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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par jean françois
La mémoire des années

La mémoire des années

DE LA MÉMOIRE, DE LA CONSCIENCE DE LA MÉMOIRE.

 

La mémoire est magique, comme cette ardoise où l’on efface temporairement les mots du présent. Mais ils demeurent accrochés en nous comme une chaîne attachée à notre conscience. On les retient ces mots, ces images, on les accumule et l’on sait que l’on pourra y revenir. Qui a dit, que le passé c’était le passé, c’était fini, c’est peut-être vrai, dans un temps linéaire, mais la roue du temps tourne. Le passé, la mémoire est le socle sur lequel s’érige notre avenir, surtout quand il devient incertain, cela fait le succès de Radio Nostalgie, on garde en soi tant de choses, qu’il faut bien un jour, les ressortir, sous peine d’être trop encombré.

 

L’arbre qui pousse vers le ciel, à besoin de son tronc fait des cercles de ses années, pour se maintenir debout. Activer, réactiver notre mémoire, ce n’est pas refuser le présent ou fuir l’avenir, on est la somme des trois, pour être un.

Le passé coule comme l’eau d’un torrent, il paraît que l’eau même a une mémoire, que l’on peut retenir grâce à notre conscience.

 

Quand des souvenirs tristesse remontent à notre mémoire, en conscience pouvons-nous les oublier ? C’est oublier ce dont nous sommes faits, comment nous nous sommes construit. On perd cette mémoire quand nous sommes malades, ou quand l’on refuse notre passé trop douloureux, alors on boit pour oublier.

 

Notre univers personnel, grossit, croît, bouge, vit par notre mémoire, celle des autres, la mémoire cosmique que l’on reçoit par nos sens et notre intuition.

 

Prendre son temps, le sien, le garder un peu en soi, dans sa conscience, puis en faire don aux autres, comme un témoignage d’amour, faire un effort de mémoire pour consolider son présent, pour envisager et construire son avenir.

 

Philippe nous donne aujourd’hui dans son temps présent, un peu de sa mémoire, nous fait découvrir la maison de son âme, la maison de sa vie.

 

JF.

DE LA MÉMOIRE, DE LA CONSCIENCE DE LA MÉMOIRE

La Vieille Maison

 

Au détour du chemin, comme plantée au sommet d’une dune,

Au milieu d’un bosquet, ivoire jaillissant d’un socle émeraude,

Elle apparaît soudain au promeneur ravi ;

 

C’est une très vieille bâtisse ; tout en bois, défraîchie, vermoulue,

Et cependant resplendissante ; mémoire du temps jadis,

Et gardienne des lieux.

 

Tout semble à l’abandon alentour ; jardin envahit d’herbes

Et de plantes sauvages, véranda effondrée, toit crevé, vitres brisées, …

Le temps a fait son œuvre ; il a signé son forfait avec outrance

Tout n’est plus que désolation, mémoire déchiquetée, absence…

 

Pourtant la vie a du couler, paisible, en ces lieux.

On devine, sur la gauche, à quelques mètres d’une volée de quatre marches en pierre, une vieille balançoire dont il ne reste que trois montants métalliques, rongés par la rouille.

 

Comme il serait doux de remonter le temps, comme il serait tendre

De surprendre des rires d’enfants, ici, en ces lieux, presque au bout du monde, au milieu de nulle part ;

Comme il serait apaisant d’apprivoiser le temps, et de ranimer, même un instant, éphémère, un court instant de bonheur, la vie en ces lieux ;

J’aurais alors 7 ans ; courant après mon frère et ma sœur, riant, hurlant,

Sourd aux appels au calme lancés par ma mère par la fenêtre de ma chambre

A l’étage, juste au-dessus de la véranda ;

Que reste-t-il de tout cela ?

Quand la mémoire est infidèle et que l’on ose le grand voyage

Le largage des amarres de l’âge mûr, de la vie établie,

De la conscience tranquille,

Il y a des surprises,

Et il y a regrets ;

Surpris par des lambeaux de souvenirs, fugaces, fragiles,

Eclairs du temps jadis,

Etonnement devant l’apparente déchéance des lieux,

Devant les débris d’une jeunesse enfouie, perdue, chassée de la mémoire

Comme un obscène cauchemar ;

Regret de n’avoir pas suffisamment appris ; de n’avoir pu retenir l’essentiel

L’initiation à la vie,

Regret d’avoir bâclé le commencement, l’éveil ;

Une brise s’est levée doucement ; les tiges des herbes et des fleurs ploient sous les assauts du souffle de ma mémoire ;

Mes pieds crissent sur le verre répandu de quelque vitre brisée, et je frissonne soudain, privé de mon jardin, abandonné sur la rive d’un passé presque ignoré, douloureux…

Alors, brusquement je me retourne, et je cours.

Dévalant mon absente colline, presque résigné devant l’infirmité de ma mémoire ;

Le souffle court.

 

Je fuis ce lieux qui m’assène mon passé, qui ampute mon cœur et ma raison ;

Je cours sans me retourner, haletant, les yeux brillants, où les larmes à peine contenues, attendent pour jaillir que ma course éperdue cesse ;

J’atteins le sous-bois et m’effondre sur le sol boueux. Alors les larmes coulent, elles roulent au rythme de la bruyante plainte qui jailli de mes lèvres ; je me retourne, hissé sur les coudes, jambes écartées, secoué des spasmes de ma déchirure, et contemple l’antique demeure qui rougeoie au soleil couchant ; Elle est rubis ;

Ah je voudrais forger la grande chaîne du temps, et l’arrimer à ma mémoire,

Insignifiant maillon,

Je voudrais y accrocher aussi mes rêves exhaussés,

Mes filles,

Et puis,

Depuis plus de trente ans,

Mon épouse,

Ma complice,

 

Avec laquelle je façonne la belle, l’unique, la merveilleuse histoire de ma vie.

Philippe Jouvert.

 

Avec l’aimable autorisation de l’auteur.

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