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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par Jean-Pierre Rousseau
LE PELICAN de Jean-Pierre

L’ENVOL

 

Toutes les traditions ont un bestiaire symbolique, la genèse rapporte qu’après les éléments, la terre fût peuplée par les êtres vivants. Les hommes dès qu’ils eurent les deux pieds sur terre, dressèrent la tête vers le ciel, pour suivre du regard les oiseaux, admirer leur vol. Noé le premier architecte, celui qui construit le premier temple l’arche, après le déluge ouvrit la porte à la colombe. Le Roi Salomon avait son oiseau symbolique la huppe, c’est écrit dans le Cantique des Oiseaux le poème Soufi du perse Farîd od-dîn ‘Attâr après les questions des oiseaux, vient le chapitre des sept vallées qui commence ainsi :

   Un autre oiseau s’avança

             Un autre oiseau lui dit : « Toi qui sais le chemin

             Ô huppe ! Notre vue est encore obscurcie !

 

             Cette voie semble longue, pénible et dangereuse !

             Combien de parasangs faudra-t-il parcourir ?

 

             La huppe répondit : « Nous avons devant nous

            Sept vallées à franchir avant de voir le seuil…

 

           Au début, il y a la vallée du Désir

           Puis, la vallée sans rivage, la vallée de l’Amour

 

C’est dans cette vallée sans limites que se déploient les ailes du Pélican de l’amour, dans la vallée ou le Phénix se régénère sans cesse dans le feu du principe, sous le regard de l’Aigle bicéphale du Saint Empire, qui brille dans les ténèbres.

 

Quand j’étais enfant, je voulais mettre les oiseaux dans des cages, sans doute par égoïsme, quand j’ai pris mon envol, j’ai ouvert la cage par espièglerie, maintenant je ne lasse plus de regarder leur vol, leur liberté, leur capacité à faire naître d’un seul battement d’aile la beauté, cette beauté du cœur et de l’âme dans la joie.

Sans cesse ils montent et descendent dans l’azur, poussés par le souffle Divin. Leur vol fait vivre le ciel.

 

Jean-Pierre Rousseau contributeur habituel du Blog, nous invite à un vol avec le Pélican de l’amour.

 

Jean-Francois Guerry.

LE PELICAN de Jean-Pierre
                                  LE PÉLICAN

 

Je vous propose de recadrer le Comment de ce symbole, d'une part dans le cadre du monde antique, puis dans celui de la mise en place du monde chrétien  d'Occident,  et, enfin je ferai une brève évocation du point de vue alchimique. Ensuite j'aborderai le Pourquoi du Pélican à notre dix huitième degré et les enseignements que l'on peut en tirer.

 

L'allégorie du pélican, qui se déchire la poitrine afin de nourrir ses petits de son sang, omniprésente dans les Bestiaires médiévaux, connaît un succès continu dans l’iconographie chrétienne comme dans la maçonnerie écossaise.

 

La critique moderne et les spécialistes du texte biblique sont aujourd’hui d’accord pour dire que le pélican est absent de la Bible hébraïque  (Une seule citation dans la Vulgate latine, Ps101,7 « je suis semblable au pélican du désert, je suis comme le hibou des ruines ; »).

 

L’oiseau nommé  "qâat", que les premiers traducteurs avaient imprudemment identifié comme un pélican, désignait plus vraisemblablement un choucas ou un rapace (la hulotte du désert).

 

La traduction la plus vraisemblable aurait dû être « je ressemble à la hulotte du désert, je suis comme le hibou des ruines; » Ps102,7. Et le bon sens confirme qu’il serait difficile à un pélican exclusivement ichtyophage de se nourrir de poissons au désert !

 

Dans le seul ouvrage antique sur l’interprétation des hiéroglyphes, datant du 5ème siècle, attribué à un auteur alexandrin du nom d’Horapollon, le pélican personnifie l’homme insensé car il pond ses œufs au sol et commet des imprudences mettant la vie de ses poussins en péril. Nous sommes encore loin de l'oiseau charitable !

 

Par contre nous dit-il ! La femelle vautour oiseau montrait un tel dévouement pour sa couvée que : « lorsqu’elle manque de nourriture à donner à ses oisillons, elle s’ouvre la cuisse puis permet à ses enfants de prendre son sang, pour éviter qu’ils ne meurent de faim ».

 

Pour ce prodige, les Égyptiens couronnaient les déesses-mères et les reines d’une coiffure en forme de vautour. La légende des vautours uniquement femelles et leur dévouement maternel était connu de toute l’Antiquité gréco-romaine.

 

Dans le cadre de la nouvelle idéologie qui prospérait au grand jour, où le poisson représentait le Christ rédempteur, l’allégorie de l’oiseau carnivore ne fut plus comprise. L’image d’un charognard rappelait de trop près la volée d’oiseaux prédateurs qui montaient la garde autour du Golgotha.

Le monothéisme reportait sur une seule personne divine les attributs autrefois confiés à des déesses, et le vautour ne trouvait plus sa place au front des reines, il fut maudit.

 

Par la vertu d’escamotage, et le glissement des traductions, le vautour mangeur d’entrailles refroidies se vit remplacé par le pélican pourvoyeur de poissons… Et par la même occasion, de l’allégorie maternelle on passa à un emblème paternel incarné par le pélican.

 

Saint Augustin et Saint Jérôme sont probablement au départ de l’extraordinaire postérité de cette brève évocation, qui se trouva dorénavant associée, grâce aux Pères de l'Église, à l’idée du Fils de Dieu donnant sa propre chair aux fidèles.

 

Cette image du Pélican, qui arrache des morceaux de son propre cœur pour en nourrir ses enfants, est une grande image christique du Moyen-âge. Selon l’église catholique romaine, le pélican nourrit ses petits de son sang et de sa chair.

 

C’est le symbole de Jésus, le Christ qui vient racheter le péché originel de l’humanité par le sacrifice de sa chair et de son sang, symbole contenu dans le sacrement de l’Eucharistie.

 

Il entre très tôt dans la symbolique chrétienne puisque sa légende est déjà mentionnée par Eusèbe de Césarée (270-340 ), puis par Saint Augustin (354-430) et par Maxime le confesseur (580- 662).

 

Il est intéressant de souligner que Eusèbe de Césarée décrit cette histoire pendant le règne de Constantin et comme par hasard juste après le concile de Nicée (le premier en 325 qui marque un énorme revirement dans l'Église chrétienne Dieu [le Fils] est consubstantiel au Père).

 

Enfin Maxime le confesseur a une conception de l’homme plus conforme à la pensée paléochrétienne puisque selon lui « l'Esprit-Saint n'est absent d'aucun être ». Il se rapproche beaucoup du christianisme orthodoxe alors même qu’il a été condamné par l’église d’Orient.

 

Quatre siècles plus tard vers l'an mille les bonshommes cathares auraient fait naître une légende encore vivante dans le folklore du sud de la France. Je ne peux résister au plaisir de vous la conter :

 

« Il y a un oiseau, nommé le pélican, lumineux comme le soleil, et qui le suit dans sa course. Cet oiseau eut des petits, et lorsqu’il les laissait au nid pour aller accompagner le soleil, une bête venait qui les démembrait et leur coupait le bec. Quand le pélican revenait à ses petits et qu’il les trouvait ainsi démembrés et amputés, il les guérissait.

Comme cela arrivait fréquemment, le pélican imagina de dissimuler sa clarté et de se cacher parmi ses petits, et que quand la bête viendrait, il la prendrait et la tuerait, ce qui fut fait. Et c’est ainsi que furent délivrés les petits du pélican.

 

Et de la même manière Dieu avait fait les créatures et le dieu mauvais les détruisait, jusqu’à ce que le Christ dépose ou voile sa clarté quand il prit chair de la vierge Marie. Il prit alors le dieu mauvais et le plaça dans les ténèbres de l’enfer, et depuis ce jour il ne peut plus détruire les créatures du Dieu bon . »

 

Ce mythe est explicite : le Pélican représente la lumière solaire de la Gnose, la Force de Christ. Les enfants du Pélican, c’est l’humanité qui tente de se relier à cette force, mais est toujours à nouveau mutilée et tuée par la force du démiurge, le " dieu mauvais ". Mais par le sacrifice de Christ, les enfants du Pélican seront sauvés.

 

Les gnostiques avaient eux une tout autre interprétation du symbole du pélican. Ce dernier est assimilé au cygne, il est Lumière, il pond et couve l’œuf du monde. Il est possible que les premiers chrétiens aient eu un point de vue assez proche de cette symbolique.

 

Ainsi comme tout symbole, celui du pélican est à multiples facettes et chaque interprétation,si erronée qu’elle soit, détient sa part de vérité.

 

Si la nature même du pélican est sujette à caution, qu’en est-il de son image ?

 

En considérant la représentation par l’image de ce symbole, deux interprétations sont possibles :

 

Ou bien l’appellation « pélican » a été destinée à masquer, à maquiller, le cygne dont le symbolisme païen était beaucoup trop  « voyant »

 

Ou bien l’image du pélican a été jugée trop peu « photogénique » et les imagiers l’ont embellie en lui donnant l’aspect d’un cygne ou d’une oie. Cette dernière hypothèse n’est envisageable que dans l’interprétation du symbole selon l’église romaine.

 

La première hypothèse, par contre, serait tout aussi valable pour les cathares que pour les catholiques. Pour les deux communautés en effet, mieux valait raconter l’histoire d’une espèce d’oiseau fabuleux qu’on nommerait pélican plutôt que de raconter l’histoire du cygne au symbolisme païen beaucoup trop affirmé.

 

Si l’on examine la nature et la posture de l’oiseau qui trône dans les églises, le plus souvent il ne s’agit aucunement d’un pélican à « l’allure de cygne » mais d’un véritable cygne.  Ce ne peut pas être une coïncidence ! Par ailleurs, l'oiseau est souvent présenté déployant ses ailes et paraît ainsi protéger ses petits ; ses petits sont donc en danger ? Et les oisillons sont au nombre de trois, pourquoi trois ?

Quand on voit l’oiseau qui semble s’arracher le cœur de son bec et que quelques gouttes de sang perlent sur son plumage, le symbole est incontestablement catholique. Le pélican qui régurgite sa pêche pour nourrir ses petits symbolise bien le Christ Eucharistique.

 

Mais ce n’est pas toujours le cas. Faut-il alors voir autre chose ? Y aurait-il plusieurs niveaux de lecture ? Rappelons que les images, fresques et autres tableaux figurant dans les églises étaient destinés à la compréhension de ceux qui n’avaient pas accès à la lecture des textes sacrés !

