bandes dessinées « le chat », a une très belle phrase en ce sens : « Quand quelqu’un partage mon opinion, j’ai l’impression de n’avoir plus qu’une demi-opinion ».

L’être a pourtant, de tout temps, perçu une unité fondamentale, particulièrement dans la manifestation du cosmos. Le parcours du soleil, le rythme des saisons et la chaîne même de la vie, où toute mort fournit le germe d’un renouveau, donne l’intuition de régularité et de complétude, d’un rapport secret entre le rythme de l’âme et de celui de l’univers, de ce qu’on peut appeler un « ordre ».

« Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas pour accomplir le miracle de l’unité », confirme la Table d’Emeraude d’Hermès Trismégiste, le trois fois grand.

Les Constitutions d’Anderson contiennent aussi cette phrase : « La FM est destinée à rassembler ceux qui, sans elle, ne se seraient jamais rencontrés ».

De cette conscience découle, d’une part, la pratique du symbolisme, qui fait de toute chose l’expression d’une vérité analogiquement supérieure, et d’autre part, l’assurance que la connaissance de soi amène à la connaissance des autres et de l’univers, et celle-ci à la Connaissance du Principe Unique.

Dès lors, l’homme ne se trouve plus seulement dans le cosmos, mais le cosmos se trouve dans l’homme, et tous deux obéissent également à une Loi Universelle. En travaillant nous coopérons à l’exécution du Grand OEuvre selon le Plan du Grand Architecte de l’Univers.

Il s’en suit que la démarche initiatique passe par la connaissance de cette Loi Universelle puisque celle-ci ne fait que refléter la Volonté du Grand Architecte, en tant qu’organisateur du Chaos et source de l’Ordre et de l’Harmonie de l'Univers, et parce que l’initié, grandissant en sagesse, comprend que la liberté a pour condition la participation à l’Ordre Universel.

Mais cela nécessite de nous affranchir des limitations propres à l’existence individuelle, par la reconnaissance en nous du Soi immanent et de son identité avec le Principe Unique.

Cette Union au Principe délivre du carcan existentiel et correspond à une autre naissance, celle qui marque le passage de l’ordre psychique à l’ordre spirituel. Libération des déterminations et des servitudes du monde, elle se produit au centre de nous-même, dans la caverne du Coeur où s’opère la fusion de l’individuel avec l’universel.

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Publié le par Jean-Laurent Turbet

Cet article est reposté depuis Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités.

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Publié le par Jean-François Guerry
ALCOFRIBAS NASIER

ALCOFRIBAS NASIER

L’ALTRUISME UNE PHILAUTIE DE L’EGO ? – PART-I- François Rabelais.

 

 

 

Les sœurs et les frères se sont assigné le but de fuir le vice et pratiquer la vertu. Au rang des vertus l’amour est ceint de la couronne royale, vertu la plus sublime sans laquelle les autres n’auraient aucun sens, elles ne seraient que des arbres morts dans une forêt sans vie. (Cf la première lettre de Paul aux corinthiens, l’hymne à la charité c’est-à-dire à l’amour 13 « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité…..si je n’ai pas la charité, cela ne me sert à rien….Maintenant donc demeure foi, espérance et charité, ces trois choses, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité.)

 

Le chemin initiatique est long, l’ascension spirituelle progressive, il nous faut être courageux pour commencer la route, persévérant pour la poursuivre, humble et volontaire pour la recommencer de nombreuses fois, et avoir le secours et l’amour des autres, pour espérer.

 

La plus grande, la première des luttes est celle contre notre Ego, qui a plusieurs visages, l’égoïsme, l’égocentrisme, l’auto centrisme….Lorsque l’on met notre ego à la porte, il revient souvent par la porte, ou il se tapit dans l’ombre, prêt à surgir si nous tremblons. Il nous faut donc sans cesse construire des citadelles, des temples à la vertu, des cathédrales spirituelles, des tabernacles à la gloire du principe, du Grand Architecte, à la gloire de l’homme libre, vertueux.

 

Le Franc-Maçon construit des temples de pierre et des temples à l’esprit. Le principe ordonna à Moïse de faire construire un temple pour protéger l’arche et les tables, Salomon fils de David réalisa le chef-d’œuvre. La tradition se poursuit de génération en génération. Gargantua ordonna la construction de l’abbaye de Thélème dont le nom signifie volonté.

