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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par LOGE KLEIO- Jacques Viallebesset- Jean-Pierre Rousseau
PHILIPPE ÉGALITE
Un travail historique de la Loge Kleio.

 

Bonne lecture.

Philippe Égalité

Philippe Égalité

Louis Philipe Joseph d’Orléans, prince de sang, est plus connu sous le nom de Philippe Egalité, nom qu’il choisit durant la révolution. 

Ayant voté en 1793, la mort de son cousin Louis XVI, devenu alors régicide pour la postérité, il fut honni par ses pairs de l’aristocratie qui l’affublèrent de tous les défauts. Incompris voire rejeté, l’histoire ne le considéra jamais comme un héros de la révolution, défenseur d’égalité et de fraternité. 

Grand maître de la franc-maçonnerie française de 1771 à 1793, il ne fut même pas soutenu par notre communauté qui ne le reconnut jamais comme un homme de bonnes mœurs tourné vers la lumière. 

Finalement emporté par la tourmente de la Terreur, il fut exécuté le 06 avril 1793.

Deux cent vingt ans après sa mort, malgré les nombreux livres écrits sur lui, cet homme reste une énigme et quand des auteurs se prononcent sur sa personnalité, la plupart du temps, leurs conclusions viennent étayer des partis pris dont la majorité reste à charge.

Pour moi, cette condamnation est trop systématique. Sachant comment l’histoire sait être réécrite souvent au profit d’un homme ou d’un parti,  ou pire encore, de cette  hérésie appelée aujourd'hui le politiquement correct, je vais essayer durant ces quelques minutes de vous présenter la vie de ce personnage historique qui pourrait s’avérer beaucoup  moins caricatural que celui qu’on veut bien nous présenter.

Qui est Louis Philippe Joseph d’Orléans ?

Il est né le 13 avril 1747 dans la branche des Orléans, c'est-à-dire les descendants directs de Monsieur, frère de Louis XIV. A la mort du roi soleil, son fils appelé Louis le Juste et son petit fils Louis, duc de Bourgogne étant déjà décédés et son arrière petit fils, le futur Louis XV n’ayant que 4 ans, c’est le fils de Monsieur soit l’arrière grand père de Louis Philippe Joseph qui devient régent de France.

 

Pour la petite histoire, rappelons que dans son testament, Louis XIV n’avait pas désigné comme successeur son neveu, le Duc d’Orléans, mais il avait choisi le Duc du Maine, son fils légitimé qu’il avait eu avec madame de Montespan.

Si son neveu et également gendre du roi, puisque le Duc d’Orléans avait épousé sa fille également légitimée qu’il avait eu avec Madame de Montespan a réussi à s’installer à la tête du royaume, c’est grâce aux nombreuses et différentes alliances qu’il a su ourdir en nombre. Certes ces complots permettront aux Orléans de diriger le royaume mais in fine, ils diminueront de façon significative le pouvoir de la noblesse et participeront ainsi à la grande marche de la société vers la révolution.

 

Durant cette période troublée de la régence, nous verrons également fondre définitivement la richesse du royaume avec la faillite de la Banque Law, première émettrice en France d’actions et de monnaie papier.

 

Certes, Louis Philippe Joseph n’a pas connu la régence mais il est certain que cette gouvernance fondée sur les compromissions, les alliances contre-nature et la spéculation accompagnées d’une recherche de plaisir et de bien-être a fortement marqué la famille d’Orléans et l’éducation des descendants du Régent.

 

A la mort de son grand père Louis Philippe Joseph a 5 ans. Fait Duc de Chartres, il est par lignée le représentant direct des familles Chartres,Valois et Orléans. En 1769, il se marie avec la fille du Duc de Penthièvre, unique héritière de la fortune de tous les biens des bâtards de Louis XIV. Par la dot de sa femme, il devient avec son cousin le roi Louis XVI l’homme le plus riche de France.

 

Si son épouse très catholique est ancrée dans la tradition, Louis Philippe Joseph affectionne les plaisirs de la table et de la chair auxquels il ajoute la passion du jeu.

 

Six enfants naîtront de cette union, mais le couple bat rapidement de l’aile et le duc de Chartres entretiendra des liaisons notables dont naitront deux autres enfants illégitimes.

 

Nous pouvons noter qu’avant ce mariage, pour rapprocher les familles Saxe et Orléans, on avait voulu marier le duc de Chartres avec la fille d’Auguste III, roi de Pologne. Louis XV s’opposa à cette union prétextant que le Duc de Chartres n’étant pas fils de France, le mariage n’était pas possible.

Il est probable que cette interdiction ait continué à alimenter les griefs de la famille d’Orléans à l’encontre de la branche royale des Bourbons.

 

 

Revenons à la période de sa jeunesse : Louis Philippe Joseph se signala par une opposition systématique à la politique de la cour. Déjà, sous Louis XV, il avait critiqué la réforme Maupéou, du nom de ce chancelier qui avait dissous l’ancien parlement, refuge d’incompétences et bastion des privilèges de la grande noblesse.

 

En 1771, alors que tout aurait dû inciter le duc de Chartres à siéger dans le Nouveau Parlement, beaucoup plus ouvert aux réformes et aux nouvelles idées que l’ancien, il s’y refusa systématiquement entrainant le courroux de son roi.

 

C’est cette même année 1771, qu’il se fit élire Grand Maître de la F.M…- française rassemblée à l’époque en une seule obédience, le Grande Loge de France.

 

Bref rappel historique : Créée aux alentours de 1736 à l’initiative du Chevalier de Ramsay, la Grande loge de France se développera sous l’impulsion de nobles éclairés comme  le Duc d’Antin et le Comte de Clermont. Ce dernier, Louis de Bourdon Condé était prince de sang et avait été élu par une assemblée de seize maîtres.

 

C’est à la mort de ce dernier que le Duc de Chartres fut également élu Grand maître de toutes les loges régulières de France.

 

Deux ans plus tard, afin de mettre fin à des dissensions internes (déjà), une nouvelle obédience fortement centralisée, vraiment nationale fut créée  prenant comme nom le Grand Orient de France.

Au cours de sa première assemblée générale, le Duc de Chartres y fut à nouveau désignée comme Grand maître.

Une loge dissidente, plus parisienne se créa mais en 1789, toutes deux affaiblies par le Révolution fusionnèrent.

 

 

Quelle est l’importance de la F.M…dans la Révolution Française

Il est certain que si nous pouvons affirmer que nombre de F… ont activement préparé la Révolution, il est tous aussi certain d’affirmer que la quantité restreinte de frères dans la société et l’appartenance de nombre d’entre eux à la noblesse relativise son action. Du fait de cette partenance sociales des F..., la plupart des loges vire dès 1789 leurs effectifs fondrent car beaucoup d’entre eux furent obligés d’émigrer ou plus tragiquement finirent sur l’échafaud avec souvent comme conséquence la dissolution de leurs loges.

 

Aussi, pour ne pas alimenter les rumeurs les plus obscures qui accréditent la théorie du complot maçonnique, nous devons reconnaître que, contrairement à la guerre d’indépendance des Etats Unis, l’importance la  F. M… sous la révolution peut être relativisée. En revanche, force est de constater que la proportion des F.M… au sein des groupes ou assemblées qui œuvrèrent activement à la construction de la révolution française est réelle, surtout en son début et un grand nombre de textes législatifs, décrets ou autres écrits est exclusivement le fruit du travail de nos anciens. 

Je ne m’étendrai pas sur ce sujet qui pourrait être retenu pour un travail ultérieur.

 

 

Revenons à notre Duc de Chartres, sa nomination et son contact permanent avec des F…véhiculant les idées nouvelles enracineront en lui ce sentiment d’indépendance vis-à-vis de la royauté de droit divin et des pouvoirs de l’église. Au sein de l’obédience, le Duc s’entoura de nombreux F…. ouverts aux idées nouvelles. Citons  les plus improtants :Mirabeau, Desmoulins et Choderlos de Laclos. Choisi comme secrétaire par le duc, ce dernier fut extrêmement actif dans la création du courant appelé la Faction d’Orléans recherchant la destitution des Bourbons au profit de ceux d’Orléans. S’il fut moins dévoué à la cause des Orléans, un autre F…, également secrétaire du Duc d’Orléans, aura un des plus grands rôles dans cette révolution naissante : Jacques Pierre Brissot. Il finira comme son maitre sur l’échafaud.

 

Durant ces années de réfléxion voire de complot, Louis Philippe Joseph refusa de façon systématique à participer à la conduite des affaires du royaume entraînant à force le courroux du vieux roi Louis XV qui le condamna à l’exil dans ses terres.

 

Ce fait est intéressant car il pointe sur le personnage sa première grande ambigüité. Certes, il fut exilé pour avoir critiqué des décisions royales mais l'édit royal contre lequel il se battit de la façon la plus virulente fut la création du nouveau parlement porteur d’espoir et de justice!

 

 

A l’avènement de Louis XVI, il retrouva sa place à la cour et comme Duc de Chartres, il sollicita la survivance de la charge de grand amiral de France qu’exerçait son beau-père, le Duc de Penthièvre. Il ne l’obtint pas, mais se consola avec la charge de lieutenant-général des armées navales.

 

De cette nomination résultera un fait historique qui aura une importance majeure pour le Duc de Chartres : la bataille navale d’Ouessant.

Le 27 juillet 1778, au large de Brest,  le Duc de Chartres commandait l’« escadre bleue », soit un tiers de la flotte du Ponant, trente-trois vaisseaux de ligne mobilisés pour la première grande bataille navale de la guerre contre l’Angleterre.

 

Pour cette bataille, l’Angleterre avait engagé une grande partie de sa flotte pour détruire les navires de guerre français qui permettaient d’acheminer des hommes et des marchandises aux Etats unis en soutien à la guerre d’indépendance. Malheureusement, cette bataille navale ne vit pas la défaite franche des anglais. La flotte britannique réussit à échapper à une plus importante destruction sans doute à cause de la lenteur de la réaction de l'escadre bleue. D’après les rumeurs de l’époque, c'est le Duc de Chartres, son commandant, qui n’aurait pas réussi pas à faire exécuter à temps un ordre qui aurait permis de couper la retraite de la flotte anglaise et ainsi de la détruire.

Alors qu’il s’agit d’un acte de guerre qui a fait l’objet d’enquêtes dès le lendemain de son déroulement, le duc de Chartres échappe une nouvelle fois à tout jugement rationnel et factuel à son encontre. Tous les écrits sur cette bataille seront comme tous ceux qui sont liés à Philippe Egalité; ils seront sujets à caution se résumant à une prise de parti pour ou contre l’homme plutôt qu'à une instruction objective d'un fait historique parmi tant d'autres.

Admettons le, cet homme focalise tellement les passions, qu'il est toujours pris en tenaille entre ceux qui le chargent et ceux qui le défendent. De part et d’autres d’un camp, chacun y va de sa fausse ou contre information alimentant à jamais la rumeur, les inexactitudes historiques qui rendront illisibles à jamais la réalité du Duc de Chartres.

Certes, il était tentant et facile de mettre en cause un prince du sang, son ascension rapide et ses visées sur la charge d'amiral de France ou son immense richesse pouvaient susciter une certaine animosité à son encontre mais au point de le faire passer pour le dernier des lâches ayant fui devant la mitraille, cela reste sujet à caution!

A l’opposé, nous trouvons une autre version du Duc de Chartes qui, par sa perspicacité a tenté à sa propre initiative d’enfoncer la ligne anglaise et aurait contribué à la victoire.

Alors!

Cette dernière version sera reprise par ses défenseurs et par le peuple de Paris qui lui fera une réception triomphale à son retour de Bretagne.