 

Chez les Hermétistes, car il me paraît impropre de dissocier l'alchimie trop souvent réduite à des faiseurs de métaux, il y a un lien entre l'homme et le Divin, entre le ciel et la terre.

 

Ce lien dépasse le stade de simple médiation, il est aussi sympathie :

 

« Il est vrai et sans mensonge, que tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas  pour accomplir le miracle d'une seule chose.

 

De même que toutes choses tirent leur origine de la Chose Unique Seule, par la volonté et le verbe de l'Un, Seul et Unique qui l'a créée dans Son Esprit, de même toutes les choses doivent leur existence à cet Un par ordre de la Nature et peuvent être améliorées par l'Harmonie avec cet Esprit. » (Table d'émeraude).

 

Gnostiques, Chrétiens, Juifs, Musulmans, Druzes, Francs-Maçons, Rosicruciens… autant de religions, de peuples et de philosophies qui trouvèrent dans l'Hermétisme le désir d'Unité et d'Union de l'ensemble de l'humanité : l'alliance de l'homme à la nature, de la nature à Dieu, de Dieu à l'homme, de l'homme à l'homme.

 

Les alchimistes parlaient de l'Arès comme d'un principe de structuration des formes individuelles. Elle se manifeste comme le Sulfur, énergie masculine, proche du mercure. Paracelse parle d'un objet instable et émotif qui n'est que trop enclin à participer à la « turbulentia corporis ».

 

Pour les alchimistes il convenait d'isoler ce composant turbulent, le multidistiller dans le pélican.

 

Selon Jung il s'agit en termes psychologiques de prendre le temps d'accueillir les contenus qui surgissent de l'inconscient et de les observer. Ensuite il faut examiner l'effet d'une réapplication à l'inconscient de ces contenus devenus conscients.

 

L'émotion se retourne en quelque sorte sur elle même, ce que l'alchimie décrit dans l'image du Styx enroulé neuf fois sur lui même, ou celle du pélican en laboratoire, utilisé pour la multi-distillation  du même produit.

 

C'est la mise en œuvre  de la substantifique moelle.

 

Chez Paracelse l'Arès c'est l'énergie de mise en forme celle qui par la rencontre de l'Eau et du Feu, libérera la lumière enfermée dans la matière, c'est à dire l'intelligence du corps.

 

L'Arès est capacité de maintenir une relation chaleureuse entre deux parties opposées ou deux opinions contraires, ce qui est déroutant aux yeux de ceux qui croient détenir la vérité.

 

A l'intérieur du vase alchimique l'Arès ouvre un espace de création et maintient en contact  les antagonismes afin que l'esprit d'Hermès fasse évoluer la capacité de voir les événements avec une autre perspective.

 

Pour les adeptes un simple récipient contenant et le contenu lui même deviennent un seul et même tout avec pour objectif unique associer au travail opératif le spéculatif pour atteindre le grand œuvre en découvrant ce qui est caché à l'intérieur. Il faut également préciser que cela ne peut se faire sans l'amour inconditionnel au Créateur.

 

Au fil de l'exposé vous aurez remarqué qu'en fait nous n'avons parlé que d'Amour, celui des déesses mères pour le peuple, celui des pères nourriciers pour leurs enfants, celui du Christ rédempteur pour les chrétiens, celui des alchimistes pour le Grand Œuvre.

 

Nous avons également évoqué le fait que, comme, tout ce qui est en haut est en bas, l'Arès des alchimistes permet de concilier les oppositions afin que le lien reste vivant entre la créature et le Créateur.

 

L’appropriation du patrimoine symbolique commun put donner des résultats étonnants.

 

Charbonneau-Lassay a rencontré le problème dans son Bestiaire du Christ en abordant la symbolique du cœur  à partir du pélican. Après avoir passé en revue les bestiaires médiévaux il conclut à l’unité du sens eucharistique, l’oiseau héritant de surcroît des qualités du phénix antique.

 

Ce symbole du Pélican sera repris au 17ème siècle par la Rose-Croix, puis par la Franc-Maçonnerie.

 

Beaucoup de  de loges ont adopté dans leur sceau ou leur blason, au XVIIIe siècle et tout au long du suivant, une image du cœur enflammé comme signe distinctif.

 

Le tendre accueil d’Angers montrait un cœur enflammé dans une étoile à six branches ; Les cœurs unis de Paris présentait deux cœurs enflammés entre l’équerre et le compas , alors que La Parfaite Unité des Cœurs, toujours à Paris, y disposait trois petits cœurs en triangle.

 

L’Ancienne cauchoise de Caudebec inscrivait les deux cœurs dans une étoile flamboyante. Des constitutions du Grand Orient ont pu être scellées par trois cœurs unis etc. Particulièrement parlants sont les sceaux de deux loges avignonnaises,

 

Les Amis à l’épreuve et Les Amis sincères : toujours entre l’équerre et le compas, l’une montrait deux cœurs transpercés par un clou et l’autre trois cœurs enflammés dont l’un était traversé par une flèche.

 

Le cœur à cette époque symbolise la vertu théologale par laquelle on aime Dieu par dessus tout pour Lui-même et son prochain comme soi-même pour l'amour de Dieu.

 

Il s'agit de la Charité qui résulte de la francisation du mot caritas (amour) en latin, traduction du mot grec agapê dans le nouveau testament.

 

J'ai le bonheur comme vous d'être Chevalier Rose-Croix, grâce aux trois vertus théologales et aux quatre vertus cardinales (courage, justice, prudence, tempérance) je m'efforce de participer à la victoire du Bien sur le mal, c'est le principe gnostique de la lumière triomphant des ténèbres.

 

Dans le bijou du grade :

 

A l'avers, un pélican nourrissant ses sept petits, symbole du dévouement total à nos semblables, nous rappelle que nous sommes tenus d'aider d'assister et d'aimer notre prochain ;

 

Au revers un aigle aux ailes déployées symbole de la suprême puissance car on suppose que seule une force extraordinaire  d'élévation spirituelle peut permettre de communiquer avec le GADLU.

 

Toute la loi d'Amour se trouve résumée dans le symbole du pélican.

 

Le devoir du pèlerin que doit être le chevalier Rose-Croix est majeur, son travail ne doit jamais s'arrêter tout au plus sa mission peut être suspendue afin de se régénérer.

 

La cérémonie de la Cène renforce encore cette notion de partage avec l'autre, donnez à manger à celui qui a faim, donner à boire à celui qui à soif, allez en paix et travaillez à la gloire du GADLU.

 

Par analogie, nous sommes proches du processus alchimique, le Pain symbole de nourriture spirituelle, requiert l'action du feu, associé au Vin, symbole de connaissance, générateur du Grand Œuvre, assimilé au principe du soufre met en présence deux principes contraires qui vont nourrir l'initié dans le creuset de l'œuf philosophique où à lieu le mariage du soufre et du mercure.

 

Comme dans le processus alchimique, la Cène ne s'achève que lorsque tout est consommé, que les impuretés ont été réduites. Régénérés, nous sommes prêts à propager sur la terre toutes les vertus qui naissent de la foi et de la charité.

 

Par la transmutation alchimique nous sommes devenus Espérance, Espérance que nous nous devons de préserver et faire partager tout au long de nos pérégrinations tant au dehors qu'au dedans, c'est notre Devoir.

 

Nous retrouvons également dans le rituel de la fête Pascale et plus spécialement lors de la cérémonies de lumières tout le sens du dix-huitième degré et aussi de la symbolique de celui qui a donné son sang pour les autres.

 

En conclusion il me semble indéniable que la filiation de nos rituels est christique avec une forte influence alchimique nonobstant les remous philosophiques et existentiels du siècle des lumières, du début du vingtième siècle et enfin ceux encore actuels relatifs à la laïcité.

 

Malgré quelques a priori, scories d'une éducation religieuse dogmatique, ma lecture des rituels et mon implication dans le Rite Écossais Ancien Accepté m'ont permis de comprendre la portée universelle de la mission du chevalier Rose-Croix.

 

Je reviens à la cérémonie des lumières, le Très Sage proclame lors de l'extinction de la septième lumière :

 

« Oui Chevaliers mes Frères, notre ordre, parce qu'il s'inspire de toutes les philosophies et de toutes les religions, est fondé à évoquer et à commémorer celui à qui est imputé la sublime doctrine d'amour et de pardon qui a tant influé sur le destin de l'humanité etc... »

 

Je termine en me permettant de rejoindre  Roger Bonifassi quand il nous parle d'un rituel dactylographié des années 1950 exprimant selon lui la raison principale de la Fête Pascale « mes frères nous sommes réunis ici pour commémorer le martyre de l'Apôtre de l'émancipation humaine »

J'ai dit

Jean-Pierre Rousseau. 

LE PELICAN de Jean-Pierre
Carnet de Voyage: 
Des souvenirs me reviennent d'un voyage chez les Mayas entre le Guatemala et le Belize nous remontions le Sibun River, sur le fleuve nous avons été accompagnés par une multitude de Pélican dont le vol nous menaient jusqu'à l'océan, comme pour nous protéger sous leurs ailes.
LE PELICAN de Jean-PierreLE PELICAN de Jean-Pierre

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Publié le par Jean-François Guerry
KABBALE et FRANC-MAÇONNERIE de Marc Halévy - Epilogue La Gnose - Part - IX

KABBALE et FRANC-MAÇONNERIE- de Marc Halévy-

Part-IX. Épilogue- La Gnose.

 

 

Un de mes frères me confiait il y a quelques années : « Je n’ai jamais su faire la distinction entre âme et esprit ». Ce maçon proche de la porte de l’orient éternel, me mit dans une position délicate, comment lui suggérer que la réponse à sa question c’était à lui de la trouver. Il devait s’affranchir de cette dualité, pour un retour à son unicité, passer du binaire au ternaire, réaliser ses trois premiers pas d’apprenti. Si le corps se définit facilement au regard de sa consistance matérielle, de ses organes, de ses sens, il ne s’anime que sous la direction de l’âme, il est donc indissociable de l’âme sans laquelle il ne serait qu’une pierre molle et inerte, quant à l’esprit il est un lieu d’arrivée, d’accueil, où se rencontrent la nature divine et la nature humaine. L’âme et l’esprit sont nécessaire à « l’agitation » du corps, ils sont complémentaires, pour le passage à la troisième dimension. L’âme est ouverte sur le monde psychique et l’esprit sur le monde spirituel.

 

Un autre frère me disait ses difficultés à faire la distinction entre savoir et Connaissance, une confusion peut être entre savoir et connaissances, ou encore savoirs et connaissances.