 

Rabelais voulait voir régner les valeurs « essentielles », l’essence du christianisme inspiré par Platon, après le rapt du christianisme sur la philosophie grecque.

 

Chez Rabelais les hommes sont conviés au banquet, à la cène, là viennent tous ceux qui ont soif et qui ont faim d’amour.

Les banquets humanistes de Rabelais, sa truculence est joviale, pleine de joie. L’image du cœur de Rabelais n’est pas austère, il se délecte, il suce les os, jusqu’à la moelle, cette substantifique moelle qui demeure même quand, ah ! mon seigneur mon Dieu la chair quitte les os.

 

Nous avons toujours la moelle nous dit l’expression populaire, cette moelle épinière de notre colonne, cette belle colonne, qui nous maintient dans la verticalité, dans la lumière qui irrigue notre être intérieur. Cette colonne sacrée, qui repose sur notre sacrum os triangulaire.

 

L’hédonisme apparent de notre tourangeau est plutôt proche du néoplatonisme de Plotin, il est à la recherche de la substance de l’âme, celle qui touche la pointe extrême du cœur et le fait battre.

 

Rabelais nous propose avec sa Dive bouteille semblable à la cornue d’un alchimiste, à l’œuf de la loge maçonnique, il nous propose une épilémie, c’est-à-dire une ivresse épique, truculente.

Comme je le disais plus avant, sa truculence n’est pas férocité, mais joie, il sait « que la rire est le propre de l’homme ». Il fût médecin des corps mais aussi des esprits. Chez lui pas de messes basses, pas d’hypocrisie dévote, mais le rire Franc et bon. Il manie la polysémie des mots, il faut toujours chez lui chercher les idées derrière les symboles.

Il sait égarer ceux qui n’ont pas la richesse et l’intelligence du cœur. Son amour des hommes, met la joie dans leurs cœurs.

 

Jean-François Guerry.

 

 

A SUIVRE : L’altruisme une Philautie de l’ego ? – Part-II-

 

L’altruisme est-il l’amour du prochain, ou l’amour des autres, de l’autre ? Celui qui distingue s’éloigne-t-il de l’amour ? À partir de quelle distance finit l’amour des hommes ?

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Publié le
Rectification : Il s'agit d'un texte de Georges Rodenbach écrit à l'occasion de son voyage de noces.

Jean-Francois Guerry

SOUVENIR D'UN VOYAGE D'ANTAN EN BRETAGNE
Joël Goffin, le poète Belge a des racines celtiques à Brest même, du côté de la rue Traverse.

Il nous offre un texte nostalgique sur un voyage en Bretagne, dans un temps où les tests covid n'étaient pas d'actualité, un texte à lire au coin du feu après 18h 00.

Les Bretons seront ravis et peut-être une belle découverte pour les autres.

Jean-François Guerry.

le site à découvrir de Joël Goffin :

https://bruges-la-morte.net

Paris en vacances Les Côtes de l'Océan Lorient et la Statue de Brizeux

Port-Louis La Pêche de la sardine Manoeuvres militaires Quimper et

Quimperlé La Foi des Bretons 3 septembre 1888

Après un pèlerinage littéraire au tombeau de Chateaubriand, à Saint-Malo, nous voici en route pour Lorient, au cœur de la Bretagne, la ville où naquit et vécut souvent Augustin Brizeux, et l'actualité de ce voyage dérivait pour nous de l’inauguration prochaine, le dimanche 9 septembre, d'une statue commémorative en l'honneur du poète de Marie et des Bretons.

Au départ, nous traversons Rennes, une grande ville de province bercée dans la tristesse bonne des cloches paroissiales.

 

Les trains sont bondés : peu de touristes lointains, mais une foule de petits bourgeois du département qui se sentent quand même des ailes et veulent s'envoler, hannetons que retient par la patte le travail quotidien et qui n'ont que le dimanche, comme un fil trop court, pour aller villégiaturer aux environs. Oh ! Les amusants dialogues, les extraordinaires conversations : un croisement de M. Perrichon et de Joseph Prudhomme. On cause du général Boulanger, naturellement ! Tous les lieux communs sont brandis l'un après l'autre sur la politique, l'Allemagne, les élections, la Chambre,« une Chambre de fainéants », observe le bourgeois qui nous délecte particulièrement, et il termine par cette phrase stupéfiante, en pilonnant l'air de son parapluie : « Et je leur dirais à eux-mêmes, s'il le fallait !... ». O Labiche, mon pauvre maître, voilà une force comique qui vous aurait rendu jaloux.

