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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le
LE RIRE EST LE PROPRE DE L'HOMME
Rire de tout, rire pour un rien, rire enfin, rire derrière le masque, mieux rire sans le masque, rire enfin...

 

Ce dictionnaire est aussi un sourire ! 
À défaut de médicament contre le virus de la COVID, essayez d'attraper le virus du rire.

 

EXTRAITS:

DICTIONNAIRE ABRÉGÉ DES PENSÉES INCORRECTES
Ou les aphorismes illégaux
Enver Socute

Agents d'ambiance
Préposés en charge de l'animation d'un espace public.
Exemples : Hôtesse d'accueil, banquier au guichet, député... (voir Députés LREM)

Dépeceur
Commis de boucherie qui réalise les opérations de découpe de viandes selon la réglementation des services vétérinaires. Synonyme : Prince héritier Arabe.

« En même temps »
Doctrine politique contemporaine qui consiste, entre une solution intelligente ou stupide, à choisir dogmatiquement la médiane, pour complaire à tout le monde, sans satisfaire personne.

Féminisation du dictionnaire
Le comble du ridicule est atteint lorsqu'on songe à féminiser le mot sapeur-pompier. La « sapeuse-pompière » évoque davantage une hétaïre aux spécialités affolantes.

Financier
Activité qui consiste à céder des valeurs avant qu'elles ne s'effondrent pour les racheter après et les revendre encore.

Koons® Inc.
Manufacture de gadgets et de farces et attrapes.

Paris (Ville de)
Préservée depuis Sainte Geneviève qui fit barrage à Attila, elle ne connut que deux fléaux : l'occupation allemande et le mandat d'Anne Hidalgo ; le second étant pire que le premier.

Propagande
Elle est telle aujourd'hui que le simple fait de dire la vérité apparaît subversif.

Psychanalystes lacaniens
Fieffés escrocs qui créent des maladies qu'ils ne parviennent pas à guérir.

Sectes
Elles créent des hiérarchies parallèles qui offrent aux ratés une seconde chance d'échouer davantage.

Véran ( Le )
Nom commun synonyme de virus technocratique.

NOTE DE L'ÉDITEUR
C'est au nom de la liberté d'expression que nous éditons cet ouvrage dont pourtant la lecture nous a saisi d'effroi par sa « mal-pensance » assumée et son insupportable cynisme. Aussi sommes-nous contraints de décliner toute responsabilité quant aux propos malsains tenus par les auteurs de ce livre odieux. 

CONTRE-LETTRE.FR | ÉDITEUR À PARIS

Le commentaire d'un lecteur:


En ces temps difficiles où l'intérêt individuel, matiné de couardise et d'inculture, détruit lentement notre organisation sociale laborieusement construite depuis des millénaires et fondée sur le principe que le développement et la préservation du groupe contribue à celui de chacun de ses membres et que ce dernier n'a de raison d'être que dans l'élévation intellectuelle et le travail de tous, le Dictionnaire abrégé des pensées incorrectes est une bouffée d'oxygène salvatrice.

Au delà du plaisir que ce petit fascicule m'a apporté, me provoquant parfois de joyeux fou-rires, les questions qu'il pose dans ses définitions sont fondamentales actuellement.
Dans un style parfait me rappelant un irrévérencieux appelé Pierre Desproges, il vous permet également de prendre du recul par rapport au discours ambiant servi par de médiocres politiques sans visions, relayés par des médias serviles et des experts proclamés au profit d'une population paresseuse et trouillarde.

Au delà de son humour ce petit dictionnaire pose également en toile de fond la question de la réalité et du rôle de la FM dans ces temps incertains!
Bref lisez le au plus vite!

Sinon, en ce qui me concerne, dans ma campagne profonde, ces temps de confinement ou de couvre-feu ( cela existe même en temps de paix?) ne diffèrent pas beaucoup de la vie ou l'absence de vie qui la caractérise et, ma progéniture parfois presque encore criarde qui demande au quotidien, attention et réponses à notre actuelle société débile plus mes occupations personnelles ou professionnelles ne me laissent peu de temps. Bref, tout va bien. J'espère qu'il en est de même pour chacun de vous.

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Publié le par Jean-François GUERRY
LA FIN DE L'UNIVERSALISME ?

LA FIN DE L'UNIVERSALISME ?

Je n’ai nullement l’intention de faire une recension du Livre de Michel Onfray, j’en suis incapable, mais les premières lignes que j’ai parcouru m’on incité à une réflexion en conservant la distance nécessaire. Je ne suis pas clairement convaincu par toutes les thèses et les pensées du philosophe, mais il convoque dans notre monde formaté, notre jugement.

Michel Onfray ne s’abreuve pas à l’eau tiède du en même temps permanent, cela provoque parfois des outrances, le plus souvent des lucidités sur notre société, ceux qui la dirige ou font comme si, et surtout sur nous-mêmes, sur ce que nous sommes capables comme l’on dirait vulgairement d’avaler sans rien dire ; comme au temps passé de l’obscurantisme qui semble revenir dans notre société.

 

Alors on aime, ou, l’on n’aime pas, mais il faut peut-être écouter des voix différentes et de temps en temps à défaut de les entendre totalement, en retenir quelques sons.

 

Le créateur de l’Université libre, vient de sortir un nouveau livre La nef des fous sous-titre des nouvelles du bas empire. Promotion oblige et aussi bon client il fait son tour des médias. Son analyse sur la société actuelle est le moins que l’on puisse dire pas très optimiste, pourtant dans ce livre qui prend la forme d’une éphéméride, il décrit la décadence de notre société. Il explique cette décadence par la fin de l’Universalisme, et la tyrannie des minorités.

 

Il prend pour exemple le discours de Aïssa Maîga dénonçant la sous-représentation des minorités ethniques dans le cinéma français, lors de la cérémonie des césars 2020. Il dénonce lui ce discours : « moi je n’ai jamais affaire à des femmes, des blancs, des musulmans, des juifs…. J’ai affaire à des êtres humains…. C’est la fin de l’universalisme, on ne peut pas faire une communauté si chacun revendique sa subjectivité, on n’arrive pas à faire République. »

 

Michel Onfray déplore « le catéchisme progressiste obligatoire » sur tout « identité, changement climatique…sous peine d’être assimilé à ‘un fasciste’, ainsi l’on peut se faire insulter sans débat. »

 

Dans un trait il lance ce que certains considéreront comme une diatribe, d’autres comme un éclair de lucidité : « la dictature de l’émotion, c’est le refus de la raison. »

 

Votre prof de philo dirait ou aurait dit qu’en pensez-vous ? Vous avez trois heures. Vous qui avez l’âge de raison 7 ans voir plus qu’en pensez-vous vraiment ? J’attends vos commentaires.

 

Jean-François Guerry.   

Présentation de l'auteur

Un journal du Bas-Empire de notre civilisation qui s'effondre. 

Sous la forme d'une éphéméride, et ce sur presque tous les jours de cette année 2020, je consigne chaque délire dont notre temps est capable.
Dans ce journal se croisent une petite fille de huit ans qui veut changer de sexe depuis l'âge de quatre ans ; des égorgeurs présentés comme de pauvres victimes d'elles-mêmes ; une jeune fille qui ne va plus à l'école et prophétise la catastrophe climatologique dont le clergé de son pays nous dit qu'elle est le Christ ; des femmes qui vendent des enfants pendant que d'autres les achètent ; l'Église catholique qui court après les modes du politiquement correct ; le journal Libération qui se dit progressiste en célébrant la coprophagie et la zoophilie ; des végans qui militent contre les chiens d'aveugles ; une anthropologue qui trouve qu'il y a trop de dinosaures mâles et pas assez de femelles dans les musées ; des pédophiles qui achètent des viols d'enfants en direct sur le Net ; un Tour de France qui commence au Danemark et un Paris-Dakar ayant lieu en Amérique du Sud ; un parfum élaboré par une femme à partir des odeurs de son sexe ; un chef de l'État qui, entre autres sorties, se félicite que ses ministres soient des amateurs ; Le Monde qui estime courageuse une mise en scène théâtrale qui présente Lucien de Rubempré en femme ; le pape et Tariq Ramadan pour qui le coronavirus est une punition divine – et autres joyeusetés du même genre... Entre rire voltairien et rire jaune, cette Nef des fous est un genre de journal du Bas-Empire de notre civilisation qui s'effondre.
M. O.

COMMENTAIRE REÇU SUR : 

courrierlafmaucoeur@gmail.com

Egidio Luz
lun. 8 mars 21:20 (il y a 10 heures)
 
À moi
 
 
 
 
 
 
TC et BAF, 
Paix, Salut et Fraternité, en ta demeure !
 
Merci de proposer aux F:.de mener une réflexion sur les "constats" listés par cet auteur. Avez vous écouté l'interview qu'il à donnée à Ruquier, le 6 mars dernier sur la 2 ? 
Cela en vaut la peine, et je rejoins votre propos en grande partie  et insiste sur la pédagogie que tout Frère voulant Instruire se doit de méditer. 
Instruire à notre époque est le défi le plus essentiel de la FM, et pourtant il me paraît le moins relevé. 
Les Obédiences pèsent avec l'observation scrupuleuse, jusqu'à la paranoïa, des Landmarks. Vénérerait t'on ce qui nous sépare, au détriment de ce qui nous rassemble...?
Onfray decrête la fin de l'Univers-el, il importe ici de traduire EL par LUI ou bien de féminiser le propos Unis-vers-Elle, la Sagesse, voire Unis-Vers-Elles, Sagesse Force et Beauté...voire davantage n'avons nous pas 10 Séphirot Vénérable Frère...
Des F:.en errance, désabusés et dont les paroles telles les litotes, répètent à qui veut les entendre : "non des visios ce ne sont pas des Tenues".
Oubliant par la même ce que de simples profanes, humblement pratiquent, ils prennent des nouvelles de leurs semblables. La situation sanitaire, qui n'est pas une crise, car la solution n'est pas trouvée, mais "ON" cherche...
Oui ce "ON" de ci, de là, tatonne et ON recherche, des bribes, éparpillées que ON rassemblera....ce n'est plus le même ON. Ici bas, ailleurs aussi, tout se transforme, même lorsque les F:. n'ont plus ce FEU activé à leur re-naissance et que les conditions profanes ont réduit l'intensité de la flamme....
 
Onfray parle de décadence, ce que je récuse. La décadence génère une forme de consensus dont l'ON se satisfait. 
Tel n'est pas le cas de la FM...chacun des F:.est impacté et va connaître des émotions, sur lesquelles il va utiliser ses outils pour comprendre et agir. 
Parfois par un simple "retrait" ou un total sommeil, à minima une absence dans la célébration des Tenues. Plutôt que de jeter le bébé et l'eau du bain, nous FM de toutes origines n'avons nous pas en partage cette même absence de Tenues? 
Nous avons su nous édifier par la présence, mais les Symboles, les Signes et les Paroles sont toujours là...
Le Niveau, l'Equerre et la Perpendiculaire ont traversé bien des cataclysmes.
La situations sanitaire que nous vivons, n'est pas un cataclysme et le mot même de "pandémie" me paraît surdimensionné quand bien même, une victime est une victime de trop. 
Plutôt que de conclure à la décadence, j'invite, en respect du Serment que nous avons tous prononcé, à user et réaliser que plus que jamais Ordo Ab Chaos est notre Planche commune et salvatrice.
 
J'ai dit....
 
Egidio LUZ
Aperçu du livre les premières pages sur GOOGLE BOOKS.

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Publié le par Jean-François GUERRY
RECENSION : KABBALE et FRANC-MAÇONNERIE de Marc HALÉVY – Part -IV- « TEMPLE »

RECENSION : KABBALE et FRANC-MAÇONNERIE de Marc HALÉVY – Part -IV- « TEMPLE »

 

Dans cette quatrième partie, dans les pas de Marc Halévy, nous entrons dans le Temple, le schéma est le même une réflexion personnelle inspirée par la lecture de différents ouvrages, des rituels maçonniques et de la pratique. Puis quelques extraits commentés du chapitre « Temple » du livre de Marc Halévy.

 

Le Temple est le symbole sur terre du ciel, c’est le lieu de la rencontre avec l’esprit. Saint-Paul à dit : « Le corps de l’homme est le temple de l’esprit. » Dans le temple se manifeste l’unité, les hommes se retrouvent, c’est un lieu de réunion, de la réunion de ce qui est épars. Lieu de l’harmonie, de l’ordre qui succède au chaos, c’est le lieu où se manifeste la fraternité universelle, la fraternité humaine. Un lieu magique et mystérieux propice à l’élévation spirituelle.

 

Ce n’est donc pas par hasard, que les francs-maçons, ont choisi   comme maïeutique initiatique, le symbolisme de la construction du Temple de Salomon. Les outils symboliques sont autant de leviers figurant les vertus indispensables à la construction de l’homme qui désire à la fois la vie bonne, la justice et le règne de la fraternité humaine.

 

En construisant le Temple de pierre, l’homme se construit lui-même, les énergies et la force qui sont en lui, vont lui ouvrir la porte du temple de l’esprit. Descendu dans sa crypte intérieure, il cherche la lumière enfouie au plus profond de son être, sa remontée pour recevoir la lumière est comparable à son ascension le long du fil à plomb qui monte jusqu’à la voûte étoilée. C’est sans doute ce qui inspire la construction des flèches des cathédrales, où la dentelle des pierres laisse passer la lumière.

La beauté du temple devient alors le reflet d’un ordre harmonieux.

 

« Ce monde est beau ! Sa beauté est le pressentiment du ciel. » a dit Odon le fondateur de Cluny.

 

L’harmonie du Temple est l’harmonie du monde à ce titre la Genèse est significative : « Quand Dieu créa le monde, il le regarda et l’ayant regardé, il le jugea parfait. » Comment ne pas faire l’analogie avec les paroles du Roi Salomon admirant le Temple achevé construit par l’architecte Hiram qui s’exclama : « Tout est juste et parfait. »

 

Le franc-maçon qui au terme du cycle de ses degrés de perfectionnement après être descendu dans la Voûte Sacrée, ayant approché l’ineffable, remonte et contemple le Temple en ruine, s’exclame alors « J’ai encore à me perfectionner ».

 

Il prend conscience que le Temple est en lui, c’est le lieu de la rencontre entre le microcosme et le macrocosme, entre l’infiniment petit et l’infiniment grand, entre le matériel et le spirituel, entre le corps et l’âme. Cette âme, cette belle âme si subtile à la pointe de l’esprit. Cette âme qui anime le corps de l’homme certains l’appelleront conscience, peu importe c’est le mouvement de l’âme qui compte. Son éveil, son essor, l’élan, le commencement du chemin, le bon mouvement de l’âme, fait les belles âmes.

 

L’on revient à la connaissance de soi, comme l’écrit Marie-Madeleine Davy « La connaissance de soi est donc par excellence la science de l’homme par rapport à l’univers et à Dieu. »  L’on retrouve ici l’oracle écrit sur le fronton du Temple à Delphes, un Temple où n’entre que les géomètres.

« Cette connaissance de soi, introduit l’homme dans le cosmos, où il apprend le secret de la création. Et ce secret est une révélation de l’unité et de la beauté du monde. »

 

C’est cet ordre du monde, cette beauté du monde que nous montre le temple et ses symboles. Les bijoux, les trésors de la loge maçonnique sont à la fois mobiles portés par les trois premiers officiers, qui forment le premier triangle créateur, on les retrouve sur le tableau de loge. L’homme est comme le temple ; le temple est comme l’homme.

