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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par jean françois
La semaine en Images
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La Semaine de la F M au Cœur du 24/01 au 30/01/2016.

 

Vous avez aimé dans l’ordre….

 

Le 25/01 : Humeur de Cincinnatus !!! Il réagit aux Statuts de Ratisbonne et de la Saint – Michel.

http://www.lafrancmaconnerieaucoeur.com/2016/01/humeur-de-cincinnatus.html

 

Le 26/01 : Melkisedeq c’est qui celui-là ?–IV- la fin de l’enquête. Rappel sur simple demande par mail, une version imprimable de l’ensemble de l’enquête adresser vos mails à : guerryjf@gmail.com

 

http://www.lafrancmaconnerieaucoeur.com/2016/01/melkisedeq-c-est-qui-celui-la-part-iv-la-fin.html

 

 

Le 29/01 : Les Statuts de la Saint-Michel : un code du travail  à remettre au goût du jour ?

 

http://www.lafrancmaconnerieaucoeur.com/2016/01/les-statuts-de-la-saint-michel-part-ii.html

 

Le 24/01 : La Planche de Théodore –ROUE - , La semaine sur la FM au Cœur. Info sur Blois !

http://www.lafrancmaconnerieaucoeur.com/2016/01/la-semaine-sur-la-f-m-au-coeur-du-17-01-au-23-01-2016.html

http://www.lafrancmaconnerieaucoeur.com/2016/01/tous-a-blois.html

 

Le 27/01 : Francs-Maçons de la Mer XIV – Lapérouse en Mer du Japon.

http://www.lafrancmaconnerieaucoeur.com/2016/01/francs-macons-de-la-mer-xiv-laperouse-des-philippines-a-la-mer-du-japon.html

 

Le 30/01 : Infos Les Sœurs Agissent pour les migrants, Le Droit Humain et les droits de l’enfant sur France Culture le 31 à 9h 40.

http://www.lafrancmaconnerieaucoeur.com/2016/01/info-les-soeurs-agissent.html

 

Le 28/01 : Tarot Initiatique Le Pendu  XIII- Mem.

http://www.lafrancmaconnerieaucoeur.com/2016/01/tarot-initiatique-le-pendu-xiii-mem.html

 

Bonne lecture ou relecture..

 

Bon Dimanche à tous

 

JFG

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Publié le par jean françois
Dans la Forêt près de HALLSTAT (Autriche Berceau des Celtes VIème siècle AV-JC)

Dans la Forêt près de HALLSTAT (Autriche Berceau des Celtes VIème siècle AV-JC)

 

 

 

                                     Source

 

Les dictionnaires ne donnent pas moins de trente-sept entrées différentes pour cette source dont on peut donc dire, si vous le permettez, qu’elle a inondé le langage commun dans les expressions et les idées parmi les plus usitées. Les synonymes engendrés par la multiplication des déclinaisons vont d’origine, ascendance ou racine, à germe, commencement, cause ou ferment. Et si la notion d’origine n’était pas claire comme de l’eau de roche, nul doute que la profusion serait source de confusion, voire source d’ennuis ou plus trivial encore.

On glosera donc sur les sources d’un conflit, celles de l’inspiration d’un auteur puis celles de ces revenus ; on soupçonnera, au gré de l’humeur, la source des renseignements du journaliste (qu’il doit protéger) ou celle d’une erreur tragique ; et on traquera tout autant les sources d’une légende que celles de la vie, que sais-je encore ? Le besoin irrépressible de chercher et de trouver la source de toute chose organise notre manière de penser  et même notre classification des sciences en découle : ethnologie, astrophysique, onomastique, biologie, psychologie, neurologie, histoire, mathématique fondamentale et tant d’autres sont autant de quêtes effrénées de la source via le prisme de leur discipline, graal magique qui contiendrait toutes les explications ultimes et définitives.

