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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le
Il est des moments propices à la réflexion, au surgissement de la mémoire, dans cette rubrique quelques textes, qui font traces dans la vie d'un frère. Le confinement qui restreint la liberté physique, n'empêche pas les voyages de l'esprit, dont la frontière est l'infini des émotions.
Jean-François Guerry.

Avec l'aimable autorisation de l'auteur.

MÉMOIRES DE CONFINEMENT
TRENTE ANS DÉJÀ...

Jour J ! la pluie, la rue sombre, passage des arcades,

Dix-neuf heures quarante, bruine, pas de place, chamade.

Cent cinquante mètres à pieds, ne pas perdre le souffle.

C'est le bon numéro, sonnette sans écho.

Un passant approche, essoufflé sur son vélo,

Mince ! un ami qui habite l'impasse voisine,

Tourner la tête, attente, pas vu pas pris, bruine.

Une porte s'ouvre, des pas dans l'escalier, c'est pour moi.

Bonsoir ! prenez place ! Patience. Au-dessus, des voix.

Patience, attente, bruits sourds, pas lents. Ultime question !

Confirmation demande ? possible rétractation.

Aveugle montée, marche haute, marche basse, colimaçon,

Faible vision, isoloir noir, méditation.

Virage, coin plat, mur froid, soupente du toit, doute !

Gouttière au travail, la pluie, l'eau goutte à goutte.

Vacuité sur un tabouret inconfortable.

Mort, soufre, mercure, temps qui s’écoule imperturbable.

Vie, eau, pain, sel, flamme vacillante, coule le sable !

La vie, la mort. Humilité ? Dépouillement ?

Faux prête à couper, orbites vides, recueillement.

Espoir, entraide, retour sur soi, réflexion.

Apport aux autres ? devoirs et obligations ?

Mon testament philosophique ! quelle belle question !

Seul dans l'isoloir, définition de l'espoir.

Que suis-je ? Que puis-je ? Quel message pour eux ? Voire !

Analyse de soi, vision de l’humanité.

"Vivons heureux en attendant la mort" non, trop limité.

La vie se construit pas à pas est mon premier,

Rien n'est jamais acquis ou définitif mon second,

Mon troisième dit que l'on peut toujours remonter la pente,

Mon tout sait que le désespoir est l'oubli des trois premiers.

 

Une porte, des pas, de la demande confirmation ?

La flamme éteinte, couloir, mise en condition.

Aveugle, démarche faussée, un bourgeois de Calais.

Livré, soumis aux ordres, froid, surprise, sursaut, paix.

Des voix, du bruit, la porte qui s'ouvre, prosternation.

Interrogations, réponses bouche sèche, émotion.

Imagination, Des mots, des codes, des clés, des gants ?

Jambes qui ne cessent de trembler, émoi grandissant.

Froid de l'acier, défense du clan, profanation ?

La marche en avant, le temps modulé, le métronome ponctué.

L'amertume d'un breuvage, saveur, étonnement ?

Passage du gué, difficultés de la rivière,

La marche en avant, le temps modulé, le métronome ponctué.

La guerre du feu, peur de la flamme, odeur de soufre.

Plus d'obstacle, relativité du bon parcours !

La marche en avant, le temps modulé, le métronome ponctué.

Émotion envahissante. Mon parrain se trompe.

Arrêt sur image, crime et châtiment, serment.

La marche en avant, le temps modulé, le métronome ponctué.

Médiocrité du parjure, ténèbres, opprobre.

Tourbillon. Vide. Émotion.

La marche en avant, le temps modulé, le métronome ponctué

Sortie après vision.

Les hautes murailles de Jéricho ont tenu,

Las ! le pont levis sur les douves reste levé !

En sortant du cénacle la vision recouvrée,

Quelle matérialité vaine que la lumière crue !

Le moment approche, le souffle n'est pas retrouvé.

Je n'ai vu que peu de choses, je suis homme secoué.

Les deux autres triplés sont émus je le sens bien,

Quelle aventure inracontable, voile, nuage, rien.

Je pense au sublime de l’émotion partagée

 

Jean-Pierre Rousseau Gawr'né

 

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Publié le par Jean-François Guerry
LES LARMES DES CÈDRES...

LES LARMES DES CÈDRES

 

 

« J’ai vu que l’homme savait qu’il était la pierre d’angle de la création, et qu’il devait s’élever au-dessus de la petitesse et de la médiocrité….

Khalil Gibran poète, artiste Libanais.

 

 

J’ai vu les flammes du feu destructeur sur le port Beyrouth, les flammes de la folie des hommes, ont rougis de sang les vagues et le sable.

 

J’ai vu les larmes couler sur les joues des enfants, j’ai entendu les pleurs des femmes, la colère des hommes.

 

J’ai vu les cèdres sacrés, pyramides plantées par l’architecte du monde, dans les neiges éternelles ; recouvrir d’ombre le pays Nephtali.

 

J’ai entendu la voix de l’éternel qui seule peut briser les cèdres (1)

 

 

J’ai pleuré avec mes frères, les enfants de la veuve, j’ai pleuré Hiram, l’architecte.

 

J’ai obtenu la liberté de passer, pour reconstruire le temple avec l’épée et la truelle.

 

J’ai chanté la liberté, sur les rives de tous les fleuves, de toutes les mers, jamais je ne t’oublierais Jérusalem, Auschwitz, Sarajevo….Beyrouth

 

J’ai vu la foi, l’espérance, la charité de l’homme.

 

Jean-François Guerry.

 

  1. Référence au psaume 29 … 4 La voix de l’Eternel est puissante, la voix de l’Eternel est majestueuse. 5 La voix de l’Eternel brise les cèdres du Liban, 6 Il les fait bondir comme des veaux. Et le Liban et le Sirion comme de jeunes buffles…

 

Ruines de Baalbek Liban

 

 

AU MILIEU DES RUINES

 

La lune laissa tomber son voile de gaze sur les jardins de la ville du Soleil (1), et le silence enveloppa tous les êtres. Les palais écroulés semblaient menaçants, comme des monstres sarcastiques.