Cette manifestation de popularité indisposa grandement son cousin le roi Louis XVI qui, prêtant vraisemblablement une oreille attentive aux allégations circulant alors à la Cour le « libéra » aussitôt des ses fonctions et le nomma, en « récompense », colonel-général des hussards. Il est à noter qu’à l’époque, contrairement aux dragons ou aux soldats de ligne, cette arme « légère» était méprisée par les nobles. Dès lors, ces derniers raillèrent immédiatement le « Courage du Duc de Chartres, aussi léger que ses troupes »

Louis Philippe Joseph vécut très mal cette disgrâce.  Furieux contre cette  décision qu’il considérait comme profondément injuste, pour laver cet affront, il demanda en 1780 de faire partie du corps expéditionnaire de Rochambeau qui partait pour les Amériques. L’interdiction du Roi contribua à nourrir un peu plus l’agressivité du duc de Chartres. Si nous prenons en compte, à la même époque la jalousie de Louis XVI vis-à-vis de son cousin du fait de la présence assidue de ce dernier à la cour de Marie Antoinette, nous pouvons constater que la rupture entre les deux hommes devint à cet époque définitive

 

C’est dans ces années que le Duc de Chartres investit le Palais Royal, résidence de son arrière grand père le régent. Il en avait hérité mais son immense fortune, sa vie dispendieuse, sa passion du jeu, ses affaires hasardeuses avaient fait de lui un des hommes les plus endettés du royaume.

Pour  retrouver des moyens financiers nécessaires à son train de vie, il se lança durant ces années 1780 dans ce que nous pourrions appeller aujourd’hui une gigantesque opération immobilière: la plus grande du royaume. Avant l’heure, il construisit en VEFA soit des opérations de construction avec ventes ou locations en futur achèvement comme actuellement la majorité de nos grandes surfaces.

Il commençe par faire bâtir des boutiques pour les louer tout autour de sa résidence du Palais-Royal. sur le jardin, il fait aligner 180 arcades séparées par des pilastres (encore des colonnes) éclairées par 188 réverbères suspendus sous le cintre des arcades. Chaque maison comprend un rez-de-chaussée et un entresol donnant en retrait sur la galerie, un étage noble et un second plus réduit. Le troisième étage et les combles destinés aux domestiques sont à demi cachés par une balustrade supportant des vases. Il fait construire une nouvelle salle d’opéra et nomme les rues alentours du nom de ses fils (Montpensier, Beaujolais et Valois).

Au centre du jardin, il implante un cirque entouré de 72 colonnes corinthiennes abritant en sous sol, une galerie commerciale de 40 boutiques.

 Hormis le cirque, le Palais Royal dont nous profitons aujourd'hui est celui que nous a laissé le duc d’Orléans.

 

Le duc de Chartres avait transformé Paris. Le Palais-Royal devenait le centre du commerce et des plaisirs de la capitale avec plus de 180 boutiques qui attiraient une foule considérable.

Dans un premier temps, cette formidable spéculation, l’enrichit beaucoup mais cette activité de promoteur immobilier, bref de marchand lui retira totalement l’estime de la Cour. De plus, à partir de 1784, le Palais-Royal devenant le lieu de distraction recherché, il draina toutes les populations attirant de plus en plus une faune très populaire et plus particulièrement de nombreuses prostituées. Si le lieu était mal famé, il était surtout le foyer politique de la future révolution, où se regroupaient autour du nouveau Duc d’Orléans (par la mort de son père en 1785) de nombreux  voire les plus actifs opposants au régime.

Désormais Louis Philippe Joseph est à la cime de sa puissance avec une influence énorme au sein de ce royaume de France qui tangue de toute part. 

En 1787, lors de l’Assemblée des Notables, il bascule définitivement et prend nettement parti contre le pouvoir royal.  Le 19 novembre 1787  passe à l’offensive « ouverte » lors de la  première fronde parlementaire.

Il est indéniable que ce jour là, avec force d'arguments, le duc d’Orléans a «frappé les trois coups» de la Révolution. Devant le refus du roi de d'accepter de lever de nouveaux emprunts qu’à la condition de convoquer avant les Etats généraux, Orléans se leva et interpella son cousin, lui demandant si la séance était une séance royale ou un lit de justice.

Personne ne pouvait, en principe, s’adresser au Roi en séance publique et personne n’avait osé le faire depuis la Fronde … A la réponse du Roi, qu’il s’agissait d’une séance royale, il répliqua qu’elle était illégale. Talleyrand, écrira dans ses Mémoires : « Il faut se reporter aux idées qui dominaient alors en France, aux principes d’autorité qui y étaient en vigueur, pour saisir l’effet que dut produire le premier exemple d’un prince du sang faisant une protestation au sein d’un parlement, et attaquant comme nuls, en présence du Roi lui-même, les ordres qu’il venait de donner. L’histoire entière de la monarchie n’offrait rien de semblable : on avait vu des princes du sang résister, les armes à la main, à la puissance du Roi, on n’en avait point vu essayer de poser des bornes constitutionnelles à son autorité. »

A la suite de cet exploit, Orléans fut exilé dans son domaine de Villers-Cotteret, qui durera jusqu’au rappel de Necker. Son retour à Paris fut de nouveau triomphal. Pendant les élections aux Etats Généraux, il fit répandre dans ses terres une Instruction donnée à ses représentants aux bailliages, qui préconisait le doublement du Tiers et le vote par tête.

Attribué à Sieyès (également F.M...) ou, ce qui est plus vraisemblable, à Laclos sinon à Brissot, nous mesurons l’importance de l’obédience dans le travail de fond sur les idées qui a accompagné le duc et donc par conséquent  les prémisses de la révolution française.

 

Elu député de la noblesse par le bailliage de Crépy, le Duc Orléans prit la tête, le 25 juin, des 47 députés de la noblesse qui se joignirent au Tiers. Elu le 3 juillet président de la jeune Assemblée Nationale, il se récusa  mais encouragea probablement Camille Desmoulins a passer à l’action avec son fameux discours du palais royal intitulé «  Aux armes ». On venait d’appendre le renvoi de Necker, les parisiens furent appelés à l’insurrection, cela se passait le 12 juillet 1789.

A compter de cette période, le Duc n'est plus tout à fait maître de son destin. Très connu et aimé dans les milieux populaires, mais détesté par la Cour et mis naturellement à l’écart par la petite noblesse et la bourgeoisie, il n’arrive pas à fédérer autour de lui les forces nécessaires à son maintien aux affaires. La Fayette, intrigant par essence, obtint qu’il s’éloignât pour qu'il accomplisse une prétendue « mission en Angleterre».

Durant cette période, le Duc d’Orléans va nouer des liens avec la couronne d’Angleterre qui seront bénéfiques ensuite à son fils Louis Philippe, roi des Français. Cela lui permet surtout de sauver une grande partie de sa fortune la mettant de l’autre coté de la Manche  à l’abri de ses créanciers français. Grand promoteur, il avait également compris avant l'heure l’importance des paradis fiscaux.

Sous prétexte d’assister à la fête de la Fédération, il rejoint la France en juillet 1790; il mesure alors la distance parcourue par la Révolution. Devant ce constat, il tente désespérément d’y retrouver une place prépondérante.

 

Après Varennes, voulant se saisir de cette occasion, il radicalise sa position et se sépare des Feuillants en se rapprochant des Jacobins. Elu à la Convention par Paris, en dernier de la liste, il siége sur la Montagne. Le 10 août,  il vote la chute de la royauté. Proche de  Danton, il soutient alors ouvertement le parti de la Commune Insurrectionnelle. Le 15 septembre 1792, il demanda à cette assemblée (et non à la Législative comme il aurait été régulier de le faire) de lui donner un nouveau nom de famille : Philippe Egalité.

« un nom de famille pour se faire reconnaître ainsi que ses enfants » dira-t-il.

Le palais royal est également débaptisé en Palais Egalité.

 

Et arriva ce jour fatitique du 26 décembre 1792: le procès de son cousin.

Il vote la mort et contre le sursis, scandalisant un grand nombre de députés. Par ce geste, il devient un « renégat », traitre à sa condition. A cet instant, il s’annihile même la confiance de Robespierre qui le met immédiatement sous surveillance.

« Il était le seul membre de l’Assemblée qui pût se récuser » Cette terrible phrase de Robespierre résume à jamais l'ambivalence de cet homme et  l’image que l’histoire retiendra de Philippe Egalité.

Ce geste fatidique, à l'instar des héros de la tragédie grecque, scelle définitivement son destin, l'irrémédiable est accompli.

 

Début 1793, devant la montée en puissance de la terreur qui attaque ouvertement les membres des obédiences M… et pour couper toutes spéculations entretenues sur ses intentions , il fait publier le 22 février la lettre suivante dans le Journal de Paris :

 « Dans un temps où personne, assurément, ne prévoyait notre Révolution, je m'étais attaché à la F. M… qui offrait une image d'égalité, comme je m'étais attaché au parlement qui offrait une image de la liberté. J'ai, depuis, quitté ce fantôme pour la réalité. Au mois de décembre dernier, le secrétaire du Grand Orient s'étant adressé à la personne qui remplissait auprès de moi les fonctions de secrétaire du Grand Maître, pour me faire parvenir une demande relative aux travaux de cette société, je répondis à celui-ci, sous la date du 5 janvier : «Comme je ne connais pas la manière dont le Grand Orient est composé, et que, d'ailleurs, je pense qu'il ne doit y avoir aucun mystère ni aucune assemblée secrète dans une République, surtout au commencement de son établissement, je ne veux me mêler en rien du Grand-Orient ni des assemblées de F.M…» ».  Après  cette déclaration tomba  immédiatement la sanction de dégradation maçonnique du citoyen Égalité en le faisant démissionnaire, et le dépouillant de fait de son titre de Grand maître.

En mars 93 il vote la création du Tribunal Révolutionnaire mais la trahison de Dumouriez le met dans une position difficile.

Le 6 avril, son fils, Philippe de Chartres, futur Louis Philippe, héros de la Bataille de Valmy passe à l’étranger avec Demouriez,

Les dès sont jetés. Suspect il est emprisonné, et transféré à Marseille, au Fort Notre-Dame-de-la-Garde. Le tribunal criminel des Bouches-du-Rhône l’acquitte en mai, mais à Paris la terreur est à son paroxysme. Philippe Egalité est porté sur la liste des suspects Girondins qui sont déférés aux Tribunal Révolutionnaire. Décision absurde car Philippe Egalité était un ennemi des Girondins, et n’avait jamais rien eu à voir avec eux mais significatif du symbole qu’il revet pour les montagnards à cette époque.

Lors de son procès bâclé, on oublia tout, rien ne fut versé à son crédit. Ramené à Paris en octobre, le Tribunal révolutionnaire devant ce tribunal qu'il avait créé où siègeait ses pairs le condamna à mort. Il fut exécuté le 6 novembre 1793.

Quel destin! Quelle Vie!

Amour des richesses, soif des plaisirs, recherche de puissance?

Lâche, cupide, pervers, ambitieux, éclairé, courageux, précurseur, homme des lumières, tout a été dit sur cet homme mais qui est-il vraiment?

Que laisse-t-il? Un fils, roi des français avisé, un des plus beaux monuments du monde mais est ce tout? Quelle est sa vrai responsabilité dans l’un des événements les plus importants de l’histoire de l’Humanité?

Quel homme est-il vraiment?

A la lecture des faits marquants de sa vie que j’ai essayé de vous résumer, je vous propose que nous tentions, lors de nos échanges, de le découvrir ensemble .

J’ai dit V.M…

Dominique F

Jacques Viallebesset

Jacques Viallebesset

La tribu nomade

A Minuit ils se mettent en marche et lèvent le camp

Pour retrouver la lumière dans le soleil levant

Pour tout bagage ils n’ont que de simples outils

Pas plus de trois principes et quelques utopies

 

L’architecte se dresse vertical entre ciel et terre

Du niveau à la perpendiculaire d’aplomb et d’équerre

Le compagnon cherche ailleurs l’étoile en son cœur caché

L’ouvrier balbutiant construit marche à marche son escalier

 

Midi plein les voit tous rassemblés sous le soleil

Artisans et chevaliers si différents et tous pareils

Ils essaient d’appréhender ensemble le sens de leur vie

Et à comprendre, humaine condition, ce qui les unit

 

Ils bâtissent alors dans le vent des temples éphémères

Dont ils posent à chaque fois la pierre angulaire

Se transmutant ils coagulent le sel le soufre et le mercure

Pour que la joie demeure dans le creuset des cœurs purs

 

A minuit la tribu se disperse sur la surface de la terre

Chacun offrant à qui veut un brandon du feu élémentaire

Ils et elles pérégrinent en doutant sous la voûte étoilée

Prononçant d’étranges mots secrets Eros Philia Agapè.  

