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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par Jean-Laurent Turbet

Cet article est reposté depuis Le Blog des Spiritualités.

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Publié le par THIERRY DIDIER
L'AVATAR PART IVI - THIERRY DIDIER

C

’est en cela que l’avatar ne pourra jamais être confondu avec une idole. Cette 2ème perspective préservera malgré tous les fondamentaux : elle en maintiendra les bases, se contentant de moduler leur expression. Ce recul, même dans la violence et le malheur, ne fermera pas la porte à un réveil ultérieur. La 3èmeperspective, symbolisée par la 3ème déambulation, 6+1 pas vers l’avant, relèvera de l’intégration réussie d’éléments a priori contradictoires : il procèdera de l’Unité retrouvée (Éden) comme le souligne l’instruction. Il conviendra cependant d’ajouter que c’est uniquement sur le plan didactique que l’on distingue ces 3 perspectives, car dans la réalité, l’homme est un savant mélange permanent de ces 3 mouvements, un système complexe tripartite qui interagira en permanence avec sa propre constitution et son environnement. L’intérêt, ici, de développer cette pensée perspective et de décortiquer sa dynamique sera que l’objet, en l’occurrence l’avatar, est lui-même fait de cette tripartition dont les perspectives sont un miroir. Un perspectif était d’ailleurs à la Renaissance, un miroir, dont l’image renvoyée symbolisera l’approche relativiste de l’observateur. Ainsi le relatif liera de façon irréfragable un évènement à la façon dont on le perçoit et dont on le considère. Et c’est cela qu’on appelle un avatar.

Dans l’absolu, l’avatar est omniprésent dans l’entendement humain, tout simplement parce que nous admettons le relativisme et la subjectivité de notre regard : chaque chose visible, physiquement ou intellectuellement, est admise, pour un initié, comme étant un avatar. L’avatar est le témoin progressif et l’objet évolutif de ce cheminement, car il est une forme d’émulsionnant existentiel et métaphysique, possédant à ce titre un pôle spirituel et un pôle matériel.  Ainsi une civilisation philosophiquement clivante ne pourrait pas générer d’avatar, ce dernier constituant un reproche vivant pour toute société totalitaire centrée sur une seule vérité, pour le coup institutionnelle. L’avatar est l’autre nom de la liberté de conscience, car personne ne peut savoir s’il voit ou ressent un objet quelconque de la même façon que son prochain : le bleu est-il perçu suivant la même « texture » visuelle ? L’odeur du safran est-elle identique pour tout un chacun ? Ces questionnements apparemment sans objet auront le mérite de maintenir une certaine « laxité » dans notre entendement, un relativisme de bon aloi, et finalement une inévitable tolérance.

Le 1er avatar que nous rencontrons en franc-maçonnerie est l’outil, qui agit dans la symbolique constructrice des 2 1ers degrés. Au 3ème degré, cet outil deviendra une arme par destination, ce qui signifie qu’on passera d’un supplétif à un objet qui est, en quelque sorte, retourné contre soi-même.  Le narratif martial du grade de Maître nous obligera à y voir une arme, portant des « coups », blessants puis létaux. Ces coups seront tout autant une « ouverture » et un champ des possibles enclenchés par le dépassement ontologique du statut de Hiram Abif, qui de héros devient victime. Si Hiram Abi est assassiné, c’est parce que l’outil, de pacifique, sera devenu contondant, de par sa séparation temporelle et spatiale. Le maillet, le niveau et la perpendiculaire ne sont encore que des outils aux 2 premiers degrés, ils « collent » à la main de l’initié qui se construit, que cette main soit factuelle ou métaphysique. Par contre la course, la vitesse et l’angle d’attaque de l’outil devenu, durant la cérémonie d’exaltation, une arme, ne seront réalisables que parce que l’outil deviendra séparé de ce sur quoi il agit, contrairement à son usage utilitariste, qui nécessite, lui, une continuité entre l’homme et son ustensile.

Cette séparation reflètera un statut dans lequel sera mesuré en permanence une distance. La distance de l’épaule ou du crâne de Hiram Abi servira alors d’élan imprimant à l’outil son caractère blessant puis létal.  Si certains outils symboliques du 1er et 2ème degré deviennent au 3ème degré des armes par destination, puis au 12ème degré des instruments, ça n’est pas parce que la substance desdits objets se modifie, mais parce qu’ils ne sont qu’un avatar en prise avec un état d’esprit différent de la part de l’initié. Dit autrement, c’est l’approche et l’appréhension évolutive, dans le temps, de l’initié qui va en moduler l’usage. Ces instruments du Grand Maître Architecte deviendront alors de véritables interfaces entre un initié libéré des 3 mauvais compagnons et le milieu ambiant qu’il devient légitimement capable de parcourir, en y déambulant sans contraintes. Dans l’absolu, l’avatar sera donc une forme de relativisme qui permettra au religieux et à l’initiatique de s’exprimer au travers de sa substance. Ce relativisme n’est pas de la relativité, dont la notion est perçue négativement, mais une façon d’utiliser le prisme de la matière afin d’entreprendre le divin. D’une certaine façon, la notion de perspective permettra, je le resouligne, cet abord, car elle sera elle-même une manière bien à soi de comprendre ce relativisme, qui est tout sauf subjectif.

Ce sera la somme indéfinie de toutes les perspectives possibles qui nous aidera ensuite à nous rapprocher d’une forme de vérité « totale », inaccessible à l’esprit humain. La perspective, par sa mécanique ternaire disséquée plus haut dans ce texte, viendra mimétiquement se plaquer sur cette variété, en devenant elle-même une forme d’avatar, que ne démentiront pas ses occurrences plurielles : en géométrie, la perspective est une technique de la représentation en deux dimensions d’objets en trois dimensions, donc une façon de planifier une vision spirituelle. En architecture, c’est la vue qu'on a, à partir d'un endroit déterminé. En sociologie, c’est l’angle sous lequel on envisage quelque chose. En psychologie cognitive, c’est un ensemble d'événements, de projets ou d’évolutions qui se présente comme probable ou possible. En démographie, c’est l’évolution future d'une population. En mathématiques, ce sera la projection centrale (ou conique) d’un espace ponctuel. En urbanisme, c’est une grande voie ou promenade en ligne droite… En fait la perspective, quel que soit le domaine exploré, apparaitra comme un mécanisme ternaire lissé, conclusif, où les 3 composantes se verront résolues en une seule.