Marc Halévy écrit Que le Dieu du Sinaï prescrivit la théophanie ainsi à Moïse.

Un Temple-Tabernacle construit sur un ternaire : le parvis (pour les apprentis et les douze tribus), le Saint (pour les compagnons et le lévites), et le Saint des Saints (pour les Maîtres et le Cohen).

 

L’homme qui ne s’est pas construit, l’homme charnel est bien différent de l’homme spirituel. L’homme charnel est décrit dans l’Ecclésiaste (IV-10) comme le Vae Soli, l’homme seul abandonné, incapable de communier c’est le malheur de l’homme, égoïste et vaniteux.

Dans le temple nous sommes rassemblés en fraternité. L’initiation maçonnique à besoin du collectif, les sœurs et les frères éprouvent bien en ce moment la souffrance qu’il y a, à ne pas se rencontrer, par la faute de cette pandémie qui nous éloignent de nos temples.

 

Vae Soli ! Malheur à l’homme seul sont donc les paroles de l’Ecclésiaste.

 

« Tel homme est seul, sans personne, ni fils, ni frère ; cependant il n’y a pas de fin à tout son travail et ses yeux ne sont jamais rassasiés de richesse…. Pour qui donc est-ce que je travaille et prive mon âme de jouissances ? Cela aussi est vanité et occupation fâcheuse.

Deux valent mieux qu’un ; car ils en retireront bon profit de leur labeur. S’ils tombent, l’un peut relever son compagnon ; mais malheur à celui qui est seul ; s’il tombe, il n’a pas de second pour le relever.

De même si deux sont couchés ensemble, ils ont chaud ; mais celui qui est seul, comment aurait-il chaud ?

Et si un assaillant l’emporte sur un seul, deux lui tiendront tête. Le cordon triple ne se rompt pas de sitôt. »  

 

La construction du Temple est à la fois une véritable cosmogonie et une théogonie. Dans le Temple maçonnique se retrouvent des hommes qui cherchent derrière les symboles les idées. Ils décryptent peu à peu le langage des oiseaux, en suivant la huppe du Roi Salomon. Ils font du commun, ensemble ils recherchent l’unité, rien ne peut les séparer, ils sont là pour communier. Avant de clore leurs travaux momentanément ils joignent leurs mains pour former une chaîne fraternelle où leurs esprits s’unissent, la chaîne ne se rompt pas, elle se quitte un instant pour se reformer. Quand un maillon vient à manquer, il est remplacé par un autre, l’âme de celui qui est parti est toujours présente dans les esprits de ceux qui sont restés, elle fait trace, elle est capable d’insuffler sa force à cette chaîne universelle.

 

Le livre ouvert au prologue de Jean, nous rappelle que le Verbe est lumière, que la lumière est venue des ténèbres, quelle est commencement. Cette lumière est venue donner la vie de l’esprit à la chair, car la chair ne saurait se suffire à elle-même elle aspire, à accéder à l’esprit. C’est cette tension vers le sacré, vers le Divin qui conduit l’homme à frapper à la porte du temple, il a entendu les paroles « frappez et l’on vous ouvrira, …. »

C’est par amour des hommes que le Verbe s’est fait chair, « le Verbe s’est fait chair afin d’amener les hommes à la vie de l’esprit. »

 

Pénétrer dans un Temple provoque toujours un choc émotionnel, l’on cherche immédiatement la lumière, le regard se porte vers la voûte, c’est le commencement d’une ascension spirituelle, quel que soit ce Temple il relie à l’esprit. Nous passons du profane au sacré, entre les colonnes, puis l’on entreprend cette marche vers la lumière pâle de la Lune, puis vers le Soleil à son zénith, puis l’on fait le tour du cercle pour se placer au centre, face la Lumière Véritable éternelle qui brûle et brille à l’Orient.

 

Depuis la nuit des temps, l’homme, a vu l’image du Temple en lui, cela lui a inspiré des constructions phénoménales, la terre du Nil en témoigne. L’architecture du Temple de Louxor sur les bords du fleuve sacré est emblématique, l’art de la construction est l’Art Royal, Louxor est face à la Vallée des Rois !

Au-delà des pierres monumentales, l’assemblage des pierres, est une philosophie de la mesure, de l’harmonie entre la matière et l’esprit. Prendre la mesure de son soi, se connaître s’est ouvrir la porte de l’univers et des Dieux.

 

Tracer un plan, sur la planche à tracer, ou dans le creux de sa main, c’est être le Maître Architecte de sa vie, s’harmoniser avec la nature, en force, sagesse et beauté.

 

L’homme qui vient de l’humus est nourri par les limons du fleuve, qui descend de la montagne, fleuve qui se jette dans l’océan, dans chaque vague, dans l’écume lumineuse même il y a une partie de l’esprit de l’homme, purifié par les éléments.

 

Quand l’homme prend conscience que le temple est lui grâce à la Connaissance, il ne poursuit plus les chimères artificielles des temples matériels, il voit la Lumière du réel, alors il commence la construction de son être véritable, le chef d’œuvre de sa vie, il s’est délesté des pelures de l’apparence.

 

C’est le message du prophète Ézéchiel aux hébreux exilés à Babylone après avoir été dans l’erreur. Ézéchiel dans sa vision reçoit l’ordre de tracer le plan du nouveau Temple de Jérusalem, sous les yeux décillés des hébreux. Il précède ainsi la vision de Jean de Patmos et son apocalypse.

 

Le Temple a des diagrammes symboliques, des représentations symboliques sommaires, mais parfaitement ordonnancées, les unes par rapport aux autres. D’où le soin particulier qu’apportent les francs-maçons à l’ordonnancement du Temple et sa représentation sur le tableau de loge, le mandala tracé sur le pavé mosaïque. On ne trace pas n’importe comment un tableau de loge, il y a un rite de construction, une progression semblable au chemin de l’initié dans le Temple de l’esprit ; le tableau de loge se dévoile peu à peu comme se dévoile le temple de l’homme en l’homme.

 

La polysémie du mot Temple, est une ouverture de ses portes mystérieuses, derrière le temple de pierre, il y a des Temples de l’esprit, la nature même est un temple avec ses forêts de symboles comme le disait Baudelaire dans ses correspondances, l’homme se promène au milieu de ces symboles.

 

J’arrive à la deuxième partie le Temple selon Marc Halévy-

 

Regard Maçonnique :

 

« La Franc-Maçonnerie est une mystique de la construction du Temple. »

 

Posture métaphysique moniste.

 

« Ici, nous partons du postulat que le Réel, le Tout, l’Un, l’Univers, le Divin sont autant de synonymes. »

 

Marc Halévy aborda trois principes que je vous laisse découvrir à la lecture de son livre :

 

« Le Principe d’Intentionnalité, le Principe de Constructivité, le Principe de Cohérence. »

 

Je m’arrête sur ses définitions du Principe de Cohérence :

 

« S’accomplir c’est faire croître sa cohérence personnelle dans toutes les dimensions de son devenir. »

 

« L’ennemi de la cohérence c’est le chaos. »

 

« Cette cohérence du Réel implique l’interdépendance  de tout avec tout : c’est la fraternité universelle. »

 

 Il aborde maintenant Le Regard Kabbalistique sur le Temple.

 

Du Tabernacle de Moïse

 

« …. Il est la Tente de la Rencontre, un lieu sacré de Théophanie. Là, le divin et l’humain se rejoignent, se touchent et dialoguent. »

 

« Le Tabernacle, … lieu mystique par excellence, lieu de contact et d’union. »

 

« Passer du profane au sacré, c’est passer de l’apparence au réel. »

 

« …., il y a des animaux métaphysiques qui ont entendu une voix, un murmure, leur susurrer  que l’apparence n’est pas le réel et que le réel est accessible en passant de l’autre côté. »

 

Le Chapitre sur le TEMPLE se termine par un paragraphe :

 

Entre et Terre et Ciel.

 

Belle image du Temple et de l’Homme.

 

Encore une fois je vous invite à la lecture de livre, que je dirais essentiel, au sens de l’essence.

 

Jean-François Guerry.

 

À suivre : Recension Part -V- Kabbale et franc-Maçonnerie – DIEU - CHEMIN-

POUR COMMANDER LE LIVRE.
 https://comptoirdulivre.fm/religions/3126-marc-halevy-kabbale-et-franc-maconnerie-9782919656394.html
Pas beaucoup d'articles ces derniers jours, j'avais des problèmes informatiques résolus partiellement.
Bon dimanche.

 

JF GUERRY

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Publié le par Jean-François Guerry
Bonjour  !

 

Je suis depuis hier sans possibilité de connexion internet facile.

 

J'ai oublié la fin de mon article Kabbale et Franc-Maçonnerie sur le livre de Marc Halévy. J'ai donc fait une mise à jour.
Avec ma demande d'excuse pour cette pertubation.
Jean-François Guerry. 
Pour ceux qui veulent commander le livre de Marc Halévy.
Selon info d'un abonné au Blog il serait aussi maintenant disponible à la FNAC

​​​​​​​


https://www.helloasso.com/associations/academie-maconnique-provence/evenements/commande-du-livre-de-marc-halevy-kabbale-et-franc-maconnerie

academie.maconnique.provence@gmail.com

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Publié le par Jean-François Guerry
RECENSION : KABBALE et FRANC-MAÇONNERIE -Part- III- L'Homme  Livre de Marc Halévy

RECENSION : KABBALE et FRANC-MAÇONNERIE de Marc HALÉVY – Part -III- « L’HOMME »

 

 

« La Kabbale est une véritable science de l’être destinée à être vécue. »

(A.D. GRAD extrait de ‘Pour comprendre la Kabbale’ Éditions Dervy)

 

 

 

Si la Kabbale est une science de l’être, la Franc-Maçonnerie un Art Royal, une méthode pour la réalisation de l’être faisant appel au symbolisme de la construction, chacune à son héros, Hiram le Maître architecte pour la Franc-Maçonnerie et Adam pour la Kabbale.

 

Dans le chapitre de son livre consacré à « L’Homme » Marc Halévy, nous propose de poursuivre la méthode de l’analogie entre la Kabbale et la Franc-Maçonnerie deux voies parallèles. Il décline ainsi deux sous chapitres le premier Le Regard Maçonnique et le second Le Regard Kabbalistique.

 

Pour connaître l’homme il faut le nommer, l’homme maçonnique porte donc le nom d’Hiram. L’on connaît Hiram et sa légende à travers la Bible et ses exégèses, et à travers les rituels maçonniques et leurs exégèses. Jean-Claude Sitbon spécialiste du Rite Écossais Rectifié a écrit un ouvrage intéressant sur Hiram personnage biblique et maçonnique. Extraits des rituels maçonniques qui ouvrent la connaissance de l’homme « Hiramique »:

 

« L’histoire d’Hiram voile de grandes vérités pour le maçon qui veut s’instruire. » (Rite Écossais Rectifié)

 

« Hiram représente l’homme parvenu à la connaissance de soi, à la dignité dans toutes ses actions, à la compréhension des autres et à l’amour du prochain. » (Rite Français)

 

 

« Le Maçon que nous pleurons est notre Maître, que l’on nommait Imotep en Égypte et Hiram Abi à Tyr, et qui dirigeait nos travaux de par le Monde et nous éclairait de ses sages conseils. » (Rite Ancien et Primitif de Memphis et Misraïm)

 

 

« Une perte aussi importante que celle du principal architecte, ne pouvait manquer de se faire sentir partout, et très sérieusement. » (Rite Émulation)

 

 

« Le Maçon que nous pleurons est celui qui nous éclairait dans nos travaux, qui nous consolait dans nos afflictions et qui soutenait notre courage dans les difficultés. (Rite Écossais Ancien et Accepté)

 

Ces quelques phrases des rituels maçonniques suffisent à faire comprendre l’importance de l’architecte, ses qualités morales, son exemplarité sert de base à la construction du temple intérieur de chaque franc-maçon.

 

Si Hiram est l’homme maçonnique, Adam est donc l’homme Kabbalistique. (À noter que Noé est aussi considéré comme le prédécesseur de Hiram dans certains Rites Maçonniques, il fût architecte de l’Arche et premier navigateur, il préserva le meilleur de l’humanité, les symboles de l’Ancre de miséricorde, de la colombe et de l’arc en ciel constituent sa légende)

 

Suivant le schéma des deux premiers articles, je laisse aller ma réflexion personnelle et puis ensuite je reviens précisément à l’ouvrage de Marc Halévy.

 

De l’homme en général et de sa moralité.

 

                     « L’Homme est une chose sacrée pour l’homme. » (Sénèque)

 

Si comme nous l’avons vu précédemment la Kabbale est « Réception », elle est comme la Franc-Maçonnerie une méthode initiatique, c’est-à-dire commencement. Pour réaliser une belle réception il faut chacun le sait procéder par ordre s’assurer du désir de celui que nous allons recevoir, le recevoir dignement selon les usages. Ranger le temple mettre de l’Ordre dans le Chaos, pour recevoir l’homme, quel est cet homme ?

 

A la question qu’est-ce que l’homme ? Les réponses fusent, trop nombreuses sans doute et pas assez précises, une deuxième question surgit quel homme ?

 

Aristote y voyait : « Animal politique, un animal qui parle. » Platon : « Un animal aussi mais avec deux pieds et sans plumes. » Un animal raisonnable, un être bizarre qui rit selon Rabelais, ou encore un être qui pense selon Descartes, une bête de somme selon Marx, un démiurge, un créateur selon Bergson. Plus intéressant un être qui juge selon Kant, c’est-à-dire un être capable de penser par lui-même, un être de lumière, un homme des lumières, celui qui Sapere aude.

 

Marc Halévy nous rappelle que Hiram l’architecte est un homme accompli, c’est-à-dire achevé, qui atteint la plénitude, un Maître Parfait, cela nous remémore les paroles du Roi Salomon icône de l’homme juste, qui s’exclame devant le temple achevé « Tout est parfait. »

 

Marc Halévy convoque Emmanuel Kant et ses lumières, ses questions existentielles, questions que se pose tout homme à la recherche de la Connaissance :

 

« Que puis-je savoir ? Que puis-je faire ? Que puis-je espérer ?

 

Le Franc-Maçon sincère est un homme de désir, pas de plaisir, la curiosité malsaine n’est pas ce qui l’anime. Ainsi par les diverses enquêtes et les épreuves qui précédent son admission dans la fraternité l’on cherche à savoir quels sont ses désirs, que venez-vous faire ici Monsieur ? Le passage du profane au sacré doit être le passage de la souffrance à la joie, au profit moral.

On ne reçoit pas en Franc-Maçonnerie des animaux domestiques, mais des hommes libres et volontaires, il y a plus d’hommes sans désirs que le contraire.

 

L’homme des encyclopédistes Diderot et d’Alembert est :

 

« Un être sentant, réfléchissant, pensant, qui se promène librement sur la surface de la terre, qui paraît être à la tête de tous, les animaux sur lesquels il domine, il vit en société, il a inventé des sciences, des arts, il est bon mais aussi méchant, il se donne des maîtres, il fait des lois. »

 

Cela ressemble à un bissac à la fois trop grand ou trop petit, un fourre-tout, loin de l’essentiel du viatique confié au compagnon pour partir à la conquête du monde et réaliser le chef d’œuvre de sa vie.

 

La Franc-Maçonnerie se veut être un centre d’union de tous les hommespourvu qu’ils en soient dignes.

