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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

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SPINOZA

SPINOZA

SPINOZA : LE PROBLÈME DE LA CONNAISSANCE

 

 

Le problème de la Connaissance est souvent débattu en Franc-Maçonnerie, souvent en opposant le savoir ou les savoirs à la connaissance. Le savoir se décline alors avec un petit s et la connaissance avec un grand C. Ce n’est pas si simple, la recherche intellectuelle, l’acquisition des savoirs, l’effort pour les connaître, ne peuvent être opposés, comme une facilité, une propension a refusé tout travail en loge, toutes les études des traditions, en soumettant à sa seule intuition sa progression initiatique, ce serait une forme d’horizontalité, la spirale ou l’échelle montent toutes deux comme l’encens.

Avant le siècle des Lumières, le peuple était contenu par la religion dans l’obscurantisme religieux. La religion avait opéré un rapt sur le miracle grec, à son profit. De nombreux clercs étaient instruits, ‘savants’, les sciences et les techniques étaient réservées à un cénacle. Dès la renaissance en réalité dès l’extension de l’imprimerie, les idées se diffusent, les sciences se développent.

Les francs-maçons comme tous les autres hommes sortent des ténèbres pour aller vers les lumières du savoir. Ils se libèrent du carcan des dogmes, des certitudes. Si la franc-maçonnerie dans sa forme spéculative et dès sa naissance, rejette les ‘athées stupides’, elle se garde aussi des intégristes religieux, et le mot athée reste inséparable du mot stupide. La franc-maçonnerie  ne renonce pas pour autant à la spiritualité. Elle accompagne, encourage, participe à l’expansion des sciences et des techniques. Le franc-maçon est nourri par la raison, l’intuition, le désir de spiritualité, c’est une spécificité de l’initiation maçonnique.

 

 

Le processus engage la totalité de l’être, ‘il faut réunir ce qui est épars’. Ne pas récuser la raison, les sciences et leur progrès pour peu qu’ils soient au service de l’homme. Il n’y a pas de contradiction entre la science, la philosophie, la religion et la franc-maçonnerie, il n’y a pas non plus de confusion à faire mais plutôt complémentarité, le contraire serait une négation de la tolérance et de l’esprit d’ouverture. Les savoirs ne sont donc pas les ennemis de la Connaissance, de la recherche de spiritualité.

L’initiation maçonnique processus d’élévation spirituelle individuelle dans le cadre d’un collectif, appelle à sortir d’une vision trop sécularisée, trop laïque de la société, elle donne un sens différent à la vie. La franc-maçonnerie ne rejette ni les lumières, ni les techniques comme celles actuelles du numérique, mais refuse de s’y soumettre, elle vise une autre recherche : la réconciliation avec le divin, en mettant plus de sacré dans notre vie et dans la cité, là est l’un de ses secrets. Cette réconciliation doit s’effectuer sans contrainte, de la libre volonté de chacun de ses membres, sans dogmes, en dehors de toutes dictatures fussent-telles pseudo spirituelles.

 

Parvenu au ‘Nec plus ultra’ le franc-maçon redescend humblement, comme un chevalier de l’esprit pour partager la connaissance, pour faire régner la justice, contre toutes les dictatures et les oppressions de toutes sortes. Lutter contre toutes les tyrannies, pour défendre la dignité de l’homme, sa liberté dans la société en recherchant constamment la vérité.

 

C’est sous cet éclairage que je vous propose de relire le deuxième livre de l’Éthique de Spinoza.

Spinoza ne remet pas en cause la faculté de raisonnement de l’homme, qui a bien sûr des idées, des pensées, mais cela ne suffit pas pour Spinoza, à faire de l’homme une substance, une essence indépendante contrairement à ce que pense Descartes toujours avec son cogito ergo sum.

Pour Spinoza seul Dieu a des idées, et l’homme accède en fonction de ses limites consubstantielles à sa qualité d’humain à ses idées des idées de Dieu.

Si pour Descartes, comme pour Platon l’homme est le pilote de son esprit indépendamment de son corps. Pour Spinoza il y a union entre corps et esprit, entre ‘corps et âme’. Dieu, le Grand Architecte, le Principe même, unifie notre corps et notre esprit. Il y a simultanéité, fusion, unification, cristallisation corps esprit, comme la réalisation d’un chef-d’œuvre. Si le corps par sa nature est situé dans un espace- temps limité, les idées de l’esprit, les idées divines elles n’ont pas de limites, elles sont éternelles dans l’entendement divin. Notre désir est alors de rejoindre l’entendement divin, de nous libérer des contraintes de notre corps autant que faire se peut.

 

La Vérité sur la Connaissance de Spinoza :

Il distingue trois genres de connaissance, au travers desquels nous devons progresser pour avoir une idée adéquate de la Connaissance. Il existe donc des idées inadéquates de la Connaissance, ou plutôt je dirais une échelle de la Connaissance. Pour atteindre le sommet de la Connaissance, il nous faut travailler à se libérer des idées inadéquates dont notre conscience est la victime. C’est le chemin vers la Vérité, le chemin du vrai. Il nous faut rechercher, les idées communes, par nature elles seront issues de l’un, pour aller vers le multiple et faire un retour à l’un au principe, au Grand Architecte de l’Univers qui suivant la formule maçonnique : est l’auteur de tout ce qui est.

 

D’où la théorie de Spinoza des trois genres de connaissance et d’un quatrième qui serait l’aboutissement, l’ultime degré.

Sommairement : le premier genre, est celui auquel nous sommes immédiatement, émotionnellement soumis, il est inhérent à notre nature corporelle, ce genre est celui perçut par nos sens. Il est donc constitué par nos sensations personnelles, il est totalement individuel donc subjectif, variable de l’un à l’autre. Cette perception que l’on prend souvent pour certaine, est insuffisante pour appréhender la globalité de la nature qui nous entoure. Personnellement je pense que ce genre de connaissance est indispensable, les sens sont des outils, nous devons nous en servir, mais ils ne doivent pas nous aveugler. C’est un ‘passage’ indispensable. L’étude des cinq sens est proposée au franc-maçon au deuxième degré de sa progression initiatique. L’appropriation de ses sens, la connaissance de ses sens, fait partie de l’étude de son soi, du passage vers la Connaissance et la Vérité, préalable à la connaissance du monde. Le compas de l’esprit est entrelacé avec l’équerre de la matérialité. Mais en réalité le premier genre de la connaissance de Spinoza peut aussi être mis en rapport avec le premier degré de la franc-maçonnerie celui de l’apprenti franc-maçon entièrement plongé dans le vase alchimique de sa loge, au cœur de son introspection. À noter, qu’à ses débuts, la franc-maçonnerie spéculative ne comportait que deux grades, celui d’apprenti et de compagnon.

 

Le deuxième genre de la Connaissance selon Spinoza est un mélange entre le sensible et l’intellect, là on retrouve véritablement le deuxième degré maçonnique, celui de compagnon ; où se mêle, la connaissance des sens, des arts, de la nature, le voyage entre les deux sphères. Mais aussi le début du voyage vers la spiritualité avec le symbole de l’étoile flamboyante et de son centre lumineux, seul symbole du deuxième grade qui diffère des autres symboles qui sont des outils propices à la découverte des seuls petits mystères artisanaux. À noter que le symbole de l’étoile est le symbole central du grade. Mais là encore ce genre de connaissance varie d’un homme à l’autre.

 

Le troisième genre de la Connaissance selon Spinoza, fait appel à la causalité, la déduction d’une idée d’une autre. C’est une logique rationnelle, ce qui fait dire que Spinoza est un philosophe de la rationalité. Sauf que le complément si j’ose dire du troisième genre de Connaissance est une déduction qui naît de l’essence de la chose.  Correspondant à ce qu’elle est dans sa nature.

Nous arrivons là, à la Connaissance de l’essence de Dieu, une forme de félicité de joie par rapport à la tristesse. Un travail de construction dirait le franc-maçon pour passer de la tristesse à la joie.

 

Une maîtrise avec le compas de l’esprit largement ouvert, une joie éternelle de l’esprit, un affaiblissement de la matière temporelle, face à l’esprit d’une joie éternelle, c’est la flamme qui brille constamment à l’Orient, repère du caractère sacré et divin des travaux.

Pour Spinoza, il faut atteindre cette félicité joyeuse, que les francs-maçons appellent de leurs vœux dans l’expression : « Que la joie soit dans les cœurs. »

Gilles Deleuze

On ne peut pas quitter Spinoza sans évoquer les travaux de Gilles Deleuze à son sujet. Pour Deleuze, Spinoza était le ‘Prince des Philosophes’. Il s’est donc penché sur les genres de Connaissance de Spinoza.

Dans la Connaissance du premier genre, Deleuze relie les affects, les passions aux idées inadéquates, aux idées extérieures. Il constate que nous sommes sans cesse soumis à ces perceptions extérieures auxquelles nous réagissons individuellement. Nous sommes soumis aux rapports, aux chocs entre les parties extérieures entre elles, celles qui composent notre propre corps et celles extérieures des autres corps.

Dans son explication du deuxième genre de la Connaissance Deleuze étudie les rapports avec les autres et la composition de ces rapports. Je cite un extrait de son cours:

 

« Là vous atteignez (il s’adresse à ses élèves) un domaine beaucoup plus profond qui est la composition des rapports caractéristiques d’un corps avec les rapports caractéristiques d’un autre corps. Et cette espèce de souplesse  ou de rythme qui fait que quand vous pressentez votre corps, et dès lors votre âme aussi, vous pressentez votre âme ou votre corps , sous le rapport qui se compose le plus directement avec le rapport de l’autre.

Vous sentez bien que c’est un étrange bonheur. Voilà, c’est le second genre de connaissance. »

 

Ce rapport intime entre les corps, ce partage de la Connaissance, cette complicité spirituelle est peut-être à mettre en rapport avec le ressenti perçu lors des chaînes fraternelles, sublimées par l’indéfinissable égrégore maçonnique. Cela peut suffire pour être heureux et en harmonie, dans une loge et aussi dans la cité. Mais ce ne sont que des moments extatiques éphémères, mais qui se renouvellent de plus en plus avec la force et la persévérance dans les travaux maçonniques, ils sont piliers de la construction d’une cité plus fraternelle.

 

Pourtant il y a le troisième genre de la Connaissance, celui des essences.

C’est celui de la tension vers le désir de la Connaissance du sacré, du Divin, de la remontée vers l’un. Le deuxième genre traitait des rapports, mais les rapports ne sont pas les essences nous dit Deleuze. Il explique Spinoza pense que ce troisième genre comme la Connaissance intuitive, elle atteint l’essence, cette essence qui s’exprime dans les rapports, ces rapports dépendent donc de l’essence. Mes rapports personnels expriment mon essence, qui est un degré de puissance. Le deuxième genre et le troisième genre de Connaissance sont parfaitement adéquats.

 

La recherche au sujet de la Connaissance est infinie, inépuisable. On peut établir un rapport avec la progression maçonnique scalaire, l’initiation sans fin, l’éternel apprentissage, le désir et la volonté de perfectionnement, ‘j’ai toujours à me perfectionner’. L’on sort du labyrinthe des erreurs, comme Icare pour s’élever dans la spirale, il ne nous faut pas succomber dans l’erreur de l’ego, en étant volontaire, mais humble.

 

Spinoza à écrit son Éthique suivant le mode des architectes, des géomètres, des mathématiciens, ce qui rend ardue sa compréhension. En simplifiant l’on peut oser dire que les genres de connaissance sont comparables à des genres de vie, des modes de vie, d’existences. Le franc-maçon à la recherche de la Connaissance, par son initiation véritable métamorphose de son être intérieur, par la conversion de son regard sur toutes les choses de la vie, a une aspiration à la spiritualité, il ne peut donc être insensible à l’Éthique selon Spinoza, qui n’est après tout peut-être simplement que le désir, d’une vie bonne, meilleure, en harmonie avec les autres, la cité et l’univers.

 

Jean-François Guerry.

 

 

A SUIVRE….

