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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

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LIRE LES APOPHETGMES

Lire les Apophtegmes

 

 

Le retour aux origines à la Lumière des premiers jours, à la source des fleuves, au premier souffle de vie, à la naissance de la terre à la naissance et l’ouverture de l’esprit est une quête perpétuelle, spirituelle.

Elle passe par la confrontation avec les éléments, leur simplicité

Etre proche de la nature, est une préoccupation de plus en plus grande, le désir de sortir du béton, de la minéralisation de nos mégalopoles du retour aux choses simples, comme un besoin de purification devient de plus en plus intense. Etre proche de la nature, c’est être proche de soi, de son être intérieur.

S’isolé du bruit, des apparences, de la surabondance des images artificielles s’assimile de plus en plus à « la qualité » qui renverse le règne de la quantité, c’est le besoin de sobriété.

S’isolé n’est pas toujours fuir l’autre, mais prendre le temps de l’écoute de l’autre, de tout ce qui ne compte pas et qui compte le plus. Partager des moments d’amour fraternel en silence.

 

Retracer le chemin à la recherche des paroles mémorables, interroger sa mémoire, retracer la géométrie sacrée. Boire à la fontaine de jouvence.

 

Au commencement était la parole… elle a fleuri dans le désert, elle est imputrescible, comme l’acacia vivant planté sur le tertre.

Boire les paroles, retrouver la route de l’Orient spirituel, remettre du sacré dans la vie, reprendre le chemin du divin. Refaire la route du profane au sacré.

Texte de Peter Sloterdijk :

 

« Le monde moderne a voulu supprimer l’orientalisme dans la vie spirituelle et intellectuelle de l’occident. Jusqu’à la fin du Moyen-Âge, la proximité avec l’Orient était une donnée primordiale dans la cartographie spirituelle. Le terme géographie Proche-Orient avait aussi un sens spirituel. Dans la représentation du monde des croisés, Jérusalem était au centre.

À partir du XVIème siècle, les liens avec l’Orient ont été interrompus pour que s’établisse une relation impérialiste aux XVIIIème et XIXème siècle. Dans la marche vers l’Occident, le christianisme s’est de plus en plus éloigné de ses origines. Pour s’en convaincre il suffit de lire les Apophtegmes des Pères du désert. »

Les Apophtegmes sont de véritables fleurs du désert, leur suc est un véritable nectar, une boisson pure divine, des paroles sources, des échelles spirituelles, rencontres du céleste et du terrestre au centre du cœur.

 

Jean-François Guerry.

LIRE LES APOPHETGMES

Apophtegmes

 

Un frère demande à un ancien : " Dis-moi : Comment me sauver ?". L'ancien lui répond : " Si tu peux être injurié et le supporter, c'est une grande chose, plus grande que toutes les vertus".

 

Si des mauvaises pensées te font la guerre, ne les cache pas, mais dis-les tout de suite à ton abba. Plus on cache ses pensées, plus elles deviennent nombreuses et fortes. C'est comme un serpent : sorti de son trou, il s'enfuit aussitôt. Ainsi la mauvaise pensée s'en va dès qu'on la montre.

Mais si on la cache, c'est comme un ver dans le bois, elle détruit le coeur. Celui qui montre ses pensées est aussitôt guéri ; celui qui les cache se rend malade d'orgueil.

Un jour, quatre frères de Scété, habillés de peaux de bêtes, viennent trouver le grand Pambo. Chacun lui parle de la bonne action de son voisin, celui-ci n'étant pas là. Le premier jeûne beaucoup. Le deuxième est pauvre. Le troisième possède une grande charité. Et du quatrième ils disent : " Depuis vingt-deux ans, il obéit à un ancien".

Abba Pambo leur répond : " Je vous le dis, la vertu de ce frère est la plus grande. En effet, chaque frère a obtenu la vertu qu'il voulait posséder. Mais ce frère-là a dit non à sa volonté égoïste, et il fait la volonté d'un autre. Des hommes comme lui sont des martyrs s'ils tiennent bon jusqu'à la fin".

L'abba Évagre dit : "Quand une pensée ennemie monte dans ton coeur, ne cherche pas à prier d'une manière ou de l'autre, mais aiguise l'épée des larmes".

 

Abba Poémen disait souvent : " Ce qu'il nous faut, c'est une intelligence en éveil".

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communiqué Parution du 6ème Cahier de l'Alliance

Parution du Cahier N°6 de L'Alliance sur le Thème : "Le sens de l'honneur"

 

Dès lecture complète je vous ferais une recension en attendant il est disponible sur abonnement ou en commande simple.

 

Jean-François Guerry

 

 

 

 

 VIENT DE PARAITRE-

 

Le sens de l’Honneur

Une force d’âme qui oblige

 

L’honneur pour les Francs-maçons n’est pas une simple oriflamme mais bien un idéal et un repère essentiel, une obligation qui fonde leur engagement, une force d’âme qui oblige.

 

L’honneur fait pleinement partie de la démarche spirituelle exigeante et généreuse qui ne peut se satisfaire de croire que l’homme est la mesure de l’homme et que la Franc-maçonnerie n’est que l’adhésion à une école politique, morale ou philosophique.

 

Un parcours fondé sur la fraternité du cœur, une expérience qui s’éprouve sans cesse dans l’espérance de l’Infini : telle est la  voie que propose la Franc-maçonnerie initiatique de Tradition, une voie authentique pour les femmes et les hommes du XXI° siècle. 

 

Au sommaire

 

Alain JUILLET, L’honneur, plus que jamais actuel

Corine PELLUCHON, Au-delà d’une éthique de l’honneur 

Natacha POLONY, Alexandre ADLER, Éric de MONTGOLFIER, Le sens de l’Honneur

Débat animé par Jean DUMONTEIL

Jean-Claude GUILLEBAUD, L’honneur ?

Christophe CALAME, Métaphysique de l’honneur

Francis BARDOT, Honneur, vertu et voie initiatique

Claude BEAU, Le serment maçonnique, ses origines, son histoire

Jean DUMONTEIL, Méditation sur l’honneur

François BENHAMOU, La Lisbonne maçonnique

 

 

Cahiers de L’Alliance n°6, Le sens de L’Honneur, Ed Numérilivre, Paris, juin 2020, 116 pages, 18 €. – abonnement 3 numéros, 48 €.

 

 A commander sur  www.esophoros.fr  ou  www.numerilivre.fr -

 

 

Au rythme de 3 numéros par an, les Cahiers de L’Alliance se proposent de traiter des grands sujets intemporels de la pensée maçonnique et d’aborder les défis auxquels la tradition spirituelle est aujourd’hui confrontée. Ils sont édités par la Loge nationale de recherche de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française.