Mais toute métaphore a ses limites et celle-ci n’y échappe pas. Car si nous revenons à la source de la source, il faut bien constater que la plupart des images qu’elle a engendrées ignorent superbement l’origine de celle-ci. Car une source, telle que nous pouvons en trouver dans la nature, n’est jamais le commencement d’un cours d’eau. Elle n’est en fait que le premier passage visible de cette eau qui a déjà parcouru parfois de très grandes distances sous la roche, dissimulée dans les entrailles de la terre. Ce qui implique que lorsque nous avons trouvé la source, il nous reste encore un long chemin à remonter avant de trouver le commencement du commencement et qu’il existe nécessairement d’autres frontières au-delà de nos découvertes, de nos inventions, de nos illuminations.

Il faut alors admettre que ce que nous appelons vérité, voire réalité n’exprime trop souvent que la limite de notre entendement.

 

Théodore Neville – Dictionnaire Inutile - 

LA PLANCHE DE THEODORE - SOURCE-
LA PLANCHE DE THEODORE - SOURCE-

A PROPOS DE LA SOURCE DE JOUVENCE…..

 

D’après une loi qu’on impute à Pythagore, le spectre entier des possibilités de ce monde serait contenu dans le chiffre quatre. Le cinquième élément d’Aristote, la très subtile quintessence, ne peut avoir sa place que dans l’empyrée (partie du ciel la plus élevée).

Il s’agissait pour les alchimistes, de faire descendre cet élément sur terre par des rotations répétées, et il n’importait guère qu’ils le fissent en distillant l’esprit de vin ou en projetant  en imagination la divine lumière dans le sel.

La voie qui menait à cette réalisation passait par l’ultime frontière du monde d’en bas, laquelle sépare ce dernier du paradis et n’est autre que l’anneau ophidien de Saturne et le dieu grec du temps chronos, ne font qu’un, et son dépassement est celui du temps qui passe, celui de la linéarité. C’est le retour à l’âge d’or de l’éternelle jeunesse dans la divine simultanéité. L’élixir de Jouvence devait réaliser ce rêve, ‘l’Or potable’

Dont l’annonce, probablement venu de Chine et des Indes, parvint en Arabie au début du Moyen âge.

JFG

Extrait du Musée Hermétique – Alchimie et Mystique de Alexander Roob- aux Éditions TASCHEN. 

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Publié le par jean françois
Pélican Symbole de la Charité (Guatemala)

Pélican Symbole de la Charité (Guatemala)

LA GLFF APPELLE LES 4 PREMIÈRES OBÉDIENCES MAÇONNIQUES FRANÇAISES À S’UNIR AUTOUR DE PROJETS COMMUNS

19 janvier 2016 : à l’initiative de Franc-Maçonnerie et Société, à l’Assemblée Nationale, une conférence publique a réuni la Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France, le Président du Conseil National du Droit Humain et les Grands Maitres du Grand Orient de France et de la Grande Loge de France – les quatre premières Obédiences maçonniques françaises – sur le projet d’une « Refondation de la République » après les tragédies du 13 novembre 2015 » à Paris.

 

Concernant la solidarité, Marie Thérèse Besson a proposé de l’aide aux migrantes. Si la commune de Grande Synthe, près de Dunkerque, est classée 4 fleurs au classement des villages fleuris, le camp de tentes, immergé dans la boue est plutôt à classer dans le registre des « porcheries », a souligné la Grande Maîtresse de la GLFF, « une honte ».

Il y a quelques semaines j'écrivais sur le Blog ma honte devant "Les Camps" de migrants en particulier celui de Grande Synthe, je déplorais l'absence d'action des pouvoirs publics, l'inaction des Soeurs et des Frères (exception faite du Grand Maître du GO qui s'est rendu à Calais), l'initiative de la GLFF mérité d'être saluée, comme dit le poète "La femme est l'avenir de l'homme"

Grande Synthe

Grande Synthe

INFO LES SOEURS AGISSENT !!!!

PROJET D'ATTENTAT CONTRE LES MACONS !!!

Chez nos Frères Américains, la menace est mondiale.