 

Sources : Éthique de Spinoza  par Vincent Delègue et Extraits du Cours de Gilles Deleuze sur Spinoza à Vincennes en 1981.

  

Sénèque

Sénèque

Voir aussi : L'Éthique de la Connaissance article lafrancmaconnerieaucoeur.com 

 

Le 09/09/2017:
http://www.lafrancmaconnerieaucoeur.com/
UN SOURIRE !

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Baruch Spinoza

Baruch Spinoza

SPINOZA UN CARTÉSIEN ?

 

 

Il serait tentant de répondre à la question de manière radicale par oui ou par non, mais ce n’est pas simple. Un lecteur du blog voit en Spinoza un héritier de la pensée de René Descartes. Pour d’autres il y a des oppositions majeures entre les deux philosophes.

Il est incontestable que Spinoza s’est nourrit de la pensée de Descartes. À ce propos Pierre Macherey (Pierre Macherey est philosophe Professeur émérite à l’Université de Lille Nord de France spécialiste de Spinoza et de la pensée littéraire) écrit : 

Pierre Macherey

« (…) le fait que Spinoza, non seulement a été pour commencer, dans la période de sa formation un lecteur particulièrement attentif et exigeant de Descartes, mais a tiré de cette lecture de nombreux arguments à partir desquels il a forgé sa propre façon de voir, qu’en tout état de cause, il n’a pas inventé en la tirant du néant par une sorte de miraculeuse création ex nihilo. »

 

Est-il pour autant resté cartésien, jusqu’au bout de sa pensée. Il y aurait continuité et à la fois approfondissement de la pensée cartésienne. Mais surtout, il aurait approfondi les trois points concernant Dieu. Premièrement, pour Descartes Dieu n’est pas présent dans la nature. Deuxièmement toujours pour Descartes il existe une pluralité de ‘substances’. Troisièmement les attributs de Dieu sont au nombre de deux : « l’étendue et la pensée. » Si pour Descartes Dieu possède une volonté infinie cela ne change pas notre capacité de choix, en clair nous conservons notre libre arbitre. Nous avons une volonté propre, indépendante, autonome. Une précision pour Descartes comme pour les antiques le terme ‘substance’ signifie essence.

Renè Descartes

Pour Descartes donc deux essences bien distinctes, une divine et une humaine pensante d’où son cogito ergo sum, je pense donc je suis dans son ‘Discours de la Méthode’. 

 

C’est sur cette affirmation par Descartes de la présence de deux essences que les pensées des deux philosophes divergent.

 

Spinoza est sans nul doute un précurseur de l’esprit des Lumières, un rationaliste en devenir. Pour étayer cette thèse il faut remonter à sa naissance et son enfance. Spinoza est né dans une famille juive, qui deviendra ‘marrane’, d’origine espagnole ou portugaise. Ses parents sous le joug de l’inquisition, ont dus abjurer leur foi, mais ont continué sa pratique clandestinement. Ils seront obligés de fuir aux Provinces Unies, les actuels Pays-Bas, ou souffle un vent de tolérance. C’est sans doute ce qui lui fera prendre un peu de distance avec les religions, mais pas avec la théologie et la spiritualité. Il peut être considéré comme un précurseur de ce que l’on appelle aujourd’hui la spiritualité laïque, la spiritualité sans un Dieu révélé ou pas. Ou une spiritualité a dogmatique, chère à de nombreux francs-maçons.

 

La mouvance des juifs marrane, est constituée de juifs qui ont dus renoncer sous la pression de la chrétienté à leur foi, ils ont subi, de ce fait l’excommunication juive que l’on appelle ’le Herem’. Peut-on en déduire que Spinoza fût un athée stupide, ou alors un déiste ou encore un panthéiste ? 

Ce n’est pas sans rappeler que les francs-maçons sont frappés d’excommunication par l’église catholique romaine, alors que nombre d’entre eux sont de fervents chrétiens.

Jean-Pierre Luminet

Cela nous rappelle aussi le jugement de Newton sur Des cartes comme il le nommait avec ironie, il le jugeait comme un intolérant papiste ! (Voir le livre La Perruque de Newton de Jean-Pierre Luminet)

 

Notons que le grand-père de Spinoza : Abraham Espinoza se réfugia d’abord à Nantes en Bretagne avant d’être expulsé par un édit du Parlement de Bretagne à Rennes le 11 mai 1615, sous le conseil de régence de Marie de Médicis. Pourquoi ce choix de l’asile en Bretagne, parce qu’il existait depuis longtemps en Bretagne une communauté juive, attestée par le concile de Vannes en 465. Vannes où l’on peut encore de nos jours trouver la rue de la Juiverie. À Rennes dans le centre historique près des Portes Mordelaises il existait une synagogue. Cette présence des juifs en Bretagne se retrouve dans des noms Bretons comme Hélias qui provient de Elie ou Ely, ou encore Salaün qui vient de Salomon. Mais c’est une autre histoire.

 

Je reviens donc au principe à la thèse de Spinoza sur l’essence unique, la substance unique, par rapport aux deux essences de Descartes. Spinoza s’interroge ? S’il y a deux essences, nous serions donc à égalité avec Dieu, donc des Dieux similaires à Dieu.

Dieu ne serait pas supérieur à l’homme, et nous serions parfaitement indépendants.

 

Spinoza avec son principe de l’essence unique, qui n’a besoin que de soi pour exister. Pour Spinoza Dieu est tout il est le monde ou encore Dieu n’est pas partout il est tout. Partant de cet axiome, c’est toute la liberté et la volonté humaine qui est à repenser. Contrairement à Descartes pour Spinoza le libre arbitre n’existe pas !

 

Où se situe l’homme s’il n’existe qu’une seule substance, une seule essence, comment trouve-t-il sa place dans le monde pour Spinoza ?

 

Pour lui Dieu possède l’infini en lui, il est l’infini, il a donc des idées infinies. L’homme est l’une des idées de Dieu, une idée particulière dans le temps et l’espace.

 

Nous sommes donc une idée de Dieu, en Dieu et nous ne pouvons agir que grâce à lui. Ma volonté, ma liberté, dépend du principe, c’est pourquoi le franc-maçon recherche l’aide du Grand Architecte de l’Univers. Construire sa vie en fonction de, sous l’impulsion du Grand Architecte. L’on touche là, à l’objet de l’Éthique nous instruire sur ce que nous sommes, quelle est notre nature. C’est une propédeutique de la connaissance de soi.

 

Spinoza n’est pas en opposition avec Descartes, mais plutôt dans la continuité et l’approfondissement de la pensée de Descartes. Il y a acquisition de la pensée cartésienne et métamorphose de cette pensée, il y a, à mon sens une poussée vers, une transcendance divine.

 

C’est à cette connaissance de nous-mêmes, du monde qui nous entoure, de notre place dans ce monde, cette connaissance nous libère et fait que la joie règne dans les cœurs.

 

Voilà quelques-unes de mes recherches pour essayer de répondre à notre lecteur Cincinnatus. Je ne doute pas que d’autres lecteurs sauront enrichir, ou contester cette vision à travers le prisme maçonnique.

 

Jean-François Guerry.

 

 

L’essentiel de mes sources : Éthique de Spinoza de Vincent Delègue Éthique Breal La Philothèque.

SPINOZA UN CARTÉSIEN ?
SPINOZA UN CARTÉSIEN ?

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Baruch Spinoza

Baruch Spinoza

L’ORDRE DES GÉOMÈTRES

 

Je ne vais pas vous parler de l’ordre professionnel des géomètres experts ou topographes. Mais d’un ordre qui mène à l’idée de l’unique, de l’harmonie de la béatitude, de la joie d’une vie bonne. Cet ordre est en rapport avec l’Ordre Initiatique et fraternel qu’est la franc-maçonnerie de tradition qui se réfère au Grand Architecte de l’Univers, aussi qualifié de Grand Géomètre, ou de Maître des horloges.

 

Il s’agit de l’Éthique selon Baruch Spinoza, nommée également Ethica Ordine Geometrico Demonstrata. Œuvre majeure du Philosophe. Qui trace un chemin qui va de Dieu à la liberté, et réfute la notion de libre arbitre. Un programme mathématique, pour une construction personnelle. Géométrie, construction, architecture voilà des mots qui ont leur place dans le glossaire maçonnique, et souvent entendus lors des travaux de loge.

 

Nombreux sont les sœurs et les frères qui prennent dans leurs filets, des mots, des citations de Spinoza pour étayer et expliquer leurs travaux de loge. Spinoza dans sa philosophie s’est inspiré de la géométrie, les francs-maçons du mythe d’Hiram architecte du temple de Salomon. Spinoza s’inspira de la géométrie pour définir le concept de Dieu, Grand Architecte pour le rendre moins abstrait, en rechercher l’essence.

 

Spinoza n’est pas un moraliste, il distingue bien son Éthique de la morale ordinaire. Il ne se pose pas en juge du bien et du mal, sa recherche est tournée vers l’être, et sa capacité de se diriger vers la vie bonne.

 

La philosophie de Spinoza renoue avec les philosophes de l’antiquité, c’est-à-dire avec la philosophie qui est à la fois théoria et praxis. Une méthode qui se traduit par des exercices de réflexion spirituels, une méthode pratique de la philosophie éloignée des dogmes, c’est en cela sans doute qu’il séduit les francs-maçons.

 

Spinoza propose au sage une action sur lui et ensuite dans la cité. Pour son époque, il est né en 1632, il est un esprit libre dans une société où le poids des religions sur les pensées est énorme. D’origine espagnole ou portugaise, il vit au milieu des protestants d’Amsterdam, il fait des études pour devenir Rabin, il apprend l’Hébreu, il renoncera la religion juive, il se rapproche des jésuites et des chrétiens libéraux, finalement il ne sera accepté par aucune communauté religieuse, il subit même des persécutions pour ses écrits. Son Éthique, sera son testament philosophique.

 

L’architecture de l’Éthique se décline en cinq livres. Dans le premier, il étudie ‘la substance divine’. Pour lui c’est une substance unique d’où tout provient. Nous n’existons que parce que Dieu nous donne une réalité, il agit à travers nous.

 

Dans son second livre, il traite de la Connaissance. Pour lui nous existons parce que nous sommes des idées que Dieu a de lui-même, notre esprit se doit donc de conserver les idées qui viennent de Dieu. Notre élévation vers la sagesse nous mène à la véritable essence des choses. Et nous atteignons alors la joie. Il y a différents degrés pour accéder à la connaissance. Pour Spinoza nous ne pouvons pas agir de façon libre et indépendante ‘pas de libre arbitre’. Nous ne pouvons être heureux que dans l’acceptation des lois divines. La liberté n’est donc pas une tolérance totale, qui ferait que nous ne puissions dépendre de rien ou de personne.

 

Dans son troisième livre il est question ‘des passions et des affections’. Tout au long de notre vie nous sommes affectés par des passions qui nous détournent de la connaissance. La médecine de Spinoza part de ce constat, il propose de nous montrer comment utiliser nos passions pour raffermir notre être.

Considérant qu’aucune passion n’est bonne ni mauvaise. Ce qui est bon est utile pour nous, ce qui est mauvais nous empêche d’agir et nous rend tristes, et ce qui est bon nous met en joie. ‘Maçonniquement parlant’ cela peut se traduire par maîtriser ses passions, fuir le vice et pratiquer la vertu, pour que la joie soit dans les cœurs.

Spinoza, démontre que la joie qu’apporte la connaissance, est bien supérieure à ce que nous apportent les sentiments. Qui ne sont que passagers, éphémères.

 

Le quatrième livre, traite de l’attitude à avoir après s’être libéré des passions, et pris connaissance de la vérité on entre dans le désir du bon. L’on peut atteindre ce désir en s’aidant de la raison. La cité idéale de Spinoza est celle qui est conforme à la raison, cette raison qui permet d’agir par une alliance avec son essence. Le souverain ne peut pas contraindre le sage à se détourner de la vérité. Le franc-maçon est lui aussi à la recherche de la vérité et de la parole perdue. La vérité qui doit être découverte en appliquant la justice, que le franc-maçon s’est engagé à défendre contre toutes les oppressions religieuses, politiques ou autres, en se référant à l’essence de la parole perdue.