Jacques VIALLEBESSET.

PHILIPPE ÉGALITE
PHILIPPE ÉGALITE

 

  •       Sur ma bavette bleue l’œil

       

       

 

L’œil placé sur ma bavette bleue, bordée de noir, forme,

Pour celui que je ceins qui me regarde curieux,

Le porteur de l’œil divin, Delta Lumineux.

Œil attentif et réceptif il est hors norme.

 

Il symbolise en premier sur le plan physique,

Le soleil visible d’où émane vie et lumière.

En second sur autre plan intermédiaire,

Le principe créateur, le secret alchimique.

                

 

 Au plan spirituel, le Divin enfoui en nous,

Grand Architecte De L'Univers peu ou prou.

Qu’il est dépositaire du principe d’élévation,

Qu’il possède en lui le pouvoir de l'action.

                   

Par le blanc bordé de noir encore je rappelle,

A celui que je ceins, que sa méditation

Doit s'enrichir, dans l'écoute et l'observation,

Guidée par la réitération des rituels.

 

Par le blanc bordé de noir avec bavette bleue

Je lui propose aussi de sortir de lui-même

De se libérer des métaux que trop il aime

Et élever son âme vers le haut en tout lieu.

       

Par ma bavette bleue ornée de l’œil ouvert

Je suis hors et aussi dans celui qui me porte,

Je suis la balustrade entre lui et le Divin,

Le Lévite à proximité du Saint des Saints.

 

Par l’œil d’Horus, honorable gardien des secrets !

Je suis l’image de vie, éternelle splendeur,

Par le passage, ouvert vers la resplendeur,

De celui qui me porte s'il s’en révèle digne.

 

Par observation attentive de son tablier !

Le maître secret se doit de ne jamais oublier

Qu'il aspire, par sereine intériorisation,

A l'accès de la lumière via méditation.

 

Le quatrième degré est propre illumination,

Résurgence de savoir enfoui en gestation

De l’approche du divin la vive perception

VITRIOL message du cabinet de réflexion

 

 

 

« L’éclat du jour a chassé les ténèbres et la grande lumière commence à paraître »

 

Jean-Pierre Rousseau.

Ces poèmes sont publiés avec l'aimable autorisation des Auteurs.
PHILIPPE ÉGALITE

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Publié le par Jean-François Guerry
Quelques erreurs d'écriture ! Corrigées en rouge
LE PROCÉS DE SPINOZA de Jacques Schecroun
" Ne nous appartient-il pas d'inclure au lieu d'exclure ?
De voir en l'autre une possible richesse et , avant cela, de regarder au plus profond de nous ce qui nous dérange en lui ? "

LE PROCÉS DE SPINOZA de Jacques Schecroun.

 

 

 

Jacques Schecroun, a déjà publié en Espagne en 2007, puis aux États-Unis en 2015 dans la langue vernaculaire de chacun de ces pays, il a publié en France pas moins de six livres, principalement chez Albin Michel.

Avec son Procès de Spinoza, dont il a fini la rédaction début février et dont je vous signalais la sortie en librairie le 1er Avril, je viens d’en finir la lecture intégrale, j’y ai pris beaucoup de plaisir.

 

Ce Procès de Spinoza est un roman, mais aussi une biographie du philosophe, son histoire personnelle, la naissance de sa philosophie originale, dans une époque où la liberté d’expression n’était pas de mise. Ce livre de Jacques Schecroun est original, il met en lumière un épisode peu connu de la vie de Spinoza, c’est un témoignage pour la liberté et la tolérance qui manque de plus en plus dans notre société.

 

Baruch Spinoza est né en 1632 dans le quartier juif d’Amsterdam. La famille de Miguel Spinoza son père a quitté la péninsule ibérique sous la pression de l’intégrisme catholique, initié par Isabelle la Catholique et son bras armé Torquemeda. La famille du petit Bento Spinoza a donc fait son exode quelques dizaines d’années plus tard, et se retrouve aussi exilé sur les bords de l’Amstel.

 

Dans cette famille de commerçant largement frappé par la mort, Bento Spinoza est une figure à part, son intelligence, son goût de la connaissance des textes anciens, le prédispose à être Rabbin, son destin sera autre. Très jeune on lui expliquera la différence entre les communautés, les religions, lui il voulait être de toutes les communautés de toutes les religions. Il aspirait à plus d’ouverture d’esprit, de liberté. Un peu trop libre selon ses parents, il a peu de jeunes amis, il aime mieux la compagnie des adultes, s’intéresse à leurs préoccupations, fidèle à sa synagogue, et studieux dans sa yeshiva. Le jeune Bento étouffe rapidement dans l’enseignement religieux et dogmatique, ainsi que dans l’entre-soi de sa communauté.

 

Il va découvrir que son Dieu, n’est peut-être pas celui qui punit et qui gouverne tout, impose tout. Il va entendre parler de lumière de la connaissance. Il se fait rapidement, trop sans doute, une autre idée de Dieu, pour lui Dieu est substance, le mot dans sa communauté en fait un parjure.

 

« La lumière est la connaissance claire et distincte de la vérité dans l’entendement de chaque homme, par laquelle il est tellement convaincu de l’existence et de la qualité des choses qu’il ne peut en douter. »

 

Après s’être confronté à lui-même, Bento Spinoza se confrontera à sa famille et sa communauté, il apparaîtra à leurs yeux comme un hérétique.

Initié à d’autres idées dans l’auberge Du Délice Couronné, Bento Spinoza élabore sa nouvelle philosophie. Il prend sa vie en main, en refusant les dogmes, en interprétant les légendes bibliques. Il veut agir sur sa vie, et dans la cité. Un programme maçonnique, c’est pourquoi encore aujourd’hui il fait référence dans les loges, où il est cité par les sœurs et les frères.

 

Il fut à son époque, un philosophe du courage, il ne céda pas aux pressions dogmatiques de sa communauté, il n’emprunta pas la voie tracée pour lui, par les autres. Il partit à la conquête de sa propre voie.

Cartésien par héritage et l’esprit ouvert, il fréquenta toutes les communautés, il n’était pas que de sa synagogue, il était aussi de l’église chrétienne, des clubs libéraux, jusqu’à fréquenter les libertins. Une telle liberté, ne pouvait être supportée par les juifs de sa synagogue, tous ses propos qu’ils ne comprenaient pas étaient taxés de blasphématoires, bientôt il fut traduit devant le tribunal religieux de sa synagogue. C’est son histoire et l’histoire de son procès que nous conte Jacques Schecroun.

 

En filigrane dans son œuvre l’on discerne les prémisses de la franc-maçonnerie spéculative, son œuvre majeure, testamentaire a été influencée par le panthéiste Giordano Bruno, convaincu que la nature est une et infinie. Baruch Spinoza trouva le bonheur, la joie, la liberté dans la recherche constante de la connaissance de la vérité.

Son Éthique, apparaît comme un testament philosophique, et le début d’une nouvelle vie. Cela n’est pas sans rappeler le testament philosophique que rédige le postulant aux mystères de la franc-maçonnerie, à la lueur d’une simple bougie, en regardant le coq tourné vers l’Orient qui va annoncer la sortie des ténèbres et le retour de la lumière, à la sortie du cabinet de réflexion.

 

Le Procès de Spinoza de Jacques Schecroun, au-delà du plaisir de sa lecture, éclaire le chercheur de la connaissance et de la vérité. C’est une belle introduction sur Spinoza, sur la naissance de sa philosophie, sur la lutte contre les dogmatismes de toutes sortes, contre l’intolérance et l’ignorance. Vous aurez envie d’aller plus loin, sur le chemin de la connaissance de ce philosophe, dont l’étude apparaît parfois comme complexe. Jacques Schecroun nous offre avec son ouvrage de le comprendre un peu mieux.

 

Jean-François Guerry.

 

À LIRE : LE PROCÈS DE SPINOZA de Jacques Schecroun. Éditions Albin Michel- sur 352 pages 21,90 €

ISBN : 978 2 226 457 11 0.

NOTE ÉDITEUR

Amsterdam, 1656. Dans la synagogue de la communauté hispano-portugaise transformée en tribunal, un très jeune homme est jugé pour hérésie et autres actes monstrueux. Il risque un bannissement à vie.
Comment celui en qui tous voyaient un futur rabbin en est-il arrivé là ? Quelles rencontres ont pu le détourner d'une voie toute tracée ? Quel cheminement a été le sien pour passer d'un Dieu qui punit à un Dieu qui, ayant tout et étant tout, ne demande rien ?

Dans ce roman passionnant, qui nous plonge au coeur des débats précurseurs du siècle des Lumières, Jacques Shecroun imagine les événements qui marquèrent un tournant majeur dans la vie de Spinoza. Le procès dont le philosophe fut l'objet souligne, aujourd'hui encore, la modernité de sa pensée, et l'actualité de la question de la liberté d'expression

Jacques Schecroun : est co-fondateur de l'École Européenne de Philosophie et de Psychothérapies appliquées. Investi dans la direction de la SFU-Paris branche française de la prestigieuse Sigmund Freud University de Vienne (Autriche), il est aussi le président fondateur du grand festival annuel " Une autre façon d'aimer". 

LE PROCÉS DE SPINOZA de Jacques Schecroun
LE PROCÉS DE SPINOZA de Jacques Schecroun
LE PROCÉS DE SPINOZA de Jacques Schecroun
LE PROCÉS DE SPINOZA de Jacques Schecroun

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Publié le par Jean-Pierre Rousseau
LE PELICAN de Jean-Pierre

L’ENVOL

 

Toutes les traditions ont un bestiaire symbolique, la genèse rapporte qu’après les éléments, la terre fût peuplée par les êtres vivants. Les hommes dès qu’ils eurent les deux pieds sur terre, dressèrent la tête vers le ciel, pour suivre du regard les oiseaux, admirer leur vol. Noé le premier architecte, celui qui construit le premier temple l’arche, après le déluge ouvrit la porte à la colombe. Le Roi Salomon avait son oiseau symbolique la huppe, c’est écrit dans le Cantique des Oiseaux le poème Soufi du perse Farîd od-dîn ‘Attâr après les questions des oiseaux, vient le chapitre des sept vallées qui commence ainsi :

   Un autre oiseau s’avança

             Un autre oiseau lui dit : « Toi qui sais le chemin

             Ô huppe ! Notre vue est encore obscurcie !

 

             Cette voie semble longue, pénible et dangereuse !

             Combien de parasangs faudra-t-il parcourir ?

 

             La huppe répondit : « Nous avons devant nous

            Sept vallées à franchir avant de voir le seuil…

 

           Au début, il y a la vallée du Désir

           Puis, la vallée sans rivage, la vallée de l’Amour

 

C’est dans cette vallée sans limites que se déploient les ailes du Pélican de l’amour, dans la vallée ou le Phénix se régénère sans cesse dans le feu du principe, sous le regard de l’Aigle bicéphale du Saint Empire, qui brille dans les ténèbres.

 

Quand j’étais enfant, je voulais mettre les oiseaux dans des cages, sans doute par égoïsme, quand j’ai pris mon envol, j’ai ouvert la cage par espièglerie, maintenant je ne lasse plus de regarder leur vol, leur liberté, leur capacité à faire naître d’un seul battement d’aile la beauté, cette beauté du cœur et de l’âme dans la joie.

Sans cesse ils montent et descendent dans l’azur, poussés par le souffle Divin. Leur vol fait vivre le ciel.

 

Jean-Pierre Rousseau contributeur habituel du Blog, nous invite à un vol avec le Pélican de l’amour.

 

Jean-Francois Guerry.

LE PELICAN de Jean-Pierre
                                  LE PÉLICAN

 

Je vous propose de recadrer le Comment de ce symbole, d'une part dans le cadre du monde antique, puis dans celui de la mise en place du monde chrétien  d'Occident,  et, enfin je ferai une brève évocation du point de vue alchimique. Ensuite j'aborderai le Pourquoi du Pélican à notre dix huitième degré et les enseignements que l'on peut en tirer.