 

À cette heure, deux fantômes, comme, une vapeur montant des eaux bleues d’un lac, étaient assis sur une colonne de marbre en pensant à la scène qui était comme un royaume magique. L’un d’eux leva la tête, et d’une voix qui se réverbérait à tous les échos, dit :

 

« Voici les restes des temples que j’ai bâtis pour toi, ma bien-aimée, et voici les ruines d’un palais que j’avais élevé pour ton plaisir. Rien d’autre ne demeure pour raconter aux nations la gloire à laquelle j’avais voué ma vie et la pompe pour laquelle j’ai exploité les faibles.

 

 

« Songe et réfléchis, ma bien-aimée, aux éléments qui ont triomphé de ma cité, et au Temps qui a pareillement anéanti mes efforts.

 

 

« L’oubli a submergé l’empire que j’avais établi, et rien n’en demeure que les atomes d’amour créés par ta beauté, et les effets que la beauté de ton amour a exaltée. »

 

 

« J’ai élevé un temple à Jérusalem et les prêtres l’ont sanctifié, mais le temps l’a détruit. Mais au fond de mon cœur, l’autel que j’ai construit pour l’amour a été consacré à Dieu et protégé contre les forces de destruction. »

 

 

« Les hommes ont dit de moi : « Quel Roi sage c’était ! » Et les anges ont dit : « Que sa sagesse est insignifiante ! » Mais les anges se sont réjouis quand je l’ai trouvée, mon aimée, et ils ont chanté pour toi l’hymne de l’Amour et du Désir. Mais les hommes n’en n’ont pas entendu une note… 

 

 

« Les jours de mon règne furent des barrières pour ma compréhension de l’Amour et de la beauté de la vie, mais lorsque je t’ai vue, l’Amour s’est éveillé, et il a détruit ces barrières, et j’ai regretté la vie que j’avais passée à considérer que tout, sous le soleil, n’est que vanité. »

 

 

« Lorsque l’Amour m’a éclairé, je suis devenu humble, tant devant les tribus qui avaient craint ma puissance militaire que devant mon propre peuple.

Mais lorsque la Mort est venue, elle a enterré mes armes mortelles et elle a emporté mon amour vers Dieu. »

 

 

Et l’autre fantôme dit : « Comme la fleur reçoit de la terre la vie est ses parfums aromatiques, ainsi l’âme extrait de la faiblesse et des erreurs de la matière sa sagesse et sa force. »

 

 

Alors, les deux se fondirent en un seul et ils s’éloignèrent en disant :

 

« L’Éternité ne conserve que l’Amour. Car l’Amour est comme l’Éternité. »

 

                                                     Khalil Gibran.

  1. la ville en ruines de Baalbek.

Extrait de Pensées et Méditations par Khalil Gibran Éditions Select Montréal Québec.

Ruines de Jérusalem

Ruines de Jérusalem

 

La destruction du Temple

 

Quand l’élu fut déchu, ils se virent orphelins

Privés d’une lumière délicieuse et pure

Et des larmes amères coulèrent sur leurs figures

Tandis que dans le ciel s’immisçait le déclin.

 

Les grands élus doutaient et la Voûte sacrée

Qu’ensemble ils atteignirent avait un goût de sang ;

Ils contemplaient les ruines de leurs temples absents

Où Galaad périt par l’amour consacré.

 

Ils tendirent leurs bras vers l’azur infini

En clamant leur amour en une litanie

Adressée au très-haut quémandant des réponses.

 

Le ciel restait muet quand ils quittèrent Juda.

Guibulum chevauchait au milieu des ronces

Quand il vit se lever l’invincible armada…

 

Philippe Jouvert.

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Publié le par Jean-François Guerry
LA LIBERTÉ EN PANNE

LA LIBERTÉ EN PANNE

 

 

La devise républicaine liberté, égalité, fraternité est aussi la devise maçonnique. Les free-masons, les maçons libres pouvaient bien avant les autres jouir de leur liberté, ils avaient des droits bien supérieurs aux autres ouvriers, mais ils avaient aussi des obligations de travail et des devoirs moraux envers leurs maîtres, leurs frères, les hommes en général. Ils ne pouvaient jouir de leurs droits que dans le respect de leurs devoirs.

 

Les droits de l’homme au siècle des lumières, ont libérés toutes les femmes et les hommes du moins en théorie. L’événement remarquable a été tracé, buriné dans le marbre, la devise républicaine nous le rappelle en couronnant les frontons de nos monuments publics.

 

Les francs-maçons hommes et femmes de devoir placent dans leur rituels, le devoir en haute estime, leurs serments les obligent, envers leurs frères, les hommes en général et surtout eux-mêmes c’est leur dignité, leur sens de l’honneur.

 

La liberté des lumières est inachevée, en panne. Dans une société d’abondance : « le donnant donnant », les échanges sociaux de bons procédés, assurent la sécurité et la liberté. Mais quand la société de l’abondance disparaît, quand les riches maigrissent, les pauvres sont déjà morts. Les inégalités augmentent, la société se divise, se fragmente, se clive. Le projet politique se dégrade et est insuffisant quand la planète vient à manquer, d’eau, d’air, quand la terre devient stérile.

 

Corine Pelluchon Philosophe écrit : 

 

« Dans les théories politiques qui font reposer l’association civile et le contrat social sur le sujet conçu comme un agent moral défini par la liberté et le bien-être, la finalité politique est la conciliation des libertés et des intérêts individuels. »

 

C’est sans conteste un progrès est-il suffisant, n’est-il pas en panne ? Après les pères fondateurs des droits de l’homme, n’est-il pas nécessaire de revoir notre logiciel, qui semble devenu obsolète au regard de l’écart des inégalités qui s’amplifie.