Le FBI aurait procédé à  l’arrestation d’un homme soupçonné de préparer une fusillade dans un temple maçonnique à Milwaukee, le HUMPHREY SCOTTISH RITE MASONIC CENTER,  et d' »anéantir » toute personne se trouvant à l’intérieur. Le suspect, Samy Mohamed Hamzeh, âgé de 23 ans, a été inculpé.

Enfants du Monde
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DROIT HUMAIN - DROIT DE L'ENFANT -

A écouter sur France Culture Dimanche.

Emission de France Culture du dimanche 31 janvier 2016

Thème de l’émission : les Droits de l’Enfant 

Heure de l’émission du dimanche : 9h40

Invités :

Georges JUTTNER, Médecin Psychiatre Membre de la Commission BIOETHIQUE de la Fédération Française du DROIT HUMAIN.

Maître Martine VALOT-FOREST Avocat spécialisé dans le droit de la famille et de l’enfant.

 

Présentation des invités :

Georges JUTTNER est pédopsychiatre et psychanalyste, expert judiciaire depuis 1980. Il intervient comme expert pour défendre les enfants auprès des tribunaux.

Son dernier ouvrage est intitulé « Papa, maman, le juge et moi ».

 

Maître Martine VALOT-FOREST a prêté serment en 1981 au barreau de Paris. Elle est diplômée de l’université  Paris I Sorbonne (75) où elle a obtenu un diplôme d’études approfondies (D.E.A) en droit commercial.

Après avoir commencé sa carrière au sein du Cabinet BESSON et VALLUIS, spécialistes en droit du travail, Martine VALOT-FOREST a par la suite rapidement  orienté l’activité de son cabinet à Paris en divorce, droit de la famille, et droit des personnes.

Elle est l’auteur de très nombreux ouvrages relatifs au divorce : « Le divorce pour les nuls », « Bien négocier son divorce », « Divorce : questions d’enfants », « Le divorce : une question d’argent »

DECLARATION

Vous pouvez retrouver ici le texte publié par le DROIT HUMAIN à l’occasion du 26ème anniversaire de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant.

Le DROIT HUMAIN est profondément attaché aux respects fondamentaux des Droits de l’enfant sur l’ensemble de la planète : parce qu’il n’existe aucune frontière géographique ou politique pour la sauvegarde le l’humain, et que cette défense fait partie des préoccupations militantes qui structuraient le travail de nos fondatrices.

Telles Maria Deraismes et Marie Becquet de Vienne qui furent à l’origine de ce qui deviendra plus tard la PMI (Protection Maternelle et Infantile).

L’Initiation des femmes s’est opérée au XIX° siècle qui vit l’apparition des mouvements féministes. C’est la raison pour laquelle des femmes engagées dans ces combats idéologiques et sociaux ont fait, quasi naturellement, partie des premières initiées. Elles n’ont pas séparé, dans leur combat, les Droits de la femme et ceux des enfants. La femme était la mineure juridique de son père, puis de son mari. On appelait cela, depuis l’antiquité, « la Puissance paternelle ».

A Rome, le pater familias élevait l’enfant « en hauteur », au sens strict, pour le reconnaître comme faisant partie de sa lignée ; il avait le droit de vie et de mort sur lui. Puis est arrivée bien tardivement la notion juridique « d’autorité paternelle » (code Napoléon) qui a abouti à la forme actuelle de la notion moderne « d’autorité parentale conjointe » (1992).

L’état d’une société s’apprécie sur le statut qu’elle donne à l’enfant et à ses droits ; il a fallu attendre le 20 Novembre 1989 pour que ceux-ci soient inscrits dans cette Convention internationale sous l’égide de l’Unesco. Celle-ci définit, comme obligation pour les Etats signataires, la reconnaissance des droits fondamentaux de l’enfant : nourriture, hébergement, instruction, surveillance médicale, fréquentation des parents, respect de la culture d’origine. La question actuelle concernant les migrants nous amène au cœur de ces problèmes de la protection des enfants.

Plus encore : les Etats signataires s’engagent à ne pas pratiquer la peine de mort pour les mineurs.

