DU FRÈRE PETER BU SUR VERTICALITÉ ET HORIZONTALITÉ
Verticalité et horizontalité
Pendant des millénaires, à tous les niveaux de la société, de la famille jusqu'au royaume et à l'empire, la meilleure gouvernance était verticale.
Il est donc normal que la Grande Loge Unie d'Angleterre se soit construite de cette façon. Elle a bâti à travers la planète une formidable organisation pyramidale, bien structurée, relativement homogène, sans pour autant être figée par un seul et unique dogme. En faire partie est valorisant et les membres de cette confédération y tiennent absolument.
Cependant, la « globalisation », commencée à la Renaissance, devenue clairement perceptible au XVIIe - XVIIIe siècles et culminant aujourd'hui, impose aussi un autre modèle de relations sociales, économiques et politiques qui est, lui, horizontal.
Au XXIe siècle les deux systèmes de gestion, vertical et horizontal, sont indispensables. L'humanité est entrée dans une époque d'échanges et de confrontations entre toutes les civilisations existantes, trop différentes les unes des autres pour pouvoir s'adapter à un mode de vie et de gouvernance uniques. A cette échelle l'organisation horizontale pourrait être plus efficace que la verticale. Car elle s’accommode mieux de la diversité et l'apprécie comme source d'inspiration. Or, pour parvenir sans catastrophes majeures à réunir toute l'humanité il faudra bien utiliser toutes les connaissances accumulées depuis des millénaires par ses diverses composantes.
Chez les francs-maçons cette « horizontalité » est pratiquée avec plus ou moins de bonheur par les obédiences qui ne font pas partie du système anglais, moins nombreuses mais d'une grande vitalité. Elles semblent mieux accepter dans leurs rangs la mixité sociale et sont plus diversifiées dans leurs pratiques. Si elles sont, elles aussi, organisées suivant un plan vertical, les liens entre les loges et leur administration centrale sont assez relâchés, les accords entre les obédiences moins denses et souvent limités dans le temps. Toutefois, leurs adhérents ne voudraient pas renoncer à leur liberté de conscience, ni à leur influence sur l'évolution de la société. Ils en sont aussi fières que leurs homologues de la Grande Loge Unie d'Angleterre peuvent être de leur excellente organisation et de leur unité.
En tant qu'élite les francs-maçons doivent parachever leur quête de l'universalisme en construisant des ponts entre toutes leurs obédiences (sans abîmer les berges...) – suivant un plan horizontal. Cette tâche correspondant à l'apprentissage de la tolérance fait partie de l'initiation maçonnique.
A l'instar des États, souvent ennemis mortels, qui ont pourtant créé l'ONU où ils apprennent à collaborer (en mélangeant la gouvernance verticale et horizontale...), à l'instar des religions qui ont cessé de s'excommunier les unes les autres (seules leurs ailes fanatisées appellent encore à exterminer les « infidèles »), les francs-maçons qui, eux, n'ont jamais mené aucune guerre, pas plus à l'extérieur de leur mouvement qu'entre ses divers courants, ne devraient-ils pas être capables de se réunir tous dans une organisation universelle?
L'un des cheminements possibles vers cet objectif serait la fondation de la Confédération mondiale des obédiences maçonniques. (1)
La Confédération préserverait la diversité de démarches et d'alliances des organisations maçonniques existantes. Pas plus que l'ONU ne modifie ses États membres elle n'aliénerait ses adhérents. Il ne s'agit pas de créer une "super-obédience", mais de poursuivre l'oeuvre des initiateurs de la franc-maçonnerie moderne, bâtisseurs de la fraternité universelle.
Réaliser une telle union sera sans doute difficile mais pas impossible. L'atteindre nécessite l'humilité de ne pas se croire meilleur que les autres, ni individuellement, ni collectivement, la sagesse de ne pas souhaiter leur imposer sa propre vérité, l'abandon du rêve de les régenter.
Dans le monde actuel la franc-maçonnerie a un important rôle à jouer. Par rapport à cette tâche ses divisions internes ne sont pas insignifiantes. Les enjamber est à la portée des « initiés » (2).
Peter Bu
- www.call-of-bratislava.com
- Après 25 ans de pratique plutôt intensive je trouve toujours que dans notre monde en proie à la course au profit, à la haine et à d’innombrables conflits sanglants, la franc-maçonnerie est un petit miracle. Dans toutes les loges de toutes les obédiences que j’ai pu visiter, proches des religions ou pas, orientées vers la métaphysique ou préoccupées par des questions sociales, « unisexe » ou « mixtes », « régulières », « reconnues » ou pas, partout règne la même atmosphère fraternelle qui s’exprime par l’intérêt que les uns portent aux autres, par leur écoute, l’acceptation des différences d’opinions et, surtout, la conscience que tous les humains sont fondamentalement proches. Sur ce point, malgré les « chamailleries » inter-obédientielles, la franc-maçonnerie est unie.