Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.
Le compas illustre bien les deux premiers de Maçon, avec la Force de ses deux jambes, ce compas simple et droit appeler aussi compas d’établi est donc celui qui sers à mesurer et à tracer. L’outil éclaire l’œuvre pour lui faire atteindre la perfection. Nicolas Bion circinusophile, spécialiste du compas écrit à la page 8 de son traité : « La bonté d’un compas consiste simplement à ce que le mouvement de la tête soit bien égal et qu’il ne faute point en l’ouvrant ou le fermant… » On réalise l’importance de la précision de l’ouverture. Il est rare qu’un même mot soit aussi polysémique, nous retiendrons que le compas sert à prendre des mesures et la mesure de toutes choses, à la conservée et la transmettre. Le compas est ainsi l’instrument de l’ouverture vers le savoir et la connaissance qu’il mémorise et transmet.
Le compas du tailleur de pierre dans la carrière du jour, lui sert à connaître l’épaisseur de celles-ci pour les mettre en rapport avec leur destination dans l’édifice, le compas du sculpteur viendra parfaire l’œuvre, pour la rendre plus belle.
Rendre l’œuvre plus belle, plus harmonieuse plus équilibrée c’est ce que permet le compas de proportion dit aussi de Galilée ; qui aurait en réalité son fondement dans la quatrième proposition du sixième livre d’Euclide, où il est démontré que les triangles semblables ont leurs côtés homologues proportionnels. Le compas instrument de la géométrie qui permet la réalisation du premier de tous les arts l’architecture, dont la géométrie est la clé. Ce qui explique pourquoi le Grand Maître Architecte doit savoir ce que contient un étui de mathématiques, dans lequel il trouvera en autres instruments de mesures, un compas de proportion, celui qui lui permettra de tracer les figures géométriques comme le triangle. Il trouvera aussi un compas à quatre pointes qui sert à reproduire des cartes ou des plans sur deux plans sécants. (À moi les enfants de la veuve, je ne suis pas du tout connaisseur en mathématiques et géométrie).
Labyrinthe de Dédale
L’usage du compas peut aussi être repéré en loge en observant les volutes de la colonne ionique, qui ont été tracées avec le compas dit à volutes. Ces volutes représentent les boucles de cheveux d’une jeune femme ionienne.
Pour conclure puisque nous sommes revenus à la Grèce antique, pour conclure la légende attribue à Talaüs le neveu de Dédale par sa sœur l’invention du compas, Dédale aurait tué son neveu pour lui dérober son invention ! Souhaitons que le compas de l’esprit avec sa mesure et son ouverture nous aide à sortir du labyrinthe de l’erreur et des préjugés, que nous ne tombions pas comme Icare le fils de Dédale dans l’hubris, et la démesure, nous souvenant la maxime rien de trop.
Selon Antoine Lilti l’historien titulaire de la chaire ‘Histoire des Lumières du XVIIIème au XXIème siècles au Collège de France’, comme nous l’avons vu hier dans le premier article ; non seulement nous ne sommes pas en occident les seuls héritiers des Lumières, mais ces Lumières sont nées simultanément en Europe et au-dehors de celle-ci. Il cite les révolutionnaires sud-américains des XVIIIème et XIXème siècles, qui lisaient le Contrat social de Jean-Jacques Rousseau, du Rio de la Plata entre Argentine et Uruguay, jusqu’au Venezuela. Ce Contrat social fût donc la source qui irrigua une grande partie de l’Amérique du Sud avec ses valeurs : égalité, liberté et volonté du peuple. Antoine Lilti cite également les réformateurs persans et ottomans ainsi que les intellectuels éclairés du Japon qui avaient ébauché dès le XVIIIème siècle une critique du néoconfucianisme, des rites et des traditions. Faut-il en conclure sans nuances que les Lumières furent le moteur de la coupure ou des coupures avec les traditions, les rites, les religions ? Antoine Lilti propose une lecture plus nuancée il parle d’hybridation avec les traditions locales, assortie d’une prise en compte des minorités intellectuelles plus réceptives aux Lumières. Il souligne donc, plutôt qu’un universalisme des Lumières, une universalisation de celles-ci. Plutôt que l’universalisme qui suggère en creux une forme d’arrogance de l’Europe qui voudrait assimiler le reste du monde à ses Lumières. À une sorte d’injonction à une conformité qui de fait serait une négation même de l’esprit des Lumières et de sa devise Kantienne sapere aude. L’on ressent parfois dans les discours emphatiques de tous nos dirigeants cette orgueilleuse arrogance, cette verticalité suffisante. Ils revendiquent un droit de propriété intellectuelle sur la vérité et l’esprit des Lumières, c’est une réflexion toute personnelle. Cette attitude dominatrice, ouvre la porte aux antis tout, anti colonialistes perpétuels, wokistes et nourri les intégrismes.
"Un diner de philosophes" de Jean Huber (1772-1773) Voltaire, Condorcet, Diderot, d'Alembert et de la Harpe
J’ai retenu cette réflexion pertinente d’Antoine Lilti illustrant par préférence à cette revendication verticale des lumières, un universalisme latéral, évoqué par Merleau-Ponty dans un texte dédié à Lévi-Strauss. Il cite donc à propos de cet universalisme, auquel on accède par : « L’incessante mise à l’épreuve de soi par l’autre et de l’autre par soi », ou encore il cite aussi Souleymane Bachir Diagne : « Par l’inscription du pluriel du monde sur un horizon commun. »
Personnellement cela m’inspire une forme de responsabilité de l’autre, de respect de la dignité de l’autre, de sa spécificité en clair une obligation un devoir de fraternité. Ce qui immanquablement nous ramène aux valeurs fondamentales de la Franc-maçonnerie spéculative universelle.
L’universalisation mise en avant par Lilti à propos des Lumières, ne revendique pas une position d’autorité qui serait l’universalisme, mais la faculté de faire progresser des valeurs universelles dans un contexte historique tenant des particularités différentes dans l’espace. Regarder, s’inspirer des Lumières serait alors regarder dans la même direction de ses valeurs morales avec nos différences culturelles.
Dans la fin de sa réflexion Lilti, met en Lumière la compatibilité de la liberté de philosopher, de l’usage critique de la raison, mais sans s’opposer radicalement aux religions révélées. Il prend pour exemple les pensées de Maïmonide et d’Al-Faradi, ainsi se juxtaposent Foi et Raison, sans opposition aux Lumières. L’homme éclairé est en capacité de ne pas se soumettre à des dogmes qui lui seraient imposés ; mais il est aussi capable de comprendre et connaître les mythes et les légendes avec leurs héros emblématiques, les symboles qui incarnent des valeurs morales universelles. Antoine Lilti, a démontré que l’héritage des Lumières peut être revendiqués hors de France, hors de l’Europe, il a aussi démontré les ambivalences des Lumières dans notre modernité.
Je retiendrais la consanguinité entre Lumières, l’esprit des Lumières et la Franc-maçonnerie spéculative, et un but commun l’émancipation de l’homme par le savoir pour lutter contre l’ignorance source de tous les intégrismes.
