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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par jean françois
Christian Bobin

Christian Bobin

RECENSION : LA NUIT DU CŒUR

 

 

Le dernier jet de lumière de lumière de Christian Bobin, l’homme retranché dans son Creusot natal et en lui, grand voyageur de l’esprit et chair immobile. Loin des bruits de la ville c’est une invitation vers l’âme.

 

Il ouvre son livre avec l’Apocalypse de Jean XVI-, 17 : « Le septième a versé son bol dans l’air. Alors du sanctuaire une voix forte a dit : ça y est. »

 

Christian Bobin nous propose un voyage à Conques au IIème siècle qu’il situe après notre siècle. Il ouvre les sphères  de la haute spiritualité, avec ses mots ciselés, aigus, épurés, purifiés, magiques, ce sont des étoiles magiques, qui brillent éternelles dans notre cœur.

 

Blotti dans sa chambre de l’hôtel Sainte Foy avec vue sur l’abbatiale, il ouvre son livre de chevet : « Mon projet était d’en lire une dizaine de pages, puis de glisser mon âme sous la couverture délicieusement fraîche de la voie lactée. »

 

Cet homme-là, sait lire dans la puissance des mots, boire leur sève. Il est un homme de foi, qui ne donne pas de nom à Dieu, son esprit n’a pas besoin de cela, il sent sa présence. Il sait lire dans les grands mystères de la vie, toujours béat devant la nature. « Les siècles et les étoiles étaient des moucherons que, bouche ouverte, je gobais. »

 

Cet homme-là, a aussi des « yeux d’acacia »ils sont imputrescibles, il est comme l’aveugle qui voit son âme.

Son chemin de Conques est une aventure spirituelle, sans dogme, une aventure qui relie, sans religion, l’homme et son âme et celle-ci à celles des autres, véritable célébration de l’esprit, de la beauté en toute humilité et douceur.

 

La vie de Christian Bobin se lève avec le soleil : « Au matin j’ai bu le lait de la lumière. » Pourquoi cette demande de lumière, cette persévérance de la douceur, dans un monde de violence, cet épuisement vers le beau ?

 

« Si lire et écrire épuisent ma vie, c’est parce que je veux voir dès maintenant  ce que voient les morts. C’est possible, il suffit de regarder un pré au printemps : les couleurs y sont suspendues au-dessus des fleurs. Elles sont leur âme qui commence à nous quitter et s‘élève, déjà sanctifiée. »

 

Pour Christian Bobin les temples de pierre, semblent presque inutiles, son temple intérieur se marie avec le temple sans limites de la nature. Il voit la spiritualité dans le vert de la moindre feuille, dans le vol de la coccinelle. Il a les yeux globuleux de ces statues romanes qui semblent embrasser l’univers en entier et voir le fond de notre cœur.

 

Les phrases, les mots de Christian Bobin sont des monuments vivants : « Il faut qu’une phrase apparaisse comme un mégalithe dans un champ. Qu’on ne pense pas à ceux qui ont dressé cette affirmation de granit, qu’on soit possédé par le regard et que jamais on ne se soucie de l’auteur du miracle. (…) Je taille une phrase jusqu’à ce qu’il n’en reste rien, et que ce rien chante comme la feuille d’acacia quand on la tend entre les doigts pour souffler dessus. Je mourrai au onzième siècle, pas avant, et que l’on dise de moi : c’était un idiot très profond, un architecte de souffles, un gars de l’abbatiale. »

 

Il y a peu de temps j’accompagnai en compagnie de mes frères, Raymond pour son voyage vers l’orient éternel, à l’entrée de l’église, un jardinier avait oublié sans doute ou pas, des branches d’acacia fraîchement coupées. Je n’ai pu m’empêcher d’en saisir deux rameaux pour les donner à mes frères les plus proches.

 

Christian Bobin a déposé ses mots dans la Nuit du Cœurcomme des milliers de lumières de l’âme, ses mots traversent les vitraux noirs de Conques, leur beauté tombe en douceur dans notre cœur.

 

JF.

 

A LIRE : La Nuit du Cœurde Chritian Bobin Éditions Gallimard sur 203 Pages. 18 € ISBN : 978-2-07-274218-7

NOTE EDITEUR :

 


Tout a commencé à Conques dans cet hôtel donnant sur l'abbatiale du XIe siècle, où l'auteur n'a fait que passer une nuit. Mais il a regardé comme personne et vu ce que, aveuglés par le souci de nous-mêmes et du temps, nous ne voyons pas : la lumière particulière que dégagent les choses et les êtres les plus simples, les plus humbles. 
De retour chez lui dans sa maison du Creusot, perdue dans les arbres et la solitude, le poète recense et interroge une à une toutes les merveilles « rapportées » de Conques : des rêves, la vision des anges, l'idée et le désir de la phrase pure, et le chemin en lui d'un grand et beau livre comme une lettre d'amour, La nuit du coeur. 
C'est ainsi, fragment après fragment, que s'écrit au présent, sous les yeux du lecteur, cette lettre dévorée par la beauté de la création comme une fugue de Jean-Sébastien Bach.

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Jean-Jacques PASQUIER 01/03/2019 15:28

Merci pour ce trait de lumière sur Christian Bobin et ce nouveau livre que je suis impatient de découvrir.

Frère Tuck 01/03/2019 10:27

Bonjour mes FF

Après "La souveraineté du vide" (1985) qui débute par "Je n'ai rien à vous dire que vous ne sachiez déjà", ou le don d'inexistence également réparti entre chacun de nous, je vous conseille également un opuscule d'une vingtaine de pages "L'éloge du rien" (1990) qui débute par "Eclaire ce que tu aimes sans toucher à son ombre."
Bien fraternellement, de Frère Tuck.

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