Directeur de la rédaction : Jean DUMONTEIL  Rédacteur en chef : Jean-Claude TRIBOUT

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L'ÉNIGME DE LA BEAUTÉ

L’ÉNIGME DE LA BEAUTÉ

 

 

La beauté de la nature, le paradoxe entre le bien et le mal restent des énigmes depuis le début des temps, depuis que l’homme est apparu et qu’il est locataire sur la terre. La beauté est l’associée du bien et de la vérité. Le bien et le mal sont des réalités, et font partie de notre être et se manifestent dans notre vie quotidienne.

 

La beauté mise devant nos yeux est un étonnement renouvelé sans fin, cela nous interpelle et nous amène à une réflexion, une méditation, des interrogations : 

 

« L’univers n’est pas obligé d’être beau et pourtant il est beau. » 

 

Dit François Cheng, il le dit comme un souffle c’est l’étonnement du cœur, qui passe par la parole, le dit est plus vivant, plus sensible que l’écrit. Même si la beauté n’est pas étrangère au mal selon les paroles de Dostoïevski dans l’Idiot :

 

« La beauté sauvera le monde. »

 

Pourtant parfois nous monterons une sorte d’acharnement à la destruction de la beauté. Cela me rappelle un voyage de jeunesse au Canada, je me faisais une joie de découvrir les chutes du Niagara, considérées comme une beauté exceptionnelle de la nature. Une fois sur place stupeur l’environnement des chutes a été complétement dénaturé par la poussée du tourisme de masse, c’est devenu un véritable parc d’attractions. Ce temple sacré de la nature a été profané par les marchands. Il faut au voyageur en quête de beauté beaucoup d’imagination pour s’éblouir, pour voir les chutes dans leur état naturel, primitif.

 

Pour atteindre la beauté il faut parfois oublier la violence que nous avons imposé à la nature. Il faut fermer nos yeux pour voir la beauté et regarder sa présence qui est en nous.

 

Ignorer le mal serait une naïveté, comment dès lors le combattre, ce serait oublier notre violence vis à vis de la nature des autres, violence parfois involontaire ou soumise à notre ego, le monde n’est pas que douceur et tempérance. En regardant dans le miroir confronté à lui-même le franc-maçon, se regarde tel qu’il est, il voit aussi son âme.

 

Je ne suis pas sur qu’il faille faire appel simplement à notre raison pour apprécier et accueillir la beauté.

 

Pour ma part la plus lumineuse des beautés est celle que voit dans le regard de mes sœurs et de mes frères en humanité, chaque être s’il a le désir de la beauté peut devenir un créateur de beauté, d’une beauté unique la sienne puisée au fond de lui-même, ces milliers de beauté forme une magnifique unité.

Les sourires éclatent comme les pétales des fleurs qui s’ouvrent pour recevoir la rosée céleste. Sur ce désir de beauté, Henri Maldiney écrit :

 

« De chaque visage humain rayonne une transcendance impossessible qui nous enveloppe et nous traverse… »

 

C’est ainsi sans doute que naît l’amour, qu’il circule entre les êtres à la recherche de beauté. L’amour qui rayonne de beauté, la beauté qui rayonne d’amour. L’amour, la solution de l’énigme de la beauté. L’amour qui est « l’entre », le passage merveilleux du je au tu, jusqu’à la symbiose, la création du nous. La beauté est une conversation d’âme à âme.

 

Jean-François Guerry.

 

Ma source d’inspiration, une méditation sur les paroles de François Cheng.

L'ÉNIGME DE LA BEAUTÉ

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L'ÉNIGME DE LA BEAUTÉ

L’ÉNIGME DE LA BEAUTÉ

 

 

La beauté de la nature, le paradoxe entre le bien et le mal restent des énigmes depuis le début des temps, depuis que l’homme est apparu et qu’il est locataire sur la terre. La beauté est l’associée du bien et de la vérité. Le bien et le mal sont des réalités, et font partie de notre être et se manifestent dans notre vie quotidienne.

 

La beauté mise devant nos yeux est un étonnement renouvelé sans fin, cela nous interpelle et nous amène à une réflexion, une méditation, des interrogations : 

 

« L’univers n’est pas obligé d’être beau et pourtant il est beau. » 

 

Dit François Cheng, il le dit comme un souffle c’est l’étonnement du cœur, qui passe par la parole, le dit est plus vivant, plus sensible que l’écrit. Même si la beauté n’est pas étrangère au mal selon les paroles de Dostoïevski dans l’Idiot :

 

« La beauté sauvera le monde. »

 

Pourtant parfois nous monterons une sorte d’acharnement à la destruction de la beauté. Cela me rappelle un voyage de jeunesse au Canada, je me faisais une joie de découvrir les chutes du Niagara, considérées comme une beauté exceptionnelle de la nature. Une fois sur place stupeur l’environnement des chutes a été complétement dénaturé par la poussée du tourisme de masse, c’est devenu un véritable parc d’attractions. Ce temple sacré de la nature a été profané par les marchands. Il faut au voyageur en quête de beauté beaucoup d’imagination pour s’éblouir, pour voir les chutes dans leur état naturel, primitif.

 

Pour atteindre la beauté il faut parfois oublier la violence que nous avons imposé à la nature. Il faut fermer nos yeux pour voir la beauté et regarder sa présence qui est en nous.

 

Ignorer le mal serait une naïveté, comment dès lors le combattre, ce serait oublier notre violence vis à vis de la nature des autres, violence parfois involontaire ou soumise à notre ego, le monde n’est pas que douceur et tempérance. En regardant dans le miroir confronté à lui-même le franc-maçon, se regarde tel qu’il est, il voit aussi son âme.

 

Je ne suis pas sur qu’il faille faire appel simplement à notre raison pour apprécier et accueillir la beauté.

 

Pour ma part la plus lumineuse des beautés est celle que voit dans le regard de mes sœurs et de mes frères en humanité, chaque être s’il a le désir de la beauté peut devenir un créateur de beauté, d’une beauté unique la sienne puisée au fond de lui-même, ces milliers de beauté forme une magnifique unité.

Les sourires éclatent comme les pétales des fleurs qui s’ouvrent pour recevoir la rosée céleste. Sur ce désir de beauté, Henri Maldiney écrit :

 

« De chaque visage humain rayonne une transcendance impossessible qui nous enveloppe et nous traverse… »

 

C’est ainsi sans doute que naît l’amour, qu’il circule entre les êtres à la recherche de beauté. L’amour qui rayonne de beauté, la beauté qui rayonne d’amour. L’amour, la solution de l’énigme de la beauté. L’amour qui est « l’entre », le passage merveilleux du je au tu, jusqu’à la symbiose, la création du nous. La beauté est une conversation d’âme à âme.

 

Jean-François Guerry.

 

Ma source d’inspiration, une méditation sur les paroles de François Cheng.

L'ÉNIGME DE LA BEAUTÉ

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MUSIQUE !