 

L'allégorie du pélican, qui se déchire la poitrine afin de nourrir ses petits de son sang, omniprésente dans les Bestiaires médiévaux, connaît un succès continu dans l’iconographie chrétienne comme dans la maçonnerie écossaise.

 

La critique moderne et les spécialistes du texte biblique sont aujourd’hui d’accord pour dire que le pélican est absent de la Bible hébraïque  (Une seule citation dans la Vulgate latine, Ps101,7 « je suis semblable au pélican du désert, je suis comme le hibou des ruines ; »).

 

L’oiseau nommé  "qâat", que les premiers traducteurs avaient imprudemment identifié comme un pélican, désignait plus vraisemblablement un choucas ou un rapace (la hulotte du désert).

 

La traduction la plus vraisemblable aurait dû être « je ressemble à la hulotte du désert, je suis comme le hibou des ruines; » Ps102,7. Et le bon sens confirme qu’il serait difficile à un pélican exclusivement ichtyophage de se nourrir de poissons au désert !

 

Dans le seul ouvrage antique sur l’interprétation des hiéroglyphes, datant du 5ème siècle, attribué à un auteur alexandrin du nom d’Horapollon, le pélican personnifie l’homme insensé car il pond ses œufs au sol et commet des imprudences mettant la vie de ses poussins en péril. Nous sommes encore loin de l'oiseau charitable !

 

Par contre nous dit-il ! La femelle vautour oiseau montrait un tel dévouement pour sa couvée que : « lorsqu’elle manque de nourriture à donner à ses oisillons, elle s’ouvre la cuisse puis permet à ses enfants de prendre son sang, pour éviter qu’ils ne meurent de faim ».

 

Pour ce prodige, les Égyptiens couronnaient les déesses-mères et les reines d’une coiffure en forme de vautour. La légende des vautours uniquement femelles et leur dévouement maternel était connu de toute l’Antiquité gréco-romaine.

 

Dans le cadre de la nouvelle idéologie qui prospérait au grand jour, où le poisson représentait le Christ rédempteur, l’allégorie de l’oiseau carnivore ne fut plus comprise. L’image d’un charognard rappelait de trop près la volée d’oiseaux prédateurs qui montaient la garde autour du Golgotha.

Le monothéisme reportait sur une seule personne divine les attributs autrefois confiés à des déesses, et le vautour ne trouvait plus sa place au front des reines, il fut maudit.

 

Par la vertu d’escamotage, et le glissement des traductions, le vautour mangeur d’entrailles refroidies se vit remplacé par le pélican pourvoyeur de poissons… Et par la même occasion, de l’allégorie maternelle on passa à un emblème paternel incarné par le pélican.

 

Saint Augustin et Saint Jérôme sont probablement au départ de l’extraordinaire postérité de cette brève évocation, qui se trouva dorénavant associée, grâce aux Pères de l'Église, à l’idée du Fils de Dieu donnant sa propre chair aux fidèles.

 

Cette image du Pélican, qui arrache des morceaux de son propre cœur pour en nourrir ses enfants, est une grande image christique du Moyen-âge. Selon l’église catholique romaine, le pélican nourrit ses petits de son sang et de sa chair.

 

C’est le symbole de Jésus, le Christ qui vient racheter le péché originel de l’humanité par le sacrifice de sa chair et de son sang, symbole contenu dans le sacrement de l’Eucharistie.

 

Il entre très tôt dans la symbolique chrétienne puisque sa légende est déjà mentionnée par Eusèbe de Césarée (270-340 ), puis par Saint Augustin (354-430) et par Maxime le confesseur (580- 662).

 

Il est intéressant de souligner que Eusèbe de Césarée décrit cette histoire pendant le règne de Constantin et comme par hasard juste après le concile de Nicée (le premier en 325 qui marque un énorme revirement dans l'Église chrétienne Dieu [le Fils] est consubstantiel au Père).

 

Enfin Maxime le confesseur a une conception de l’homme plus conforme à la pensée paléochrétienne puisque selon lui « l'Esprit-Saint n'est absent d'aucun être ». Il se rapproche beaucoup du christianisme orthodoxe alors même qu’il a été condamné par l’église d’Orient.

 

Quatre siècles plus tard vers l'an mille les bonshommes cathares auraient fait naître une légende encore vivante dans le folklore du sud de la France. Je ne peux résister au plaisir de vous la conter :

 

« Il y a un oiseau, nommé le pélican, lumineux comme le soleil, et qui le suit dans sa course. Cet oiseau eut des petits, et lorsqu’il les laissait au nid pour aller accompagner le soleil, une bête venait qui les démembrait et leur coupait le bec. Quand le pélican revenait à ses petits et qu’il les trouvait ainsi démembrés et amputés, il les guérissait.

Comme cela arrivait fréquemment, le pélican imagina de dissimuler sa clarté et de se cacher parmi ses petits, et que quand la bête viendrait, il la prendrait et la tuerait, ce qui fut fait. Et c’est ainsi que furent délivrés les petits du pélican.

 

Et de la même manière Dieu avait fait les créatures et le dieu mauvais les détruisait, jusqu’à ce que le Christ dépose ou voile sa clarté quand il prit chair de la vierge Marie. Il prit alors le dieu mauvais et le plaça dans les ténèbres de l’enfer, et depuis ce jour il ne peut plus détruire les créatures du Dieu bon . »

 

Ce mythe est explicite : le Pélican représente la lumière solaire de la Gnose, la Force de Christ. Les enfants du Pélican, c’est l’humanité qui tente de se relier à cette force, mais est toujours à nouveau mutilée et tuée par la force du démiurge, le " dieu mauvais ". Mais par le sacrifice de Christ, les enfants du Pélican seront sauvés.

 

Les gnostiques avaient eux une tout autre interprétation du symbole du pélican. Ce dernier est assimilé au cygne, il est Lumière, il pond et couve l’œuf du monde. Il est possible que les premiers chrétiens aient eu un point de vue assez proche de cette symbolique.

 

Ainsi comme tout symbole, celui du pélican est à multiples facettes et chaque interprétation,si erronée qu’elle soit, détient sa part de vérité.

 

Si la nature même du pélican est sujette à caution, qu’en est-il de son image ?

 

En considérant la représentation par l’image de ce symbole, deux interprétations sont possibles :

 

Ou bien l’appellation « pélican » a été destinée à masquer, à maquiller, le cygne dont le symbolisme païen était beaucoup trop  « voyant »

 

Ou bien l’image du pélican a été jugée trop peu « photogénique » et les imagiers l’ont embellie en lui donnant l’aspect d’un cygne ou d’une oie. Cette dernière hypothèse n’est envisageable que dans l’interprétation du symbole selon l’église romaine.

 

La première hypothèse, par contre, serait tout aussi valable pour les cathares que pour les catholiques. Pour les deux communautés en effet, mieux valait raconter l’histoire d’une espèce d’oiseau fabuleux qu’on nommerait pélican plutôt que de raconter l’histoire du cygne au symbolisme païen beaucoup trop affirmé.

 

Si l’on examine la nature et la posture de l’oiseau qui trône dans les églises, le plus souvent il ne s’agit aucunement d’un pélican à « l’allure de cygne » mais d’un véritable cygne.  Ce ne peut pas être une coïncidence ! Par ailleurs, l'oiseau est souvent présenté déployant ses ailes et paraît ainsi protéger ses petits ; ses petits sont donc en danger ? Et les oisillons sont au nombre de trois, pourquoi trois ?

Quand on voit l’oiseau qui semble s’arracher le cœur de son bec et que quelques gouttes de sang perlent sur son plumage, le symbole est incontestablement catholique. Le pélican qui régurgite sa pêche pour nourrir ses petits symbolise bien le Christ Eucharistique.

 

Mais ce n’est pas toujours le cas. Faut-il alors voir autre chose ? Y aurait-il plusieurs niveaux de lecture ? Rappelons que les images, fresques et autres tableaux figurant dans les églises étaient destinés à la compréhension de ceux qui n’avaient pas accès à la lecture des textes sacrés !

 

Chez les Hermétistes, car il me paraît impropre de dissocier l'alchimie trop souvent réduite à des faiseurs de métaux, il y a un lien entre l'homme et le Divin, entre le ciel et la terre.

 

Ce lien dépasse le stade de simple médiation, il est aussi sympathie :

 

« Il est vrai et sans mensonge, que tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas  pour accomplir le miracle d'une seule chose.

 

De même que toutes choses tirent leur origine de la Chose Unique Seule, par la volonté et le verbe de l'Un, Seul et Unique qui l'a créée dans Son Esprit, de même toutes les choses doivent leur existence à cet Un par ordre de la Nature et peuvent être améliorées par l'Harmonie avec cet Esprit. » (Table d'émeraude).

 

Gnostiques, Chrétiens, Juifs, Musulmans, Druzes, Francs-Maçons, Rosicruciens… autant de religions, de peuples et de philosophies qui trouvèrent dans l'Hermétisme le désir d'Unité et d'Union de l'ensemble de l'humanité : l'alliance de l'homme à la nature, de la nature à Dieu, de Dieu à l'homme, de l'homme à l'homme.

 

Les alchimistes parlaient de l'Arès comme d'un principe de structuration des formes individuelles. Elle se manifeste comme le Sulfur, énergie masculine, proche du mercure. Paracelse parle d'un objet instable et émotif qui n'est que trop enclin à participer à la « turbulentia corporis ».

 

Pour les alchimistes il convenait d'isoler ce composant turbulent, le multidistiller dans le pélican.

 

Selon Jung il s'agit en termes psychologiques de prendre le temps d'accueillir les contenus qui surgissent de l'inconscient et de les observer. Ensuite il faut examiner l'effet d'une réapplication à l'inconscient de ces contenus devenus conscients.

 

L'émotion se retourne en quelque sorte sur elle même, ce que l'alchimie décrit dans l'image du Styx enroulé neuf fois sur lui même, ou celle du pélican en laboratoire, utilisé pour la multi-distillation  du même produit.

 

C'est la mise en œuvre  de la substantifique moelle.

 

Chez Paracelse l'Arès c'est l'énergie de mise en forme celle qui par la rencontre de l'Eau et du Feu, libérera la lumière enfermée dans la matière, c'est à dire l'intelligence du corps.

 

L'Arès est capacité de maintenir une relation chaleureuse entre deux parties opposées ou deux opinions contraires, ce qui est déroutant aux yeux de ceux qui croient détenir la vérité.

 

A l'intérieur du vase alchimique l'Arès ouvre un espace de création et maintient en contact  les antagonismes afin que l'esprit d'Hermès fasse évoluer la capacité de voir les événements avec une autre perspective.

 

Pour les adeptes un simple récipient contenant et le contenu lui même deviennent un seul et même tout avec pour objectif unique associer au travail opératif le spéculatif pour atteindre le grand œuvre en découvrant ce qui est caché à l'intérieur. Il faut également préciser que cela ne peut se faire sans l'amour inconditionnel au Créateur.

 

Au fil de l'exposé vous aurez remarqué qu'en fait nous n'avons parlé que d'Amour, celui des déesses mères pour le peuple, celui des pères nourriciers pour leurs enfants, celui du Christ rédempteur pour les chrétiens, celui des alchimistes pour le Grand Œuvre.

 

Nous avons également évoqué le fait que, comme, tout ce qui est en haut est en bas, l'Arès des alchimistes permet de concilier les oppositions afin que le lien reste vivant entre la créature et le Créateur.

 

L’appropriation du patrimoine symbolique commun put donner des résultats étonnants.

 

Charbonneau-Lassay a rencontré le problème dans son Bestiaire du Christ en abordant la symbolique du cœur  à partir du pélican. Après avoir passé en revue les bestiaires médiévaux il conclut à l’unité du sens eucharistique, l’oiseau héritant de surcroît des qualités du phénix antique.

 

Ce symbole du Pélican sera repris au 17ème siècle par la Rose-Croix, puis par la Franc-Maçonnerie.