Nous avons tendance à considérer ce progrès des droits de l’homme comme un acquis irréversible, et donc à oublier les devoirs qui lui sont liés.

 

On oublie également qu’il n’y a pas de démocratie sans liberté certes, mais aussi sans égalité. À force de jouir de tous nos droits on ne voit plus les droits de l’autre et aussi ce que nous demande la société. On est constamment dans le Je au détriment du nous qui fait reliance. Nous répétons à l’envie comme pour exorciser nos devoirs, je sais, je sais, mais j’ai le droit, c’est mon droit.

 

On ignore la solidarité, selon Emmanuel Levinas :

« Fonder l’état sur la liberté, et non le visage garantit au mieux la liberté et l’égalité, mais pas la fraternité. » (Explication du terme visage chez Levinas : Le visage est l’expressif d’autrui qui me renvoie à ma responsabilité totale. Levinas incarne la loi morale dans la figure d’autrui. Il renverse ainsi la morale de l’autonomie de Kant.

« Le visage s’impose à moi sans que je puisse cesser d’être responsable de sa misère. La conscience perd sa première place. »)

 

Il nous faut être responsable pas seulement de nous-mêmes, mais aussi d’autrui, des autres. Nous sommes les gardiens de nos frères n’en déplaise à Caïn. Notre facile bonne conscience n’exclue pas notre action, j’ai promis d’aider mes frères.

 

Pour que l’état fonctionne il faut que nous soyons tous concernés par autrui et les autres en général. Il est facile d’être en symétrie avec ceux de sa classe sociale, c’est une mondanité. L’asymétrie seule est la condition de l’éthique et donc de la liberté vraie pour tous. Pas de vraie liberté sans fraternité et sans amour, le combat pour la justice est inséparable de l’amour pour autrui.

 

Jean-François Guerry.  

  

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Publié le par Jean-François Guerry
UN MAUVAIS WESTERN

UN MAUVAIS WESTERN

 

 

 

La lumière ne vient pas de l’ouest. Injonction : « Ce que te demande la franc-maçonnerie, c’est de défendre partout la justice. » Le franc-maçon a l’amour de la justice, il doit se faire son opinion par lui-même. Il ne suit pas toujours la même route que les autres, mais il s’engage dans l’honneur à défendre ses frères. Il se méfie des idoles humaines, il aime le peuple mais ne suit pas la foule. Amoureux de la nature il ne chasse pas en meute l’animal blessé.

 

Un mouvement né dans la nouveau monde « le Call Out » a donné lui-même naissance à « la Cancel Culture ».

Le Call Out la dénonciation publique est née aux Etats-Unis, elle est l’expression d’un sentiment d’injustice ou de manque de justice.

 

Le mouvement amplifié autrefois par la rumeur, transmise par la foule, l’est aujourd’hui par les réseaux sociaux. On est passé de l’image placardée à la sortie du Saloon au net.

 

Le Call Out, a donc accouché de la Cancel Culture qui peut être traduit par : une culture du boycott, une culture de l’annulation, une culture de l’humiliation publique, une culture de l’interpellation, une culture de la dénonciation, de la délation. Au mieux une auto-culture du rééquilibrage, par des auto-justiciers (Source Wikipédia)

Un mauvais Western décliné en série, un feuilleton médiatique, une multitude de petits Zorro occupent l’espace.

 

« La cancel culture qui nous vient des campus nord- américains et des réseaux sociaux, normalise les tentatives pour faire littéralement annuler les opinions considérées comme illégitimes. On la voit aujourd’hui défendue non seulement outre atlantique par des militants radicaux, qu’ils soient féministes, anti-homophobes, anticolonialistes, antiracistes, ou antiappropriationnistes, mais aussi des sympathisants français. » (Vu dans le journal le Monde de Nathalie Heinich sociologue, chercheuse au CNRS)

 

On assiste à un affrontement stérile entre ces censeurs de gauche et les anti-censeurs de droite.

 

Nathalie Heinich met à ce propos en lumière les différences entre la société nord-américaine et la nôtre :

 

« Le premier amendement de la constitution américaine, tout comme le premier article de la chartre canadienne des droits et liberté, fait de la liberté d’expression ‘un droit fondamental positif’ rendant à priori anticonstitutionnelle toute entrave à ce droit ».

 

Nous ne sommes pas en France dans ce système juridique.

 

« Notre liberté d’expression est d’emblée contenue dans des lois qui la restreignent, en interdisant, par exemple l’incitation à la haine raciale, l’appel au meurtre, l’encouragement à toutes les discriminations…. »

 

Cela doit nous éviter toute guerre civile larvée, manifestations violentes. Tout lynchage médiatique devrait être proscrit. En clair il y a des lois, et les citoyens individuellement ou en groupe ne peuvent se substituer aux juges, aux avocats, à la justice dans son ensemble. Nos institutions sont démocratiques, chez nous pas shérifs ni de coroners.

 

Les censeurs et les anti-censeurs s’auto autorisent eux-mêmes par leurs jugements médiatisés. Ils instituent une culture de la censure et de l’autocensure, par les ragots, les ont dits, les rumeurs.

 

La cancel culture balaye d’un même mouvement les juges, les avocats, toute la justice, elle prépare le retour de la barbarie et de l’arbitraire. C’est la justice médiatique des réseaux sociaux, rapide expéditive.

 

Comment en est-on arrivé là ?

Laure Murat professeure, historienne l’explique par un défaut, un manque de justice, trop lente, sans assez de moyens. Mais la justice n’aura jamais la rapidité des réseaux sociaux et c’est tant mieux !

Laure Murat va donc jusqu’à justifier cette cancel culture, en dénonçant simplement les excès, elle estime :

 

« Que la stigmatisation à laquelle se livrent en ligne certains militants de gauche radicale peut certes être excessive, mais elle est l’expression de la colère d’une population marginalisée et sans autre voix qu’internet. »

 

Son propos d’apparence modéré à mon sens, risque de faire basculer les esprits les plus radicaux de la colère à la violence sans redonner à la justice sa place.

