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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le
MUSIQUE !

Un Frère de la Loge kleio nous propose un travail sur la Musique.

j'en profite pour vous annoncer "Une Causerie Musicale" organisée par l'Association les Mégalithes ' d'Auray Le Bono dans le cadre des Rencontres de Kerdréan. Causerie gratuite sur simple inscription ouverte à tous, rencontre avec le musicologue et le Violoncelliste lors d'un dîner débat pour ceux qui le souhaite.

 

Jean-François Guerry.

 

« diabolus in musica »

« diabolus in musica »  Planche présentée par le Frère P.C.

« diabolus in musica » Planche présentée par le Frère P.C.

« diabolus in musica »

C’est avec beaucoup d’émotion que je prends la parole devant vous ce soir

pour vous présenter mon travail ; je remercie le Vénérable Maître de m’avoir

donné l’occasion de cette réflexion, et vous remercie par avance mes F. : de

l’honneur que vous me faîtes en m’accordant votre bienveillante attention.

J’espère par ailleurs ne pas froisser par mes propos la muse Clio, inspiratrice des

travaux de l’atelier, qui m’oblige notamment à respecter scrupuleusement

l’Histoire dont elle fut l’inventrice. De plus, même si elle est moins liée à la

musique qu’Euterpe, Terpsichore ou Polymnie, Clio, qui fut souvent représentée

trompette ou guitare à la main, n’est pas étrangère à la musique et au chant.

C’est à travers la musique en effet, que je veux partager avec vous une

réflexion maçonnique : car si ce qui se termine bien se termine en chansons,

c’est que tout a commencé par la musique, une musique originelle qui a permis

au monde d’échapper au chaos. « Ordo ab chaos » grâce à la musique qui

exprime l’harmonie, et notre colonne d’harmonie est là pour en témoigner. Mais

les forces du chaos sont toujours présentes, au mieux endormies et cherchent à

la moindre occasion à déconstruire l’oeuvre humaine : Dionysos est là qui appelle

à l’orgiaque ; le diable lui-même est tapi dans la musique : « diabolus in

musica » !

Rappelons-nous en effet de ce moment décisif de la guerre entre les Titans

et les Dieux où Zeus semble avoir perdu. Gaïa, furieuse du sort de ses premiers

enfants qui sont enfermés dans le tartare, a enfanté un monstre terrible,

Typhon, qui a pris le dessus sur Zeus à la suite d’un combat effroyable. Quelles

sont les caractéristiques de ce monstre ? 100 têtes de serpent dont les yeux

crachent le feu sortent de ses épaules. Mais, caractéristique plus déroutante

encore, de ses têtes sortent des sons incroyables : il peut imiter tous les

langages, parler aux dieux avec des sons intelligibles, mais aussi émettre le

mugissement du taureau, le rugissement du lion, et pire encore, car le contraste

est épouvantable, les adorables jappements d’un bébé-chien ! Typhon est

l’expression d’un chaos qui véhicule un anti-logos, quand Zeus, lui, est cosmos,

ordre qui préfigure le logos, c'est-à-dire l’intelligibilité d’un monde ordonné.

Alors Typhon a terrassé Zeus, et lui a pris ses tendons pour le neutraliser.

Zeus n’est plus capable du moindre mouvement ; si Typhon l’emporte, c’en est

fini de l’édification d’un cosmos harmonieux et juste. Si par contre Zeus

l’emporte, la justice règnera sur l’univers. L’issue du combat, vous pouvez vous

en douter puisque nous sommes là ce soir pour l’évoquer ! Mais comment

Typhon a-t-il finalement été vaincu ?

Zeus neutralisé mais conscient – c’est la force de l’esprit ! - conçoit un

plan : il va demander à Cadmos, un roi rusé, fondateur légendaire de la ville de

Thèbes, de se déguiser en berger et d’aller jouer auprès de Typhon de la syrinx

de Pan, une flute dont sortent des sons enchanteurs. La musique est si douce

que Typhon tombe sous le charme et finit par s’endormir, ce qui permet à

Cadmos de récupérer les tendons de Zeus qui se les réajuste et se trouve alors

fin prêt pour la victoire finale. En récompense de quoi Zeus donne à Cadmos la

main de la déesse Harmonie, qui était elle-même fille d’Arès, le dieu de la

guerre, et d’Aphrodite, déesse de l’Amour. Il est ainsi extrêmement significatif

que ce soit par la musique, l’art cosmique entre tous qui repose sur

l’ordonnancement des sons, que le cosmos soit sauvé. Il est non moins

significatif que l’harmonie résulte de l’union de la guerre – Arès – et de l’Amour

– Aphrodite -. Car l’ordre domine le chaos, mais se nourrit de son énergie

primordiale et en aucun cas ne peut le détruire car il disparaitrait avec lui : il a

besoin de son énergie vitale. L’ordre est une mise en forme sublime mais qui ne

peut se passer de la force initiale du chaos. C’est ainsi que Dionysos, fils de Zeus

et deux fois né, dieu étrange et destructeur, siège parmi les dieux de l’Olympe.

Les occasions sont nombreuses qui voient se poursuivre l’affrontement

entre l’ordre et le désordre : quand Dionysos et Apollon rivalisent, Midas en fera

les frais et Nietzsche le fil directeur de sa pensée ; Dieu et Satan s’affrontent, et

ce sera Job dont la foi sera mise à l’épreuve.

Attardons-nous sur les effets, dans la théorie de la musique, de

l’affrontement entre Dionysos et Apollon, qui va réguler les pratiques musicales

du monde grec et latin jusqu’au XVème siècle. Car il n’échappe pas aux pouvoirs

politiques et religieux que la musique est un art ambivalent à la fois très

formateur, l’harmonie musicale renvoyant à l’harmonie du Monde, et sa

maîtrise étant considérée comme gage de la plus grande sagesse, mais aussi

potentiellement dangereux car capable de posséder l’auditeur et de le conduire

dans le dérèglement des passions.

Ainsi Aristote, prenant la suite des réflexions platoniciennes, fonde-t-il

une théorie de l’ethos des modes musicaux, une éthique musicale qui

structurera la composition de la musique en distinguant une musique éthique,

morale, et une musique orgiastique. Tout s’organise autour d’une théorie de

l’effet produit par la musique (la dunamis) éthique lorsqu’elle est sur le mode

dorien, orgiastique lorsqu’elle est sur le mode phrygien. Le mode phrygien

déclenche des transes et des états de possession ; Aristote insiste sur le fait que

le mode phrygien est orgiastique et passionnel, et qu’il en résulte un transport

dionysiaque. A l’inverse, le mode dorien est éthique et digne de figurer dans le

programme d’éducation des jeunes gens bien nés. Tout au plus la musique

composée sur le mode phrygien peut-elle être écoutée, avec distance, mais son

exécution ressort de musiciens serviles et de basse condition.

On l’entend, ce qui est en jeu dans cette opposition de modes musicaux,

est une mise en garde à l’endroit des effets de la musique, quand il pourrait en

résulter une possession et une entrée dans la transe, alors qu’on en attendait

une élévation de l’âme et un accès au sublime. Cette ambivalence de la musique,

et le risque qui lui est attaché, va parcourir tout le moyen-âge et la musique

sacrée sous forme de règles de composition et de mises en garde. Attention

danger ! : « diabolus in musica ». D’autant que, comme le dira Pascal : «… le

malheur veut que qui veut faire l’Ange fait la Bête ! ».

Alors, tel intervalle musical est proscrit dans la composition de la musique

sacrée (le fameux Triton, interdit dans l’harmonie chorale et dans la mélodie,

parce qu’il crée à l’écoute une tension et non un apaisement) ; les instruments

de musique sont proscrits de l’Eglise où seules les voix humaines sont

autorisées : c’est le chant grégorien. Les instruments en effet sont matériels, et

nous rapprochent de la terre, domaine du Diable, non de l’esprit. Seule la voix,

que nous partageons avec les Anges, est aérienne et nous élève vers le ciel divin.