Grâce à son Internationalisme, le Droit Humain peut dans les nombreux pays où il est présent, faire ce travail au quotidien ; on sait bien qu’une information appropriée peut modifier les mentalités en profondeur.

Est-ce à dire que tout est serein dans les pays occidentaux ? Loin de là pour qui sait que rien n’est jamais acquis… notre vigilance reste grande ! Prenons des exemples en France :

En 2011, « Défenseur de l’enfant » a disparu, rayé d’un simple trait de plume sans que personne ne s’en inquiète. Sa fonction est désormais dissoute dans celles du Défenseur des Droits. Cette fonction spécifique aux droits de l’enfant doit être rétablie.

Qui se préoccupe encore de la création des CEF (centre d’éducation fermé) qui sont, pour beaucoup, les rejetons des maisons de redressement ?

Les Ordonnances de 1945 prévoyaient la protection de l’enfance, et ce avec des mesures d’accompagnement, de surveillance (AEMO : aide éducative en milieu ouvert), voire d’hospitalisation ou de placement. Dans les années 80, les éducateurs d’AEMO se voyaient confier un nombre limité de familles. L’augmentation actuelle de ce chiffre, pour de pures raisons économiques, empêche un réel travail en profondeur.

Dans les pays développés, le rendement prend le pas sur l’éducatif et l’instruction, aggravant les clivages sociaux, facteurs de délinquance.

La réflexion sur le statut de l’enfant n’est pas encore close ; dans notre Droit français, contrairement à la Suède, par exemple, il ne peut pas « être partie au procès ». L’avocat de l’enfant n’est qu’un « accompagnant » à l’audience. Une discussion doit donc avoir lieu sur la synthèse délicate qu’il y a à faire dans ce registre. Il convient de respecter la transmission par les parents des interdits structurants, et de sanctionner ceux qui les transgressent.

Le chantier est encore vaste !

Le Droit Humain rappelle qu’il sera toujours présent sur la scène sociale pour défendre l’Intérêt Supérieur de l’enfant, notion née avec la CIDE, afin de préserver ceux qui seront les adultes de demain.

 

Demain La Planche de Théodore Neville ?

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Publié le par jean françois
LES STATUTS DE LA SAINT-MICHEL - PART -II-

LES STATUTS DE LA SAINT- MICHEL  1563 – PART – II –

 

Aucun apprenti ne peut être élevé surveillant.

 

(57) Aucun artisan ou Maître ne désignera comme Surveillant quelqu’un parmi les apprentis qu’il a acceptés et qui sont encore dans leurs années d’apprentissage.

 

(58) Et aucun artisan ou Maître ne désignera comme Surveillant un apprenti qu’il a pris à ses débuts, même s’il a servi son temps d’apprentissage, à moins qu’il n’ait voyagé pendant un an.

 

(61) Il est aussi décrété qu’aucun artisan n’acceptera un apprenti pour moins de cinq ans, et par suite personne ne pourra payer d’argent pour le temps qu’il n’a pas servi, mais servira entièrement ses cinq ans. Désormais il ne pourra en être autrement quoi qu’il ait pu être fait ou présentement pratiqué ;

 

L’on voit ici l’importance du temps dans la progression, c’est bien l’aspect scalaire qui est préservé, ainsi l’orgueil et l’ambition sont Maîtrisés. L’on sent bien la rectification des dérives qui n’ont pas manquées de se produire dans l’article (61)

 

(65) Et chaque apprenti promettra à la corporation sur sa parole d’honneur  d’obéir à son Maître pendant les cinq ans auxquels il lui sera lié, de le servir loyalement, véritablement et fidèlement au maximum de son avantage pour lui éviter perte, pour autant que c’est en son pouvoir, sans exception , ni restriction.

 

(66) Et le Maître de son côté donnera à son apprenti durant lesdites cinq années, selon les anciens us et coutumes de la corporation dix florins, à savoir deux florins par an, pour salaire, outre sa nourriture et son entretien.