 

Le troisième frère eh oui souvent ça marche par trois, buttait sur l’interprétation de la lettre G, au centre de l’étoile ou entre l’équerre et le compas : GOD, Gnose, Géométrie, Grand Architecte de l’Univers. Ce ne sont pas les questions qui sont embarrassantes, bien au contraire. Mais ce sont les réponses toutes faites.

 

Convenons que la Gnose est la Connaissance. Si l’âme est ce qui anime le corps, ce serait une sorte de carburant du corps, corps et âme mis en mouvement seraient aptes à recevoir l’esprit, prêts à sa rencontre dans la tente.

 

Je ne sais pas si l’on avancé beaucoup ? Qui sait ? À priori personne hormis ceux qui approchent du terme de leur vie, qui sont capables de surmonter leur pudeur et non pas peur d’être ridicule en parlant de leur âme. En avouant qu’ils méditent sur leur âme, mieux encore qui en parlent à voix haute, ou encore mieux qui n’ont pas besoin de parler de leur âme, au premier regard dans leurs yeux l’on voit qu’ils l’ont rencontrée.

Parler de son âme, de l’âme c’est parler de soi, de la nécessité d se purifier, de se débarrasser des apparences, pour contempler sa lumière intérieure. Vanité ! Sans doute, ou simplement désir du bien avant de franchir l’ultime seuil. Parler de son âme n’est-ce pas faire outrage à son âme à sa paix, ou plutôt d’ouvrir cette âme, d’en prendre conscience. Puisque l’âme anime le corps, un simple battement du cœur témoigne de sa présence. Le vol d’un oiseau multicolore ou la naissance d’une jacinthe annoncent le printemps de l’âme.

 

François Cheng le poète académicien, a consacré un livre entier qui effleure les bords, les contours de l’âme, sous la forme de sept lettres écrites à une amie, qui sur le tard a le soupçon de son âme et lui demande : « Parlez-moi de l’âme. »

Un défi, François Cheng dans sa première lettre réponds :

 

« Face à votre requête, que j’avais besoin de réécrire ici mot à mot, mon premier mouvement était de me dérober. L’âme n’est-elle pas finalement cette chose dont on ne doit pas parler, au risque d’incommoder ? On ne doit ni ne peut. Quand on s’y hasarde, et l’on se découvre aussi démuni que celui qui chercherait à définir par exemple ce qu’est le temps, la lumière ou l’amour. »

 

Non ! Ce n’est pas une posture, un évitement du poète, mais une réalité il est des choses indicibles, qui pourtant existent, parce qu’on les sent, elles font partie de nous, elles nous sont indispensables. L’initiation fait partie de ces choses, elle est vie, elle se vit, on en parle qu’avec difficulté tant elle est intime.

 

La gnose considérée tour à tour comme une religion supérieure qui relie tous les hommes, une philosophie supérieure dit le Littré détenant toutes les connaissances sacrées. Vouloir définir la Gnose, c’est donc entreprendre de vider l’océan avec une petite cuillère, à quoi bon ? Il vaut mieux regarder l’écume des vagues ou marchent les oiseaux dans la lumière du soleil levant et puis plonger dans le silence des profondeurs.

 

Après ces digressions ou pas, je reviens au livre de marc Halévy, dans l’épilogue de ce magnifique livre inspirant, paru dans un format de poche, c’est-à-dire un livre à soi, sur soi, à portée de soi, qui nous invite à méditer :

 

« Pour terminer ce livre, j’invite à une méditation sur la finalité de tout démarche spirituelle. Qu’elle soit mystique comme la Kabbale ou initiatique comme la Franc-Maçonnerie : la Gnose c’est-à-dire la Connaissance absolue qui est infiniment plus que tous les savoirs, que toutes les sciences (…) connaître le Divin. »

 

Le Regard Kabbalistique de Marc Halévy, est une invitation à relire le prophète Ézéchiel et la Vision de son char Céleste, dont Marc Halévy propose une traduction personnelle à la fois littérale et littéraire, pour une méditation finale. Puis une vision maçonnique « Un pont entre l’humain et le Divin ».

Une montée à l’échelle avec les échelons maçonniques.

 

Je rajouterais modestement, un passage des secrets, des mystères de la vie, de la construction de la vie, de l’humain, au sacré du Divin. Dans une révélation, une apocalypse de qui va du prophète Ézéchiel à Jean de Patmos. Celui qui médite à la fois dans sa loge et à l’extérieur entend le murmure du Divin quand il traverse la forêt des symboles dans sa loge et dans la nature entière.

 

Marc Halévy : « nous invite à vivre une vie totale absolue (…) Celle qui révèle le sacré et qui est celle du Divin, de l’Un, de l’Esprit, de l’Âme, du Logos, du Dieu qu’importe le nom dont on le nomme. »

 

On met parfois dans nos mains des clés, elles sont d’ivoire, d’or … pour ouvrir les portes qui sont à l’intérieur, pour accéder à notre âme, la pointe de notre cœur, pour aller à l’endroit caché dans les ténèbres, là ou brille le feu de la lumière éternelle de la vie.

 

Ce livre de Marc Halévy est à mettre dans toutes les mains, dans toutes les poches, comme une clé toujours prête à ouvrir notre cœur. Point final.

 

Bonne lecture

 

Jean-François Guerry.

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Publié le par Jean-François Guerry
CE QUI NOUS TROUBLE, CE QUI ME TROUBLE...

CE QUI NOUS TROUBLE, CE QUI ME TROUBLE…

 

Ce qui nous rend malheureux, ce qui nous trouble, c’est que nous nous croyions hier invincibles, rien ne pouvait nous arrêter, sauf peut-être un détail, ce satané virus, pas celui qui s’est logé dans notre corps d’homme, qu’une bête inconnue que nous toisions nous a insidieusement légué, nous rappelant notre fragilité. Non, ce qui nous trouble c’est les limites de notre arrogance, de notre suffisance, de notre hubris auraient dit les Grecs. Ce qui nous trouble, ce n’est pas la dureté de la montée, c’est la difficulté de la descente, de l’humilité. Notre admiration va naturellement sans effort contempler, jusqu’à envier la réussite sans restriction, il faut être dans la compétition c’est tout. Il faut que les trompettes de la renommée résonnent, que nous soyons célèbres à défaut d’être sage, que notre corps sculpté cache notre cœur en errance.

 

Nous sommes prêts pour l’ascension de toutes les échelles, les plus hautes, les plus mystérieuses, avec les yeux bandés, ou les yeux éblouis, mais nous sommes incapables de redescendre vers les hommes nos frères, ceux qui nous attendent dans les vallées. Dans la vallée de Josaphat où coule le Cédron, la vallée entre le Mont des Oliviers et le Mont du Temple, la vallée d’où l’on voit briller les colonnes du temple.

Nous sommes incapables de faire le voyage intérieur, celui de la quête de l’âme. De suivre la huppe de Salomon, de franchir la vallée du Désir qui mène à la Sîmorgh éternelle. Il nous faut retrouver mes frères le chemin des vallées, des sept vallées du cantique des oiseaux :

 

« Au début, il y a la vallée du Désir

Puis la vallée sans rivage, la vallée de l’Amour

 

La troisième est la vallée de la Connaissance

La quatrième est la vallée de la Plénitude

 

La cinquième, la vallée de l’Unicité pure

La sixième, terrifiante, est la Perplexité

 

La septième vallée et aussi la dernière

C’est le Dénuement et l’Anéantissement

Après cela, tu ne pourras plus avancer

 

Tu seras aspiré sans pouvoir te mouvoir

Lors, pour toi une goutte sera un océan. »

(Extrait du Cantique des Oiseaux de Farîd od-dîn ’Attâr – Les sept vallées- Traduction de Leili Anvar)

 

 

Las, mes frères ce qui me trouble, c’est de ne pas pouvoir vous retrouver dans nos vallées de l’amour et de la Connaissance.

 

Jean-François Guerry.

 

 

 

« J’ai fait l’ascension jusqu’au sommet mais je n’ai pas trouvé d’abri dans les hauteurs blafardes et nues de la renommée.

Conduis-moi, mon Guide, avant que la lumière décline, dans la vallée de la quiétude où la moisson de la vie mûrit en sagesse dorée. »

 

                                   Rabindranāth Tagore.

CE QUI NOUS TROUBLE, CE QUI ME TROUBLE...

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Publié le par Clementia

Cet article est reposté depuis Un jour, une pensée.

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Publié le par Jean-François Guerry
KABBALE et FRANC-MACONNERIE de Marc Halévy - Part VIII- Liberté

KABBALE et FRANC-MAÇONNERIE de Marc Halévy -Part -VIII. Liberté.

 

 

Au mot de Liberté, l’homme se redresse poussé par le vent, par le souffle de la Liberté, de quelle liberté ? De cette Liberté trop grande, que nous ne saurions comprendre et gérer, de cette liberté que nous reprochons aux autres, sans en avoir été jamais privé nous-mêmes ! De cette liberté pas assez grande pense l’adolescent, qui rêve de s’affranchir des contraintes imposées par son père et sa mère. De cette liberté perdue, par le prisonnier, cette liberté désirée par l’esclave du dictateur.

 

À tous ceux qui veulent réduire les libertés, la liberté des autres je conseille modestement un séjour non pas sur les plages de Varadero, mais dans les faubourgs de la Havane, ou d’aller crier Liberté dans les rues de Naypyidaw. La Liberté c’est la résistance à l’oppression, Éluard, Aragon, Desnos, Guillevic, Druon, Kessel, Char ont écrit leur vérité, la Liberté. Paul Éluard ce fou de Liberté a écrit son nom partout pour que jamais il ne tombe dans l’oubli.

La Liberté met en beauté les objets les plus simples, la nature et tous les êtres vivants. Elle rend leur dignité aux plus faibles, elle inspire les prophètes les plus sages.

 

Les fondateurs de la Franc-Maçonnerie ont habillé cette noble dame des vêtements de la Liberté, elle s’est parée pour recevoir en son sein que des hommes libres et de bonnes mœurs.

La Liberté se mérite, se construit avec la fraternité, elle est mère de la solidarité et de l’égalité, elle n’est pas qu’un droit !

 

Marc Halévy nous met en garde :

 

« La Liberté ce n’est pas faire ce que je veux, comme je veux. Non ! Çà, c’est le caprice.

La Liberté c’est tout autre chose : c’est choisir de construire ce qu’il y a à construire et choisir de bien construire.

La Liberté n’est pas un droit.

La Liberté c’est un appel, c’est une intention, c’est une vocation ! »

 

 En clair la liberté se gagne par des efforts constants on la gagne pour soi-même, mais surtout pour les autres. Elle met l’homme en mouvement, on s’initie à la Liberté.