Heureusement qu'à la gare suivante mon excellent homme descend du train d'un air de dire : « J'ai bien parlé ! » et s'en va tout heureux pêcher à la ligne, qui sera vraiment ici conforme à la définition qu'on en a donnée : un bâton avec une bête à chaque bout.

Le train nous emporte à présent, seul, à travers un pays étoffé de verdure et riche de moissons qui rutile sous le soleil dans le cadre des portières. Ça et là apparaît la Vilaine, arrivant comme nous de Rennes et se dirigeant vers la mer, une tournante et limpide rivière qui ne mérite pas son nom et baigne, au contraire, avec joliesse une vallée abritée par des collines et des rochers évoquant un peu les paysages de la Meuse belge.

Les heures passent ; nous roulons vers la Bretagne, car le terrain peu à peu s'allonge en landes plus sauvages où quelques plants de blé noir, lequel, par parenthèses, a des fleurs toutes blanches, dont les bouquets compacts tremblent au vent comme une neige vacillante. Seuls les grains sont noirs et servent à la confection de galettes et de crêpes qui sont célèbres dans ces cantons.

Une halte à une gare encombrée d'une foule bariolée arborant déjà les costumes du pays. Qui a dit que les costumes anciens des vieux Bretons disparaissaient ? Et tous ceux-là qui sont venus ici en pèlerinage, car nous sommes à Sainte-Anne d'Auray ; voilà là-bas, dans les terres, le clocher de la chapelle et, ici-même, le bâtiment de la gare est surmonté d'une statue de la sainte. Tous ceux-là qui reviennent des offices avec des scapulaires, des médailles bénites, ont-ils abandonné les traditionnels habits de leur race ? Certes, quelques modifications de détails sont introduites peu à peu ; les femmes n'ont plus autant les broderies d'or et d'argent d'une richesse si fastueuse ; elles les remplacent par des galons de velours et des dentelles au crochet, au lieu des fines dentelles bretonnes d'autrefois ; mais, pour celui qui passe et regarde en artiste, l'impression d'ensemble demeure, surtout grâce à ces adorables et capricieuses coiffes en tulle brodé et en mousseline empesée dans lesquelles les plus riches glissent en outre de larges rubans bleus. Les hommes aussi ont gardé leur caractère patrial, tous les jours rasés, la veste en velours pailletée de boutons clairs qui sont comme des sequins1, coiffés de chapeaux ronds avec une boucle et des rubans qui pendent derrière. Leurs profils brunis de médailles nous ont évoqué cette autre population maritime, inviolée aussi, les rudes Zélandais de l'île de Walcheren, qui gardent de même les costumes des ancêtres, leur âme et aussi leurs immenses cheveux, comme a dit Brizeux2. Car c'est lui dont le souvenir ici obsède incessamment. « Il aimait son pays et le faisait aimer »,

 

1 Ancienne monnaie vénitienne.

 

2 Auguste Brizeux (1803-1858) : poète romantique breton. Comme il a dit lui-même, et avec une telle intensité il l'a reproduit dans sa réalité poétique qu'on croit avoir déjà vu les paysages et simplement les reconnaître. A chaque pas on retrouve un de ses vers qui s'adapte à tel site, à tel personnage, à telle végétation, à tel souvenir de pierre rencontrés en ces inviolés cantons d'Armorique, où tout est traditions, légendes, poésie. Oh ! Les doux poèmes où revit toute la Bretagne, terre de granit recouvertes de chênes, avec ses brunes paysannes, ses chastes idylles, ses profondes croyances, ses pardons et ses foires, ses souvenirs druidiques et celtiques flottant, dans la lande, autour des dolmens et des menhirs !

Aujourd'hui son pays lui rend son amour en un peu de gloire posthume, et pour que le souvenir durable s'en atteste la ville de Lorient lui décerne une statue.