 

Le sage de Spinoza ne refuse pas les plaisirs, il les sélectionne en fonction de leur utilité. C’était aussi l’attitude d’Épicure dans son jardin, il cueillait les meilleurs fruits nécessaires à son ataraxie, sa paix de l’âme.

Le cinquième livre de l’Éthique clôt le cheminement qui permet d’atteindre la béatitude. La connaissance du nombre cinq, la vision de l’étoile flamboyante et de son centre. Arrive au moment où nous ressentons en nous la présence de l’infini. Nous prenons connaissance  de l’idée du principe, du grand géomètre. Nous nous élevons, au-dessus de état de mortel, sans pour autant la promesse d’un au-delà. Nous nous élevons ici et maintenant dans cette vie, en accord avec notre place dans le cosmos. Alors la joie est dans notre cœur, car nous pouvoir concevoir un entendement, une connivence, une alliance, une reliance avec le sacré, le divin. C’est comme la découverte d’un passage secret qui débouche sur la Lumière.

 

Jean-François Guerry.

 

À suivre….     

L'ORDRE DES GÉOMÈTRES

CITATIONS SPINOZA

 

– “Est bon ce que je désire : ce n’est parce que nous jugeons qu’une chose est bonne que nous la désirons, mais c’est parce que nous la désirons que nous la jugeons bonne”

– “Nous sentons et éprouvons que nous sommes éternels”

– “Est dite libre la chose qui existe par la seule nécessité de sa nature et se détermine par elle-même à agir”

– “Un homme libre ne pense à aucune chose moins qu’à la mort, et sa sagesse est une méditation non de la mort mais de la vie”

– “Rien ne peut être plus utile à l’homme pour conserver son être et jouir de la vie raisonnable que l’homme lui-même quand la raison le conduit”

– “La haine doit être vaincue par l’amour et la générosité”

– “La béatitude n’est pas le prix de la vertu, mais la vertu elle-même”

– “Ne pas railler, ne pas déplorer, ne pas maudire, mais comprendre”

– “Le désir qui naît de la joie est plus fort, toutes choses égales d’ailleurs, que le désir qui naît de la tristesse”

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LE SOUFFLE DE L'ESPRIT

LE SOUFFLE DE L’ESPRIT

 

 

Chavouot la fête juive du don, la fête des semaines est décrite dans l’Exode et le Livre des Nombres, cette fête des Sept semaines est hautement symbolique, le don du feu spirituel, des commandements  de la Torah, a dépassé la religion juive pour inspirer la religion chrétienne, c’est la célébration de la pentecôte. Fête du souffle, du feu spirituel descendu de la Jérusalem céleste, pour faire que tout ce qui est en bas soit semblable à tout ce qui est en haut.

 

Les rites maçonniques sont fortement inspirés de l’ancien et du nouveau testament à travers le mythe de la construction du temple de Salomon. Les rituels contiennent des cérémonies de transmission du souffle spirituel aux postulants à la lumière. Les actes, les serments librement acceptés donnent un sens à la vie des hommes de bonne volonté.

 

Derrière la lettre il y a toujours l’esprit, il ne s’agit pas pour le franc-maçon de faire sien les dogmes des religions. Mais découvrir les idées, les secrets sous les symboles. En se livrant ‘au jeu’ des allégories, l’on peut transcrire l’Acte 1-8 des Apôtres ou il est question de l’Ascension je cite :

 

« Vous allez recevoir une force celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez les témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »

 

Au cours de sa cérémonie d’initiation le postulant à la lumière, est purifié par les éléments, il reçoit la force entre les colonnes, mais aussi la force, le souffle spirituel transmis par le Vénérable Maître représentant du Roi Salomon, de cœur à cœur. Il reçoit, le feu, lumière de l’esprit, le feu qui régénère toute chose. Le souffle, c’est le vent impétueux décrit  dans l’Acte 2-1,4 ‘La Pentecôte’ :

 

« Le jour de la pentecôte étant arrivé, ils se trouvaient tous ensemble dans un même lieu, quand tout à coup, vint du ciel un bruit tel que celui d’un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils se tenaient. Ils virent apparaître des langues qu’on eût dites de feu ; elles se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent alors remplis de l’Esprit Saint et commencèrent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer. »

 

Le feu spirituel produit en chacun de nous une métamorphose de notre être intérieur, il nous régénère. Nous restons différents, mais nous nous reconnaissons entre nous parce que nous regardons dans la même direction et sommes sur un chemin unique d’élévation spirituel. Nous sommes désireux de transmettre le message d’amour fraternel, universel, qui dépasse toutes les religions, message découvert dans l’évangile ésotérique de Jean.

 

Ainsi le feu de l’esprit va parcourir l’univers complet, du jardin d’Éden, au buisson ardent du Mont Sinaï, au Saint des Saints du temple du Roi Salomon, puis au Mont des Oliviers pour le partage lors de la cène du vin de la connaissance et du pain nourriture spirituelle, ainsi la flamme de l’esprit brûlera dans tous les cœurs. Elle donnera aux ouvriers, la force de construire des temples, des cathédrales. De se construire eux-mêmes.

 

C’est sans doute pourquoi, que nous soyons croyants, agnostiques, et même athée, nous sommes saisis d’émotion en pénétrant dans les temples, les cathédrales où brillent les flammes éternelles de l’Esprit.

 

La Loge Kleiô nous propose un voyage de la cathédrale au temple..

 

Jean-François Guerry.

LE SOUFFLE DE L'ESPRIT

DE LA CATHEDRALE AU TEMPLE.

 

Depuis toujours, j’ai participé aux célébrations du culte catholique. Parfois, enfant au cours de ces longs offices, mon dialogue avec le Très Haut, s'est trouvé interrompu et pour pallier l'ennui, je me suis pris à contempler les édifices dans lesquels je me trouvais. Les cathédrales d'Angoulême, Sens, Strasbourg, Lisbonne, Séville, Toulon et Notre Dame du Congo à Brazzaville m'initièrent à cet univers très particulier qui imprègne ces grandes dames de pierre. Admirer leur beauté, s'étonner de leur force architecturale et essayer d'approcher la sagesse enseignée au travers des messages spirituels qu'elles délivrent, devinrent vite un plaisir.

 

Je les ai recherchées. A ma première liste j'ai ajouté Chartres, Reims, Bourges, Saint-Malo, Laon, Burgos, Salamanque, Le-Vézelay, Cologne, Ulm, Budapest, Vienne, Prague, Saint-Jacques de Compostelle, Alcobaça, Mafra et bien d’autres dont je vous ferai grâce.

 

Puis un jour, il y a plus de 15 ans, j'ai pénétré dans un temple. Au delà de l'émotion provoquée par mon initiation, mon corps et mon esprit ont délivré les mêmes messages, les mêmes sensations que celles que j’éprouvais au sein d'une cathédrale.

 

L'origine de ce temps retrouvé était-il provoqué par l’architecture et les symboles disposés dans l’enceinte de notre Temple ou par le rituel et la fraternité émanant de notre assemblée ?

 

Les études sur les cathédrales comme les travaux sur la M.... opérative et la M... spéculatives sont innombrables, aussi je ne tenterai pas de m'aventurer sur leurs vérités ou leurs mystères mais je vais essayer simplement de vous faire part de mes découvertes personnelles qui ont étayé mon analyse et procuré quelques réponses.  

 

 

Très rapidement, pour ne pas partir dans tous les sens, comme dans tout travail maçonnique tant l'information est riche, j'ai tenté de « borner » mes réflexions et retenir quelques choix concernant  les édifices, l’époque, le style, le lieu géographique de la matière à explorer. Découvrant que dans un faible rayon  autour de Paris, nous avons plus d’une douzaine de cathédrales, j’ai décidé d’en choisir une, pour moi parmi les plus belles et sans doute la plus symbolique : la Cathédrale de Chartres.

 

 

« Il est des lieux où souffle l’esprit »

 

 

 Avec le Mont Saint Michel, Chartres en est sans doute l’un des lieux les plus représentatifs de la transcendance. Sur son promontoire surplombant autrefois la forêt Carnutes devenu les champs de blé beauceron, la cathédrale nous indique le ciel. Par son emplacement, elle est l’essence du divin, l’expression de l’esprit.

Sa construction date du début du XII ème siècle, au cours de ce grand élan mystique qui a envahi l’Europe chrétienne médiévale. Plusieurs générations se sont mobilisées pour participer à l’un des plus grands moments de construction de notre histoire humaine. Notre pays y a consacré une part importante de ses richesses et s’est doté d’un patrimoine inégalé qui n’est pas sans rappeler celui des pyramides d’Égypte.

 

Pour Chartres comme pour bien d’autres églises, le terme construit n’est pas exact. La cathédrale a été reconstruite en remplacement de la cathédrale romane de l’abbé Fulbert, détruite dans l’incendie du 11 juin 1194. Nous savons également que depuis la nuit des temps, ce site exceptionnel était un lieu de pèlerinage où les cultes druidiques et celtiques rassemblaient des foules importantes venues des plus lointaines contrées.

A la même époque, soit la fin du XI ème siècle, à Cluny, l’occident remplace l’arc roman « plein cintre » par l’arc brisé en deux cintres appelé « ogif » ou « ogival » terme d’origine persane. Les charges architecturales peuvent alors être réparties différemment. Les piliers massifs se transforment en colonnes, les murs se réduisent, les réseaux ou croisées d’ogives fleurissent, les contreforts et surtout les arcs-boutants reçoivent les poussées verticales comme horizontales. Déplacés vers l’extérieur, les éléments porteurs permettent aux nefs de s’apurer, de s’élever, défiant ainsi les forces élémentaires de la pesanteur et du vent.

 

Grâce aux premières connaissances architecturales vérifiées par l’abbé Suger à Saint Denis ou annotées par Villars de Honnecourt dans ses carnets, la nef de Chartres peut s’élancer vers le ciel.  Elle n’est pas la seule ; celle de Notre Dame de Paris culmine à 35m, suivi de Reims à 37m et d’Amiens à 42m.  Comme la tour de Babel, les nouveaux édifices montent toujours plus haut. Saint Pierre de Beauvais atteindra sous voûte 45m. Cet orgueil sera sanctionné, son chœur s’écroulera douze ans après sa construction.

A ce sujet, il est important de constater que Chartres est l’une des très rares cathédrales qui ait traversée intacte les siècles. Ni bombardement comme à Reims ou Soissons, ni architecte comme Viollet-le-Duc ne sont venus modifier l’œuvre que nous ont laissé nos anciens. Seuls les révolutionnaires de 1789 ont endommagé quelques unes des 4000 statues décorant l’édifice. Nous pouvons donc affirmer que tous les signes ou mystères qui nous allons découvrir en ce lieu sont d’origine ; messages authentiques laissés par les maîtres compagnons uniquement soumis à notre interprétation.

 

Chartres

 

L’Orientation, la porte.

 

 L’axe de notre Temple est orienté à l’identique de celui des cathédrales romanes et gothiques, soit, dans le sens de la longueur d’Ouest en Est. Certes, un léger décalage tourne Chartres vers le nord-est mais aucune véritable explication scientifique ou historique n’ayant été donnée à ce fait, retenons l’essentiel : Dans le Temple, de l’Occident à l’Orient, du Midi au Septentrion, nous quittons l’obscurité pour nous tourner vers la lumière comme nos anciens, les MM… M.…du passé nous l’ont enseigné en bâtissant les cathédrales.

Aussi, avant chaque tenue, notre approche « éclairée » vers la porte du Temple ressemble étrangement à la traversée du parvis de la Cathédrale de Chartres.

 

Au sujet du parvis, je me permettrai une parenthèse. Lorsque les membres du chapitre des cathédrales décidèrent de rendre leurs églises plus dignes et plus empreintes de spiritualité et d’en expulser la vie profane, ils ne savaient pas qu’ils allaient donner à ces parvis une véritable fonction festive et éducative dans la cité. Ces espaces furent dédiés à la célébration des mystères où Théo et Thanatos, notre vie et notre mort se mêlèrent ; lieux privilégiés du questionnement spirituel de l’homme. Sous une forme parfois plus récréative, le parvis de notre Temple n’est-il pas l’espace où les échanges entre les plus jeunes et les anciens, les apprentis et les M… alimentent en permanence nos interrogations sur notre place en F.M… et sur son rituel ?