La Franc-Maçonnerie, nous accompagne sur le chemin de la Liberté, de notre Liberté, elle la fait apparaître, elle réveille la Liberté qui sommeille en nous.

 

« La seule vocation est d’aller au bout du meilleur de soi-même et de devenir le meilleur de ce que l’on est. »

                                                  Marc Halévy.

 

Les voyages maçonniques sont des voyages vers la Liberté, vers la Connaissance, dès les premiers pas l’apprenti franc-maçon fait acte de Liberté, le compagnon qui part à la conquête des mondes voyage entre les deux sphères, libre. Le maître ne transige pas avec sa Liberté il enjambe la mort, il passe au-delà, il réapparaitra plus radieux que jamais, libre.

 

Les chrétiens vont bientôt célébrer Pâques, la fête de la lumière retrouvée, de la résurrection, la fête de l’amour qui a vaincu la haine, la mort. Il leur est donné de voir l’espérance, la liberté.

 

Marc Halévy dans son regard Kabbalistique sur la Liberté évoque Pessa’h, la fête juive du passage vers la liberté, en suivant les nomades de la liberté nous les voyons dépasser la mort, l’enjamber. Je cite :

 

« Pessa’h : la métaphore absolue de toute métanoïa, de toute initiation, de toute libération. »

 

C’est donc une célébration de la vie, de la vie nouvelle, réelle, de la Lumière de l’esprit. Les francs-maçons Chevaliers de l’esprit ont aussi leur rendez-vous avec la Lumière, leur rendez-vous pascal, leur agape pascale rituelle, ils témoignent chaque année de leur liberté, de leur espérance, ils célèbrent le retour de la Lumière, par le partage des nourritures terrestres et spirituelles.

 

Voilà deux ans de privation de Liberté, deux ans sans le partage du pain nourriture spirituelle et du vin de la connaissance. Voilà deux ans d’exil, deux années d’épreuves, pendant lesquelles le corps est enfermé. Deux sans pouvoir étreindre nos sœurs et nos frères, deux ans soumis aux coups de l’ego qui veille, deux ans que nous pleurons au bord du fleuve, dans l’espérance d’avoir la Liberté de passer le pont, pour retrouver notre Jérusalem céleste.

Mais nous sommes persuadés qu’un jour viendra à nouveau avec sa Lumière, sa pleine, sa grande Lumière.

 

Ce chapitre du livre de Marc Halévy sur la Liberté est riche de l’essentiel, sa lecture « Intégrale » vous révélera ce que vous êtes réellement, vous rendra un peu plus libre, c’est réellement un bonheur pour le cœur.

 

Jean-François Guerry.

 

 

À suivre le dernier chapitre de Kabbale et Franc-Maçonnerie de Marc Halévy – l’Épilogue sur la Gnose.

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Publié le par TEXTE TRANSMIS PAR CLAUDIUS
Marion Duvauchel

Marion Duvauchel

Un texte intéressant transmis par un lecteur assidu du blog Claudius. 
Les origines du complot ?

De Marion Duvauchel, Historienne des religions et des idées :

L’histoire maçonnique a été (et elle est toujours) le domaine de prédilection d’inductions ou de généralisations hâtives, rendues plus hasardeuses par des arrière-plans passionnels, dont l’éternelle théorie du complot. Les complotistes sont décidément partout. Le complot franc-maçon présumé nous vient de l’abbé Barruel dont les travaux consistaient à affirmer (plus qu’à véritablement établir) que la Révolution française avait été un processus organisé pendant des décennies dans des loges et dans des clubs, en particulier des Jacobins, afin de permettre à la bourgeoisie libérale de s’emparer du pouvoir.

L’intuition n’a rien d’extravagant mais elle requiert les régulations de la raison, ne serait-ce que pour lui assurer les fondements, en particulier historiques, qu’elle mérite.

La franc-maçonnerie est introduite en France en 1725. Les fondateurs en sont trois jacobites catholiques aux noms fleuris, exilés de leur pays : Derwentwater, Mac Leane et O’Héguerty.

À ses débuts en France, le mouvement fut un fait presque exclusivement parisien et même un fait « de rive gauche » qui naît et se développe dans le quartier dominé par l’abbaye mauriste de Saint-Germain-des-Prés, quartier cosmopolite où séjournent alors la plupart des étrangers de la capitale. Les « tenues » de la première loge Saint-Thomas avaient lieu chez un traiteur anglais de la rue des Boucheries au faubourg Saint-Germain et les premiers membres connus sont en majorité des émigrés.

L’histoire des débuts de la maçonnerie française devient vite celle de ses divisions. La diversification idéologique s’opère à l’intérieur même de ce milieu parisien, vers 1732. Très vite, des personnalités venues de Londres mirent sur pied des loges de rite anglican : l’histoire de la maçonnerie française va se jouer pendant quelques années sur cette dualité d’origine.

Après 1732, on constate l’existence d’ateliers relevant de la grande loge d’Angleterre et dont l’esprit contraste avec celui des premiers foyers maçonniques d’origine jacobite. Dès ses premiers pas, la franc-maçonnerie française a rencontré la politique. La raison n’en est pas difficile à comprendre. Fondée et animée par ces jacobites, la première loge Saint-Thomas, la loge du grand maître, ne pouvait qu’être suspecte au Cabinet de Londres, qui chercha à susciter sur le continent une maçonnerie rivale. D’où la reconnaissance accordée en 1732 par la grande loge d’Angleterre à Saint Thomas n° 2 qui comptait le duc de Picquigny, gouverneur de Picardie ; M. Chauvelin, conseiller d’État et ancien intendant d’Amiens ; le poète Gresset, les marquis de Locmaria et d’Armentières ; M. Davy de La Fautrière, conseiller au parlement et ancien membre du Club de l’Entresol, qui y côtoyaient un orfèvre nommé Le Breton. Si la rive gauche a donné abri aux premières assises de l’ordre, assez vite, l’habitude va se prendre de tenir des réunions soit sur la rive droite, dans les hôtels de Soissons et de Gèvres — célèbres maisons de jeux du Paris de ce temps — soit hors de l’enceinte urbaine, dans quelque cabaret de la banlieue, à la Courtille ou au quai de la Râpée.

Inquiet de la croissance d’une maçonnerie à dominante jacobite et de ce fait hostile à la monarchie hanovrienne, le gouvernement de Londres suscita des loges rivales. À la fin de 1735 ou de 1736 naît rue de Bussy une troisième loge (du Louis d’Argent) où se rencontrent l’ambassadeur de Grande-Bretagne, Montesquieu, le comte de Saint-Florentin, secrétaire d’État, le duc de Kingston. Elle eut pour maître le duc d’Aumont et pour vénérable un peintre restaurateur de tableaux du nom de Collins, d’origine anglaise, qui organisa le rite nouveau. Un peu plus tard, en 1736, naquit la loge de Coustos-Villeroy  (qui avait des liens avec la banque protestante) dont la note septentrionale était fortement accusée : elle intégrait des Germaniques et des Scandinaves qui l’emportaient en nombre sur les Français. Son membre le plus actif et le plus influent fut un sujet anglais, Goustaud ou Coustos, orfèvre de son métier, descendant de huguenots français émigrés après la révocation de l’édit de Nantes.

Paris comptait donc quatre loges à la fin de 1736.

En 1737, la franc-maçonnerie, qui avait connu une faveur rapide particulièrement dans la haute société, s’implante en Lorraine avec la cour nouvelle qui s’y groupe autour du roi Stanislas en 1737. Sans être rigoureusement certaine, l’affiliation du roi est infiniment probable et cette appartenance maçonnique coexiste sans inconvénient apparent avec l’esprit des Lumières et une religiosité aux formes très affectives. On pourrait appeler cela un syncrétisme.

Il y eut ainsi de très bonne heure un double courant parmi les maçons de France : le courant « gallican », catholique et anti hanovrien et le courant « anglican », de tendance démocratique et protestante. Cette tendance réformée et libérale va finir par supplanter l’élément catholique et jacobite qui survécut cependant en province en particulier à la cour de Lunéville, grâce à l’action tenace de trois personnages : Dominique O’Héguerty, Louis de Tressan et l’abbé François-Vincent-Marc de Beauvau-Craon, primat de Lorraine.

Beaucoup de ces maçons de noble lignée, souvent flanqués d’un roturier entreprenant qui était le véritable animateur, ne dépassèrent pas le stade du snobisme. La loge Goustaud-Villeroy  rappela que l’ordre n’était pas un ordre de chevalerie, mais de société, et que bien que plusieurs seigneurs et princes se fassent un plaisir d’en être, tout homme de probité pouvait être admis sans porter l’épée.

La noblesse se retrouve davantage dans le rite écossais, avec la glorification du chevalier chrétien selon un cérémonial très hiérarchisé, sa tradition et son climat de vie. Ainsi s’explique la permanence des deux obédiences maçonniques. L’une selon le rite jacobite, ésotérique et chevaleresque, refuge d’une aristocratie toujours attachée à ses fastes passés. L’autre, de rite hanovrien, rationaliste, libéral et anti romain, accueillant à la grande bourgeoisie admiratrice des Lumières. Le premier se développe dans les sociétés demeurées à la fois seigneuriales et catholiques comme celle de la Lorraine ; le second trouve naturellement à Paris son terrain d’élection.

Comment vont-elles se développer dans le reste de la France ? Aux historiens de répondre et cela est sans aucun doute éclairant sur nos terroirs et les différentiels de résistance.

Ces associations sont alors secrètes au sens de non officielles, privées. À la notion d’association, la pratique maçonnique d’alors ajoute celles de loisir, de plaisance, d’agrément et d’une socialité spontanée (en dehors de l’État et des hiérarchies traditionnelles) toutes notions qui recoupent et transcendent les ordres et les classes. Mises en pratique, elles ont toutes les chances d’attirer tous ceux, et ils sont nombreux, dont ces formes de sociabilité qui comblent des aspirations égalitaires plus ou moins avouées et identifiées. Les rapports sont fondés sur le principe d’égalité entre les hommes en tant qu’individu et la hiérarchisation interne des loges est indépendante des hiérarchies de la société englobante. Selon l’historien Ran Halévy, les loges maçonniques seraient ainsi aux origines de la sociabilité démocratique. On peut le croire.