 

Devant la gageure de définir ce qu’est un homme, la tentation est grande de se cantonner à la biologie, à la classification de cette science, nous ne serions donc finalement que des homos du genre Sapiens bien ! Las notre époque moderne nous propose le clonage, l’eugénisme bientôt de retour, la fabrication artificielle de l’homme, voire d’un surhomme. Cela ressemble à la fabrication de « Golems » ! La science se propose de créer un homo Deus.

J’appelle au secours André Comte-Sponville et sa définition simple, un homme est un être humain, et « un être humain est tout être né de deux êtres humains. » L’être humain, l’homme est donc Adamique ?

André Comte-Sponville précise, mais les hommes n’ont pas toujours la qualité d’humain. « On naît homme ; on devient humain. »

 

On se rapproche de la pensée de Marc Halévy (sauf nous le verrons plus loin qu’il se différencie de l’affirmation ci-dessus de André Comte-Sponville) de ses références à Kant.

 

Un homme est un être humain, partie de l’humanité, cette humanité qui reconnaît les droits humains, la morale universelle, cette morale que Kant développe dans Sa Métaphysique des Mœurs. Les droits humains, impliquent des devoirs moraux, le Franc-Maçon est un homme qui place le Devoir dans son chemin initiatique. L’homme à des passions et des pulsions, la Franc-Maçonnerie ne prétend pas supprimer les passions, mais les maîtriser. Elle demande à ses enfants de fuir le vice et de pratiquer la vertu, et porter dans le monde les enseignements qu’ils ont « reçus ». Prendre la défense de l’homme qui respecte les droits humains est le Devoir du Franc-Maçon.

 

La Morale Kantienne ne dit pas autre chose, c’est une volonté dont les intentions sont pures. Nous dirons, que la morale de Kant est une force, une action, qui pousse l’homme vers le bien, lui donne sa dignité, une morale supérieure à l’éthique parfois particulière, dans l’espace et le temps. La morale de Kant est « une morale du Devoir. »

Kant croit à la possibilité infinie du perfectionnement de l’homme.

 

C’est une novation par rapport à la morale des anciens qui était « une morale de la recherche du bonheur. » J’entends par anciens les philosophes antiques. (Aristote Ethique à Nicomaque)

 

Les antiques promettaient le bonheur, Kant au mieux promet la réalisation de l’homme, l’augmentation de son humanité. L’homme des lumières pense et agit par lui-même sa ‘récompense’ est la joie, Que la joie soit dans les cœurs, ainsi il y a moins de souffrances.

 

L’homme maçonnique est pour moi un être humain, qui s’efforce avec humilité de choisir en conscience de pratiquer plutôt les vertus que les vices, un être moral de cette morale universelle de la nature avec laquelle il forme un tout. Mais aussi de la morale des philosophes antiques à la fois Théoria  et Praxis après tout, les tenues maçonniques sont comparables à des exercices spirituels.

 

« Agis comme si la maxime de ton action pouvait être érigée en loi universelle de la nature. » (Kant)

 

Kant prône donc une éthique qui élève l’homme, tient compte de l’homme, il est dans l’esprit des lumières que nous devons préserver et faire revenir dans notre société. Les comités d’éthique ne suffiront pas, à stopper la vitesse incontrôlée des technologies. C’est à chacun de s’investir.

 

« Les hommes souvent se trompent ils veulent changer le monde, alors que c’est eux-mêmes qu’ils doivent changer. » C’est là que se trouve, le sens de la méthode maçonnique.

 

Marc Halévy à écrit dans son chapitre sur « L’Homme » fragments choisis :

 

« La Franc-Maçonnerie est une mystique (…) elle n’est pas une énième resucée d’un humanisme obsolète qui a cru, bien trop longtemps, que l’homme était le sommet, le centre et le but de l’univers. L’homme n’a de valeur que s’il se place au service de ce qui le dépasse infiniment. Sinon, il n’est qu’orgueil et arrogance. »

 

C’est tout le combat que mène le Franc-maçon contre son ego, toute l’énergie qu’il doit mettre à fuir le vice, pratiquer la vertu et aimer ses frères, il en prend conscience en se regardant dans le miroir dès le début de son initiation, il ne lui « reste » que la mise en pratique à faire.

 

L’homme maçonnique, l’architecte selon Marc Halévy a un destin à accomplir.

 

« Accomplir tous les accomplissements en soi et autour de soi. »

« L’amour est son exigence. »

« L’inaccomplissement induit la souffrance. »

 

L’accomplissement, la plénitude, l’harmonie, se fait dans la joie, c’est ce qui clôture le travail : Que la joie soit dans les cœurs !

La joie est dans les cœurs, quand l’on abattu les murs de l’avoir qui enferme et franchit le pont qui mène à l’être, quand le temple matériel, cède sa place au temple spirituel.

 

Regard Kabbalistique sur l’homme.

 

Marc Halévy :

 

« (…) l’humain ne sera pas comme la ressemblance des dieux, mais seulement dans l’image des dieux. »

 

Il nous faut suivre les émanations du Logos, la Kabbale est une doctrine des émanations. Image par image, chaque étape constitue une vision cosmique globale.

 

« Entre vapeur et humus, voilà l’exacte place de l’homme dans le cosmos. »

 

« Air, Eau, Terre… et voici l’homme dans le triangle, avec tous les vivants de la terre. »

 

 

« L’un n’est accessible à la conscience humaine que dans la crainte biblique qui est non une crainte improbable infantile du châtiment ou du courroux divins, mais une humilité (ce qui fait humus) absolue… »

 

Je termine les extraits :

 

« L’humain vit la vie, mais ne connaît pas la Connaissance. Pour connaître la Connaissance l’humain doit devenir homme en dépassant l’humain. »

 

Comme je le disais ci-dessus, vous croyez voir une contradiction entre la pensée de André Comte Sponville qui disait : « On naît homme, on devient humain. » et celle de Marc Halévy. Ne vous fiez pas aux apparences. Je dirais que derrière l’homme ordinaire, se dissimule l’homme véritable qui ne demande qu’à s’éveiller, l’homme neuf, cet homme neuf est surement plus humain parce qu’il grandit l’homme, cela ne reste que mon humble avis.

L’homme maçonnique est peut-être l’homme antique qui comme les philosophes de cette époque pratique la philosophie qui est à la fois Théoria et Praxis et non un exégète de la philosophie comme le sont souvent nos philosophes modernes, capables de cours magistraux réservé à des élites intellectuelles, mais incapables par leur exemplarité d’influencer la société, comme les Francs-Maçons qui se glosent de leur supériorité intellectuelle en produisant des planches incompréhensibles pour leurs frères, ce sont les mêmes qui sont incapables de répondre présents quand ils sont convoqués par la fraternité et la solidarité et la fidélité envers leurs et tous ceux qui sont faibles et dont il faut prendre soin en préservant leurs droits, c’est le Devoir maçonnique.

Mais l’homme maçonnique n’est pas seulement un philosophe antique, il est un homme des lumières, non pas des lumières dégradées mais de l’esprit des lumières, les lumières de Kant celles qui libèrent l’homme des dogmes et des apparences, pour faire naître l’homme réel, l’homme intérieur qui pense par lui-même.

L’homme maçonnique et l’homme kabbalistique se rejoignent dans l’image de l’arbre de la vie bonne, l’arbre des sephirot d’où émane les vertus qui sont les étapes d’une ascension spirituelle, d’une ascension vers la vie de l’esprit, la vie bonne, la vie sage, la belle vie, celle qui met fin à la souffrance comme le dit Marc Halévy, et met la joie dans le cœur des hommes.

Je vous encourage encore vivement à lire ce livre de Marc Halévy.

 

Jean-François Guerry.

 

À suivre : Recension Part -IV- Kabbale et franc-Maçonnerie – Le Temple-

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Publié le par Jean-Pierre Rousseau
PORTEZ AU DEHORS....

 

                            " De l'ésotérique à l'exotérique ;

     Comment porter au dehors l'œuvre commencée dans le Temple ? "

 

Par le maître transmis, le nouvel initié

Découvre sens caché de secrets dévoilés.

Ésotérique paix, équilibre de l'âme,

Lumière intérieure, repos du guerrier

En quête de sagesse, de spiritualité.

 

Sans pour autant devoir méconnaître l'autre ?

Par son approche du tout, le bon apôtre,

A l'extérieur devra sublimer son savoir,

De tout initié, exotérique Devoir !

 

Par le passage de l'équerre au compas

Pour le vieil homme dans la société, grand pas !

Pour la société bienfaits de l'altruisme

Pour l'initiant initié œuvre d'humanisme.

Jean-Pierre Rousseau.

Avec l'aimable autorisation de l'auteur.

PORTEZ AU DEHORS....

LE COMMENCEMENT ET LA FIN.

 

Il y a le commencement et la fin et parfois les deux se ressemblent. Je m’étonnais lors de ma lecture récente du livre de Annick Drogou et Dominique Segalen écrit au profit de la Commission Histoire de la Fédération du Droit Humain et édité aux Éditions Numérilivre – Éditions des Bords de Seine. Sous le titre de Soyez parfaites, mes Sœurs ! Je m’étonnais donc du dévoilement des testaments philosophiques des postulantes et des postulants à la réception de la Lumière. Dans certaines obédiences il est d’usage de brûler les testaments philosophiques et d’en remettre les cendres à celles et à ceux qui ont été reçus dans la Fraternité Maçonnique.

 

Dans certains journaux quotidiens à la rubrique carnet, l’on peut lire les avis de décès, les avis de convoi mortuaires comme disait ma grand-mère lectrice assidue de cette rubrique, les défunts expriment parfois leur désir de voir publier au-delà des renseignements pratiques d’usage quelques lignes, c’est aussi un testament philosophique, une trace laissée aux vivants, parce que rien ne meurt tout se transforme. Certains verront dans cette pratique un dernier sursaut d’orgueil, d’autres, un témoignage, une sorte de nostalgie mélancolique.

 

Testament philosophique  de Marie-Georges Martin Franc-Maçonne au Droit Humain :

 

« Je réglerai ma vie de façon à ce quelle soit un exemple pour les miens et qu’à l’heure  de ma mort, l’analyse de mes actes prouve que j’ai toujours eu pour guide la morale, pour but les idées de justice sociale, de solidarité, de tolérance, de liberté, d’égalité, de fraternité ! »

 

Carnet du Monde

 De Bernard P…

« Ce dernier livre ne sera donc pas achevé. Il restera ouvert à tous les vents comme j’avais promis… »

 

Testament Philosophique de Maria Deraismes Franc-maçonne au Droit Humain

 

« Mes travaux, mes écrits, mes discours disent assez long quel a été le but de ma vie, combattre l’erreur et l’injustice. Certes, je n’ai pas la prétention de léguer un grand exemple après moi. Mais j’affirme que je laisserai celui de la plus profonde conviction dans la progressibilité indéfinie de l’humanité et du plus sincère amour pour mes semblables.»

 

Carnet du Monde.

De Bernard G…

 

Il étudia les couleurs des arts anciens avec la rigueur du scientifique et l’enthousiasme de ceux qui préservent pour transmettre, comme nous le ferons de son souvenir.

 

« Et l’on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens, mais dans l’œil du vieillard, on voit de la lumière. »

 

Jean-François Guerry.  

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Publié le par Jean-François Guerry
RECENSION : KABBALE et FRANC-MACONNERIE de Marc HALÉVY - Part - II- La Lumière.

RECENSION : KABBALE ET FRANC-MACONNERIE – de Marc HALÉVY – PART -II- LUMIÉRE.

 

Introduction :

 

J’ouvre ici la deuxième porte, qui est à mon sens la première du livre de Marc Halévy puisque son nom est « Lumière » l’auteur écrit Chapitre premier, le deuxième Chapitre sera consacré à « L’Homme » le dernier à la « La Liberté » et l’épilogue à la « Gnose, la Connaissance » ce qui démontre la longueur du chemin, mais l’important c’est que nous sommes déjà en route.

Dans la première partie de cette recension, mes idées personnelles et celles qui me sont venues en levant la tête et en posant à plusieurs reprises le livre sur mon bureau, toujours à portée de ma main, l’auteur agit comme un levier qui élève la conscience. Dans la seconde partie des citations tirées du livre et des brefs commentaires.

 

Les Kabbalistes et les Francs-Maçons sont des « enfants de la lumière. »

 

La Lumière est apparue dans les ténèbres, au commencement à l’initium. Après ses premiers pas incertains, après ses premiers balbutiements, l’enfant de la Lumière, les yeux à peine décillés, épelant ne sachant encore ni lire, ni écrire ; il a pourtant reçu la Lumière, elle lui a été donnée. Comme nous l’avons vu dans la première partie de cette recension le mot Kabbale vient de l’hébreu et signifie recevoir.

 

Recevoir la Lumière, mais quelle Lumière, celle des savoirs ! Où la Lumière qui est Connaissance, le jeune postulant est-il déjà en capacité de distinguer savoir et Connaissance ? D’où vient cette Lumière ? D’un Dieu auteur de tout ce qui est, d’un Dieu qui est tout, démiurge omnipotent ? Où cette Lumière a été mise dans l’homme, est-elle la lumière intérieure, éternelle, transmise de génération en génération, vacillante parfois mais jamais éteinte, qui ne donne qu’à se réveiller, à reprendre Force et Vigueur, pour frôler la Sagesse et contempler la Beauté. La Kabbale comme la Franc-Maçonnerie seraient deux voies d’accès, deux méthodes pour aller vers la Lumière, elles mettent dans le cœur de l’homme le désir de Lumière, lui propose un chemin.

 

La Lumière est Vérité, Parole, Principe, Dieu, vous êtes libres de votre choix. Le livre est ouvert sur l’autel des serments au prologue de l’évangile de Jean, cet évangile bien particulier, que l’on qualifie d’apocryphe de douteux, de non canonique selon l’église, ou encore d’ésotérique. S’il est douteux cela m’intéresse, car il me questionne et puis le doute n’est pas que de la défiance, il peut être constructif.

À ceux que le mot même de Dieu, met mal à l’aise, ils peuvent substituer dans le prologue de Jean (qui serait douteux) le mot Lumière, c’est un exercice spirituel comme un autre. Cette proposition a été faite par Hubert Greven un passé Grand Commandeur du Suprême Conseil de France du R E A A.

 

Pour les Kabbalistes, comme pour les Francs-Maçons il s’agit donc bien de recevoir la Lumière, quelle Lumière ? La Grande Lumière, et non les lumières. Sans renier les lumières et leur siècle, leur esprit, leur diffusion, les Francs-Maçons ont pris leur part dans l’expansion de ces lumières, que tous les hommes de nos démocraties occidentales semblent avoir aujourd’hui la nostalgie.

 

Les lumières et leur esprit ne sont qu’un pont certes nécessaire, comme le sont les outils symboliques, pour permettre de passer du Savoir à la Connaissance, c’est comme un étage de la fusée, celui qui part du bas vers le haut, qui pourrait d’ailleurs prétendre accéder aux Savoirs sans le secours de l’intelligence, et le passage par les Savoirs est l’étape vers la Connaissance. Ce processus se retrouve dans la méthode de l’initiation maçonnique, progressive et scalaire.

 

Au 18ème siècle selon Antoine Lilti (Dans son livre Héritage des Lumières) : « Le but des lumières était de théoriser la démocratie libérale, la tolérance religieuse, le progrès scientifique.  Au 20ème siècle il nous reste l’esprit des lumières c’est-à-dire l’Aufklärung allemand, qui vise à défendre l’héritage des démocraties libérales face à la montée en puissance des idéologies fascistes. »

 

Les lumières se sont affadies dans le modernisme, comme l’Universel dans le mondialisme, mondialisme qui veut se refaire une image présentable en se recouvrant du voile de l’humanitaire.