Un Frère de la Loge kleio nous propose un travail sur la Musique.

j'en profite pour vous annoncer "Une Causerie Musicale" organisée par l'Association les Mégalithes ' d'Auray Le Bono dans le cadre des Rencontres de Kerdréan. Causerie gratuite sur simple inscription ouverte à tous, rencontre avec le musicologue et le Violoncelliste lors d'un dîner débat pour ceux qui le souhaite.

 

Jean-François Guerry.

 

« diabolus in musica »

« diabolus in musica »  Planche présentée par le Frère P.C.

« diabolus in musica » Planche présentée par le Frère P.C.

« diabolus in musica »

C’est avec beaucoup d’émotion que je prends la parole devant vous ce soir

pour vous présenter mon travail ; je remercie le Vénérable Maître de m’avoir

donné l’occasion de cette réflexion, et vous remercie par avance mes F. : de

l’honneur que vous me faîtes en m’accordant votre bienveillante attention.

J’espère par ailleurs ne pas froisser par mes propos la muse Clio, inspiratrice des

travaux de l’atelier, qui m’oblige notamment à respecter scrupuleusement

l’Histoire dont elle fut l’inventrice. De plus, même si elle est moins liée à la

musique qu’Euterpe, Terpsichore ou Polymnie, Clio, qui fut souvent représentée

trompette ou guitare à la main, n’est pas étrangère à la musique et au chant.

C’est à travers la musique en effet, que je veux partager avec vous une

réflexion maçonnique : car si ce qui se termine bien se termine en chansons,

c’est que tout a commencé par la musique, une musique originelle qui a permis

au monde d’échapper au chaos. « Ordo ab chaos » grâce à la musique qui

exprime l’harmonie, et notre colonne d’harmonie est là pour en témoigner. Mais

les forces du chaos sont toujours présentes, au mieux endormies et cherchent à

la moindre occasion à déconstruire l’oeuvre humaine : Dionysos est là qui appelle

à l’orgiaque ; le diable lui-même est tapi dans la musique : « diabolus in

musica » !

Rappelons-nous en effet de ce moment décisif de la guerre entre les Titans

et les Dieux où Zeus semble avoir perdu. Gaïa, furieuse du sort de ses premiers

enfants qui sont enfermés dans le tartare, a enfanté un monstre terrible,

Typhon, qui a pris le dessus sur Zeus à la suite d’un combat effroyable. Quelles

sont les caractéristiques de ce monstre ? 100 têtes de serpent dont les yeux

crachent le feu sortent de ses épaules. Mais, caractéristique plus déroutante

encore, de ses têtes sortent des sons incroyables : il peut imiter tous les

langages, parler aux dieux avec des sons intelligibles, mais aussi émettre le

mugissement du taureau, le rugissement du lion, et pire encore, car le contraste

est épouvantable, les adorables jappements d’un bébé-chien ! Typhon est

l’expression d’un chaos qui véhicule un anti-logos, quand Zeus, lui, est cosmos,

ordre qui préfigure le logos, c'est-à-dire l’intelligibilité d’un monde ordonné.

Alors Typhon a terrassé Zeus, et lui a pris ses tendons pour le neutraliser.

Zeus n’est plus capable du moindre mouvement ; si Typhon l’emporte, c’en est

fini de l’édification d’un cosmos harmonieux et juste. Si par contre Zeus

l’emporte, la justice règnera sur l’univers. L’issue du combat, vous pouvez vous

en douter puisque nous sommes là ce soir pour l’évoquer ! Mais comment

Typhon a-t-il finalement été vaincu ?

Zeus neutralisé mais conscient – c’est la force de l’esprit ! - conçoit un

plan : il va demander à Cadmos, un roi rusé, fondateur légendaire de la ville de

Thèbes, de se déguiser en berger et d’aller jouer auprès de Typhon de la syrinx

de Pan, une flute dont sortent des sons enchanteurs. La musique est si douce

que Typhon tombe sous le charme et finit par s’endormir, ce qui permet à

Cadmos de récupérer les tendons de Zeus qui se les réajuste et se trouve alors

fin prêt pour la victoire finale. En récompense de quoi Zeus donne à Cadmos la

main de la déesse Harmonie, qui était elle-même fille d’Arès, le dieu de la

guerre, et d’Aphrodite, déesse de l’Amour. Il est ainsi extrêmement significatif

que ce soit par la musique, l’art cosmique entre tous qui repose sur

l’ordonnancement des sons, que le cosmos soit sauvé. Il est non moins

significatif que l’harmonie résulte de l’union de la guerre – Arès – et de l’Amour

– Aphrodite -. Car l’ordre domine le chaos, mais se nourrit de son énergie

primordiale et en aucun cas ne peut le détruire car il disparaitrait avec lui : il a

besoin de son énergie vitale. L’ordre est une mise en forme sublime mais qui ne

peut se passer de la force initiale du chaos. C’est ainsi que Dionysos, fils de Zeus

et deux fois né, dieu étrange et destructeur, siège parmi les dieux de l’Olympe.

Les occasions sont nombreuses qui voient se poursuivre l’affrontement

entre l’ordre et le désordre : quand Dionysos et Apollon rivalisent, Midas en fera

les frais et Nietzsche le fil directeur de sa pensée ; Dieu et Satan s’affrontent, et

ce sera Job dont la foi sera mise à l’épreuve.

Attardons-nous sur les effets, dans la théorie de la musique, de

l’affrontement entre Dionysos et Apollon, qui va réguler les pratiques musicales

du monde grec et latin jusqu’au XVème siècle. Car il n’échappe pas aux pouvoirs

politiques et religieux que la musique est un art ambivalent à la fois très

formateur, l’harmonie musicale renvoyant à l’harmonie du Monde, et sa

maîtrise étant considérée comme gage de la plus grande sagesse, mais aussi

potentiellement dangereux car capable de posséder l’auditeur et de le conduire

dans le dérèglement des passions.

Ainsi Aristote, prenant la suite des réflexions platoniciennes, fonde-t-il

une théorie de l’ethos des modes musicaux, une éthique musicale qui

structurera la composition de la musique en distinguant une musique éthique,

morale, et une musique orgiastique. Tout s’organise autour d’une théorie de

l’effet produit par la musique (la dunamis) éthique lorsqu’elle est sur le mode

dorien, orgiastique lorsqu’elle est sur le mode phrygien. Le mode phrygien

déclenche des transes et des états de possession ; Aristote insiste sur le fait que

le mode phrygien est orgiastique et passionnel, et qu’il en résulte un transport

dionysiaque. A l’inverse, le mode dorien est éthique et digne de figurer dans le

programme d’éducation des jeunes gens bien nés. Tout au plus la musique

composée sur le mode phrygien peut-elle être écoutée, avec distance, mais son

exécution ressort de musiciens serviles et de basse condition.