La cancel culture échappe à tout contrôle démocratique, une fois ses messages lancés sur les médias ou les réseaux sociaux, les incriminés sont déjà condamnés de fait, sans défense, sans appel.

 

S’il y a lieu sans ‘mais’ de faire respecter la liberté d’expression, qui est un des fondements des droits de l’homme et ce que la loi permet dans notre pays où il n’y a pas à ma connaissance de prisonniers politiques.

Il y a lieu aussi comme le propose la sociologue Nathalie Heinich de réfléchir à cette affirmation de Lacordaire :

 

« Entre le fort et le faible, c’est la liberté qui opprime et c’est la loi qui affranchit. »

 

La justice que la franc-maçonnerie nous demande de défendre, c’est bien le contraire de la barbarie, de la loi de la meute sauvage, de l’arbitraire, de la désignation des boucs émissaires, il nous faut combattre toutes les dictatures politiques, religieuses et aussi celles plus modernes des réseaux sociaux incontrôlés qui condamnent sans jugement.

Vous avez surement un avis à ce propos ?

 

Jean-François Guerry.

 

Sources : Articles du journal Le Monde.

UN MAUVAIS WESTERN

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Publié le par Jean-François Guerry
Rien que la lumière

Rien que la lumière

RIEN

 

 

Ce matin rien, rien que le bruit de la vague remplie du sel de la vie qui coule lentement sur le sable où brille les premiers éclats du soleil.

 

 

Rien que le vol d’une hirondelle de mer qui joue avec le vent.

 

 

Rien, que la dernière pirouette du martinet devant ma fenêtre avant le grand voyage, ventre à terre.

 

Rien que le message de la nature dans la bouteille de lait mousseux déposée à ma porte quand le soleil se lève. Dans le lait, il y a l’herbe verte avec les larmes de la rosée du ciel.

 

Ce matin ne rien dire, ne rien faire, être là immobile regarder la mer, regarder l’autre qui passe, s’arrête un instant. Ri pour rien à rien, à la vie, à moi peut-être.

 

Rien que l’empathie silencieuse. Rien mais toi, rien mais moi, ne rien offrir, ne rien prétendre, ne rien promettre, donner tout sans rien dire, pour la vie, être là c’est tout et ce n’est rien.

 

Il n’y a rien au bout du monde, rien derrière l’horizon, tout est là près de chez soi, juste derrière la porte, chez soi en soi.

 

Jean-François Guerry.

RIEN

Ce matin-là !

Je m’étais réveillé au milieu des vignes

Un soleil généreux me réchauffait le corps

Tandis que dans mon cœur réfléchissait encor’

Un rêve tourmenté comme un très mauvais signe.

 

Je me suis relevé comme un pantin cassé,

Un silence pesant enveloppait l’endroit.

Je pensais : « la nature et ses drôles de lois… »

Qu’avions nous enfreint pour en être chassés ?

 

J’avisais un sous-bois à quelques encablures

Un lieu protecteur qui avait belle allure

Sur la route déserte qui menait à la ville.

 

J’atteignis mon refuge un peu sur le « qui vive »

Mon masque avait glissé, protecteur inutile,

Mes gants étaient souillés et la fin déductive…

 

Philippe Jouvert.

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Publié le par Jean-Laurent Turbet

Cet article est reposté depuis Le Blog des Spiritualités.

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Publié le
Bernard Stiegler

Bernard Stiegler

DISRUPTION

 

 

Bernard Stiegler est décédé le 6 août. Une vie hors du commun s’achève, une vie hors des chemins balisés, une vie hors de tout, hors de lui. Une vie de travail et de méditation, pour l’autre, pour les autres. Le philosophe de la « Disruption » ex ouvrier agricole, ex-tenancier de restaurant musical, ex-braqueur de banques, ex-taulard, témoin et acteur de vie hors normes, précurseur des lanceurs d’alertes.

 

Il fût sauvé, de ses dérives par le philosophe Jacques Derrida. Il fera une carrière remarquable au centre Pompidou, à la télévision etc… Il va dénoncer l’économie du pulsionnel, la monétarisation de tout, et surtout de l’existence. Il alertera sur la financiarisation des réseaux sociaux.

 

La disruption est la pensée centrale de Bernard Stiegler, il met en lumière : 

« La crise totale que traversent les sociétés occidentales. La disruption est le phénomène d’accélération de l’innovation technologique qui mène au point de rupture. »

Christian Bobin

L’on peut rapprocher le mode de vie du philosophe athée Bernard Stiegler, de celle du poète et écrivain croyant Christian Bobin, ainsi que celle d’un autre philosophe Olivier Abel ; tous les trois ont choisi de renoncer à l’accélération de la vie. Ils se sont retirés dans des havres de paix et d’harmonie proches de la nature, ils sont dans l’éloge de la lenteur.

Olivier Abel

Il est temps sans doute dans un monde de la multiplication des chiffres, de la dictature des « followers », que les suiveurs, les marcheurs occasionnels et éphémères se rendent compte que leur dictature technologique est invasive, impérialiste et qu’elle programme leur mort, la fermeture de leurs comptes quand elle aura épuisé leurs données personnelles. Dès que les comptes en banques de ces influenceurs de vie sont bien garnis, ils jettent leurs créditeurs.

 

Il ne s’agit pas de renier l’utilité des progrès des sciences et des techniques, mais de ne pas en faire des idoles. Le bonheur est et restera dans le pré et TIK TOK !

 

Jean-François Guerry.

Bernard Stiegler (photo Libération)

Bernard Stiegler (photo Libération)

REVUE DE PRESSE

DISPARITION LIBERATION

 

Mort du philosophe Bernard Stiegler, technicien de la pensée et penseur de la technique

Le philosophe engagé à gauche est mort à l’âge de 68 ans. Condamné en 1978 pour plusieurs braquages de banques, il avait étudié en prison. Il est l'auteur d'une œuvre hybride et pionnière sur la technique et le numérique.