Antoine Lilti conclu que l’Europe des Lumières n’est pas réfutée, mais elle devient l’objet d’une approche comparative plutôt qu’une pétition de principe. Je dirais que nous pouvons trouver dans ces ambivalences une forme d’unité harmonieuse réalisable avec le ciment de la fraternité.
Jean-François Guerry.
SOURCE : Antoine Lilti. Le journal Le Monde du samedi 10/12/2022 – Rubrique Idées Article : Pluraliser les Lumières est la condition même de leur universalisation.
CRITIQUE : L'HÉRITAGE DES LUMIÈRES.
Que nous reste-t-il des Lumières ? En quoi les questions qu’elles ont posées nous regardent-elles encore ? Ces interrogations reviennent souvent, mais les réponses qu’on y apporte sont souvent assez convenues. Elles sont pourtant essentielles, explique A. Lilti, et méritent la plus grande rigueur.
Auteur de deux ouvrages qui l’ont déjà fait connaître comme un historien majeur de sa génération (Le Monde des salons. Sociabilité et mondanité à Paris au XVIIIe siècle, Fayard, 2005 et Figures publiques. L’invention de la célébrité, Fayard, 2014), Antoine Lilti offre, avec L’héritage des Lumières, un livre de maturité. L’aisance de l’écriture, fluide, rigoureuse, contribue à entraîner le lecteur dans une investigation passionnante. Si on est parfois arrêté dans la lecture, c’est que la richesse des analyses donne à penser, invite à faire pour son propre compte le bilan de ce que le livre apporte, des lumières nouvelles qu’il jette sur des questions qui sont les nôtres. L’ouvrage se compose de trois parties dont l’objet est à chaque fois bien identifié : « Universalisme », « Modernité », « Politique ». Assumant d’emblée une forme d’« anachronisme » qui faisait déjà l’un des intérêts de son livre sur l’invention de la célébrité telle que nous la connaissons aujourd’hui, celle des personnalités « connues pour être connues », A. Lilti aborde chacune de ces thématiques en se demandant de quelle façon les questions qui « nous regardent » (formule de Voltaire utilisée pour donner son titre à l’introduction) peuvent être mieux comprises en y voyant une forme ou une autre d’héritage des Lumières. Parmi les questions qui « nous regardent », A. Lilti évoque les attentats islamistes, la préoccupation environnementaliste, la globalisation, l’élection de Donald Trump ou encore le « Discours de Dakar » de Nicolas Sarkozy. La ligne directrice du livre est là : puisque, face à un certain épuisement ou aux dangers des idéologies politiques radicales et face à l’effrayante montée des fanatismes et de l’irrationalisme, notre réflexe est de nous réclamer des Lumières, faisons-le en connaissance de cause et non sur un mode incantatoire.
Les Lumières sont devenues notre Grand Siècle, mais c’est au prix d’une « vision aseptisée, édifiante » (p. 383), de leur réduction à des slogans et à quelques formules apocryphes (« je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire », « On n’enferme pas Voltaire »). Comme le remarque justement l’auteur, « nul ne songerait à se battre pour la Renaissance, pour le Romantisme ou pour la Belle Époque » (p. 15). On pourrait en dire autant du miracle grec ou du XVIIe siècle. Or, comme la Renaissance, ce sont là des périodes qui, au moins autant que le XVIIIe siècle, ont fait de la rationalité et d’une aspiration à l’universalité leur grande affaire. Pourquoi ce privilège accordé au XVIIIe siècle ? Ne devons-nous pas nous donner les moyens, pour reprendre une formule de Foucault, d’échapper au « chantage des Lumières » (p. 73) ? Afin de ne pas les réduire à un « crédo moderne » (p. 383), il faut accepter l’« inconfort » d’une conception paradoxalement « claire-obscure » des Lumières (p. 158).
L’exploration d’un nouveau monde
Cela suppose de (re)partir à la découverte d’un immense corpus de faits, de textes, de méta-textes. A. Lilti, qui avait déjà travaillé sur ce siècle pour ses deux précédents ouvrages, n’a pas ménagé ses efforts. Comme les explorateurs (Bougainville, Cook) qu’il évoque longuement et qui ont marqué leur époque, il revient lesté d’un impressionnant savoir – on apprend beaucoup en le lisant – et de la découverte d’un univers complexe, loin de toute vision simpliste et « monolithique ». Comment s’oriente-t-il pour ne pas s’y perdre ? Sa principale boussole est l’histoire, plus exactement l’historiographie. Comment faire l’histoire des Lumières ? Ce qui signifie parfois : comment connaître le propre d’une époque que l’on a, après-coup, nommée ainsi, en évitant aussi bien l’essentialisme naïf que le nominalisme relativiste (p. 19) ? De longs développements sur la méthodologie de la recherche documentaire (p. 207-212), sur le projet fondateur des Annales et les difficultés d’une « histoire globale » (p. 139-158), contribuent à répondre aux problèmes méthodologiques, sur certains desquels je reviendrai (les confrontations entre histoire sociale et histoire intellectuelle ou entre histoire des représentations, histoire des idées et histoire de la philosophie). On pourrait voir dans ces développements des apartés à destination des historiens. En réalité la centralité de la question historiographique est assumée et justifiée. La thèse centrale est en effet que les Lumières sont moins un corps de doctrines unifié que la production d’un « récit » historique, « le geste à la fois réflexif et narratif par lequel, dès le XVIIIe siècle, de nombreux auteurs ont cherché à définir la nouveauté de leur époque » (p. 19). C’était déjà une des thèses majeures de Cassirer dans La philosophie des Lumières, dont un chapitre s’intitule « La conquête du monde historique » et, plus récemment, de B. Binoche
Ces questions, qui permettent de traiter avec justesse de l’ambiguïté du rapport à la figure du sauvage, thématique centrale des Lumières (p. 41-91), rejoignent également des problématiques contemporaines : ce que A. Lilti nomme le « défi post-colonial », lancé par des historiens non-européens ou non-occidentaux qui ont dénoncé l’usage impérialiste des idéaux des Lumières. La lecture et l’analyse fouillées des thèses de Voltaire, de Raynal, de Diderot, de Kant – et de l’évolution ou des hésitations de leurs pensées –, le récit de la libération d’Haïti et de sa signification symbolique, le retour sur la figure complexe de Toussaint Louverture, sont autant de moyens de donner à comprendre, sans trancher de façon péremptoire, la façon dont se nouent les enjeux politiques de ce qu’on appelle au XVIIIe siècle « l’histoire des mœurs ». On lit avec beaucoup d’intérêt sur ces points la restitution de débats contemporains qui ont opposés des historiens (Said, Chakrabarty, Mbembe, Muthu), mais aussi des anthropologues (Sahlins et Obeyesekere). Les arguments sont pesés et la thèse en définitive défendue est claire et convaincante : « on peut provincialiser l’Europe et universaliser les Lumières » (p. 57).