 

Nous sommes là bien loin du Code du travail actuel, des contrats alambiqués, des clauses tordues. L’honneur est au centre du travail et le respect est mutuel entre le Maître et son apprenti. Nous serions inspirés de remettre au goût du jour l’enseignement prodigué par les Compagnons du Devoir. Récemment j’entendais que plus de 90% des apprentis ayant suivi cet enseignement étaient immédiatement embauchés !!!

 

(68) De plus, rien ne sera retenu à quelqu’un qui aura été accepté  et déclaré libre ; mais tout ce qui doit être dit ou lu le sera et lui sera communiqué, afin que personne ne puisse se plaindre ou invoquer l’excuse que s’il l’avait su auparavant il n’aurait pas rejoint la corporation.

 

(71) Et aucun Maître ne doit prolonger de plus de quatorze jours l’essai d’un apprenti débutant dont l’âge est conforme à celui prescrit par les articles, à moins que ce ne soit son fils, ou bien que le Maître ait un juste motif pour ce retard, au sujet de la caution par exemple, et qu’il ne le fasse pas dans un mauvais dessein.

 

De la manière simple de régler les conflits et la période d’essai !

 

Lorsque quelqu’un quitte pendant son apprentissage.

 

(72) Et s’il arrive qu’un apprenti vienne à quitter son Maître durant ses années d’apprentissage, sans motif valable, et ainsi ne serve son temps complet, aucun Maître n’emploiera un tel apprenti, et personne ne restera près de lui, ou n’aura en aucune façon compagnie avec lui, jusqu’à ce qu’il ait servi ses années d’une façon honorable vis à vis du Maître qu’il a quitté et avoir fait amende honorable et dont il devra apporter confirmation exprimée par son Maître. Et aucun apprenti ne pourra demander restitution de la caution, à moins qu’il ne se marie avec le consentement de son Maître, ou qu’il y ait d’autres motifs valables qui l’obligent lui ou son Maître, et cela n’aura lieu que si la Fraternité en a eu connaissance, conformément au jugement des tailleurs de pierre.

 

Voilà qui simplifie grandement les curriculum vitae ! Et donne sa noblesse au système des réseaux.

 

Ne pas inciter un apprenti à partir.

 

(73) Et aucun Maître ou Compagnon quel que soit son titre ne doit inciter à partir ou chasser l’apprenti qui lui est lié ou en prendre un venant d’ailleurs, à moins qu’il n’ait préalablement obtenu l’autorisation de son Maître, de manière à ce qu’il puisse le quitter dans doléance. Mais si cela venait à se produire, le responsable sera convoqué devant la corporation et puni.

 

De la manière de gérer les ruptures de contrat et les clauses de non concurrence. Cette méthode évidemment signe la fin des « chasseurs de têtes », mais permet de préserver une certaine moralité !

 

Ainsi se termine le tour d’horizon des Statuts de la Saint-Michel, qui avec les Statuts de Ratisbonne, le Régius et d’autres textes forment le socle, de ce qui allait devenir la Franc-Maçonnerie spéculative, inspirée entre autres de cette Maçonnerie de métier opérative, véritable pierre fondatrice de la confraternité.

 

JFG 

Le Livre de pierres Chartres, Rose Sud Notre Dame de Paris, La Chaire le Verbe, Tombeau de Guillaume le Taciturne, Cathédrale de Durham Angleterre.
Le Livre de pierres Chartres, Rose Sud Notre Dame de Paris, La Chaire le Verbe, Tombeau de Guillaume le Taciturne, Cathédrale de Durham Angleterre.
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Le Livre de pierres Chartres, Rose Sud Notre Dame de Paris, La Chaire le Verbe, Tombeau de Guillaume le Taciturne, Cathédrale de Durham Angleterre.

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Publié le par jean françois
MEM

MEM

ARCANE XIII : Le Pendu = Mem

 

Symbolisme :

 

Le cercle d’en bas contient une étoile à cinq branches inversées, symbolisant l’Homme dans l’Enfer de ses désirs et habitudes, exprimé par le carré matériel qui enferme le tout.