Quel que soit la vision, l’entendement ou l’abord qu’en fera l’humain, ces 3 composantes seront l’irréfragable nécessité permettant de comprendre une réalité à partir de notre faiblesse crasse et de notre incomplétude ontologique. L’avatar ne se limitera donc pas, pour nous maçons, à l’incarnation en un individu ou un animal, d’un principe divin : il ne sera pas figé, parce que notre art est initiatique, et que l’avatar décrit en fait pour nous une enveloppe, un habillage certes très réaliste, mais aussi mouvant, progressif et varié, à l’image de la mécanique symbolique, souple et adaptable. Alors, me direz-vous, si l’avatar présente une « robe » différente suivant les époques, en quoi son sens profond et son mécanisme d’imprégnation culturelle peuvent-ils être à ce point constants ? Je citerai l’exemple du Chevalier Kadosch, 30ème degré du REAA. Au décours de l’initiation au 30e degré, Le rituel nous précise : « Nous n’avons plus d’autre enseignement à vous donner […] Nous n’avons pas de mot d’ordre à vous donner […] Vous êtes désormais le soldat de l’Universel et de l’Éternel » : ce grade confère à l’initié une sorte de fondement inviolable qui va justifier cette capacité a priorid’être au sommet de l’initiation maçonnique.

Non pas parce qu’elle serait simplement l’aboutissement logique des 29 degrés précédents, mais plus surement parce qu’elle coiffe tout cet édifice. Cette action est fondamentale car, en chapeautant, l’enseignement majeur deviendra surtout ici cette capacité à adapter notre nature à l’évènement, et non le contraire. Le Chevalier Kadosch coiffera, plus qu’il ne les complètera, les 29 degrés précédents, la devise « Nec Plus Ultra » (Rien au-delà) signant clairement cet état de fait, et obligeant intrinsèquement à se plier à ce statut : c’est cela qui permet de qualifier d’avatar le Chevalier Kadosch, à savoir qu’en capelant, le grade échappe à la traditionnelle articulation avec un degré précédent, et/ou un degré suivant. Si chaque élément du rituel maçonnique est donc un avatar potentiel, le grade de Chevalier Kadosch symbolise l’avatar dans son essence. Je citerai ce qu’en dit Claude Guérillot : il voit ce grade porté par différents avatars, suivant les époques : il  nous parle d’un Kadosch « originel » défini comme tel , qui semble être l’avatar fondateur ( vers 1761) , puis un avatar templier , bien représenté par le Chevalier de l’Aigle blanc et noir du Rite de Perfection ; puis un avatar philosophique du cahier de 1805 ; puis un avatar politique , porté par les rituels du 19ème et début 20ème siècle ( on le sent bien avec les titres distinctifs des aréopages de cette époque : «  liberté » , etc…) ,et enfin l’avatar symbolique de notre époque contemporaine.

L’avatar sera le point de jonction, l’interface, l’intercesseur entre 2 mondes qui existent toujours : c’est pourquoi l’avatar est un habillage dynamique, consubstantiel mais séparé des 2 environnements qui en assurent, par leur distinction, la réalité. À partir du moment où cette séparation sera actée, ce sera tout l’Univers qui changera de nature : il deviendra « complet », ce qui signifie que tout ce qui s’y est passé, s’y passe et s’y passera sera susceptible d’être regardé en totalité et en temps réel, par le Chevalier Kadosch. « Son nom fut autre et le même pourtant » soulignera l’indistinction spatiale et temporelle, modalité d’un Univers perçu d’emblée dans sa totalité, dont les avatars jalonnent le tissu. L’expression du 30ème degré « Son nom fut autre, et le même pourtant » qualifiera donc parfaitement ce qu’est l’essence de l’avatar, à savoir une dichotomie ontologique liée à l’ambivalence de ce qui représente un compromis entre transcendance et immanence ; « et le même pourtant » permettra de nous projeter dans cette origine de l’avatar, qui rassemble, en les dominant, toutes les composantes de la Nature, une et indivisible, où tout est « même ».

Lorsque Guérillot parle de Kadosch philosophique, templier, sociétal, etc… Le terme de « séparé », affecté au Chevalier Kadosch sera fondamental, car il impliquera autant une distinction qu’un lien efficient entre les parties. Alors justement, l’avatar n’est pas une chose particularisée, c’est un habillage très étroit, mais néanmoins « séparé » de l’observateur et de l’essence de la chose observée. La séparation n’est pas un clivage ou une césure, qui, eux, marquent une coupure définitive, ladite séparation préservant une mémoire avec l’objet de départ. L’avatar sera alors l’incarnation de cette séparation ontologique qui représentera, au-delà de toute captation culturelle, une forme d’originalité.  Cette séparation de l’observé et de l’observateur sera indispensable pour conférer le statut d’avatar, celui-ci possédant toujours une « capacité d’échappement », permettant le renouvellement, à travers les âges et les endroits, de significations dont le corpus constituera le narratif mythique, accointé aux caractéristiques contemporaines de l’initié.

Ces habillages successifs font nous rappeler que le langage symbolique, s’il nous paraît naturel pour expliciter les choses, ne fut pas en toujours en odeur de sainteté, ou même simplement accessible aux époques précédentes. Il faut en effet une certaine souplesse intellectuelle mâtinée d’une solide rationalité pour « laisser vivre le symbole », comme l’on doit « laisser vivre l’avatar », voie ouverte à l’approfondissement de notre sagacité. En fait, cette approche protée correspond à l’élargissement de possibilités mentales et spirituelles qui s’ouvrent à nos esprits. On pourrait même se demander si l’approche symbolique du Chevalier Kadosch aurait pu se développer sans ces « accessits » antérieurs que furent les précédents avatars mis en exergue par Guérillot. On peut donc imaginer qu’une autre lecture sera possible dans les décennies futures, où, par une forme de mimétisme psychosocial, des « algorithmes initiatiques » viendraient appuyer une vision non pas supérieure des choses, mais simplement supplétive. Cette approche particulière, difficile à mettre en œuvre, dépendra d’une « mise en situation » préalable, telle que nous le décrit cette phrase de l’instruction, dès le 5ème degré du REAA, Maître Parfait, qui situe l’initié entre « la volonté de Dieu et l’action donnée au premier corps mouvant ».

C’est l’action imprimée de Dieu à ce corps mouvant qui objectivera sa consistance d’avatar. Le caractère intercessif de l’avatar sera lié à une prise en compte holistique de l’initié maçon, qui verra en lui, comme chez l’alchimiste, l’idée que nous pouvons être, suivant le moment, sujet ou objet. Auquel cas l’avatar, plus qu’un simple réceptacle, deviendra un propitiateur entre 2 états possibles. Cette dynamique intellectuelle pourra nous aider à progresser, même si le sable sur lequel elle a été bâtie est condamné à une mort certaine. Cela me fait penser à ces philosophies asiatiques où l’initié construit, en y mettant toute son âme, une œuvre aussi sublime qu’éphémère, la détruisant aussitôt pour n’en conserver qu’un souvenir indélébile, devenant pour le coup fondateur, car définitivement présent dans son esprit. Le relativisme deviendra ici très concret, faisant d’un biais très humain une force enkystée dans son esprit, ou bien « une corde tendue au-dessus de l’abime ».

