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la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Thierry Didier - L'Arbre Séphirotique.

Thierry Didier - L'Arbre Séphirotique.
En avant première, avant la publication prochaine de son dernier livre Thierry Didier gratifie le blog d'un article extrait de son nouveau livre. Les lecteurs apprécieront. Merci à lui, bonne lecture.

Jean-François Guerry.

Spécificités de l’Arbre Séphirotique

 

En préambule, je précise que je ne parlerai pas dans ce chapitre du détail des séphiroth, détail qui sera amplement abordé dans l’analyse des triades comparatives de la 2ème partie de l’ouvrage. C’est ici simplement les grandes lignes qui seront abordées, afin de poser les bases d’un comparatif prosaïque avec l’Échelle Mystérieuse. La figure de cet Arbre nous transmet 3 perspectives possibles d’une même entité : d’abord sa forme globale, qui incline au pragmatisme, à l’exotérisme mais aussi à la métaphysique, car, sans physique, pas de métaphysique ; ensuite, sa forme articulée et détaillée, constituée d’éléments constitutifs à même d’accrocher le regard et l’intellect , ce sera l’arborescence des séphiroth et des cinéroth, qui relient lesdites séphiroth ; et enfin une vision ésotérique, dans laquelle seront susceptibles de se mêler aux  structures de notre intellect des aspects subtils, des détails abstraits , par le truchement de ladite arborescence: ce sera, par exemple , l’objectivation de la « séphirah invisible », ou 11ème séphirah , Da’ath.

La structure de cet Arbre, à la fois composite et articulée, et la neutralité globale qui en ressortira sera la meilleure interface possible entre l’idée- principe et l’idée- forme. Nous aurons alors affaire à un plan qui sera, par essence, d’une « homogénéité structurelle » totale, puisque c’est sa globalité qui en fera les limites et donc la viabilité. Paradoxalement, le fait, pour un initié lambda, de s’approcher de cet Arbre permettra d’en dégager des valeurs et des préceptes non soupçonnables d’être sous tendus par un savoir encyclopédique. Car l’Arbre Séphirotique fait partie de ces systèmes qui s’offrent à une étude à géométrie variable, capable de contenter n’importe quel initié qui s’y pencherait, pourvu bien sûr que ce dernier y mette de la bonne volonté. Nous verrons d’ailleurs que chaque séphirah est caractérisée par un minimum de qualités.

Et donc différents niveaux de lecture seront possibles car l’Arbre Séphirotique saura s’adapter au profil et aux connaissances de celui qui désire sincèrement s’y plonger. L’Arbre Séphirotique est en fait un patron, au sens textile du terme : sur celui-ci pourront se greffer des colorations et des appréciations diverses. Filons la métaphore de l’arbre végétal : vu de très loin, nous en percevons l’aspect global et une forme d’arborescence confuse. Si nous grimpons dans ce même arbre, nous y verrons le détail des dichotomies, celui des feuilles adjacentes, des ramifications partielles du tronc, mais aussi des surgeons et des rejets qui font tout autant ledit arbre et qui, transposés à l’initiatique, contribueront à la diffusion d’idées nouvelles et de principes métaphysiques originaux.

Un plan, c’est, je le redis, le compromis entre l’aspect général d’un objet et son caractère élémentaire. C’est aussi la figuration d’une mise en tension, d’une répartition des charges qui le constitue, dans un équilibre qui est ou provisoire, si l’équilibre est instable, ou bien achevé, si l’équilibre conduit à la fixité de sa constitution, comme diraient les alchimistes. Si l’Arbre Séphirotique est un plan, il est aussi une table, telle que définie par exemple dans les 2 Tables mosaïques des lois ou dans la Table des Nations vétérotestamentaire. Nous verrons aussi que ce qui va subtilement contribuer à cette stabilité sera l’existence de « pendants », de « tenants et d’aboutissants » confessionnels, métaphysiques ou symboliques situés aux « extrémités » de ces appareils-plan que sont l’Arbre Séphirotique et l’Échelle Mystérieuse.