C'est dans un joli square, tout au bout de Lorient, qu'elle va être inaugurée par des discours de Renan et de Jules Simon, présidents à Paris de l'association bretonne-angevine, et aussi par une poésie

de François Coppée3, sans compter les danses au biniou qu'on y organisera comme on l'a fait à l'inauguration de la statue de Massé, l'auteur de Galathée et des Noces de Jeannette, un lorientais aussi, statue en marbre de Mercié qui s'élève devant le Théâtre. Pour Brizeux on a construit un piédestal original, des pierre brutes, des morceaux de granit apporté de la lande, entre lesquels on plantera des genêts d'or et des bruyères roses, comme un souvenir du pays et de la paroisse d'Arzano autour du bronze où il revit. A côté de ce tranquille jardin s'allonge le port de Lorient, car la ville, qu'on croirait sur la mer, d'après l'indication des cartes de guides, communique seulement avec elle par un long chenal d'une largeur de fleuve. De l'autre côté c'est le Scorff, dans lequel trempent toujours des poulies et du bois qui doivent servir à la construction des navires. Même quand nous y étions les chantiers étaient en pleine activité. On venait d'y achever un nouveau cuirassé : le Formidable, avec un équipage de 700 hommes. Du reste toute la ville est occupée par les travaux de la marine : fusiliers, artilleurs, marins, navires, canons. C'est un port de mer important, où on a la sensation d'un pays vraiment militaire, (impression d'ailleurs qu'on subit partout, maintenant, en voyageant en France), d'un pays qui sans cesse travaille, manoeuvre, combine, expérimente pour la défense de ses provinces et ses côtes. De plus, la discipline y est devenue sévère :

C'est ainsi qu'à Lorient il faut avoir autorisation de l'état-major pour visiter l'arsenal, les chantiers ou l'intérieur du port militaire, où sont cuirassés et torpilleurs. Pour les étrangers, c'est différent : sur interrogation si j’étais

Français, j'ai répondu sans calculer que j'étais Belge, ne voulant pas renier mon pays. Cette franchise m'a valu de ne pas pouvoir visiter le port militaire, ni les navires de guerre, ni rien du tout, seul le ministre de la marine aurait pu m'y autoriser ; pensez un peu : si j'allais livrer à la Belgique les secrets de la flotte française ! Les jours suivants le même appareil militaire d'exercices et de manoeuvres continuels nous a poursuivis encore dans l'île de Port-Louis, le coin du littoral où fut interné en 1836 le prince Louis-Napoléon4. Ici, sur tous les bateaux, les quais, dans les rues et dans la rade, une seule chose préoccupe : la sardine.

Allons à Lorient

Pêcher la sardine,

Allons à Lorient

Pêcher le hareng.

Il paraît que le hareng n'y est qu'approximativement, comme la rime, mais en revanche les sardines y sont aussi nombreuses que les étoiles du ciel. Des centaines de barques avec leurs voiles lie de vin rentrent à la marée haute et, dans la cale, des milliers de petits poissons argentés.

 

3 François Coppée (1842-1908) : poète parnassien, dramaturge et romancier.

4 Futur Napoléon III.

 

Au reste, la pêche aux sardines est facile et peu compliquée. On met un filet à la traîne, à l'arrière des chaloupes ; il est garni de liège à la ralingue5 supérieure, de manière à flotter à la surface des flots, tandis que du plomb, à la ralingue inférieure, enfonce à 10 ou 15 mètres dans l'eau toute la longueur du filet, comme un obstacle où viennent buter les poissons pris aux mailles par les ouïes, et qui s'y fixent comme de petits couteaux luisants dardés sur une muraille flottante.

Pour les attirer en grand nombre, on jette aux alentours un appât qu'on appelle la rogue, composé d’oeufs de morue, de frai de poisson, de têtes de sardines. De temps en temps on retire le filet, qu'on secoue dans la barque, où les sardines tombent d'elles-mêmes, car il n'y faut pas porter les mains, c'est une condition essentielle pour qu'elles soient bonnes et puissent se conserver.

Quand les barques rentrent, des marchandes en emportent de suite vers Lorient, dans des mannes, par centaines, qu'on saupoudre de sel et qui seront mangées ainsi tout à l'heure, fraîches et crues, ou bien cuites sur le gril, ou encore bouillies en une soupe-potage aux sardines, qui est, paraît-il, un vrai régal de gourmet.

Mais la plupart sont vendues en masse ; de suite, aux fabriques de sardines à l'huile : vous connaissez les bonnes marques, celles de Lorient, dont en réalité les établissements sont ici, à Port-Louis. Les prix offerts par les usines, qu'on appelle ici des fricasses de sardines, sont annoncés, de loin, aux pêcheurs rentrants, par des drapeaux hissés dont la couleur signifie un prix différent, le prix par mille qui est variable comme une cote de la Bourse. Tout dépend de l'abondance de la pêche : c'est tantôt 7 ou 8 fr. le mille pour la belle qualité ; tel est même le prix moyen, qui parfois, les semaines de grande abondance, descend jusqu'à 30 et 20 sous le mille.