Cet aphorisme nietzschéen colle bien à l’esprit de l’avatar, conjonction de cette corde que représente toute tentative de l’humain à comprendre les choses, et donc finalement à s’en émanciper, et l’abime, qu’on ne doit pas percevoir péjorativement comme un vide ou un gouffre, mais comme cet incognoscible qui nous met sur une voie sans préjuger du trajet (« Je ne sais ni lire, ni écrire, je ne sais qu’épeler… »).

Thierry Didier

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L'AVATAR PART IVI - THIERRY DIDIER
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Publié le par THIERRY DIDIER
L'AVATAR PART I I I - THIERRY DIDIER

L

’avatar a une fonction puissamment didactique, puisqu’il relève d’un lien entre 2 entités : nous et le support de l’avatar. En même temps, L’avatar nous aide à accepter la relativité de notre regard face à un phénomène dont l’aspect, subjectif, va dépendre de notre capacité à l’identifier. Cette vision relative s’appelle donc une perspective. La perspective est définie comme une différenciation entre la vision de la Nature et sa représentation graphique moderne dans l’espace, mais aussi dans le temps, par sa distribution étagée. Cette variation et cette subjectivité permises par les perspectives feront du cas de figure posé par le relativisme de l’initié ce qu’on appelle donc un avatar, c’est-à-dire un objet ambivalent, unique, labile, immédiatement remplacé lorsque le sujet change, mais néanmoins très signifiant, car en disant long sur celui qui lit ou qui écrit. « L’homme habille ou déshabille la terre », dixit Hugo, qualifie aussi l’ambigüité de cette approche, car le terme de perspective procède autant de la vision qu’a l’individu que de la chose vue. L’avatar spirituel relevant d’un compromis entre incarnation et spiritualité, la vision que l’initié en aura présentera alors les mêmes caractéristiques de relativisme, de subjectivité qu’un regard perspectif.

On parle donc, je le répète, au sujet de la cérémonie d’initiation au 24ème degré, de 3 perspectives entendues comme les 3 volets dont la représentation particulière ne dépend que de la capacité du moment du récipiendaire (il est indiqué au candidat que « ce qu’il cherche a toujours été visible »). Ce grade est dénommé Prince du Tabernacle, ce qui n’a rien d’innocent, le Tabernacle étant le type même d’une construction sacrée, labile et éphémère, un Temple textile, mobile et donc fragile, indéfiniment reconstruit tant que le peuple hébreu sera nomade, et dont la substitution ultérieure en un Temple physique portera la continuation de la Shekinah (présence divine) en son sein. Ces perspectives correspondent bien à cette dynamique ternaire d’une approche de l’avatar, en ce sens que rien de mieux qu’une vision relativiste peut mieux illustrer un concept tel que celui de l’avatar.  Cette dynamique nous est représentée au 24ème degré sous la forme d’une triple déambulation identique dans le numéral, 6+1 pas vers l’avant, centrifuge (approche symbolique), 6+1 pas vers l’arrière, centripète (le ressac, le retour de flamme) et 6+1 pas vers l’avant de nouveau, centrifuge (l’amalgame), faisant office de structuration nouvelle par l’assemblage collecté d’éléments environnementaux et de vécu personnel.

Cette dynamique permet de comprendre en quoi le symbolisme façonne le franc-maçon, et donc en quoi aborder symboliquement un objet complexe, tel ici l’avatar, aura pour conséquence de finir par lui ressembler. Le premier mouvement perspectiviste du 24ème degré est celui de la projection symbolique, où nous jetons notre dévolu sur un support chargé de sens : on définit par exemple à partir de l’image d’une pierre brute sa propre pierre brute. C’est ce que le rituel appelle la première perspective, éclairée et structurée, portant l’attrait de la nouveauté, mais étant aussi, dans le texte d’instruction, un rappel aux fondements de notre ordre, colonnes et pavé mosaïque. Le travail perspectiviste ne s’arrêtera pas là, car, à la façon du ressac de la vague contre une falaise, l’exposition de l’initié à aller de l’avant le conduira simultanément à s’ouvrir : dit autrement, le 1er lien centrifuge ouvrira concomitamment une voie centripète, ouvrant un canal intime où se mêleront notre orthodoxie de pensée et la nouveauté née de l’interprétation symbolique.

Cette seconde voie aura ceci d’originale qu’elle ne peut pas s’ouvrir spontanément, et quelle offre la béance de notre intimité, avec tous les blocages culturels, philosophiques ou psychologiques, dirimants s’il en est, aperçus dès le 4ème degré, sous le dénominatif d’idoles. Ce reflux, symbolisé par la déambulation arrière de 6+1 pas, sera nécessairement désagréable, parce qu’il sera une façon d’actualiser ce qui transforme profondément, et qui sera, par principe, difficile à admettre, illustré par ce tsunami intérieur que le rituel définit de façon imagée par « les enfants incestueux de la chimère et du délire, les autels renversés, la licence de Salomon », c’est-à- dire par les tréfonds de notre personnalité. Dans le texte rituel, des idoles se sont donc glissées entre les colonnes, le pavé mosaïque est recouvert et non détruit, le chandelier est toujours là, simplement éteint. L’idole sera d’autant plus dangereuse ici qu’elle se liera à l’ordinaire pour y instiller le poison de son chaos. Elle se mêlera à l’intellectualité et à l’instinctif pour produire des chimères, des cheminements frelatés réactivés par nos travers, alors que l’avatar, possèdera, lui, dans sa texture intime, une forme de fond transgénérationnel, de trame inaliénable qu’un observateur, quel que soit l’époque, ne pourra que transformer « à la marge », sans jamais altérer son intégrité ontologique.

THIERRY DIDIER.

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L'AVATAR PART I I I - THIERRY DIDIER

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L'AVATAR PART I I - THIERRY DIDIER

L

es 2 autres sens possibles du mot avatar se réfèrent d’une part à la notion de changement ou de métamorphose, et d’autre part, à celle d’avanie ou d’avarie, rejoignant la signification familière de mésaventure, de malheur. Dans cette acception commune, le mot désigne un phénomène qui vient perturber, modifier ou amender un parcours de pensée ou d’action. L’avatar devient alors ici une forme de réalité perturbante, de frein cognitif s’imposant par sa puissante matérialité, et qui viendra gripper ou malmener un élan, une dynamique souvent vertueuse. Ce sens-là, qui est finalement le plus utilisé dans le langage commun, est une forme d’exacerbation vulgaire de son sens premier de « descente, d’incarnation d’un dieu sur terre » où la matière, considérée comme moins noble que l’esprit, viendrait poser des anicroches, des blocages à un parcours marqué préalablement par une forme de légitimité. Nous pourrions alors paraphraser cette sentence du 26ème degré du REAA, « la matière attend », visant à transcender, par une variante où c’est « l’esprit qui attendrait », entravé dans son élan vertueux par ce « condensat d’incident et d’évènement fâcheux » que symbolise alors l’avatar.