 

Après ces réflexions plutôt personnelles, revenons à la Lumière qui remplit la totalité de l’arc dans le ciel, cette lumière qui passe dans le prisme de la Kabbale et de la Franc-Maçonnerie, telle que la distingue Marc Halévy.

 

La Lumière selon Marc Halévy :

 

Les Francs-Maçons travaillent (Certains) à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers « Qui n’est autre que la Lumière. » L’œil dans le centre du delta lumineux, le G entre le Compas et l’Équerre. Pour les Kabbalistes les lettres mystérieuses dans le triangle.

 

Comment accueillir, recevoir, la Lumière ?

 

« Construire un temple dont toute Ténèbre serait bannie. »

 

Ce temple prend des allures diverses, Tente de la Rencontre, Temple de Jérusalem, tous les Temples matériels de toutes les Traditions.

 

Plus symboliquement le Temple de l’homme, le Temple intérieur, l’homme lui-même devient un Temple.

 

« Ne fais point le mal. Fais le bien. »

 

La définition de Dieu selon Marc Halévy :

 

« Ce que j’appelle Dieu est tout à l’opposé du Dieu personnel des Théismes en général et des monothéismes en particulier. Peut-être eût-il mieux valu parler du Divin. »

 

 

Ce que dit à Marc Halévy du mot Lumière :

 

« Le mot Lumière des Kabbalistes est composé de trois lettres aux mille significations ce qui compte ce sont ‘les crochets’, l’accroche entre les lettres. »

 

« La Lumière relie, unit, intègre. »

 

Des analogies entre Kabbale et Franc-Maçonnerie :

 

« Les graphies des lettres qui font l’unité : Resh quart de cercle ce que fait le compas, Vav droite avec un crochet le levier, Aleph rayonnement centrifuge, les trois lumières de la loge, celle de l’autel, celles autour du tapis. »

 

La Lumière Unité :

 

« La Lumière donc part de l’Unité Divine et aboutit à donner la Vie en passant par l’harmonie. »

 

« La Force donnée par l’Unité, la Beauté engendrée par l’harmonie et la Sagesse offerte par la Vie.

Force, Beauté et Sagesse engendrent la Lumière. »

Marc Halévy vous emménera dans le jardin ou pousse l’arbre de vie, l’arbre des Sephirot image de l’équilibre Divin. De la périphérie vers le centre, sur un rayon de Lumière, vous pourrez contempler la Beauté des dix niveaux distincts d’émanation, réceptacles et visages du Divin.

Quête spirituelle, voyage avec le Char d’Ézéchiel, Jérusalem céleste de Jean de Patmos, chemin de lumière vers l’Unité.

 

Marc Halévy conclu son chapitre sur la Lumière ainsi :

 

          « Elle est la Parole ineffable du Logos. »

 

Pour plus de lumières sur la Lumière, il vous faudra peut-être lire le recueil provençal Kabbalistique nommé Sefer Bahir – Le Livre de la Lumière, qui a permis avec d’autres ouvrages à Moïse de Léon en Espagne de réaliser une synthèse dans le Zohar ou Livre de la Splendeur.

 

En attendant je vous conseille vivement le livre de Marc Halévy, quand vous l’aurez entre les mains, vous pourrez vous exclamer « J’ai ce bonheur ! »

 

Bonne lecture.

 

Jean-François Guerry.

 

 

À SUIVRE : Kabbale et Franc-Maçonnerie – Part -III- « Homme » de Marc Halévy.

 

 

Le livre : « L’intégrale – Kabbale et Franc-Maçonnerie.

Publié par L’Académie Maçonnique de Provence et les Éditions Ubik – format poche 209 pages Prix 14€

ISBN : 978-2-91-965639-4

 

Vous avez des difficultés à ouvrir les liens ci-dessous pour commande du livre. Faites un copier coller du lien de l'Académie Maçonnique de Provence en principe ça marche !


https://www.helloasso.com/associations/academie-maconnique-provence/evenements/commande-du-livre-de-marc-halevy-kabbale-et-franc-maconnerie

 

academie.maconnique.provence@gmail.com

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Publié le par Loge Kleio
PORTRAIT : Jean-Jacques Régis Cambacérés
Un portrait proposé par La Loge Kleio, pour aller plus loin voir l'Anthologie Maçonnique de Raphaël AURILLAC 
Jean-François Guerry

Cambacérès : Maître d’œuvre de l’harmonie juridique

O E B

Septembre 6015

 

 

Je vous propose ici le portrait de Jean-Jacques-Régis Cambacérès, personnage éminemment important dans l’histoire de son époque et pourtant tellement méconnu, voire calomnié par ses détracteurs politiques, carrément inconnu même de certains puisque, lorsqu’en 1999 furent enfin publiés ses « Mémoires inédits », le Salon du Livre de Cabourg invita Jean-Jacques-Régis de Cambacérès à venir signer son dernier livre.

 

L’énumération de ses titres, tant civils que maçonniques, a de quoi donner le tournis.

 

Jugez-en :

 

Jurisconsulte, Conseiller à la cour des aides du Languedoc, Procureur-syndic du district de Montpellier, Président du tribunal criminel de l’Hérault, Député à la Convention, Président de cette assemblée puis du Conseil des Cinq-Cents, Président du Comité de législation puis du Comité de Salut Public, Ministre de la Justice, Second Consul, Archichancelier de l’Empire, assurant l’intérim lors des absences de Napoléon, Président du Conseil des Ministres, du Conseil d’Etat, du Sénat, du Conseil privé, du Conseil du Sceau des titres, membre de l’Institut dans la classe des Sciences morales et politiques, titulaire des plus hautes distinctions européennes et prince français, duc de Parme. Et aussi sociétaire de l’Académie Française, administrateur d’une vingtaine d’associations, sociétés, clubs dont la Société maternelle de l’Impératrice Marie-Louise. Voilà pour ses fonctions publiques.

 

A côté de cela, prieur de la confrérie des Pénitents Blancs de Montpellier, Grand Maître adjoint du Grand Orient de France, Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil du Rite Ecossais Ancien et Accepté, Grand Maître du Rite Ecossais Philosophique, Grand Maître des directoires écossais du Rite Ecossais Rectifié, Grand Maître du rite primitif de Narbonne, et Grand Maître du rite d’Heredom de Kilwinning.

 

La carrière publique de Jean-Régis Cambacérès débute en 1792, à l’âge de 35 ans pour s’achever en 1815 à l’âge de 58 ans.

 

Il ne connaîtra qu’une traversée du désert de 1797 à 1799.

 

La tradition historique n’a pourtant, jusqu’il y a peu, retenu de lui que ces caricatures et pamphlets parus en 1814, à la fin de l’Empire, l’alourdissant d’une morgue fastueuse et d’une homosexualité ridiculisée.

 

Ses frères eux-mêmes l’ont longtemps mal connu.

 

Le Grand Orateur du Grand Orient, à l’occasion d’une tenue funèbre commémorant le centenaire de son décès, n’hésitait pas à proclamer :

 

« Modéré par caractère, il eut le malheur d’être travaillé par une ambition d’autant moins pardonnable qu’elle s’accordait mal avec son défaut de courage et son goût pour les jouissances qui énervent l’âme et la privent de tout ressort ; sa soif du pouvoir et des richesses fit violence à ses inclinations naturellement douces. La peur, autant que ses vues ambitieuses, dictait presque toujours sa conviction. »

 

Dans le cadre de la collaboration qui me fut donnée à l’Anthologie, j’avais choisi Cambacérès car la période révolutionnaire m’a toujours fasciné.

 

Les travaux de recherche que j’ai effectué pour trouver le texte repris dans l’Anthologie me firent découvrir la centralité et la pérennité de Cambacérès dans la période révolutionnaire.

 

Notre homme naît à Montpellier le 18 octobre 1753, dixième enfant de Jean-Antoine et de Rose Vassal, dans une famille qui avait dû abjurer le protestantisme au siècle précédent.

 

A 19 ans, il s’installe comme avocat à Montpellier, mais ne plaide pas beaucoup. Il se consacre donc à l’étude des lois.

 

L’ascendance familiale explique sans doute que, dès avant l’âge de 20 ans, il est initié.

 

En 1772, on le trouve inscrit sur les tableaux de la loge anglaise Saint-Jean du Secret et de l’Harmonie à Montpellier, où il côtoie financiers, magistrats et entrepreneurs.

 

Son entrée rapide dans l’ordre ne s’explique pas seulement par ses antécédents familiaux.

 

En effet, en 1772, il est en opposition à la réforme judiciaire du Chancelier Maupéou et refuse d’intégrer la nouvelle magistrature proposée par le gouvernement. Il s’est agrégé à un groupe de magistrats réfractaires dont beaucoup sont maçons.

 

Par ailleurs, lui-même avait le désir d’échanger des opinions, de confronter des convictions, d’apprendre et de trouver des repères dans une société qui évolue.

 

Par ses contacts avec le médecin et chimiste Chaptal, il pouvait appréhender un monde scientifique qui remettait en cause tant de croyances.

 

Il reprend la charge de son père de Conseiller à la cour des aides du Languedoc.

 

Il voyage également beaucoup par tout le royaume, à Paris, Marseille, Bordeaux, où il fréquente de nombreuses connaissances tant familiales que maçonniques, nouant par sa participation aux activités maçonniques des relations avec un cercle étendu d’avocats et de financiers.

 

A Paris, il visite la loge des Neuf Sœurs et fait la connaissance de Condorcet. Il fréquente aussi la loge des Amis Réunis.

 

On discute beaucoup en ces milieux de la dernière affaire judiciaire, celle des trois roués pour laquelle le président du parlement de Bordeaux, soutenu par les membres des Neuf Sœurs, écrit un mémoire retentissant critiquant la législation criminelle et demandant la révision du procès. Cambacérès prend le parti des rénovateurs à la suite de Condorcet qui apprécie grandement ses compétences juridiques.

 

Mais bientôt survient 1789 et la suppression des privilèges et donc celle du statut des magistrats de la cour des comptes, aides et finances de Montpellier.

 

Dès l’année suivante, Monsieur de Cambacérès abandonne définitivement sa particule.

 

Jamais il ne la reprendra, même pas lorsque les plus grands honneurs seront les siens.

 

Jean Cambacérès est élu président du tribunal criminel de l’Hérault siégeant à Montpellier ; il est installé dans ses fonctions le 1 janvier 1792.

 

S’il ne se prononce pas publiquement sur l’abolition de la peine de mort, il l’évitera toujours lorsque cela sera en son pouvoir et ne la fera appliquer – mais alors sans hésitation – que si l’ordre public est troublé.

 

Cette présidence du tribunal criminel le marquera très profondément.

 

Le pouvoir de vie ou de mort qu’il détient l’oblige à une perpétuelle remise en cause.

 

Il écrira :

 

« Quand on juge les hommes, il ne faut jamais les séparer des événements »

 

Et aussi

 

« L’âme d’un fameux coupable ne diffère souvent de celle d’un grand homme que par l’objet vers lequel la fatalité l’a déterminé ».

 

Le spectre de Voltaire le hantera pendant toute cette année, aiguillonnant sa quête de vérité.

 

Bientôt élu député à la Convention, il arrive le 18 août 1792 à Paris.

 

Jean-Jacques-Régis Cambacérès doit se rendre à l’évidence : la passion partisane déborde même les convictions spirituelles.

 

Il devient cependant Président du Comité de Législation, et le jugement de Louis XVI occupe bientôt tous les esprits. Cambacérès essaiera plusieurs fois d’infléchir la procédure en faveur de l’accusé, en vain.

 

Appelé à voter, il se prononcera pour la mort avec sursis, fondant son propos sur l’absence d’intérêt politique :

 

« La mort de Louis ne nous présenterait aucun de ces avantages ; la prolongation de son existence peut au contraire nous servir. Il y aurait de l’imprudence à se dessaisir d’un otage qui doit contenir les ennemis de l’intérieur et de l’extérieur.

 

A la confirmation du vote, il redira que le sien est contre la mort.

 

Par la suite, il votera pour le sursis puis, lorsque les jeux seront faits, il reprendra la parole à la tribune.

 

Tout étant consommé, il y proclamera la nécessité d’apporter des secours humains et spirituels au condamné.

 

Après thermidor, à partir de l’automne 1794, Cambacérès est au gouvernement de la France ; il se fait investir de la présidence du comité de Salut Public.

 

Ses qualités, comme ses qualifications, en font un incontournable de la direction du pays.

 

En charge de la politique extérieure de la France, il présente ainsi le traité de paix signé avec la Toscane :

 

« S’il existait en Europe, proclame-t-il, un droit des nations, des principes reconnus d’indépendance, de liberté de commerce et de navigation, s’il existait un plan contre l’ambition des puissances usurpatrices et une garantie pour la sûreté des états faibles, alors les conditions de la paix seraient facilement dictées et acceptées ; alors, nous n’aurions pas de guerre à soutenir. »

 

Dans ce même esprit d’éduquer l’opinion, il pousse la Convention à mettre sur pied un ensemble d’écoles spécialisées, que sont l’Ecole Normale, l’Ecole des Langues Orientales, l’Ecole Polytechnique, les Ecoles de Santé et les Ecoles Centrales, futurs lycées napoléoniens.

 

Avec son ami et frère d’Aigrefeuille, il assiste le 22 juin 1799 à la cérémonie marquant l’union entre le Grand Orient et la Grande Loge de France.

 

A cette tenue solennelle assistaient 29 officiers des deux obédiences, 3 officiers honoraires, 29 vénérables ou leurs représentants et 28 frères visiteurs.

 

Le mois suivant, à l’initiative de Sieyès, il devient ministre de la Justice.

 

Le 12 décembre 1799, Cambacérès devient deuxième consul de la République, second personnage de l’Etat après Bonaparte.

 

Sous le consulat, Bonaparte fera aboutir le projet de Code Civil, si cher à Cambacérès.

 

Le Code Civil de 1804 est le résultat d’une volonté de codification exprimée dès avant même 1789, par de grands personnages comme Louis XI, Dumoulin, Loisel, Colbert, Maupéou.

 

La codification est un moyen d’assurer la sécurité dans la vie juridique par une connaissance claire et rapide des règles applicables ; elle peut aussi être un moyen d’assurer l’unité du droit. Plus encore, en France, la codification avait pour objet de créer l’union nationale entre un Nord coutumier et un Sud de droit romain.

 

Mais pour autant il y a, en fait, deux conceptions de la codification :

 

  • La première est une simple mise à jour,
  • La seconde est beaucoup plus ambitieuse et volontariste en utilisant la codification pour refondre le droit, créer un nouveau droit et en faire un levier pour faire évoluer la société.

 

C’est bien cette seconde voie que les révolutionnaires veulent emprunter.

 

Cambacérès en sera le guide.

 

 

 

En juillet 1793, la Convention charge Cambacérès et le comité de Législation de préparer, dans le délai d'un mois, un projet de Code Civil.

 

Le 9 août, Cambacérès, avec une légitime fierté, donne lecture de son projet.

 

Son Code Civil (695 articles) est conçu selon deux grandes divisions : les personnes et les biens.

 

Après un examen partiel, la Convention abandonne la discussion.

 

Le 9 thermidor (27 juillet 1794), c'est la chute de Robespierre et la fin de la Terreur.

 

Dès le 24 thermidor, il prononce à la Convention un grand discours sur la direction à donner désormais à la Révolution, dans lequel il s'efforce de faire prévaloir le principe: "Ni réactionnaires, ni terroristes".