Pauvre métier en vérité pour les hommes de mer, qui sont cinq à monter une barque, en doivent la redevance au patron ou armateur et se partagent ce maigre gain, en risquant chaque fois leur vie. Les directeurs de fricasses, eux, doivent faire de jolis bénéfices, vendant 50 centimes et 1 franc des conserves de 6 ou 8 sardines qu'on n'a que la peine d'arroser d'huile et de mettre en boîte.

Triste pays de gens pauvres, ignorants, sauvages, casaniers, surtout dans la petite presqu'île en face, Gâvres, dont les 1,400 habitants vivent uniquement de la pêche de la sardine ! Ils n'ont jamais fait d'autrevoyage que celui de la mer. Un marin, vieux déjà, nous disait dans une auberge n'avoir jamais mis le pied dans un wagon de chemin de fer, et les gens de la maison aussi, et tous les gens du village. Ils ne sortent vraiment pas de l'ombre de leurs clochers. Triste pays, plein de sauvagerie grandiose pourtant ! Triste auberge où coule un cidre pâle comme leur vie, sans confort, sans meubles, sans même dans un coin lavieille horloge tricotant l'heure ! Ici l'heure pour eux de dormir et de veiller se base sur la marée, dont il faut profiter quand même, malgré la nuit et les ténèbres.

Comme ses pêcheurs sont loin de tout ! Comme tout est loin d'eux ! Nous leur parlons de Paris et de ce qu'ils en connaissent, de ce qu'ils en racontent. ― « Oh ! On ne parle pas ici... » fait le vieux en retombant dans sa songerie, quelque chose sans doute comme ce que Leconte de L’Isle attribue aux bœufs mélancoliques : un rêve intérieur qu'ils n'achèvent jamais !

***

 

Mais ces mélancolies s'évaporent vite au souffle du large, car ici, au bout de l'île, c'est enfin l'océan

Atlantique tout entier qui s'arrondit tumultueux dans un horizon vaste et nu. Pas d'îles ni de récifs à fleur des vagues, pas de voiles sur le désert d'eau illimité, infranchissable. Ce n'est plus l'étendue bleuissante de la Manche que nous avons vue à Saint-Malo, coquetant en dentelles d'écume au long des golfes. Ici l'eau est dense, avec des bonds farouches, d'une couleur grise uniforme et terne, couleur des ciels de novembre et couleur des pierres de tombes. Oh ! l'immense cimetière dont chaque vague est un tertre s'éboulant, et qui même la nuit, toute phosphorescente, doit encore avoir l'air de rouler des cadavres d'étoiles !

 

5 Cordage.

 

Sinistre et beau spectacle, celui de cet infini d'eau, vu du haut d'une falaise de rochers noirs en surplomb de la mer, parmi cet abandon et ce silence d'un village mort où l'on peut vraiment se croire un moment seul au monde.

***

 

Mais tout à coup l'air est déchiré d'un déchirement atroce, et tout au loin, à des lieues, en pleine mer, une gerbe d'eau colossale s'élève en écumes secouées. Puis une seconde, puis une troisième détonation, d'autres encore, sans que jamais on voie la trace des boulets, car ce sont des boulets qui vont s'abattre ainsi au bout de l'horizon, à peine sortis de ces énormes canons, noirs, parmi les talus monotones des remparts noirs et luisants comme des otaries. Épouvantable bêtes de bronze aux hurlements répétés qui ont l'aird'appeler d'autres bêtes qui plongeraient là-bas et souffleraient de leurs narines, pour signaler leur présence, des colonnes d'eau plus hautes que les grands mâts. Toute la journée les exercices d'artillerie et de tir à longue distance se poursuivent ainsi, mêlant à la tristesse naturelle et si émouvante de ce pays la pensée

des prochaines guerres inéluctables, comme si la terre ici n'avait pas déjà assez d'être en guerre avec l'Océan, d'être à sa merci nuit et jour, de lui fournir ses hommes comme esclaves, pour n'obtenir, en échange de son asservissement, qu'une menue monnaie d'argent, les sardines !