Plus l’orthodoxie du parcours ou de l’objet visé se verra légitimée et avalisée, plus un avatar qui y introduira une dissonance en ressortira « grandi et puissant ». Ces sens différents du mot avatar semblent totalement étrangers l’un à l’autre. Pourtant ils peuvent relever d’une même ontologie, celle de générer des « points de fixation », voire de transformations d’un objet, des « agrégats de sens », aptes, selon les cas, à incarner une divinité, ou bien à être une pierre d’achoppement dans le monde ordinaire. Nous pourrions ainsi distinguer les avatars par la nature de leur substrat : s’il est divin, le support demeure religieux, s’il est matériel, l’ « abaissement de fonction » qui en découle en fera au mieux un obstacle, ou pire une transformation mésaventureuse. Lorsque le profane, ou même un initié trop peu avancé n’a pas cette capacité à se séparer intellectuellement de l’avatar, c’est-à-dire à le cerner, il y verra un obstacle, là où l’initié complet y trouvera un accessit, un moyen de conduction entre soi et le divin : nous retrouvons là l’opposition de sens majeure des 2 acceptions les plus répandues.

 

 

Dans le monde terrestre, la matière donne des points d’accroche qui permettent aux vertus de manifester leur force. Mais lorsque ces points d’accroche s’attachent à des objets moins vertueux, plus triviaux, ce caractère incarné, qui fait habituellement les « beaux jours » d’une source divine ineffable, devient pour l’occasion une forme d’« hyper immanence » qui emporte tout sur son passage, qui engorge, qui submerge et donc s’oppose aux dynamiques les plus prévisibles. L’avatar deviendra alors un « pavé dans la mare » du libre développement de la pensée et de l’action.  Ce « pavé » imposera à l’initié de continuer à s’améliorer, afin de dépasser ce blocage inhérent à son insuffisance. C’est l’accession au 24ème degré du REAA qui autorisera ce dépassement. En effet, Le 24ème degré s’attache particulièrement, sans jamais le citer, à l’émergence de l’avatar, en tant que mix d’une forte matérialité mâtinée d’une spiritualité émergente. Je cite cette sentence dudit degré du REAA : D- « Comment êtes-vous devenu éclairé ? R- « En étudiant le Livre de la Loi, perpétuellement ouvert aux yeux de l’Univers ». Á rapprocher de ce que dit Victor Hugo dans « Les travailleurs de la mer » : « La masse suprême ne dépend point de l’homme : il peut sur le détail, non sur l’ensemble, le tout est providentiel […] Ce que nous faisons ne va pas au-delà de la surface, l’homme habille ou déshabille la terre ».

Si ce « livre perpétuellement ouvert » du rituel de Prince du Tabernacle, 24ème degré du REAA, est ce que Hugo appelle masse suprême, il n’en demeure pas moins que sa lecture variera selon l’individu. Le sens de cette sentence maçonnique sera alors de définir au mieux ce qu’est la source de toute chose, débarrassée alors des anastomoses de la culture du moment : le terme « perpétuellement ouvert » permettra de signifier cette constante, indépendamment de l’initié. Alors, si les « yeux de l’Univers » caractérisent la somme des interprétations possibles d’un objet, étudier le « Livre de la Loi », Loi entendue comme les mécanismes d’action du principe créateur sur la matière, pourra s’effectuer en 3 temps successifs, qu’on appelle au 24ème degré, nous en reparlerons plus avant, des perspectives. L’avatar nous montre que tout phénomène visible physiquement ou mentalement ne se départ jamais de l’intrication d’un sujet, l’observateur, et d’un objet, l’observé. Le phénomène n’a pas non plus nécessité d’être une observation stricto sensu : l’avatar peut aussi être l’émergence d’un sentiment, d’une volonté ou d’une sensation.

Thierry Didier

L'AVATAR PART I I - THIERRY DIDIER

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L'AVATAR PART I - THIERRY DIDIER

L ’Avatar

 

 

L’être humain est foncièrement duel, et son existence même est conditionnée par des dichotomies dont la plus emblématique est celle d’un univers constitué de matière et d’esprit. Cette distinction, quoiqu’indispensable, n’est qu’une pure abstraction nous permettant, par son caractère didactique, d’avancer dans la vie sans nous condamner à n’en être qu’une poussière sans avenir. L’homme initié « lovera » ainsi sa conscience sur un milieu ambiant, qu’il choisira plus ou moins initiatique, grâce à d’incessantes transitions de la matière à l’esprit, et de l’esprit à la matière. Ces passages seront considérés comme des Kaïros, c’est-à-dire des moments de vérité, des zones grises, des confluences éphémères entre transcendance et immanence, entre régulier et séculier, entre divin et terrestre. Ces moments seront objectivés par ce qu’on appelle communément des avatars. Si l’on oublie le multivers 2 points zéro et l’avatar en tant que transposition dématérialisée de soi-même, ce mot possède une triple acception dans la littérature : il signifie, dans le sens qui nous intéresse ici, un objet, une croyance, une attitude ou un concept dont la teneur, la portée ou l’origine variera en fonction du degré évolutif, civilisationnel ou religieux du sujet qui l’observe, avec néanmoins une structure pour une part indifférente au contexte.

L’avatar premier, pour nous maçons, sera le rituel maçonnique, dont Claude Guérillot dit : « Un rituel comporte un noyau, symbolique ou ésotérique, et un discours exotérique. Le discours évolue souvent en fonction des circonstances et des modes. Le noyau est beaucoup plus stable et n’évolue qu’avec le mythe qu’il met en scène. » La citation prêtée à Nietzsche, quelque peu galvaudée, « deviens ce que tu es », mêlant fond et forme, universalité et individualité, témoigne en effet, même si elle n’est pas la seule, d’une forme de pérennité du sens, indépendamment de l’époque et de la civilisation concernées. L’avatar, en tant, par exemple, que déclinaison religieuse et matérielle du principe divin, notamment dans l’hindouisme, définit bien cette caractéristique. L'hindouisme avait avant tout comme viatique toutes les sciences de son époque : le droit, la politique, l'architecture, l'astronomie, la philosophie, la médecine ayurvédique et d'autres savoirs qui avaient en commun une forme de substrat religieux éclectique faisant un peu penser à Babylone, ses sciences et son hénothéisme.

