LE BIENFAIT DE L’INCERTITUDE
« La Connaissance progresse en intégrant en elle l’incertitude, non en l’exorcisant ».
Edgar Morin.
Si j’avais conscience de tout savoir, si je répétais à l’envi : « je sais, je sais… » Si je voyais resplendir en moi la révélation de cette petite lumière souvent invoquée, je n’aurais pas frappé à la porte du Temple, et ne serait pas encore présent en loge.
Quelques années plus tard, j’entends régulièrement cette demande : « les ouvriers sont-ils contents et satisfaits ? ». La réponse ne lève qu’une partie du voile : « Ils le paraissent … ». La certitude n’est toujours pas au rendez-vous, et c’est tant mieux.
Une première victoire encourageante est pourtant là. Je peux dire avec certitude, comme Socrate dans l’Agora : « Ce que je sais, c’est que je ne sais rien ». Même ceux qui voient leur persévérance et leur fidélité récompensées sous le laurier et l’olivier savent qu’ils ne voient imparfaitement. Ils ont pourtant une clé entre les mains, mais ils n’ont pas encore pénétré dans le sanctuaire. Ils sont toujours en recherche de perfectionnement, de la Parole, de la Grande Lumière qui ne commence qu’à paraitre.
On n’a pas bâti les cathédrales en jour, ni même en plusieurs, il a fallu des siècles ! Qu’est-ce donc que la vie humaine au regard de l’infini ? Une simple parenthèse, que nous nous efforçons, de rendre la plus belle possible. C’est déposer une simple pierre, humblement taillée et polie, dans l’immense monument de l’humanité.
Il y a toujours un doute : ai-je contribué à quelque chose de plus grand que moi ? Après notre taille, notre sculpture : « Quand la poussière retombe, l’œuvre est là, dans une personnalité d’échos qui nous renvoient au plus profond de nos interrogations. Mais quand même, ce qui nous sauve c’est : la myriade des petits éclats de lumière, qu’un ultime polissage délivre, chante alors cette douceur que la pulpe des doigts entend… ».[1]
Cette douceur et cette force à la fois, lève une partie de nos incertitudes et élève notre conscience au moment où je saisi les mains de mes frères dans la chaîne d’union. Là, la pulpe des doigts est vivante. Cette union harmonieuse est d’une telle spiritualité solaire, d’un tel humanisme, qu’à cet instant, je sens avec certitude l’espace d’un instant, le ciel qui descend sur terre et la terre qui monte au ciel. Ce n’est pas un mysticisme solitaire, mais la certitude d’une communion fraternelle.
L’incertitude vient construire une forteresse de lumière me protégeant des certitudes trop faciles. On n’allume la lumière que pour sortir de l’ombre. On ne sort des ombres de nos certitudes que grâce l’assistance et l’aide de nos frères. Quand nous demandons la Lumière de la Connaissance nous avons besoin des lumières du passé de nos frères anciens. « Frère expert et Frère Maître des Cérémonies veuillez nous assister… »
J’en viens à souhaiter d’être longtemps encore dans une féconde incertitude, pour approcher un jour peut-être la Connaissance, et voir enfin cette petite lumière si vantée, si convoitée.
Jean-François Guerry.
[1] Ferreira (Inès). Sculptrice portugaise de la Vallée des Saints à Carnoët en Bretagne.
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