Jérôme Bosch nous donne au début du XVIème siècle une vision de l’enfer

remplie d’instruments de musique gigantesques. Enfin, on va mathématiser la

musique en la tempérant, garantissant ainsi une maîtrise humaine et quasiment

divine des intervalles musicaux qui nous permette d’entrer en résonance avec

l’harmonie céleste.

Mais qu’on ne s’y trompe pas ! L’enjeu n’est pas seulement d’esthétique

musicale, ou de privilège d’un pouvoir en place qui voudrait se réserver un

copyright, une forme de composition qui lui soit exclusive. C’est bien plutôt

d’une reconnaissance du pouvoir de la musique dont il s’agit comme l’indiquait

Saint-Augustin dans son De Musica, qui distinguait soigneusement la gradation

de son pouvoir : le plus bas niveau est l’emprise corporelle qu’elle exerce (par

exemple sur les ours qui se dandinent), tandis qu’à son plus haut niveau la

musique peut nous faire entre-apercevoir l’harmonie éternelle du divin.

Mais pour nous autres maçons, la voie de la musique est-elle celle de la

contemplation du divin par une sorte d’extase activée par le rituel, sachant

qu’au moindre faux pas, à la moindre distraction, le diable se glisserait en nous

pour prendre possession de notre temple intérieur ? Il me semble que Mozart,

dans le testament symbolique qu’est la Flûte enchantée, nous indique une autre

voie.

Certes le registre de la magie et de l’envoutement semble bien être celui

de la Reine de la nuit qui offre à Tamino une flûte censée le protéger et le rendre

tout puissant ; parallèlement, Papageno reçoit un Glockenspiel qui fait danser le

furieux Monostatos comme l’ours de Saint-Augustin, et il s’agit bien là d’une

réminiscence dionysiaque. Mais l’opéra signera la défaite des pouvoirs de la

Reine, ce qui indique les limites du pouvoir de sa virtuosité vocale qui force une

admiration fascinée mais pas un abandon consenti. Parallèlement, dès que le

Glockenspiel se tait, Monostatos redevient Monostatos. Or, lorsque cesse

l’opéra, l’auditeur n’est plus tout à fait le même : il a été transformé subtilement

par un transport qui ne cesse pas avec les notes. La musique ne se contente pas

d’éblouir par la virtuosité, ni d’exercer un pouvoir magique qui protège les uns

et envoute les autres, elle est avant tout instrument de conversion et de

transformation des passions humaines. Elle permet de triompher de la peur, de

risquer la mort, et d’expérimenter la conversion à un amour véritable. Elle

conduit les amants à leur plénitude, et Pamina assure qu’à la fois l’amour et la

flute conduiront leurs pas.

L’émotion musicale que promeut Mozart est donc très loin d’un

enchantement magique produit par un pouvoir ensorcelant qui viendrait de

l’extérieur, ou très loin aussi d’un envoutement hypnotique qui mettrait en

transe. Il s’agit au contraire d’un ravissement dans le mouvement d’un transport

en devenir : en un mot, d’une initiation par le ravissement.

La musique en effet ne nous ravit que si, délibérément et en hommes

libres, nous acceptons d’être guidés par elle et de l’accueillir, et ce avec la même

simplicité que Tamino et Papageno acceptant le don d’instruments magiques. Et

c’est à cette condition de consentir qu’alors seulement nous pouvons être

transportés par elle. C’est un ravissement qui demande à la fois le silence

consentant de la réception, et l’exigence continue de la quête et qui nous invite,

en apprentis, à une autre forme d’écoute : celle de l’approbation en silence.

Comme l’écrivait Mozart dans une lettre à sa femme : « J’arrive de l’opéra

(ou se jouait La Flûte), la salle était pleine comme toujours ; le duetto « Mann

und Weib » et le Glockenspiel au premier acte ont été bissés comme d’habitude,

ainsi que le trio des enfants au second acte. Mais ce qui me cause le plus de joie,

c’est l’approbation en silence ! On voit combien cet opéra monte de plus en plus

haut. »

C’est précisément dans cette forme d’accueil et d’écoute, d’ouverture

volontaire et d’approbation en silence que s’exerce de la façon la plus avancée la

tolérance maçonnique qui est un instrument de transformation de soi : une sorte

d’hospitalité inconditionnelle, pour reprendre l’expression de Jacques Derrida,

que nous sommes à même d’éprouver dans les liens de la fraternité.

L’hospitalité inconditionnelle ne relève ni de la morale, ni même de l’éthique,

mais est un principe à maintenir, un devoir lié à la réalité humaine du fait que

nous sommes irréductiblement exposés à la venue de l’autre.

A l’égard d’un visiteur, j’ai deux attitudes possibles : l’invitation, si je le

reçois en fonction des règles en usage chez moi et que j’impose ; la visitation,

comme pour les Anges, si je laisse ma maison ouverte. Dans le premier cas,

l’hospitalité est conditionnelle ; dans le second, elle est inconditionnelle, ou

pure, ou absolue. L’étranger de la visitation peut être n’importe quel F. :. Pour

l’accueillir, l’hôte lève les barrières immunitaires avec lesquelles il se protégeait :

il accepte de s’exposer à ce visiteur dont les lois et les comportements sont

différents des siens, de s’adapter et de se transformer en fonction de ce qui

arrive. A ce stade, c’est accepter de s’effacer pour laisser de la place à notre F. :

dans notre propre univers : difficile en pratique, c’est la condition

incontournable du ravissement que nous offre la Franc-Maçonnerie. C’est, mes

Frères, tout le charme que je nous souhaite dans la pratique de l’Agape.

 

J’ai dit !

MUSIQUE !

Tous les renseignements sur le violoncelliste René Benedetti sur le net.

Inscription à la Causerie Musicale ouverte à tous et gratuite par mail nombre de places limité:

 

lesmegalithesauray.secretariat@gmail.com

Contact par Tél :06 16 82 73 16

 

Non obligatoire:

Diner débat après la Causerie avec le musicologue et le Violoncelliste sur réservation après réception du paiement par chèque 22 € le repas 

Chèque à l'ordre de l'Association les Mégalithes chez Mr Jean-François Guerry 18, BD Chanard 56170 QUIBERON. 

 

Info toutes les normes sanitaires en vigueur seront strictement respectées.

 

Organisation Association les Mégalithes Auray-Le Bono.

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LA CONTEMPLATION

LA CONTEMPLATION

 

 

La contemplation, l’observation attentive est en relation avec la nature pour tout ce qui est de l’extérieur et avec l’âme pour ce qui est de l’intérieur. Contempler un coucher de soleil, n’est pas un acte sans conséquence, il introduit une communication entre nos sens et notre esprit. Se mettre dans un état contemplatif permet de se mettre en relation avec la beauté sous toutes ses formes, cette beauté des phénomènes naturels et la beauté intérieure symbolisée par la flamme qui brille au fond de nous.

 

Les francs-maçons sont à la recherche de la force, de la sagesse et de la beauté qui résident en eux.

 

Aristote dans son Éthique à Nicomaque pense que la contemplation mène au bonheur. Plotin lui voit dans la contemplation ou plutôt dans l’état dans lequel nous met la contemplation, un état de réceptivité à la beauté, c’est l’état contemplatif. Cet état est ineffable, inintelligible, inexprimable, parce qu’il doit être vécu, comme l’initiation. Plotin le voit aussi comme un état originel précédant la pensée, un état d’être, une intuition de la connaissance du beau.

 

Platon dans sa République associe la Lumière et sa symbolique à la contemplation, quoi de plus beau en effet que l’apparition de la Lumière sous toutes ses formes. Les enfants de la Lumière sont donc naturellement attirés par la beauté qui leur apparaît dans le silence de la contemplation.

Tous les arts incitent à la contemplation, la peinture, la sculpture, la musique, l’architecture. La contemplation est consubstantielle à celui qui les rassemble tous l’Art Royal.

 

La répétition des mantras maçonniques, dans les rituels, mettent les francs-maçons dans un état contemplatif :

« Mes frères tournez-vous vers le centre de la loge. »  La contemplation du tableau de loge tracé rituellement les plongent dans un état de méditation sur les symboles de la construction de leur temple intérieur.