On peut alors considérer l’avatar comme le produit visible d’un amalgame réussi entre matière et esprit. L’avatar hindouiste représente donc une sorte de syncrétisme dans lequel sont mêlés Divin et matérialité, selon un cycle de réincarnations multiples, rapprochant progressivement le croyant d’une forme de perfection ultime. Cette « complémentation spirituelle » cumulative qu’est la théorie de la réincarnation correspond assez bien à l’évolution maçonnique, faite de progressivité et d’évolutivité. En cela, le cycle de réincarnations se montre plus subtil que la seule espérance en une vie nouvelle, car en étageant sur plusieurs existences le principe vivant d’une individualité, il allège le fardeau pénitentiel propre à chaque « renaissance », à chaque « transmigration des âmes ». Il nous rappelle, à nous maçons, notre aggiornamento permanent, fait de changements et d’adaptations, donc l’acmé sera l’« Homme en bonne santé », spirituelle comme métaphysique dont le Chevalier du Serpent d’Airain, 25ème degré du REAA, est le parangon. De plus, tout comme la franc-maçonnerie évolue en bénéficiant des acquis des générations précédentes, le Karma sera fondé quelque part sur les avantages et désavantages des vies passées, devenant alors l’indispensable « bruit de fond » de l’existence présente. Pour corroborer cette variété d’abords, le vishnouisme distinguera plusieurs types d'avatars, dont Krishna est le seul considéré comme un avatar complet de Vishnou en tant que principe ultime. Les autres avatars seront alors décrits comme des incarnations partielles ou des manifestations particulières de certains aspects du divin. La fonction première de l'avatar est cependant chaque fois la même : rétablir le dharma, désignant l'ensemble des normes sociales, politiques, familiales, personnelles, naturelles ou cosmiques, qu’on assimilera dans le REAA à la Loi universelle, représentant l’ensemble des équilibres nés d’une collusion entre le divin et le profane. C’est aussi sous cet angle, nous le verrons plus avant, que Claude Guérillot abordera les différents Chevaliers Kadosch de l’initiatique, qui correspondent, d’une certaine façon, à l’éclectisme des avatars de Vishnou.

THIERRY DIDIER.

A SUIVRE...

L'AVATAR PART I - THIERRY DIDIER

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Publié le par La Rédaction

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Publié le par YANN
L'AMOUR FORCE DE CRÉATION

L'AMOUR FORCE DE CRÉATION

"Tu ne tueras pas"

La fraternité fait partie des mystères que les hommes cachent en s'embrassant
André Malraux
 
"Ceux qui sèment la paix passeront à la postérité" : le  premier discours du pape Léon XIV est un appel puissant à la paix et à la fraternité.
 
Vains espoirs ! Vaines gloires ! Nous savons, depuis Auschwitz (et même avant) que l’humanité peut être retranchée de l’humanité. Éternel conflit entre le souverain bien et le mal radical. Le progrès est dans l’impasse, la science conduit au pire, la raison est impuissante, le mal semble chaque fois renaître et gagner en force et vigueur.  
 
Etant à la recherche, comme vous tous, de la paix universelle, je ne peux faire l’économie d’un doute sur son existence et, ne disposant que de moi-même pour y voir clair – et même n’en étant pas très sûr –, je suis tenté de réinterroger Voltaire. On connaît sa pensée. Dieu créa le monde comme un géomètre, non comme un père. C'est-à-dire qu’il ne se mêle pas d’accompagner sa création et, qu’une fois réglé, le monde n’entretient plus de rapport avec Dieu. Une intelligence originelle a établi une fois pour toutes un certain type de causalité : il n’y a jamais d’effets sans causes, d’objets sans fins, le rapport des uns et des autres est immuable…  Car Dieu, retiré du monde qu’il a créé (comme l’horloger  de son horloge), ni Dieu ni l’homme ne peuvent plus bouger. Certes, le Bien et le Mal existe mais, l’un et l’autre ne sont que les éléments d’une causalité universelle ; ils ont une nécessité mais cette nécessité est mécanique et non morale : le Mal ne punit pas, le Bien ne récompense pas. Ils ne signifient pas que Dieu est, qu’il surveille, mais qu’il a été, qu’il a créé. Si donc l’homme s’avise de courir du Mal au Bien par un mouvement moral, c’est à l’ordre universel des causes et des effets qu’il attente ; il ne peut produire par ce mouvement qu’un désordre-bouffon.
 
Que peut donc l’homme sur le Bien et le Mal ? Pas grand-chose : dans cet engrenage qu’est la création, il n’y a de place que pour un jeu c'est-à-dire la très faible amplitude que le constructeur d’un appareil laisse aux pièces pour se mouvoir. 
 
Hors de ces développements nihilistes, il existe peut-être un remède au Mal radical :  l’Amour ! Dans le chapitre 178 des Futuhât qu’il consacre à l’amour, Ibn ‘Arabî  aime à souligner que l’amour est la raison même de la création du monde. L'amour qui est à l'humanité ce que la gravitation est à la nature, la force qui tient le tout ensemble, qui rassemble contre le diable  ("diabolos" qui signifie ce qui sépare ou est séparé). L'amour, qui est la reconnaissance de l'autre sans condition, qui est donc l'assomption de la vie, une disposition empathique qui libère la joie. 

YANN.

LA FORCE DE L'AMOUR -BLOG DE YANN
Étiquette arbre lettre

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Le dernier des « Sept Poèmes d’amour en guerre »

Au nom du front parfait profond
Au nom des yeux que je regarde
Et de la bouche que j’embrasse
Pour aujourd’hui et pour toujours

Au nom de l’amour enterré
Au nom des larmes dans le noir
Au nom des plaintes qui font rire
Au nom des rires qui font peur

Au nom des rires dans la rue
De la douceur qui lie nos mains
Au nom des fruits couvrant les fleurs
Sur une terre belle et bonne

Au nom des hommes en prison
Au nom des femmes déportées
Au nom de tous nos camarades
Martyrisés et massacrés
Pour n’avoir pas accepté l’ombre

Il nous faut drainer la colère
Et faire se lever le fer
Pour préserver l’image haute
Des innocents partout traqués
Et qui partout vont triompher.

(Paul Éluard)

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Publié le par Jean-François Guerry
ANNONCE RECENSION - Angel Fajardo y Sorribes - RACINES DU SACRÉ et SPIRITUALITÉ MAÇONNIQUE
Le dernier livre de Angel Fajardo Y Sorribes est sorti il y a quelques semaines, sa densité est telle que chaque page oblige à lever les yeux et s'arrêter un instant et souvent plus pour s'imprégner des mots, réfléchir sur les idées qu'ils expriment, et ainsi abreuvé transcrire en soi la lumière reçue. C'est donc sans hâte comme sur le chemin initiatique que j'ai lu et entendu les paroles de l'auteur. Dans les jours qui viennent je vous ferais part de mes impressions personnelles  sur cet ouvrage qui ouvre tant de portes qu'il faudra plusieurs articles pour tenter de rendre compte même sommairement de son contenu. L'auteur parvenu au sommet de son rite en ayant pris la pleine mesure et l'immensité de sa richesse, nous en transmet le meilleur. C'est le Très Illustre Frère Georges Bousquet qui signe la préface judicieusement nommée Prologue. C'est dire l'importance de ce livre dans la transmission du Rite Écossais Ancien et Accepté, que l'auteur pratique depuis plus de 50 ans. 
Sans attendre l'insuffisance de mes mots vous pouvez vous procurer ce livre de référence sur le site d'Amazon.
Ci-dessous quelques lignes de présentation avant les recensions complètes. 
Bonne lecture.
Jean-François Guerry.
Angel Fajardo y Sorribes

Angel Fajardo y Sorribes

Quelques mots de l'auteur.
ANNONCE RECENSION - Angel Fajardo y Sorribes - RACINES DU SACRÉ et SPIRITUALITÉ MAÇONNIQUE

Chers amis, chères amies,

C’est avec une immense joie que je partage avec vous une nouvelle qui me tient particulièrement à cœur. Dans quelques jours j’aurai le plaisir de vous proposer le deuxième tome des « Racines du Rite Écossais Ancien et Accepté », intitulé « Racines du Sacré et Spiritualité Maçonnique ».