Ce n’est qu’en 1737 que l’existence de la franc-maçonnerie est révélée à un public encore restreint, en même temps que se révèle l’orientation politique du mouvement. Avant cette date, les gazetins de police eux-mêmes n’en font pas mention. Pas plus que celui de Londres, le gouvernement français, ne pouvait se désintéresser de l’activité des loges. Son attitude fut assez embarrassée. Le tout puissant cardinal de Fleury, qui empêcha de justesse l’initiation de Louis XV aux mystères de l’ordre, était certainement très prévenu contre la franc-maçonnerie. Il est à l’origine des recherches de police effectuées en 1737 qui mirent assez brusquement au grand jour l’existence et l’activité des loges parisiennes. On se borna à des tracasseries, on inquiéta quelques comparses, des taverniers qui avaient accueilli des tenues de loges, mais l’on se garda bien de poursuivre des maçons influents ou des dignitaires, ce qui eût soulevé un scandale considérable, atteignant l’entourage immédiat du roi. Difficile d’interroger ou d’arrêter des princes, des ducs et pairs, des chevaliers du Saint-Esprit, un ministre d’État (le maréchal d’Estrées), deux secrétaires d’État, sans oublier des magistrats, des ecclésiastiques, etc…

Si méfiant qu’il fût à l’égard des francs-maçons, Fleury était animé d’un intense désir de paix et souhaitait entretenir des relations pacifiques avec l’Angleterre. Pour donner quelque satisfaction à Londres, il chercha probablement à défavoriser la maçonnerie jacobite. Aussi bien l’année 1743, qui vit à la fois la mort du cardinal de Fleury et l’accession du comte de Clermont à la grande maîtrise, marque-t-elle un tournant dans l’histoire de l’ordre en France : il est sorti de l’enfance et entre dans une nouvelle période, que caractérisera notamment le foisonnement des obédiences.

Après vingt-cinq années d’irénisme, 1743, date de l’accession du comte de Clermont à la dignité de grand maître est le moment où se préparent les affrontements avec l’Église. La tendance jacobite s’amenuise et disparaît. La maçonnerie tire alors sa force principale de son union foncière avec l’individualisme  et le libéralisme du siècle, et elle paraît même satisfaire certaines aspirations politiques en se réclamant de principes démocratiques.

À la veille de la Révolution, on compte 650 loges et quelques 35 000 affiliées, sinon plus.

C’est cette franc-maçonnerie nouvelle, à dominante protestante qui joua sans aucun doute un rôle majeur dans la genèse de la Révolution. Le principe révolutionnaire y est à l’œuvre, d’autant plus efficace qu’il est plus involontaire, implicite et discret. De la discrétion au secret, il n’y a qu’un pas. La Grande Loge est régulatrice jusque 1773. C’est alors que le Grand Orient prend le relais. Il souligne le trait, donc il le force.

La maçonnerie d’après 1773 sera plus nettement en contradiction avec ce qui reste de société d’ordre comme des instances qui traditionnellement incarnent cet ordre, en particulier l’Église, à laquelle on a souvent reproché cette tendance à reconnaître l’autorité de César, voire à y aliéner la loi de Jésus.

Face à l’événement qui se nomme « Révolution », le « quatrième état », celui de la plume, se divise en deux sans considération de rang, de statut, de fortune. Mais à côté des moyens dont disposent ceux qui détiennent désormais le pouvoir d’État, le combat des Amis du Roi ne se livre pas à armes égales et il vaut surtout par la qualité de la pensée politique qui s’affirme. Le combat va se terminer dans un bain de sang. Ceux qui partent à temps survivront.

Mais on guillotine plus facilement qu’on n’extirpe une pensée dont on peut suivre la ligne de développement (ou de survie) des Amis du roi à l’ultracisme et au légitimisme, du légitimisme à l’ordre moral, du traditionalisme à l’Action française. La continuité d’un tel courant teste en quelque sorte l’affirmation du complot maçonnique chère à l’abbé Barruel qui avait entrevu une relation qu’il a été incapable d’expliquer et que l’histoire sérielle avait commencé à éclairer avant de disparaître dans la défaite générale de la pensée.

Aujourd’hui, malgré quelques ouvrages de références qui franchissent à peine les cadres étroits des cénacles universitaires, l’éclairage historique nécessaire manque encore qui pourrait éclairer comment la franc-maçonnerie, cette « Église de la République » missionnaire du libéralisme et présumée école de l’égalité s’est progressivement affirmée comme une société dans la société. Mais aussi par quelle lente progression cette association apparemment innocente est devenue une société secrète et un levier vers le pouvoir politique, dont le but avoué est aujourd’hui de construire un contre-christianisme.

Et donc, de détruire le catholicisme.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Biographie de Marion Duvauchel
Marion Duvauchel De formation en sciences humaines et en histoire des religions, Marion Duvauchel est aussi docteure en philosophie. Professeur de lettres et de philosophie, elle a enseigné en France, dans les IUFM, au Qatar, au Maroc et au Cambodge, où elle a fondé un centre pour enfants dans le village de Tra peang Anshang. Site internet : alternativephilolettres.fr

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Publié le par Jean-François Guerry
PAROLE RETROUVÉE
Tant de graines en nous oubliées, insoupçonnées..

 

" On ne reçoit pas la sagesse. Il faut la découvrir soi-même, après un trajet que personne ne peut faire pour nous, ne peut nous épargner."

 

Marcel Proust.

 

Dès mon entrée dans ma loge, j'ai su que je devrais écouter le silence des symboles.

 

Jean-François Guerry.

 

 

La clé

La clé

La clé pour penser, lire et écrire... 
PAROLE RETROUVÉE

Cette semaine, abondance de biens ne nuit pas j’ai ouvert, trois livres. Le premier LE PROCÈS de SPINOZA de Jacques Schecroun paru chez Albin Michel et qui sera disponible en librairie à partir du 01 avril. La vie de Spinoza semblait toute tracée il devait être rabbin, un grand rabbin sans doute au regard de ses facultés intellectuelles. Le destin et sa volonté en décida autrement, en fit un grand philosophe dont la pensée inspire encore aujourd’hui de nombreux philosophes contemporains et leurs élèves. Il fût un homme de lumière, des lumières avant les lumières, un constructeur de l’universel. L’œuvre de Spinoza est construite sous une forme géométrique, ce n’est donc pas par hasard qu’elle est une source d’inspiration pour les sœurs et les frères. Il est à la recherche du caché, de ce qui constitue les problèmes de l’être humain. Il propose aussi une méthode de vie, la vie bonne, et indique sans dogme comment la figure du sage doit agir dans la société. Son Éthique est souvent présentée comme son testament philosophique…

Jacques Schecroun nous propose donc un voyage passionnant dans la vie de Spinoza, un voyage qui inspire, souvent les sœurs et les frères qui s’appuient sur le philosophe dans la construction de leur vie et c’est souvent qu’ils font référence à ce sage dans leurs travaux de loge. La parole de Celui qui vit un autre Dieu que ses semblables, n’a pas fini de circuler sur l’une et l’autre colonne.

Jacques Schecroun nous interroge : « Ne nous appartient-il pas d’inclure au lieu d’exclure ? »  La franc-maçonnerie affirme être un centre d’union fraternel. « De voir en l’autre une possible richesse et, avant cela, de regarder au plus profond de nous ce qui nous dérange en lui ?  Connaître et reconnaître les richesses de l’autre, c’est aussi s’interroger sur soi-même, mesurer avec la rigueur de l’équerre et l’ouverture du compas notre capacité à tolérer la liberté d’expression sans y ajouter le « mais » qui prévoit son obsolescence.

 

J’aurais la joie après la lecture complète comme à mon habitude de revenir vers vous, pour vous livrer quelques fragments de ce livre, de ce souffle de liberté..

 

Jean-François Guerry.

À lire : LE PROCÈS DE SPINOZA de Jacques Schecroun chez Albin Michel – 347 Pages 21,90 €- ISBN 978 2 226 4577 0

 

Note Éditeur:

 Ne nous appartient-il pas d'inclure au lieu d'exclure ? De voir en l'autre une possible richesse et, avant cela, de regarder au plus profond de nous ce qui nous dérange en lui ? »

Amsterdam, 1656. Dans la synagogue de la communauté hispano-portugaise transformée en tribunal, un très jeune homme est jugé pour hérésie et autres actes monstrueux. Il risque un bannissement à vie.
Comment celui en qui tous voyaient un futur rabbin en est-il arrivé là ? Quelles rencontres ont pu le détourner d'une voie toute tracée ? Quel cheminement a été le sien pour passer d'un Dieu qui punit à un Dieu qui, ayant tout et étant tout, ne demande rien ?

Dans ce roman passionnant, qui nous plonge au coeur des débats précurseurs du siècle des Lumières, Jacques Shecroun imagine les événements qui marquèrent un tournant majeur dans la vie de Spinoza. Le procès dont le philosophe fut l'objet souligne, aujourd'hui encore, la modernité de sa pensée, et l'actualité de la question de la liberté d'expression.

PAROLE RETROUVÉE

 

QUE LA JOIE SOIT DANS LES CŒURS de Jean-Pierre Thomas.

 

 

Cette collection le franc-maçon dans le Temple sous la direction de Pierre PELLE LE CROISA, aux éditions des Bords de Seine Numérilivre. Selon son directeur, ambitionne de faire paraître des ouvrages de référence à destination des jeunes frères ; envisageant de les former plus que de les informer. Pour la rigueur des écrits elle ne donne la parole qu’à des francs-maçons écrivains authentiques pratiquants reconnus. Les livres qui y paraissent permettent d’aller plus loin dans la connaissance pour les quêteurs de vérité.

(Je ferais simplement une remarque fraternelle, sur ce choix des auteurs, choix qui restreint l’ouverture pour de jeunes auteurs, l’ouverture du compas, doit certes être contrôlée mais pas fermée.)

 

C’est par une citation de Spinoza que s’ouvre le livre de Jean-Pierre Thomas la liaison avec l’ouvrage précédent est involontaire. Il s’agit ici de joie..

 

« La joie est le passage de l’homme d’une moindre à une plus grande perfection. Je dis passage car la joie n’est pas la perfection elle-même. Si, en effet, l’homme naissait avec la perfection à laquelle il parvient, il la posséderait sans sentiment de joie.

                                   Spinoza Éthique IV.

 

La joie maçonnique est celle du cœur et non de l’esprit. La satisfaction intellectuelle, dissimule souvent une expression pernicieuse de l’ego. La joie du cœur ne trompe pas, elle est ressentie dans la chaîne d’union, qui précède l’ultime injonction avant la clôture des travaux maçonniques. La manière dont elle est exprimée donne un reflet de la qualité de ceux-ci, c’est le cœur comblé, plein que les sœurs et les frères quitteront la loge et n’aurons qu’un désir, l’éternel retour.