 

Nous sommes maintenant arrivés au seuil de la Cathédrale, découvrons son Portail Ouest, qui comme celui de Saint Jacques de Compostelle, a traversé intact ces derniers siècles : Rappelons le, il est le principal vestige avec les vitraux ouest, de la cathédrale romane détruite en 1194.

 

Contrairement aux portails latéraux, ce portail n’est pas protégé par un porche. Il s’offre de loin à la vue du visiteur et remplit pleinement sa fonction première : instruire le profane et marquer la séparation entre le temporel et le sacré. Par la beauté de la décoration de ses trois portes, la splendeur de ses statues, il explique le Dieu roi.

Les trois figures divines du mystère de la foi chrétienne, la trinité ou Tri-unité, y sont rassemblées en une, magnifiant ainsi le Père, le Fils et le St Esprit en ce symbole unique, qui est aussi celui du G…A…D…L…U.

C’est ce « gloria» statufié qui a valu, à ce portail le titre de Royal. Cette appellation unique dans toute l’architecture chrétienne n’est pas neutre, seul un Art au même titre a pu transcrire dans notre réalité un tel mystère.

 

 

Le Statuaire

 

Les nombreuses statues et tous les symboles de la Cathédrale qui délivrent un message à notre attention sont trop importants pour que je puisse les énumérer dans ces quelques lignes, aussi permettez moi de choisir quatre motifs des plus significatifs.

 

Les deux premiers sont les statues de Saint Georges et Saint Théodore. Debout, portant l’épée, ils gardent l’entrée sud de la Cathédrale, la Porte des Chevaliers, mais leur fière allure ne doit pas nous masquer un détail majeur ; contrairement à la position hiératique adoptée par toutes les statues colonnes de l’art roman, ils ont leurs pieds en équerre.

A chaque tenue, lorsque nous pénétrons dans le Temple, notre F…Couvreur… n’est il pas le digne successeur de ces deux gardiens de pierre ?

 

Il m’aurait été impossible de vous présenter ce morceau d’architecture sans vous parler des deux sculptures suivantes :

Deux pilastres séparent les portes latérales du portail Royal. A la hauteur de 23m 15 exactement, juste en dessous de la rosace centrale, ces colonnes sont couronnées d’un chapiteau surmonté d’un détail sculpté qui, à gauche, est un « protomé » ou poitrail d’un bœuf, à droite l’avant-corps d’un lion.

Des explications plus ou moins rationnelles recherchant dans les rites gaulois la signification de ces deux sujets ont très vite été émises. Au XIXème siècle l’Abbé Bulteau, éminent spécialiste comme Huysmans a cherché à approfondir ce mystère. La première information recevable fut découverte dans le recueil « Rationnal des offices divins » écrit en 1287 par Guillaume Durand, évêque de Mende. Il note « les représentations d’animaux …. …. hors de l’église à savoir : aux portes et au front du temple comme le Bœuf et le Lion ».  La présence du mot Temple n’est pas anodine, l’explication définitive de cette présence nous sera donnée par une inscription gravée sur l’un des voussoirs du portail de l’abbatiale de Moreaux située à Champagné-Saint-Hilaire (Vienne).

 

« UT : FUIT : INTROITUS : TEMPLI : SCI (=sancti) : SALOMONIS,

SIC :EST :ISTIUS :IN MEDIO : BOVIS : ATQ (=atque) : LEONIS. »

 

« Telle fut l’entrée du saint Temple de Salomon, ainsi que se présente celle de ce temple, au milieu, entre le Bœuf et le Lion ».

 

Nous connaissons tous la signification des colonnes qui furent érigées à Karnak comme à Tyr. Comme Hiram l’a voulu, YAKÎN et BOAZ marquent à jamais l’entrée de notre temple comme elles le font dans la cathédrale de Chartres.

 

Si ces deux symboles n’étaient pas suffisamment clairs pour nous instruire, incrédules que nous sommes, regardons alors les deux flèches qui s’élancent vers le ciel. Elles sont dissymétriques, au nord un clocher actif, masculin, terrien Yakîn, au sud, un clocher plus féminin, passif, aérien, Boaz.

Il est possible que dés l’origine, Jehan de Beauce en érigeant le clocher neuf en style gothique flamboyant, eut la volonté de dépasser le clocher sud plus ancien.  Par la force des choses, il dut construire une tour plus robuste, [1] mais comment expliquer que dés 1539, à la suite de dégradations dues à la foudre, Laurent de Beauce, potier de son état y installa la lune ? De nombreuses péripéties historiques et naturelles modifièrent les motifs disposés au sommet des deux flèches (bonnet phrygien, drapeau, ….), mais depuis 1690, un soleil sur la grande flèche et une lune sur l’ancien clocher éclairent les journées chartraines comme ils illuminent nos travaux. Une inscription « Sol Justitiae » Soleil de justice y vient légender le symbole : oui le soleil nous éclaire avec force, beauté et sagesse.

 

A Chartres, nous trouvons également la présence du Soleil et de la Lune dans le « Compostelle » Campo Stella, le champ des étoiles dessiné sur la voûte de la Crypte de la Cathédrale.

 

La Dimension

 

Fort de ces enseignements, nous pouvons enfin pénétrer dans l’enceinte sacrée.

 

« Qu’est ce que Dieu ? Il est tout à la fois longueur, largeur, hauteur et profondeur » a prêché Saint Bernard de Clairvaux.

 

Plus que toute autre, la Cathédrale de Chartres illustre ce propos. Dès nos premiers pas dans le narthex, ses dimensions comme ses proportions nous incitent à rechercher son centre, à nous diriger vers la vérité, à nous tourner vers la lumière.

 

A l’identique du chemin que nous parcourons dans le temple, le volume même de cet édifice nous plonge dans un état propice à la réflexion, à la pensée et au travail.

Contrairement aux plans d’églises ou d’abbatiales comme ceux de Boscodon qui ont été intégralement tracés à partir du carré long ou rectangle d’or, le plan de Chartres est plus complexe à déchiffrer. Par la succession de constructions des basiliques paléochrétienne, mérovingienne, carolingienne et romane sur son site, son tracé a été rendu plus fouillis voire confus. Pourtant, sachez que de ce foisonnement surgit l’équilibre. Sans rentrer dans une explication rationnelle trop complexe, l’équilibre qui se dégage du bâtiment n’est pas le seul fruit du hasard. Aujourd’hui, nous connaissons parfaitement toutes les règles intégrant le nombre d’or qui ont dicté sa conception.

 

Pour illustrer ce propos, nous pouvons retenir deux exemples :

 

  • A la fin du XII ème siècle, notre système métrique n’est pas utilisé. Les différentes parties en plan et volume sont liées entre elles par des rapports de grandeur simples fondés sur un module ou commune mesure que nous appellerons unité. Chacune diffère en fonction des Maîtres bâtisseurs qui, les conserve secrètement, les dévoilant uniquement aux initiés à l’occasion de chaque ouverture de chantiers. A Chartres comme ailleurs, pour tout nouveau passage d’une équipe sur le chantier, la mesure étalon est révélée par les compagnons déjà présents aux arrivants formant ainsi une chaîne non rompue indispensable à la bonne construction de l’édifice aux travers des années. Sachez que cette mesure est encore utilisée de nos jours pour les travaux de réfection. Appelé unité de Chartres, elle aura également un caractère plus universel car elle s’exportera et par la suite, sera retrouvé dans les plans de nombreuses églises. D’une longueur de 0,82cm soit environ un double pied[2], elle rythme tout le lieu jusque dans ses moindres détails. Ce chiffre en lui-même n’est pas très parlant, mais si nous exprimons la longueur totale de la cathédrale soit 132,70m avec cette unité, nous trouvons 161,8U soit 100φ. Comme pour notre temple, l’utilisation du nombre d’or est là, participant à Chartres de son harmonie et de sa beauté.

La corde à nœud qui ceinture notre enceinte rappelle que les dimensions de notre Temple comme celle de Chartres sont tracées à partir du nombre d’or, mesure symbole de l’équilibre et de l’harmonie.

 

  • Vers le ciel, à la vue de l’immense voûte en ogive de la cathédrale , nous retrouvons cette impression d’harmonie parfaite. Elle n’est pas le résultat d’un calcul compliqué fruit du savoir d’un technicien laborieux. Une étoile flamboyante vient s’inscrire parfaitement dans l’ogive, ses deux branches inférieures au niveau des chapiteaux et les trois autres traçant la ligne parfaite de cette construction qui défie en cet endroit la pesanteur et le temps. A Chartres comme ici, l’Étoile Flamboyante éclaire nos travaux.

 

La Lumière

 

Dans le passé, Chartres a été appelé « Liber pauperum», le Livre du pauvre. Cette cathédrale démontre à elle seule comment la lumière éclaire l’instruction du profane. Au travers de ses 184 baies et de ses 2600 m² de vitraux, le « bleu de Chartres » rayonne, illuminant l’œuvre dans son intégralité. Il anime tous ses recoins les plus cachés et découvre chacun des chefs d’œuvre qui y ont été disposés. Comme dans notre Temple, la Cathédrale recueille la lumière, la canalise et la transforme.

A midi, elle éclaire nos travaux, à minuit elle dispense vers l’extérieur le rayonnement de ses flambeaux.

Mais les vitraux de Chartres ne sont pas seulement des vecteurs de lumières, ils délivrent de nombreux messages ouverts à nos investigations ou à notre connaissance.

 

Notre-Dame-de-la Belle-Verrière est sans doute son vitrail le plus connu voire du monde entier. Restauré en 1990, il illumine de sa splendeur et de ses innombrables éclats la majeure partie de la nef. Pourtant, un détail peu connu de ses millions d’admirateurs existe : Tous les ans, le 22 août qui correspond au 15 Août du calendrier Julien utilisé au Moyen Age, vers 14H 40 heure de Greenwitch, un rayon de soleil vient directement relier le visage de la Vierge présent au sommet du vitrail et le centre du labyrinthe situé dans la nef.

 

Son Labyrinthe.

 
Les labyrinthes existent depuis l’antiquité. Certains rayonnent encore dans quelques églises comme à Santa Reparate[3]
, à Ravenne ou à Lucques, mais sachez que le Labyrinthe de Chartres, nommé « La Lieue de Jérusalem » est le plus grand et l’un des plus beaux qui nous soit permis d’admirer. Identique sans les bordures, à celui de Sens aujourd’hui disparu ou celui dessiné par Villard de Honnecourt, il est symbole par excellence et mérite à lui seul de nombreux morceaux d’architecture. Aussi, aujourd’hui, je me contenterai simplement de me rappeler que notre pavé mosaïque, est lui aussi symbole de notre difficile quête. Comme les Vitraux à l’Occident éclairent le Labyrinthe de Chartres, en notre Temple, trois grandes lumières éclairent notre mosaïque, notre « labyrinthe ». 

 

 

Les signes

 

 

Instruit au travers du chemin que je viens de parcourir avec vous, je peux enfin m’asseoir dans le chœur, me mettre à couvert. Fort de tous ces symboles communs qui m’ont été dévoilés, je découvre, rassemblés à mes cotés mes frères en leurs grades et qualités siégeant au sein du temple.

 

Dans les cathédrales, les ouvriers qui participent à la bonne réalisation de l’œuvre sont également issus de différentes loges. Regroupées en équipes, ils exercent leurs métiers avec conscience et application. Sous les ordres de l’architecte ou du Maître constructeur, ils effectuent leurs travaux suivant les us, coutumes et traditions qui leur ont été enseignés. Ils sont bien rémunérés ce qui explique aussi la qualité du travail effectué. Au sommet de leur hiérarchie, se trouvent les tailleurs de pierres. Ils travaillent soit à proximité du chantier, soit directement sur le site taillant et agençant leurs morceaux d’architecture. Ils nous rappellent que toute architecture est inspirée par la sagesse et la foi, éclairée par la connaissance mais aussi fruit d’un labeur ininterrompu des ouvriers qui travaillent du levé du soleil à son couchant.