Extrait : La vie des idées Collège de France par Blaise Bachofen. L'intégralité de la recension disponible sur le net.
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Rassurez-vous, je ne vais pas vous parler des éventuelles coupures de courant électrique, ni faire de la polémique sur l’entretien des centrales nucléaires. J’en suis bien incapable, je ne sais sans doute pas comme vous où est la vérité sur ce sujet. Je vais vous parler des Lumières, du siècle des Lumières, de l’esprit des lumières. De cette obligation de « Pluraliser » les Lumières condition de leur survie et de leur universalisation. Un article du journal Le Monde du samedi 10 décembre rédigé par Antoine Lilti et qui fait écho à son livre L’héritage des Lumières édité en septembre 2019 dans la Collection Hautes Études, de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales des Éditions Gallimard et du Seuil. Un essai qui à mon sens, non pas en cause la valeur des Lumières, mais en question leur caractère occidental, voir franco français suivant la formule : « France pays des Lumières » ce qui peut être un paradoxe si l’on veut consacrer leur caractère universel, bien que l’universel n’aboli pas l’individuel. Pourtant on constate qu’aujourd’hui l’on parle plutôt d’esprit des Lumières, plutôt que des Lumières, comme une tendance à l’oubli ou à la dégradation. Ou est-ce un effet de prudence pour ne pas choquer, cliver une société et un monde qui l’est déjà suffisamment.
Antoine Lilti, historien spécialiste de l’histoire sociale et culturelle des Lumières est titulaire de la chaire Histoire des Lumières du XVIIIème au XXIème siècle au Collège de France, a donné, sa leçon inaugurale au Collège de France sous le titre « Actualités des Lumières » elle paraîtra en juin 2023.
Notre époque qui cède au Wokisme, à La Cancel Culture, qui remet en cause les traditions, l’histoire, les religions, il faut que tout change sans limites et parfois sans raisons. Les Lumières mêmes n’échappent pas à ce courant destructeur de déconstruction. Les enfants de la veuve, les enfants des Lumières, bientôt hésiterons à revendiquer leur filiation.
Antoine Lilti nous propose une réflexion sur ces Lumières, voir une remise en cause de nos idées sur celles-ci, une démarche qui s’inscrit dans l’esprit des Lumières et non dans un Wokisme ambiant bien entendu.
En 1784 c’est la fin de l’apogée des Lumières allemandes. Emmanuel Kant le philosophe de Königsberg, emblématique des Lumières et ami des Francs-maçons, comment pourrait-il en être autrement quand pour lui, comme pour les sœurs et les frères il est question de la construction de la société des hommes, une société qui surpasse celle des nations, une société universelle. La Franc-maçonnerie, enseigne une méthode scalaire de l’élévation de la conscience, de la liberté de conscience et de la liberté d’expression. Kant dans la Revue mensuelle berlinoise dirigée par son ami Biester en 1783 tente de répondre à la question : Qu’est-ce que les Lumières ? Kant ne pouvait ignorer les articles de Mendelssohn et Lessing, ils lui servirent de base pour élever au plus haut la perfection de sa réponse. Faisant d’abord le constat que l’homme dispose d’une raison qui lui permet par lui-même de découvrir des vérités, de s’affranchir des dogmes. Mais, il considère aussi que cette raison a besoin d’être éduquée, sublimée, éclairée pour se révéler au mieux. La Franc-maçonnerie ne fait pas autre chose, actant l’autonomie de l’homme et sa perfectibilité infinie qui lui permet de découvrir et de développer les Lumières de sa raison, les Lumières qui sont en lui. (À ne pas confondre avec la Grande Lumière.)
Ainsi quand Kant répond précisément à la question de Biester : Qu’est-ce que les Lumières ? C’est la sortie de l’homme hors de la minorité où il se maintient par sa propre faute. » On y voit le renoncement de l’homme à sa paresse intellectuelle, ses préjugés, les dogmes qui lui sont imposés, pour réaliser ce renoncement encore faut-il qu’il s’impose la volonté de travailler à se perfectionner. Les Lumières lui permettront alors de se libérer de toutes les tutelles, dans une démarche d’accomplissement de l’être, et je dirais pour ma part avec l’aide du Grand Architecte de l’Univers, principe unique. Cette démarche est parfaitement en rapport avec la démarche maçonnique. Acquérir la liberté de penser par soi-même, c’est la devise des Lumières. Faire le choix de la justice et non de la violence, de la tolérance et non du fanatisme. Les Lumières, c’est donc la liberté de conscience, la liberté d’expression. C’est le progrès de l’homme et de l’humanité, le courage de s’exonérer de toutes les tutelles, le refus de l’arbitraire.
Dès le début de son introduction dans son livre L’héritage des Lumières Antoine Lilti, évoque l’attentat du journal Charlie Hebdo en Janvier 2015 et le slogan : « Je suis Charlie »associé à la citation attribuée à Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je ma battrais pour que vous puissiez le dire. » Les Lumières brillaient dans ce moment douloureux d’un éclat infini, quasi universel, comme un élan de fraternité humaine. Ces Lumières ranimées semblaient devoir briller à jamais et éclairer le destin des hommes, leurs sociétés, les démocraties. L’intégrisme religieux condamné aux oubliettes de l’histoire ancienne. Notre président Emmanuel Macron dans son discours du 7 juin 2017 déclarait, comme le rappelle Antoine Lilti : « L’Europe et le monde attendent que nous défendions l’esprit des Lumières. » emphase du discours, louables intentions, mais associer exclusivement l’esprit des Lumières en creux à l’Europe était-ce judicieux ? Parler d’esprit des Lumières et non des Lumières dans leur globalité, n’était-ce pas en réduire la portée ? Je manque sans doute de tolérance. Antoine Lilti plaide pour une pluralisation des Lumières, comme la garantie de leur universalisation, les lumières sont inhérentes à l’homme à tous les hommes pas seulement aux occidentaux. L’actualité des dernières années semble lui donner raison. Nous, nous devons de réfléchir avec lui sur ses Lumières et leur histoire, pour vivre mieux notre présent, et éclairer notre avenir.
Réfléchir et penser librement mais comment ? Kant nous donne une boussole : « Il faut orienter notre pensée qui n’a ni objet, ni forme déterminée, ni règle prescrite. Elle produit son effet en même temps qu’elle invente la manière de penser… comment, il lui faut des indications, des indices, des signes pour s’orienter dans cet espace vide et indistinct. » Ces indices peuvent provenir de son éducation, comme de notre intuition de notre conscience du bon, du vrai, du beau. Kant poursuit : « Comment s’orienter, qu’est-ce que s’orienter d’une manière générale, c’est déterminer son Orient. » Je dirais faire des choix, le bien de la justice et de l’amour plutôt que la haine et la vengeance. Comment, mais comment enfin précisément ! Kant répond : « Nul ne cherche son Orient, s’il peut ou doit suivre un chemin déjà dégagé ou balisé. Seul celui qui s’est égaré ou se trouve dans l’obscurité cherche un point donné de l’espace par rapport auquel se situer. » Maître Eckhart et Angelus Silesius disent à peu près la même chose, c’est les ténèbres que l’on trouve la Lumière, c’est par le labyrinthe que l’on parvient au centre. Le profane ne lui aussi dit : j’étais dans les ténèbres, j’ai cherché, j’ai demandé, j’ai frappé, j’ai demandé la Lumière.