 

Beaucoup de  de loges ont adopté dans leur sceau ou leur blason, au XVIIIe siècle et tout au long du suivant, une image du cœur enflammé comme signe distinctif.

 

Le tendre accueil d’Angers montrait un cœur enflammé dans une étoile à six branches ; Les cœurs unis de Paris présentait deux cœurs enflammés entre l’équerre et le compas , alors que La Parfaite Unité des Cœurs, toujours à Paris, y disposait trois petits cœurs en triangle.

 

L’Ancienne cauchoise de Caudebec inscrivait les deux cœurs dans une étoile flamboyante. Des constitutions du Grand Orient ont pu être scellées par trois cœurs unis etc. Particulièrement parlants sont les sceaux de deux loges avignonnaises,

 

Les Amis à l’épreuve et Les Amis sincères : toujours entre l’équerre et le compas, l’une montrait deux cœurs transpercés par un clou et l’autre trois cœurs enflammés dont l’un était traversé par une flèche.

 

Le cœur à cette époque symbolise la vertu théologale par laquelle on aime Dieu par dessus tout pour Lui-même et son prochain comme soi-même pour l'amour de Dieu.

 

Il s'agit de la Charité qui résulte de la francisation du mot caritas (amour) en latin, traduction du mot grec agapê dans le nouveau testament.

 

J'ai le bonheur comme vous d'être Chevalier Rose-Croix, grâce aux trois vertus théologales et aux quatre vertus cardinales (courage, justice, prudence, tempérance) je m'efforce de participer à la victoire du Bien sur le mal, c'est le principe gnostique de la lumière triomphant des ténèbres.

 

Dans le bijou du grade :

 

A l'avers, un pélican nourrissant ses sept petits, symbole du dévouement total à nos semblables, nous rappelle que nous sommes tenus d'aider d'assister et d'aimer notre prochain ;

 

Au revers un aigle aux ailes déployées symbole de la suprême puissance car on suppose que seule une force extraordinaire  d'élévation spirituelle peut permettre de communiquer avec le GADLU.

 

Toute la loi d'Amour se trouve résumée dans le symbole du pélican.

 

Le devoir du pèlerin que doit être le chevalier Rose-Croix est majeur, son travail ne doit jamais s'arrêter tout au plus sa mission peut être suspendue afin de se régénérer.

 

La cérémonie de la Cène renforce encore cette notion de partage avec l'autre, donnez à manger à celui qui a faim, donner à boire à celui qui à soif, allez en paix et travaillez à la gloire du GADLU.

 

Par analogie, nous sommes proches du processus alchimique, le Pain symbole de nourriture spirituelle, requiert l'action du feu, associé au Vin, symbole de connaissance, générateur du Grand Œuvre, assimilé au principe du soufre met en présence deux principes contraires qui vont nourrir l'initié dans le creuset de l'œuf philosophique où à lieu le mariage du soufre et du mercure.

 

Comme dans le processus alchimique, la Cène ne s'achève que lorsque tout est consommé, que les impuretés ont été réduites. Régénérés, nous sommes prêts à propager sur la terre toutes les vertus qui naissent de la foi et de la charité.

 

Par la transmutation alchimique nous sommes devenus Espérance, Espérance que nous nous devons de préserver et faire partager tout au long de nos pérégrinations tant au dehors qu'au dedans, c'est notre Devoir.

 

Nous retrouvons également dans le rituel de la fête Pascale et plus spécialement lors de la cérémonies de lumières tout le sens du dix-huitième degré et aussi de la symbolique de celui qui a donné son sang pour les autres.

 

En conclusion il me semble indéniable que la filiation de nos rituels est christique avec une forte influence alchimique nonobstant les remous philosophiques et existentiels du siècle des lumières, du début du vingtième siècle et enfin ceux encore actuels relatifs à la laïcité.

 

Malgré quelques a priori, scories d'une éducation religieuse dogmatique, ma lecture des rituels et mon implication dans le Rite Écossais Ancien Accepté m'ont permis de comprendre la portée universelle de la mission du chevalier Rose-Croix.

 

Je reviens à la cérémonie des lumières, le Très Sage proclame lors de l'extinction de la septième lumière :

 

« Oui Chevaliers mes Frères, notre ordre, parce qu'il s'inspire de toutes les philosophies et de toutes les religions, est fondé à évoquer et à commémorer celui à qui est imputé la sublime doctrine d'amour et de pardon qui a tant influé sur le destin de l'humanité etc... »

 

Je termine en me permettant de rejoindre  Roger Bonifassi quand il nous parle d'un rituel dactylographié des années 1950 exprimant selon lui la raison principale de la Fête Pascale « mes frères nous sommes réunis ici pour commémorer le martyre de l'Apôtre de l'émancipation humaine »

J'ai dit

Jean-Pierre Rousseau. 

LE PELICAN de Jean-Pierre
Carnet de Voyage: 
Des souvenirs me reviennent d'un voyage chez les Mayas entre le Guatemala et le Belize nous remontions le Sibun River, sur le fleuve nous avons été accompagnés par une multitude de Pélican dont le vol nous menaient jusqu'à l'océan, comme pour nous protéger sous leurs ailes.
LE PELICAN de Jean-PierreLE PELICAN de Jean-Pierre

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Publié le par Jean-François Guerry
KABBALE et FRANC-MAÇONNERIE de Marc Halévy - Epilogue La Gnose - Part - IX

KABBALE et FRANC-MAÇONNERIE- de Marc Halévy-

Part-IX. Épilogue- La Gnose.

 

 

Un de mes frères me confiait il y a quelques années : « Je n’ai jamais su faire la distinction entre âme et esprit ». Ce maçon proche de la porte de l’orient éternel, me mit dans une position délicate, comment lui suggérer que la réponse à sa question c’était à lui de la trouver. Il devait s’affranchir de cette dualité, pour un retour à son unicité, passer du binaire au ternaire, réaliser ses trois premiers pas d’apprenti. Si le corps se définit facilement au regard de sa consistance matérielle, de ses organes, de ses sens, il ne s’anime que sous la direction de l’âme, il est donc indissociable de l’âme sans laquelle il ne serait qu’une pierre molle et inerte, quant à l’esprit il est un lieu d’arrivée, d’accueil, où se rencontrent la nature divine et la nature humaine. L’âme et l’esprit sont nécessaire à « l’agitation » du corps, ils sont complémentaires, pour le passage à la troisième dimension. L’âme est ouverte sur le monde psychique et l’esprit sur le monde spirituel.

 

Un autre frère me disait ses difficultés à faire la distinction entre savoir et Connaissance, une confusion peut être entre savoir et connaissances, ou encore savoirs et connaissances.

 

Le troisième frère eh oui souvent ça marche par trois, buttait sur l’interprétation de la lettre G, au centre de l’étoile ou entre l’équerre et le compas : GOD, Gnose, Géométrie, Grand Architecte de l’Univers. Ce ne sont pas les questions qui sont embarrassantes, bien au contraire. Mais ce sont les réponses toutes faites.

 

Convenons que la Gnose est la Connaissance. Si l’âme est ce qui anime le corps, ce serait une sorte de carburant du corps, corps et âme mis en mouvement seraient aptes à recevoir l’esprit, prêts à sa rencontre dans la tente.

 

Je ne sais pas si l’on avancé beaucoup ? Qui sait ? À priori personne hormis ceux qui approchent du terme de leur vie, qui sont capables de surmonter leur pudeur et non pas peur d’être ridicule en parlant de leur âme. En avouant qu’ils méditent sur leur âme, mieux encore qui en parlent à voix haute, ou encore mieux qui n’ont pas besoin de parler de leur âme, au premier regard dans leurs yeux l’on voit qu’ils l’ont rencontrée.

Parler de son âme, de l’âme c’est parler de soi, de la nécessité d se purifier, de se débarrasser des apparences, pour contempler sa lumière intérieure. Vanité ! Sans doute, ou simplement désir du bien avant de franchir l’ultime seuil. Parler de son âme n’est-ce pas faire outrage à son âme à sa paix, ou plutôt d’ouvrir cette âme, d’en prendre conscience. Puisque l’âme anime le corps, un simple battement du cœur témoigne de sa présence. Le vol d’un oiseau multicolore ou la naissance d’une jacinthe annoncent le printemps de l’âme.

 

François Cheng le poète académicien, a consacré un livre entier qui effleure les bords, les contours de l’âme, sous la forme de sept lettres écrites à une amie, qui sur le tard a le soupçon de son âme et lui demande : « Parlez-moi de l’âme. »

Un défi, François Cheng dans sa première lettre réponds :

 

« Face à votre requête, que j’avais besoin de réécrire ici mot à mot, mon premier mouvement était de me dérober. L’âme n’est-elle pas finalement cette chose dont on ne doit pas parler, au risque d’incommoder ? On ne doit ni ne peut. Quand on s’y hasarde, et l’on se découvre aussi démuni que celui qui chercherait à définir par exemple ce qu’est le temps, la lumière ou l’amour. »

 

Non ! Ce n’est pas une posture, un évitement du poète, mais une réalité il est des choses indicibles, qui pourtant existent, parce qu’on les sent, elles font partie de nous, elles nous sont indispensables. L’initiation fait partie de ces choses, elle est vie, elle se vit, on en parle qu’avec difficulté tant elle est intime.

 

La gnose considérée tour à tour comme une religion supérieure qui relie tous les hommes, une philosophie supérieure dit le Littré détenant toutes les connaissances sacrées. Vouloir définir la Gnose, c’est donc entreprendre de vider l’océan avec une petite cuillère, à quoi bon ? Il vaut mieux regarder l’écume des vagues ou marchent les oiseaux dans la lumière du soleil levant et puis plonger dans le silence des profondeurs.

 

Après ces digressions ou pas, je reviens au livre de marc Halévy, dans l’épilogue de ce magnifique livre inspirant, paru dans un format de poche, c’est-à-dire un livre à soi, sur soi, à portée de soi, qui nous invite à méditer :

 

« Pour terminer ce livre, j’invite à une méditation sur la finalité de tout démarche spirituelle. Qu’elle soit mystique comme la Kabbale ou initiatique comme la Franc-Maçonnerie : la Gnose c’est-à-dire la Connaissance absolue qui est infiniment plus que tous les savoirs, que toutes les sciences (…) connaître le Divin. »

 

Le Regard Kabbalistique de Marc Halévy, est une invitation à relire le prophète Ézéchiel et la Vision de son char Céleste, dont Marc Halévy propose une traduction personnelle à la fois littérale et littéraire, pour une méditation finale. Puis une vision maçonnique « Un pont entre l’humain et le Divin ».

Une montée à l’échelle avec les échelons maçonniques.

 

Je rajouterais modestement, un passage des secrets, des mystères de la vie, de la construction de la vie, de l’humain, au sacré du Divin. Dans une révélation, une apocalypse de qui va du prophète Ézéchiel à Jean de Patmos. Celui qui médite à la fois dans sa loge et à l’extérieur entend le murmure du Divin quand il traverse la forêt des symboles dans sa loge et dans la nature entière.

 

Marc Halévy : « nous invite à vivre une vie totale absolue (…) Celle qui révèle le sacré et qui est celle du Divin, de l’Un, de l’Esprit, de l’Âme, du Logos, du Dieu qu’importe le nom dont on le nomme. »

 

On met parfois dans nos mains des clés, elles sont d’ivoire, d’or … pour ouvrir les portes qui sont à l’intérieur, pour accéder à notre âme, la pointe de notre cœur, pour aller à l’endroit caché dans les ténèbres, là ou brille le feu de la lumière éternelle de la vie.

 

Ce livre de Marc Halévy est à mettre dans toutes les mains, dans toutes les poches, comme une clé toujours prête à ouvrir notre cœur. Point final.

 

Bonne lecture

 

Jean-François Guerry.

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Publié le par Jean-François Guerry
CE QUI NOUS TROUBLE, CE QUI ME TROUBLE...