 

Peu après les événements de thermidor, il présente à la Convention le 23 fructidor an II (9 septembre 1794), son deuxième projet de Code Civil, bref et succinct (287 articles), selon une division ternaire : les personnes, les biens, les obligations.

 

Après la discussion d'une dizaine d'articles, le projet est renvoyé devant une Commission, où il s'enlise, deuxième échec.

 

Un troisième projet sera demandé au Comité de Législation, que préside Cambacérès, mais il sera, une nouvelle fois, rejeté.

 

Après Marengo, Bonaparte dit à Cambacérès : "Vous avez fait plusieurs codes ; Ne pensez-vous pas qu'il serait utile de les refondre et de présenter au Corps Législatif un projet qui fût à la hauteur des idées du siècle et digne du gouvernement ?".

 

A la suite de cette conversation, Cambacérès communique au Premier Consul les trois projets qu'il avait présentés aux assemblées en août 1793, en l'an II (1794) et en l'an IV (1796).

 

Bonaparte, après les avoir lus, complimente Cambacérès : "Il y a là un esprit d'analyse dont j'ai été satisfait"

 

Et, au sujet de leur refonte, il lui dit : "Indiquez-moi des hommes qui soient en état de faire ce travail et rédigez un arrêté".

 

C'est dans ces conditions qu'une commission préparatoire est nommée par arrêté des Consuls du 24 thermidor an VIII (12 août 1800).

 

Elle comprenait quatre membres : Tronchet, Bigot de Préameneu, Portalis et Maleville.

 

Les travaux de cette commission seront présentés au Conseil d’Etat.

 

Entre le 17 juillet 1801 et le 21 mars 1804, il y eut 109 séances : 57 présidées par Bonaparte, 52 présidées par Cambacérès.

 

Bien entendu, Cambacérès organise tous ces travaux. En l'absence du Premier Consul, il préside, remarquablement, les séances du Conseil d'Etat.

 

Bonaparte disait : "Cambacérès fait l'avocat général : il parle tantôt pour, tantôt contre" (Thibaudeau, Mémoires sur le Consulat, p. 415)

 

Et c'est encore lui, Cambacérès, qui propose, lors de la séance du conseil d'Etat du 19 ventôse an XII, de réunir les trente six lois en "un seul corps de lois", sous le titre de "Code Civil des Français", ce que fit la loi du 30 ventôse an XII (21 mars 1804).

 

Le Code Civil comprenait un titre préliminaire concernant la publication, les effets et l'application des lois en général et trois livres consacrés aux personnes, aux biens et aux différentes manières dont on acquiert la propriété. Il n'y avait qu'une seule numérotation, pour l'ensemble des articles, soit 2281 articles.

 

D'autre part, sur la proposition de Maleville, appuyée par Cambacérès, la loi du 30 ventôse an XII, en son article 7, abrogeait en bloc l'Ancien Droit : "A compter du jour où ces lois sont exécutoires, les lois romaines, les ordonnances, les coutumes générales et locales, les statuts, les règlements cessent d'avoir force de loi générale ou particulière dans les matières qui sont l'objet desdites lois composant le présent Code".

 

Ainsi, l'œuvre d'unification législative, qui allait s'appliquer à tous les Français, était accomplie.

 

De la combinaison de ses deux textes, l’abolition de tous les textes précédents et l’approbation d’un nouvel ensemble structuré, la 2nde voie de la codification est atteinte.

 

« Créer un nouveau droit et en faire un levier pour faire évoluer la société »

 

Par ce code, Cambacérès a construit l’ordre sur le chaos, suivant la devise du nouveau rite écossais ancien et accepté, « Ordo ab chao », adoptée à peine trois ans auparavant à Charleston.

 

Ce Code Civil des Français qui devait, en 1807, prendre la dénomination de "Code Napoléon", était d'une grande unité, clair et précis.

 

Il maintenait les réformes essentielles de la Révolution (notamment le caractère absolu du droit de propriété et l'égalité dans les successions) et faisait un choix judicieux entre les solutions de l'Ancien Droit.

 

Cette conception était féconde.

 

Il suffit de rappeler, à cet égard, la remarquable construction jurisprudentielle élaborée à la fin du XIXème siècle et au début du XXèmesiècle pour la protection des victimes d'accidents provoqués par les machines et, en particulier, par les automobiles, sur la base d'une disposition de l'article 1384, al. 1er  du Code Napoléon :

 

"On est responsable non seulement du dommage que l'on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait... des choses que l'on a sous sa garde".

 

En vérité, il représentait "une œuvre de transaction, de sagesse et d'équilibre".

 

Sa rédaction était particulièrement soignée.

 

On sait que Stendhal, dans une lettre à Balzac en date du 30 octobre 1840, observait :

 

"En composant la "Chartreuse", pour prendre le ton, je lisais chaque matin deux ou trois pages du Code Civil..."

 

Le Code Civil était une œuvre de praticiens.

 

Selon François PAPILLARD : "Ce fut un travail d'équipe gigantesque et la volonté d'aboutir fut, chez Cambacérès, exceptionnelle ; Il consacra le meilleur de son temps et de ses forces à cette œuvre immense qui fut sienne ; Il y apporta, corps et âme, toute son érudition, doublée d'une rare expérience du droit, des affaires et de la politique"

 

Dès les premières séances du conseil d'Etat, Cambacérès avait demandé que l'on écartât l'exposé de principes abstraits :

 

"Tout ce qui est doctrine appartient à l'enseignement du droit et aux livres des jurisconsultes".

 

Par ailleurs, comme Portalis, il voulait laisser à la jurisprudence son rôle traditionnel, qui est d'appliquer les règles de droit en fonction des nécessités mouvantes de la pratique et de la vie.

 

Napoléon était très fier de son Code Civil. Il dira à Sainte-Hélène :

 

"Ma vraie gloire, ce n'est pas d'avoir gagné quarante batailles ; Waterloo effacera le souvenir de tant de victoires.

 

Ce que rien n'effacera, ce qui vivra éternellement, c'est mon Code Civil".

 

Au cours du XIXème siècle, le Code Civil de 1804 eut un très grand rayonnement et une influence profonde en Europe.

 

En Belgique et au Luxembourg, il est encore, en grande partie, en vigueur.

 

Le Code du Royaume des Deux-Siciles de 1819 s'en inspira, mais également le Code néerlandais de 1837, le Code Neuchâtelois de 1855, le Code roumain de 1864, le Code italien de 1865 ou encore les codes portugais (1867) et espagnol (1889).

 

L'État de Louisiane utilisa le Code Napoléon comme source de base de son propre code, le Digeste de la loi civile de 1808, de même que le Code civil haïtien  de 1826 et le Code Civil du Bas-Canada de 1866.

 

 

 

Au XIXème siècle, tous les pays d'Amérique latine s'inspirèrent du Code Napoléon dans leurs codifications civiles, en particulier à travers l'œuvre d'Andrés Bello, auteur du Code civil du Chili (1855).

 

Le Code civil fut également utilisé dans les Grand-Duchés de Bade et de Berg ainsi qu'en Rhénanie, occupée par la France de  1800 à 1814, puis rattachée à la Prusse, jusqu'en 1900.

 

Ainsi le Code Civil avait aussi des influences sur le BGB (Code civil allemand).

 

Le grand-duché de Varsovie, créé par Napoléon pour redonner un État aux Polonais en 1807, conserva le Code civil jusqu'en 1946. La ville libre de Cracovie appliqua le Code civil jusqu’en 1946.

 

Le Code civil fut enfin introduit par la France dans la plupart des pays qui ont composé son empire colonial. Cela a contribué à lui donner un rayonnement dans toutes les parties du monde.

 

Ainsi, l’Afrique du Nord, l'Afrique noire française et certains pays d'Asie ont adopté le Code civil et l'utilisent encore.

 

Le Sénégal a réformé récemment le Code civil et le nouveau texte reprend pour la plus grande part le code français.

 

En 1803, Cambacérès poussera à la création du corps des auditeurs au Conseil d’Etat, officiellement chargés d’aider les ministres et directeurs auprès desquels ils seront placés, utilisant ce temps comme un apprentissage de la fonction publique.

 

Très profondément imprégné de culture maçonnique, qui met en avant la formation par la transmission de l’expérience du maître, il veut ainsi éduquer et préparer de jeunes hommes à la haute administration et au gouvernement.

 

Remarquons d’ailleurs que ces auditeurs, lorsqu’ils seront admis à assister aux réunions du Conseil devront, comme les apprentis en  loge, garder le silence.

 

En 1804, lorsque l’Empire se dessine et que l’on discute de la création des dignités princières, le second consul dira : « je pars ».

 

Il fait preuve d’une froide fermeté, ne craignant pas, comme cinq ans auparavant, de rentrer dans la vie civile et d’y reprendre ses activitésau service des milieux d’affaires.

 

Bonaparte, craignant de perdre celui qui fut le maître d’œuvre de l’édifice de l’Etat, lui fera miroiter le rôle de conseiller sincère qu’ilpourra continuer à jouer près de lui, et le fait qu’il pourra encore servir son pays.

 

 

Bonaparte le nomme Archichancelier de l’Empire et lui adresse la lettre suivante :

 

"Citoyen consul, votre titre va changer ; Vos fonctions et ma confiance restent les mêmes. Dans la haute dignité d'archichancelier de l'Empire dont vous allez être revêtu, vous manifesterez, comme vous l'avez fait dans celle de consul, la sagesse de vos conseils et les talents distingués qui vous ont acquis une part aussi importante dans tout ce que je puis avoir fait de bien. Je n'ai donc à désirer de vous que la continuation des mêmes sentiments pour l'Etat et pour moi".

 

Lorsqu’il est en campagne à l’étranger, Napoléon laisse le soin à Cambacérès de gouverner la France.

 

Après le divorce de Joséphine, et sur le choix d'une nouvelle épouse pour Napoléon, Cambacérès se prononce pour une princesse russe.

 

Son argumentation, rapportée par Pasquier, est remarquablement perspicace:

 

"Je suis moralement certain qu'avant deux ans nous aurons la guerre avec celui des deux souverains dont l'Empereur n'aura pas épousé la fille. Or, la guerre avec l'Autriche ne me cause aucune inquiétude et je tremble d'une guerre avec la Russie ; Les conséquences en sont incalculables...".

 

Effectivement, après le mariage de Napoléon avec l'archiduchesse Marie-Louise, les 1er et 2 avril 1810, c'est la campagne de Russie de 1812, qui se termine par une désastreuse retraite. Dans les neiges et le froid de l'hiver russe, les grognards disaient avec tristesse : "Il ne fallait pas qu'il quittât sa vieille : elle lui portait bonheur et à nous aussi...".

 

En juin 1814, il fait savoir aux diverses obédiences maçonniques qu’il démissionne de toutes ses charges et dignités « pour des raisons de santé et de voyage » et souhaite ne plus être qu’un simple frère.

 

Le 1er juillet, une députation du Grand Orient essaiera, mais en vain, de le faire revenir sur sa décision.

 

Le 1er mars 1815, un coup de tonnerre : Napoléon débarque à Golfe-Juan et l'Aigle vole de clocher en clocher jusqu'aux tours de Notre Dame.

 

Cambacérès ne désire pas revenir aux affaires.

 

Le 8 mars, il déclare à Carnot: "Je tiens à être oublié ; Que Napoléon me laisse à l'écart. J'ai promis au Roi de ne pas bouger".

 

Qu'à cela ne tienne : l'Empereur le nomme à nouveau archichancelier de l'Empire et le charge provisoirement du portefeuille de la Justice.

 

La seconde Restauration se montre sévère pour Cambacérès :

 

Il perd ses dotations, doit s'exiler comme régicide (la mesure s'appliquait également à ceux qui, comme lui, avait voté conditionnellement la mort de Louis XVI) et il est exclu de l'Académie française.

 

Il se rend à Bruxelles, où il descend à l'hôtel Wellington, avec Lavollée et deux valets de chambre, puis à Amsterdam.

 

En 1818, il est autorisé à rentrer en France.

 

Le 28 mai 1818, le roi Louis XVIII lui confirme son titre de duc et, le 24 juin, sa dignité de grand-croix de la Légion d’Honneur.

 

Le Roi, ainsi, fait amende honorable et l’invite à rentrer en France.

 

Decazes, futur Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France n’y est pas étranger.

 

Pourtant Cambacérès ne regagnera Paris que le 4 décembre.

 

C’est là que, le 8 mars 1824, il passera à l’Orient Eternel.

 

Pour conclure, il me semble que Cambacérès mérite bien mieux que la place qu’il lui est faite dans nos mémoires.

 

Il a été le trait d’union entre les grands esprits du Siècle des Lumières et la réforme institutionnelle que permit la période révolutionnaire.

 

Le Code Civil dont il est la cheville ouvrière est un des piliers de l’esprit des Lumières au même titre que la Déclaration des Droits de l’Homme et des Devoirs du Citoyen.

 

Il a été le fédérateur de la maçonnerie française et européenne.

 

 

 

Enfin, pour finir, je vous renvoie à l’Anthologie maçonnique pour y découvrir ou y relire son discours prononcé à la Convention le 23 fructidor an II, pour présenter son 2ème projet de Code Civil dans lequel vous pourrez vous rendre compte de la clairvoyance et de profondeur d’esprit de cet homme dont le travail législatif est toujours d’actualité plus de deux siècles après l’avoir mis en œuvre.

 

J’ai dit.

PORTRAIT : Jean-Jacques Régis Cambacérés
PORTRAIT : Jean-Jacques Régis Cambacérés
Bernard Rio a plus d'une cordes à son arc, voyageur infatigable, marcheur vers la Lumière il vous entraine sur les chemins de Bretagne à travers les vitraux.
Ne pas manquer la vidéo.
Jean-François Guerry.
PORTRAIT : Jean-Jacques Régis Cambacérés

Après le confinement vous reprendrez surement la route sur les routes et les chemins peut-être en Bretagne, il vous faudra un guide pourquoi pas un itinéraire vers la Lumière et la connaissance des vitraux, c’est ce que vous propose Bernard Rio.

Jean-François Guerry.

 

La Bretagne conserve un exceptionnel maillage d’églises et de chapelles. Ce patrimoine culturel et cultuel fait la part belle aux saints topiques lesquels sont honorés et associés à des rites spécifiques. Saints bretons et pardons figurent ainsi en bonne place dans les vitraux de la Bretagne historique. Ce serait néanmoins une erreur de réduire l’art du vitrail aux seules représentations de la foi chrétienne et de la religion populaire. Les sanctuaires renferment des trésors qui relèvent à la fois de l’art et de l’histoire.

Depuis le XIIIe siècle jusqu’à nos jours, les vitraux illustrent les heures de gloire et les drames de la société. Cet art qui joue avec les lumières et les couleurs reflètent un temps à la fois profane et sacré. Il met en scène à la fois le faste des princes et les merveilles accomplies par les saints magiciens, la quête du Graal et le mystère des Templiers, la Passion du Christ et les passions humaines, la liesse des mariages et la croyance dans l’au-delà. Ils célèbrent les faits d’armes accomplis pendant les guerres, celles de Cent Ans, de Sept Ans et de la Ligue, celles de 1870, de 1914-1918 et de 1939-1945, ou plus tôt encore lors des invasions vikings et des luttes incessantes des Bretons contre les Francs. Ils commémorent les massacres de la Révolution, les naufrages et les épidémies. Ils célèbrent les moissons, les pêches miraculeuses et les expéditions lointaines.