Jean-François Guerry.
LA PRESSE EN PARLE
Les Lumières d’Antoine Lilti dans la presse :
Louées parce qu’elles seraient le fondement de l’esprit critique et de la démocratie, critiquées parce qu’elles seraient à l’origine de tous nos maux environnementaux, du rabaissement des femmes, de la minorisation des peuples « lointains », les Lumières restent le cœur battant de beaucoup de nos débats. L’historien Antoine Lilti, qui se promène depuis longtemps sur ce continent historique, va s’occuper de la chaire « Histoire des Lumières, XVIIIe-XXIe siècle » au Collège de France.
Le Nouvel OBS.
L’actualité des Lumières ne se dément pas. Elles sont prônées comme la source vive des valeurs modernes de liberté, de tolérance et d’égalité, ou, à l’inverse, dénoncées comme l’idéologie de l’impérialisme occidental et l’origine d’un culte irréfléchi du progrès technologique. Comment comprendre qu’un mouvement intellectuel, si profondément inscrit dans les transformations sociales, culturelles et politiques du XVIIIesiècle, puisse susciter aujourd’hui encore tant de débats ? Comment échapper aux caricatures pour penser, sans fétichisme ni anachronisme, l’actualité des Lumières ?
Les études historiques ont profondément renouvelé notre compréhension de ce que nous appelons les Lumières. Celles-ci ne sont plus perçues comme une doctrine homogène ou comme le programme théorique d’une modernité triomphante, mais comme un ensemble de débats, comme une réflexion polyphonique et critique portant sur les ambivalences des sociétés modernes. Nous évoquerons en particulier la question de l’autorité savante dans l’espace public, qui fut un des enjeux principaux de la réflexion des philosophes du XVIIIesiècle, confrontés aux nouveaux mécanismes de production de l’opinion.
Penser historiquement les Lumières implique de restituer leur pluralité. Leur héritage n’est pas un trésor européen, encore moins national. Les Lumières, dont les sources mêmes sont multiples, ont été appropriées et réinterprétées dans différents espaces culturels. Une histoire comparée des Lumières doit permettre de repenser la question de leur universalité.
Commentaire leçon inaugurale Collège de France.
Antoine Lilti, historien, titulaire de la chaire Histoire des Lumières, XVIIIe-XXIe siècle, au collège de France, est l'invité du Grand entretien.
Quelques heures avant sa leçon inaugurale au Collège de France, l'historien Antoine Lilti revient sur la définition des Lumières. "C'est à la fois une période historique, le XVIIIe siècle, considérée comme révolue, et un courant philosophique, un ensemble de valeurs et d'idées : la liberté, la raison, l'émancipation, le savoir", explique-t-il. S'y intéresser permet de mieux penser les défis actuels. "On voit que la plupart des défis auxquels nous sommes aujourd'hui confrontés nous renvoient à l'état du débat sur ces questions, que ce soit la liberté d'expression, la crise écologique. Le problème, c'est que nous manquons de profondeur historique".
Avec ses cours, et à travers une réflexion historique sur le XVIIIe siècle, Antoine Lilti veut donc donner "une compréhension de la façon dont cet héritage a été travaillé, redéfini, contesté, jusqu'à aujourd'hui". Au cours de l'entretien, il évoque par exemple la figure du charlatan, qui hante les Lumières, comme figure du faux médecin et "comme celui qui utilise la liberté pour tromper le public au lieu de l'éclairer".
Les Francs-maçons s’inspirent pour leurs travaux du symbolisme de la construction. Ils ont donc des matériaux qu’ils burinent, façonnent, travaillent, pour les mettre en rapport avec leur destination. Ils ont aussi des outils appropriés sans lesquels leurs édifices ne pourraient naître, voir la lumière.
L’apprenti a ses outils spécifiques comme le compagnon à les siens. Le maître plus instruit, perpétue les secrets de la construction. Il dirige les apprentis et les compagnons, il trace les plans, de manière à ce que les œuvriers puissent travailler avec de justes mesures, tailler leurs planches avec précision. Les Maîtres plus tard seront capables d’élever toutes les colonnes avec Force et Sagesse en Beauté, de graver celles-ci et les disposer aux endroits requis pour la solidité de l’édifice. Ils orneront les escaliers et les colonnes de balustres. Feront des balustrades, disposeront des voiles pour séparer les lieux saints des regards des profanes et de ceux dont l’instruction ne leur permet pas encore l’accès.
Pour édifier ces balustrades ils vont se servir des compas à balustre, ces compas de précision munis d’une vis de réglage qui permet stabilité et précision dans les tracés, ainsi les branches du compas sont écartées selon leurs souhaits et leurs connaissances, ils créés l’harmonie de la construction. Les balustres respectent la règle architecturale entre le jour et le plein d’une séparation ajournée égale à la moitié de leur plus gros diamètre, le balustre est-il le Nec plus ultra de la colonne ? La main courante s’appuie sur les balustres de l’escalier symbolisant l’ascension dans l’espace.
On remarque parfois au-dessus des clés anciennes un petit balustre qui avec son renflement symbolise la fleur du grenadier, cela rappelle les grenades disposées au sommet des colonnes à l’entrée du temple on y voit aussi des fleurs de lotus ouvertes, comme cette clé à balustre qui permet l’ouverture des coffrets à mathématiques renfermant les compas de l’esprit. Les balustres des maîtres, sont parfois si lustrer qu’ils sont éclatants de lumière. Nul doute qu’ils sont tracés avec un compas à balustre.
Jean-François Guerry.
NOTE : « C’est vers 1650 que l’on voit apparaître les premiers petits compas à balustre que l’on retrouve dans les boîtes ou étuis. Bientôt apparaîtrons des compas à section rectangulaire en forme de carré long.
L’initiation commence par le corps du moins dans son aspect cérémoniel. C’est guidé par la main d’un initié que le postulant après avoir subi les épreuves initiatiques prêtera son serment compas en main et pointe sur son cœur.
Estampe William Blake
Le compas avec sa forme anthropomorphe permet à l’homme de trouver sa juste mesure, bien ancré sur ses deux jambes. L’extrémité du pied de l’homme lui permet de tracer sur le sol un arc de cercle, la main mesure aussi avec l’empan, c’est-à-dire avec la distance entre le pouce et l’auriculaire.
Au bord du Nil dans l’antiquité égyptienne à nos jardins contemporains on a tracé et l’on trace des plans avec un simple piquet et une corde. Les élèves de l’école d’architecture de Salomon portaient avec eux un étui de mathématique dont ils connaissaient le contenu. Anaxagore de Clazomènes le philosophe présocratique 500 av. J-C disait : « L’homme pense avec sa main. » J’ai remarqué aussi que les architectes, les artistes peintres se saisissent de leurs instruments à tracer avec le compas que forme l’index et le pouce de leur main.