Je veux ainsi citer, concernant l’Arbre Séphirotique, les 3 « niveaux d’Absolu » ou 3 Einim : Ein, Ein Sof et Ein Sof Aur, qui chapeautent le sommet de l’Arbre Séphirotique, et les Qliphot, sorte d’« anti- séphiroth », ou mieux d’« anté-séphiroth » situées en aval dudit Arbre. Ces différentes structures mentales posséderont la qualité d’être proprement ineffables, permettant de ne pas affecter la structure même et l’impact symbolique de l’arbre-plan. Concernant l’Arbre Séphirotique, une suite syntaxique de mots signifiants associés à chaque séphirah et à chaque sentier séphirotique (les cinéroth) donneront, par la plasticité de leur combinaison, un sens particulier à chaque précepte : 2 mécanismes possibles seront alors à l’œuvre, répondant à la vision binaire de l’être humain : 1°) une vision occidentale et linéaire, dite « de cause à effet » définie par le cours des mots au sein de chaque précepte. Si l’on s’aventure à cloisonner ces préceptes, à segmenter cette pensée, elle sera la seule possible, permettant une étude approfondie du sens intrinsèque de chaque séphirah. Et 2°) la vision orientale, dite « matricielle », où la pensée puisera où bon lui semble sans le diktat d’un ordonnancement linéaire, définissant alors à la manière d’un tableau de loge une sorte de « tableau scriptural » de préceptes, de valeurs que l’on pourra alors articuler à la façon des icônes d’un ordinateur. L’Arbre Séphirotique est donc aussi une table, entendue dans son sens biblique et hermétique de Table testamentaire, ou de Table des nations, c’est-à-dire que le support vaudra ce qui y est écrit, gravé ou dessiné. Un exemple parlant est donc celui de la « Table des nations » (Gen.X,1), énumérant dans l’Ancien Testament de façon chronologique, mais aussi d’après leur rapports historiques et géographiques, la généalogie descendante des 3 fils de Noé, Sem, Cham et Japhet.

Cette distinction fera que le support lui-même, à savoir la Table, fera partie intégrante des noms propres qui la définissent. Le terme même de Table conditionnera ainsi la possibilité d’être lue de façon pleine et entière, puisque la totalité du message apparaîtra en une fraction de seconde sous nos yeux : ce mécanisme s’apparente à l’alchimie, où expérimentateur et expérience sont indéfectiblement liés dans une même pensée. Ça n’est donc pas un hasard si on parle, par exemple, de Table d’Emeraude et non de livre, de carnet ou d’album, car dans une Table de cette sorte, le support et ce qui y est écrit, dessiné ou gravé sont recevables d’emblée et concomitamment. En effet, il serait possible de digresser presqu’à l’infini en ajoutant à cet arbre primaire des mondes subsidiaires, des qualités secondaires, et tout un univers complexe pourrait être abordé dans une analyse cumulative de qualités diverses, d’êtres disparates, pervers ou bienfaisants, et d’univers concentriques, successifs ou imbriqués.

 Je fais bien sur allusion à toutes les digressions intellectuelles, cultuelles et confessionnelles, sans doute utiles pour certains, qui portent sur cet arbre :  je pense par exemple aux différents mondes dans lesquels se déclinent différemment les séphiroth, aux 3 piliers, à son pendant involutif, constitué de Qliphot, c’est-à-dire de séphiroth-miroir à connotation maléfique, je pense aussi aux 5 mondes, etc…  Tel n’est pas notre propos ici, car l’objectif maçonnique est de faire de cet arbre non un objet mais un sujet et donc un outil pouvant se prêter à une exégèse qui permettra de l’associer à d’autres sujets symboliques tels que, par exemple, l’Échelle Mystérieuse du 30ème degré du REAA.

Le mot hébreu séphirah, signifie nombre et numération. Fondamentalement, elles représentent une façon de lire l’absolu à l’aune de la relativité et de la diversité qui caractérisent l’humain et sa pensée. Á cet égard, on pourra considérer les séphiroth comme des émanations, des reflets, des coupes, contenant ou relatant l’esprit créateur, un peu comparables aux gloires divines, terme, soit, un peu flou mais qui nous permet d’imaginer au mieux une espèce d’entre-deux entre esprit et matière. L’émanation me paraît, à cet égard, explicite, sous-tendant l’idée d’une source et de sa diffusion dans l’espace ambiant, qu’il soit physique ou intellectuel. De façon didactique, cet entre-deux pourra nous permettre de formater notre intellect à un entendement nuancé, mais aussi constructif, ce qui est le but affiché de la franc-maçonnerie. Dans cette optique, il ne faudra pas, selon moi, essayer de faire rentrer l’Arbre Séphirotique dans les cases d’un rite ou d’un rituel, mais d’y voir une forme de perception secondaire, par le symbolisme mêlé de cet arbre et de celui des degrés maçonniques. Par exemple, essayer de faire coller la position et la nature des séphiroth sur la structure des officiers disposées dans la loge symbolique est condamné selon moi à l’échec.