En mars dernier, Bernard Stiegler donnait encore une interview à Libération à l’occasion de son dernier livre, Qu’appelle-t-on panser ? La leçon de Greta Thunberg(Les liens qui libèrent). Evoquant l’impuissance des gouvernements et des multinationales face à la crise climatique et à la colère des jeunes générations, il confiait : «Même s’ils le voulaient, les Etats n’auraient pas les concepts pour changer. Il faudrait, pour pouvoir le faire, établir une nouvelle critique de la science dans le monde industriel.» Pendant plus de quarante ans, Bernard Stiegler a largement contribué à mettre une telle critique sur pied. «Il était un pionnier de la réflexion contemporaine sur la place de la technique dans notre société, sur la technique comme partie active et constituante de notre civilisation», explique le philosophe Jean-Luc Nancy à Libération.

 

LE MONDE :Le philosophe Bernard Stiegler est mort à l’âge de 68 ans

Condamné en 1978 pour plusieurs braquages de banques, il avait étudié la philosophie en prison. Penseur engagé à gauche, il prenait position contre les dérives libérales de la société.

 

Né le 1er avril 1952 à Villebon-sur-Yvette (Essonne) d’une mère employée de banque et d’un père ingénieur à la télévision française, Bernard Stiegler a comme vécu plusieurs vies. En 1968, il arrête ses cours de seconde au lycée pour rejoindre les barricades de la rue Gay-Lussac. Il adhère rapidement au Parti communiste, qu’il quittera en 1976, rejetant « le stalinisme imposé par Georges Marchais ».

Lire son portrait : Bernard Stiegler, un philosophe interactif

Après 1968, il fait tous les métiers : manœuvre, employé de bureau, commis de courses dans un cabinet d’architecte… Ouvrier agricole, il gère une exploitation dans le Lot-et-Garonne pendant deux ans jusqu’à la grande sécheresse de 1976.

Bernard Stiegler ouvre ensuite un bistrot musical à Toulouse, où il invite des musiciens de jazz. Son café-restaurant séduit Gérard Granel, professeur de philosophie à l’université de Toulouse, passionné de jazz. Les deux hommes deviendront amis. Mais les finances du bistrot sont très tendues et il décide un jour de braquer une banque « pour combler [son] découvert ». « J’y ai pris goût et j’ai braqué trois autres agences », racontait-il dans un portrait que lui avait consacré Le Monde en 2006.

Il sera finalement arrêté par la police lors de son quatrième braquage puis condamné à cinq ans de prison. De 1978 à 1983, il profite de son incarcération pour s’inscrire à l’université de Toulouse et y suit des études de philosophie par correspondance.

« La possibilité et la nécessité de changer nos vies »

A sa sortie de prison, en 1983, il rencontre le philosophe français Jacques Derrida, qui s’apprête à diriger le nouveau Collège international de philosophie créé par Jean-Pierre Chevènement. Bernard Stiegler y tient un séminaire bimensuel sur la technique dès 1984. Un séminaire qui lui permettra de se faire remarquer et d’être ainsi embauché comme chercheur au ministère de la recherche. Toujours appuyé par Jacques Derrida, il avait soutenu sa thèse à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) en 1993. En 1988, l’Université de technologie de Compiègne (UTC) lui propose un poste de professeur, qu’il accepte.

 

Lire sa tribune : « “L’économie contributive” distingue fondamentalement travail et emploi, mais sans les opposer »

 

De 1996 à 1999, il devient directeur général adjoint de l’Institut national de l’audiovisuel (INA), avant de prendre la direction de l’Institut de recherche et de coordination acoustique/musique (Ircam) en 2002. Il y reste jusqu’en 2006, quand il est nommé directeur du Développement culturel du Centre Pompidou. C’est au sein de cette institution qu’il fonde la même année l’Institut de recherche et d’innovation (IRI), chargé d’« anticiper, accompagner, et analyser les mutations des activités culturelles, scientifiques et économiques induites par les technologies numériques, et [de] développer de nouveaux dispositifs critiques contributifs ».

Parmi ses nombreux essais, Bernard Stiegler avait publié en janvier Qu’appelle-t-on panser ? La Leçon de Greta Thunberg, dans lequel il s’interrogeait sur l’inaptitude des Etats et des entreprises à répondre aux demandes écologiques, et estimait que les sciences devaient être autonomes par rapport au capitalisme. Il était aussi l’auteur de L’emploi est mort. Vive le travail !, Etats de choc : bêtise et savoir au XXIe siècle et coauteur, avec Denis Kambouchner et Philippe Meirieu, de L’école, le numérique et la société qui vient.

Dans un texte publié en avril dans Le Monde sur son expérience du confinement (en prison et durant la crise du Covid-19), Bernard Stiegler écrivait :

« Le confinement en cours devrait être l’occasion d’une réflexion de très grande ampleur sur la possibilité et la nécessité de changer nos vies. Cela devrait passer par ce que j’avais appelé, dans Mécréance et discrédit (Galilée, 2004), un otium du peuple. Ce devrait être l’occasion d’une revalorisation du silence, des rythmes que l’on se donne, plutôt qu’on ne s’y plie, d’une pratique très parcimonieuse et raisonnée des médias et de tout ce qui, survenant du dehors, distrait l’homme d’être un homme. »

 

LE FIGARO

 

Le Collège international de philosophie a annoncé jeudi 6 août le décès de Bernard Stiegler, à l'âge de 68 ans. Directeur de l'Institut de recherche et d'innovation (IRI), créé en 2005 au Centre Pompidou pour imaginer les mutations des pratiques culturelles entraînées par les technologies numériques, le philosophe avait axé sa réflexion sur le numérique et ses conséquences sociales.