On trouve dans la Bible plusieurs références au compas, dans le livre de Job (qui avait voyagé en Égypte) chef d’œuvre littéraire du mouvement de sagesse ; on peut lire dans sa la Réponse à Bildad- Grandeur de Dieu (26- 10).: « Il a tracé un cercle à la surface des eaux, aux confins de la lumière et des ténèbres. »
Dans Les Proverbes – Sagesse Créatrice (8- 27, 30) : « Quand il affermit les cieux j’étais là, quand il traça un cercle à la surface de l’abîme, j’étais à ses côtés comme maître d’œuvre. »
Dans les Livres Prophétiques – Isaïe- Néant et idoles (44 – 13) : « Le sculpteur sur bois tend le cordeau, trace l’image à la craie, l’exécute au ciseau et la dessine au compas, il exécute l’image de l’homme selon la beauté humaine, pour qu’elle habite une maison. » Toute comparaison avec le tracé du tableau de loge image du temple est pertinente, un tracé malheureusement de moins en moins réalisé à la craie, on se contente de dérouler un tableau déjà imprimé. On pourrait parler à l’infini du symbolisme du compas, que l’on retrouve par exemple dans les croquis des Carnets de Villard de Honnecourt sur l’Escaut maître d’œuvre et architecte, qui a ouvert son compas jusqu’aux flèches des cathédrales. Le poète Dante dans sa Divine Comédie In Paradis : « Celui qui de son compas marquera les limites du monde et régla au-dedans ce qui se voit et tout ce qui est caché. » Les encyclopédistes Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert s’intéressèrent aussi au compas comme instrument du Grand Architecte de l’Univers et William Blake sublima cette idée du tracé de la terre avec sa célèbre estampe dans son Livre Europe. A Prophecy. Je pense aussi à Pythagore, à ses nombres sacrés fondateurs de toutes choses, mais aussi à géométrie. Sans oublier la théogonie d’Hésiode et le Timée de Platon. Je terminerais avec les Douze Chants le Paradis perdu du poète John Milton qui nous incite en quelque sorte à la reconstruction perpétuelle de celui-ci avec nos mains qui prolongent l’action du compas : « Alors il arrête les roues ardentes et prend dans sa main le compas d’or préparé dans l’éternel trésor de Dieu pour tracer la circonférence de cet univers et de toutes les choses créées. Une pointe de compas il appuie au centre, et tourne l’autre dans la vaste et obscure profondeur. Et il dit : jusque-là étends-toi, jusque-là vont tes limites ; que ceci soit ton exacte circonférence, ô monde ! Ainsi Dieu créa le ciel, ainsi il créa la terre ; matière informe et vide. »
On imagine que l’ordre existait à l’origine, force est constater que cet ordre s’est pour le moins modifié, dégradé, la faute à qui ? Mais puisque nous participons de la terre, nous revendiquons en être les citoyens, les locataires de passage, il nous importe de faire notre part du travail de rénovation et maintien de l’état des lieux où l’on réside, plus encore si nous revendiquons êtres les propriétaires de cette planète. Nous avons le devoir ici et maintenant de nous saisir de l’équerre de la rectitude et du compas de l’esprit avec nos mains humaines pour léguer à nos enfants une terre qu’ils puissent admirer, je dirais que ce serait démontrer notre amour de la terre et de nos enfants.
Jean-François Guerry.
Cahiers de Villard de Honnecourt sur l'Escaut
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Nous avons redécouvert notre besoin d’ouverture au moment du confinement lié à la pandémie de la covid. Rien ne peut contenir ce besoin, par même les plus sombres dictatures. Les despotes chinois ou iraniens sont en train d’en faire l’amère expérience. Nous avons, sans souvent en être conscients le privilège de l’ouvert.
Ce n’est pas par hasard que la Franc-maçonnerie incarne cet ouvert avec ses grandes lumières symboliques, et plus particulièrement celle du compas, nous sommes parfois sans le savoir fascinés par ce compas, des circinusophiles qui s’ignorent.
Il suffit d’observer, notre corps qui est un compas avec ses deux jambes et ses deux bras, un compas d’épaisseur. Il est l’image du Franc-maçon reposant sur ses deux jambes et ses bras exécutant le signe royal.
Le compas simple avec sa tête haute symbolise l’ouverture de l’esprit, si l’on place une barre verticale, il forme un « A » la première l’apprenti qui appelle la deuxième et la troisième en formant le ternaire, un triangle qui ramène à l’unité.
Les jambes de Force du compas nous permettent d’établir et d’ouvrir notre esprit, elles nous permettent de marcher, d’avancer en étant relié à l’œil du centre qui indique toujours la direction de la lumière.
Ce compas de l’ouverture est indispensable pour le tracé des plans de la construction, c’est l’outil par excellence des géomètres. À l’entrée de l’académie de Platon l’on pouvait parait-il lire cette phrase burinée dans la pierre : « Nul n’entre ici s’il n’est géomètre. » L’on pourrait graver cette même phrase à l’entrée de la loge de maître, dans la chambre du milieu, comme témoignage de l’ouverture d’esprit que doivent avoir les maîtres.
L’esprit est bien l’outil suprême de l’homme, il guide sa main qui trace avec le compas sa vie sur la feuille blanche.
Bernard Palissy artisan, peintre, écrivain et savant de la Renaissance considérait le compas comme le premier outil, il lui donna vie dans ses rêves et le fit parler : « Il m’appartient l’honneur, car c’est moi qui conduis et mesure toutes choses ; aussi quand on veut réprouver un homme de sa dépense superflue, on l’admoneste de vivre par compas. Voilà comment m’appartient l’honneur d’aller le premier. » (1)
L’on comprend mieux pourquoi il est du devoir du Grand Maître Architecte de savoir ce que contient un étui de mathématiques, et en particulier un compas de proportions.
Le compas peut relier et tracer. La pointe au centre il trace la circonférence, ainsi il relie l’infiniment petit à l’infiniment grand, le minuscule point du centre grandit jusqu’à l’immensité de la circonférence.
La juste mesure du compas ouvre la porte de la sagesse. À l’origine le compas sépara la terre de l’eau dans la tradition judéo-chrétienne, instrument du créateur qui permis à l’homme solidement implanté sur ses deux jambes de pouvoir regarder le ciel, quand ses yeux furent ouverts aucune limite ne s’opposait plus à son esprit. En Orient dans le cercle les principes Yin et Yang sont réunis, imbriqués les passages du monde matériel au mon spirituel se succèdent, les deux mondes sont insécables, inséparables. L’homme sage aspire à faire grandir en lui le monde spirituel, il manie le compas avec sa dextre, c’est-à-dire avec la droiture de l’équerre, pour en appliquer la pointe sur son cœur. Le compas de l’esprit malgré toute sa grandeur, son immensité a besoin de la rationalité, de la droiture, de la fermeté de l’équerre.