 

Chartres est sans doute la plus belle illustration de cette réalité, de cette force. Elle a été la Cathédrale la plus rapidement construite, en 29 ans seulement.

 

Des textes anciens ont raconté l’immense élan qui a permis à son édification. Par la sagesse du jeune roi Louis IX qui a décidé de son chantier et les formidables moyens qui ont été dépensés à sa construction, tout tend à prouver que Chartres plus que toute autre cathédrale, s’est voulu le Nouveau Temple de Salomon.

 

De nombreux signes laissés par les Compagnons bâtisseurs existent. Ils sont nombreux et des plus divers. Leur classification ou leur étude se rapproche plus du travail du chartiste ou du bénédictin que de celui du M. que je suis.

 

Je n’en choisirai qu’une seule marque pour vous présenter la présence éclairée de nos compagnons opératifs à Chartres.

 

Dans la partie romane, située à l’intérieur même de l’édifice, à droite de l’entrée de la salle basse du clocher neuf, au sud de l’angle de pierre, une petite marque de tâcheron à 1, 45 m du sol de 11 cm de haut sur 14 cm de large nous interpelle. Cette inscription datée du XIIème siècle représente une sorte de double papillon ou évoque une vague tête de taureau.

Cette petite signature du Maître ouvrier est considérée par beaucoup comme la représentation formelle du Trône de Salomon. Ce signe présente la genèse de nos cathédrales comme la poursuite d’une aventure architecturale millénaire et installe à jamais la réalité de la « Chaire de Salomon » ici présente à nos yeux.

 

J’espère, que la narration de ce court voyage qui m’a fait passer de Chartres à Clichy n’aura pas été pas été trop personnelle et que j’aurai réussi à vous communiquer quelques clés aidant à la lecture des symboles de notre Temple et susceptibles de vous enrichir dans vos travaux. Tel était mon but. S’il n’avait pas été atteint, veuillez m’en excuser. Que cette maladresse vous incite, vous aussi, à franchir régulièrement le seuil des cathédrales. Dans votre cheminement personnel, vous en retirerez, j’en suis sur, sagesse, force et beauté comme nous le faisons lors de nos tenues.

 

Mais, pour nous M. il existe une autre état délivré par toute présence au cœur de ces grandes nefs de la connaissance et de la spiritualité. Ce sont ces sentiments d'appartenance à une même communauté fraternelle, ici d'initiés qui, depuis la nuit des temps, a su rechercher par un travail juste et parfait, sens et élévation.

 

Cette chaîne ne s'est jamais pas rompue, elle est vivante et source de joie.

 

Identique à celle qui a porté, en son temps, la construction de la Cathédrale de Chartres, cette joie  doit continuer à nous habiter.

 

Elle est et sera fruit de cette fraternelle et régulière présence à nos tenues, enrichie en permanence par le résultat de nos travaux.

 

J’ai dit

 

D.F.

 

[1]              La Tour Nord haute de 112mètres dépasse la Tour sud de 9 mètres environ.

[2]              Pour les non initiés, la coudée, fruit d’un rapport constant avec l’unité précédemment choisie sera utilisée. Elle sera fixée à 0,738 m.

[3]              El Asnam ex Orléansville Algérie

LE SOUFFLE DE L'ESPRIT
Sources : La bible de Jérusalem.
Travaux de Loge KLeiô.
Commentaires possibles directement sur le site ou par mail à l'adresse:
courrierlafmaucoeur@gmail.com

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RECENSION : MARCHER selon Bernard Rio

RECENSION : « Marcher » selon Bernard Rio.

 

 

Le dernier livre de Bernard Rio pas encore paru : « Marcher », est comme une marguerite, dont on tourne une à une délicatement les feuilles, qui sont autant de pétales, comme des promesses de découvertes, de chemins qui mènent tous au cœur. Un poème de la marche, un itinéraire initiatique, une ode à la nature, une respiration. À la fois Odyssée  gigantesque, et simple sucre d’orge en forme de coquille Saint-Jacques a savouré lentement.

Bernard Rio

Derrière le verbe Marcher, il y a mille choses. Une généalogie de la marche, une histoire éternelle, universelle, mythique et réelle. La marche a inspiré les philosophes de l’antiquité, jusqu’à nos jours, les poètes, les théosophes chercheurs de sagesse de toutes les traditions.

 

Bernard Rio grâce à ses connaissances et son expérience de la marche, dans sa Bretagne natale, terre de légendes et dans les autres régions de France nous emmène loin de nos sentiers battus. Ses marches ne doivent rien au hasard, même si elles ressemblent parfois à celles des vagabonds, elles sont autant de pas de côté dans une société de la quantité. Il ne s’agit pas d’un guide pour un tourisme de masse.

 

Sa marche est avant tout un parcours individuel, silencieux pour un contact, un rapport privilégié avec la nature. C’est une marche thérapeutique comme celle vers la fontaine de Barenton en Brocéliande, dans le carré du temple dont l’eau soigne les plaies du corps et de l’esprit.

 

La marche est une véritable révélation de l’homme vertical, qui marche tête haute vers les étoiles. Pour Bernard Rio, l’homme de la ville ne marche pas il court, il n’a jamais le temps, le dimanche il marche de la périphérie au centre.

La marche Bretonne de Bernard Rio a l’odeur des crêpes des crêperies aux vitres embuées de son enfance. Elle s’étire parfois dans les villes mais à son allure.

 

Et puis il y a l’ivresse des grands départs, des grands chemins comme ceux de Stevenson, quand l’homme presse le pas pour échapper aux ténèbres, il est urgent de partir, de se hâter vers le beau. Et puis quand on ne peut pas marcher on écrit, les voyages forment les écrivains. Bernard Rio voit dans la marche une apologie des sens, l’on reçoit la chaleur du soleil, la pureté de l’eau du ciel.

 

Il y a tout un art de la marche, une mise en scène, une mise en condition de l’esprit. Le silence et la marche vont de pair, la marche est plus une écoute de la nature, que paroles inutiles.

 

Bernard Rio évoque dans un court paragraphe, l’intrusion de la politique dans la marche, la distanciation entre le centre et la périphérie des ronds points. La foule, n’est pas le peuple. Il est difficile de maîtriser la colère pour qu’elle ne devienne pas violence. La colère en marche n’est pas noire, mais jaune. Bernard Rio refuse d’être dans l’avoir et le ressentiment. Il aspire à la lumière à la liberté de penser par lui-même. Regarder derrière le miroir, se libérer des contraintes, conquérir la liberté de passer, de marcher.

 

Dans l’épilogue de son livre Marcher – Écrire  « Parler beaucoup, c’est peu partir, c’est peu marcher. »

 

« Marcher c’est d’abord franchir le pas, consacrer son temps à composer avec la nature et approcher sa nature profonde. »

 

Marcher c’est donc suivre son chemin intérieur, il évoque Henri Vincenot l’auteur du Pape des Escargots, s’arrêter pour regarder un instant l’escargot dont la coquille donne le sens de la giration du monde. Marcher pour être en paix avec soi-même !

 

Voilà un guide bien particulier que le marcheur peut mettre dans son sac, pour le lire et le relire tout au long de sa marche. Et celui qui ne marche pas, après cette lecture n’aura qu’un désir marcher.

 

Jean-François Guerry.

 

Le Livre : « Marcher » selon Bernard Rio – Collection Paradisier – Museo Éditions. En cours de Parution.

RECENSION : MARCHER selon Bernard Rio
RECENSION : MARCHER selon Bernard Rio
Bernard Rio 

 

Nationalité : France

Biographie :

Spécialiste de l’environnement et du patrimoine, Bernard Rio est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages chez différents éditeurs. Il a notamment contribué à la partie celtique du Dictionnaire critique de l’ésotérisme publié par les PUF sous la direction de l’ethnologue et universitaire Jean Servier. Il collabore aussi à la presse magazine.

 

Source Babelio Ouest-France.

Auteur de plus de 40 livres
RECENSION : MARCHER selon Bernard Rio
RECENSION : MARCHER selon Bernard Rio
RECENSION : MARCHER selon Bernard Rio
RECENSION : MARCHER selon Bernard Rio

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C'EST LE PARADIS

C’EST LE PARADIS….

 

 

Le grand projet de la ‘Divine Comédie’ de Dante, ce n’est pas l’Enfer, ni le Purgatoire, mais le Paradis, dernière partie de ce triptyque, sommet du triangle, finalité de cette trinité. Ce Paradis rêve du retour à l’harmonie première au jardin d’Eden. Retrouvailles de Dante avec sa bien-aimée Béatrice qui a rejoint l’Orient éternel.

 

Le Paradis est la danse des flammes, il est éblouissant de lumière, c’est la réalisation de son chef-d’œuvre. Le Purgatoire a servi de pont pour la descente de la Jérusalem céleste, venue écraser la Jérusalem terrestre, l’arbre de vie domine les ruines. On peut voir dans cette Comédie en trois actes la délivrance de l’âme qui était prisonnière de l’ignorance et de l’erreur, pour parvenir à la Vérité, jusqu’au troisième ciel. Au moyen des vertus théologales, alors qu’au Purgatoire il était question des vertus cardinales.

 

Mais le chemin est encore long pour parvenir jusqu’à la couronne de la montagne, Dante passe à travers les sept ciels des planètes, arrivé au septième ciel ! Il est au ciel des étoiles, puis le ciel cristallin qui régit, ordonne tous les ciels et tourne dans l’ultime et dixième ciel, le ciel qui est hors de la matière, qui est pure lumière.

 

On peut parler d’un véritable élan, puis essor mystique et initiatique, c’est un vol comparable à celui de la huppe du Cantique des Oiseaux. Ce voyage paradisiaque qui n’est pas sans danger, car qui peut si ce n’est l’homme orgueilleux prétendre affronter sans crainte la grande lumière, intense et éternelle. Sans avoir auparavant fait le parcours long et parsemé d’embuches, d’épreuves. Le Paradis ou son apparence est parfois insupportable à la nature humaine.

Digression : cela me rappelle un voyage en Autriche, j’étais passé par la Suisse qui faisait déjà transition dans la rigueur, la propreté et l’ordre, comparée à notre douce France. L’arrivée en Autriche surtout dans les montagnes m’a laissé, une impression de pureté à la fois belle et dérangeante. Une beauté monotone des paysages, associée à la rigueur des habitants. Une netteté en toutes choses, engendrant paradoxalement un manque d’humanité. La perfection devient parfois tellement angoissante, qu’elle retient jusqu’aux sourires. Cette immersion dans des eaux trop pures est presque irréelle. Il faut s’habituer, se métamorphoser pour entrer au Paradis. Je ressens aussi cette émotion à l’écoute d’une musique cristalline trop pure, comme une sorte de tristesse du beau. La naissance de ce monde a-t-elle eut lieu à Hallstatt le berceau des Celtes.

 

Fin de digression, le Paradis de Dante est initiation aux vertus théologales que sont la foi, l’espérance et la charité. L’alchimie est présente dans cette initiation avec les trois saints : Pierre de l’église exotérique, Jacques le patron de la voie alchimique et Jean celui de l’église ésotérique.

 

La lumière traverse le corps de l’homme et le transforme elle atteint son cœur et son âme. C’est une progression du terrestre au céleste, du profane au sacré, des ténèbres à la lumière, cette route vers le Paradis de Dante est une véritable cosmologie Céleste, un voyage dans la nuit lumineuse des étoiles. Nous chevauchons des constellations, nous sommes imprégnés de lumière, émerveillés, nous sommes dans une sorte d’allégresse, c’est comme le premier vol d’un jeune oiseau sorti de son nid, une découverte sans mémoire, on n’avait jamais vu quelque chose d’aussi beau, tout soudain est Paradis, il n’y a plus d’Enfer ou de Purgatoire.