C’est toute l’histoire de la Bretagne qui est ainsi conservée dans les verrières qui se révèlent être des fenêtres lumineuses sur le passé et des invitations à la légende. L’Ankou à Plémet, le roi Arthur à Tréhorenteuc et la fée Mélusine à Fougères côtoient la duchessse Anne à Dinan, Jacques Cartier à Saint-Malo, les connétables Olivier de Clisson à Josselin et Bertrand Du Guesclin aux Iffs. Saint Ronan affronte la sorcière Keben à Locronan, le spectre de saint Aubin chasse les envahisseurs normands à Guérande tandis que des druides coupent le gui sous le regard des vestales à Penvenan… Bernard Rio nous ouvre les yeux sur un trésor inédit et un spectacle hors du commun. Il entraîne le lecteur à une immersion dans deux mille ans d’histoire bretonne.

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Publié le par Rémy LE TALLEC
LE  GRAND DOSSIER DE L'HUMANISME-PART - III- suite et fin
Pour présenter le plus brièvement cette dernière partie de ce grand dossier sur l'humanisme, je vous propose une suite de mots, qui ne peuvent à mon sens que susciter son réveil et l'inscrire dans le présent et en faire non pas une histoire passée, mais un projet d'avenir. 
Universel, Fraternité, solidarité, protection des êtres vivants, écologie apolitique, amour du prochain et du lointain, faire l'humanité.

 

Jean-François Guerry.

5 - Désillusions et impasses

 

L’élargissement infini des recherches dans tous les domaines des sciences humaines, en psychologie, en sociologie, en histoire, en économie,  en philosophie, en anthropologie, etc…, leur hyperspécialisation, dans l’infiniment petit comme dans l’infiniment grand, depuis les ressorts les plus secrets de l’inconscient humain jusqu’aux crimes contre l’humanité, depuis la bonne parole civilisatrice jusqu’à la servitude volontaire aux lois de la technoscience, vont dévoiler une face cachée de l’être humain, assez éloignée de l’être émancipé, de l’être humain libéré par les Lumières.

 

Un nouveau portrait de l’être humain se dévoile : il apparait soudain fragile, vulnérable, incapable de maîtriser ses pulsions, capable d’asservir son autre lui-même au bout du monde, capable de crimes de masse contre l’humanité, capable de se faire jouet de son histoire et victime consentante de ses propres techniques.

 

Le développement exponentiel des techniques d’information et de communication a largement contribué à mettre au jour ces désillusions et ces impasses, qui constituent une part de l’histoire de l’humanisme. Une part qu’il convient de  regarder en face et surmonter pour tenter d’éviter un futur piège inédit que notre arrogance nous tendra inévitablement.

Johann Heinrich Füssli (1741-1825) Le Cauchemar 1781

Freud et l’homme en proie à ses pulsions 

 

« Assailli par un inconscient chaotique qu’il ne pourra jamais connaître pleinement, l’homme freudien est-il encore maître de lui-même ? Une telle conception semble incompatible avec la vision humaniste d’un être raisonnable, capable d’autodétermination et de progrès ».

 

Le XIXème siècle touche à sa fin. Plusieurs théories ont déjà mis à mal la « conception humaniste du libre arbitre : le matérialisme historique de Marx et d’Engels, la philosophie morale de Nietzsche ou l’évolution des espèces de Darwin posent des limites à la liberté de l’homme ». Parmi les vexations infligées par la science à l’amour-propre de l’humanité, Freud lui-même remonte au moment où Copernic établit que « notre Terre n’est pas le centre de l’univers, mais une parcelle infime d’un système du monde à peine représentable dans son immensité »…. La deuxième, selon lui, c’est lorsque Darwin « renvoya l’homme à sa descendance du monde animal et du caractère ineffaçable de sa nature bestiale ».

« Mais la troisième vexation, et la plus cuisante, la mégalomanie humaine doit la subir de la part de la recherche psychologique d’aujourd’hui, qui veut prouver au Moi qu‘il n’est même pas maître dans sa propre maison, mais qu’il en est réduit à des informations parcimonieuses sur ce qui se joue inconsciemment dans sa vie psychique ».

 

S’il n’invente pas la notion d’inconscient, Freud transforme le qualificatif en « un substantif qui désigne un continent inexploré de chaque être humain » qui influence en permanence la conscience des hommes. Et « le caractère universel de cette aliénation met le doigt sur une contradiction entre l’humanisme et la théorie freudienne, qui affirme que les comportements de l’homme sont déterminés par des forces obscures et irrépressibles… »

Cependant, « en s’aventurant dans le monde souterrain de nos pulsions secrètes et de nos désirs refoulés, en levant le voile sur nos fantômes et nos démons intérieurs, en explorant ce mystérieux théâtre d’ombres qu’il appela l’inconscient », en proposant de « ramener l’inconscient à la surface pour mieux le contrôler, l’affaiblir et enfin être soi-même », on ne peut nier qu’il apporte à l’être humain des instruments utiles sinon nécessaires à la connaissance de ses ressorts intérieurs, et donc à la possibilité de son autonomie et de sa libération.

Grand explorateur de l’âme, désillusionneur de l’imaginaire humain, dynamiteur des certitudes de la conscience, après des décennies de passion et de haine entre ses héritiers présomptifs et leurs successeurs, Freud semble bien avoir toute sa place dans ce dossier.

Le mirage de l’humanisme colonial 

 

Entre le XIXème et le XXème siècle, alors que les Lumières s’étaient inventés une mission civilisatrice (voir « l’héritage des Lumières » ci-dessus) auprès des peuples colonisés, certains penseurs et acteurs de la colonisation prônaient le « respect des colonisés et de leurs cultures » : les contradictions de cette forme d’humanisme éclataient au grand jour.

Au sein de cet « humanisme colonial » paternaliste, certaines voix enseignent « que les Noirs sont de grands enfants et qu’ils n’ont jamais formé de nations », tandis qu’à l’inverse, d’autres condamnent la condition faite aux populations « indigènes » et la pratique de l’esclavage, en rappelant « que ce sont des hommes et qu’à l’époque précoloniale, ils fondèrent de empires ». Et revendiquent une politique « d’association » entre colons et indigènes.

En 1931, l’Exposition coloniale internationales de Paris donne une belle illustration de ces contradictions. Pendant qu’elle étale en public des reconstitutions d’habitats et d’objets traditionnels avec les figurants issus des colonies, comme dans un cirque, le maréchal Lyautey parle d’une « haute mission de fraternité humaine »de la colonisation et de respect de la culture des colonisés.

Après la seconde guerre mondiale cet « humanisme colonial » déclinera peu à peu  avec la prise de parole d’Aimé Césaire, écrivain martiniquais, chantre de la « négritude » devenu homme politique, dont la voix fera désormais autorité. Son « Discours sur le colonialisme » de 1955 fera date dans l’histoire contemporaine : « C’est là le grand reproche que j’adresse au pseudo-humanisme : d’avoir rapetissé les droits de l’homme, d’en avoir une conception étroite et parcellaire et partiale, et tout compte fait sordidement raciste ».

Aimé Césaire réclamait simplement un « humanisme vrai ».

 

L’humanisme face aux crimes du XXème  siècle 

 

Pour certains, « les idéaux humanistes sont sortis victorieux de la seconde guerre mondiale. Et les critiques des Lumières qui se sont développées au fil du 20ème siècle ne remettent pas en cause leur validité, même si elles en soulignent les contradictions ou en dénoncent les illusions ».

Selon l’historien Enzo Traverso, la prise de conscience de l’inhumanité criminelle incommensurable de la Shoah dans l’après-guerre n’a pas remis en cause les idées d’humanité universelle. Une culture antifasciste issue de la Résistance devient largement prédominante, et l’humanisme demeure le trait fédérateur de sensibilités intellectuelles et politiques très diverses, voire opposées. Et il en sera de même des critiques des Lumières qui se forgeront peu à peu : après avoir été le monopole de la pensée réactionnaire ou catholique, la critique du rationalisme viendra aussi du côté de la « gauche », lui reprochant l’instrumentalisation de son objectif émancipateur.

Certes, colonialisme et racisme se sont déployés aussi au nom des Lumières, mais,  selon Enzo Traverso, rappelant que les Lumières sont loin d’être monolithiques, « aussi bien une apologie aveugle qu’un rejet radical des Lumières » paraissent  stériles.

Cette révolution de la pensée a du moins « permis de reconnaître les femmes, les Noirs et les homosexuels comme des sujets politiques », et la critique de l’humanisme fournit aussi des arguments pour reconnaître et surmonter les contradictions d’un projet émancipateur  et universaliste unique.

Julian TREVELYAN (1910-1988) Hypnosis (1935)

L’effacement de l’homme 

 

« Héritiers d’une philosophie soupçonneuse et désillusionnée par les crimes du 20ème siècle, certains penseurs ont oeuvré à déboulonner la statue de l’homme en maître de lui-même et de son histoire ».

 

A la suite de Nietzsche, l’avènement du structuralisme dans les années 1960 impose  une critique radicale de l’humanisme, soumettant l’humain au filtre du soupçon. Les trois grands penseurs du soupçon que furent Nietzsche, Marx et Freud, les « perceurs de masques » selon le mot de Ricoeur, déconstruisent les grandes problématiques classiques qui servent de socle à une vérité humaine, une conscience délivrée de toute illusion.

La raison de l’homme, que les Lumières avaient exposée comme valeur suprême de référence, comme substitut à la domination/superstition de la religion est furieusement mise en doute.

La barbarie nazie a montré les limites de la raison humaine aliénée par l’histoire et l’illusion des Lumières sur un progrès continu dans l’émancipation de l’homme. En contrepoint de la raison triomphante, on interroge rudement l’ethnocentrisme européen, les oubliés de l’histoire, la folie (Foucault), et tout ce qui conditionne et emprisonne l’être humain, tout ce qui restait d’ombres caché derrière la lumière du savoir et de la connaissance.

Le langage et plus précisément la littérature n’échappent pas à cette critique virulente et fondamentale du moment, où l’auteur est carrément dénié de toute créativité, et son œuvre de toute réalité. Et cette philosophie du soupçon tyrannisera longtemps, et marque encore de son empreinte, toute expression de la pensée.

 

(A l’opposé de cette critique fondamentale : restaurer la littérature et son auteur, était l’un des objectifs de la création du festival Etonnants Voyageurs par Michel Le Bris, dont nous avons parlé l’autre jour)

Mighty Mouse véhicule robot du Sanda National Laboratory (Washington DC)

L’humanisme face à la technoscience 

 

« Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les auteurs qui dénoncent les dangers et les vices de la civilisation technique mettent à mal les idées de progrès et d’autonomie de l’homme. Signent-ils pour autant l’arrêt de mort de l’humanisme ? »

 

On l’a vu, la confiance en la raison de l’homme, capable de maîtriser la nature et de conduire le monde vers un horizon de progrès, a déjà pris du plomb dans l’aile au cours de l’histoire, et de gros plombs après-guerre… Les progrès exponentiels des sciences et des techniques vont-ils donc contribuer à améliorer sinon rétablir cette confiance ?

 

Le mythe du progrès continu d’un être humain réellement autonome et responsable,  face à ces inventions et ces techniques censées faciliter la vie, apporter du confort, du bonheur, de la convivialité, va être battu en brèche par quelques plumes incisives, et plutôt rafraîchissantes. Jacques Ellul et Ivan Illich entre autres rarissimes voix, montrent l’illusion de ces avancées et rappellent l’homme à un peu d’humilité, en lui montrant son réel état de servitude devant des techniques dont il s’avère finalement incapable de contrôler la démesure et les effets destructeurs, dans les domaine de la santé, de l’école, des transports, des technologies en général. Où l’homme devient l’esclave de l’outil qu’il a lui-même créé pour se libérer de contraintes matérielles.

 

Loin de s’inscrire en antihumanistes, ces auteurs attirent l’attention sur  « l’accélération permanente des innovations technologiques, la prise d’autonomie de la technique par rapport à tout contrôle humain, la destruction des structures sociales et des valeurs symboliques ». Forts de ce constat, ils en appellent à un nouvel humanisme réellement libérateur par rapport à soi-même : il est illusoire, disent-ils, de vouloir fonder une éthique de vie sur des dispositions naturelles, elle ne peut venir que d’une victoire sur soi-même, ses passions, ses désirs les moins conscients. Introspection, prise de distance, prise de conscience, changement ou conversion : une vraie liberté est la liberté à l’égard de soi-même.

 

 

6 - Le renouveau de l’humanisme

 

Au-delà des critiques, des remises en cause, toujours bénéfiques pour un progrès de l’expérience et de la science humaine, et toujours enrichissantes pour un progrès de l’être humain, l’idéal humaniste prend de nouveaux visages et questionne chacun dans son propre quotidien avec des interrogations de plus en plus incisives  auxquelles nul ne peut plus se défiler.

 

Les sciences répondent à des questions scientifiques, mais pas aux questions que nous nous posons, sur nos valeurs, l’amour, la justice, la liberté, la façon de vivre ensemble. Face à l’anonymat dans lequel l’être humain est plongé par les irrésistibles avancées technologiques, malgré les contradictions entre le discours anesthésiant des tenants de la Silicon Valley, et des réalités qui se rapprochent plus des dystopies d’Orwell (« 1984 ») et Huxley (« Le meilleur des mondes »), qu’une société réellement respectueuse de l’individu, de nouvelles pistes s’ouvrent à un humanisme renouvelé.

 

Rendre le développement plus humain, assurer l’avenir de la Terre, mettre en pratique une éthique du « care », reconsidérer la condition animale et penser le transhumanisme : la cohérence de ces multiples chantiers ouverts montre bien la profondeur des enjeux et la nécessité d’un renouveau de l’humanisme.

Dernier volet du dossier :

Rendre le développement plus humain 

 

« Le bien-être n’est-il qu’une affaire de revenus ? Le PIB est-il la clé du développement d’un pays ? Hors de l’orthodoxie comptable, peut-on imaginer une approche qui tienne compte de ce que chacun est capable de faire pour améliorer sa qualité de vie ? »

Peut-on être économiste et humaniste ? Les doctrines économiques ont généralement mis le marché au cœur de leur pensée au détriment de l’humain. Cependant, deux voix s’élèvent aujourd’hui pour proposer un regard global plus proche de la réalité vécue.

 

Amartya Sen, économiste et philosophe indien, prix Nobel en 1998, développe le principe d’une économie du bien-être et du développement humain, où l’on s’attacherait à assurer aux individus, non plus simplement l’égalité des moyens (les biens sociaux premiers), mais l’égalité des possibilités effectives d’accès aux droits d’agir et de s’accomplir. Et il développe le concept de « capabilité » concrète des citoyens, c’est à dire leur capacité réelle à « convertir leurs biens premiers en capabilités de base, telles que se déplacer, mener une vie saine et de prendre part à la vie de la collectivité ».

La philosophe Martha Nussbaum, qui collabore souvent avec Amartya Sen s’est chargée de préciser ce concept de « capabilité », qu’elle définit « comme des libertés ou des possibilités créées par une combinaison de capacités personnelles et d’un environnement politique, social et économique ». Et elle identifie ainsi dix « capabilités » fondamentales, par lesquelles se déclinent les différentes dimensions d’une existence libre et épanouie. Deux listes à actualiser sans cesse par chacun, selon les nécessités d’un projet de vie autonome et digne.

 

Assurer l’avenir de la Terre

 

« En énonçant, dès 1979, le principe Responsabilité, le philosophe allemand Hans Jonas affirmait que l’humain avait désormais la tâche impérative de préserver sa propre vie sur terre, mais surtout celle des générations à venir. Un devoir aujourd’hui devenu une composante essentielle de l’humanisme moderne ».