 

***

A l'intérieur du pays, dans le coeur du Finistère, l'impression s'adoucit et incline à des sensations de nature

plus reposées.

 

A rebours des villes qui communiquent avec la mer, comme Brest et Lorient, et accaparent l’activité et les richesses de la contrée, les villes terriennes somnolent et vieillissent avec leurs parures d'autrefois et leurs souvenirs. Bannalec tire son charme du costume maintenu de ses femmes, qui offre cette particularité d'un grand col, tuyauté, aux plis multipliés, qui recouvre, à l'entour, presque tout le corsage comme un large éventail de linge. Ci et là des calvaires d'une architecture fouillée et superbe, celui de Pleyben et surtout le calvaire de Plougastel, en forme d'arc de triomphe, qui date de 1600, avec des bas-reliefs sur la frise et plus de deux cents personnages figurant le drame de la Passion.

Ainsi d'un bout à l'autre du pays d'admirables monuments religieux attestent la démonstration6 et fervente croyance des Bretons. A Quimper surtout, que de vieilles et imposantes églises : celle de Saint-Corentin

 avec le roi Graldon à cheval, au seuil ; celle de Locmaria, qui date du XIe siècle.

 

A Quimperlé, c'est l'église Saint-Michel avec ses pierres verdies, ses portails ciselés, ses niches où subsistent des formes et des faces à demi rongées de saints et de patrons, aux gestes cassés. A l'intérieur, on célébrait un mariage quand nous y entrâmes. Oh ! la ferveur de ce peuple, les yeux confiants de la mariée, agenouillée au banc de communion, vers Sainte-Anne, la grande invoquée du pays, au cou de laquelle elle va aller en tremblant, comme c'est la coutume, suspendre ses fleurs d'oranger qu'elle porte elle-même en collier, et pendant que les chantres et les enfants de choeur psalmodient en sons aigus des cantiques qui ont je ne sais quel air d'un appel de mousses chantant, ― pour ce jeune couple en partance vers la vie et la mort ―, l’appel des équipages dans la Baie des Trépassés :

Ma barque est si petite et la mer est si grande !

Auteur Georges Rodenbach

6 Coquille possible : « démonstrative ».

Le site de Joël Goffin:
https://bruges-la-morte.net

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Publié le
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Jean-François Guerry

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Publié le par Jean-Pierre Rousseau
POÈME de Jean-Pierre

De l’ombre à la lumière

 

 

Anges destructeurs, anges déchus, anges noirs,

Les quatre cavaliers de l’apocalypse,

Chevauchant vif éclat des ténèbres jailli,

Par la foudre les éclairs et la tempête,

Traquent le Beau, le Pur, pour nourrir la Bête,

Voulant faire douter quiconque a failli,

Plonger les cœurs dans la noirceur de l’éclipse,

Les rendre esclaves de vanités illusoires.

 

 

Anges créateurs, anges élus, anges blancs

Au fond de nous, caché, l’espoir de triompher

Des miasmes obscurs de notre faiblesse enfouie,

Ambition, Fanatisme et Ignorance,

Mirages sucrés annonçant l’embellie

D’un grand soir extatique au matin sans trophée,

Aux senteurs d’Humilité et de Tolérance

Échiquier du monde passant du noir au blanc.

Jean-Pierre Rousseau.

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Publié le par Jean-François Guerry
LES LUMIÈRES DE PYTHAGORE

L’INITIATION EN QUESTION – LES LUMIÈRES DE PYTHAGORE.

 

L’initiation en général, est le passage d’un état à l’autre, elle émaille les périodes de notre vie parfois sans que nous nous en rendions compte, le jeune enfant passe l’âge de raison, puis à l’adolescence, puis à l’âge adulte il devient mûr c’est le moment que les grecs appellent le Kairos, le moment opportun, le midi de la vie, enfin la vieillesse qui précède l’ultime initiation qui ouvre les portes de l’inconnu.

 

L’initiation est donc une succession de passages, de morts de régénérations, des cycles qui forment une spirale ascendante. Elle communication des mystères, dont le plus important celui qui surplombe les autres, le mystère de la vie. Ces changements d’état, modifient notre manière de voir, de sentir, d’entendre, conversion du regard, de notre manière d’être, de nos relations aux autres.