 

 La méditation mène à la contemplation, la contemplation mène à la méditation, à la méditation sur le divin selon les sages de l’Inde, c’est la voie ultime vers l’unité au-delà du bien et du mal, à l’harmonie des hommes avec la nature, à la paix intérieure.

 

La contemplation, la méditation font partie des exercices spirituels dans le christianisme : Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, Ignace de Loyola ont vécus dans leurs méditations contemplatives des moments extatiques, sans doute semblables à ceux décrits par Plotin et rapportés par son disciple Porphyre, l’égrégore maçonnique est-il un moment extatique ?

 

La contemplation comme exercice spirituel a été étudiée par Pierre Hadot philosophe spécialiste de l’antiquité en la détachant de son aspect religieux, elle devient une expérience phénoménologique particulière qui mène à la beauté aboutissement de la philosophie. Elle est alors une expérience pratique de la joie.

 

Ce n’est pas un hasard que les rituels maçonniques en particulier de clôture des travaux évoquent l’ultime beauté et la joie qui habite les cœurs.

 

Spinoza dans son Éthique rapproche la liberté qui est sagesse et béatitude de l’exercice de contemplation.

 

Pour le franc-maçon l’accès à la contemplation passe par la pratique du silence, par la réalisation de son détachement du vulgaire, par la vacuité propice à l’ouverture de sa conscience prémisses  du commencement, de l’initiation voie vers le sacré.

 

Je reviens à Plotin, qui exhorte le sage comme Ulysse à revenir vers sa patrie intérieure, intime, à se métamorphoser à devenir tout entier beauté. Il faut que le spectacle de la beauté ne soit plus extérieur à soi, mais à l’intérieur de soi. C’est la construction du temple intérieur maçonnique achevé.

C’est le Roi sagesse, le Roi Salomon qui contemplant le temple et le mausolée de l’architecte achevé qui s’exclame : « tout est parfait. » C’est l’expression maçonnique : « tout est juste et parfait. » C’est la conversion du regard, vers la contemplation du beau.

 

Le chemin de la contemplation passe non pas par la contemplation en priorité du monde extérieur, mais par la méditation sur soi, la construction de soi, le perfectionnement de soi, jusqu’à la porte de l’orient éternel. Il faut donc allier la « Théoria » de la contemplation et la « Praxis » de l’action pour vivre en harmonie.

 

Si les stoïciens passaient par le Portique, le franc-maçon passe entre les colonnes B et J pour entreprendre son voyage vers sa lumière intérieure, cette lumière éternelle qui brille à l’orient et en lui-même.

 

Le silence, la méditation, la contemplation ne sont pas des paresses, des passivités, mais des actes de pratique spirituelle.

La contemplation intérieure, c’est peut-être de cultiver en soi le beau avec simplicité et humilité. Exprimé autrement par Kant c’est de prendre conscience de la beauté extérieure et de cultiver la beauté intérieure : « Le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi. »

 

Dans un monde où l’obscur de la barbarie revient pour essayer de voiler la Lumière de la liberté et de l’esprit de justice. La méditation qui mène à la contemplation de la beauté est peut-être le remède pour retrouver l’harmonie. C’est-à-dire le partage de l’amour entre les hommes.

 

Pour prolonger ces réflexions dominicales, je vous recommande la lecture des Cinq méditations sur la beauté de notre académicien François Cheng le passeur de lumière entre Orient et Occident.

 

Jean-François Guerry.

François Cheng

François Cheng

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Michel  Foucault  - Reflets des Lumières

Michel Foucault – Reflets des Lumières..

 

 

Foucault interroge les Lumières, dans ses « Dits et écrits » qui sont souvent des commentaires des textes de Emmanuel Kant. Les conclusions qu’il en retire par rapport au retour de l’esprit des Lumières dans le XXème siècle, et du rôle du philosophe dans la cité, sont prémonitoires de notre actualité présente.

 

Il constate : « L’importance prise par la rationalité scientifique et technique dans le développement des forces productives et le jeu politique. »

 

Les préoccupations de Foucault comme nous le constatons sont d’une criante actualité. Elles peuvent être dérangeantes pour nos esprits qui idéalisent les Lumières. Il se pose des questions sur le « progrès » et notre capacité à penser par nous-mêmes, sur les limites de la raison et par voie de conséquence, il se dessine alors un besoin de spiritualité. Après tout on ne peut pas vivre que de frigidaires comme le disait Saint-Exupéry, pas plus que d’objets connectés !

 

L’excès des Lumières, de lumière agit comme une sorte d’éblouissement de notre regard vis à vis des choses matérielles, jusqu’à parfois l’insupportable. Il écrit :

 

« Il y a belle lurette que la philosophie a renoncé à tenter de compenser l’impuissance de la raison scientifique, qu’elle ne tente plus d’achever son édifice. (les hommes du XIXème siècle) (…) Ils commencèrent à s’inquiéter de la relation qu’ils devinaient confusément entre la société encline à la rationalisation et certaines menaces sur l’individu et ses libertés, l’espèce et sa survie. Autrement dit, depuis Kant, le rôle de la philosophie a été d’empêcher la raison de dépasser les limites de ce qui est donné dans l’expérience ; mais dès cette époque -c’est-à-dire, avec le développement des États modernes et l’organisation politique de la société-, le rôle de la philosophie a aussi été de surveiller les abus de pouvoir de la rationalité politique- ce qui donne une espérance de vie assez prometteuse. »

 

Le rôle du sage, du philosophe est donc de veiller, pour éviter les excès, les errances, les déviances des Lumières. De préserver l’esprit des Lumières qui doit mener à la liberté individuelle. Il doit donc être le gardien du temple des lumières. Il doit être un incitateur à la préservation de cet esprit des Lumières, et ne pas laisser aux marchands une toute puissance justifiée par la raison, les Lumières deviendraient alors artificielles.

 

L’esprit des Lumières ne peut pas, ne doit pas être une dictature de la raison. Cette dictature a été dénoncée par le sociologue et économiste allemand Weber, qui voit dans les Lumières un désenchantement du monde, qui culmine dans la bureaucratie contemporaine. L’on constate que les idées nouvelles, les réformes s’enlisent dans la dictature de la bureaucratie, dirigée par les marquis des hautes administrations.

 

Il nous faut sans doute revenir au fondamental des Lumières tel que défini par Kant avoir le courage de penser par soi-même, sortir de notre minorité où par paresse nous nous mettons nous-mêmes, cela passe par l’action au présent, aujourd’hui.

 

Les Lumières sont donc bien un processus, que j’ose mettre en rapport avec l’initiation maçonnique qui ambitionne de nous sortir de notre état de minorité, que Olivier Dekens décrit ainsi l’état de minorité de Kant :

 

« Il entend un certain état de notre volonté qui nous fait accepter l’autorité de quelqu’un d’autre pour nous conduire dans des domaines où il convient de faire usage de la raison. Kant donne trois exemples : nous sommes en état de minorité lorsqu’un livre nous tient lieu d’entendement, lorsqu’un directeur spirituel nous tient lieu de conscience, lorsqu’un médecin décide à notre place de notre régime (notons en passant qu’on reconnaît facilement le registre des trois critiques, bien que le texte ne dise pas explicitement). En tout cas l’Aufklärung est définie par la modification du rapport préexistant entre la volonté, l’autorité et l’usage de la raison. »

 

Cela implique un travail personnel, un courage personnel, en clair un désir d’être.

 

Kant fait aussi une distinction entre l’usage privé et l’usage public de la raison. Sans en faire une longue démonstration, je vous propose ce qu’écrit encore Olivier Dekens à ce sujet :

 

« Mais comment assurer un usage public de cette raison ? L’Aufklärung, on le voit, ne doit pas être conçue simplement comme un processus général affectant toute l’humanité ; elle ne doit pas être conçue comme une obligation prescrite aux individus : elle apparaît maintenant comme un problème politique.