Maçon la pointe du coeur sur le coeur
Si le compas symbolise l’ouverture de l’esprit, la main sur le cœur en équerre symbolise aussi la pureté et la dignité.
Pour tous les amoureux du compas les circinusophiles, le compas est bien plus que leurs deux jambes, c’est surtout leurs deux bras ouverts, leurs doigts ouverts qui pétrissent la pâte qui vient du blé de la terre pour en faire le pain nourriture spirituelle. Comme le disait le compagnon « Chien blanc tourangeau » le boulanger en écartant les doigts : « Les voilà nos compas ! Ils donnent à manger à tous les autres compagnons. » (2)
Le compas de l’ouvert, donne à manger à tous ceux qui ont faim de nourriture spirituelle.
Jean-François Guerry.
– Bernard Palissy – Recette véritable- 1563.
– Laurent Bastard- Conservateur du Musée du Compagnonnage de Tours. Extrait de L’Esprit du Compas outil et symbole de René Verstraete et Lionel Royer Éditions L’àpart du beau. Préface page 8.
Le profane placé dans le cabinet de « méditation » est mis face à la mort, à sa mort, mais aussi à sa régénération. Bientôt le coq chantera le retour de la lumière l’œil fixé vers l’Orient. Il règne dans le cabinet noir « un silence de mort » pour que le profane voit et médite. Il écrira sur une feuille blanche la fin d’un monde et la révélation d’un autre, une écriture circulaire. Une descente dans la ténèbre pour une ascension dans la lumière. Comment pourrait-il d’ailleurs y avoir de la lumière sans les ténèbres ? Louer la mort est privilège rare que seuls sont capables d’obtenir ceux qui ont fait le travail de vivre. Ceux-là ne craignent pas la mort. D’ailleurs en définitive avons-nous vraiment peur de la mort, nous avons plutôt peur de l’idée de la mort. Épictète disait à peu près : ce qui nous fait souffrir ce n’est pas la mort elle-même mais bien son idée, la mort sous forme de boutade n’est qu’un mauvais moment très court à passer, un instant entre l’avant et l’après. Celui qui loue la mort en réalité loue la vie puisque la mort fait partie de la vie. Ce passage entre deux portes, l’une se ferme avec un simple courant d’air et l’autre s’ouvre vers la lumière. On ne peut pas rester là immobile dans ce sas de décompression de la vie.
L’on pourrait chuchoter à l’oreille du profane inquiet devant la feuille blanche, n’en reste pas là, écrit une autre page ou autrement dit : « Ami, où que tu en sois, de grâce n’en reste pas là ! Tu dois passer d’une lumière à une autre lumière. » (1) D’une petite lumière trop faible, à la grande lumière qui éclaire le cœur. Tu t’interroges seul en silence, c’est le premier pas, on ne distingue jamais mieux dans cette vie la lumière qu’au milieu des ténèbres. Cette lumière nouvelle à la couleur verte vivante de l’espérance. Enivrer des lumières artificielles tes yeux ne voyait plus rien. La minuscule lumière qui brille devant toi sur cette table, ne demande qu’à grandir elle promet d’éclairer ta nouvelle vie.
« Quand la lumière brille dans les ténèbres, alors on la perçoit. À quoi bon la sagesse et la lumière si les hommes n’en font usage ? Cest dans les ténèbres et la peine que grandit le besoin de voir la lumière ». (2)Les hommes doivent vivre de la lumière de l’amour, quand vient la mort on s’aperçoit que l’on pas dit assez à ceux qu’on aime, qu’on les aime.
Quelle plus belle aventure que de sortir des ténèbres, de naître à la lumière, devenir un enfant de la lumière. Loués soient les enfants de la veuve, ces papillons de nuit, ces lucioles. (3)
Jean-François Guerry.
– Angelus Silesius- Le Pèlerin chérubinique- III, 232. La Rose est sans pourquoi – Albin Michel. Préface de Christiane Singer.
Georges Brassens: Pensées des Morts -- (Alphonse de Lamartine - Georges Brassens), 1969. ꜜ ꜜ ꜜ Georges Brassens: Chant & Guitare Pierre Nicolas: Contrebasse Barthélémy "Mimi" Rosso: 2ᵉ G...
Le doute nous oblige à concevoir, « la possibilité d’une transcendance indépendamment de l’idée de Dieu. » C’est le sujet qu’aborde Sophie Nordmann, inspirée par ses références majeures : Socrate, Descartes, Kant et Spinoza. Sa recherche de la transcendance en dehors de la théologie, est considérée comme originale et digne d’intérêt. Il y a des analogies avec l’initiation maçonnique. En essayant de ne pas tomber dans des poncifs, l’on peut acter que nos interactions avec les autres accroissent nos capacités de jugement, écouter l’autre fait partie des devoirs du maçon. De la même manière, pratiquer le doute constructif cartésien de manière habituelle nous permet de combattre nos préjugés et augmente notre altérité, notre respect de la dignité de l’autre, sans renoncer à penser par soi-même. Le maçon dans sa loge et son obédience en écoutant et fréquentant ses frères de milieux sociaux, de croyances religieuses et d’opinions politiques divers s’est accoutumé au dialogue, à la confrontation sans affrontement. Cet exercice, l’a amené à se questionner sur lui-même et sur ses responsabilités vis-à-vis des autres. Il change, il évolue, il est mouvement pléonasme en initiation constante, le bouleversement des certitudes érode peu à peu l’ego le plus rude.
La recherche de la vérité et de la Connaissance impose le développement de l’énergie spirituelle, quelle peut être la source de cette énergie ? Pouvons-nous trouver un centre d’union autour d’une foi commune au-delà de nos différences et de nos croyances religieuses, ou pas ? Si l’on accepte le postulat qu’il n’y a qu’une Spiritualité. Que les spiritualités associées à des adjectifs sont des catégories, qui sont respectables mais associées le plus souvent à des croyances, des valeurs ou des dogmes. Je pense aux spiritualités religieuses, à la spiritualité qualifiée de laïque (La laïcité est une disposition juridique, qui contient des valeurs morales, est-elle pour autant spirituelle ?).
Pour moi, la spiritualité est une, sans adjectif. Elle est un élan, un essor de l’esprit qui nous mène vers le réel, elle constitue la base de la construction de notre être véritable, notre être spirituel.