 

Les initiations sont ancestrales, elles remontent dans la mémoire des temps, dans notre mémoire. L’initiation est une descente dans notre inconscient personnel et dans l’inconscient collectif ou nous trouvons les traces de l’un, de la source, c’est un voyage dans la psychologie des profondeurs.

L’on décèle là, l’individuation de Jung, Jean-Luc Maxence a écrit à ce propos, dans son livre Jung est l’avenir de la Franc-Maçonnerie Édité chez Dervy :

 

« Il y a un jeu de miroir entre individuation et initiation… la propédeutique de Jung et celle de la Franc-Maçonnerie en général, les enseignements de l’une et l’autre, les deux voies originales et complètes ! (….) l’individuation, approche progressive d’un Centre que l’homme ne peut jamais atteindre, et l’initiation approche progressive de la sagesse que l’éternel apprenti que nous demeurons tous jusqu’au dernier soupir ne peut jamais vraiment acquérir. »

 

L’on ne peut pas dire que cela soit vraiment réconfortant, du moins en apparence car la joie se trouve sur le chemin, qui donne progressivement et de plus en plus intensément un sentiment de plénitude à portée d’esprit.

 

L’initiation selon Pythagore est comparable à cette psychologie des profondeurs, de l’intime de Jung. La connaissance des mystères intemporels, les mystères de l’existence humaine, recherche de toutes les époques depuis la naissance de l’humanité.

 

Au commencement, au début, je cherchais puis je fus sélectionné, élu parmi les néophytes. Pour aller à la conquête d’une vie nouvelle, d’un changement d’état. Pour passer du profane au sacré par la porte basse, à la découverte des secrets qui mènent au sacré, jusqu’à l’illumination.

Devenir moi-même un temple remplit de lumière, cette lumière intérieure éternellement vivante. Celle qui brille dans le noir comme les vitraux de Pierre Soulages, on est alors heureux comme l’écrit Christian Bobin :« Impossible de s’éprouver abandonné devant un tableau de Pierre. On est, enfin, devant quelqu’un. Et ce quelqu’un, c’est nous. »

 

L’initiation est donc l’éveil de l’être à la Lumière, que l’on peut appeler Vérité ou Parole, ou Grand Architecte.

 

Quelle est la clé de cet éveil ? C’est le symbolisme. Pour les Pythagoricien la connaissance des nombres dorés.

 

Le profane a reçu la Lumière et plus aussi le « le pouvoir » par la pratique des rites initiatiques, par la pratique des Vertus nous dit la Franc-Maçonnerie. Véritables exercices spirituels, qui sont les voies vers la Connaissance.

 

C’est quoi au juste cette initiation ?

 

Le réveil des facultés enfouies, encloses, l’ouverture des travaux, d’où l’impérieuse nécessité du respect des rituels initiatiques.

Ce pouvoir du rituel est transmis du maître à l’élève, à celui qui s’élève. Le maître est détenteur du pouvoir, maillet et épée en main, c’est lui qui dit mes frères que le profane entre dans la chaîne.

 

La transmission du Pouvoir, du souffle, doit être rigoureuse, le rite doit être immuable, c’est seulement à cette condition que peut se réaliser la transmission initiatique.

 

Selon les Pythagoriciens le pouvoir spirituel vient d’en haut, et non d’en bas. Il est transmis par le maître médiateur qui se situe entre terre et ciel.

Pour les Pythagoriciens ce médiateur l’était AD VITAM ETERNAM, il ne représentait que lui-même, il était investi par son prédécesseur.  Aujourd’hui le pouvoir vient d’en bas, par élection, sans douter de la bonne foi des électeurs et des postulants à l’élection, l’horizontalité n’est pas verticalité spirituelle.

 

On observe d’ailleurs que les corps maçonniques sont de deux niveaux, ceux qui régissent les premiers degrés initiatiques sont horizontaux, ceux qui régissent les degrés supérieurs, les degrés de perfectionnement sont verticaux, c’est l’association complémentaire du temporel et du spirituel. C’est sans doute ce qui créé parfois des tensions dans leurs rapports.

 

Les Pythagoriciens eux sont à cet égard plus sévères :

« Chez les anciens l’initiation était un acte cultuel et religieux, chez les modernes égarés, il est tout au plus une sorte de mauvais théâtre, une parodie sans âme d’une chose sacrée ! (…) Les anciens formaient des initiés, les modernes ne forment très superficiellement que des amateurs. »

 

Cette rigueur est-elle critiquable ? Cela ressemble au « de mon temps », et résonne comme la nostalgie du passé. Les adaptations successives des rituels, ont-t-elles abouties à une dégradation de ceux-ci, et à une perte de leur sens et de leur rôle initiatique ?