 

Nous n’avions pas la mémoire de telles merveilles ou cette mémoire était cachée dans notre inconscient personnel, et elle a été révélée par l’inconscient collectif. Jacqueline Risset la traductrice de la ‘Divine Comédie’ a écrit à ce sujet :

« On peut comprendre le ‘Paradis’ et toute la Comédie comme un Art de la Mémoire composé sur le modèle de ceux qu’à décrit Frances Yates : comme une grande transposition spatiale des peines et des récompenses destinées a fixer dans l’esprit des mortels le différents modes de leur sort futur (….) Dante en écrivant la Comédie, fait œuvre utile, et la mémoire est pour lui faculté de l’âme, est non seulement l’ensemble des traces, des expériences passées, elle est aussi le dépôt pour l’inspiration, la réserve d’images sur laquelle l’imagination s’exerce.»

 

Digression ou pas : cela me rappelle le travail remarquable sur l’Art de la mémoire  dans la fondation de la Franc-Maçonnerie spéculative réalisé par Charles-Bernard Jameux, voir ses deux livres L’Art de la Mémoire et la formation du symbolisme maçonnique et Franc-Maçonnerie : temps, mémoire, symboles, les deux parus cher Dervy Éditions.

 

Fin de digression ou pas, la lumière du Paradis n’est accessible que de manière indirecte par le symbolisme des images, cela rappelle la méthode maçonnique du symbolisme, de la découverte du sacré, derrière les secrets. Des idées derrière les symboles, la mise en contact de l’initié dans sa loge mère, celle qui le nourrit spirituellement, avec la représentation des symboles qui agissent sur son imagination, véritable maïeutique, discours entre les symboles et l’imagination du postulant à la connaissance.

 

Le poème de Dante est comme un vase rempli d’images symboliques, un récipient spirituel, il agit comme un guide vers la lumière. À l’instar du tableau de loge dévoilé, du bas vers le haut, des marches de l’entrée de la loge, jusqu’au delta lumineux. Ce tableau est comme le lait maternel de la loge mère donné au jeune initié qui a soif et faim. Suivant l’injonction : donnez à boire à ceux qui ont soif ! Et donnez à manger à ceux qui ont faim, le vin de la connaissance et le pain nourriture de l’esprit.

 

La nourriture du Paradis de Dante, comme dans les meilleurs contes initiatiques est l’amour.

 

CHANT- I – Le Paradis Extraits

 

« Dans le ciel qui prend le plus de sa lumière je fus, et vis des choses que ne sait ni ne peut redire qui descend de là-haut ; car en s’approchant de son désir notre intellect va si profond que la mémoire ne peut l’y suivre. Vraiment tout ce du Saint Royaume dont j’ai pu faire trésor dans mon âme sera désormais matière de mon chant. »

 

(*notes de Jacqueline Risset : qui prend le plus de lumière, l’empyrée, le ciel qui est étymologiquement, le feu)

 

(* Désir : Dieu est l’ultime désirable.)

 

Le mot étoile, est le dernier mot du 33ème chant du Paradis comme du Purgatoire et de l’Enfer. C’est la quête de l’inaccessible étoile qui met en marche l’initié au-delà de lui-même, plus loin, plus haut.

Jusqu’au bonheur de dire : j’ai vu l’étoile flamboyante ! Il lui reste à découvrir le secret de ce qui est au centre de l’étoile.

 

Jean-François Guerry.

 

 

 

Source : La Divine comédie Le Paradis de Dante.

Notes : avec * de Jacqueline Risset traductrice de l’œuvre.

 

À lire en poche GF FLAMMARION Texte original bilingue traduction de Jacqueline Risset 3 vol au Prix de 10 € chaque Vol.

C'EST LE PARADIS

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C’EST PAS L’ENFER, C’EST PAS LE PARADIS…

C’EST PAS L’ENFER, C’EST PAS LE PARADIS…

 

 

C’est la vie, c’est la vie du troisième monde, le monde intermédiaire, le Purgatoire de Dante. La sortie de l’Enfer où nous aurions été mis suite à la chute, la faute originelle de nos parents et  que nous serions irrémédiablement tous condamnés à payer jusqu’à la fin des temps. Dante avec son Purgatoire, a-t-il mis fin, à cette dictature du choix entre le bien et le mal, ce manichéisme dogmatique. Du choix qui n’en n’est pas un, qui se hasarderait à dire ouvertement qu’il choisit le mal contre le bien, quoique !

 

Le Purgatoire, s’est l’ouverture vers la lumière, vers l’homme des lumières.

 

(* Tombant des cieux l’ange rebelle Lucifer est allé se loger au centre de la planète, ouvrant ainsi l’entonnoir qui servira d’Enfer. La masse de terre déplacée par cette chute forme une montagne qui s’élève sur la mer de l’hémisphère sud inhabité, cette montagne qui est une île, est le Purgatoire. ( Jacqueline Risset introduction au Purgatoire de Dante)

 

Au sommet de cette île est le paradis terrestre.

Les hommes volontaires, prennent le chemin qui monte à la couronne qui surplombe la terre. Ils devront maîtriser leurs passions et pratiquer la vertu pour espérer atteindre la couronne du sommet, de ce monde intermédiaire entre terre et ciel. Les âmes courent le long du fil à plomb entre le centre du temple et la voûte céleste ou sur l’échelle mystérieuse.

 

Le Purgatoire de Dante est donc le monde des hommes, la terre des métamorphoses, le lieu de passage entre le mal et le bien, entre l’extérieur et l’intérieur, le lieu des alternances entre ombre et lumière. Le Purgatoire est aussi un chemin vers le sacré, la voie du passage de l’horizontale à la verticale, le chemin de son soi, le regard vers l’intérieur. Voyez et méditez !

 

C’est un chant qui monte, qui s’incarne, une création du beau, une tension vers la vérité. Que cherchez-vous ? La Lumière. Comment y parvenir en pratiquant les vertus et en fuyant les vices. L’homme aspire à se vêtir d’ailes pour s’élever dans l’azur. Il veut sortir du labyrinthe de la nuit, il cherche le fil d’Ariane, le plan de l’architecte, véritable Icare il rêve de percer les secrets voilés derrière les nuages.

 

Mais a-t-il définitivement vaincu son orgueil ? Son corps est-il assez léger ? Son âme assez pure et fine ?

 

Dante figure l’homme dans son ascension de la montagne sur la corniche des orgueilleux, il lui faudra trouver le chemin de l’humilité et de l’intelligence du cœur. L’homme devra passer plusieurs fois dans le feu régénérateur devenir un véritable phénix. Il atteindra le bonheur terrestre celui de l’amour en montant sur les ailes du pélican.

Pour Dante le bonheur complet est l’alliance du bonheur terrestre et du bonheur céleste.

Au moment où nous allons retrouver la joie de nous asseoir sur la plage au petit matin pour voir le soleil se lever, rouge du feu purificateur, au moment où la terre se fait paradis pour les hommes.

 

« Douce couleur de saphir Oriental qui accueillait dans le serein aspect de l’air pur jusqu’au premier tour, recommença avec délice à mes regards dès que je sortis de l’air mort qui m’avait assombri le visage et le cœur.

La belle planète qui invite à aimer faisait sourire tout l’Orient en voilant les Poissons qui l’escortaient.

Je me tournai à main droite, attentif à l’autre pôle, et je vis quatre étoiles jamais vues, sinon par les premiers regards.

Le ciel semblait se réjouir de leurs flammes. »

 

(* Extrait des notes de Jacqueline Risset traductrice. En voilant les Poissons Vénus couvre de sa lumière la constellation des Poissons deux heures avant le lever du soleil.)

 

C’est le passage des ténèbres à la lumière, les yeux sont désilés, le bandeau tombe, l’on peut voir l’Orient.

 

 (*Les premiers regards figurent les 4 vertus cardinales (prudence, justice, force, tempérance) les premiers regards sont aussi ceux d’Adam et Êve)

 

Avec le lever de la lumière, le déchirement du voile des apparences, apparaît la nécessité de la pratique des vertus.

 

 

«  Je vis près de moi un vieillard solitaire digne de son air plein de révérence (…) Qui êtes-vous qui remontant le fleuve aveugle avez fui la prison éternelle ? »

 

(* le vieillard est ici Caton d’Utique grand défenseur de la république.)

 

L’on peut y voir le Vénérable Maître interrogeant le postulant à sa sortie des ténèbres  du cabinet de réflexion et désireux de recevoir la lumière.

 

 

«  Mon guide alors me prit aux épaules et par voix et par mains et par signes rendit humbles mon front et mes genoux. »

 

Le postulant aux mystères est accompagné par l’expert, les mots, les gestes lui sont révélés genoux à terre, il effectuera son premier travail.

 

« Comment je l’ai tiré serait long à te dire ; d’en haut descend une vertu qui m’aide à le conduire…. »

 

Cette vertu est-elle incarnée dans le principe du GADLU ?

 

 

« Qu’il te plaise d’approuver sa venue il cherche liberté qui est si chère… »

« Où tu laisseras l’habit… »

 

L’habit est ici le corps matière.

 

« Va donc, et entoure cet homme d’un jonc très lisse, et lave son visage, pour effacer toutes ses taches ; il ne conviendrait pas l’œil voilé par quelque brume d’aller devant le haut, qui est des gens de Paradis. »

 

L’homme qui vient des ténèbres et qui entreprend son chemin initiatique, il doit se purifier, se laver par l’eau de toutes ses taches. Sans cette préparation, cette purification, ce vide, il ne pourrait entreprendre cette montée vers le sacré, le céleste. Il se doit d’être humble, cette humilité est figurée par sa vêture, poitrine dénudée, un pied nu, yeux bandés, ni-nu, ni-vêtu. L’humilité est symbolisée ici par le jonc.

 

La canne des compagnons, était autrefois faite en jonc, en mémoire sans doute de Maître Jacques qui aurait trouvé refuge dans un marais. Le jonc peut être assimilé aussi au roseau qui plie mais ne rompt pas. À l’humble bâton du pèlerin de Saint-Jacques, au roseau qui fut remis à Judas comme un sceptre en signe de dérision. Ce jonc qui pousse dans les eaux primordiales est aussi symbole de purification.

 

« Cette petite île, tout autour, tout au bord, là-bas où les vagues frappent, porte des joncs sur sa vase molle ; nulle autre plante, portant feuillage ou tronc épais, ne peut y vivre, parce qu’elle ne sait y seconder les chocs. »

 

Ces vers renouvellent l’importance de l’humilité, qui fait pousser de magnifiques fleurs spirituelles à l’instar du lotus qui pour dans «  la vase molle » des eaux fétides et pourtant orne la partie la plus haute des colonnes du temple leurs chapiteaux.

L’homme en chemin…

 

« Quand nous fûmes là où la rosée lutte avec le soleil… (…) Là selon le vouloir d’un autre il me ceignit oh merveille ! Telle il avait choisi l’humble plante, et telle elle renaquit, là où il l’avait cueillie aussitôt. »

 

Ainsi se termine le chant I du Purgatoire de Dante qui en comporte trente trois, véritable conte initiatique, alchimique, propice à mettre en œuvre la métamorphose de l’être intérieur.

 

Notre monde n’est donc pas l’Enfer, ni le Paradis au sens commun, mais de monde intermédiaire ce Purgatoire monde transitoire en évolution constante. Monde de l’espace temps de la vie humaine microscopique et infini grand par l’esprit, monde du perfectionnement de l’homme, qui peut par son travail, par une succession d’épreuves, de passages, de portes franchies, vers le bien atteindre ce qu’il croyait impossible la joie du cœur. Peut-être pas le bonheur, mais la vie saine purgée des scories encombrantes et inutiles à force de polir sa propre pierre. Atteindre ce lieu indescriptible ou l’âme vit en harmonie avec notre corps. Cette révélation est une apocalypse terrestre vécue ici maintenant, c’est pas l’Enfer, c’est pas le Paradis est-ce un Purgatoire ?

 

Jean-François Guerry.

 

Sources : ‘La Divine Comédie’ Le Purgatoire. De Dante.

Notes : avec les * sont de Jacqueline Risset la traductrice de la Divine Comédie.