L’élan vital, la source de la spiritualité est ici en questionnement. Henri Bergson : « Qui dit esprit, dit avant tout, conscience. » Quand on pense initiation maçonnique scalaire, l’on pense élévation progressive de notre conscience. Bergson rajoute : « Mais qu’est-ce que la conscience ? (…) conscience signifie d’abord mémoire. » Mémoire, personnelle et collective comme une Force premier mot du maçon qui est en nous. Cette Force résulte selon Bergson d’un écart, d’un rayon de la Force divine, qui nous irradie et fait de nous des êtres spirituels. Il y a mon sens un mélange entre la matérialité, l’incarnation de cet élan en nous et le pur esprit. Nous recevons et gardons une partie infime de cette rosée spirituelle chaque jour déposée dans notre cœur, qui permet à la lumière de s’épanouir. Plus nous sommes en capacité par notre travail, nos efforts de recevoir cette rosée céleste, plus nous grandissons en esprit, c’est ce que l’on appelle le perfectionnement de l’homme et plus le perfectionnement de l’humanité. Il y a élévation mais aussi concentration spirituelle. C’est ce que le maçon appelle construire son être intérieur, une construction sans limite, infinie, une recherche d’absolu, donc inatteignable ce qui en fait la grandeur. Nous ne pouvons donc, être des parfaits, mais plus humblement nous pouvons prétendre être des amis de la perfection, c’est-à-dire des aimants de la perfection, c’est donc en conscience que le franc-maçon affirme : « j’ai à me perfectionner. » Les plus grands philosophes, comme les grands initiés étaient considérés non comme des sages, mais comme des amis de la sagesse et ils nous ont laissé en héritage des images et des symboles de sagesse.
Peut-on considérer que le Dieu principe, qui laisse un rayon de sa lumière pénétrer en nous est le principe créateur de cette sagesse spirituelle qui fait les belles âmes ?
Que dès lors notre devoir serait de faire croître la lumière de ce rayon en nous et dans le monde, de faire déborder cette corolle florale remplie de rosée céleste, ou de faire briller le plus loin possible cette étoile qui flamboie dans le ciel pour qu’elle illumine les sentiers qu’empruntent les hommes le cœur battant.
Le principe créateur, serait ce principe source indéfinissable, innommable, dont l’eau de vie permet faire les briques assemblées par le ciment de la fraternité pour construire l’édifice spirituel, notre cathédrale intérieure, une demeure accueillant la lumière. Si l’on peut concevoir une transcendance séparément de l’idée de Dieu. Il est difficile de concevoir l’absence d’un principe source où l’esprit s’abreuve pour faire œuvre amour et mettre de l’ordre dans le chaos. Ce principe que les Francs-maçons en général appellent Grand Architecte de l’Univers et que les plus nombreux d’entre eux honorent en travaillant à sa Gloire. Ce principe qui permet de dire que la Franc-maçonnerie est un centre d’union fraternel de tous les hommes, étant à la fois des êtres identiques et en même temps différents. L’on peut concevoir ce principe comme le point de rassemblement de l’âme et des âmes. C’est pourquoi le Maître Maçon veut mettre le cercle dans le carré et se rapprocher le plus possible du centre du cercle, du centre de lui-même, pour réaliser l’unité harmonieuse de son être.
Jean-François Guerry.
ORDRE DES FRÈRES MINEURS.
"La règle des Frères Mineurs" : Jubilation de l'âme, insouciance du lendemain, attention pleine à toutes vies. Jouissance de ne tenir à rien, merveille de toutes présences"
Pour simplifier encore il leur raconte cette histoire.Vous voulez savoir ce qu'est la joie, vous voulez vraiment savoir ce que c'est? Alors écoutez: c'est la nuit, il pleut, j'ai faim, je suis dehors, je frappe à la porte de ma maison, je m'annonce et on ne m'ouvre pas, je passe la nuit à la porte de chez moi, sous la pluie, affamé.
Voilà ce qu'est la joie. Comprenne qui pourra. Entende qui voudra entendre. La joie c'est de n'être plus jamais chez soi, toujours dehors, affaibli de tout, affamé de tout, partout dans le dehors du monde comme au ventre de Dieu."
Christian Bobin - Le Très-Bas sur François d'Assise. Extraits pages 120 et 121 Éditions Folio Gallimard.
Les années s’additionnent et nous mettent en échec
Et nous n’avons plus d’yeux que pour le superflu.
J'essayais d’assembler des fragments oniriques
Tandis que ruisselait une eau fraiche et limpide
J'entendais clairement des enfants intrépides
Interpeler gaiement des passants amnésiques.
L’enfant s’en est allé, et sa candeur avec
Nous regardons encore mais nous ne voyons plus
Les années s’additionnent et nous mettent en échec
Et nous n’avons plus d’yeux que pour le superflu.
Ils riaient, ils criaient sous des postures hostiles
Mais ils n’en avaient cure, et redoublaient d’ardeur
À la moindre invective avec un tel bonheur
Que je voulus les suivre dans cette course futile
L’enfant s’en est allé, et sa candeur avec
Nous regardons encore mais nous ne voyons plus
Les années s’additionnent et nous mettent en échec
Et nous n’avons plus d’yeux que pour le superflu.
Le soleil disparu derrière un cumulus
J'avançais prudemment à quelques encablures
Ils étaient peu nombreux mais avaient tant d’allure
Qu'ils vous hypnotisaient d’un geste de salut.
L’enfant s’en est allé, et sa candeur avec
Nous regardons encore mais nous ne voyons plus
Les années s’additionnent et nous mettent en échec
Et nous n’avons plus d’yeux que pour le superflu.
Et puis tout me revint, avec que netteté
Je pouvais distinguer les couleurs, les odeurs
Mon rêve tout entier m’était restitué
Jusques à leurs frimousses de tendres chapardeurs.
L’enfant s’en est allé, et sa candeur avec
Nous regardons encore mais nous ne voyons plus
Les années s’additionnent et nous mettent en échec
Et nous n’avons plus d’yeux que pour le superflu.
Un passant ulcéré brandit une sacoche
Eructant et criant à la face des mioches
Sans enrayer le flot de rires et de sarcasmes
Ni amoindrir jamais leur si bel enthousiasme.
L’enfant s’en est allé, et sa candeur avec
Nous regardons encore mais nous ne voyons plus
Les années s’additionnent et nous mettent en échec
Et nous n’avons plus d’yeux que pour le superflu.
J'ai continué longtemps à suivre ce cortège
De délices et de joie, d’innocence superbe,
Jusqu’au bout de la rue à l’entrée du collège
Temple du vivre ensemble et de l’amour en herbe.
L’enfant s’en est allé, et sa candeur avec
Nous regardons encore mais nous ne voyons plus
Les années s’additionnent et nous mettent en échec
Et nous n’avons plus d’yeux que pour le superflu.
Que reste-t-il de ce temps là où nous osions
Sans craindre aucun regard croquer notre jeunesse
Qu'est-t-elle donc devenue la voie enchanteresse
Où goulûment hier nous nous engouffrions ?
L’enfant s’en est allé, et sa candeur avec
Nous regardons encore mais nous ne voyons plus
Les années s’additionnent et nous mettent en échec
Et nous n’avons plus d’yeux que pour le superflu.
Je sortis de la douche torturant ma serviette
En jetant un regard dans le miroir glacé
Pourrai-je réveiller quand je suis cabossé
L'enfant enfoui en moi et fuir mes oubliettes ?