Au dessus, un cercle sensiblement plus grand contient l’étoile à six branches, symbole du Macrocosme ; les deux cercles sont unis par le triangle d’Or.

 De part et d’autre, à gauche l’unité contient, en harmonie, les Deux en Un, développant la Force Gamma ; à droite elle contient le pavé mosaïque, symbolisant les Deux en Un non maitrisés. En bas, le signe de TERRE ou triangle involutif. En haut, deux signes de FEU, ou triangles évolutifs.

 

Le mem est la grande mère, principe de mère divine, de renaissance. C’est notre héritage, c’est aussi le retour à notre identité.

C’est le M de Mikaël  «  Qui est comme Dieu », mais aussi de Moïse le sauvé des eaux. Loin de l’illusion c’est le rapprochement avec le symbolisme de l’eau purificatrice.

« Je suis mem, la mère universelle, source de vie. Te reconnais tu  comme mon enfant ? »

Il faut accepter de se plonger dans le mystère de l’incarnation. Mem = Maïn = l’eau, le révélé et le caché.

Dans le livre de l’exode il est dit à Moïse : « Tu frapperas et les eaux (Maym) surgiront et ton peuple boira. »

 

Il faut également prendre la mesure de Mem qui est 40.

 

De la quarantaine viendra la guérison, c’est le nombre de la méditation, dans le désert etc…

40 ans du déluge, de 40 jours.

40 jours de Moïse sur la montagne

40 ans de l’exode.

40 jours de jeûne de Jésus.

40 Coups de bâton.

 

Du temple de Salomon, Ézéchiel le maître à penser de la communauté du retour, nous dit :

Ézéchiel 41- A propos du Hékal qui suit le ulam avant le Débir « Il me fit entrer dans l’avant sanctuaire et mesura  les piliers de chaque côté : ils faisaient 6 coudées de large. L’entrée mesurait 10 coudées de large et ses montants en faisaient 5. Il mesura sa profondeur 40 coudées et sa largeur 20 coudées. »

Où sommes nous dans le Hékal ?

 

 

Sur le plan de l’Initié :

 

Cet arcane exprime la Voie du renoncement, du sacrifice de lui-même si le Sage veut obtenir le changement de plan.

Il sait que, souvent, pour atteindre un but positif, il lui faudra une démarche négative et que, pour gagner le paradis, il lui faudra commencer par descendre  aux Enfers ; mais, muni de la Connaissance, son chemin sera sans péril et il maitrisera l’Unité en toutes choses.

 

Quant au profane :

 

Qui reste attaché aux possessions terrestres et à son égoïsme, il restera pendu, la tête en bas dans la chambre de la folie de ses désirs et restera l’esclave du monde terrestre.

S’il refuse le renoncement et le sacrifice, s’il refuse la Connaissance, aucun espoir n’illuminera son avenir.

 

Synthèse :

 

Seul, en 5 carte, très matérialiste, importance des phantasmes et désirs sexuels. Couplé avec, par exemple, l’une des cartes : 2, 3, 6, 10 et 14 fait prendre conscience de son état et veut en sortir dans le sens de la carte qui lui est couplée. Avec les cartes 9 ou 16, signification renforcée de ces cartes couplées. En rejet (-), il rejette la superficialité des soirées mondaines, des rassemblements futiles. En (+), il recherche ces contacts superficiels et futiles.

 

JFG

 

Étiquette et Source en italique: En quête de la Parole Perdue  de José Bonifacio Éditions Télètes Paris.

Tarot Divinatoire l'on remarque la sacrifiée au matérialisme
Tarot Divinatoire l'on remarque la sacrifiée au matérialisme
Tarot Divinatoire l'on remarque la sacrifiée au matérialisme

Tarot Divinatoire l'on remarque la sacrifiée au matérialisme

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Publié le par jean françois
Les habitants de la baie de Langle, habitants de la baie de Castries, Carte de la baie d'Estaing, Vieillard de la baie de Langle.
Les habitants de la baie de Langle, habitants de la baie de Castries, Carte de la baie d'Estaing, Vieillard de la baie de Langle.
Les habitants de la baie de Langle, habitants de la baie de Castries, Carte de la baie d'Estaing, Vieillard de la baie de Langle.
Les habitants de la baie de Langle, habitants de la baie de Castries, Carte de la baie d'Estaing, Vieillard de la baie de Langle.

