Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.
13 Octobre 2026
MAUVAISE HUMEUR
BON COURAGE À TOUS CEUX QUI NE SAVENT NI LIRE NI ÉCRIRE
En 1984, George Orwell essayait de nous initier au néoparler, le Newspeak, ou la novlangue, langue officielle d’Océania. Une simplification destinée à rendre impossible l’expression des idées subversives, de manière à éviter toutes les formulations hostiles aux institutions et à l’État. Il fallait insidieusement déformer la vérité. Malheur à ceux qui formulent clairement la vérité.
En période de disette financière, il n’y a pas de petites économies. Nous pourrions remiser dans les placards toutes les institutions qui défendent la langue française et son expression, comme l’Académie française, le ministère de la Culture et sa DGLFLF (Délégation générale à la langue française et aux langues de France), mais aussi la DLF (Défense de la langue française), créée en 1958 pour la défense du français face aux anglicismes inutiles ; l’ALF (Avenir de la langue française), œuvre pour la protection du français en France et dans le monde ainsi que pour le pluralisme linguistique ; l’AFAL (Association francophone d’amitié et de liaison) ; ou encore le FFA (Comité national français du Forum francophone des affaires), etc. (puisque, aux dires de certains, il n’y a pas de culture française).
Pourquoi avoir inauguré à grands frais la Cité internationale de la langue française dans le château de Villers-Cotterêts ? Peut-être pour en faire le futur musée de la langue française ?
Faut-il se soumettre aux anglicismes ? Faut-il se réduire au vocabulaire Trumpien, celui de l’État le plus riche de la planète ? Cela faciliterait l’apprentissage de la lecture et de l’écriture dans nos écoles et mettrait fin à l’angoisse du frère Goethe, qui disait : « Les gens ne savent pas ce que cela coûte de temps et d’effort pour apprendre à lire. Il m’a fallu quatre-vingts ans pour cela et je ne suis même pas capable de dire si j’ai réussi. »[1]
À bientôt 80 ans et après 40 ans de pratique à la recherche de la Lumière et de la Vérité, hier, j’ai pu constater que Goethe avait raison. J’ai essayé de lire un article de Gisèle Sapiro dans la revue Esprit, n° 538 d’octobre 2026, dont le titre est : Une rentrée littéraire entre ingérence et mobilisation. Une diatribe envers l’édition et les médias considérés comme étant de droite. Je n’émettrai pas d’avis sur le fond, laissant à chacun sa liberté de penser.
À cette lecture, j’ai pu constater mon inculture linguistique dès la quatrième ligne de l’article, où il est question des « auteurices ». Deux pages plus loin, je découvrais que la maison d’édition Grasset avait parmi ses collaborateurs et collaboratrices aussi des « auteurices », mais, de surcroît, des « éditeurices et des correcteurices ». Divine surprise ! Je comprends mieux le complot qui se fomente dans ces officines obscures et la raison de la pratique de l’écriture inclusive, qui va mettre fin à l’insoutenable binaire et dualité archaïque de l’être, écartelé dans son esprit et son corps.
Moi qui, depuis 40 ans, suis à la recherche de mon unité, j’ai enfin trouvé ma voie dans l’apprentissage de l’écriture inclusive. Hélas, je ne comprends pas la déclaration du 26 octobre 2017 des têtes chenues de l’Académie française ! Néanmoins, je soumets cette déclaration à votre approbation ou à votre rejet, et je me remets au travail pour apprendre à lire et à écrire, à 80 ans le temps presse !
Jean-François Guerry
[1] Goethe, Entretiens avec Eckermann.
DÉCLARATION de l’ACADÉMIE FRANÇAISE
sur l'ÉCRITURE dite « INCLUSIVE »
adoptée à l’unanimité de ses membres
dans la séance du jeudi 26 octobre 2017
Prenant acte de la diffusion d’une « écriture inclusive » qui prétend s’imposer comme norme, l’Académie française élève à l’unanimité une solennelle mise en garde. La multiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité. On voit mal quel est l’objectif poursuivi et comment il pourrait surmonter les obstacles pratiques d’écriture, de lecture – visuelle ou à voix haute – et de prononciation. Cela alourdirait la tâche des pédagogues. Cela compliquerait plus encore celle des lecteurs.
Plus que toute autre institution, l’Académie française est sensible aux évolutions et aux innovations de la langue, puisqu’elle a pour mission de les codifier. En cette occasion, c’est moins en gardienne de la norme qu’en garante de l’avenir qu’elle lance un cri d’alarme : devant cette aberration « inclusive », la langue française se trouve désormais en péril mortel, ce dont notre nation est dès aujourd’hui comptable devant les générations futures.
Il est déjà difficile d’acquérir une langue, qu’en sera-t-il si l’usage y ajoute des formes secondes et altérées ? Comment les générations à venir pourront-elles grandir en intimité avec notre patrimoine écrit ? Quant aux promesses de la francophonie, elles seront anéanties si la langue française s’empêche elle-même par ce redoublement de complexité, au bénéfice d’autres langues qui en tireront profit pour prévaloir sur la planète.
Dans un arrêt du 31 décembre, le Conseil d’État a rejeté le pourvoi de l’association Francophonie Avenir, qui s’oppose à l’écriture inclusive par la Ville de Paris. Que faut-il en déduire ? La plus haute juridiction administrative entérine l’idée selon laquelle des graphies comme « conseiller·e·s » ou « président·e·s » relèveraient désormais de la langue française et ne constituent ni une prise de position idéologique, ni une entorse au principe de neutralité du service public. Elle considère ainsi que l’emploi de formes abrégées visant à faire apparaître le féminin d’un titre n’est pas, en soi, assimilable à un message politique. Le raisonnement repose sur une interprétation extensive de ce qui peut être considéré comme un usage admissible du français dans l’espace public.
Cette position tranche avec d’autres décisions récentes, notamment celle du tribunal administratif de Grenoble en mai 2023, qui avait annulé des statuts universitaires au nom de la « clarté et intelligibilité » de la norme en matière d’actes administratifs. Elle contraste aussi avec la position constante de l’Académie française, mais aussi avec une circulaire de novembre 2017 proscrivant l’écriture inclusive dans les actes officiels. De la même manière, en octobre 2023, nos sénateurs ont adopté, en première lecture, une proposition de loi visant à protéger la langue française des dérives de l’écriture inclusive, qu’ils considèrent comme un frein à la lecture et à la compréhension de l’écrit. En donnant raison à la Ville de Paris, le Conseil d’État ouvre une brèche : ce qui relevait jusqu’ici de choix militants ou de pratiques internes devient juridiquement valide dans l’espace public, y compris sur des plaques commémoratives.
Il existe pourtant de nombreux arguments contre l’écriture inclusive porteuse, par nature, d’un projet militant puisque l’objectif est bien de changer les représentations sociales : manque de lisibilité pour les personnes sans handicap, illisibilité pour les personnes dyslexiques, incompatibilité avec la littérature, difficulté de lecture à voix haute, opposition binaire des genres dans la forme (contrairement au masculin neutre qui se veut justement plus « inclusif »), effets inexistants sur l’égalité entre les hommes et les femmes…