On l’entend, ce qui est en jeu dans cette opposition de modes musicaux,

est une mise en garde à l’endroit des effets de la musique, quand il pourrait en

résulter une possession et une entrée dans la transe, alors qu’on en attendait

une élévation de l’âme et un accès au sublime. Cette ambivalence de la musique,

et le risque qui lui est attaché, va parcourir tout le moyen-âge et la musique

sacrée sous forme de règles de composition et de mises en garde. Attention

danger ! : « diabolus in musica ». D’autant que, comme le dira Pascal : «… le

malheur veut que qui veut faire l’Ange fait la Bête ! ».

Alors, tel intervalle musical est proscrit dans la composition de la musique

sacrée (le fameux Triton, interdit dans l’harmonie chorale et dans la mélodie,

parce qu’il crée à l’écoute une tension et non un apaisement) ; les instruments

de musique sont proscrits de l’Eglise où seules les voix humaines sont

autorisées : c’est le chant grégorien. Les instruments en effet sont matériels, et

nous rapprochent de la terre, domaine du Diable, non de l’esprit. Seule la voix,

que nous partageons avec les Anges, est aérienne et nous élève vers le ciel divin.

Jérôme Bosch nous donne au début du XVIème siècle une vision de l’enfer

remplie d’instruments de musique gigantesques. Enfin, on va mathématiser la

musique en la tempérant, garantissant ainsi une maîtrise humaine et quasiment

divine des intervalles musicaux qui nous permette d’entrer en résonance avec

l’harmonie céleste.

Mais qu’on ne s’y trompe pas ! L’enjeu n’est pas seulement d’esthétique

musicale, ou de privilège d’un pouvoir en place qui voudrait se réserver un

copyright, une forme de composition qui lui soit exclusive. C’est bien plutôt

d’une reconnaissance du pouvoir de la musique dont il s’agit comme l’indiquait

Saint-Augustin dans son De Musica, qui distinguait soigneusement la gradation

de son pouvoir : le plus bas niveau est l’emprise corporelle qu’elle exerce (par

exemple sur les ours qui se dandinent), tandis qu’à son plus haut niveau la

musique peut nous faire entre-apercevoir l’harmonie éternelle du divin.

Mais pour nous autres maçons, la voie de la musique est-elle celle de la

contemplation du divin par une sorte d’extase activée par le rituel, sachant

qu’au moindre faux pas, à la moindre distraction, le diable se glisserait en nous

pour prendre possession de notre temple intérieur ? Il me semble que Mozart,

dans le testament symbolique qu’est la Flûte enchantée, nous indique une autre

voie.

Certes le registre de la magie et de l’envoutement semble bien être celui

de la Reine de la nuit qui offre à Tamino une flûte censée le protéger et le rendre

tout puissant ; parallèlement, Papageno reçoit un Glockenspiel qui fait danser le

furieux Monostatos comme l’ours de Saint-Augustin, et il s’agit bien là d’une

réminiscence dionysiaque. Mais l’opéra signera la défaite des pouvoirs de la

Reine, ce qui indique les limites du pouvoir de sa virtuosité vocale qui force une

admiration fascinée mais pas un abandon consenti. Parallèlement, dès que le

Glockenspiel se tait, Monostatos redevient Monostatos. Or, lorsque cesse

l’opéra, l’auditeur n’est plus tout à fait le même : il a été transformé subtilement

par un transport qui ne cesse pas avec les notes. La musique ne se contente pas

d’éblouir par la virtuosité, ni d’exercer un pouvoir magique qui protège les uns

et envoute les autres, elle est avant tout instrument de conversion et de

transformation des passions humaines. Elle permet de triompher de la peur, de

risquer la mort, et d’expérimenter la conversion à un amour véritable. Elle

conduit les amants à leur plénitude, et Pamina assure qu’à la fois l’amour et la

flute conduiront leurs pas.

L’émotion musicale que promeut Mozart est donc très loin d’un

enchantement magique produit par un pouvoir ensorcelant qui viendrait de

l’extérieur, ou très loin aussi d’un envoutement hypnotique qui mettrait en

transe. Il s’agit au contraire d’un ravissement dans le mouvement d’un transport

en devenir : en un mot, d’une initiation par le ravissement.

La musique en effet ne nous ravit que si, délibérément et en hommes

libres, nous acceptons d’être guidés par elle et de l’accueillir, et ce avec la même

simplicité que Tamino et Papageno acceptant le don d’instruments magiques. Et

c’est à cette condition de consentir qu’alors seulement nous pouvons être

transportés par elle. C’est un ravissement qui demande à la fois le silence

consentant de la réception, et l’exigence continue de la quête et qui nous invite,

en apprentis, à une autre forme d’écoute : celle de l’approbation en silence.

Comme l’écrivait Mozart dans une lettre à sa femme : « J’arrive de l’opéra

(ou se jouait La Flûte), la salle était pleine comme toujours ; le duetto « Mann

und Weib » et le Glockenspiel au premier acte ont été bissés comme d’habitude,

ainsi que le trio des enfants au second acte. Mais ce qui me cause le plus de joie,

c’est l’approbation en silence ! On voit combien cet opéra monte de plus en plus

haut. »

C’est précisément dans cette forme d’accueil et d’écoute, d’ouverture

volontaire et d’approbation en silence que s’exerce de la façon la plus avancée la

tolérance maçonnique qui est un instrument de transformation de soi : une sorte

d’hospitalité inconditionnelle, pour reprendre l’expression de Jacques Derrida,

que nous sommes à même d’éprouver dans les liens de la fraternité.

L’hospitalité inconditionnelle ne relève ni de la morale, ni même de l’éthique,

mais est un principe à maintenir, un devoir lié à la réalité humaine du fait que

nous sommes irréductiblement exposés à la venue de l’autre.

A l’égard d’un visiteur, j’ai deux attitudes possibles : l’invitation, si je le

reçois en fonction des règles en usage chez moi et que j’impose ; la visitation,

comme pour les Anges, si je laisse ma maison ouverte. Dans le premier cas,

l’hospitalité est conditionnelle ; dans le second, elle est inconditionnelle, ou

pure, ou absolue. L’étranger de la visitation peut être n’importe quel F. :. Pour

l’accueillir, l’hôte lève les barrières immunitaires avec lesquelles il se protégeait :

il accepte de s’exposer à ce visiteur dont les lois et les comportements sont

différents des siens, de s’adapter et de se transformer en fonction de ce qui

arrive. A ce stade, c’est accepter de s’effacer pour laisser de la place à notre F. :

dans notre propre univers : difficile en pratique, c’est la condition

incontournable du ravissement que nous offre la Franc-Maçonnerie. C’est, mes

Frères, tout le charme que je nous souhaite dans la pratique de l’Agape.

 

J’ai dit !