La question en tous cas, se pose de savoir comment l’usage de la raison peut prendre la forme publique qui lui est nécessaire, comment l’audace de savoir peut s’exercer en plein jour, tandis que les individus obéiront aussi exactement que possible. Et Kant, pour terminer, propose à Frédéric II, en termes à peine voilés, une sorte de contrat. Ce qu’on pourrait appeler le contrat du despotisme rationnel avec la libre raison : l’usage public et libre de la raison autonome sera la meilleure garantie de l’obéissance, à la condition toutefois que le principe politique auquel il faut obéir soi lui-même conforme à la raison universelle. »

 

Frédéric II Roi de Prusse n’était pas un révolutionnaire, mais faisait preuve d’une large ouverture du compas de l’esprit, protecteur des Francs-Maçons, il fût qualifié du titre de despote éclairé, tolérant. Néanmoins, il censura Kant à cause de sa philosophie sur la religion. La proximité de Frédéric II avec Voltaire, son implication dans les Grandes Constitutions du Rite Écossais Ancien et Accepté de 1786 le plus pratiqué par les Francs-Maçons du monde entier atteste de son engagement maçonnique. Il a été initié dans l’ordre en 1738 alors qu’il avait 26 ans dans une auberge de Brunswick.

 

Les Lumières selon Kant sont donc un moment où l’humanité va faire usage de sa propre raison, sans se soumettre à aucune autorité.

 

Il y aurait donc un paradoxe, la critique de la raison devient nécessaire, c’est « La Critique de la Raison pure » publiée par Kant en 1781 et remaniée en 1787. Une réconciliation avec la métaphysique, la transcendance, Kant ne nie pas la foi mais la cantonne à l’intime, au tribunal intérieur. La critique doit définir les conditions dans lesquelles l’usage de la raison est légitime pour déterminer ce que l’on peut connaître, ce qu’il faut faire, ce qu’il est légitime d’espérer. Il faut se garder d’un usage illégitime de la raison qui fait naître l’illusion, le dogmatisme et l’hétéronomie c’est-à-dire hors de soi-même les règles et les pratiques de son action.

 

D’où la nécessité constante de la règle intangible du penser par soi-même. On ne construit pas un homme neuf sans la force de la force de la volonté, la sagesse de l’humilité, le respect de la beauté du monde, c’est le prix de la liberté intérieure.

 

La critique constructive de son soi, est une voie de perfectionnement sans fin de son être intérieur, pour espérer atteindre la joie du cœur.

 

Jean-François Guerry.

Michel  Foucault  - Reflets des Lumières

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ECOUTEZ ! ECOUTEZ !

La galaxie maçonne émission sur France Culture 

30 minutes avec le passé GM du GODF 

Le lien :

 

https://www.franceculture.fr/emissions/tou

 

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LES LUMIÈRES AUJOURD'HUI...

Les Lumières aujourd’hui….

 

 

Les médias en général, et les médias audio-visuels en particulier, semblent aujourd’hui nourrir une foule béate, qui a remplacé le peuple de la liberté. Cette foule attend passivement ce qu’elle connaît déjà.

 

La plupart des lecteurs des journaux sont abonnés à leur propre pensée, ils ne lisent que les journaux avec lesquels ils sont d’avance en accord, le pluralisme de la presse écrite subventionnée par l’état existe mais chaque lecteur à son propre journal. L’ouverture de son compas est étroite.

Les médias ne se hasardent pas à poser à leurs lecteurs des questions dont ils ne connaissent pas déjà la réponse.

 

Au XVIIIème siècle les choses étaient bien différentes. Les penseurs successeurs de Kant comme Hegel ou Nietzsche se sont confrontés sur la question : « Qu’est-ce que les Lumières ? » Kant a introduit une nouvelle manière de penser, penser par soi-même. Olivier Dekens écrit :

 

« On pourrait même dire que la philosophie moderne se définit par le fait de se poser la question : Qu’est-ce que les Lumières ? »

L’homme des lumières est donc celui qui se pose des questions à lui-même et aux autres ensuite, il est un chercheur actif de la vérité, il est par son attitude à la conquête de sa liberté.

 

Le profane qui frappe à la porte du temple maçonnique, et demande a être reçu franc-maçon se pose aussi des questions sur lui-même, sur le pourquoi de sa vie, sur ses rapports à l’autre, ses rapports à la nature et sa place dans le monde, c’est en ce sens qu’il est un chercheur des Lumières, de la Lumière.

 

Le débat autour des Lumières quelques trois siècles après est toujours dans l’actualité ou pour le moins, le débat sur l’esprit des Lumières, sur l’autonomie de l’homme, sa liberté de penser et d’agir. Ce débat n’est pas prêt de s’éteindre, sauf à vendre son âme aux marchands de la mondialisation.

 

Husserl s’interrogeait sur une forme de naïveté du rationalisme des Lumières, qu’il ira jusqu’à qualifier d’irrationnel. Habermas lui dénonce l’erreur de nombreux philosophes qui confondent subjectivité et rationalité. Pour lui, la raison n’est pas dictatoriale, elle n’introduit pas une forme de subjectivité.

Pourtant après les désastres du XXème siècle, que reste t’il du projet des Lumières, de la liberté des Lumières sous le feu destructeur des guerres, le feu brûlant des camps de concentration des nazis. Auschwitz a t’il tué les Lumières ? Le projet d’universalisme est-il mort dans les Goulags, ou peut-il renaître de ses cendres.

 

L’on peut ‘raisonnablement ‘ s’interroger quand l’on voit la stagnation du nombre des porteurs de Lumière, des passeurs de Lumière, des lanceurs d’alertes qui se comptent sur les doigts d’une seule main et leur manque de soutien dans la cité.

Quand toutes les obédiences maçonniques s’interrogent sur la diminution, au mieux la stagnation de leurs membres. Les Lumières ne font-elles plus rêver ?

Il en a semble t’il toujours été ainsi : « Il faut que je meure, pour qu’il naisse … » Sommes au terme d’une civilisation ?

 

L’opposition bien mal est-elle suffisante, pour faire régner le bien ? L’événement du 11 septembre semble nous démontrer que non. Le terrorisme est aussi immoral que l’est la mondialisation, qui laisse mourir de faim des millions d’individus.

Baudrillard a écrit dans le Monde du 03/11/2001 à propos de l’Esprit du terrorisme pour extrait :

 

« Nous croyons naïvement que le progrès du Bien, sa montée en puissance dans tous les domaines (sciences, techniques, démocratie, droits de l’homme) correspond à une défaite du mal. Personne ne semble avoir compris que le Bien et le Mal montent en puissance  en même temps, et selon le même mouvement. Le triomphe de l’un n’entraine pas l’effacement de l’autre, bien au contraire. On considère le mal, métaphysiquement, comme une bavure accidentelle, mais cet axiome, d’où découlent toutes les formes de lutte du Bien contre le Mal, est illusoire. Le Bien ne réduit pas le Mal, ni l’inverse d’ailleurs : ils sont à la fois irréductibles l’un à l’autre et leur relation est inextricable. »

Est-il raisonnable de penser ainsi, n’est-ce pas désespérer de l’avenir, n’est-ce pas nier le perfectionnement possible de l’homme ?

 

Serait-ce le même chemin qui conduit des ténèbres à la Lumière ? Ce chemin, qui est un labyrinthe long et inextricable. Franc-maçon nous connaissons la nécessaire descente, vers la connaissance et l’acceptation de notre part d’ombre, pour pouvoir accéder au triomphe de la Lumière, nous savons qu’au chaos succède l’ordre. Que la Lumière qui brille en nous ne peut s’éteindre.

 

Nous savons que le comment, c’est-à-dire fuir le vice et pratiquer la vertu, ne peut pas se dissocier du pourquoi, pour atteindre une liberté qui se situe dans une conjugaison entre immanence et transcendance, cette transcendance hors de portée de notre raison humaine, mais dont nous avons en nous l’intuition, qui constitue une véritable force pour établir sa vie, pour atteindre la joie du cœur.

 

À suivre….

 

Jean-François Guerry.

LES LUMIÈRES AUJOURD'HUI...

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L'HOMME DES LUMIÉRES

L’HOMME DES LUMIÈRES

 

 

Quelle est la figure de l’homme des lumières dans le temps et l’espace, en 1717 date de l’organisation de la Franc-Maçonnerie spéculative, jusqu’à nos jours. Dans l’espace en Angleterre, en France en Allemagne. Cet homme a t’il un rapport avec ce qu’est un franc-maçon aujourd’hui, ou plutôt avec ce que sont les francs-maçons en l’an 2020. Autant de questions que je me pose et vous pose.