 

Ici encore après une lecture complète je vous ferais sans doute par de ma joie.

 

Jean-François Guerry.

 

À lire : QUE LA JOIE SOIT DANS LES CŒURS !

De Jean-Pierre THOMAS – Numérilivre – Éditions des Bords de Seine – 126 Pages – 18,00 €.

ISBN 9782366321685

PAROLE RETROUVÉE

Ce qui nous fait Humain – de Claude Saliceti.

 

Dans ce livre de 82 pages l’auteur concentre l’essence de ce qui nous fait Humain. Ce qui donne du sens à notre vie.

L’humanisme est l’héritier de la philosophie grecque, du miracle grec et des meilleures valeurs des religions monothéistes. L’humanisme s’en est affranchi, où plutôt s’est affranchi de leurs dogmes réducteurs. Il a placé les valeurs humaines au centre de ses préoccupations, Dieu est mort, pas l’idée de Dieu, pas le soupçon de Dieu disait Cicéron, il subsiste le principe. Si l’humanisme est une mise en hauteur des valeurs humaines, il n’exclut surtout pas la spiritualité, le désir du sacré.

Force est de constater que la flamboyance des lumières, l’esprit des lumières s’est dégradé, amoindri. L’auteur propose un retour au spirituel, à l’humanisme spirituel voie de sauvegarde de l’avenir de l’homme.

 

Là encore vu l’intérêt du sujet il me faudra revenir vers vous après une lecture complète du livre.

 

Jean-François Guerry.

 

À LIRE : Ce qui nous fait « Humain » de Claude Salicetti. Chez Numérilivre les Éditions des Bords de Seine – 82 Pages- 15,00 €

ISBN : 9782366321517.

 

 

 

  

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Publié le par Rémy Le Tallec
LA MUSIQUE D'HÉLÈNE : Corps, Âme, Esprit..

Je me souviens d’Hélène Martin

 

Il n’est jamais facile de dire la mort d’une personne que l’on a rencontrée, côtoyée,  aimée et admiré l’œuvre, de raviver des souvenirs lointains encore vifs. Cela fait un mois exactement (le 21 janvier) qu’Hélène Martin nous a quittés, et je n’ai pas trouvé les mots pour le dire. L’aide de Georges « je me souviens » Pérec est bien utile pour accoucher la plume hésitante. 

 

Hélène Martin, chanteuse, on dirait aujourd’hui, auteure-compositeure-interprète, faisait partie de cette génération de chanteurs dits « rive gauche », de chanson de qualité, ou de chanson à texte, pour employer les mots de l’époque. Une époque où les artistes faisaient leurs classes durant des années de vaches maigres sur les minuscules scènes des cabarets parisiens avant d’avoir la chance – parfois - de décrocher un contrat discographique. Au milieu des Léo Ferré, Jean Ferrat, Anne Sylvestre, Barbara, Guy Béart, Cora Vaucaire, Catherine Sauvage, au milieu de ses propres textes, Hélène Martin défend les poèmes de Rimbaud (qu’elle nommera « le Rimbe » dans tous ses textes), Villon, et aussi Aragon, Giono, Lucienne Desnoues, ses poètes de prédilection, et Genet, Audiberti, Soupault, Supervielle et Neruda, qu’elle met en musique.

Jean Genet l’autorise à adapter son texte « Le condamné à mort », avec ces mots « Vous avez une voix magnifique. Chantez le Condamné à mort tant que vous voudrez et où vous voudrez. Je l’ai entendu, grâce à vous, il était rayonnant ».

L’absurde de la guillotine avait dicté ce poème qu’Hélène Martin chantera fidèlement avec la même passion : « Nous n’avons pas fini de nous parler d’amour/ Nous n’avons pas fini de fumer nos Gitanes / On peut se demander pourquoi les cours condamnent/ Un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour » (« Sur mon cou »).

La tendance de la chanson littéraire est au zénith, et voilà Hélène Martin affublée de l’étiquette infâmante d’intello, comme Anne Sylvestre et Barbara.

 

Le raz de marée yéyé des années 60 étouffera la voix, mais n’aura pas raison des exigences esthétiques de cette amoureuse inconditionnelle des beaux textes, comme de dizaines de chanteurs et chanteuses de l’époque. Cette sorte d’artisanat qui présidait alors aux destinées de la chanson est balayé par l’industrialisation de la production et de la diffusion radio intensive des « variétés ». Par réaction de survie, Hélène Martin sera l’une des premières à créer sa propre maison de disques, les Disques du Cavalier, à Viens, un petit village du Vaucluse, pour donner la parole à ses amis poètes.

 

« Le chant pour moi, est mélopée, incantation, appel, harmoniques, correspondances, influences. C’est la         vie spontanée, c’est la vie provisoire, la vie recommencée, le trait d’union, les noces des mots et de la musique, l’articulation du cœur immédiat.

Comme j’aimais les êtres qui venaient écouter le chant ! Comme j’         aimais aller chercher les plus réfractaires !... Je voyais les joies, les malaises, les guerres du monde entier sur les visages. L’ennui aussi. Et puis le chant parfois provoquait un éclair, un sourire, un désir ou une haine provisoire…

Dire l’essentiel avec du provisoire. Que sommes-nous d’autre que des trapézistes, des funambules, des cascadeurs amoureux risquant le tout pour le tout ?

Je reste bouleversée par le mystérieux pouvoir de la chanson qui brusquement, brutalement donne enthousiasme et légèreté aux êtres. Quelque chose d’inexprimable »…, écrivait-elle à l’ami Lucien Rioux.

 

Pour l’amour de la poésie, en ces utopiques années 70, grâce au parrainage prestigieux de Pierre Schaeffer, elle produit une série de documentaires télévisés « Plain-Chant », portraits sensibles consacrés à un poète et à son œuvre. Une série dont la liste constitue une véritable anthologie poétique vivante.

Pour l’amour de la chanson, ce sera la série télévisée « Pierrot-la-chanson », avec Philippe Avron et Geneviève Mnich, chaque épisode ayant une chanson comme argument.

 

Reconnaissance rarissime : le poète surréaliste Philippe Soupault consacrera à Hélène Martin une monographie passionnée dans la célèbre collection « Poésie et chansons » chez Seghers.

 

Hélène Martin possède une abondante discographie vinyle depuis longtemps disparue des catalogues. Mais François Dacla et sa petite société EPM, sentinelle vigilante d’utilité publique dans le domaine de la chanson, ont réussi l’exploit unique de rééditer plusieurs CD, et d’éditer en 2010 un superbe coffret de 13 CD, « Voyage en Hélénie » (épuisé) regroupant l’essentiel de son oeuvre. (voir ci-dessous).

 

Chanson poétique : rien de tiède, la chanson d’Hélène Martin, c’est un univers hors du temps et de l’espace communs, un espace/temps ailleurs, où le vrai, le beau, le fraternel, et donc aussi l’indignation, la lucidité et l’esprit, fondent un climat que l’on voudrait de l’éternel humain. Son exigence artistique nourrie par un feu intérieur et des amitiés brûlantes, lui inspire des choix et des émotions où l’intime touche à l’universel, où s’imbriquent corps, âme et esprit, où la chanson française digne de ce nom est érigée en art. (« Lettre à l’inconnu », « Liberté-femme », « La ballade de Bessie Smith », « Le discours amoureux », « La discordance »)

 

Secrète, elle n’aime guère s’épancher sur elle-même, révoltée parfois, et vaillamment lucide, elle est plus diserte sur son art et ses rencontres de bonheur, mais, que s’approche la poésie, et le flot devient intarissable. Philippe Soupault écrit dans le livre qu’il lui a consacré « Ceux qui l’entendent et qui ont pu et su l’écouter ne sont plus les mêmes après l’avoir rencontrée ». Il en était ainsi après chaque concert c’est vrai, mais l’émotion était encore plus profonde lors de chaque entretien, qui était un banquet d’intelligence et de fraternité, dont on ressortait le cœur et l’esprit gonflé de force, de sagesse et de beauté. Ce sont les trois mots qui me viennent spontanément  aujourd’hui pour qualifier le grand souffle intérieur qu’elle transmettait hier en viatique.

 

Elle disait une époque où mots et mélodies s’unissaient pour célébrer la poésie des rues. « J’écris pour ne pas qu’elle meure/ J’écris pour tuer l’oubli… » (adaptation libre du texte « L’oubli » de Michel Rivard, auteur-compositeur-chanteur québécois)

Elle avait 92 ans.

 

Rémy Le Tallec

 

PS : Pour faire revivre et conserver la mémoire d’une artiste hors du commun, la société EPM a édité une anthologie d’Hélène Martin, « Le désir » (2CD), et son ultime  concert enregistré en 2009 au Théâtre des  Bouffes du Nord, « Virage à 80 » (2CD et 1 DVD), et plusieurs CD consacrés à Lucienne Desnoues, Aragon, Jean Genet, René Char, Pablo Neruda…

EPM : www.epmmusique.fr

La Discordance (Hélène Martin – 1928-2021)

 

Comme ça se confond

et le bien et le mal,

l’harmonie

et puis la discordance

et puis

ma discordance !

 

Comme ça se supporte

et le rouge

et le noir

et le cri

et comme c’est intense

et fier

la discordance !

 

Comme c’est à refaire

toute chose

achevée

accomplie !

et si lourd à porter

en nous

l’éternité !

 

Et si lourd à porter

la lumière

la justesse

l’injustice

et la juste mesure

des cœurs

en démesure !

 

Et comment accorder

l’invité

l’attendu

et celui

que l’on n’attendait pas

venu

comme un Judas ?

 

Et comment les aimer

tous les autres

et ces autres

et celui

lui qui ne m’aime pas

le dit

le redira ?

 

Et comment s’endormir

dans ce feu

dans ce froid

l’infini

et les interférences

et puis la disordance ?

Et puis ma discordance.

 

Hélène Martin (auteure-compositeure-interprète 1928-2021)

LA MUSIQUE D'HÉLÈNE : Corps, Âme, Esprit..
LA MUSIQUE D'HÉLÈNE : Corps, Âme, Esprit..
LA MUSIQUE D'HÉLÈNE : Corps, Âme, Esprit..
LA MUSIQUE D'HÉLÈNE : Corps, Âme, Esprit..

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Publié le par Jean-Pierre Rousseau
L'ORDRE DES NOMBRES

L’ORDRE DES NOMBRES…

 

Notre société est gouvernée par les nombres, on chiffre, on compte, on fait des statistiques, on décide en fonction du nombre, des nombres, on oublie aussi la valeur des nombres, et souvent ce qu’il y a derrière ces nombres. On ne peut pas compter les hommes comme l’on compte des objets, des pommes dans un cageot, ni encore un troupeau. Les nombres dès qu’ils deviennent des numéros ont la fâcheuse tendance à classer, à trier. Il y a les bons et les mauvais numéros.