  

CITATIONS CHOISIES

 

La divine Comédie, tome 2 : Le purgatoire de Dante Alighieri

D'où vient que ton orgueil lève si haut la crête,
oubliant que tu n'es qu'un avorton d'insecte,
un vers dont la nature a raté la façon?

 

La Divine Comédie de Dante Alighieri

Quand l'escalier, monté en courant, fut tout entier au-dessous de nous, et que nous nous trouvâmes à la dernière marche, Virgile arrêta ses regards sur moi
et me dit : "Tu as vu, mon fils, le feu qui n'a qu'un temps et le feu éternel, et tu es arrivé en un lieu où, par moi-même, je ne vois pas plus avant.
Je t'ai conduit jusqu'ici par ma science et mon art; prends désormais ton plaisir pour guide; tu es sorti des chemins ardus et étroits.
Vois là-bas le soleil qui luit sut ton front; vois l'herbe tendre, les fleurs et les arbustes qu'ici la terre produit d'elle-même.
Jusqu'à ce que viennent, pleins de joie, ces beaux yeux qui en pleurant m'ont fait venir à toi, tu peux t'asseoir, tu peux errer parmi ces plantes.
N'attends plus de moi ni paroles ni gestes : ton jugement est libre, droit et sain, et ce serait une faute de ne pas agir à son gré;
c'est pourquoi je te donne sur toi-même la couronne et la mitre."

 

La Divine Comédie de Dante Alighieri

J'ai vu déjà, au lever du jour, le ciel paraître à l'orient tout rose, et par ailleurs teinté d'un bel azur,
et la face du soleil alors naître voilée, de sorte que les yeux pouvaient supporter longtemps son éclat tempéré par les vapeurs;
de même, dans un nuage de fleurs, qui, des mains des anges, montait et retombait sur le char et tout autour, couronnée d'olivier sur un voile blanc, une dame m'apparut en manteau vert, vêtue d'une robe couleur de flamme ardente.

 

La divine Comédie, tome 1 : L'enfer de Dante Alighieri

Ô vous qui avez l'entendement sain,
voyez la doctrine qui se cache
sous le voile des vers étranges.

Chant IX, (61-63).

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Je me retrouvai par une forêt obscure

Je me retrouvai par une forêt obscure

C’EST MA VIE, C’EST LA VIE…

 

 

 

Ce n’est pas l’enfer, ce n’est pas le paradis, c’est ma vie. Ce n’est pas du volcan sicilien Salvatore Adamo que je vais vous parler. Mais d’un autre poète italien plus ancien Durante Degli Alighieri, dit Dante. Il est à l’Italie, ce que Cervantès est à l’Espagne, le père de la langue. Ce florentin s’est rendu célèbre grâce à son poème La Divine Comédie. Il fut aussi un homme politique, il a appartenu au courant des guelfes favorables au Pape en opposition aux gibelins favorables à l’empereur.

 

Dante fut un ésotériste, sa muse réelle ou imaginaire est connue sous le nom de Béatrice, il la rencontre alors qu’elle n’avait que neuf ans. L’on pense qu’elle fut l’inspiratrice de sa Divine Comédie. Un rapport a été fait entre ses neuf ans lors de leur rencontre, et les neuf cercles de l’enfer, et les neuf sphères de son Paradis, précédé par les sept gradins du purgatoire. Béatrice aurait été sa guide sur ce chemin initiatique.

Dante a enrichi son poème avec des images, des figures mythiques de l’antiquité ainsi que des personnalités de son temps.

 

Ce poème est un fil d’Ariane, dans un labyrinthe qui va des ténèbres de l’Enfer au monde intermédiaire du Purgatoire, jusqu’au monde céleste du Paradis. Des secrets voilés de la vie terrestre au sacré qui ouvre la porte de l’âme. C’est un parcours de vie qui mène à l’empyrée, là où règne le feu céleste, régénérateur, dans cette sphère cosmologique de l’antiquité grecque et chrétienne.

L'Enfer de Dante

Cette allégorie ne peut qu’ouvrir la porte de l’imaginaire du cherchant en quête de lumière. Le poème est un cantique en trois parties : Enfer, Purgatoire, Paradis. L’on peut oser un rapprochement avec le Cantique des Cantiques attribué au Roi Salomon, qui au premier degré apparaît comme une succession d’odes à l’amour sensuel, ou est-ce l’amour de l’âme de l’être intérieur. La comparaison peut-être faite aussi avec le Cantique des Oiseaux du poète et soufi persan Farid- al- Din Attar, poème de 4500 distiques, qui nous mène jusqu’à l’illumination en suivant la huppe oiseau symbolique du Roi Salomon.

 

Revenons à l’Enfer de Dante, il est composé de 34 chants, suivi par les 33 chants du Purgatoire et se termine par les 33 chants du Paradis. Formant un ensemble de 100 chants, nombre symbolique 1, de l’unité.

 

L’Enfer est représenté par un cône descendant composé de neuf cercles jusqu’au Cocyte le lac souterrain où se trouve Lucifer prince des ténèbres. Cette spirale descendante est une caverne souterraine, véritable cabinet noir, cabinet de réflexion, le voyage souterrain est un passage obligé pour pouvoir remonter vers la lumière par une spirale ascendante.

 

Ouvrons les yeux sur des extraits du chant I du poème de l’Enfer, cherchons les correspondances, avec le chemin initiatique. Début du chant :

 

         « Au milieu du chemin de notre vie.. »

 

 

(* notes de Jacqueline Risset traductrice du poème : Suivant Dante et Isaïe, notre vie humaine dessine un arc dont le centre le point culminant est l’âge de 35 ans, c’est à cet âge que Dante fit un voyage à Rome.)

 

Vu au travers du prisme maçonnique on peut y voir le midi de la vie, le moment favorable où l’on fait le point sur son passé, et où l’on envisage de donner un sens à sa vie. C’est le milieu de la vie humaine.

 

 

« Je me retrouvai par une forêt obscure car la voie droite était perdue.»

 

(* au sens allégorique les vices et l’erreur, période d’égarement moral et intellectuel.)

 

Je dirais la période de la vie ou la matière domine l’esprit. Où l’équ…est encore sur le comp..

 

La Divine Comédie

« Elle est si amère que mort l’est à peine plus ! (…) Je ne sais pas bien redire comment j’y entrai tant j’étais plein de sommeil en ce point où j’abandonnai la voie vraie. »

 

Le poète est là dans un état d’errance, de sommeil spirituel, ses yeux sont voilés, son esprit plongé les profondeurs des ténèbres. Il a abandonné la voie vraie. Cela me rappelle le psaume 137 qui évoque l’exil à Babylone, écrit sur le rideau qui dissimule l’arche :

« Si je t’oubli Jérusalem, que ma main droite se dessèche. » La droite sera jetée par-dessus l’épaule, ce psaume est repris dans certaines cérémonies maçonniques. Dans la main droite l’on peut voir la voie vraie et juste, la voie spirituelle.

 

 

« Je regardai en haut et je vis ses épaules vêtues déjà par les rayons de la planète qui mène chacun droit par tous ses sentiers. »

 

La planète est ici le soleil, les rayons sont des rayons de lumière et feu, ils indiquent le chemin de la lumière.

 

 

« Je repris mon chemin sur la plage déserte, et le pied ferme était toujours plus bas que l’autre. »

 

(* le pied ferme est le pied gauche, alourdi et empêché par les passions humaines. Au Purgatoire, la marche sera de plus en plus légère et rapide. Au Paradis Dante volera.)

Charron sur le Styx

Un parallèle peut être fait avec la marche gauche, malhabile, trainante de l’apprenti maçon, il est demi vêtu par la lumière encore pâle, il est normal que son pas soit lourd, il vient à peine de sortir des ténèbres. Puis viens la marche du compagnon il a vu la lumière de l’étoile, il est capable de faire des pas de côté, de voyager sur toute la surface de la terre. Enfin celle du maître qui s’élève au-dessus du cadavre et se dirige vers le centre après avoir dominé ses passions, il est capable de se situer entre la matière et l’esprit.

 

 

« C’était le temps où le matin commence, et le soleil montait avec toutes étoiles (…) »

 

 

(*on pensait au Moyen Âge que le monde avait été crée et le ciel mis en mouvement au début du printemps. En 1300 l’équinoxe de printemps tombait le 12 mars. Toutes ces étoiles sont celles de la constellation du Bélier.)

 

Quand le soleil monte, c’est le point du jour, et la grande lumière commence à paraître. Le printemps annonce le renouveau. Le Bélier porteur du feu solaire est la force régénératrice, force de la vitalité du printemps.

Puis, viens dans le poème, le Lion de l’orgueil (45), et la Louve amaigrie de l’avarice (48).

 

« Tandis que je glissais vers le bas lieu, une figure s’offrit à mes regards, qu’un long silence affaiblie. Quand je la vis dans le grand désert, ‘Miserere de moi’. »

 

(* (…) la raison lorsqu’elle s’est tue pendant longtemps, a du mal à se faire entendre. Celui qui à cause du long silence du soleil, c’est-à-dire pour l’obscurité du lieu, apparaît indistinct à la vue.)

Un chemin long

On ne sort pas aussi facilement des ténèbres, cela demande un long travail de préparation pour être en capacité d’affronter la lumière, il convient d’être prudent de se protéger le visage avec la main droite, glaive en main gauche ou en montant sur la montagne au stade ultime  du perfectionnement une main doit encore nous protéger de la lumière ardente du buisson. Ou les mains levées vers le ciel, vers la voûte e sacrée. Il faut connaître les gestes et les paroles, et rester humble devant la lumière. Les chrétiens l’expriment ainsi, je ne suis pas digne de vous, mais dites seulement une parole et je serais guéri, car ils ont la foi et la volonté du bien.

 

 

« (en parlant de la bête) et quand elle est repue elle a plus faim qu’avant. (…) jusqu’au jour où viendra le lévrier, qu’il la fera mourir dans la douleur.

Lui ni terre ni métal ne le nourrira, mais sagesse, amour et vertu, et sa nation sera entre feltre et feltre. »

 

L’on imagine ici la bête comme la barbarie toujours assoiffée du sang de la vengeance. Puis vient le chien-guide de celui qui ne voit pas, le chien le conduit à la caverne, vers l’épreuve là où il y a une source, ce chien n’est pas fait des vils métaux, il apporte les vertus de la justice, de la sagesse, de l’amour. Cela rappelle certains degrés de l’initiation maçonnique dits de vengeance ou mieux d’élection, mettant en scène un chien, une source et une caverne. La conclusion la nation entre feltre et feltre, ce feltre est un humble tissu de feutre, la lumière est dissimulée sous un modeste voile, que l’on ne peut lever qu’avec une sincère humilité.

 

Voilà quelques réflexions sur le chant I de l’Enfer de Dante qui en comporte 34, c’est dire la puissance révélatrice de ce poème qui est venu habiter depuis 1300 l’imagination de nombreux artistes poètes, écrivains comme Honoré de Balzac avec sa Comédie Humaine, Lautréamont et ses Chants de Maldoror, musiciens comme Rossini et Liszt, peintres comme Botticelli ou Domenico di Michelino, metteurs en scène de théâtre, de cinéma et même de jeux vidéos.

 

Espérant que ces quelques lignes vous incite à plonger dans l’Enfer, puis le Purgatoire et enfin le Paradis, cette trinité est un peu l’histoire de notre vie. C’est ma vie…chante Salvatore.

 

Jean-François Guerry.

 

 

Sources : Dante « La Divine Comédie  L’Enfer. » Traduction de Jacqueline Risset.

 

Notes : le notes avec * sont de Jacqueline Risset.

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LA MARCHE

LA MARCHE..

 

 

La première question est qu’est-ce que c’est ? La deuxième question est comment ça marche ? La troisième question est pourquoi ?

 

L’initiation maçonnique n’échappe pas à ces trois questions, la réponse aux trois questions est contenue dans la deuxième, c’est une marche. Les marcheurs sont des demandeurs, des chercheurs, au début leur longue marche, ils ne savent pas pourquoi, ils marchent, mais ils ont l’intuition qu’ils vont le découvrir en marchant.