 

Il est nécessaire ou pas, à vous de juger de revenir sur la célèbre phrase des Constitutions du pasteur James Anderson, qui furent écrites sous l’impulsion de Théophile Desaguliers sans doute autour de l’année 1717 et publiées en 1723 à Londres par William Hunter. Ces constitutions qui marquent non pas le début de la franc-maçonnerie spéculative, mais son organisation autour d’un texte fondateur. La mise en ordre de plusieurs loges maçonniques, leur fédération pour constituer la première obédience maçonnique qui fût la Grande Loge Unie d’Angleterre.

 

Cette célèbre phrase traduite de l’anglais, qui a provoqué et provoque encore de nombreux commentaires, chacun ayant son interprétation.

 

« Le franc-maçon n’est ni athée stupide, ni un libertin irréligieux. »

 

Il faut avant tout replacer cette phrase dans son contexte historique, alors que des tumultes autour de la religion agitent la société anglaise, les ‘papistes’ et les ‘anti-papistes’ se déchirent, la suprématie de la religion catholique romaine est remise en cause.

 

L’on peut lire dans les déclarations des principes de l’esprit de la franc-maçonnerie spéculative : si dans les temps anciens, l’homme bon et juste était assimilé au croyant et pratiquant de la religion de son pays. La religion nouvelle, universelle des francs-maçons, n’est pas une religion au sens premier c’est-à-dire une religion particulière. Mais une religion au sens large c’est-à-dire une institution qui relie tous les hommes bons, loyaux, hommes d’honneur et de probité. Quelques soient leurs croyances. C’est un centre d’union fraternelle.

Le texte des Constitutions dites d’Anderson a été fortement inspiré par Isaac Newton, dont Théophile Désaguliers fût un temps le secrétaire, tous les deux furent membres de la Royal Society de Londres. Qui à cette époque était une véritable marmite intellectuelle comparable à celle d’Alexandrie ou du miracle Grec, à la Royal Society tout ce que le monde occidental comptait d’intellectuels de scientifiques, tous les esprits ouverts au progrès des sciences et de l’humanité pouvaient s’exprimer sans contraintes, sans dogmes de toutes sortes. Si Newton fût un anti-papiste avéré, ses jugements sur Descartes et ses travaux furent très sévères. Il n’en reste pas moins que la franc-maçonnerie spéculative, trouve ses sources à la fois dans l’ancien testament en remontant jusqu’à Noé et dans le nouveau testament jusqu’à la chrétienté, les rituels maçonniques et leurs symboles en attestent, ainsi que le fameux discours du Chevalier de Ramsay (1736). La lecture des manuscrits anciens, des ‘old charges’ tels que le Régius (1390), le Cooke (1400), Le Grand Lodge (1583), le Watson (1687), le Dumfries (1710) etc ,finissent de convaincre sur les références bibliques de la franc-maçonnerie.

 

En raccourci l’on peut qualifier la franc-maçonnerie opérative, de métier de catholique dans ses origines, et la franc-maçonnerie spéculative qui lui succède de protestante dans ses origines. (Lire à ce sujet les ouvrages de Charles-Bernard Jameux publiés aux éditions Dervy sur les origines de la franc-maçonnerie spéculative, une thèse particulièrement bien étayée.)

La franc-maçonnerie spéculative évoluera en substituant Dieu à un principe créateur désigné sous le nom de Grand Architecte de l’Univers, permettant ainsi d’accueillir en son sein des hommes de toutes les religions, des agnostiques et des athées vertueux ! Elle affirme ainsi dans la lignée de la pensée de Spinoza la primauté de l’esprit sur la matière, ouvrant une voie sans limites au perfectionnement de l’homme ayant la volonté de pratiquer le bien, le bon, le juste.

La franc-maçonnerie se propose de réunir les hommes vertueux, sans distinction de toutes les religions, de toutes les classes sociales, elle s’interdit pratiquer dans ses loges toutes discussions politiques ou religieuses.

 

Dans une évolution plus récente une partie de la franc-maçonnerie essentiellement en France, renonce à toute référence au principe du Grand Architecte de l’Univers, elle n’est pas pour autant constituée d’athées stupides c q f d.

 

Les hommes justes et bons épris des merveilles de la nature, animés par la droite raison, méritent sans contestation d’être reconnus comme membres de cette fraternité initiatique. Refuser ou contester cette appartenance (problème de la régularité) serait pour le moins dogmatique, donc contraire même à l’esprit maçonnique de tolérance, d’ouverture, de tempérance et d’universalisme, contraire aussi à l’esprit des lumières. ‘Il y a plusieurs pièces dans la maison du père’ et qui serais-je pour porter un jugement définitif sur mes frères ?

 

C’est cet esprit qui fût repris par Spinoza et Kant. L’on retrouve cela parfaitement exprimé dans l’Éthique Livre IV :

 

« Il n’existe dans la nature aucune chose singulière qui soit plus utile à l’homme qu’un homme vivant sous la conduite de la raison. »

 

C’est sous cet éclairage que naît l’homme des lumières du XVIII ème siècle, le philosophe des lumières, ou encore le franc-maçon spéculatif avec son compas largement ouvert. Cet homme décrit par Diderot dans sa notice Éclectique de son Encyclopédie.

 

« L’éclectique est un philosophe qui, foulant aux pieds le préjugé, la tradition, l’ancienneté, le consentement universel, l’autorité, en un mot tout ce qui subjugue la foule des esprits, ose penser lui-même, remonter aux principes généraux les plus clairs, les examiner, les discuter, n’admettre rien que sur le témoignage de son expérience et de sa raison (…) L’ambition de l’éclectique est moins d’être le précepteur du genre humain que son disciple ; de réformer les autres, que de se reformer lui-même. »

 

Cette description de l’homme des lumières, est comparable à l’aspiration du franc-maçon, qui entend d’abord se reformer lui-même, avant de reformer les autres et le monde. Contrairement aux apparences il n’y a pas rejet de ‘la tradition’ mais rejet des dogmes imposés, il nous faut remonter aux idées claires, pures, originelles à la ‘tradition primordiale’ au sens où l’entend par exemple René Guénon, enfin gagner la liberté de penser par soi-même.

 

Pourquoi aujourd’hui encore, faisons-nous référence à cette figure emblématique de l’homme des lumières, à cet esprit des lumières ? Sans doute parce que nous sommes à la recherche d’un optimisme perdu, enlisé dans le conformisme d’une société trop matérielle, trop uniformisée, non plus universelle au sens des lumières, mais mondialisée par les marchands.

Ce monde est gangréné par l’individualisme, qui est forme dévoyée de l’individuel, une fausse liberté.

 

Faut-il une nouvelle révolution pour redonner de l’avenir à l’humanité ?

Condorcet qui fût jeté en prison par Robespierre et sa terreur, comparable à la terreur blanche des royalistes. Condorcet malgré cette terreur continua d’avoir confiance en l’homme, il ne faut donc pas désespérer. Je cite :

 

« Tout nous dit que nous touchons à l’époque d’une des grandes révolutions de l’espèce humaine. Qui peut mieux nous éclairer sur ce que nous devons en attendre ; qui peut nous offrir un guide plus sûr pour nous conduire au milieu de ses mouvements, que le tableau des révolutions que l’on précédée et préparée ?

L’état actuel des lumières nous garantit quelle sera heureuse ; mais aussi n’est-ce pas à condition que nous saurons nous servir de toutes nos forces ?

Et pour le bonheur qu’elle promet soit moins chèrement acheté, pour qu’elle s’étende avec plus de rapidité dans le plus grand espace, pour qu’elle soit plus complète dans ses effets, n’avons-nous pas besoin d’étudier dans l’histoire de l’esprit humain quels obstacles nous restent à craindre, quels moyens nous avons de les surmonter ? »

(Extraits de l’Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain de Condorcet.)

 

À suivre : Les lumières de la raison, les lumières et la religion, un débat autour des lumières…

 

Jean-François Guerry.