Peut-on voir autre chose derrière les nombres ? C’est ce que nous propose Jean-Pierre Rousseau un contributeur maintenant habituel du Blog. Par un heureux hasard peut-être, au moment où je relisais des textes écrits par Jamblique et Hiéroclès sur Pythagore qui voyait « l’âme des nombres. »

Comme Platon d’ailleurs dans le Timée : « Lorsque Dieu (lire Théos) entreprit d’ordonner le tout, au début, le feu, l’eau et la terre et l’air. Il commença par leur donner une configuration distincte au moyen des idées et des nombres. »

La Tétraktys de Pythagore, et ses trois dimensions qui ramène à l’unité, le Tétraèdre qui introduit la quatrième dimension. Le Tétragramme de la vie et de l’âme du monde, c’est le Delta Lumineux avec l’œil du grand architecte, le départ du point, vers la ligne horizontale de la vie terrestre, puis l’élévation vers la pointe de l’esprit et en son centre l’œil du cœur, là où la tradition judaïque a tracé les lettres du nom imprononçable.

Je laisse la plume à notre poète, bonne lecture.

 

Jean-François Guerry.   

L'ORDRE DES NOMBRES
          •  

« Du Tétragramme Sacré à la Parole »

 

 

 

 

 

Chers amis  je vous propose de réfléchir au parcours de l'initié entre la découverte du tétragramme sacré et le retour de la Parole.

 

Je vous propose mon regard global sur la Quête et une réflexion sur le processus initiatique qu'il soit maçonnique ou non.

 

J'ai construit mon propos en trois phases :

 

  • un rappel des circonstances de la découverte du Tétragramme sacré et de la communication de la Parole ;

 

  • une réflexion sur le caractère positif de la notion de substitution ;

 

  • une digression sur l'intention symbolique dans la conception initiatique à partir des récits relatifs à la quête du Graal.

 

Dans le cabinet de réflexion nous découvrons la maxime « VITRIOL » ainsi qu'une foule de symboles qui sont, pour l’impétrant, d'une clarté aussi significative que le goudron qui calfate nos bateaux en bois.

 

Visite l'intérieur de la terre et en rectifiant tu pourras alors trouver la pierre cachée des Sages semble une traduction proche du secret alchimique du type : en redressant tes défauts et en épurant le superflu, ayant appris à maîtriser tes vices et tes passions, persévérant dans ton cheminement, tu pourras trouver la pierre philosophale.

 

Dès le début du processus initiatique nous sommes confrontés au mot imprononçable en passant du « je ne sais ni lire ni écrire » au « je ne peux qu'épeler » et enfin au mot substitué qui ne peut être reconnu sans la transmission par les trois grandes lumières.

 

Le chevalier de Royal Arche, préparé par ses expériences heureuses et malheureuses du  qui l'ont mis en situation d'être élu, car tout l'être doit participer, redécouvre la tierce part qui est en lui afin de compléter le triptyque Salomon et le roi de Tyr.

 

Le chevalier de Royal Arche, à travers la légende d'Enoch, explicite la démarche initiatique par rapport à la voie religieuse autre versant de la quête spirituelle vers la vérité ultime.

 

 

 

 

 

Deux mêmes finalités vers un même but :

 

  • l'appel de la révélation, voie exotérique de la religion dont le sens de ce qui relie l'homme au divin, dans la spontanéité de son appel dont un des lieux symboliques est la montagne ;

 

  • l'aspiration à l’éveil, voie ésotérique de l'initiation dont le lieu symbolique est la caverne.

 

Cette quête vers la lumière et la vérité, Enoch l'a reçue en tant que révélation tandis que le Chevalier de Royal Arche l'obtient par l'initiation en descendant dans la voûte secrète.

 

 

L'initiation est identique à la légende d'Enoch vision où l’Éternel révèle le tétragramme et la voûte secrète, c'est la découverte du triangle d'or la découverte du nom imprononçable suite à la perte du mot d'Hiram tandis que la révélation est l'intuition d'un chemin spirituel principe de transcendance.

 

Dans le cadre de l'ancienne alliance le GADLU révèle son nom ineffable à Moïse dans la théophanie du buisson ardent ensuite il intervient auprès d'Enoch dans un songe afin que le Nom soit retrouvé, l'initiation devient éveil de la conscience et ouverture de l'esprit.

 

La véritable prononciation du nom fut perdue jusqu'au moment où Dieu la communiqua à nouveau à Moïse sur le Sinaï, de même la vision d'Enoch présente deux niveaux :

 

  • celui de la hauteur au sommet de la montagne sacrée ou le GADLU lui révèle son vrai nom (celui d'en haut) gravé sur le triangle d'or et comment le prononcer ;

 

  • celui de la profondeur avec l'enfouissement et l'interdiction de le prononcer dans le monde terrestre.

 

Cette quête se trouve résumée si l'on peut dire dans le mot ineffable, imprononçable, le tétragramme sacré , il est ce qui est tel, celui qui possède l'être en soi, un principe possédant l’Être en soi « l’Être étant » le tétragramme inscrit sur la pierre d’agate :

 

IOD c'est le principe créateur l'initial, la cause agissante celle qui conçoit et commande ;

HE c'est l'émanation du point central pour remplir l'espace travail et vie elle même ;

VAV c'est le rapport de la cause à l'effet ;

HE c'est l'accomplissement de la création dans le résultat de l'action et du travail effectué.

 

Pourquoi lorsque devenu Grand Élu détruire la pierre et rendre illisible le nom sacré ? Quelle leçon pouvons nous en tirer ? Pourquoi partir errer avec le secret enfoui dans notre cœur ? Peut être pour éviter l'oubli alors que nous sommes exilés à Babylone.

 

Le Temple est détruit certes mais pas le secret du centre de l'idée. Une fois délivrés de la servitude et, après avoir obtenu la liberté de passer le fleuve symbolique, les chevaliers ont travaillé à la reconstruction du Temple et été initiés au symbolisme de l'apocalypse.

 

 

 

 

Devenus Chevaliers d'orient et d'occident, ils ont erré entre la matérialité d'un temple physique et l'immatérialité d'un temple spirituel, la Jérusalem céleste. Nés d'esprit leur nouvelle quête se devait d'édifier leur propre Temple.

 

Il aura quand même fallu que les outils de la maçonnerie fussent détruits, que la pierre cubique sua sang et eau, et que le voile du temple se déchira afin que plongés dans les ténèbres ils retrouvent l'énergie d'avancer sur le chemin de la vérité.

 

Avec l'aide de leurs frères, ils ont retrouvé sous les cendres encore chaudes du phénix renaissant les mots disparus, la parole sous une forme encore substituée, car la Vérité est inaccessible à l'esprit humain.

 

 

Le Temple et la Maçonnerie ont été à nouveau détruits et plongés dans les ténèbres.

 

 

Invités à édifier en eux mêmes un Temple spirituel, ils ont retrouvé les valeurs de l'ancienne Chevalerie, le don de soi jusqu'au sacrifice. Chevaliers Rose Croix ils ont retrouvé la Parole perdue.

 

Du plan de l'intelligence ils ont accédé à celui de la Foi de la Charité et de l'Espérance. Ils sont passés de l'ancienne à la nouvelle loi, la loi d'Amour.

 

Étrangement une fois encore ils sont confrontés à un mot ineffable, imprononçable, qu'ils ont  gravé grâce à un signe, une voix, à la providence, que sais-je ?

           

            INRI c'est la Parole dont le sens alchimique au REAA est « la nature sera complètement renouvelée par le feu ». Le feu principe de vie qui anime tous les êtres. Le symbole fort du phœnix, vie, mort, renaissance, régénération, immortalité.

 

Ainsi, au fil de l'initiation et de l'apprentissage du rite, le maçon chemine d'énigme en énigme afin de retrouver cette Parole.

 

Cette démarche initiatique présente comme constante le fait, de passer du substitué à la connaissance, pour tout de suite, se voir frappé d'interdiction de prononciation, soit par Devoir, soit par souci de préservation, ou encore, d'enfouissement d'un secret.

 

 

Le caractère positif de la substitution par ces mots de type secret, sacré, de passe assure plusieurs fonctions :

 

  • empêcher l'oubli ;
  • indiquer où chercher ;
  • inviter à poursuivre la quête ;
  • intégrer les ruptures ;

 

 

Empêcher l'oubli c'est savoir qu'au commencement était le Verbe et que l'aveuglement des hommes a conduit à la perte de la Parole et par voie de conséquence a masqué la route de la Vérité.

 

Indiquer où chercher notamment la pierre carrée qui permettra au chevalier de trouver l'emplacement qui de la fontaine, qui du trésor, qui de l'entrée du temple d'Enoch.

 

Inviter à poursuivre la quête c'est le moteur du cherchant, à chaque nouvelle phase de son initiation un indice ou un nouveau questionnement est délivré soit gravé dans la pierre, soit exprimé par un des trois autres éléments ou encore par un signe extraordinaire (feu, étoile, buisson ardent, voix mystérieuse etc...)

 

Intégrer les ruptures  Johaben, devenu secrétaire intime a failli tout perdre par curiosité. Johaben ensuite suit les traces de l'inconnu  se perd une fois encore par excès de zèle et vengeance aveugle. Les inconnus rencontrés font lien entre la solitude du cherchant, qui est égaré voire perdu, et la route de la Vérité qui passe par l'apprentissage du moi profond.

 

Tout cela nous conduit naturellement au futur chevalier de Royal Arche qui, grâce à un anneau fixé sur une pierre dans des ruines et à l'aide d'indications de Salomon, va redécouvrir ce qui a été perdu.

 

A l'inverse du Maître qui erre de l'orient à l'occident il s'agit de descendre sur un axe vertical, l'axe du sanctuaire d'Enoch, telle une descente vertigineuse, au plus profond de soi même.

 

Retrouver le Nom, retrouver le tétragramme sacré, retrouver les lettres véritables du nom enfoui, retrouver le nom de Dieu imprononçable car il est la vie, c'est la Quête. Le prononcer c'est en faire une idole, ce serait faire fi de l'infinitude divine, il nous faut l'enfouir dans notre cœur.

 

Ce cheminement sur l'axe majeur de la perte et du manque permet de comprendre la  nécessité de substitution. Il met en exergue notre aspiration à découvrir ce qui a pu être véritablement perdu .