MUSIQUE !

Tous les renseignements sur le violoncelliste René Benedetti sur le net.

Inscription à la Causerie Musicale ouverte à tous et gratuite par mail nombre de places limité:

 

lesmegalithesauray.secretariat@gmail.com

Contact par Tél :06 16 82 73 16

 

Non obligatoire:

Diner débat après la Causerie avec le musicologue et le Violoncelliste sur réservation après réception du paiement par chèque 22 € le repas 

Chèque à l'ordre de l'Association les Mégalithes chez Mr Jean-François Guerry 18, BD Chanard 56170 QUIBERON. 

 

Info toutes les normes sanitaires en vigueur seront strictement respectées.

 

Organisation Association les Mégalithes Auray-Le Bono.

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Publié le
LA CONTEMPLATION

LA CONTEMPLATION

 

 

La contemplation, l’observation attentive est en relation avec la nature pour tout ce qui est de l’extérieur et avec l’âme pour ce qui est de l’intérieur. Contempler un coucher de soleil, n’est pas un acte sans conséquence, il introduit une communication entre nos sens et notre esprit. Se mettre dans un état contemplatif permet de se mettre en relation avec la beauté sous toutes ses formes, cette beauté des phénomènes naturels et la beauté intérieure symbolisée par la flamme qui brille au fond de nous.

 

Les francs-maçons sont à la recherche de la force, de la sagesse et de la beauté qui résident en eux.

 

Aristote dans son Éthique à Nicomaque pense que la contemplation mène au bonheur. Plotin lui voit dans la contemplation ou plutôt dans l’état dans lequel nous met la contemplation, un état de réceptivité à la beauté, c’est l’état contemplatif. Cet état est ineffable, inintelligible, inexprimable, parce qu’il doit être vécu, comme l’initiation. Plotin le voit aussi comme un état originel précédant la pensée, un état d’être, une intuition de la connaissance du beau.

 

Platon dans sa République associe la Lumière et sa symbolique à la contemplation, quoi de plus beau en effet que l’apparition de la Lumière sous toutes ses formes. Les enfants de la Lumière sont donc naturellement attirés par la beauté qui leur apparaît dans le silence de la contemplation.

Tous les arts incitent à la contemplation, la peinture, la sculpture, la musique, l’architecture. La contemplation est consubstantielle à celui qui les rassemble tous l’Art Royal.

 

La répétition des mantras maçonniques, dans les rituels, mettent les francs-maçons dans un état contemplatif :

« Mes frères tournez-vous vers le centre de la loge. »  La contemplation du tableau de loge tracé rituellement les plongent dans un état de méditation sur les symboles de la construction de leur temple intérieur.

 

 La méditation mène à la contemplation, la contemplation mène à la méditation, à la méditation sur le divin selon les sages de l’Inde, c’est la voie ultime vers l’unité au-delà du bien et du mal, à l’harmonie des hommes avec la nature, à la paix intérieure.

 

La contemplation, la méditation font partie des exercices spirituels dans le christianisme : Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, Ignace de Loyola ont vécus dans leurs méditations contemplatives des moments extatiques, sans doute semblables à ceux décrits par Plotin et rapportés par son disciple Porphyre, l’égrégore maçonnique est-il un moment extatique ?

 

La contemplation comme exercice spirituel a été étudiée par Pierre Hadot philosophe spécialiste de l’antiquité en la détachant de son aspect religieux, elle devient une expérience phénoménologique particulière qui mène à la beauté aboutissement de la philosophie. Elle est alors une expérience pratique de la joie.

 

Ce n’est pas un hasard que les rituels maçonniques en particulier de clôture des travaux évoquent l’ultime beauté et la joie qui habite les cœurs.

 

Spinoza dans son Éthique rapproche la liberté qui est sagesse et béatitude de l’exercice de contemplation.

 

Pour le franc-maçon l’accès à la contemplation passe par la pratique du silence, par la réalisation de son détachement du vulgaire, par la vacuité propice à l’ouverture de sa conscience prémisses  du commencement, de l’initiation voie vers le sacré.

 

Je reviens à Plotin, qui exhorte le sage comme Ulysse à revenir vers sa patrie intérieure, intime, à se métamorphoser à devenir tout entier beauté. Il faut que le spectacle de la beauté ne soit plus extérieur à soi, mais à l’intérieur de soi. C’est la construction du temple intérieur maçonnique achevé.

C’est le Roi sagesse, le Roi Salomon qui contemplant le temple et le mausolée de l’architecte achevé qui s’exclame : « tout est parfait. » C’est l’expression maçonnique : « tout est juste et parfait. » C’est la conversion du regard, vers la contemplation du beau.

 

Le chemin de la contemplation passe non pas par la contemplation en priorité du monde extérieur, mais par la méditation sur soi, la construction de soi, le perfectionnement de soi, jusqu’à la porte de l’orient éternel. Il faut donc allier la « Théoria » de la contemplation et la « Praxis » de l’action pour vivre en harmonie.

 

Si les stoïciens passaient par le Portique, le franc-maçon passe entre les colonnes B et J pour entreprendre son voyage vers sa lumière intérieure, cette lumière éternelle qui brille à l’orient et en lui-même.

 

Le silence, la méditation, la contemplation ne sont pas des paresses, des passivités, mais des actes de pratique spirituelle.

La contemplation intérieure, c’est peut-être de cultiver en soi le beau avec simplicité et humilité. Exprimé autrement par Kant c’est de prendre conscience de la beauté extérieure et de cultiver la beauté intérieure : « Le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi. »

 

Dans un monde où l’obscur de la barbarie revient pour essayer de voiler la Lumière de la liberté et de l’esprit de justice. La méditation qui mène à la contemplation de la beauté est peut-être le remède pour retrouver l’harmonie. C’est-à-dire le partage de l’amour entre les hommes.

 

Pour prolonger ces réflexions dominicales, je vous recommande la lecture des Cinq méditations sur la beauté de notre académicien François Cheng le passeur de lumière entre Orient et Occident.

 

Jean-François Guerry.

François Cheng

François Cheng

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Michel  Foucault  - Reflets des Lumières

Michel Foucault – Reflets des Lumières..

 

 

Foucault interroge les Lumières, dans ses « Dits et écrits » qui sont souvent des commentaires des textes de Emmanuel Kant. Les conclusions qu’il en retire par rapport au retour de l’esprit des Lumières dans le XXème siècle, et du rôle du philosophe dans la cité, sont prémonitoires de notre actualité présente.

 

Il constate : « L’importance prise par la rationalité scientifique et technique dans le développement des forces productives et le jeu politique. »

 

Les préoccupations de Foucault comme nous le constatons sont d’une criante actualité. Elles peuvent être dérangeantes pour nos esprits qui idéalisent les Lumières. Il se pose des questions sur le « progrès » et notre capacité à penser par nous-mêmes, sur les limites de la raison et par voie de conséquence, il se dessine alors un besoin de spiritualité. Après tout on ne peut pas vivre que de frigidaires comme le disait Saint-Exupéry, pas plus que d’objets connectés !