CE QUI NOUS TROUBLE, CE QUI ME TROUBLE…

 

Ce qui nous rend malheureux, ce qui nous trouble, c’est que nous nous croyions hier invincibles, rien ne pouvait nous arrêter, sauf peut-être un détail, ce satané virus, pas celui qui s’est logé dans notre corps d’homme, qu’une bête inconnue que nous toisions nous a insidieusement légué, nous rappelant notre fragilité. Non, ce qui nous trouble c’est les limites de notre arrogance, de notre suffisance, de notre hubris auraient dit les Grecs. Ce qui nous trouble, ce n’est pas la dureté de la montée, c’est la difficulté de la descente, de l’humilité. Notre admiration va naturellement sans effort contempler, jusqu’à envier la réussite sans restriction, il faut être dans la compétition c’est tout. Il faut que les trompettes de la renommée résonnent, que nous soyons célèbres à défaut d’être sage, que notre corps sculpté cache notre cœur en errance.

 

Nous sommes prêts pour l’ascension de toutes les échelles, les plus hautes, les plus mystérieuses, avec les yeux bandés, ou les yeux éblouis, mais nous sommes incapables de redescendre vers les hommes nos frères, ceux qui nous attendent dans les vallées. Dans la vallée de Josaphat où coule le Cédron, la vallée entre le Mont des Oliviers et le Mont du Temple, la vallée d’où l’on voit briller les colonnes du temple.

Nous sommes incapables de faire le voyage intérieur, celui de la quête de l’âme. De suivre la huppe de Salomon, de franchir la vallée du Désir qui mène à la Sîmorgh éternelle. Il nous faut retrouver mes frères le chemin des vallées, des sept vallées du cantique des oiseaux :

 

« Au début, il y a la vallée du Désir

Puis la vallée sans rivage, la vallée de l’Amour

 

La troisième est la vallée de la Connaissance

La quatrième est la vallée de la Plénitude

 

La cinquième, la vallée de l’Unicité pure

La sixième, terrifiante, est la Perplexité

 

La septième vallée et aussi la dernière

C’est le Dénuement et l’Anéantissement

Après cela, tu ne pourras plus avancer

 

Tu seras aspiré sans pouvoir te mouvoir

Lors, pour toi une goutte sera un océan. »

(Extrait du Cantique des Oiseaux de Farîd od-dîn ’Attâr – Les sept vallées- Traduction de Leili Anvar)

 

 

Las, mes frères ce qui me trouble, c’est de ne pas pouvoir vous retrouver dans nos vallées de l’amour et de la Connaissance.

 

Jean-François Guerry.

 

 

 

« J’ai fait l’ascension jusqu’au sommet mais je n’ai pas trouvé d’abri dans les hauteurs blafardes et nues de la renommée.

Conduis-moi, mon Guide, avant que la lumière décline, dans la vallée de la quiétude où la moisson de la vie mûrit en sagesse dorée. »

 

                                   Rabindranāth Tagore.

CE QUI NOUS TROUBLE, CE QUI ME TROUBLE...

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Publié le par Clementia

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Publié le par Jean-François Guerry
KABBALE et FRANC-MACONNERIE de Marc Halévy - Part VIII- Liberté

KABBALE et FRANC-MAÇONNERIE de Marc Halévy -Part -VIII. Liberté.

 

 

Au mot de Liberté, l’homme se redresse poussé par le vent, par le souffle de la Liberté, de quelle liberté ? De cette Liberté trop grande, que nous ne saurions comprendre et gérer, de cette liberté que nous reprochons aux autres, sans en avoir été jamais privé nous-mêmes ! De cette liberté pas assez grande pense l’adolescent, qui rêve de s’affranchir des contraintes imposées par son père et sa mère. De cette liberté perdue, par le prisonnier, cette liberté désirée par l’esclave du dictateur.

 

À tous ceux qui veulent réduire les libertés, la liberté des autres je conseille modestement un séjour non pas sur les plages de Varadero, mais dans les faubourgs de la Havane, ou d’aller crier Liberté dans les rues de Naypyidaw. La Liberté c’est la résistance à l’oppression, Éluard, Aragon, Desnos, Guillevic, Druon, Kessel, Char ont écrit leur vérité, la Liberté. Paul Éluard ce fou de Liberté a écrit son nom partout pour que jamais il ne tombe dans l’oubli.

La Liberté met en beauté les objets les plus simples, la nature et tous les êtres vivants. Elle rend leur dignité aux plus faibles, elle inspire les prophètes les plus sages.

 

Les fondateurs de la Franc-Maçonnerie ont habillé cette noble dame des vêtements de la Liberté, elle s’est parée pour recevoir en son sein que des hommes libres et de bonnes mœurs.

La Liberté se mérite, se construit avec la fraternité, elle est mère de la solidarité et de l’égalité, elle n’est pas qu’un droit !

 

Marc Halévy nous met en garde :

 

« La Liberté ce n’est pas faire ce que je veux, comme je veux. Non ! Çà, c’est le caprice.

La Liberté c’est tout autre chose : c’est choisir de construire ce qu’il y a à construire et choisir de bien construire.

La Liberté n’est pas un droit.

La Liberté c’est un appel, c’est une intention, c’est une vocation ! »

 

 En clair la liberté se gagne par des efforts constants on la gagne pour soi-même, mais surtout pour les autres. Elle met l’homme en mouvement, on s’initie à la Liberté.

La Franc-Maçonnerie, nous accompagne sur le chemin de la Liberté, de notre Liberté, elle la fait apparaître, elle réveille la Liberté qui sommeille en nous.

 

« La seule vocation est d’aller au bout du meilleur de soi-même et de devenir le meilleur de ce que l’on est. »

                                                  Marc Halévy.

 

Les voyages maçonniques sont des voyages vers la Liberté, vers la Connaissance, dès les premiers pas l’apprenti franc-maçon fait acte de Liberté, le compagnon qui part à la conquête des mondes voyage entre les deux sphères, libre. Le maître ne transige pas avec sa Liberté il enjambe la mort, il passe au-delà, il réapparaitra plus radieux que jamais, libre.

 

Les chrétiens vont bientôt célébrer Pâques, la fête de la lumière retrouvée, de la résurrection, la fête de l’amour qui a vaincu la haine, la mort. Il leur est donné de voir l’espérance, la liberté.

 

Marc Halévy dans son regard Kabbalistique sur la Liberté évoque Pessa’h, la fête juive du passage vers la liberté, en suivant les nomades de la liberté nous les voyons dépasser la mort, l’enjamber. Je cite :

 

« Pessa’h : la métaphore absolue de toute métanoïa, de toute initiation, de toute libération. »

 

C’est donc une célébration de la vie, de la vie nouvelle, réelle, de la Lumière de l’esprit. Les francs-maçons Chevaliers de l’esprit ont aussi leur rendez-vous avec la Lumière, leur rendez-vous pascal, leur agape pascale rituelle, ils témoignent chaque année de leur liberté, de leur espérance, ils célèbrent le retour de la Lumière, par le partage des nourritures terrestres et spirituelles.

 

Voilà deux ans de privation de Liberté, deux ans sans le partage du pain nourriture spirituelle et du vin de la connaissance. Voilà deux ans d’exil, deux années d’épreuves, pendant lesquelles le corps est enfermé. Deux sans pouvoir étreindre nos sœurs et nos frères, deux ans soumis aux coups de l’ego qui veille, deux ans que nous pleurons au bord du fleuve, dans l’espérance d’avoir la Liberté de passer le pont, pour retrouver notre Jérusalem céleste.

Mais nous sommes persuadés qu’un jour viendra à nouveau avec sa Lumière, sa pleine, sa grande Lumière.

 

Ce chapitre du livre de Marc Halévy sur la Liberté est riche de l’essentiel, sa lecture « Intégrale » vous révélera ce que vous êtes réellement, vous rendra un peu plus libre, c’est réellement un bonheur pour le cœur.

 

Jean-François Guerry.

 

 

À suivre le dernier chapitre de Kabbale et Franc-Maçonnerie de Marc Halévy – l’Épilogue sur la Gnose.

POUR COMMANDER LE LIVRE.

 https://comptoirdulivre.fm/religions/3126-marc-halevy-kabbale-et-franc-maconnerie-9782919656394.html

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Publié le par TEXTE TRANSMIS PAR CLAUDIUS
Marion Duvauchel

Marion Duvauchel

Un texte intéressant transmis par un lecteur assidu du blog Claudius. 
Les origines du complot ?

De Marion Duvauchel, Historienne des religions et des idées :

L’histoire maçonnique a été (et elle est toujours) le domaine de prédilection d’inductions ou de généralisations hâtives, rendues plus hasardeuses par des arrière-plans passionnels, dont l’éternelle théorie du complot. Les complotistes sont décidément partout. Le complot franc-maçon présumé nous vient de l’abbé Barruel dont les travaux consistaient à affirmer (plus qu’à véritablement établir) que la Révolution française avait été un processus organisé pendant des décennies dans des loges et dans des clubs, en particulier des Jacobins, afin de permettre à la bourgeoisie libérale de s’emparer du pouvoir.

L’intuition n’a rien d’extravagant mais elle requiert les régulations de la raison, ne serait-ce que pour lui assurer les fondements, en particulier historiques, qu’elle mérite.

La franc-maçonnerie est introduite en France en 1725. Les fondateurs en sont trois jacobites catholiques aux noms fleuris, exilés de leur pays : Derwentwater, Mac Leane et O’Héguerty.

À ses débuts en France, le mouvement fut un fait presque exclusivement parisien et même un fait « de rive gauche » qui naît et se développe dans le quartier dominé par l’abbaye mauriste de Saint-Germain-des-Prés, quartier cosmopolite où séjournent alors la plupart des étrangers de la capitale. Les « tenues » de la première loge Saint-Thomas avaient lieu chez un traiteur anglais de la rue des Boucheries au faubourg Saint-Germain et les premiers membres connus sont en majorité des émigrés.

L’histoire des débuts de la maçonnerie française devient vite celle de ses divisions. La diversification idéologique s’opère à l’intérieur même de ce milieu parisien, vers 1732. Très vite, des personnalités venues de Londres mirent sur pied des loges de rite anglican : l’histoire de la maçonnerie française va se jouer pendant quelques années sur cette dualité d’origine.

Après 1732, on constate l’existence d’ateliers relevant de la grande loge d’Angleterre et dont l’esprit contraste avec celui des premiers foyers maçonniques d’origine jacobite. Dès ses premiers pas, la franc-maçonnerie française a rencontré la politique. La raison n’en est pas difficile à comprendre. Fondée et animée par ces jacobites, la première loge Saint-Thomas, la loge du grand maître, ne pouvait qu’être suspecte au Cabinet de Londres, qui chercha à susciter sur le continent une maçonnerie rivale. D’où la reconnaissance accordée en 1732 par la grande loge d’Angleterre à Saint Thomas n° 2 qui comptait le duc de Picquigny, gouverneur de Picardie ; M. Chauvelin, conseiller d’État et ancien intendant d’Amiens ; le poète Gresset, les marquis de Locmaria et d’Armentières ; M. Davy de La Fautrière, conseiller au parlement et ancien membre du Club de l’Entresol, qui y côtoyaient un orfèvre nommé Le Breton. Si la rive gauche a donné abri aux premières assises de l’ordre, assez vite, l’habitude va se prendre de tenir des réunions soit sur la rive droite, dans les hôtels de Soissons et de Gèvres — célèbres maisons de jeux du Paris de ce temps — soit hors de l’enceinte urbaine, dans quelque cabaret de la banlieue, à la Courtille ou au quai de la Râpée.

Inquiet de la croissance d’une maçonnerie à dominante jacobite et de ce fait hostile à la monarchie hanovrienne, le gouvernement de Londres suscita des loges rivales. À la fin de 1735 ou de 1736 naît rue de Bussy une troisième loge (du Louis d’Argent) où se rencontrent l’ambassadeur de Grande-Bretagne, Montesquieu, le comte de Saint-Florentin, secrétaire d’État, le duc de Kingston. Elle eut pour maître le duc d’Aumont et pour vénérable un peintre restaurateur de tableaux du nom de Collins, d’origine anglaise, qui organisa le rite nouveau. Un peu plus tard, en 1736, naquit la loge de Coustos-Villeroy  (qui avait des liens avec la banque protestante) dont la note septentrionale était fortement accusée : elle intégrait des Germaniques et des Scandinaves qui l’emportaient en nombre sur les Français. Son membre le plus actif et le plus influent fut un sujet anglais, Goustaud ou Coustos, orfèvre de son métier, descendant de huguenots français émigrés après la révocation de l’édit de Nantes.