L’enfant s’en est allé, et sa candeur avec
Nous regardons encore mais nous ne voyons plus
Les années s’additionnent et nous mettent en échec
Et nous n’avons plus d’yeux que pour le superflu.
Le bonheur se construit chaque heure et chaque jour
Il faut savoir saisir chaque instant de la vie
Et rappeler sans cesse l’innocence tapie
Au fond de notre cœur pour faire jaillir l’amour.
L’enfant peut revenir si nous nous souvenons
Nous pouvons réapprendre à voir et à sourire
Alors le temps qui passe nous verra accomplir
Les futiles besognes qui nous rendent moins cons.
Philippe Jouvert.
AVEC L'AIMABLE AUTORISATION DE L'AUTEUR
VIDEOCONFERENCE
Roger DACHEZ
Samedi 10 décembre 2022
10 heures
LA MAÇONNERIE
DE LA MARQUE
Ma Très Chère Sœur,
Mon Très Cher Frère,
Nous avons le plaisir de te convier à la 4e et dernière vidéoconférence dans le cadre des VIIIes Rencontres de l'Académie Maçonnique Provence dont le thème général est :
Voies d'ici, voies de là :
rencontres d'ailleurs
Comme à l'accoutumée, cette vidéoconférence est ouverte à tous les Frères et Sœurs Maîtres de toutes les obédiences
Cette conférence aura lieu via ZOOM le samedi 10 décembre à 10 heures et nous accueillerons
Roger DACHEZ
Grand Maître des
Loges Nationales Unies
La Maçonnerie de la Marque
Dotée d’une longue histoire et empruntant à des sources multiples, la Marque occupe dans la franc-maçonnerie de souche britannique une place essentielle, et sa connaissance conditionne la compréhension de plusieurs autres grades.
Cette conférence nous permettra de découvrir quelques connaissances fondamentales, à la fois historiques et symboliques, permettant d’accéder à une meilleure compréhension de ce grade.
Toutes les sources anglaises disponibles sur la maçonnerie de la Marque, tous les livres publiés en Grande-Bretagne depuis environ 150 ans en ce domaine, ont été exploitées pour proposer un exposé documenté, intéressant, instructif et attrayant.
Roger Dachez, est professeur agrégé, au sein de l'université Paris Diderot et président de l'Institut Alfred Fournier à Paris. Il est médecin, historien et Franc-maçon.
Il a été initié à la Grande Loge de France en 1980. Il est depuis 1985 membre de la Loge nationale française (LNF) dont il fut président du conseil national de 1992 à 1997.
Depuis le 21 avril 2018, il est le Grand Maître des Loges nationales françaises unies.
Il est également président de l'Institut maçonnique de France, fondé en 2002.
Roger Dachez est aussi membre du comité scientifique du Musée de la franc-maçonnerie à Paris. Parallèlement, il dirige la revue d'études maçonniques Renaissance traditionnelle.
Il est l'auteur de très nombreux ouvrages et parmi les plus récents nous pouvons citer :
- Précis de Maçonnerie de la Marque, 2021, Éditions La Tarente
- Histoire illustrée du Rite Écossais Rectifié, 2021, Dervy
- Histoire de la Franc-maçonnerie française, 2020, Que sais-je ?
- Les Francs-maçons en 100 questions, 2020, Éditions Taillandier
Marc Halévy, Construire Dieu, construire le monde, Préface de Jean-Jacques Zambrowski, Grand Maître honoris causa de la GLDF Marc Halévy, Kabbale et Franc Maçonnerie Marc Halévy, Après la Modernité, quelle Franc-maçonnerie ?
Alain-Noël Dubart: La Franc-maçonnerie entre passé et avenir Louis Trébuchet, Le désir des collines éternelles
Louis Trébuchet, Appel aux racines spirituelles du REAA
Jean-François Guerry, Exercices spirituels antiques et Franc-maçonnerie
Michel Fromaget, Corps, Âme, Esprit: Liberté, Vérité, Beauté
Solange Sudarskis, Il était une fois un mythe, Hiram
Le terme « aventuriers de l’esprit » a été employé par Bernard Chevillat le directeur de la rédaction du livre magazine UTREÏA ! que m’a fait découvrir l’un de mes frères. Il apparaît dans un article intitulé la fin du voyage, dans l’ultime numéro 18 paru dans l’hiver 2020. Faute d’aventuriers de l’esprit, le magazine ne paraît plus qu’une fois par an au lieu de quatre, on le trouve dans les librairies ou sur internet.
Ce terme d’aventuriers de l’esprit correspond bien je pense aux profanes qui frappent un jour à la porte d’un temple maçonnique en quête de lumière. Hélas ils sont trop peu nombreux, sans doute de notre faute, nous hésitons a nous dévoiler, puis à communiquer, nous retranchant trop souvent derrière la discrétion, ou l’inutilité de communiquer des mystères incompréhensibles par nature. C’est donc bien une aventure pour celui qui cherche des réponses à ses questions existentielles et qui cherche un chemin de vie différent des propositions que lui offre notre société nourrie de matérialité ou tout se vend. Ou la recherche de la célébrité, la mise en scène de nos apparences sur les réseaux dits sociaux prétend nous offrir le monde réel. La téléréalité, ce voyeurisme des travers de la société et de ses citoyens intéresse bien plus que l’aventure infinie de l’esprit. Les voyages en solitaire ou avec un ami, un jumeau ne sont plus pratiqués que par les navigateurs ou les marcheurs de l’extrême. Scruter les chemins de la sagesse et leurs pierres de construction est quand même une plus aventure que l’espoir de gagner un écran plat ou un week-end à Venise aller et retour tout compris, rien compris, de la sérénissime. L’aventure de l’esprit, c’est emprunter les labyrinthes pieds nus pour sentir l’humus, pousser les portes pour sentir les essences du monde, celles qui parfument la terre et montent jusqu’au ciel.
Un pèlerin de Compostelle, un jacquet a bien plus à vous dire de la vie, qu’un abonné des Hilton. Il vous donnera le désir de la marche, seul ou avec un ami, un passeport pour le bonheur tamponné chaque soir, un vrai bon de fidélité.
Les sœurs et les frères marchent dans les pas de Salomon imaginent la caravane de la reine de Saba. Sur le chemin ils vont d’apocalypse en apocalypse, ils voient pleurer les yeux du cœur de larmes de joie, c’est lumière sur lumière. Dans leurs nuits brillent les étoiles, leurs jours sont pleins de soleil. Ils vivent, sont acteurs de tous les mythes, de toutes les légendes intemporelles universelles. Derrière le miroir des apparences ils voient simplement avec les yeux du cœur comme le disait Saint-Exupéry, ils sont tous des Petits Princes sur leur croissant de Lune. Bon sang quelle aventure !
Pas besoin de partir loin, tout est là, il suffit d’ouvrir la fenêtre, de pousser la porte du dedans et soudain l’arc apparaît dans le ciel. Les livres magazine ne sont jamais bien loin de mes mains, tout ce qui est écrit dedans ne meurt pas, continue à vivre dans mon esprit.