 

 

Dans le journal La Croix : Bernard Stiegler, un éveilleur de conscience

Le philosophe et essayiste est mort jeudi 6 août. Il avait 68 ans. C’était l’un des penseurs de la technique et du temps, confronté à l’ère numérique qui bouleverse radicalement nos modes de vie et de pensée.

Bernard Stiegler, un éveilleur de conscience

Le philosophe et essayiste est mort jeudi 6 août. Il avait 68 ans. C’était l’un des penseurs de la technique et du temps, confronté à l’ère numérique qui bouleverse radicalement nos modes de vie et de pensée.

  • Jean-Claude Raspiengeas
 

 

Bernard Stiegler, philosophe, à l'Institut de Recherche et d'Innovation du Centre Pompidou. Paris, 17 mai 2016.BERTRAND BECHARD/MAXPPP

 

 

La mélancolie, tenace, lui collait à la peau. Pour tenter de la tenir à distance, il s’engouffrait dans le travail, la recherche, la spéculation intellectuelle et l’action sociale. Bernard Stiegler est parti en toute discrétion. Son décès a été annoncé jeudi 6 août dans la soirée par le Collège international de philosophie dont il avait été l’un des directeurs de programme de recherche, à sa sortie de prison, en 1983. « Un contemporain hors du commun, qui a cherché à inventer une nouvelle langue et de nouvelles subversions », salue le communiqué

→ À LIRE. Le philosophe Bernard Stiegler est mort

L’une de ses singularités, si souvent soulignée, fut d’avoir été emprisonné pendant cinq ans pour une série de braquages. Et d’avoir transformé cette réclusion en occasion de se réinventer. Au terme d’une grève de la faim, il obtient une cellule individuelle et de pouvoir explorer l’histoire de la philosophie. C’est dans le silence et la solitude de ce réduit que Bernard Stiegler va devenir un autre homme.

Né le 1er avril 1952, militant d’extrême-gauche, aspiré par Mai 68, il « s’établit » un temps comme ouvrier agricole et manœuvre. À Toulouse, il rachète une petite épicerie, lance un restaurant musical, vite transformé en club de jazz. Endetté, il décide d’attaquer sa banque à main armée et récidive avant d’être coffré. « La chance de ma vie », disait-il.

Autodidacte et atypique, il en sort, soutenu par Jacques Derrida, son directeur de thèse, comme l’un des penseurs capitaux de la technique et de la techno-science, un théoricien de la mise en réseau des savoirs et des pratiques, un ardent promoteur de « l’économie de la contribution », inspirée de la théorie de la pollinisation.

Tout en poursuivant son travail d’enseignant universitaire et son œuvre d’essayiste, Bernard Stiegler est recruté par des institutions influentes de l’industrie culturelle (Institut national de l’audiovisuel, Ircam, Centre Pompidou), séduites par sa rigueur et la pertinence de son propos.

 

La « barbarie » de l’économie du pulsionnel

Dans la lignée de Heidegger, de Jacques Ellul, de Paul Virilio, que dit-il ? Les individus ne sont plus que des consommateurs perpétuellement frustrés et insatisfaits, manipulés par des techniques de marketing, soumis à l’idéologie du consumérisme qui joue sur les ressorts de la pulsion. Temps détruit, travail en miettes, esprit colonisé par la publicité, injonction consumériste, toxicité des évolutions technologiques, savoir-faire perdus, mémoire confisquée, monétarisation de l’existence, humanité dépressive…

Cet éveilleur de conscience pointe et dénonce la « barbarie » de cette économie du pulsionnel (cf l’usage frénétique des réseaux sociaux) et du contrôle général, de l’accélération technique pilotée par les intérêts financiers. Farouche procureur de la dérive mercantile de la télévision, il s’affirme comme un analyste décapant du nouveau « malaise dans la civilisation ».

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DU RAPPORT DE SOI À L’AUTRE

DU RAPPORT DE SOI À L’AUTRE

 

 

 

Linitiation maçonnique, c’est d’abord l’attachement à la connaissance de son soi. L’oracle du temple de Delphes : le connais-toi, toi-même, et tu connaîtras le monde et les dieux.  À imprégner toute la philosophie antique et nombre de traditions initiatiques, la franc-maçonnerie en fait partie.

Architecte de son temple intérieur, responsable du plan de sa vie, conscient qu’il devra construire et se construire, avec naïveté ou une ambition démesurée, utopiste, le franc-maçon envisage de réparer, voire de construire ou de reconstruire le monde, de le rendre meilleur, plus humain, plus spirituel.

 

L’on parle souvent du parcours initiatique, comme d’une spiritualisation progressive, d’élévations d’états de conscience. De travail d’acquisition des savoirs, des connaissances, de volonté et de pouvoir. Savoir, pouvoir, connaître, chercher la vérité pour gagner sa liberté, puis transmettre ; c’est l’empreinte des recherches des philosophes antiques.

 

Emmanuel Levinas a proposé une autre manière de penser, révolutionnaire : la passivité phénoménologique. Constatant les limites de notre conscience, que savons-nous du monde au-delà de notre ligne d’horizon ? Pouvons-nous donner trop de pouvoir à notre conscience ? L’autre étant différend de nous-même, sa conscience est différente de la nôtre. Pouvons-nous prétendre le connaître à travers le seul prisme de notre conscience.

La philosophe Corine Pelluchon explique la pensée de Levinas :

 

« Autrui me tombe dessus, lui que je n’avais pas deviné et qui n’est pas dans mon horizon. Puisque l’horizon est constitué par la conscience. Avec l’autre on est dans l’éthique. »

 

Notre rapport habituel à l’autre ne serait donc qu’un rapport de soi à soi, un solipsisme du moi. C’est-à-dire, que nous avons des certitudes, et que ces certitudes n’existent que par rapport à nous-mêmes.