 

Lors de sa traduction en France, le livre de Hans Jonas (Editions du Cerf, 1990) est passé inaperçu, mais il est devenu au fil des ans l’ouvrage de référence éthique, d’une philosophie de l’écologie, et plus prosaïquement si j’ose dire, il a attiré l’attention sur un principe de vie un peu délaissé, c’est-à-dire la responsabilité. L’exercice de la raison semblerait logiquement entraîner la responsabilité individuelle, mais chaque matin nous démontre la faiblesse de ce lien de responsabilité de l’homme envers la nature et le vivant.

 

L’humanisme suppose de reconnaître que notre humanité présuppose notre inscription dans la nature. Et se reconnaître responsable de notre humanité, c’est prendre conscience des risques qu’elle puisse être modifiée, ravagée, par l’accélération de nos progrès technologiques. C’est l’accumulation des actions de chacun qui rend ce monde habitable ou infernal. Bien des menaces qui pèsent sur notre avenir sont le résultat de la mise en synergie d’une multitude d’actions individuelles minuscules dont chacune prise isolément a des conséquences indécelables (réchauffement climatique par exemple).

 

Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, l’homme est devenu maître et possesseur de la nature en même temps que son plus grand destructeur. Les moyens techniques qu’il a inventés pour son propre intérêt lui donnent aujourd’hui la puissance infinie de détruire la planète entière. Et cette puissance prométhéenne amène Jonas à considérer que la responsabilité des hommes vis à vis des générations futures est engagée. Ainsi se dégage l’idée d’’une responsabilité qui n’est plus tournée vers le passé ou le futur immédiat, mais vers un futur lointain, responsabilité qui engage la collectivité toute entière et non seulement l’individu.

 

« Pour la première fois, l’homme se voit tenu pour responsable de l’humanité, et non pas seulement en tant que valeur abstraite qu’Idéal à préserver ou à respecter, mais bien entant qu’« idée ontologique ». Il y aurait dans l’être même un devoir de préserver l’humanité, dans son existence et dans sa dignité ».

Le « care », un humanisme au féminin ? 

 

« Peut-on bâtir une morale, des règles de travail, voire une société toute entière sur le seul principe de la sollicitude envers autrui ? Conçue au départ comme une disposition féminine, la morale du care est devenue un enjeu éthique universel qui a fait sa place dans l’humanisme moderne ».

 

Le mot « care » a, en langue anglo-saxonne des sens que le français « soin » ne suffit pas à traduire. Il exprime l’idée de « montrer de l’intérêt à quelque chose ou quelqu’un, de sorte que le care couvre aussi tout le champ du souci, de la sollicitude, de la bienveillance envers autrui ». Il a été mis au jour à la fin du 20èmesiècle par la  psychologue américaine Carol Gilligan pour désigner un ensemble d’activités d’aide et de soin dans un système économique formel ou informel.

 

Au-delà de la pratique traditionnelle du soin, la         dimension morale du « care » englobe un ensemble de valeurs de bienveillance, de sollicitude, de prévenance, de responsabilité, de compassion, de souci des besoins d’autrui, aussi bien en mode domestique que dans les institutions éducatives, sociales ou médico-sociales... Institutions qui s’occupent des enfants, des personnes âgées, des personnes en situation de maladie, de handicap, physique ou mental, et tout ce qui tourne autour de la vulnérabilité de l’être humain.

 

La pandémie actuelle montre en dimension réelle l’immense champ d’action d’une éthique du « care », formelle ou informelle, et son intérêt, autant pour les acteurs que les bénéficiaires, avec leurs interactions ordinaires et vivifiantes. Il n’est qu’à voir les trésors d’intelligence, de sollicitude et d’attention mis en œuvre par les salariés les moins considérés, les aidants anonymes, et par les bonnes volontés – les bénévoles – qui se mobilisent autour d’initiatives concrètes très localisées. On pourrait peut-être y ajouter le mot de « considération ».

 

L’éthique du « care », éthique de la sollicitude, n’est pas une exclusivité féminine, car elle concerne chacun  dans la mesure où chacun est ou peut devenir un « aidant ». Finalement, le « care », c’est « tout ce que nous faisons en vue de maintenir, de continuer et de réparer notre monde, et il existe de nombreuses façons de se soucier d’autrui et que tout le monde est amené à le faire à un moment ou un autre ».

 

Des réflexions sont en cours aujourd’hui pour « concevoir une application généralisée de l’éthique du « care », qui en France prend parfois le nom de « bienveillance », et se décline par professions, éducation bienveillante, management bienveillant, alors qu’il s’agirait plutôt d’une bientraitance »

 

L’humanité à l’épreuve de l’antispécisme 

 

« La prise de conscience de la condition animale mobilise militants et philosophes. Au-delà même des comportements alimentaires, c’est à une profonde remise en question de la sujétion de l’animal à l’homme qu’invite désormais le mouvement antispéciste ».

 

L’émotion provoquée par la cruauté de certains aspects de l’exploitation animale dans les abattoirs et dans les élevages industriels, en même temps que les progrès de la recherche en éthologie, en psychologie cognitive et en neurosciences, ont contribué à modifier le regard traditionnellement porté sur les espèces vivantes. Selon certains philosophes, ces découvertes et cette prise de conscience dévalueraient même sérieusement l’humanisme anthropocène.

 

Il est vrai que, « toujours tributaire de l’antique dualisme homme-animal, l’humanisme, classique comme moderne, maintient une distinction arbitraire entre le genre humain et les autres formes de vie ». Et l’humanisme … « contredirait même ses propres principes éthiques en acceptant que l’animal soit dénature et transformé en fonction des besoins humains par la domestication et l’élevage ».

 

Mais l’antispécisme contient en lui-même ses propres contradictions. « Il ne s’agit plus de s’intéresser à l’animalité des humains mais à l’humanité des animaux » s’insurgent certains. Le Code civil a déjà redéfini en 2015 l’animal comme un « être vivant doué de sensibilité », mais les militants de la cause animale réclament « une liberté pleine et une considération  pour les individus non humains ».

 

Ce qui laisse très circonspect l’auteur de l’article, qui conclut ainsi : « L’antispécisme paraît ainsi camper sur un paradoxe, qui fait de l’être humain le législateur moral de la biosphère, tout en niant sa position éminente et sa spécificité. C’est un réel problème qui fait de l’antispécisme à la fois un humanisme et un antihumanisme. Si la place de l’animal dans notre société et notre rapport au vivant méritent bel et bien d’être réinterrogés, les solutions prônées par l’antispécisme laissent songeur quant à la possibilité de poursuite d’un destin commun entre l’homme et l’animal, constitutif de l’histoire de l’humanité ».

 

Le transhumanisme rend-il l’homme obsolète ?

 

« En dehors d’effets d’annonce assez peu crédibles, le mouvement transhumaniste maîtrise-t-il son projet ? Pousser les capacités de l’être humain au-delà de tout ce qui est aujourd’hui concevable mène-t-il à le dénaturer ? Ou bien est-ce le prolongement de sa liberté de faire de lui-même ce qu’il veut ? ».

 

Autant de questions de fond qui nécessitent un examen approfondi et des références éthiques incontestables. Enivré de connaissances et de pouvoirs toujours grandissants sur l’univers qu’il connaît, l’être humain a toujours eu la tentation de l’ubris, avec en première intention, celle de se libérer des liens du temps et de l’espace qui constituent ses limites, et d’augmenter à l’infini ses capacités physiques

et mentales. Avec un désir d’immortalité en filigrane ou en point de mire.

La convergence des nanotechnologies, des biotechnologies, des techniques de l’information et des sciences cognitives (les « NBIC ») a donné naissance à cette idéologie transhumaniste, qui affirme la nécessité du passage le plus rapide possible au stade suivant de l’évolution biologique, dans lequel des machines conscientes nous remplaceront.

 

On conçoit aisément les immenses attentes de progrès dans les domaines de  recherche scientifique et médicale par exemple, pour éradiquer maladies et virus, pandémies et dégénérescences, pour raccommoder le vivant, ses membres, ses organes, réparer ses atteintes mentales, ou changer les pièces malades … et autres utopies technologiques aujourd’hui impensables. Les multinationales de l’intelligence artificielle et les génies de l’algorithme nous prédisent régulièrement des avancées merveilleuses qui feront le bonheur de l’humanité, et présentent tout aussi régulièrement un cas particulier élevé aussitôt en modèle pour demain. « Les interrogations profondes et les propositions raisonnées voisinent avec les spéculations les plus fantaisistes, les affirmations sans nuance et le marketing racoleur ».

Ce qui est utopie aujourd’hui sera sans doute le quotidien d’après-demain, cependant se pose toujours la même question de l’écart entre l’objectif déclaré de l’invention  technologique et le détournement d’application qui suivra inévitablement. A l’échelle d’une vie humaine, on peut en faire l’expérience. Peut-être faudra-t-il alors, ou peut-être faut-il dès maintenant, se soucier d’éthique ?

 

Se posera aussi la question d’un « nouvel humanisme » à inventer.

 

Conclusion

 

On le voit à la lecture de cette dernière partie, dans les multiples facettes qu’elle en expose, « le Renouveau de l’humanisme » n’est pas une idée abstraite pour matamores de comptoir, dîners mondains ou bouffonneries de prime time, mais c’est bien un projet de vie crucial que chaque être humain d’aujourd’hui doit prendre en main.

Dans ses actes, ses choix quotidiens, au ras des rocs de la réalité la plus pragmatique, chaque être humain engage sa responsabilité dans ce renouveau de l’humanisme. La fraternité humaine est à ce prix.

 

Ce dossier nous montre en tout cas que « l’histoire de l’Humanisme » est née dès que l’homme a commencé à se poser des questions sur le commencement du monde et sur l’énigme de l’être humain. « Nos ancêtres n’étaient pas plus sots que nous », comme aimait à le dire Lucien Jerphagnon...

 

Et, concernant l’ensemble de ce superbe panorama de l’histoire de l’humanisme, au-delà de l’histoire, j’aurais tendance à croire que c’est une éthique de la responsabilité qui se dessine en filigrane. Le fil rouge des conceptions historiques successives de l’être humain dans le monde, chacune forcément enrichie des expériences précédentes, semble confirmer cette recherche permanente, qui nous conduit « ici et maintenant ».

 

Selon la conception traditionnelle de la responsabilité, on considère que l’on n’est responsable que de ce que l’on fait intentionnellement, et des seuls effets connus et prévisibles de nos actions. C’est le fondement de la responsabilité pénale, qui correspond à une définition morale de la responsabilité individuelle, et c’est aussi le sens de l’autonomie personnelle de l’être humain exprimée par les Lumières. Mais dans un monde aussi complexe que le nôtre, où s’entremêlent de multiples facteurs et de multiples acteurs, s’il n’est pas toujours facile d’avoir une vision claire des conséquences de chacun de nos actes, nous pouvons du moins en avoir la volonté. Et peut-être sommes-nous aussi responsables de certains actes que l’on ne pose pas…

 

Comment concilier un individualisme-roi et une interdépendance renforcée avec les autres ? Il nous faut dans doute penser de nouveaux rapports au monde sur le registre « interdépendance et solidarité ». Nous pouvons par exemple avoir à l’égard du monde vivant une obligation de souci, de sollicitude, de prise de conscience, de vigilance, de considération. Envisager toutes ces formes de rapport au monde qui permettent d’enrichir la notion traditionnelle de la responsabilité, de trouver un moyen de concilier la responsabilité individuelle, la préservation de la liberté et l’exigence où nous sommes d’assumer la complexité du monde.

Bref, beaucoup de questions pour entretenir l’intranquillité de l’âme !

 

Rémy LE TALLEC.

 

 

                             CI- DESSOUS LA PRÉSENTATION DE LA REVUE 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE  GRAND DOSSIER DE L'HUMANISME-PART - III- suite et fin
LE  GRAND DOSSIER DE L'HUMANISME-PART - III- suite et fin
LE  GRAND DOSSIER DE L'HUMANISME-PART - III- suite et fin
LE  GRAND DOSSIER DE L'HUMANISME-PART - III- suite et fin
LE  GRAND DOSSIER DE L'HUMANISME-PART - III- suite et fin

 

 

La revue « Sciences Humaines »

 

La revue mensuelle « Sciences Humaines » a été créée en novembre 1990 par quelques passionnés de sciences humaines réunis par Jean-François Dortier. Le n°1 était en grande partie consacré à un grand dossier sur le philosophe tout terrain Edgar Morin (16 pages sur les 51 que comptait ce premier numéro), signe d’une attention particulière à la complexité du monde de la connaissance, avec interview, étude sur le maître-livre d’Edgar Morin, La Méthode – la sociologie au présent. « Le défi de la complexité, expliquait-il alors, … nous fait renoncer à jamais au mythe de l’élucidation totale de l’univers, mais il nous encourage à poursuivre l’aventure de la connaissance qui est dialogue avec l’univers ».

 

Et l’Editorial de ce numéro 1 situait bien l’action : « Nous voulons diffuser et promouvoir les sciences de l’homme et de la société. Nous voulons que Sciences Humaines soit la revue de vulgarisation exigeante que vous aurez plaisir à lire ».

Et se terminait ainsi :

« Sciences Humaines est résolument pluridisciplinaire. Nous voulons créer, au-delà des goûts et formations de chacun, un lieu de confrontations et de synthèse. Votre revue traitera dans les prochains numéros de questions importantes : la psychologie de l’enfant, l’émergence des minorités dans le monde, l’individualisme, le système éducatif, la guerre, le sens de l’histoire, etc… Elle est ouverte à toutes les formes d’analyses, à toutes les écoles de pensées. Nous faisons notre possible pour que Sciences Humaines soit une revue de référence, utile et lisible dont vous souhaitez disposer ».

 

Cette revue a parfaitement réalisé, et réalise toujours à la perfection, ses engagements et les défis de pluridisciplinarité, de curiosité et de vulgarisation exigeante. On sentait une véritable passion chez les artisans de cette revue. Et lorsqu’on lançait un appel téléphonique à la revue à la recherche d’un renseignement quelconque, on atteignait directement l’un des rédacteurs. Ce côté artisanal, dû certainement à un berceau associatif, qui explique aussi la passion originelle.

 

Toujours proche des préoccupations humaines de ses lecteurs, au fil des mois, au fil des ans, « Sciences Humaines » s’est professionnalisée, sans jargon, sans perdre son âme, à l’écoute des émotions des hommes et du souffle du monde. Et, malgré son expansion, la revue est restée fidèle à son objectif de vulgarisation exigeante ; et la diversité de ses thèmes d’intervention, la qualité des rédacteurs et la richesse de ses contenus ont certainement contribué à sa pérennité. Pour en avoir une idée, il suffit d’ouvrir la revue chez le marchand de journaux, et de consulter les dernières pages avec la liste des numéros disponibles. Impossible de ne pas y trouver lecture à son esprit…

 

La revue vient de célébrer 30 ans : une réussite magnifique, et un plaisir renouvelé pour le lecteur avide de connaissance.

 

A la revue mensuelle, sont venus s’ajouter ensuite Les Grands Dossiers

  • Les Grands Dossiers à thème (trimestriel)
  • Les Hors-Série à thème

Et une collection de livres qui forment une masse documentaire en sciences humaines incomparable.

 

Rémy LE TALLEC.

En ces temps de reconfinement, et de désert culturel, on peut se poser la question des rapports de l'artiste avec son oeuvre.