 

L’excès des Lumières, de lumière agit comme une sorte d’éblouissement de notre regard vis à vis des choses matérielles, jusqu’à parfois l’insupportable. Il écrit :

 

« Il y a belle lurette que la philosophie a renoncé à tenter de compenser l’impuissance de la raison scientifique, qu’elle ne tente plus d’achever son édifice. (les hommes du XIXème siècle) (…) Ils commencèrent à s’inquiéter de la relation qu’ils devinaient confusément entre la société encline à la rationalisation et certaines menaces sur l’individu et ses libertés, l’espèce et sa survie. Autrement dit, depuis Kant, le rôle de la philosophie a été d’empêcher la raison de dépasser les limites de ce qui est donné dans l’expérience ; mais dès cette époque -c’est-à-dire, avec le développement des États modernes et l’organisation politique de la société-, le rôle de la philosophie a aussi été de surveiller les abus de pouvoir de la rationalité politique- ce qui donne une espérance de vie assez prometteuse. »

 

Le rôle du sage, du philosophe est donc de veiller, pour éviter les excès, les errances, les déviances des Lumières. De préserver l’esprit des Lumières qui doit mener à la liberté individuelle. Il doit donc être le gardien du temple des lumières. Il doit être un incitateur à la préservation de cet esprit des Lumières, et ne pas laisser aux marchands une toute puissance justifiée par la raison, les Lumières deviendraient alors artificielles.

 

L’esprit des Lumières ne peut pas, ne doit pas être une dictature de la raison. Cette dictature a été dénoncée par le sociologue et économiste allemand Weber, qui voit dans les Lumières un désenchantement du monde, qui culmine dans la bureaucratie contemporaine. L’on constate que les idées nouvelles, les réformes s’enlisent dans la dictature de la bureaucratie, dirigée par les marquis des hautes administrations.

 

Il nous faut sans doute revenir au fondamental des Lumières tel que défini par Kant avoir le courage de penser par soi-même, sortir de notre minorité où par paresse nous nous mettons nous-mêmes, cela passe par l’action au présent, aujourd’hui.

 

Les Lumières sont donc bien un processus, que j’ose mettre en rapport avec l’initiation maçonnique qui ambitionne de nous sortir de notre état de minorité, que Olivier Dekens décrit ainsi l’état de minorité de Kant :

 

« Il entend un certain état de notre volonté qui nous fait accepter l’autorité de quelqu’un d’autre pour nous conduire dans des domaines où il convient de faire usage de la raison. Kant donne trois exemples : nous sommes en état de minorité lorsqu’un livre nous tient lieu d’entendement, lorsqu’un directeur spirituel nous tient lieu de conscience, lorsqu’un médecin décide à notre place de notre régime (notons en passant qu’on reconnaît facilement le registre des trois critiques, bien que le texte ne dise pas explicitement). En tout cas l’Aufklärung est définie par la modification du rapport préexistant entre la volonté, l’autorité et l’usage de la raison. »

 

Cela implique un travail personnel, un courage personnel, en clair un désir d’être.

 

Kant fait aussi une distinction entre l’usage privé et l’usage public de la raison. Sans en faire une longue démonstration, je vous propose ce qu’écrit encore Olivier Dekens à ce sujet :

 

« Mais comment assurer un usage public de cette raison ? L’Aufklärung, on le voit, ne doit pas être conçue simplement comme un processus général affectant toute l’humanité ; elle ne doit pas être conçue comme une obligation prescrite aux individus : elle apparaît maintenant comme un problème politique.

La question en tous cas, se pose de savoir comment l’usage de la raison peut prendre la forme publique qui lui est nécessaire, comment l’audace de savoir peut s’exercer en plein jour, tandis que les individus obéiront aussi exactement que possible. Et Kant, pour terminer, propose à Frédéric II, en termes à peine voilés, une sorte de contrat. Ce qu’on pourrait appeler le contrat du despotisme rationnel avec la libre raison : l’usage public et libre de la raison autonome sera la meilleure garantie de l’obéissance, à la condition toutefois que le principe politique auquel il faut obéir soi lui-même conforme à la raison universelle. »

 

Frédéric II Roi de Prusse n’était pas un révolutionnaire, mais faisait preuve d’une large ouverture du compas de l’esprit, protecteur des Francs-Maçons, il fût qualifié du titre de despote éclairé, tolérant. Néanmoins, il censura Kant à cause de sa philosophie sur la religion. La proximité de Frédéric II avec Voltaire, son implication dans les Grandes Constitutions du Rite Écossais Ancien et Accepté de 1786 le plus pratiqué par les Francs-Maçons du monde entier atteste de son engagement maçonnique. Il a été initié dans l’ordre en 1738 alors qu’il avait 26 ans dans une auberge de Brunswick.

 

Les Lumières selon Kant sont donc un moment où l’humanité va faire usage de sa propre raison, sans se soumettre à aucune autorité.

 

Il y aurait donc un paradoxe, la critique de la raison devient nécessaire, c’est « La Critique de la Raison pure » publiée par Kant en 1781 et remaniée en 1787. Une réconciliation avec la métaphysique, la transcendance, Kant ne nie pas la foi mais la cantonne à l’intime, au tribunal intérieur. La critique doit définir les conditions dans lesquelles l’usage de la raison est légitime pour déterminer ce que l’on peut connaître, ce qu’il faut faire, ce qu’il est légitime d’espérer. Il faut se garder d’un usage illégitime de la raison qui fait naître l’illusion, le dogmatisme et l’hétéronomie c’est-à-dire hors de soi-même les règles et les pratiques de son action.

 

D’où la nécessité constante de la règle intangible du penser par soi-même. On ne construit pas un homme neuf sans la force de la force de la volonté, la sagesse de l’humilité, le respect de la beauté du monde, c’est le prix de la liberté intérieure.

 

La critique constructive de son soi, est une voie de perfectionnement sans fin de son être intérieur, pour espérer atteindre la joie du cœur.

 

Jean-François Guerry.

Michel  Foucault  - Reflets des Lumières

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ECOUTEZ ! ECOUTEZ !

La galaxie maçonne émission sur France Culture 

30 minutes avec le passé GM du GODF 

Le lien :

 

https://www.franceculture.fr/emissions/tou

 

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LES LUMIÈRES AUJOURD'HUI...

Les Lumières aujourd’hui….

 

 

Les médias en général, et les médias audio-visuels en particulier, semblent aujourd’hui nourrir une foule béate, qui a remplacé le peuple de la liberté. Cette foule attend passivement ce qu’elle connaît déjà.