Ce livre, dont la sortie est prévue au mois de mars, est le fruit de mon inspiration et de ma réflexion sur le cheminement spirituel proposé par la Franc-maçonnerie Ecossaise. Il est l’affirmation de mon souhait d'éclairer davantage nos pratiques et nos rituels, tout en approfondissant notre compréhension des racines sacrées et spirituelles qui nourrissent notre engagement maçonnique. C'est une invitation à plonger dans un univers riche en symbolique et en sagesse, où chaque page résonnera comme un écho de notre quête personnelle de vérité et de lumière.

La date précise de publication sera bientôt communiquée. Que vous soyez déjà initiés ou simplement curieux d'explorer cet univers fascinant, je suis convaincu que ce tome 2 « Racines du Sacré et Spiritualité Maçonnique » saura éveiller votre esprit, nourrir votre cœur et enrichir votre âme.

Pour ceux qui souhaitent se le procurer, des informations seront communiquées sous peu.

En attendant cette parution, je vous invite à l’inspiration et à la méditation sur nos propres racines sacrées. Ensemble, continuons à explorer les profondeurs de notre engagement et à illuminer notre chemin et celui de l’humanité.

Avec toute mon amitié et ma fraternité,

Angel FAJARDO Y SORRIBES

Le premier livre de l'auteur.
ANNONCE RECENSION - Angel Fajardo y Sorribes - RACINES DU SACRÉ et SPIRITUALITÉ MAÇONNIQUE

Le thème choisi par l’auteur est ambitieux, de nombreux livres ont déjà été écrits sur le Rite Maçonnique le plus répandu dans le monde. L’originalité de l’ouvrage réside comme l’indique Angel Fajardo dans une recherche et analyse spirituelles sur des évènements fondateurs de notre Tradition au regard des grandes civilisations. L’ouvrage qui souligne le caractère universel du rite intéressera à la fois les initiés et ceux que l’on appelle les profanes en recherche de la Connaissance, de la Vérité, de l’Harmonie de leur unité. On n’ouvrira certes pas ce livre par hasard mais animé du désir de Savoir, Comprendre, pour ensuite agir sur soi-même et avec humilité sur le monde. Ce livre est un voyage, ou plutôt plusieurs voyages à travers les spiritualités de nombreuses civilisations qui sont les sources de nos rituels maçonniques. La métaphore qui a été choisie par l’auteur est celle de l’arbre qui grandit grâce à ses nombreuses racines. Les branches, les rameaux, les feuilles sont en quelque sorte fécondés par une sève unique, cette sève permettant leur développement, leur épanouissement. L’auteur dans son introduction nous parle d’une synthèse supérieure, je le cite : Pour le Rite Ecossais Ancien et Accepté, toutes les religions lui paraissent contenir des vérités don’t il est tenu compte en affirmant une synthèse supérieure. Dans un autre chapitre, l’auteur nous indique pourquoi Beith est la première lettre et pas la seconde, reliée avec Boaz. Il dévoile aussi pourquoi Aleph dissimule la Vérité imprononçable, ce qui naturellement vous conduira à la connaissance de Tsimtsoum, la Lumière Suprême. L'auteur souligne que matière et esprit ne sont pas en opposition, l'esprit aide la matière à se débarrasser de ses encombrants. Vidée, elle peut se reconstituer avec la puissance de l'esprit, ainsi l'Homme s'élève vers le meilleur de lui-même: sa spiritualité. Il écrit :La spiritualité donne une autre vie à la vie. Quel beau message d’espérance ! Ouvrir la porte du Sacré. C’est ce que propose le Rite : s’ouvrir à la spiritualité. Je cite pour conclure Angel Fajardo : Notre rite apparaît comme le fleuve ouvrant la porte du sacré, pour faire découvrir l’étincelle première du monde spirituel au profane devenu initié. C'est à des découvertes passionnantes que nous invite Angel Fajardo. 
Jean-François Guerry. Blog : lafrancmaçonnerieaucoeur.

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Publié le par Philippe Dubach
JE, TU, NOUS. Par Philippe Dubach.
Aimons-nous les uns les autres pas seulement en paroles mais aussi en actes. Passons de la pensée à l'action, mettons-nous à l'épreuve de la Fraternité pour qu'elle ne soit pas qu'un moment, mais une pierre de soutien, cette pierre sculptée chaque jour qui fait de l'homme un humain.
Le nous c'est la joie dans nos coeurs...

 

Jean-François Guerry.

 

 

Je, tu, nous 

Les usages des pronoms 'je', 'tu' et 'nous' révèlent quelques secrets bien cachés de nos identités que je vais tenter d’éclairer de mes réflexions. 

 

Je ne peux plus vivre avec moi-même


'JE'
Le 'je' est un point de départ, celui de l’intime regard tourné vers soi, une chambre des réflexions où se créent les goûts, les peurs et les désirs.
Le 'je' est l’identité en murmure, un sujet qui se cherche dans la lumière de ses propres contours.
L’utilisation abusive du 'je' signe certainement un égocentrisme introverti. L’individu est dans ce cas souvent dans le jugement qu’il entreprend entre ses valeurs et celles des autres.
Rares sont ceux qui peuvent légitimement pratiquer ce 'jeu' avec l’autre ; cette légitimité est revendiquée par les dictateurs, les investis de pouvoir, mais également par les enfants de moins de 3 ans...
On pardonne aisément le 'jeu' de l’ego de l’enfant, mais chez l’adulte, le 'je' devient autoritaire et égocentrique. 

'Nous voulons, nous pensons, nous sommes...'. 
Passer du 'je' au 'nous' est un acte d’ouverture, au minimum une tentative, un souhait d’inclure l’autre dans ses valeurs.
L’usage du 'nous' suppose un préalable : utiliser le 'tu', c’est-à-dire reconnaître l’autre comme entité indépendante de soi.
Pour les francs-maçons, le 'je' représente la pierre brute, l’individu, conscient de ses limites, qui entreprend le travail de connaissance de soi dans l’objectif ambitieux de s’améliorer.
Le 'je' est le sujet muet en devenir, celui qui, dans le silence du cabinet de réflexion, découvre que son 'je' n’est pas une fin mais un point de départ d’un long chemin. 