L'HOMME DES LUMIÉRES

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AUTOUR DES LUMIÈRES- « Qu’est-ce que les lumières ? »

AUTOUR DES LUMIÈRES- « Qu’est-ce que les lumières ? »

 

 

Efants des lumières, de la Lumière, chercheurs de la Vérité, orphelins, en perpétuel questionnement sur les mystères de notre être, de ce que nous sommes, il est naturel que nous nous interrogions sur cette philosophie des lumières, sur l’esprit des lumières.

 

Depuis Kant, nombreux sont les philosophes, les historiens, les sociologues qui se sont intéressés au phénomène des lumières, pour marquer leur ouverture d’esprit, leur désir de rassembler les politiques se revendiquent de l’esprit des lumières, en opposition avec une société de plus en plus gangrénée par les intégrismes à l’exact opposé de cet esprit de liberté.

Michel Foucault a lui aussi donné ‘son éclairage’ sur ses lumières de la raison. « Il considère, que l’identité des lumières, n’est pas tant un ensemble déterminé de thèses philosophiques, mais plutôt une attitude particulière à l’égard de sa propre actualité et d’un souci de définir sa propre identité. »

Une forme de courage dans la recherche de son soi, une mise en route, en chemin, un commencement, une initiation à la recherche de son soi. 

 

Il rejoint ainsi Kant et son Sapere Aude . Penser par soi- même. C’est aussi une injonction faite au maître maçon, qui se doit avec la plus large ouverture possible du compas de son esprit accueillir toutes les pensées qu’il considère comme dignes d’intérêt pour les examiner avec la rigueur de l’équerre et le ciseau de l’éthique, avant de les faire siennes. Cela implique courage, travail et persévérance. C’est l’interrogation permanente sur le sens de sa vie, au présent tout de suite, car le temps presse et le travail doit se faire lentement.

Le titre de Michel Foucault : « Qu’est-ce que les lumières ? » n’est que la reprise de celui d’un court travail de Kant, Foucault reconnaît en Kant son travail philosophique de diagnostic du présent. C’est-à-dire le questionnement de sa propre identité, et celle de notre temps. Il voit une distinction entre Kant et Descartes, ce dernier propose le questionnement individuel, le « qui suis-je, moi qui pense ? » Kant se demande par conséquence « qui sommes-nous ? »On passe de l’individuel à l’universel, du je au nous.

 

On trouve une modernité dans la pensée de Kant comme dans celle de Foucault, une recherche de libération de l’homme. Foucault nous propose son ‘êthos’philosophique, propre à l’ontologie critique de nous-mêmes, comme épreuve historico-pratique des limites que nous pouvons franchir et donc comme travail de nous-mêmes sur nous-mêmes étant des êtres libres. 

Les lumières de Kant ne marquent pas une nouvelle ère, un nouveau monde, comme le concevait les philosophes antiques. Mais plutôt une rupture avec le passé. Je dirais que les lumières, provoquent un choc initiatique libérateur, nous étions dans les ténèbres, et nous avons demandé la Lumière. Nous étions dans les contraintes de la vie matérielle, de celle des apparences, soumis aux regards d’autres, à l’avoir. Nous avons voulu être. C’est ce que Kant appelle sortir de l’état de minorité, ne plus se soumettre à autrui mais faire usage de notre raison. C’est l’acte de courage de penser par soi-même, être soi-même.

Il ne s’agit pas pour Foucault de tomber dans une idolâtrie du présent, mais il s’inspire plutôt de Baudelaire qui ne se limite pas, à un rapport au présent, mais à une méditation sur soi, à l’élaboration de soi-même. Comme un objet à modifier, je dirais opérer une métamorphose du moi en soi et un essor de son soi, de son être intérieur.

 

L’interrogation, le souci du présent par Kant débouche sur un modèle de vie philosophique, une pratique (Praxis), donc une vie de travail au sens moral, qui vise à effacer les bornes, les limites, lentement pour parvenir à une vie de liberté.

 

A suivre….

 

Jean-François Guerry.

 

Mes sources d’inspiration : Emmanuel Kant, Michel Foucault, Olivier Dekens.

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RESTER CHEZ SOI ?

RESTER CHEZ SOI ?

 

 

Protégez-vous ! Restez chez vous ! Un message sanitaire en forme de supplique nécessaire sans nul doute pour sa protection et celle des autres. Un message aussi, détourné, transformé presque en joie face à un petit virus presque glorifié !

 

Pour vivre en paix, vivons cachés, reclus, soyons discrets, secrets ? Si l’on s’en réfère au célèbre oracle de Delphes : Connais-toi, toi-même…en le tronquant comme c’est devenu une habitude. On oublie que la connaissance de soi, est le chemin pour la connaissance des autres et du monde qui nous entoure. Se connaître oui, mais pourquoi, certes pour assumer la totalité de ce que nous sommes avec nos parts d’ombres, nos faiblesses, mais aussi nos forces.

 

Pour un peu, il faudrait oublier que l’homme est un animal social comme le disait Aristote, il ne serait qu’un animal sauvage reclus dans sa tanière.

 

L’initiation maçonnique est personnelle, mais se réalise dans le cadre d’un collectif, elle incite d’abord à la connaissance de soi, à la recherche de la pierre philosophale, le VITRIOL présent dès les premiers pas de l’initiation en témoigne. L’introspection, la recherche de l’être intérieur et son essor, mène aussi à la connaissance de l’autre. L’initiation ne peut être égotiste, la franc-maçonnerie est un ordre initiatique et fraternel. L’initiation n’est véritable que par le passage du Je au nous. Le franc-maçon sait que seul, sans le secours des autres il ne peut rien faire.

 

Alors le confinement n’est qu’une joie précaire, éphémère, une connaissance partielle. Comment en restant confiné pourrions-nous Voir, Toucher, Sentir, la nature qui nous entoure et dont nous sommes des êtres. Comment tenir notre juste place dans celle-ci, prenez place mes frères est bien une injonction maçonnique ! Comme chacun a sa place dans la loge, chacun a sa place dans le temple de l’univers. C’est un droit naturel, mais aussi un devoir pour construire un monde toujours plus juste.

 

Construire son être intérieur, n’exclut pas de construction du monde extérieur. Il nous faut pouvoir contempler l’univers, mon Dieu que la montagne est belle disait le poète, notre ascension spirituelle vient de notre contemplation du beau, et de notre amour des autres. Il nous faut vivre spirituellement les gestes les plus humbles de notre vie.

 

Contempler est une joie sans limites, sans fin, éternelle. Le confinement n’est pas une fin en soi, même les moines ont des visions qui vont bien au-delà de leurs cellules, leur vie intérieure ne s’oppose pas à la beauté de l’univers.

 

Une chose est sûre après ce confinement forcé, j’ai le désir de saisir à nouveau les mains de mes frères, de mes sœurs, de Voir leurs regards qui brillent et illuminent la loge.

 

Jean-François Guerry.   

RESTER CHEZ SOI ?

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Claude nous propose ses réflexions sur l'amour, l'amour de qui, de quoi, les différentes formes d'amour, l'amour de soi, des siens, des proches, de l'autre, des ses ennemis, du Grand Architecte, la forme ultime de l'amour : l'amour Agapé.

Bonne lecture.

 

Jean-François Guerry.

DE L'AMOUR

Tu aimeras ton prochain comme toi-même. (Amour de la racine Grec Agapé et du verbe Agapan)

 

Dans le Lévitique (19, 18) – Il est dit Tu ne te vengeras pas et tu ne garderas pas rancune aux fils de ton peuple, mais tu aimeras ton prochain comme toi-même. L’idée que le judaïsme aurait ignoré la Loi de l’Amour, au profit de la seule Loi de crainte est fausse. Il n’en demeure pas moins que le vocabulaire Chrétien s’enrichit d’un terme nouveau pour désigner l’amour le plus authentique :  Agapè, tiré du verbe grec agapan, qui signifie simplement chérir et que l’on traduit habituellement par charité.