 

La plupart des lecteurs des journaux sont abonnés à leur propre pensée, ils ne lisent que les journaux avec lesquels ils sont d’avance en accord, le pluralisme de la presse écrite subventionnée par l’état existe mais chaque lecteur à son propre journal. L’ouverture de son compas est étroite.

Les médias ne se hasardent pas à poser à leurs lecteurs des questions dont ils ne connaissent pas déjà la réponse.

 

Au XVIIIème siècle les choses étaient bien différentes. Les penseurs successeurs de Kant comme Hegel ou Nietzsche se sont confrontés sur la question : « Qu’est-ce que les Lumières ? » Kant a introduit une nouvelle manière de penser, penser par soi-même. Olivier Dekens écrit :

 

« On pourrait même dire que la philosophie moderne se définit par le fait de se poser la question : Qu’est-ce que les Lumières ? »

L’homme des lumières est donc celui qui se pose des questions à lui-même et aux autres ensuite, il est un chercheur actif de la vérité, il est par son attitude à la conquête de sa liberté.

 

Le profane qui frappe à la porte du temple maçonnique, et demande a être reçu franc-maçon se pose aussi des questions sur lui-même, sur le pourquoi de sa vie, sur ses rapports à l’autre, ses rapports à la nature et sa place dans le monde, c’est en ce sens qu’il est un chercheur des Lumières, de la Lumière.

 

Le débat autour des Lumières quelques trois siècles après est toujours dans l’actualité ou pour le moins, le débat sur l’esprit des Lumières, sur l’autonomie de l’homme, sa liberté de penser et d’agir. Ce débat n’est pas prêt de s’éteindre, sauf à vendre son âme aux marchands de la mondialisation.

 

Husserl s’interrogeait sur une forme de naïveté du rationalisme des Lumières, qu’il ira jusqu’à qualifier d’irrationnel. Habermas lui dénonce l’erreur de nombreux philosophes qui confondent subjectivité et rationalité. Pour lui, la raison n’est pas dictatoriale, elle n’introduit pas une forme de subjectivité.

Pourtant après les désastres du XXème siècle, que reste t’il du projet des Lumières, de la liberté des Lumières sous le feu destructeur des guerres, le feu brûlant des camps de concentration des nazis. Auschwitz a t’il tué les Lumières ? Le projet d’universalisme est-il mort dans les Goulags, ou peut-il renaître de ses cendres.

 

L’on peut ‘raisonnablement ‘ s’interroger quand l’on voit la stagnation du nombre des porteurs de Lumière, des passeurs de Lumière, des lanceurs d’alertes qui se comptent sur les doigts d’une seule main et leur manque de soutien dans la cité.

Quand toutes les obédiences maçonniques s’interrogent sur la diminution, au mieux la stagnation de leurs membres. Les Lumières ne font-elles plus rêver ?

Il en a semble t’il toujours été ainsi : « Il faut que je meure, pour qu’il naisse … » Sommes au terme d’une civilisation ?

 

L’opposition bien mal est-elle suffisante, pour faire régner le bien ? L’événement du 11 septembre semble nous démontrer que non. Le terrorisme est aussi immoral que l’est la mondialisation, qui laisse mourir de faim des millions d’individus.

Baudrillard a écrit dans le Monde du 03/11/2001 à propos de l’Esprit du terrorisme pour extrait :

 

« Nous croyons naïvement que le progrès du Bien, sa montée en puissance dans tous les domaines (sciences, techniques, démocratie, droits de l’homme) correspond à une défaite du mal. Personne ne semble avoir compris que le Bien et le Mal montent en puissance  en même temps, et selon le même mouvement. Le triomphe de l’un n’entraine pas l’effacement de l’autre, bien au contraire. On considère le mal, métaphysiquement, comme une bavure accidentelle, mais cet axiome, d’où découlent toutes les formes de lutte du Bien contre le Mal, est illusoire. Le Bien ne réduit pas le Mal, ni l’inverse d’ailleurs : ils sont à la fois irréductibles l’un à l’autre et leur relation est inextricable. »

Est-il raisonnable de penser ainsi, n’est-ce pas désespérer de l’avenir, n’est-ce pas nier le perfectionnement possible de l’homme ?

 

Serait-ce le même chemin qui conduit des ténèbres à la Lumière ? Ce chemin, qui est un labyrinthe long et inextricable. Franc-maçon nous connaissons la nécessaire descente, vers la connaissance et l’acceptation de notre part d’ombre, pour pouvoir accéder au triomphe de la Lumière, nous savons qu’au chaos succède l’ordre. Que la Lumière qui brille en nous ne peut s’éteindre.

 

Nous savons que le comment, c’est-à-dire fuir le vice et pratiquer la vertu, ne peut pas se dissocier du pourquoi, pour atteindre une liberté qui se situe dans une conjugaison entre immanence et transcendance, cette transcendance hors de portée de notre raison humaine, mais dont nous avons en nous l’intuition, qui constitue une véritable force pour établir sa vie, pour atteindre la joie du cœur.

 

À suivre….

 

Jean-François Guerry.

LES LUMIÈRES AUJOURD'HUI...

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L'HOMME DES LUMIÉRES

L’HOMME DES LUMIÈRES

 

 

Quelle est la figure de l’homme des lumières dans le temps et l’espace, en 1717 date de l’organisation de la Franc-Maçonnerie spéculative, jusqu’à nos jours. Dans l’espace en Angleterre, en France en Allemagne. Cet homme a t’il un rapport avec ce qu’est un franc-maçon aujourd’hui, ou plutôt avec ce que sont les francs-maçons en l’an 2020. Autant de questions que je me pose et vous pose.

 

Il est nécessaire ou pas, à vous de juger de revenir sur la célèbre phrase des Constitutions du pasteur James Anderson, qui furent écrites sous l’impulsion de Théophile Desaguliers sans doute autour de l’année 1717 et publiées en 1723 à Londres par William Hunter. Ces constitutions qui marquent non pas le début de la franc-maçonnerie spéculative, mais son organisation autour d’un texte fondateur. La mise en ordre de plusieurs loges maçonniques, leur fédération pour constituer la première obédience maçonnique qui fût la Grande Loge Unie d’Angleterre.

 

Cette célèbre phrase traduite de l’anglais, qui a provoqué et provoque encore de nombreux commentaires, chacun ayant son interprétation.

 

« Le franc-maçon n’est ni athée stupide, ni un libertin irréligieux. »

 

Il faut avant tout replacer cette phrase dans son contexte historique, alors que des tumultes autour de la religion agitent la société anglaise, les ‘papistes’ et les ‘anti-papistes’ se déchirent, la suprématie de la religion catholique romaine est remise en cause.