 


'TU'
Le 'tu' est déjà un miroir : il fracture l’ego, appelle la réponse, introduit l’altérité.
Il est l’invitation à sortir de soi, il devient l’espace où le regard de l’autre modèle le nôtre.
Toutefois, le 'tu' peut mettre à distance puisqu’il est non inclusif, et se révèle être accusateur ou juge, et devient à ce titre le 'tu' qui tue en plaçant l’autre au pilori.
Le 'je' qui parle au 'tu' a le mérite de prendre ses responsabilités puisqu’il se positionne par rapport à l’autre.
C’est souvent dans ce couple 'je'-'tu' qu’apparaissent les extrêmes souvent binaires : haine ou passion.
Le passage symbolique du 'je' devant le miroir du 'tu' permet de regarder l’autre comme semblable à soi-même, et, par suite, de convertir le 'je' en 'tu' pour permettre la conversion introspective de notre regard. Rappelons-nous la célèbre devise 'Connais-toi toi-même...'
Cela suppose donc de se parler à soi-même comme à un 'tu'.
Dans la tradition maçonnique, le 'tu' est de rigueur, symbole de fraternité et de proximité dans la démarche.
Le 'tu', c’est l’autre, le frère ou la sœur rencontré dans le temple.
Malheureusement, le 'tu' maçonnique devient identitaire, séparant au lieu de rassembler.
Le 'tu' maçonnique signe la reconnaissance de l’autre 'pour tel' et non 'comme tel', car c’est par les valeurs d’une sœur ou d’un frère qu’on le reconnaît, et non par son appartenance à un quelconque modèle identitaire.
Le 'tu' n’est pas seulement le miroir, il est l’outil, le levier qui, par la confrontation bienveillante, permet à la pierre de prendre forme et de se dégrossir.
Dans le dialogue entre 'je' et 'tu', se révèle une tension féconde, celle du travail partagé, du respect mutuel, du dépassement de l’ego. 

 

Nous devons êtres les briques du pont qui s'appelle Liberté, Égalité, Fraternité


'NOUS'
La réunion du 'je' et du 'tu' fait naître le 'nous' qui offre un espace pour rassembler ces deux parties éparses.
Le 'nous' fait apparaître une autre forme d’intégration de l’autre dans une construction collective et collaborative.
Le 'nous' naît d’une tension à la confluence du 'je' et du 'tu', une tentative de synthèse.
Mais le 'nous' n’est pas simplement une addition, c’est un nouveau lieu d’être, un tiers lieu, une conscience partagée qui transcende le particulier sans l’effacer.
Avec le 'nous', le sujet devient relation, et l’existence prend la forme du lien.
Malheureusement, l’usage du 'nous' masque parfois une volonté presque manipulatrice pour associer l’autre à notre pensée.
Le 'nous' dé-responsabilise aisément, il permet d’inclure l’autre dans notre discours par une tentative de généralisation : 'Nous pouvons en conclure que...', 'Nous avons une âme...'.
Le 'nous' a tout de même le mérite de ne pas être un 'on', qui, pour le coup, ajoutant le flou de ce pronom indéterminé, n’étant ni 'je' ni 'nous', semble vouloir désigner un eux tout en laissant supposer qu’il inclut le je... : 'On me l’a dit...', 'On le sait bien...'.
La pratique régulière de cette transition du 'je' vers le 'nous' amène petit à petit le roi 'je' à s’incliner, un (je)nou à terre, tourné vers l’autre dont il reconnaît l’identité semblable à la sienne.
Le 'nous' est souvent celui du couple, de moins en moins celui de la famille.
Il reflète malheureusement souvent plus la fusion que l’amour, qui devrait respecter le 'tu' au lieu de le dissoudre dans un 'nous' identitaire.
Accompagné avec fraternité, le 'nous' se transforme en un lien à l’image d’une corde nouée de tous les nœuds passés, présents et bientôt futurs qui s’y inscrivent.
Le 'nous' est une arche d’alliance qui sauve les âmes esseulées qui étaient en train de se noyer dans le vortex de leur 'je'.
Pour le franc-maçon, le 'nous' incarne la loge, l’espace sacré de la construction collective.
Ce n’est plus l’addition des individualités, mais leur fusion dans un dessein plus grand, celui de l’édification du Temple de la Fraternité universelle ouvert à l’Occident.
Le 'nous' maçonnique est à la fois opératif et symbolique, il est le ciment qui unit les pierres, une conscience d’unité dans la diversité.
Car c’est dans cette diversité soigneusement défendue qu'une liberté de pensée s’exprime dans le respect mutuel.
C’est là que la parole circule, que le rite fait sens, et que la lumière peut être reçue.
La transformation du 'je' en 'nous' est le début d’un long chemin vers l’universel.
Toutes nos traditions, qui traversent le temps, n’existent que par ce petit passage entretenu du 'je' au 'nous'.
Maintenons précieusement sur ce chemin ouvert du 'nous', maintenons cette porte  ouverte, pour garder un lien avec une part de nous-mêmes qui remonte aux origines.

Philippe Dubach. 

Le phare est une lumière de la Fraternité.

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Publié le par Philippe Dubach
Ces quatre nombres qui, réunis par l'addition, produisent le nombre dix, constituent l'Etre, tant universel que particulier - Fabre d'Olivet.

Ces quatre nombres qui, réunis par l'addition, produisent le nombre dix, constituent l'Etre, tant universel que particulier - Fabre d'Olivet.

La lumière des mathématiques, une symphonie pythagoricienne ? Les reflets du principe d'ordre ? Autant de questions créatrices ? Autant de nombres qui jalonnent la voie initiatique symbolisés par les coups de maillets les battements de mains réalisateurs qui résonnent dans les esprits et les coeurs.

Jean-François Guerry.

"Les mathématiques et la question ultime "

 


"Les yeux ne voient que ce que l’esprit est prêt à comprendre". Henri Bergson 

Les mathématiques semblent constituées d'une matière qui prend son origine dans l'une des seules vérités accessibles à l'homme qui s'interroge : la logique.  En exprimant l’infinité des facettes de leur origine, les mathématiques, indépendantes du temps et de l'espace, se laissent découvrir par l'esprit humain à la manière d'une chaine universelle de causes et de conséquences enfantées d'une première étincelle.

 

Tétragramme



Si l'on découvre les mathématiques plus qu'on ne les invente, comme les Amériques découvertes sans être inventées, il y a tout de même lieu de considérer les mathématiques comme une matière avec laquelle l’esprit humain compose. En effet, à l'image des notes de musiques dont les fréquences pré-existent dans l'univers, qui assemblées dans un ordre spécifique et jouées avec harmonie et beauté se transforment en musique, les mathématiques constituent également un matériau dont la mise en œuvre peut être considérée comme une création. 

