LE HASARD ?
Le hasard est une causalité imprévue, comme le désordre, n’est qu’un ordre inattendu.
Henri Bergson.
Nous avons coutume de dire, qu’il n’y a pas de hasard, que c’était prévu, que nous ne connaissions pas l’heure, le lieu, mais que nous avions la certitude de la réalisation de l’événement. Il en est ainsi de la mort qui fait partie de la vie. On a beau jeu de dire on se prépare, je me prépare à ce rendez-vous, mais on n’est pas toujours prêt pour le moment, à l’heure dite, il y a toujours un effet de surprise, un moment de flottement, c’est souvent dans ces moments-là que la mort nous surprend que la faux coupe l’épi mûr. Cette semaine j’ai été confronté par deux fois à ces hasards qui n’en sont pas.
J’ai perdu de vue un instant, un beau-frère, qui avait fait son temps, et qui de plus en plus souvent, trouvait son temps long. Au fond de son lit de plus en plus souvent il disait j’attends, « c’est ici que cela avoir lieu », il avait défié le hasard, il savait, même s’il n’avait ni l’heure ni le jour.
Il croyait, il n’avait pas une foi religieuse inébranlable, mais il croyait surtout en l’homme, il avait souhaité pour son dernier départ être accompagné par un officiant laïque un diacre de préférence, et non un prêtre. Le hasard a voulu que ce fut un prêtre roumain exilé, plein d’humilité, de fraternité. Par un heureux hasard mon beau-frère, (quel beau nom) a été accompagné vers sa dernière résidence par un homme rempli de foi et d’humanité.
Nous avons choisi avec ses enfants des mots pour l’accompagner, des mots sacrés, des mots de passe, pour que les portes de l’au-delà s’ouvrent pour lui. En reconnaissance de ce qu’il avait fait de sa vie, fait pour les siens ses proches et ses lointains voisins. Il avait fait la guerre d’Algérie, sans la vouloir par hasard il avait l’âge, il n’en parlait pas, il ne s’en glorifiait pas.
Le ministère des Anciens Combattants et toutes les Associations composées de ses anciens frères d’armes, l’avaient sans doute compris, ils ne sont pas venus, ils n’ont pas témoigné, il paraît qu’il ne cotisait pas ? Personnellement je pense qu’il y avait déjà cotisé en offrant le meilleur de lui-même, lui, tout simplement, sans rien dire sans tambour ni trompette, ni oriflamme. Les hommes simples et de conviction n’ont pas besoin d’apparat. Il n’a rien demander, non plus, au corps de la gendarmerie nationale qu’il a servi toute sa vie, ils ne sont pas venus lui rendre dernier hommage, il n’y a pas de hasard. Mais il y a, c’est sûr des rendez-vous manqués, marqués de l’indifférence même à la devise « Honneur et Patrie ». Je prends pitié pour eux.
Pourtant, il n’est pas parti seul ses sœurs et ses frères qui l’ont accompagné sur le chemin de Compostelle étaient là, bien présents avec leur chair, leur cœur, et leur esprit pour crier une fois encore le mot de passe des jacquets sur le Camino Ultreïa ! (Plus loin, plus haut).
Ce n’est pas par hasard, que nous avons choisi les textes bibliques qui l’ont accompagné : Saint-Jean celui qui ouvre et ferme les portes avec son jumeau de Lumière, celui qui sait que le grain mis en terre ne meurt pas mais revivra bientôt plus radieux que jamais. Saint-Matthieu qui nous rapporte le Sermon sur la Montagne de celui qui fit le plus grand sacrifice, le don de son corps, le prophète le plus humble de tous et qui décréta que seront heureux à tout jamais les plus simples, les plus malheureux, les plus miséreux d’entre-nous, car ils ont le cœur pur.
Ce sont des chants d’espérance qui ont accompagnés l’âme de mon beau-frère, que nous avons vu monter vers l’infini des cieux.
Quelques jours plus tard, dans un autre lieu sur cette terre, nous étions plusieurs sœurs et frères pour le dernier voyage de l’un de nos frères. Le hasard encore à voulu, que ce furent les mêmes textes bibliques, les mêmes mots sacrés, les mêmes mots de passe, les mêmes prières le même évangile, qui firent trembler d’émotion les cœurs et les voix des fidèles assemblés pour un dernier hommage, à un homme à la vie si riche de sentiments, de qualités et de vertus données à toute sa famille, ses proches et ses amis, sans ostentation comme doivent et savent le faire ceux qui sont reconnus pour tels par leurs frères. Et comme décidemment le hasard me poursuit sans relâche en rentrant chez moi, j’ai trouvé dans ma boîte à lettre, un livre que j’avais commandé (Mythes et concepts utiles aux initiés-initiants. de Jean-Bernard Levy.) En ouvrant la première page j’ai lu :
Être fidèle à ceux qui sont morts
Ce n’est pas s’enfermer dans la douleur.
Il faut continuer de creuser son sillon, droit et profond.
Comme ils l’auraient fait eux-mêmes.
Comme on l’aurait fait avec eux, pour eux.
Être fidèle à ceux qui sont morts, c’est vivre comme ils auraient vécu.
Et les faire vivre avec nous.
Et transmettre leur visage, leur voix, leur message, aux autres.
À un fils, à un frère, ou à des inconnus, aux autres, quels qu’ils soient.
Et la vie tronquée des disparus, alors, germera sans fin.(1)
Martin Gray.
C’est véritablement par le plus grand des hasards que ce texte a été lu par le fils de mon beau-frère juste après qu’il eut répandu ses cendres, il y a trois jours.
Aussi, je dirais comme Paul Eluard :
Il n’y a pas de hasards, il n’y a que des rendez-vous.
Jean-François Guerry.
Martin Gray (1921- 2022) est un écrivain franco-américain, d’origine juive polonaise. Dans son best-seller mondial Au nom de tous les miens paru en 1971, il honore la mémoire des êtres chers qu’il a perdu dans des conditions tragiques :
- sa mère et ses frères tués dans la chambre à gaz du camp de concentration nazi de Treblinka,
- son père abattu sous ses yeux à la tête des insurgés du ghetto de Varsovie,
- sa femme Dina et ses quatre enfants morts dans l’incendie de sa maison du Var en 1970.
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