 

L’on peut lire dans les déclarations des principes de l’esprit de la franc-maçonnerie spéculative : si dans les temps anciens, l’homme bon et juste était assimilé au croyant et pratiquant de la religion de son pays. La religion nouvelle, universelle des francs-maçons, n’est pas une religion au sens premier c’est-à-dire une religion particulière. Mais une religion au sens large c’est-à-dire une institution qui relie tous les hommes bons, loyaux, hommes d’honneur et de probité. Quelques soient leurs croyances. C’est un centre d’union fraternelle.

Le texte des Constitutions dites d’Anderson a été fortement inspiré par Isaac Newton, dont Théophile Désaguliers fût un temps le secrétaire, tous les deux furent membres de la Royal Society de Londres. Qui à cette époque était une véritable marmite intellectuelle comparable à celle d’Alexandrie ou du miracle Grec, à la Royal Society tout ce que le monde occidental comptait d’intellectuels de scientifiques, tous les esprits ouverts au progrès des sciences et de l’humanité pouvaient s’exprimer sans contraintes, sans dogmes de toutes sortes. Si Newton fût un anti-papiste avéré, ses jugements sur Descartes et ses travaux furent très sévères. Il n’en reste pas moins que la franc-maçonnerie spéculative, trouve ses sources à la fois dans l’ancien testament en remontant jusqu’à Noé et dans le nouveau testament jusqu’à la chrétienté, les rituels maçonniques et leurs symboles en attestent, ainsi que le fameux discours du Chevalier de Ramsay (1736). La lecture des manuscrits anciens, des ‘old charges’ tels que le Régius (1390), le Cooke (1400), Le Grand Lodge (1583), le Watson (1687), le Dumfries (1710) etc ,finissent de convaincre sur les références bibliques de la franc-maçonnerie.

 

En raccourci l’on peut qualifier la franc-maçonnerie opérative, de métier de catholique dans ses origines, et la franc-maçonnerie spéculative qui lui succède de protestante dans ses origines. (Lire à ce sujet les ouvrages de Charles-Bernard Jameux publiés aux éditions Dervy sur les origines de la franc-maçonnerie spéculative, une thèse particulièrement bien étayée.)

La franc-maçonnerie spéculative évoluera en substituant Dieu à un principe créateur désigné sous le nom de Grand Architecte de l’Univers, permettant ainsi d’accueillir en son sein des hommes de toutes les religions, des agnostiques et des athées vertueux ! Elle affirme ainsi dans la lignée de la pensée de Spinoza la primauté de l’esprit sur la matière, ouvrant une voie sans limites au perfectionnement de l’homme ayant la volonté de pratiquer le bien, le bon, le juste.

La franc-maçonnerie se propose de réunir les hommes vertueux, sans distinction de toutes les religions, de toutes les classes sociales, elle s’interdit pratiquer dans ses loges toutes discussions politiques ou religieuses.

 

Dans une évolution plus récente une partie de la franc-maçonnerie essentiellement en France, renonce à toute référence au principe du Grand Architecte de l’Univers, elle n’est pas pour autant constituée d’athées stupides c q f d.

 

Les hommes justes et bons épris des merveilles de la nature, animés par la droite raison, méritent sans contestation d’être reconnus comme membres de cette fraternité initiatique. Refuser ou contester cette appartenance (problème de la régularité) serait pour le moins dogmatique, donc contraire même à l’esprit maçonnique de tolérance, d’ouverture, de tempérance et d’universalisme, contraire aussi à l’esprit des lumières. ‘Il y a plusieurs pièces dans la maison du père’ et qui serais-je pour porter un jugement définitif sur mes frères ?

 

C’est cet esprit qui fût repris par Spinoza et Kant. L’on retrouve cela parfaitement exprimé dans l’Éthique Livre IV :

 

« Il n’existe dans la nature aucune chose singulière qui soit plus utile à l’homme qu’un homme vivant sous la conduite de la raison. »

 

C’est sous cet éclairage que naît l’homme des lumières du XVIII ème siècle, le philosophe des lumières, ou encore le franc-maçon spéculatif avec son compas largement ouvert. Cet homme décrit par Diderot dans sa notice Éclectique de son Encyclopédie.

 

« L’éclectique est un philosophe qui, foulant aux pieds le préjugé, la tradition, l’ancienneté, le consentement universel, l’autorité, en un mot tout ce qui subjugue la foule des esprits, ose penser lui-même, remonter aux principes généraux les plus clairs, les examiner, les discuter, n’admettre rien que sur le témoignage de son expérience et de sa raison (…) L’ambition de l’éclectique est moins d’être le précepteur du genre humain que son disciple ; de réformer les autres, que de se reformer lui-même. »

 

Cette description de l’homme des lumières, est comparable à l’aspiration du franc-maçon, qui entend d’abord se reformer lui-même, avant de reformer les autres et le monde. Contrairement aux apparences il n’y a pas rejet de ‘la tradition’ mais rejet des dogmes imposés, il nous faut remonter aux idées claires, pures, originelles à la ‘tradition primordiale’ au sens où l’entend par exemple René Guénon, enfin gagner la liberté de penser par soi-même.

 

Pourquoi aujourd’hui encore, faisons-nous référence à cette figure emblématique de l’homme des lumières, à cet esprit des lumières ? Sans doute parce que nous sommes à la recherche d’un optimisme perdu, enlisé dans le conformisme d’une société trop matérielle, trop uniformisée, non plus universelle au sens des lumières, mais mondialisée par les marchands.

Ce monde est gangréné par l’individualisme, qui est forme dévoyée de l’individuel, une fausse liberté.

 

Faut-il une nouvelle révolution pour redonner de l’avenir à l’humanité ?

Condorcet qui fût jeté en prison par Robespierre et sa terreur, comparable à la terreur blanche des royalistes. Condorcet malgré cette terreur continua d’avoir confiance en l’homme, il ne faut donc pas désespérer. Je cite :

 

« Tout nous dit que nous touchons à l’époque d’une des grandes révolutions de l’espèce humaine. Qui peut mieux nous éclairer sur ce que nous devons en attendre ; qui peut nous offrir un guide plus sûr pour nous conduire au milieu de ses mouvements, que le tableau des révolutions que l’on précédée et préparée ?

L’état actuel des lumières nous garantit quelle sera heureuse ; mais aussi n’est-ce pas à condition que nous saurons nous servir de toutes nos forces ?

Et pour le bonheur qu’elle promet soit moins chèrement acheté, pour qu’elle s’étende avec plus de rapidité dans le plus grand espace, pour qu’elle soit plus complète dans ses effets, n’avons-nous pas besoin d’étudier dans l’histoire de l’esprit humain quels obstacles nous restent à craindre, quels moyens nous avons de les surmonter ? »

(Extraits de l’Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain de Condorcet.)

 

À suivre : Les lumières de la raison, les lumières et la religion, un débat autour des lumières…

 

Jean-François Guerry.

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