Car même si nous pouvons assez aisément rapporter les 3 séphiroth supérieures (Kether, Hochmah, Binah) aux 3 officiers de l’Orient, rien ne vient clairement corréler les autres séphiroth aux officiers « subalternes ». Pire encore, ces tentatives désespérées à imaginer une cohérence pourra obérer l’impact symbolique de l’Arbre Séphirotique, en annihilant en quelque sorte sa portée. L’Arbre Séphirotique n’est pas, en effet, un rituel, mais plutôt l’approche secondaire d’une réflexion déjà aboutie. On ne pourra donc le confronter qu’à des objets de même nature, comme d’autres plans, tels celui de l’Échelle Mystérieuse.

Ce qui pourra tromper l’initié et le conduire à « ritualiser » l’Arbre Séphirotique, comme d’ailleurs l’Échelle Mystérieuse, sera le fait qu’ils sont gradatifs, articulés et, semble-t-il, hiérarchisés.  Mais ces caractéristiques générales n’appartiennent pas qu’au rituel : des formes de pensée élaborée peuvent également présenter cette structure. N’oublions jamais que la franc-maçonnerie est une méthode, et qu’à cet égard, chaque pensée produite est destinée à se formaliser concrètement, afin que l’initié puisse ensuite pousser plus avant le résultat obtenu en mettant « de la chair » autour de formules arides ou désincarnées. C’est ce qui différencie l’Art Royal d’un ésotérisme sulfureux ou sectaire : il ne laisse pas la place à un à peu près, qui pourrait être préjudiciable à l’intégrité morale ou physique d’un récipiendaire, en le perdant dans des propos lénifiants ou des volutes sémantiques inutiles.

Á cet égard, ça n’est d’ailleurs pas un hasard si le 4ème degré du REAA, Maître Secret, insiste lourdement sur l’idolâtrie potentielle qui peut affecter un esprit faible soumis à un discours par trop obscur ou nébuleux. D’autres degrés rapportent plus précisément encore cette idolâtrie tendancieuse. Je citerai le 23ème degré et sa phrase d’ordre :   D- « Etes-vous Chef du Tabernacle ? »  R- « Je connais le nom qui fait trembler les anges déchus ». Qu’est -ce qu’un ange déchu, au-delà de son narratif religieux ? C’est une pensée dissonante, une attitude fallacieuse, un silence coupable, tout en fait ce qui contribue à dissocier, à démanteler un ensemble préalablement construit. Ça n’est pas un hasard si la déchéance porte ici sur l’ange, dont on connaît le rôle articulaire entre le principe créateur et nous-mêmes.  L’ange déchu est l’antithèse du fidèle, au sens de possesseur de la Foi. Il est aussi bâti sur un modèle intercessif, tout comme l’Arbre Séphirotique, ce qui accroit à ce stade sa capacité de nuisance. Les faux prophètes et les Moloch sont des entités intemporelles car consubstantielles à la nature humaine : elles ne sont pas plus d’aujourd’hui que d’hier, car il s’agit de cheminements dévoyés, remis en permanence au goût du jour, réactivés par les travers de l’humain. Je citerai enfin le 24ème degré du REAA, Prince du Tabernacle, dont la pensée tripartite sera une façon d’actualiser ce qui transforme profondément, et qui sera, par principe, difficile à admettre, illustrée, dans le rituel de ce grade, par « les enfants incestueux de la chimère et du délire, les autels renversés, la licence de Salomon », c'est-à-dire par les tréfonds chaotiques de notre personnalité.

Des modèles symboliques, tels l’Arbre Séphirotique et l’Échelle Mystérieuse permettront in fine de contrer toute déviance née d’approximations, de vides sémantiques ou d’hyperboles fumeuses. Les cinéroth, ou chemins qui relient les séphiroth seront à cet égard aussi importantes que lesdites séphiroth : elles viseront à une juste répartition des « charges et tensions » qu’on rencontre dans tout système complexe. Á cet égard, les cinéroth tendront plus à considérer l’Arbre Séphirotique comme une matrice numérale chinoise, dans laquelle les différents éléments constitutifs échappent à la simple loi de la cause et de l’effet.