Nous ne considérons l’autre que par rapport à notre savoir, notre pouvoir, notre conscience, et toujours nos certitudes. On est dans le moi d’abord, le par rapport à moi ! Comment dès lors vivre dans une forme d’éthique, et dans le soin de l’autre. La franc-maçonnerie nous mets en garde vis à vis de nos certitudes.

 

Nous sommes dans une sorte d’obsession de la maîtrise de soi, du pouvoir. Comment accueillir l’autre ?

Pour Levinas, il nous faut si j’ose dire en rabattre, être dans la passivité,l’écoute, pour être dans l’éthique. C’est sans doute pour cela qu’il nous faut accepter de l’apprenti, l’écoute de l’autre et êtres d’éternels apprentis pour sortir de nos certitudes, connaître l’éveil et l’essor spirituel.

L’étalement de nos savoirs, de nos connaissances, n’est qu’un rapport de soi à soi, un égoïsme, ce n’est pas la Connaissance, ni non plus une éthique.

 

Cette passivité de Levinas nous permet de penser notre existence comme une réceptivité et non seulement comme un projet.

 

Que demande le postulant ? La lumière V…, Que reçoit l’apprenti ? La Lumière.

 

D’où l’incontournable transmission qui vient de l’autre et du mystérieux Grand Architecte, bien au-delà de notre conscience.

 

L’obsession encore de la maîtrise de soi, notre volonté de connaissance, n’est pas suffisante à la réalisation d’une éthique de vie. La volonté et l’action ne valent rien sans l’humilité et l’amour.

Quand je reçois d’autrui, je reçois ce que je suis et j’ai le sentiment d’une épiphanie, d’une essence inconnue.

 

Jean-François Guerry.

 

Inspiration : la pensée de Emmanuel Levinas. 

DU RAPPORT DE SOI À L’AUTRE

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IPSÉITÉ ET CHEMIN INITIATIQUE

IPSÉITÉ ET CHEMIN INITIATIQUE

 

 

Le profane qui frappe à la porte du temple maçonnique, est à la recherche des réponses à ses questions existentielles, et d’une méthode pour parvenir à obtenir les réponses.

Il a déjà une certaine conscience de son soi, il est prêt, pour entreprendre une recherche spirituelle. Son premier questionnement est « Qui suis-je ? ». Qui suis-je vraiment.

 

Cette question il se la pose souvent au midi de sa vie, il sent que le temps presse. Il a conscience de son soi à ce moment donné, il a conscience aussi de l’évolution de son soi dans le temps, des modifications de ce qu’il est.

 

Qui n’a pas rêver des retrouvailles avec sa jeunesse, avec ses amis de jeunesse. Pour avoir réalisé ces rencontres, ces retours à l’avant, j’ai pu faire le constat que j’ai changé, que les autres ont changés, que nos chemins ne sont plus les mêmes. Ce qui dans notre jeunesse nous rapprochaient les uns des autres, jusqu’à croire que nous étions semblables, les mêmes. Cette mêmeté a pour partie été modifiée. Notre avons pris conscience de notre ipséité notre conscience, notre individualité, mais celle-ci a évoluée.

 

La bonne question au moment où nous poussons la porte du temple serait donc que suis-je ? et non qui suis-je ?

 

J’en appelle à Paul Ricœur pour mieux définir mêmeté et ipséité. La mêmeté ou l’idem en latin, le même, et l’ipséité au sens de l’ipse ou du soi-même.

La mêmeté se caractérise par ce qui est immuable dans le temps, comme les objets inertes (une table, une chaise..). Comme certains caractères d’un curriculum vitae, mais d’autres changent avec notre parcours de vie. Qui suis-je, c’est que je veux montrer à autrui et non le que suis-je.

 

Preuve en est après quelques années d’initiation maçonnique, l’autre nous dit tu as changé et pourtant je suis le même.

L’ipséité n’annule pas la mêmeté, mais la complète, elle est recherche de complétude. Au fil de l’initiation nous rencontrons les formules : « Je suis ce que je suis ; soit ce que tu es, ou encore je suis le même et un autre pourtant. »

 

L’initiation avec la prise de conscience de son soi, a permis l’accès à la connaissance de son être intérieur, son évolution, sa transmutation, une véritable métamorphose.

 

Dans le langage populaire des expressions expriment ce changement : j’ai changé, j’ai évolué…

 

« À partir de la notion d’ipséité, Paul Ricœur nous conduit ainsi à un concept d’identité souple et dynamique, qui immunise contre le danger d’un retour, fût-il indirect, vers un moi fort… »

 

Il s’agit là d’un combat conscient contre l’ego. L’ipséité c’est être le même et différend à la fois, peut-être un début de sagesse. Le maître qui résisté à l’injustice, qui respecté ses serments meurt au vulgaire mais réapparait plus radieux que jamais. Notre vie est une collection d’histoires, l’initiation maçonnique une succession d’états de conscience, une montée progressive sur les barreaux de l’échelle mystérieuse, une transformation permanente du même homme.

 

La gageure est comment tenir, faire perdurer les valeurs essentielles contenues dans notre mêmeté et les changements de notre ipséité. Il nous faut force et courage, sens de l’honneur, dignité.

 

Ce n’est pas simple, il nous faut tenir compte de notre faillibilité, de notre confrontation avec l’altérité. Être capables en toutes circonstances de juger par nous-mêmes. De distinguer le vrai du faux, le juste de l’injuste.

 

Corine Pelluchon cite Emmanuel Levinas, il faut que :

« Que l’humanité installée puisse à tout moment s’exposer à la situation dangereuse où sa dignité reste à la merci d’une voie subjective… »

 

Il faut sans cesse combattre toutes les dictatures, de toutes sortes, politiques ou religieuses.

« Notre obligation est d’abriter toute l’humanité de l’homme dans la cabane ouverte à tous les vents de la conscience. » (Réf à la fête juive de la Cabane Soukkah (cabane, hutte), c’est la fête qui célèbre les récoltes, la joie et l’assistance divine)

 

Notre ipséité, l’évolution de notre soi est une chance contre l’intégrisme, l’extrémisme qui pourrait envahir notre pensée. Notre tolérance fraternelle sans laxisme, doit toujours être présente en nous.