Paris comptait donc quatre loges à la fin de 1736.

En 1737, la franc-maçonnerie, qui avait connu une faveur rapide particulièrement dans la haute société, s’implante en Lorraine avec la cour nouvelle qui s’y groupe autour du roi Stanislas en 1737. Sans être rigoureusement certaine, l’affiliation du roi est infiniment probable et cette appartenance maçonnique coexiste sans inconvénient apparent avec l’esprit des Lumières et une religiosité aux formes très affectives. On pourrait appeler cela un syncrétisme.

Il y eut ainsi de très bonne heure un double courant parmi les maçons de France : le courant « gallican », catholique et anti hanovrien et le courant « anglican », de tendance démocratique et protestante. Cette tendance réformée et libérale va finir par supplanter l’élément catholique et jacobite qui survécut cependant en province en particulier à la cour de Lunéville, grâce à l’action tenace de trois personnages : Dominique O’Héguerty, Louis de Tressan et l’abbé François-Vincent-Marc de Beauvau-Craon, primat de Lorraine.

Beaucoup de ces maçons de noble lignée, souvent flanqués d’un roturier entreprenant qui était le véritable animateur, ne dépassèrent pas le stade du snobisme. La loge Goustaud-Villeroy  rappela que l’ordre n’était pas un ordre de chevalerie, mais de société, et que bien que plusieurs seigneurs et princes se fassent un plaisir d’en être, tout homme de probité pouvait être admis sans porter l’épée.

La noblesse se retrouve davantage dans le rite écossais, avec la glorification du chevalier chrétien selon un cérémonial très hiérarchisé, sa tradition et son climat de vie. Ainsi s’explique la permanence des deux obédiences maçonniques. L’une selon le rite jacobite, ésotérique et chevaleresque, refuge d’une aristocratie toujours attachée à ses fastes passés. L’autre, de rite hanovrien, rationaliste, libéral et anti romain, accueillant à la grande bourgeoisie admiratrice des Lumières. Le premier se développe dans les sociétés demeurées à la fois seigneuriales et catholiques comme celle de la Lorraine ; le second trouve naturellement à Paris son terrain d’élection.

Comment vont-elles se développer dans le reste de la France ? Aux historiens de répondre et cela est sans aucun doute éclairant sur nos terroirs et les différentiels de résistance.

Ces associations sont alors secrètes au sens de non officielles, privées. À la notion d’association, la pratique maçonnique d’alors ajoute celles de loisir, de plaisance, d’agrément et d’une socialité spontanée (en dehors de l’État et des hiérarchies traditionnelles) toutes notions qui recoupent et transcendent les ordres et les classes. Mises en pratique, elles ont toutes les chances d’attirer tous ceux, et ils sont nombreux, dont ces formes de sociabilité qui comblent des aspirations égalitaires plus ou moins avouées et identifiées. Les rapports sont fondés sur le principe d’égalité entre les hommes en tant qu’individu et la hiérarchisation interne des loges est indépendante des hiérarchies de la société englobante. Selon l’historien Ran Halévy, les loges maçonniques seraient ainsi aux origines de la sociabilité démocratique. On peut le croire.

Ce n’est qu’en 1737 que l’existence de la franc-maçonnerie est révélée à un public encore restreint, en même temps que se révèle l’orientation politique du mouvement. Avant cette date, les gazetins de police eux-mêmes n’en font pas mention. Pas plus que celui de Londres, le gouvernement français, ne pouvait se désintéresser de l’activité des loges. Son attitude fut assez embarrassée. Le tout puissant cardinal de Fleury, qui empêcha de justesse l’initiation de Louis XV aux mystères de l’ordre, était certainement très prévenu contre la franc-maçonnerie. Il est à l’origine des recherches de police effectuées en 1737 qui mirent assez brusquement au grand jour l’existence et l’activité des loges parisiennes. On se borna à des tracasseries, on inquiéta quelques comparses, des taverniers qui avaient accueilli des tenues de loges, mais l’on se garda bien de poursuivre des maçons influents ou des dignitaires, ce qui eût soulevé un scandale considérable, atteignant l’entourage immédiat du roi. Difficile d’interroger ou d’arrêter des princes, des ducs et pairs, des chevaliers du Saint-Esprit, un ministre d’État (le maréchal d’Estrées), deux secrétaires d’État, sans oublier des magistrats, des ecclésiastiques, etc…

Si méfiant qu’il fût à l’égard des francs-maçons, Fleury était animé d’un intense désir de paix et souhaitait entretenir des relations pacifiques avec l’Angleterre. Pour donner quelque satisfaction à Londres, il chercha probablement à défavoriser la maçonnerie jacobite. Aussi bien l’année 1743, qui vit à la fois la mort du cardinal de Fleury et l’accession du comte de Clermont à la grande maîtrise, marque-t-elle un tournant dans l’histoire de l’ordre en France : il est sorti de l’enfance et entre dans une nouvelle période, que caractérisera notamment le foisonnement des obédiences.

Après vingt-cinq années d’irénisme, 1743, date de l’accession du comte de Clermont à la dignité de grand maître est le moment où se préparent les affrontements avec l’Église. La tendance jacobite s’amenuise et disparaît. La maçonnerie tire alors sa force principale de son union foncière avec l’individualisme  et le libéralisme du siècle, et elle paraît même satisfaire certaines aspirations politiques en se réclamant de principes démocratiques.

À la veille de la Révolution, on compte 650 loges et quelques 35 000 affiliées, sinon plus.

C’est cette franc-maçonnerie nouvelle, à dominante protestante qui joua sans aucun doute un rôle majeur dans la genèse de la Révolution. Le principe révolutionnaire y est à l’œuvre, d’autant plus efficace qu’il est plus involontaire, implicite et discret. De la discrétion au secret, il n’y a qu’un pas. La Grande Loge est régulatrice jusque 1773. C’est alors que le Grand Orient prend le relais. Il souligne le trait, donc il le force.

La maçonnerie d’après 1773 sera plus nettement en contradiction avec ce qui reste de société d’ordre comme des instances qui traditionnellement incarnent cet ordre, en particulier l’Église, à laquelle on a souvent reproché cette tendance à reconnaître l’autorité de César, voire à y aliéner la loi de Jésus.

Face à l’événement qui se nomme « Révolution », le « quatrième état », celui de la plume, se divise en deux sans considération de rang, de statut, de fortune. Mais à côté des moyens dont disposent ceux qui détiennent désormais le pouvoir d’État, le combat des Amis du Roi ne se livre pas à armes égales et il vaut surtout par la qualité de la pensée politique qui s’affirme. Le combat va se terminer dans un bain de sang. Ceux qui partent à temps survivront.

Mais on guillotine plus facilement qu’on n’extirpe une pensée dont on peut suivre la ligne de développement (ou de survie) des Amis du roi à l’ultracisme et au légitimisme, du légitimisme à l’ordre moral, du traditionalisme à l’Action française. La continuité d’un tel courant teste en quelque sorte l’affirmation du complot maçonnique chère à l’abbé Barruel qui avait entrevu une relation qu’il a été incapable d’expliquer et que l’histoire sérielle avait commencé à éclairer avant de disparaître dans la défaite générale de la pensée.

Aujourd’hui, malgré quelques ouvrages de références qui franchissent à peine les cadres étroits des cénacles universitaires, l’éclairage historique nécessaire manque encore qui pourrait éclairer comment la franc-maçonnerie, cette « Église de la République » missionnaire du libéralisme et présumée école de l’égalité s’est progressivement affirmée comme une société dans la société. Mais aussi par quelle lente progression cette association apparemment innocente est devenue une société secrète et un levier vers le pouvoir politique, dont le but avoué est aujourd’hui de construire un contre-christianisme.

Et donc, de détruire le catholicisme.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Biographie de Marion Duvauchel
Marion Duvauchel De formation en sciences humaines et en histoire des religions, Marion Duvauchel est aussi docteure en philosophie. Professeur de lettres et de philosophie, elle a enseigné en France, dans les IUFM, au Qatar, au Maroc et au Cambodge, où elle a fondé un centre pour enfants dans le village de Tra peang Anshang. Site internet : alternativephilolettres.fr

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Publié le par Jean-François Guerry
PAROLE RETROUVÉE
Tant de graines en nous oubliées, insoupçonnées..

 

" On ne reçoit pas la sagesse. Il faut la découvrir soi-même, après un trajet que personne ne peut faire pour nous, ne peut nous épargner."

 

Marcel Proust.

 

Dès mon entrée dans ma loge, j'ai su que je devrais écouter le silence des symboles.

 

Jean-François Guerry.

 

 

La clé

La clé

 
La clé pour penser, lire et écrire... 
PAROLE RETROUVÉE

Cette semaine, abondance de biens ne nuit pas j’ai ouvert, trois livres. Le premier LE PROCÈS de SPINOZA de Jacques Schecroun paru chez Albin Michel et qui sera disponible en librairie à partir du 01 avril. La vie de Spinoza semblait toute tracée il devait être rabbin, un grand rabbin sans doute au regard de ses facultés intellectuelles. Le destin et sa volonté en décida autrement, en fit un grand philosophe dont la pensée inspire encore aujourd’hui de nombreux philosophes contemporains et leurs élèves. Il fût un homme de lumière, des lumières avant les lumières, un constructeur de l’universel. L’œuvre de Spinoza est construite sous une forme géométrique, ce n’est donc pas par hasard qu’elle est une source d’inspiration pour les sœurs et les frères. Il est à la recherche du caché, de ce qui constitue les problèmes de l’être humain. Il propose aussi une méthode de vie, la vie bonne, et indique sans dogme comment la figure du sage doit agir dans la société. Son Éthique est souvent présentée comme son testament philosophique…

Jacques Schecroun nous propose donc un voyage passionnant dans la vie de Spinoza, un voyage qui inspire, souvent les sœurs et les frères qui s’appuient sur le philosophe dans la construction de leur vie et c’est souvent qu’ils font référence à ce sage dans leurs travaux de loge. La parole de Celui qui vit un autre Dieu que ses semblables, n’a pas fini de circuler sur l’une et l’autre colonne.

Jacques Schecroun nous interroge : « Ne nous appartient-il pas d’inclure au lieu d’exclure ? »  La franc-maçonnerie affirme être un centre d’union fraternel. « De voir en l’autre une possible richesse et, avant cela, de regarder au plus profond de nous ce qui nous dérange en lui ?  Connaître et reconnaître les richesses de l’autre, c’est aussi s’interroger sur soi-même, mesurer avec la rigueur de l’équerre et l’ouverture du compas notre capacité à tolérer la liberté d’expression sans y ajouter le « mais » qui prévoit son obsolescence.

 

J’aurais la joie après la lecture complète comme à mon habitude de revenir vers vous, pour vous livrer quelques fragments de ce livre, de ce souffle de liberté..

 

Jean-François Guerry.

À lire : LE PROCÈS DE SPINOZA de Jacques Schecroun chez Albin Michel – 347 Pages 21,90 €- ISBN 978 2 226 4577 0

 

Note Éditeur:

 Ne nous appartient-il pas d'inclure au lieu d'exclure ? De voir en l'autre une possible richesse et, avant cela, de regarder au plus profond de nous ce qui nous dérange en lui ? »

Amsterdam, 1656. Dans la synagogue de la communauté hispano-portugaise transformée en tribunal, un très jeune homme est jugé pour hérésie et autres actes monstrueux. Il risque un bannissement à vie.
Comment celui en qui tous voyaient un futur rabbin en est-il arrivé là ? Quelles rencontres ont pu le détourner d'une voie toute tracée ? Quel cheminement a été le sien pour passer d'un Dieu qui punit à un Dieu qui, ayant tout et étant tout, ne demande rien ?