Créer pour qui, créer pour quoi?

Pourquoi certains créent et d'autres non, pourquoi d'ailleurs l'artiste crée t il

pour lui pour les autres pour les deux mon capitaine?

que préfere t il le sculpteur, son oeuvre ou sa statue? les deux mon capitaine?

je me pose et je vous pose la question avec cette causerie que je vous offre!

sachez que lorsque j'ai mis en ligne cette petite causerie qui ne dure que 26 minutes ( il faut les créer quand même), je l'ai mis sur youtube, dont l'IA, l'intelligence artificielle, vous donne le césame ou vous voue aux gémonies, en vous poussant sous les fourches caudines du refus de mise en ligne

Avec cette vidéo sulfureuse, j'ai donc eu mon compte bloqué pour vidéo pornographique!

j'ai du monnayer, sans changer un iota, et ils ont accepté quand même!!!

voici le mythe de Pygmalion et Galatée, âmes sensibles et chastes s'abstenir!!

bon amusement

Hervé Deroeux 

 

Pygmalion et galatée

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Publié le par Rémy LE TALLEC
LE GRAND DOSSIER DE L'HUMANISME - PART -II-
La deuxième partie du Grand Dossier de l'Humanisme, du Temps des Lumières, jusqu'à Darwin...

3 -Débats au Temps des Lumières

 

Antoine Lilti, auteur du livre décisif « L’héritage des Lumières. Ambivalence de la modernité »(EHESS/Gallimard/Seuil, 2019) est l’auteur particulièrement habilité pour introduire ce 3ème volet du dossier, sous l’évident titre :  

Adolph Menzel La Tablée du Roi Frédéric II à Sanssouci (1850) avec Voltaire

L’héritage des Lumières ,

 

dans lequel il s’attache à éclairer la complexité de ce bouillonnement intellectuel, idéologique et éthique qui qualifiera définitivement le 18ème siècle et en fera une vache sacrée dans l’inconscient collectif. Il invite à considérer la grande diversité de pensée chez les auteurs du temps de Lumières - ce qu’il appelle les lumières modérées et les lumières radicales – et à prendre en compte les tensions et les désaccords qui opposaient les philosophes, et les contradictions qui traversent le siècle.

En effet, la vision commune devenue autorité de référence fait des Lumières « un bloc homogène, le socle doctrinal de la modernité occidentale. Elles désignent alors le culte de la raison et du progrès ; le rejet des croyances religieuses, l’attachement aux libertés et aux droits humains ».

Or, l’héritage des Lumières implique de sortir de ce « chantage aux Lumières » selon l’expression de Michel Foucault, qui « oblige à prendre position pour ou contre une image caricaturale sur laquelle chacun projette ses fantasmes ». Depuis deux siècles en effet, toute entreprise intellectuelle se doit, avant toute chose, de préciser sa position à l’égard des Lumières, cet événement fondateur à la fois connu et fantasmé.

 

Les Lumières ne désignent pas un ensemble cohérent de propositions théoriques… « Il faut plutôt y voir l’ensemble des débats qui ont accompagné l’effort des écrivains européens pour penser la transformation sous leurs yeux des sociétés traditionnelles : diminution de l’emprise des églises sur les croyances, développement des villes et du commerce, qui dévaluent les privilèges de la noblesse, mondialisation des échanges, apparition de l’idée de nation, avec une histoire »…

Les Lumières n’ont pas élaboré le programme de ces transformations, elles ont été

« l’effort intellectuel pour comprendre ces transformations  et les orienter,… et à rendre sensibles les problèmes nouveaux que suscitaient ces transformations sociales et culturelles ».

Imprimerie à Paris 1751 Encycl de Diderot et d'Alembert

Diffusion du savoir, émancipation de l’individu des préjugés et des superstitions, réquisition de la raison, liberté d’imprimer et instruction publique vont susciter débats et polémiques. Alors que Diderot et les encyclopédistes veulent faire œuvre de vulgarisation des savoirs, d’autres s’interrogent sur l’opportunité d’éclairer le « vulgaire », par exemple. L’expansion européenne – avec un foisonnement épistolaire sans frontières - va faire advenir également l’idée d’universalisme, et l’Europe va s’imposer une mission « civilisatrice » de propagation de l’esprit philosophique des Lumières, colonisation douce qui suscitera aussi force débats.

 

« Les écrivains des Lumières n’étaient pas des prophètes dogmatiques de la raison, du matérialisme et du progrès. Ils ont cherché à articuler une démarche militante, celle du combat inlassable contre le fanatisme et l’injustice, et une visée distanciée, travaillée par le doute et l’inquiétude »…. Les Lumières ne nous fournissent pas des réponses, elles ont formulé les questions auxquelles nous cherchons aujourd’hui encore à répondre ».

Olympe de Gouges Déclaration des Droits de la Femme

La moitié oubliée des hommes  

 

 En 1791, la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne par Olympe de Gouges dénonce la fausse universalité de l’horizon humaniste des Lumières.

Dans la situation des femmes qu’il infériorise, l’humanisme des Lumières est le masque de la domination masculine. « S’inventer comme actrice de soi-même, prendre la parole, exister et refuser l’essentialisation maternelle et domestique du rôle assigné à la femme en société… » : Olympe de Gouges met ainsi en évidence les manques et les zones d’ombre de l’esprit des Lumières, et revendique l’ambition d’une véritable universalité. Combat courageux, que l’échafaud fera taire.

Et l’on s’apercevra que deux siècles seront encore nécessaires pour, dans les lois au moins, mettre fin à cette injustice.

L'Apothéose de Saint-Thomas d'Aquin

Aux sources des droits humains  

 

« L’idée d’un droit naturel placé au-dessus de tous les autres passe pour une idée révolutionnaire, mais elle n’est pas si neuve que cela en 1789, et ses racines théologiques sont anciennes ».

Quelle est l’origine des principes qui ont engendré la déclaration de ces droits de l’homme ? Les racines anciennes des droits de l’homme ainsi proclamés sont-elles « une application des idéaux popularisés au siècle des Lumières par un John Locke ou un Voltaire, ou bien sont-elles à chercher du côté des doctrines religieuses et des théories du droit naturel ? ». En guise de réponse, on va élaborer un sacré laïc protégeant de facto la liberté des individus sans les priver de cadres moraux. Et, parmi les valeurs républicaines, la laïcité comme valeur absolue de la République fera désormais consensus pour une gestion pacifique dans l’espace public des différentes confessions et convictions.

 

Jean-Jacques ROUSSEAU à Ermenonville

Deux versions de la perfectibilité de l’homme  

 

Le progrès humain est presque une idée presque neuve au moment de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. D’Alembert parle d’une « perfectibilité indéfinie » de l’espèce humaine. « Parmi les philosophes, nombreux sont ceux qui placent tous leurs espoirs dans les arts et les sciences, mais d’autres s’inquiètent déjà de leurs mauvais usage. C’est le cas de Jean-Jacues Rousseau, pour qui la raison ne fait pas la sagesse ».

Rousseau va développer l’idée que l’être humain n’est pas totalement déterminé par la nature, et qu’il est donc susceptible de perfectibilité, grâce aux vertus des Lumières et grâce à ses facultés de raison, d’inventivité et de volonté. L’être humain est capable de se modifier et de modifier le monde grâce au progrès des savoirs et des techniques, au risque d’être dévoyés. C’est pour cela qu’il s’intéressera  activement au domaine de l’éducation.

Allégorie de la paix et de la justice Corrado Giaquinto

Kant et la paix universelle 

 

Philosophe incontournable des Lumières, pour l’éclairage qu’il en donne («  Qu’est-ce que les Lumières ? », et figure emblématique de l’histoire de la philosophie en général,

Emmanuel Kant est convoqué ici pour son projet de « Paix perpétuelle ». Aux yeux des Lumières, c’est la raison qui confère à l’esprit sa liberté, parce que l’esprit n’est soumis à aucune puissance étrangère et extérieure à lui et qu’il n’obéit ainsi qu’à lui-même. Tel est le sens de ce maître-mot du XVIIIème siècle : la loi. Et c’est sur la loi et la morale que peut s’instituer une paix perpétuelle entre les Etats. Au travers de trois niveaux d’ordre constitutionnel : constitution de chaque nation, loi internationale liant les différents Etats et constitution d’un ordre mondial « dans lequel les hommes seraient considérés comme citoyens d’une cité humaine universelle ». Pour cela, Kant utilise largement l’expression « Alliance de paix » qui « engage davantage qu’un contrat : elle allie, elle apparie des libertés, elle noue une existence à une autre existence »…

Magnifique utopie en 1795 ! Deux siècles plus tard, au XXèmesiècle, l’Onu, la Charte des Nations Unies pour la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les institutions européennes donneront enfin chair à des avancées qui contribuent largement au maintien d’une paix fragile et à la liberté des citoyens d’un monde possible, d’un monde virtuellement présent. 

L'Esclavage

Abolir l’esclavage, un consensus moral 

 

« La critique de l’esclavage est aussi ancienne que sa pratique, mais l’idée d’y mettre fin ne s’imposera qu’au XIX ème siècle. Elle émane aussi bien d’activistes croyants que de philosophes militant pour les droits humains ».

 

Dans le monde occidental, dans la philosophie classique, l’esclavage existait de toute Antiquité, comme relevant d’une hiérarchie dans l’ordre naturel des humains. Cependant, dès la Renaissance, quelques humanistes et religieux ont commencé à mettre en doute la légitimité de cette pratique. Questions morales, économiques, politiques et sociales alimenteront longtemps des débats passionnés.

Et il faudra attendre le milieu du XVIIIème siècle pour voir émerger l’antiesclavagisme, grâce à l’effacement du clivage géographique entre l’Europe et le monde d’outre-mer, à la montée des philosophies sociales et humanistes déniant toute valeur morale à l’esclavage, et à la reconnaissance de la liberté naturelle de l’homme. La convergence des morales profanes des Lumières et chrétiennes (catholiques et protestantes) feront consensus, mais les traditions et les trafics tarderont à se plier dans les faits aux lois d’abolition

 

4 - Face au siècle du progrès

Sans- abri à Londres

L’utilitarisme : une morale sans scrupules ?  

 

« La doctrine de Jeremy Bentham se voulait laïque, humaine, mais surtout rationnelle, au point de, si nécessaire, sacrifier certains au bonheur de tous. Est-elle compatible avec les valeurs de l’humanisme ? ».

 

Selon l’utilitarisme de Bentham, on doit juger la moralité des actions au regard de leurs conséquences sur le bonheur de l’ensemble des individus : « le plus grand bonheur du plus grand nombre ». Voilà qui laisse peu de place au bonheur personnel auquel tout être humain peut légitimement aspirer. Et pourtant, « bien-être individuel et diminution des souffrances » sont au centre des réflexions des penseurs utilitaristes.

Et, après avoir longtemps été à la pointe des luttes sociales, l’utilitarisme n’a plus le même impact pour les générations futures. Finalement, l’épanouissement de l’homme, qui est un thème fondamental de la pensée humaniste, reste largement absent de la philosophie utilitariste.

Mais, « utilitarisme et humanisme ont chacun un rôle à tenir, certainement ensemble », pour le bien commun.

Statue de Karl Marx Chongquing (Sichuan, Chine)

Karl Marx et les droits humains  

 

« Pourquoi Karl Marx, porteur d’un projet qui se voulait humaniste et émancipateur, s’est-il autant méfié des droits de l’homme ? Conscient des mésusages possibles de la liberté individuelle, il en oublia les indispensables libertés publiques ? »

 

Malgré les méandres de sa pensée, le refus des droits humains est resté une de ses obsessions, et devenu l’objet d’une captation d’héritage par des régimes de terreur permanente de funeste mémoire.

 

Pourtant, Marx se revendique d’un « humanisme radical », qu’il nomme « humanisme achevé » ou « humanisme réel ». Il le définit par le fait que « l’homme est pour l’homme l’être suprême » et par « l’impératif catégorique de renverser tous les rapports où l’homme est un être humilié, asservi, abandonné, méprisable ».

Pourtant, la société qu’il appelle de ses vœux doit être « une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous ».

Pourtant, selon son interprétation, les termes de la Déclaration des droits de l’homme ne portent pas en eux l’émancipation humaine, mais représentent une aliénation sociale. Tout tourne autour de l’idée d’aliénation. Les humains construisent leur histoire, mais sans savoir laquelle ils font ; ils ont une « conscience fausse »  d’eux-mêmes et de la société. Selon lui, ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, « c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience ».

Et il tient à séparer les droits humains qu’il considère comme des obstacles aux forces sociales, et les droits citoyens résultant d’une auto-organisation de la société qui rend inutiles les garanties juridiques des libertés.

« Mais, en récusant les droits humains au lieu de les réarticuler avec les droits citoyens, et en laissant dans l’obscurité le statut juridique des libertés publiques et individuelles, Marx laissait la porte ouverte à une traduction autoritaire, voire totalitaire de ses analyses … et à l’écrasement des individualités rétives ».

Friedrich NIETZSCHE (1844-1900)

Nietzsche et les illusions de la morale 

 

« Friedrich Nietzsche est l’auteur d’une critique radicale de l’humanisme. Selon lui, la morale est l’ultime ruse des faibles pour domestiquer les puissants ».

 

Pour Nietzsche, la morale du christianisme « étouffe la volonté, la passion, le désir, est en fait une morale d’esprits faibles qui craignent d’affronter la vie en ce qu’elle a de brutal et de créateur ». La morale est pour lui le refuge des faibles, des esclaves te de la masse des gens ordinaires… A sa détestation de la religion, Nietzsche ajoute celle des philosophes, qui, sous le voile d’apparences de sagesse et de réflexion, de défricheurs de concepts et d’idées abstraites, cachent leurs propres convictions. De quoi l’existence de l’homme tire-t-elle son sens ? De sa volonté de puissance créatrice affirmative.

En fait, il ne semble rechercher ni l’harmonie ni l’égalité, et entend valoriser le combat, la lutte, dont doivent sortir un vainqueur et un vaincu. La morale de Nietzsche se situe « au-delà du bien et du mal ».

Au total, la pensée protéiforme et passionnée de Nietszche influencera la réflexion philosophique occidentale de tout le XXème et du début du XXIème siècle au moins…

Charles DARWIN (1809-1882)

 Darwin a-t-il déchu l’espèce humaine ? 

 

Selon certains, Charles Darwin aurait porté un coup fatal à l’humanisme en affirmant que « l’homme descend du singe » … En fait, sa théorie de l’évolution ne prévoyait pas qu’une espèce puisse être supérieure à une autre, mais seulement différente ».

 

La question de la place de l’homme est au centre de vifs débats de la communauté scientifique. Darwin croit au perfectionnement du genre humain, y compris au plan biologique. Mais il est surtout attentif au développement du sens moral pour préserver la sociabilité de l’être humain, avec l’instinct naturel de la compassion dont on doit entourer les plus faibles et les plus démunis et « la sympathie qui tend à devenir universelle ».

Caricature Darwin

Darwin pose donc le respect de la personne au centre de la civilité et avant les gains hypothétiques de toute intervention de type eugénique. Il place même son espoir dans les progrès de l’empathie, en direction de formes de vie toujours plus différentes. Ce qui invalide le faux procès d’antihumanisme dont sa pensée est parfois l’objet.

 

Rémy LE TALLEC

 

 

 

À suivre : PART - III- : Désillusions et impasses, le Renouveau de l'Humanisme.

 

Conclusion et article sur la revue Sciences Humaines.

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