Faut-il s’adapter aux circonstances passagères ? Peut-on dispenser une propédeutique initiatique avec Skype ou Zoom, les anciens avaient sans doute la même interrogation quand la transmission qui était orale, devint écrite avec la révolution de l’imprimerie.

 

Les Pythagoriciens apportent une réponse, quand ils disent :

 

« Car, c’est à l’effet que l’on juge le rite ; au fruit que l’on juge l’arbre. »

 

Leurs critiques des initiations modernes se poursuivent ainsi :

 

« Les Anciens Mystères ont produit dans les âmes des révolutions extraordinaires ; ils ont eu leurs Saints, leurs Martyrs, leurs Thaumaturges, leurs Docteurs, leurs Philosophes, les grands Législateurs.

 

Les modernes ont sombré dans le matérialisme, la querelle des intérêts, la brigue électorale, la démagogie la plus mercantile.

Les marchands ont envahi le Temple et les fils de l’Esprit n’ont plus été capables de la reconnaître. »

 

Leur apparente intransigeante n’est pas loin de la vérité, car le but de l’initiation n’est pas l’enrichissement matériel, voire intellectuel, mais l’élévation spirituelle, et le désir de plus d’humanité, de fraternité et d’amour entre les hommes. Il y a dans les initiations antiques un véritable secret traditionnel, sur le destin de l’homme, de son âme, dans le présent d’où la Praxis des vertus, et une espérance pour certains de salut, cette espérance est celle promise par les religions, l’espérance maçonnique, comme la foi maçonnique est celle de rendre l’homme meilleur, ici et maintenant. Ce qui n’empêchent pas le Franc-Maçon de boire le nectar qui coule des sources des meilleurs Traditions, pour construire sa vie.

 

Jean-François Guerry.

 

 

Sources : Ordre Pythagoricien.

 

Quelques citations références pour les Pythagoriciens :

 

  « Heureux celui des hommes, vivant sur la terre, qui a vu les Mystères dit un hymne à Déméter ; heureux, celui qui a vu cela, avant d’entrer dans les fosses de la terre, a dit Pindare ; Ô trois fois heureux, le mortel qui, après avoir contemplé ces Mystères, s’en ira dans l’Hadès ; lui seul pourra y vivre heureux, les autres n’y trouveront que souffrance dit Sophocle. Et Platon ajoute celui qui aura été purifié et initié vivra avec les Dieux, mais ceux qui viendront dans l’Hadès sans avoir été reçus aux Mystères, seront plongés dans l’océan de boue… »

 

À ces citations je rajouterais volontiers quelques lignes du prologue de l’évangile ésotérique de Jean, bien postérieur mais qui est toujours présent dans de nombreuses loges maçonniques :

« et la Lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie.

Et les siens ne l’ont pas accueilli. Mais à tous ceux qui l’on accueilli, il a donné le pouvoir de devenir….

C’est de lui que j’ai dit : celui qui vient derrière moi, le voilà passé devant moi, parce qu’avant moi il était. »

 

Conseils de lecture pour ceux qui veulent aller plus loin :

 

Biographies :

Vie de Pythagore par Jamblique.

Vie de Pythagore par Porphyre.

 

Études et recherches sur la littérature pythagoricienne :

Études sur la littérature pythagoricienne par A. Delatte.

Recherches sur les sources de la légende pythagoricienne par I.Lévy

 

Les Vers Dorés :

Pythagore : Le Vers d’Or, Hièroclès par M. Meunier.

Les Vers Dorés de Pythagore par Fabre d’Olivet.

 

Recherches et études sur la philosophie pythagoricienne :

Les penseurs de la Grèce par Th. Gomperz.

Les Études de Philosophie Antique par E. Brehier.

 

Recherches sur la science pythagoricienne :

Le nombre d’Or, Rythmes et Rites Pythagoriciens par Matila Ghyka.

Le Rôle du Pythagorisme dans l’évolution des idées par L. Brunschvicg.

 

La Liturgie pythagoricienne :

La Basilique Pythagoricienne de la Porte Majeure par J. Carcopino.

LES LUMIÈRES DE PYTHAGORE

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