 

C’est le terme que le Christ utilise selon l’Evangile de Jean lorsqu’il déclare : A ceci, tous vous reconnaitront pour mes disciples : à cet amour que vous aurez les uns pour les autres (13, 35). C’est encore lui qui s’avère plus fort que la mort et qui préside à la résurrection de Lazare : il sous entend la croyance que Jésus exige de ses fidèles lorsqu’il leur fait cette promesse : Moi je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, fût-il mort vivra et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais (Jean 11,25)

Le stoïcisme, est proche du Bouddhisme. Il tenait la peur de la mort comme la pire entrave à la vie heureuse. Or cette angoisse à l’évidence, n’est pas sans lien avec l’amour. Il existe une contradiction apparemment  insurmontable entre l’amour, qui porte de manière presque inéluctable à l’attachement, et la mort qui est la séparation.  Si la Loi de ce monde est celle de la finitude et du changement, c’est pêcher par manque de sagesse que de s’attacher aux choses et aux êtres. Non pour sombrer dans l’indifférence, ce que le sage stoïcien et le moine bouddhiste ne saurait recommander. : la compassion, la bienveillance et la sollicitude à l’égard des autres, voire envers toutes les formes de vie, doivent demeurer la règle éthique la plus élevée de nos comportements. Mais la passion n’est pas de mise chez le sage et les liens familiaux eux-mêmes lorsqu’ils deviennent trop attachants doivent être, si besoin, distendus.

C’est en ce sens que Epictète fait à son disciple cette recommandation qui peu sembler étrange aux yeux d’un moderne, mais qui n’en résume pas moins toute la richesse du monde : << Désirer ton fils ou ton ami en un temps où ils ne t’ont pas été donnés, c’est sache-le désirer des figues en hiver. Comme l’hiver est à la figue, l’ensemble des circonstances provenant de l’Univers l’est aux êtres qu’elles nous enlèvent. Au reste, même quand tu jouis de leur présence, met-toi devant l’esprit des représentations contraires. Quel mal y a-t-il à murmurer entre ses dents, tout en embrassant son enfant : Demain, il mourra, où de dire à ton ami : demain nous quitterons le pays et nous ne nous reverront plus."

 

S’il faut s’exercer à penser sans cesse à la mort, à la séparation, à l’impermanence de toutes les choses, ce n’est pas par goût du morbide mais au contraire par le souci du bonheur : si la séparation est la Loi de ce monde, il faut l’anticiper et s’y préparer pour que le jour venu nous ne soyons pas pris au dépourvu et comme tel, plongés dans le malheur. La vraie liberté et la joie la plus authentique en dépendent.

 

C’est aussi pourquoi, comme le sage grec, le moine bouddhiste à tout intérêt à vivre, autant qu’il est possible dans une certaine solitude. Vous vous efforcerez en vertu de votre pratique spirituelle , de vous détacher des objets de l’attachement, idéal auquel à vrai dire est bien difficile de parvenir dans la vie sociale et familial ordinaire. Parmi les humains, la vie professionnelle est bourrée de turbulences et de problèmes, et les laïcs sont impliqués dans toutes sortes d’activités qui ne favorise guère l’exercice du dharma (l’enseignement du bouddha). La vie monastique est beaucoup plus favorable, dit-on à la pratique en vue d’en finir avec ce cycle, car elle nous expose moins que tout autre aux tentations de l’attachement. Or, c’est bien de ces tentations qu’il faut nous affranchir si nous voulons parvenir à surmonter la crainte de la mort car la condition idéale pour mourir est d’avoir tout abandonné, intérieurement et extérieurement, afin qu’il y ait, à ce moment essentiel, le moins possible d’envie, de désir et d’attachement auquel l’esprit puisse se raccrocher. C’est pourquoi avant de mourir, nous devrions nous libérer  de tous nos biens, amis et famille, opération qui ne peut se faire au dernier moment  mais exige toute une vie de sagesse préalable.

L’amour chrétien  n’est pas si éloigné de la sagesse hellénique ou orientale. A bien des égards, en effet, il semble lui aussi exclure, toute idée d’attachement aux créatures de ce monde. Comme le souligne le philosophe André Comte Sponville, « la charité Agapè culmine dans l’amour du prochain » Or, précisément on n’est pas attaché au prochain ! Le prochain par définition c’est n’importe qui …

 

Si bien que la charité ?,  c’est exactement  selon l’expression  de Pascal, un amour sans attache.  Ce qui la caractérise et qui est la marque propre des évangiles, ce n’est pas l’amour que nous avons pour nos enfants ou nos amis, à qui nous sommes attachés, mais celui que nous devrions avoir pour nos ennemis mêmes ! L’amour sans attache, n’est pas seulement une notion bouddhiste ; c’est aussi une vertu chrétienne qui à nom charité, c'est-à-dire aimer sans vouloir posséder. André Comte Sponville, a raison. Pascal qui confirme par avance son propos dans un fragment que Voltaire jugeait, à tort, dans un point de vue chrétien, déraisonnable : S’il y a un Dieu, il ne faut aimer que lui et non les créatures passagères. C’est la conclusion des sages : il y a un Dieu, ne jouissons donc pas des créatures.

 

Tout ce qui nous incite à nous attacher aux créatures est mauvais puisque cela nous empêche, ou de servir Dieu si nous le connaissons ou de le chercher si nous l’ignorons. Nous sommes pleins de concupiscence, donc nous sommes pleins de mal, donc nous devons nous haïr, nous-mêmes, et tout ce qui nous excite à autre attache qu’un Dieu seul « si ce n’est nos proches et non le prochain, mais ceux que nous aimons « de façon singulière et personnelle, comme des êtres à part des autres .>>  Le Christ ne dit d’ailleurs pas autre chose, et de manière plus radicale. « Ne croyez pas que je suis venu apporter la paix sur cette terre, mais le glaive. Car je suis venu séparer et dresser l’homme contre son père, et la fille contre sa mère, et la bru contre sa belle mère ; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Qui aime père et mère plus que moi, n’est pas digne de moi. La phrase paraît contredire le premier commandement tant les termes qu’elle emploie pourraient sembler convenir davantage au démon qu’au saint : séparation, inimitié, haine. Il n’en est rien, et la signification est assez claire : l’amour humain, simplement humain est exclusif de Dieu et comme tel haïssable. Elle parait confirmer de manière éclatante que l’amour chrétien authentique n’est ni un amour d’attachement, encore moins une passion et n’est pas si éloigné des recommandations stoïciennes ou bouddhistes.

 

Du reste comme la parole du Christ et la pensée de Pascal, toute l’œuvre de saint Augustin viendrait encore s’il en était besoin, le confirmer comme en témoigne, ce passage du « De verra religione » : nul ne peut aimer parfaitement l’état auquel nous sommes appelés sans haïr celui d’où nous sommes rappelés. Voilà pourquoi l’homme ne doit pas aimer  son semblable comme on aime ses frères selon la chair, son fils, sa femme ou ses parents alliés ou concitoyens. Cet amour là est temporel …Et il n’y a rien qui doive paraître inhumain : car il est bien plus inhumain d’aimer un homme, non en tant qu’homme, mais en tant que fils, car c’est aimer en lui non ce qui le rattache à Dieu mais ce qui le rattache à vous.

 

Bref, l’amour du prochain n’est pas non seulement l’amour des proches, mais à vrai dire tout son contraire, et la conclusion du raisonnement d’Augustin ne laisse aucun doute sur ce point. : puisque « nul ne peut servir deux maîtres » (Mathieu VI, 24) Haïssons donc les liens temporels, si l’amour de l’éternité nous presse. Ce qu’il faut aimer c’est la nature humaine parfaite  ou tendant à le devenir, indépendamment de sa condition charnelle. Si nous prenons la peine d’aller un peu plus loin et sans nous arrêter à la surface des choses  de réfléchir davantage à la condamnation exacte chrétienne de l’amour d’attachement, elle nous apparaîtra sous un jour très différend de celui qui l’éclaire dans le stoïcisme et le bouddhisme.