Les cinéroth étageront, équilibreront, répartiront et moduleront les séphiroth en un ensemble qui se rapprochera plus d’un flux que d’une structure inertielle.  Alors, bien entendu, pour des considérations pratiques, l’Arbre Séphirotique sera formalisé comme une arborescence figée, et c’est l’intellect humain, par ses incessants voyages suivant les chemins constitués, et suivant son degré de Connaissance du moment, qui modèlera ces modèles aussi transitoires que complexes. Les 22 cinéroth de l’Arbre Séphirotique auront donc la fonction fondamentale de délester la pression en étau créée en amont par les 3 Aïnim et en aval par l’univers tangible. Ces cinéroth, à la façon de la lignée patriarcale séthienne accompagnant la Chute Adamique de l’Eden au monde tangible, permettront, par leur répartition harmonieuse, de diluer cette différence considérable de potentiel établie entre Divin et humain.

La disposition étagée et le nombre de ces cinéroth, un peu à la façon des poutres d’acier d’une tour, vont répartir le poids et la pression en en viabilisant l’usage. Les cinéroth contribueront donc, à la façon d’un lien structurel, à rééquilibrer en permanence les forces cohésives, conditions préalables à l’établissement du plan. Le plan n’est donc pas une image statutaire qu’on impose à notre entendement : c’est au contraire un flux idéel, momentanément arrêté afin de s’en accaparer les prérogatives. Le plan deviendra alors un jalon codifié, et la manifestation physique ou mentale calibrée d’une capacité de perception variable et néanmoins évolutive.

L’Arbre Séphirotique sera aussi une interface que je qualifierais d’« organique », eu égard à ses anastomoses avec l’humain, dont la fonction première sera de relativiser l’Absolu ou l’Ineffable par une somme de reflets qui ne seront que la distribution relative de nos sens et de notre entendement à l’aune d’un principe premier, dont la nature variera selon nos convictions. Alors, j’y reviens sommairement, cet Arbre subira une énorme pression car il ne s’inscrira pas dans un univers tel celui du Divin ou celui de l’Humain, où une place légitime et donc sans tensions l’attendrait. Au contraire, le choix de l’Arbre Séphirotique, situé entre l’Absolu et la relativité imposera une rigueur et une contrainte spéculative formidable, dont l’issue intellectuelle, à savoir une compréhension plus fine des choses, deviendra incontournable, car tout simplement vitale.

Je ne perds pas de vue que les séphiroth semblent, malgré leurs articulations multiples, soumises à une certaine hiérarchie, en premier lieu parce que le monde divin qui semble les surmonter est par nature plus élevé que des considérations plus incarnées. Le rituel du 4ème degré du REAA ne nous dit-il pas : « vous commencez à pénétrer les hautes régions de la vie spirituelle » ? On classifie communément les 10 séphiroth visibles en 3 catégories : les 3 supérieures, Kether, Hochmah et Binah, puis les intermédiaires, puis les inférieures. Encore une fois, il ne s’agira là que d’une didactique dont les biais, pourtant nécessaires à l’instruction humaine, ne seront pas, dans l’absolu, universels.

Dans les faits, toute production de la création sera un plan car, si la créature au sens large existe, c’est bien qu’elle est délimitée, équilibrée et le fruit d’un long façonnage, sans quoi elle n’atteindrait pas le seuil de l’Existence, et disparaîtrait instantanément. L’occurrence du plan signifiera simplement que l’œil et l’intellect de l’initié ont atteint ce niveau de discernement (relire le texte rituel de la cérémonie d’initiation du 12ème degré du REAA, Grand Maître Architecte).

Ce discernement préexistait chez le maçon des premiers grades, mais sa formulation en demeurait voilée : son signe manifeste, bien que très discret, transparaissait déjà dans l’épellation du mot sacré du 1er degré, fait de lettres et d’espaces comparables aux séphiroth, « nombres » en hébreu, et aux sentiers, les cinéroth, comblant en les distinguant lesdites séphiroth. Également, ’épellation, par Guibulum, du nom ineffable, au 13ème degré, viendra avaliser l’identification du 12ème degré, et faire de chaque épellation un plan par lui-même, formé de lettres et d’espace.

Thierry Didier.

Plus loin, plus haut avec Thierry Didier. Ses livres.

Éditions: Symbolon. Le Compas dans l'oeil. LoL. 

Thierry Didier - L'Arbre Séphirotique.
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