Dans ce roman passionnant, qui nous plonge au coeur des débats précurseurs du siècle des Lumières, Jacques Shecroun imagine les événements qui marquèrent un tournant majeur dans la vie de Spinoza. Le procès dont le philosophe fut l'objet souligne, aujourd'hui encore, la modernité de sa pensée, et l'actualité de la question de la liberté d'expression.

PAROLE RETROUVÉE

 

QUE LA JOIE SOIT DANS LES CŒURS de Jean-Pierre Thomas.

 

 

Cette collection le franc-maçon dans le Temple sous la direction de Pierre PELLE LE CROISA, aux éditions des Bords de Seine Numérilivre. Selon son directeur, ambitionne de faire paraître des ouvrages de référence à destination des jeunes frères ; envisageant de les former plus que de les informer. Pour la rigueur des écrits elle ne donne la parole qu’à des francs-maçons écrivains authentiques pratiquants reconnus. Les livres qui y paraissent permettent d’aller plus loin dans la connaissance pour les quêteurs de vérité.

(Je ferais simplement une remarque fraternelle, sur ce choix des auteurs, choix qui restreint l’ouverture pour de jeunes auteurs, l’ouverture du compas, doit certes être contrôlée mais pas fermée.)

 

C’est par une citation de Spinoza que s’ouvre le livre de Jean-Pierre Thomas la liaison avec l’ouvrage précédent est involontaire. Il s’agit ici de joie..

 

« La joie est le passage de l’homme d’une moindre à une plus grande perfection. Je dis passage car la joie n’est pas la perfection elle-même. Si, en effet, l’homme naissait avec la perfection à laquelle il parvient, il la posséderait sans sentiment de joie.

                                   Spinoza Éthique IV.

 

La joie maçonnique est celle du cœur et non de l’esprit. La satisfaction intellectuelle, dissimule souvent une expression pernicieuse de l’ego. La joie du cœur ne trompe pas, elle est ressentie dans la chaîne d’union, qui précède l’ultime injonction avant la clôture des travaux maçonniques. La manière dont elle est exprimée donne un reflet de la qualité de ceux-ci, c’est le cœur comblé, plein que les sœurs et les frères quitteront la loge et n’aurons qu’un désir, l’éternel retour.

 

Ici encore après une lecture complète je vous ferais sans doute par de ma joie.

 

Jean-François Guerry.

 

À lire : QUE LA JOIE SOIT DANS LES CŒURS !

De Jean-Pierre THOMAS – Numérilivre – Éditions des Bords de Seine – 126 Pages – 18,00 €.

ISBN 9782366321685

PAROLE RETROUVÉE

Ce qui nous fait Humain – de Claude Saliceti.

 

Dans ce livre de 82 pages l’auteur concentre l’essence de ce qui nous fait Humain. Ce qui donne du sens à notre vie.

L’humanisme est l’héritier de la philosophie grecque, du miracle grec et des meilleures valeurs des religions monothéistes. L’humanisme s’en est affranchi, où plutôt s’est affranchi de leurs dogmes réducteurs. Il a placé les valeurs humaines au centre de ses préoccupations, Dieu est mort, pas l’idée de Dieu, pas le soupçon de Dieu disait Cicéron, il subsiste le principe. Si l’humanisme est une mise en hauteur des valeurs humaines, il n’exclut surtout pas la spiritualité, le désir du sacré.

Force est de constater que la flamboyance des lumières, l’esprit des lumières s’est dégradé, amoindri. L’auteur propose un retour au spirituel, à l’humanisme spirituel voie de sauvegarde de l’avenir de l’homme.

 

Là encore vu l’intérêt du sujet il me faudra revenir vers vous après une lecture complète du livre.

 

Jean-François Guerry.

 

À LIRE : Ce qui nous fait « Humain » de Claude Salicetti. Chez Numérilivre les Éditions des Bords de Seine – 82 Pages- 15,00 €

ISBN : 9782366321517.

 

 

 

  

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Publié le par Rémy Le Tallec
LA MUSIQUE D'HÉLÈNE : Corps, Âme, Esprit..

Je me souviens d’Hélène Martin

 

Il n’est jamais facile de dire la mort d’une personne que l’on a rencontrée, côtoyée,  aimée et admiré l’œuvre, de raviver des souvenirs lointains encore vifs. Cela fait un mois exactement (le 21 janvier) qu’Hélène Martin nous a quittés, et je n’ai pas trouvé les mots pour le dire. L’aide de Georges « je me souviens » Pérec est bien utile pour accoucher la plume hésitante. 

 

Hélène Martin, chanteuse, on dirait aujourd’hui, auteure-compositeure-interprète, faisait partie de cette génération de chanteurs dits « rive gauche », de chanson de qualité, ou de chanson à texte, pour employer les mots de l’époque. Une époque où les artistes faisaient leurs classes durant des années de vaches maigres sur les minuscules scènes des cabarets parisiens avant d’avoir la chance – parfois - de décrocher un contrat discographique. Au milieu des Léo Ferré, Jean Ferrat, Anne Sylvestre, Barbara, Guy Béart, Cora Vaucaire, Catherine Sauvage, au milieu de ses propres textes, Hélène Martin défend les poèmes de Rimbaud (qu’elle nommera « le Rimbe » dans tous ses textes), Villon, et aussi Aragon, Giono, Lucienne Desnoues, ses poètes de prédilection, et Genet, Audiberti, Soupault, Supervielle et Neruda, qu’elle met en musique.

Jean Genet l’autorise à adapter son texte « Le condamné à mort », avec ces mots « Vous avez une voix magnifique. Chantez le Condamné à mort tant que vous voudrez et où vous voudrez. Je l’ai entendu, grâce à vous, il était rayonnant ».

L’absurde de la guillotine avait dicté ce poème qu’Hélène Martin chantera fidèlement avec la même passion : « Nous n’avons pas fini de nous parler d’amour/ Nous n’avons pas fini de fumer nos Gitanes / On peut se demander pourquoi les cours condamnent/ Un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour » (« Sur mon cou »).

La tendance de la chanson littéraire est au zénith, et voilà Hélène Martin affublée de l’étiquette infâmante d’intello, comme Anne Sylvestre et Barbara.

 

Le raz de marée yéyé des années 60 étouffera la voix, mais n’aura pas raison des exigences esthétiques de cette amoureuse inconditionnelle des beaux textes, comme de dizaines de chanteurs et chanteuses de l’époque. Cette sorte d’artisanat qui présidait alors aux destinées de la chanson est balayé par l’industrialisation de la production et de la diffusion radio intensive des « variétés ». Par réaction de survie, Hélène Martin sera l’une des premières à créer sa propre maison de disques, les Disques du Cavalier, à Viens, un petit village du Vaucluse, pour donner la parole à ses amis poètes.

 

« Le chant pour moi, est mélopée, incantation, appel, harmoniques, correspondances, influences. C’est la         vie spontanée, c’est la vie provisoire, la vie recommencée, le trait d’union, les noces des mots et de la musique, l’articulation du cœur immédiat.

Comme j’aimais les êtres qui venaient écouter le chant ! Comme j’         aimais aller chercher les plus réfractaires !... Je voyais les joies, les malaises, les guerres du monde entier sur les visages. L’ennui aussi. Et puis le chant parfois provoquait un éclair, un sourire, un désir ou une haine provisoire…

Dire l’essentiel avec du provisoire. Que sommes-nous d’autre que des trapézistes, des funambules, des cascadeurs amoureux risquant le tout pour le tout ?

Je reste bouleversée par le mystérieux pouvoir de la chanson qui brusquement, brutalement donne enthousiasme et légèreté aux êtres. Quelque chose d’inexprimable »…, écrivait-elle à l’ami Lucien Rioux.

 

Pour l’amour de la poésie, en ces utopiques années 70, grâce au parrainage prestigieux de Pierre Schaeffer, elle produit une série de documentaires télévisés « Plain-Chant », portraits sensibles consacrés à un poète et à son œuvre. Une série dont la liste constitue une véritable anthologie poétique vivante.

Pour l’amour de la chanson, ce sera la série télévisée « Pierrot-la-chanson », avec Philippe Avron et Geneviève Mnich, chaque épisode ayant une chanson comme argument.

 

Reconnaissance rarissime : le poète surréaliste Philippe Soupault consacrera à Hélène Martin une monographie passionnée dans la célèbre collection « Poésie et chansons » chez Seghers.

 

Hélène Martin possède une abondante discographie vinyle depuis longtemps disparue des catalogues. Mais François Dacla et sa petite société EPM, sentinelle vigilante d’utilité publique dans le domaine de la chanson, ont réussi l’exploit unique de rééditer plusieurs CD, et d’éditer en 2010 un superbe coffret de 13 CD, « Voyage en Hélénie » (épuisé) regroupant l’essentiel de son oeuvre. (voir ci-dessous).

 

Chanson poétique : rien de tiède, la chanson d’Hélène Martin, c’est un univers hors du temps et de l’espace communs, un espace/temps ailleurs, où le vrai, le beau, le fraternel, et donc aussi l’indignation, la lucidité et l’esprit, fondent un climat que l’on voudrait de l’éternel humain. Son exigence artistique nourrie par un feu intérieur et des amitiés brûlantes, lui inspire des choix et des émotions où l’intime touche à l’universel, où s’imbriquent corps, âme et esprit, où la chanson française digne de ce nom est érigée en art. (« Lettre à l’inconnu », « Liberté-femme », « La ballade de Bessie Smith », « Le discours amoureux », « La discordance »)

 

Secrète, elle n’aime guère s’épancher sur elle-même, révoltée parfois, et vaillamment lucide, elle est plus diserte sur son art et ses rencontres de bonheur, mais, que s’approche la poésie, et le flot devient intarissable. Philippe Soupault écrit dans le livre qu’il lui a consacré « Ceux qui l’entendent et qui ont pu et su l’écouter ne sont plus les mêmes après l’avoir rencontrée ». Il en était ainsi après chaque concert c’est vrai, mais l’émotion était encore plus profonde lors de chaque entretien, qui était un banquet d’intelligence et de fraternité, dont on ressortait le cœur et l’esprit gonflé de force, de sagesse et de beauté. Ce sont les trois mots qui me viennent spontanément  aujourd’hui pour qualifier le grand souffle intérieur qu’elle transmettait hier en viatique.

 

Elle disait une époque où mots et mélodies s’unissaient pour célébrer la poésie des rues. « J’écris pour ne pas qu’elle meure/ J’écris pour tuer l’oubli… » (adaptation libre du texte « L’oubli » de Michel Rivard, auteur-compositeur-chanteur québécois)

Elle avait 92 ans.

 

Rémy Le Tallec

 

PS : Pour faire revivre et conserver la mémoire d’une artiste hors du commun, la société EPM a édité une anthologie d’Hélène Martin, « Le désir » (2CD), et son ultime  concert enregistré en 2009 au Théâtre des  Bouffes du Nord, « Virage à 80 » (2CD et 1 DVD), et plusieurs CD consacrés à Lucienne Desnoues, Aragon, Jean Genet, René Char, Pablo Neruda…

EPM : www.epmmusique.fr

La Discordance (Hélène Martin – 1928-2021)

 

Comme ça se confond

et le bien et le mal,

l’harmonie

et puis la discordance

et puis

ma discordance !

 

Comme ça se supporte

et le rouge

et le noir

et le cri

et comme c’est intense

et fier

la discordance !

 

Comme c’est à refaire

toute chose

achevée

accomplie !

et si lourd à porter

en nous

l’éternité !

 

Et si lourd à porter

la lumière

la justesse

l’injustice

et la juste mesure

des cœurs

en démesure !

 

Et comment accorder

l’invité

l’attendu

et celui

que l’on n’attendait pas

venu

comme un Judas ?

 

Et comment les aimer

tous les autres

et ces autres

et celui

lui qui ne m’aime pas

le dit

le redira ?

 

Et comment s’endormir

dans ce feu

dans ce froid

l’infini

et les interférences

et puis la disordance ?

Et puis ma discordance.

 

Hélène Martin (auteure-compositeure-interprète 1928-2021)

LA MUSIQUE D'HÉLÈNE : Corps, Âme, Esprit..
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