 

Le travail initiatique du passage des mots substitués au mot imprononçable rappelle qu'il est vain de pleurer sur les décombres d'un passé dont on a jamais jamais été maître. Par contre chacun doit comprendre que dans les décombres il y a à trouver une richesse oubliée.

 

Chaque action est l'occasion d'une descente en soi, de faire le point, de revenir à l'inventaire de ce qui a été utilisé ou non encore exploité.

 

Francis Ducluzeau dans son livre le monde du Graal préfacé par Jean-Pierre Bayard nous entraîne dans le riche labyrinthe des trois œuvres principales de :

 

Chrétien de Troyes 1135-1183 « Perceval le Gallois ou le conte du Graal » (la quête de la lucidité et de la connaissance de soi par l'action) ; forte christianisation du conte ;

 

Wolfram d'Eschenbarch 1170 « Parcival (la quête de la Sagesse conjugue l'action et la méditation) ; reproche à Chrestien de Troyes de ne pas avoir terminé son œuvre et donne à son Parsifal une connotation ésotérique ;

 

Robert de Boron XII siècle, le chevalier Joseph d'Arimathie d'après L'Estoire du Graal « la quête de l'Esprit » (la relation intime entre l'humain et le divin conduit à la plénitude. C'est lui qui donne au Graal la fonction de Saint Calice ;

 

Jean-Pierre Bayard voit dans cet ouvrage un nouveau souffle de spiritualité à savoir que « peut être le Mot perdu, limite de la Quête, ne serait que la question qui ne sut être posée, car nous devons savoir communiquer, vivre rituellement tout en tendant vers l'Absolu »

 

La Parole devient juste et parfaite lorsque trois la prononcent, tout comme les trois clés confiées aux trois initiés sont nécessaires pour ouvrir le coffre aux trois serrures, sans doute les trois côtés du triangle rectangle qui forment l'équerre compagnonnique.

 

Jean-Pierre Bayard conclut sa préface en disant que l'auteur révèle l'intention symbolique dans la conception initiatique ; il nous place devant Adam Kadmon l'homme qui a réalisé son identification avec l'univers et qui se situe au sommet du cosmos.

 

Il ajoute qu'il conseille à chacun de vivre la Parole perdue, de la percevoir au plus profond de son être sans passer par le filtre déformant des concepts et du langage.

 

Dans la tradition hermétique hébraïque Adam Kadmon est l'homme primordial, spirituellement androgyne, l'homme d'avant la chute, exempt de toute multiplicité, un avec le divin.

 

Nous retrouvons cette idée dans le Vajrayâsia du bouddhisme dans lequel « la divinité est l'aspect pur de l'esprit, ce qu'il y a de divin au plus profond de l'esprit de chacun de nous. Elle n'est autre que la nature ultime de l'esprit envisagée dans sa plénitude plutôt que dans son aspect de vacuité » (vide absence de valeur)

 

Perceval le Gallois a connu dans sa quête les mêmes doutes les mêmes interrogations avant de parvenir au sublime de la chevalerie dominée par l'alliance avec Dieu et l'amour du prochain.

 

On retrouve dans l'ouvrage du 12eme siècle de Chrétien de Troyes les mêmes valeurs de substitution que dans notre démarche. Je reprends les thèmes :

 

  • empêcher l'oubli  comme Perceval, qui fut nommément autre et le même pourtant,  découvre son autre moi et donc se retrouve soi même après un combat contre le fils de Gauvain , il ne peut gagner car c'est une autre partie de lui même. Il retrouve son nom et sa lignée.

 

  • Indiquer où chercher  Perceval a rencontré l'ermite, le trois fois sage, qui lui a expliqué les trois niveaux de spiritualité dans les trois grottes.

 

 

La première grotte est petite, une source jaillit de sa paroi, il y abrite son cheval. Il s'agit symboliquement de l'eau purificatrice et, aussi, du besoin de maîtriser nos pulsions animales et nos émotions.

 

 

La seconde est chauffée par des charbons ardents et protégée du vent. Il s'agit ici d'écarter nos pensées profanes là où brûle le feu régénérateur. L'air et le feu, images de notre psychisme, de notre capacité à penser et à aimer.

 

La troisième est vaste silencieuse, contient des livres. Elle est le témoin de ce qui relie à la Tradition. Il y a aussi un autel sur lequel on peut placer  offrandes et  sacrifices. Il est le symbole de « faire du sacré »  mettre de la gratuité dans nos gestes et nos pensées.

 

Ces grottes représentent les trois dimensions de  l'être, corps âme esprit, elles incitent le cherchant à trouver la lumière dans le silence des ténèbres.

 

  • Inviter à poursuivre la quête  l'ermite exhorte Perceval à ne pas désespérer et à être fidèle à celui qui avait pris forme humaine pour montrer aux hommes le chemin de la Vérité.

 

  • Intégrer les ruptures Perceval est venu voir l'ermite car il  avait espoir d'obtenir un pardon pour tous les écarts par rapport au bien et au mal dans sa quête.

 

Je conclurais en disant que quelques siècles après les pérégrinations de Perceval le Gallois instruit et initié dans la chevalerie dominée par la loi d'amour qui donne du sens à sa quête, tout processus initiatique passe par le combat contre les ténèbres de l'ignorance du fanatisme et de l'ambition.

 

Ce processus ne s'arrête jamais, que la foi la charité et l'espérance nous encourage, nous guide et nous soutienne. J'ai dit....

 

Jean-Pierre Rousseau.

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Publié le par Alain Boccard
 
 
 
 
 
 
 
 


Nouveaux ouvrages

de nos conférenciers


 
 

 
Les conférenciers de l'Académie Maçonnique Provence font montre d'une prolixité remarquable puisque ce ne sont pas moins de trois ouvrages qui sortent quasi simultanément !

Les grandes souveraines d'Egypte de Florence Quentin, Le MS.Regius de Philippe Langlet, Corps, Âme, Esprit: Liberté, Vérité, Beauté de Michel Fromaget



Les grandes souveraines d'Égypte, Florence Quentin, Éditions Perrin

Les vraies reines d’Égypte, bien loin des clichés hollywoodiens.

Hatchepsout, Néfertiti, Néfertari ou encore Cléopâtre : ces noms de reines égyptiennes nous sont familiers. Le cinéma et la littérature se sont emparés du destin de certaines d’entre elles pour en faire des synonymes de faste, de beauté et de puissance. Mais au-delà de ces clichés, qui étaient vraiment ces épouses, mères ou filles de pharaon qui ont influencé et marqué de leur sceau l’histoire de l’Égypte ?

Florence Quentin dresse le portrait des plus prestigieuses d’entre elles, qui vécurent durant le Nouvel Empire, à l’apogée de la civilisation pharaonique (entre 1550 et 1069 avant notre ère). Pourtant, elle lève le voile sur la condition de la femme égyptienne à cette époque, car l’Égypte ancienne fut tout à fait singulière dans sa façon de lui donner accès à des fonctions et métiers réservés habituellement aux hommes partout ailleurs. Ce statut privilégié se reflète dans la position qu’occupèrent ces puissantes souveraines, qu’elles soient « Grande Épouse royale », régente, et même Pharaon au pouvoir absolu (ainsi la grande bâtisseuse Hatchepsout).


 Servi par une narration historique vivante, fondée sur de solides recherches égyptologiques, ce livre convie le lecteur à une immersion auprès de « Celles qui emplissaient le palais d’amour », ces « Dames de Grâce » qualifiées aussi de « Souveraines de toutes les femmes et de tous les pays ».




Le MS. Regius, Philippe Langlet, Éditions Cépaduès
 

Depuis près de vingt ans, Philippe Langlet propose des traductions des textes sources qui ne soient pas marquées par une idéologie maçonnique particulière, mais qui, au contraire, soient réalisées sur des bases linguistiques impartiales. L’un de ces anciens textes, revendiqué par la Franc-maçonnerie, est le Regius, du milieu du XVe siècle

Ce texte, œuvre d’un clerc bien au fait de la réalité du chantier, mais n’y appartenant certainement pas, donne des indications sur la vie en commun des ouvriers, sur l’obligation respectueuse dont ils doivent faire preuve vis-à-vis de l’Église et des règles sur leur vie, tout simplement.
Le caractère réglementaire du Regius a été coulé, par l’auteur anonyme, dans une forme versifiée octosyllabique, courante à son époque et destinée à être facilement retenue (effort de mémoire) qui a été transformée ici en alexandrins plus faciles d’accès à notre culture francophone. Pour faciliter la compréhension du contenu, l’auteur ajoute de nombreuses notes sur le vocabulaire employé, un lexique. Ce type de précisions n’est généralement pas retenu, alors qu’elle peut apporter un éclairage essentiel sur le texte. Comme il l’avait fait dans de précédents ouvrages, Philippe Langlet a cherché à rendre clair un document souvent obscur, la majorité des traductions ne fournissant pas toujours l’outil d’élucidation des notions proposées que l’on est en droit de posséder.

Ces ouvrages sont disponibles en ligne auprès de la Librairie de l'Orient en cliquant ICI...


Corps, Âme, Esprit: Liberté, Vérité, Beauté, Michel Fromaget, Co-édition Ubik/Académie Maçonnique Provence 

La civilisation contemporaine a fait le choix tragique de prendre le relai de la civilisation moderne en imposant urbi et orbi une compréhension binaire « corps et âme » de l’homme, alors que celui-ci est un être ternaire « Corps, Âme, Esprit .

 






Le monde moderne et les sciences par les quelles il justifie ses choix sont fondés sur une compréhension incomplète et erronée de l’homme qui méconnait la nature et les besoins essentiels des individus. Cette compréhension binaire ou dualiste qui nous contraint à nous construire et vivre sur les deux seuls plans physique et psychique, soit ceux du corps et de l’âme, à l’exclusion de tout autre qui soit réel, nous interdit de nous développer dans la plénitude de notre être véritable. Et c’est une aliénation tragique. 
Oui ! l’anthropologie ternaire « Corps, Ame, Esprit » est au plein sens du terme une anthropologie tragique parce qu’elle seule permet d’apercevoir et de mesurer cette tragédie.

Disponible directement auprès de l'Académie Maçonnique en cliquant ICI et également auprès de la Librairie de l'Orient



Rappelons également le premier titre de la Collection L'Intégraleco-édité par les Éditions Ubik et l'Académie maçonnique Provence, Kabbale et Franc-Maçonnerie, de Marc Halévy


 
Salutations très fraternelles,
Alain Boccard
Président

 
 
 
 

Contact : academie.maconnique.provence@gmail.com
Téléphone: 06 ​42 26 75 95
 
 
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