 

La marche maçonnique, porte le nom d’initiation, cette marche est à la fois horizontale et verticale, c’est une marche sur la terre, c’est aussi une marche sur les barreaux de l’échelle, c’est une marche descendante, horizontale et ascendante. Une succession de pas ordonnés, de la naissance de la lumière à son déclin, du zénith au nadir.

 

Comme toute marche il faut une préparation, il faut être capable de faire cette marche, être dans un état de désir, mais aussi de réceptivité pour connaître les pas, cela va bien au-delà d’une simple curiosité, la marche maçonnique n’est pas anodine elle aura des conséquences sur toute notre vie. Le plus souvent il est nécessaire d’avoir un bâton de pèlerin pour accomplir cette marche, ce premier bâton est notre parrain. C’est celui qui nous a vu le premier à la recherche d’un chemin, il nous a proposé une direction, quand il a jugé le moment opportun. Ce moment arrive souvent quand l’horloge de la vie sonne les douze coups de midi, quand il est midi plein, il est temps de commencer la marche. L’on sent les douze coups résonner dans notre horloge interne, l’œil du cœur s’ouvre.

 

 

Alors l’on fait les premiers pas, comme l’enfant qui marchait avec ses quatre membres, l’on se redresse et l’on avance en titubant, le sourire aux lèvres, puis dans un éclat de joie, on se dirige vers sa mère, sa loge mère. On est comme l’amoureux plein de désir, qui marche vers sa bien-aimée pour faire sa demande en tremblant. L’on sait que le voyage sera long, qu’un seul pas, ne suffira pas. Mais, nous avons bien réussi, à sortir du cabinet noir des ténèbres, alors tous les espoirs sont permis.

En confiance nous suivons un frère plus expert, les yeux voilés, nos pas sont imprécis, mais qui peut prétendre marcher sans voir, même les aveugles ont besoin d’une cane, malgré le développement de leurs sens.

Après le tumulte des premiers voyages, l’on apprend la marche, non sans avoir auparavant mis de l’ordre en soi et être capable de garder cet ordre dans son cœur. Les pas de trois sont hésitants, les pieds trainent, faire trois pas à la suite en avant est presque un exploit, au regard de ceux qui font constamment un pas en avant et un pas en arrière. Surtout lorsque nous n’avons reçu qu’une faible lumière, que nous sommes sous la pâleur de la lune, dans le froid du nord. Mais nous ne sommes plus dans les ténèbres puisque nous avons reçu la lumière.

 

La longue marche se poursuit vers le midi, vers le zénith, vers la lumière qui éclaire toute la surface de la terre, guidé par l’étoile qui flamboie dans la voûte. Rassurés nous pouvons faire des pas de côté, comme l’adolescent  qui apprend à se connaître, et veut découvrir le monde, il part avec son bissac rempli de ses rêves, il part pour les terres inconnues, infinies. En force il est entré dans la vie, il veut construire son plus beau chef-d’œuvre, sa vie. Il marche sa main droite sur le cœur, et la gauche vers la lumière ; il passe entre les colonnes et entre dans le temple sacré de la vie. Il voit plus loin, plus haut, il entend résonner les battements de son cœur, il sent les parfums odorants qui montent, il goute le nectar, la boisson des dieux, sa main touche la pierre qu’il va polir, sculpter puis déposer à sa juste place. Il est au midi.

Compagnon il partage le pain avec ses frères de tous les orients, s’enrichit de leurs différences et reviens chez lui les yeux remplis des merveilles de la nature, après une longue marche vers l’étoile.

Instruit dans tous les arts, il répète les premiers pas la gorge serrée, puis la main sur le cœur il enjambe le cadavre de ses certitudes passées, déjà il s’était levé, il se relève encore pour un départ plus radieux que jamais, ses pas forment un arc dans le ciel, il a fait alliance avec ses sœurs, ses frères, avec le beau, le bien, l’unique. La lumière l’illumine maintenant il est parvenu au centre de lui-même. Il fait silence, il écoute le langage des oiseaux dans les vallées, il suit la huppe de Salomon, il a choisi son camp celui des hommes justes et bons, il monte jusqu’au sommet de l’échelle mystérieuse, puis redescend vers sa planète bleue, pour refaire avec ses sœurs et ses frères, les premiers pas humblement.

 

Jean-François Guerry.

LA MARCHE

Moi mes souliers.

 

Moi, mes souliers ont beaucoup voyagé,
Ils m’ont porté de l’école à la guerre
J’ai traversé sur mes souliers ferrés,
Le monde et sa misère.close

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Moi, mes souliers ont passé dans les prés,
Moi, mes souliers ont piétiné la lune,
Puis mes souliers ont couché chez les fées
Et fait danser plus d’une.


Sur mes souliers y a de l’eau des rochers,
D’la boue des champs et des pleurs de femmes,
J’peux dire qu’ils ont respecté le curé,
L’pays, l’bon Dieu et l’âme.


S’ils ont marché pour trouver l’débouché,
S’ils ont traîné de village en village,
Suis pas rendu plus loin qu’à mon lever,
Mais devenu plus sage.


Tous les souliers qui bougent dans les cités
Souliers de gueux et souliers de reine,
Un jour cesseront d’user les planchers,
Peut-être cette semaine.


Moi, mes souliers n’ont pas foulé Athènes,
Moi, mes souliers ont préféré les plaines;
Quand mes souliers iront dans les musées,
Ce s’ra pour s’y, s’y accrocher.


Au paradis, paraît-il, mes amis,
C’est pas la place pour les souliers vernis,
Dépêchez-vous de salir vos souliers
Si vous voulez être pardonnés...(Bis)

 

Paroles et Musique de Félix Leclerc.

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LA SOLIDARITÉ À L'ÉPREUVE

LA SOLIDARITÉ À L’ÉPREUVE

 

 

Puisqu’il faut souscrire à la tendance, surfer sur la vague, qui veut séparer le monde d’avant du monde d’après, l’ancien monde du nouveau monde, en tant que baby boomer je dis ok chiche !

 

Les francs-maçons dès leur initiation sont invités à tuer le vieil homme, pour devenir un homme tout beau, tout neuf, plus fraternel, plus solidaire. Sont-ils dès lors différents, pas si sûr car le chemin est long de la métamorphose de l’être, de la conversion du regard, sur nous-mêmes, les autres et toutes les choses de la vie.

 

On parle beaucoup dans les loges et en dehors de la fraternité indispensable à la survie de l’espèce humaine, la fraternité se cultive c’est une belle plante, mais elle exige des soins attentifs et quotidiens, pour espérer la voir fleurir et plus encore donner des fruits, ces fruits sont la solidarité, ils sont l’aboutissement concret de la fraternité.

J’ai en mémoire un épisode de ma vie maçonnique où j’ai participé avec mes frères à la construction d’un temple matériel. À cette occasion j’ai pu mesurer avec la règle la solidarité à l’œuvre, et aussi l’ouverture du compas du cœur. J’ai vu Loïc l’architecte, Pierre le maître d’œuvre, les artistes décorateurs Claude et Firmin, les généreux donateurs comme Yves, sans oublier tous ceux qui venaient pendant leurs week-ends des orients les plus éloignés pour prêter main-forte, j’ai vu des chefs d’entreprise surbookés revêtir la tenue de leurs ouvriers comme Christian. J’ai vu aussi la patience des épouses sacrifier les week-ends en famille. J’ai vu les plus anciens, parfois les plus actifs sur le chantier comme Raymond. Tous mettaient du cœur à l’ouvrage, tous étaient solidaires.

 

Et puis il y avait les autres, les éternels excusés, ces frères que nous avons du mal à reconnaître comme tels. Ils ne ménageaient, pas leurs remarques, leurs critiques, leurs conseils avisés, leurs prétextes pour se soustraire à leur devoir de fraternité et de solidarité. Les réflexions allaient bon train, la meilleure d’entre elles, qui me reste en mémoire est celle d’un groupe de frères enjambant les matériaux du chantier pour se rendre à une réunion dans un bureau que nous leur avions aménagé. Ces frères s’interrogeaient sur l’identité des ouvriers capables de travailler pendant le week-end. J’étais alors avec mon Grand Maître Provincial les genoux à terre en train d’effectuer la pose du carrelage dans la salle des agapes ! Ils ne nous avaient pas reconnus comme tels, cela nous as bien fait rire. Nous étions redevenus des maçons opératifs, nous étions heureux.

 

Je formule le souhait que dans le monde d’après, il y ait plus d’ouvriers que de cadres. Un de mes frères Yannick passé à l’orient éternel, avait développé la charcuterie familiale jusqu’à en faire une grande entreprise de salaison. Il m’expliquait un jour à son grand regret que dans son entreprise il y aurait bientôt trois cadres pour surveiller et organiser le travail d’un ouvrier sur la tête duquel repose la production, il ne forçait pas le trait. Il me disait encore que le pire était que tous ces cadres étaient solidaires pour faire que le travail de leur ouvrier soi de plus en plus performant et rentable.

Yannick avait aussi des rapports tendus et déséquilibrés avec les centrales d’achat de la grande distribution, qui attendaient la parution des bilans annuels de son entreprise, pour voir si son bénéfice avait augmenté, pour faire pression sur lui, afin d’acheter moins cher ses produits. Déclenchant ainsi indirectement une pression sur ses ouvriers et sur les éleveurs, belle chaine de solidarité !

 

Le monde d’après a donc beaucoup à faire en matière de solidarité, pour ne pas s’arrêter simplement à des discours pavés de bonnes intentions, des formules creuses, vident de sens et d’actes concrets.

 

Nous sommes collectivement concernés par cette épreuve de solidarité.

 

Jean-François Guerry.

LA SOLIDARITÉ À L'ÉPREUVE

Sélection de Citations :

 

Tout groupe humain prend sa richesse dans la communication, l'entraide et la solidarité visant à un but commun : l'épanouissement de chacun dans le respect des différences.

 

Françoise Dolto.

 

Les maux économiques et sociaux dont notre monde est affligé ne sont que trop réels - tout comme la nécessité de faire en sorte que la mondialisation profite à tous les peuples, en ancrant la nouvelle économie mondiale dans une société mondiale qui repose sur des valeurs globales communes de solidarité, de justice sociale et de respect des droits de l'homme.

 

Kofi Annan ,Discours à l'Assemblée générale de l'ONU, 24 septembre 2001

 

 

Tant que la politique continuera de sous-estimer l'importance historiale de la naissance de l'amour moderne, tant qu'elle ne comprendra pas le potentiel extraordinaire de solidarité, de sympathie qui réside dans la sphère privée, tant qu'elle ne fera pas fond sur lui, rien, en elle, ne suscitera l'enthousiasme.

 

Luc Ferry 

 

La fraternité n’est qu’une idée humaine, la solidarité est une idée universelle.

 

Victor Hugo.

 

Ce qu'on peut critiquer, c'est cette prééminence exclusive donnée à l'homme, car cela implique tout le reste. Si l'homme se montrait plus modeste et davantage convaincu de l'unité des choses et des êtres, de sa responsabilité et de sa solidarité avec les autres êtres vivants, les choses seraient bien différentes. Ce n'est peut-être qu'un espoir.

 

Théodore Monod

 

Pourquoi nous haïr ? Nous sommes solidaires, emportés sur la même planète, équipage d'un même navire. Et s'il est bon que des civilisations s'opposent pour favoriser des synthèses nouvelles, il est monstrueux qu'elles se dévorent.

 

Antoine de Saint-Exupéry.

 

 

Le principe de l'utopie : Le beau, le bon, le juste, l'amitié, l'amour, la paix, la solidarité, la joie, la fête... sont des valeurs politiques, sociales et fondamentales. Chaque société doit maintenir une grande capacité d'utopie, de prophétie, surtout dans le sens de eu-topo, un bon lieu. Le pragmatisme, le cynisme, n'ont jamais contribué à faire avancer la beauté, la justice, l'amour, la solidarité, la fête... Il est nécessaire d'avoir l'envie de rêver.

 

Riccardo Petrella

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