De même, une toile peinte n’est que la réorganisation singulière de pigments de couleurs. L’artiste ne crée pas à partir de rien : il révèle, assemble, transforme. Le mathématicien, en ce sens, est un artiste, il crée et assemble à partir d’un substrat épars qui le précède. 

Le lien indéfectible entre les mathématiques et l’univers observable ne relève pas de la magie, mais d’une cohérence fondamentale, de liens de causalité qui comme toute partie de l'univers respectent la Loi de cohérence globale. L'univers ne peut pas être mis en défaut de cohérence puisqu'il est le résultat d'une création engendrée. Derrière la beauté immense de l'univers se cachent les lois qui l'ont engendré. Notre émerveillement devrait revenir à ces lois et non à leur structuration gravée dans la matière. 

Ainsi, les mathématiques n'apparaissent pas séparées de notre réalité matérielle, car elles n'en sont que l’un des visages les plus fondamentaux. 

 

Valeur numérique


Mais derrière toute œuvre se cache un créateur... Quelle que soit la nature du système évolutif considéré, s'interroger sur son origine revient à rechercher la singularité qui l'a engendré. L'univers et sa mécanique évolutive n'échappent pas aux lois de l'évolution, tout comme les mathématiques qui s'étendent par un mouvement créatif infini depuis une singularité originelle. 

Si l'origine des mathématiques est la logique, on peut légitimement se poser la question de l'origine de la logique. Cette quête nous conduit à la question ultime : « Pourquoi existe-t-il quelque chose plutôt que rien ? » Il faut ici comprendre le « rien » comme l’absence de toute création, et non comme un vide cosmique, lequel est déjà un état organisé, un espace-temps chargé d’énergie. 

Le sens de cette question, plus encore que sa réponse, ouvre la voie à une interrogation secondaire mais essentielle : « Pour…quoi existe-t-il quelque chose plutôt que rien ? », pour quoi ? en deux mots. 

Face à cette question, deux postures s’opposent : soit la question possède une réponse, soit elle est absurde. Et cette absurdité éventuelle naît du lieu depuis lequel la question est posée. Peut-on imaginer se demander : « Pourquoi n’existe-t-il rien ? » Car il est évident que se poser cette question est absurde...tout comme la précédente peut-être... 

L’art de questionner porte un nom : la maïeutique. Et l’absurde, loin d’être un échec du raisonnement, peut en constituer une réponse légitime. Le scientifique lui-même utilise l’impossible pour cerner les limites de la logique : lorsqu’un résultat dépasse 10 exposants 80, soit 10 suivit de 80 zéros, il comprend que la question doit être révisée, le résultat dépassant le nombre quasi infini de particules élémentaires composant notre univers connu : 10 exp 80. Les scientifiques utilisent la limite de 10 exp 100, nommée 'googol' qui sera détournée pour le célèbre 'Google'. Un résultat qui conclut sur ce signal d’erreur appelle à repenser la question, car elle n'a pas de sens. 

Le questionnement de l'origine est l'apanage des spirituels et des Cherchants qui se posent la question que les croyants et les religieux ne se posent pas. Il existe peut-être une autre manière de se questionner, en considérant notre monde exprimé, c'est-à-dire tout ce qui existe, y compris chaque pensée de ce monde, comme le résultat tangible d'actes de création. L'homme crée, comme lui-même a été créé. L'homme est une étincelle de son créateur, et l’homme fait aussi ses étincelles ! 

En considérant tout ce qui existe comme crée, alors ce qui n'est pas créé constitue le seul vrai espace de liberté, seul substrat autorisant une création libre de tous liens de causalité. Ainsi le chaos n'est pas l'obscur espace opposé à l'ordre d'un monde civilisé. Le chaos, loin d'être le lieu des ténèbres ou du hasard, est le seul endroit de tous les possibles non encore exprimés, le seul lieu autorisant une véritable création ex-nihilo. 

Pour le scientifique, le chaos, ou plus généralement tout système chaotique, est imprévisible par définition. Le système chaotique est un système dont l'évolution est d'une extrême sensibilité par rapport à ses paramètres d'origine. C'est ce que l'on appelle également parfois’l'effet papillon'.
Ce type de système dépend tant sensiblement des paramètres d'origine que les possibilités de divergences sont infinies. 
Le monde regorge de ces types de systèmes chaotiques. 

Se pourrait-il que ces systèmes chaotiques soient des tuners capables d'exprimer l'image originelle ? Notre conscience serait-elle de nature chaotique ? Capable d'exprimer l'origine de toutes choses... 

Prenons un exemple fascinant : le nombre π (pi), 3,1415926… Un nombre irrationnel, c'est-à-dire, dont les décimales s’étendent à l’infini sans aucun motif répétitif ni prévisible. En théorie, toutes les suites possibles y sont contenues. De A à Z, chaque lettre étant codée par sa place de 1 à 26 dans l'alphabet, votre vie y est codée, lettre après lettre, traduite dans toutes les langues possibles, de votre naissance à votre mort. 

 


Ce nombre mystérieux, qui symbolise le cercle parfait, incarne l’unité : l’unité d’un Tout que nous cherchons à comprendre, à rejoindre, peut-être même à retrouver. 

Le simple fait qu’un même nombre régisse la courbure d’un cercle, le comportement des pendules, la propagation des ondes et la structure des atomes suggère une harmonie profonde dans la nature, une dimension numérique à l’ordre caché de notre univers. 

En cela le nombre π est bien plus qu’une constante mathématique ; il est un archétype qui relie la forme parfaite du cercle au chaos des décimales infinies. Il unit la matière et la conscience, l’observable et l’invisible. À travers lui, le monde réel et le monde céleste se répondent, comme deux dimensions d’une même vérité.
π relie la partie au Tout par un lien aux décimales infinies le carré et le cercle, l'un symbole de la matière et l'autre symbole du céleste et de l’absolu. Par la quadrature résolue π devient un pont numérique, situé entre le 3 et le 4, entre le divin et le terrestre. 

Ainsi, les mathématiques, au-delà d’un simple langage, apparaissent comme un pont entre le visible et l’invisible, entre le réel et le possible, entre le créé et le chaos. 

Les mathématiques nous parlent de l’architecture profonde de notre univers autant qu’elles révèlent la puissance créatrice de l’esprit humain. Elles sont à la fois le miroir de l’univers et le reflet de notre conscience, révélant un ordre à l’intérieur du chaos. En cherchant, explorant ce qui nous dépasse nous participons à une dynamique infinie de création. 

En ce sens, les mathématiques sont l'une des expressions silencieuses d’un ordre plus vaste, qui ne demande qu’à être lu, compris, et peut-être, un jour, pleinement ressenti.

 

Philippe Dubach 

Comme un point de Lumière dans l'Océan

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