 

Notre ipséité, l’évolution initiatique de notre soi, ne doit pas nous faire oublier l’amour de l’autre et l’humilité :

 

« Je vois la dignité où vous êtes élevé et de quelle hauteur maintenant vous pouvez tomber. » (Saint-Bernard de Clairvaux)

 

Ou encore Corine Pelluchon :

« L’humilité est un breuvage amer qui me fait prendre conscience de mes limites, de ma faillibilité, du fait que les défauts que je vois chez autrui sont aussi en moi… »

 

L’ipséité ce que nous sommes à chaque moment, nous oblige à une constante construction, réparation de nous-mêmes, par adaptations progressives et continues. En cherchant avec constance et persévérance malgré l’usure et les circonstances à réunir ce qui est épars, pour nous réparer, nous reconstruire, sans oublier ce que nous sommes, et avec force et humilité apporter nos pierres dans l’édifice avec la truelle et le ciment de l’amour fraternel.

 

Jean-François Guerry.

 

 

 

Sources : Paul Ricœur, Corine Pelluchon, travail personnel.

Lectures : Cahiers de l’Alliance N°6. Comprendre Lévinas de Corine Pelluchon.

IPSÉITÉ ET CHEMIN INITIATIQUE
IPSÉITÉ ET CHEMIN INITIATIQUE

NOTE DE L'ÉDITEUR

Emmanuel Levinas a renouvelé en profondeur la philosophie, qu'il s'agisse de la définition de la subjectivité par la responsabilité, des implications politiques de cette conception du sujet ou de son insistance sur la corporéité, pensée comme vulnérabilité ou associée à une phénoménologie du " vivre de " et des nourritures.

Dans un séminaire qui s'adressait à des étudiants en philosophie et à des soignants, Corine Pelluchon donne les clefs pour comprendre cette œuvre exigeante et communique une expérience de pensée liée à la manière dont la réflexion et le style de Levinas l'ont bouleversée. Elle montre en quel sens il a inspiré ses propres travaux, qui prolongent et parfois discutent ses thèses, soulignant aussi l'actualité de Levinas, y compris lorsqu'on s'intéresse à des sujets sur lesquels il ne s'est pas exprimé, comme la médecine, l'écologie et le rapport aux animaux.



Corine Pelluchon est philosophe et professeur à l'université Gustave-Eiffel. Elle a publié une dizaine d'ouvrages.

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Publié le par Jean-François Guerry
Tour de Babel National Géographic

Tour de Babel National Géographic

LA POLYSÉMIE DES MOTS, UNE RICHESSE …

 

 

 

Derrière les mots, des images, des symboles, derrière les symboles des idées, derrière les idées l’infini, le monde imaginal un autre monde que celui connu par les sens et l’intellect. Un troisième monde, un intermonde à découvrir entre le sensible et l’intelligible. Un monde de l’inconscient, que révèle la polysémie des mots.

S’abstenir de réduire, de dogmatiser, ouvrir son cœur et son âme tendre vers l’absolu, déchirer les voiles, pousser encore et encore les portes, laisser entrer le souffle, ouvrir les fenêtres.

 

Partir de l’un vers le multiple, pour retourner à l’unique, la polysémie des mots est un levier pour connaissance. Elle permet l’accès à la richesse des différences, la connaissance de l’autre, le respect de l’autre.

 

Dans un monde univoque au même son, on oublie que le même mot cache des différences de significations, ce monde des apparences, n’est pas le monde réel. La polysémie est plurivoque.

 

La pensée occidentale contemporaine, sous une apparente diversité est une pensée souvent unique. L’individuel se confond avec l’individualisme.

 

L’initiation maçonnique, est un éveil, un essor de l’être intérieur, une tension vers la spiritualité, le sacré, le divin sans dogmes, elle donne un sens et du sens à la vie. Par l’appropriation des mots de passe, de reconnaissance, des mots sacrés, des images et des symboles, l’on avance par degré sur le chemin de la Connaissance, de la vérité, de la parole originelle. Chacun ses propres mots sur le même chemin, toutes les valeurs essentielles des traditions sont transmises par les mots justes qui sont universels et se retrouvent dans une tradition première, primordiale, le multiple se retrouve dans l’un.

 

À chacun ses mots, ses rites, ses rituels, la sève, le suc, l’essence, la moelle de toutes les traditions se retrouvent une tradition primordiale.  Ainsi l’Occident va à la rencontre de l’Orient, le nadir le soleil à minuit, va à la rencontre du soleil au midi, au zénith. Le fil à plomb est toujours présent au centre de l’espace sacré pour nous rappeler que ce qui est en haut est semblable à ce qui est en bas.

 

La polysémie des mots incarne la pensée de l’autre, impose le respect et l’écoute de l’autre. En franc-maçonnerie l’on vient comme on est, avec ce que l’on a sa soif de connaissance, sa faim de nourritures spirituelles, l’on sait que nous aurons à boire et à manger tant que nous aurons faim et soif. Nous recevrons, mais notre devoir sera aussi de transmettre, de donner ce que nous avons reçu, nous donnerons avec nos mots et nos frères transmettrons avec les leurs, ce qui compte c’est le sens, la direction, l’harmonie des notes dans cette partition universelle.

 

En douceur, mais aussi avec la force des mots, l’exigence de l’action. À chacun l’image de son Grand Architecte, de son Géomètre suprême, ce principe qui régit le monde dans son ensemble et nous tous en particulier à un nom aux multiples significations, nous sommes incapables de le prononcer, mais nous pouvons en épeler quelques syllabes, un jour peut-être, nous pourrons au-delà de nous-mêmes retrouver ce nom, cette parole unique et multiple.   

 

Jean-François Guerry. 

Polysémie

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