 

Là Pascal peut encore nous mettre sur la voie. Dans les pensées (471), il expose de façon lumineuse les raisons pour lesquelles il est indigne de laisser quelqu’un s’attacher à soi (et par conséquent absurde de se laisser aller soi-même à un amour d’attachement pour un autre). Il est injuste écrit Pascal, que l’on s’attache à moi, quoiqu’on le fasse avec plaisir et volontairement. Je tromperais ceux à qui j’en fais naître le désir, car je ne suis la fin de personne et n’ai pas de quoi les satisfaire. Ne suis-je pas prêt à mourir ? Et ainsi l’objet de leur attachement mourra. Donc, je serais coupable de faire croire à une fausseté, quoique je la persuadasse doucement et qu’on la crût avec plaisir, et qu’en cela on me fit plaisir, de même, je suis coupable de me faire aimer. Et si j’attire les gens à s’attacher à moi, je dois avertir ceux qui seraient prêts à consentir au mensonge, qu’ils ne doivent pas croire. Quelque avantage qui m’en revint ; et, de même, qu’ils ne doivent pas s’attacher à moi, car il faut qu’il passe leur vie et leurs soins à plaire à Dieu, ou à la chercher. L’argumentation de Pascal rencontre celle des sagesses anciennes. C’est bien parce que  l’objet de l’attachement est mortel et que toute complaisance envers lui est indigne. Comme l’affirme l’épitre aux Galates (VI ,8) « Qui sème dans la chair, de la chair moissonnera la corruption ; qui sème dans l’esprit, de l’esprit moissonnera la vie éternelle. «  , ou comme le dit  St Augustin qui s’attache par amour à des créatures mortelles : «  vous cherchez une vie heureuse dans la région de la mort ; vous ne l’y trouverez point . Car comment trouverait-on la vie heureuse là ou il n’y a même pas la vie « mais la réciproque se profile comme en creux dans le raisonnement lui-même, «si l’objet de mon attachement n’était pas fautif en quoi serait il fautif ou déraisonnable ? Si mon amour portait sur l’éternité en l’autre pourquoi devrait il ne pas m’attacher ? C’est là que St Augustin, avant Pascal, mais déjà dans le même sens, concède volontiers « Gardons-nous donc de servir la créature de préférence au Créateur et de nous perdre en nos imaginations.

 

Voilà la religion parfaite. En nous rattachant à l’éternel Créateur, nous recevrons nécessairement, nous aussi l’éternité. Autrement dit, dès que l’amour se porte vers Dieu, l’attachement qu’il implique redevient légitime, mais tout autant s’il se porte sur les créatures en tant qu’elles sont divines – et les misères de l’homme ont aussi pour effet sa grandeur ne redevient t-il pas licite et même souhaitable ? C’est ici tout le thème de l’amour en  Dieu qui se profile et, contrairement  à la compassion universelle des stoïciens et des bouddhistes, il n’exclut nullement la singularité de chaque individu. Pascal à raison, il est indigne de laisser d’autres êtres s’attacher à nous de manière exclusive et possessive ou de nous attacher nous-mêmes à eux sur ce mode. C’est là d’ailleurs à un moment ou à un autre, la crainte légitime des parents de tous les parents qui, souvent craignent davantage leur propre mort pour les autres que pour eux-mêmes. Ils sont de manière plus ou moins consciente, que l’attachement qui celui de leurs enfants constitue un risque majeur pour eux ; que leur arriveraient t’ils si nous disparaissions ? Cette éventualité n’et elle pas un jour ou l’autre réalité, puisque nous sommes tous mortels ? Mais une troisième forme d’amour vient réconcilier les deux premières et dépasser ainsi les sagesses anciennes dans leur refus des attachements singuliers ; l’amour « en Dieu », qui inclut les créatures en tant qu’elles peuvent par le salut, succéder ainsi à l’immortalité. 

Pour revenir à l’esprit maçonnique fraternel et libre qui existe depuis les lumières. Le Franc- Maçon travaille à son élévation spirituelle en taillant des pierres aux atomes lumineux, sur son chantier des symboles. Les pierres offrent par leurs diversités, en quelque sorte, une élévation universelle de la vérité pure sur le passé, présent et futur de toute la condition humaine, la vie de notre planète y compris avec la nature puis, les sciences, les arts et les mystères insondables de notre univers, représentés par notre symbole le pentagramme, désigné par l’étoile à cinq branches des compagnons. Notre amour du prochain, est concentré, non pas sur l’agapè, que désigne Pascal par « Charité – c'est-à-dire, amour sans attache »,mais sur la dignité, l’humanité et le respect de l’homme. Nous nous sommes battus contre l’esclavage et crimes contre l’humanité depuis toujours et, il en sera ainsi éternellement, s’il le faut dans le futur. Nos sangs, à l’intérieur de toutes les couleurs de peaux et par notre temps de présence sous les colonnes, se sont mélangés dans un esprit du bien. Nous croyons comme Spinoza, Kant et autres philosophes en une, déité, que chaque frère interprète en vertu de ses propres réflexions expérimentées par le temps, sur le chantier de ses compétences et efforts. Nous sommes une famille librement consentie. Nous nous devons fidélité, assistance et défendons nos frères par le serment biblique de la grande lumière, que vous connaissez.

 

Juin  6020 -  J’ai dit -  C. Galinier

 Mes sources -   Les philosophes – Caratini – Luc Ferry -  lucien  Jerphagnon                        

DE L'AMOUR

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SPINOZA ENCORE.... ET LA POLICE

SPINOZA ENCORE… LA POLICE

 

 

On peut lire Spinoza dans le fil de notre actualité, de la manière la plus objective possible, la plus factuelle, sans émotion. 

La dégradation de notre société aboutit au rejet de la connaissance au profit des émotions, des sentiments, des passions éphémères, elles génèrent ce que Spinoza appelle des idées inadéquates.

 

Le siècle des lumières est le socle de notre démocratie moderne, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen est un des textes fondateurs de notre démocratie républicaine, c’est aucun doute le plus important, il fait paraît-il encore référence !

 

En ces moments où se multiplient les manifestations contre la police, il me semble utile de relire l’Art 2 de cette déclaration, article que l’on peut trouver sur les sites officiels : du gouvernement, du conseil constitutionnel, de legifrance.

 

Ø Article 2 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 : 

« Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression. » 

La protection d la vie privée a été affirmée en 1948 par la déclaration universelle des droits de l’Homme des Nations Unies (art 12) 

« Nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à̀ la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes. » 

Cet article s’impose à nous, il règle notre vie sociale, la vie de la cité, pour une société éprise de justice. Le droit « à la sureté » est dit imprescriptible. Il est incarné par la police,  corps républicain qui est au service du gouvernement et donc des citoyens, chargé de leur « sureté ». Que penser dès lors du slogan entendu dans les manifestations ‘contre la police et les violences dont elle serait coupable’. Slogan scandé dans les rues et repris par les médias :

 

« Tout le monde déteste la police ! »

 

Et que penser du soutien aux manifestants ‘du premier flic de France’ le ministre de l’intérieur ? Qui a dit à peu près que : 

« L’émotion mondiale (…) dépasse au fond les règles juridiques qui s’appliquent. »

 

En clair, l’émotion, les passions priment sur la justice, sont au-dessus de la justice, selon notre ministre de l’intérieur. Une déclaration faite sous le coup de l’émotion et qui interroge sur le respect des droits de l’homme et du citoyen.

Cette soumission aux émotions qui nie la connaissance, est une dictature des passions, un refus de l’essence des choses. Une allégeance ou pour le moins une faiblesse, face à des images relayées par les médias audio-visuels, qui systématiquement déforment la réalité ; ne tenant pas compte de la généalogie des faits, ils livrent en pâture à la foule des informations parcellaires qui suscitent les émotions. Je mettrais à part la presse écrite qui travaille sur le fonds des choses.

 

Spinoza nous incite à toujours préférer la connaissance aux passions, seule la connaissance nous apporte joie et liberté. Il nous faut prendre conscience que nos passions sont difficilement maitrisables. Spinoza ne croit pas au libre arbitre. Il nous faut donc développer nos passions bonnes, celles qui nous apportent la joie, et mépriser celles qui nous rendent tristes.

 

Mais surtout rechercher la connaissance et adapter nos passions à notre raison. Je ne suis donc pas convaincu que : « tout le monde déteste la police. » et vous ?

 

Jean-François Guerry.

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