Les habitants de la baie de Langle, habitants de la baie de Castries, Carte de la baie d'Estaing, Vieillard de la baie de Langle.

FRANCS-MACONS DE LA MER – XIV – Lapérouse des Philippines aux rivages inconnus de la Mer du Japon et la Tartarie.

 

En avril 1787, la Boussole et l’Astrolabe se dirigent vers Formose, actuelle Taïwan.

Formose est en révolte contre la Chine, la sécurité incertaine. Il franchir l’ile de cheju-do à l’entrée du détroit de Corée et de la mer du Japon.

Il écrit : « La Corée appartient malheureusement à un peuple à qui toute communication est interdite avec les étrangers, et qui retient dans l’esclavage ceux qui ont le malheur de faire naufrage sur ses côtes.»

229 ans plus tard cette situation n’a guère évoluée pour une partie des Coréens.

Quant au Japon d’alors, tout étranger y risque la prison ou la mort, charmante époque.

L’expédition releva néanmoins une partie des côtes de la Corée, les 25 et 26 mai les marins aperçurent quelques sampans. Sur la route du Japon, une petite île  apparut, inconnue des cartes Lapérouse la baptisa Dangelet du nom de l’astronome de l’expédition qui la vit le premier.

Lapérouse mit le cap vers le continent asiatique et la Tartarie, la brume était si épaisse qu’il crût voir la terre, des montagnes et des ravins, mais ce n’était qu’illusion.

 

Enfin le 23 juin, les frégates jetèrent l’ancre dans la baie que l’on dénomma de Ternay, en hommage au capitaine sous les ordres duquel Lapérouse avait servi dans sa jeunesse.

 

A ce propos Lapérouse écrit : « Je crois que lorsque les noms du pays sont connus, ils doivent être religieusement conservés, ou, à leur défaut, ceux qui sont donnés par les plus anciens navigateurs : ce plan dont je me suis fait une loi a été fidèlement suivi dans les cartes qui ont été dressées pendant ce voyage ; et si l’on s’en est écarté, ce n’est que par ignorance, et jamais pour vaine et ridicule gloire d’imposer un nom nouveau.»

 

Les alentours de la baie de Ternay étaient vides de toutes présences humaines, seulement des ours et des cerfs occupaient les lieux.

 

Les frégates remontèrent vers le nord, vers le détroit de Tartarie, le 4 juillet on doubla la baie de Suffren, puis l’île de Sakhaline. Le ravitaillement fût assuré en particulier en nourriture fraîche, pour lutter contre le scorbut.

Le secteur était très poissonneux sans ligne ni filet on pris par moins de 1200 saumons.

 

Dans la baie de Langle, les Français rencontrèrent des indigènes

Bienveillants. « Un des vieillards…. Avec sa pique figura la côte de Tartarie… il figura son île, il nous fît comprendre  qu’il venait de tracer son propre pays. Il avait laissé entre la Tartarie et son île un détroit et se tournant vers nos vaisseaux, il marqua qu’on pouvait passer. »

 

La suite vers les neiges du Kamtchatka…..

 

JFG

 

 

Étiquette et Sources : Lapérouse Voyage autour du monde Éditions de Conti.

AURAY LE PORT DE ST GOUSTAN - C'est là que débarqua Benjamin Franklin.

AURAY LE PORT DE ST GOUSTAN - C'est là que débarqua Benjamin Franklin.

FRANCS-MACONS DE LA MER-XIV-: Lapérouse des Philippines à la Mer du Japon.

ERRATUM ou ERREUR !

Dans un article du Blog en date du 02/11/2015 sur la Franc-Maçonnerie à Auray

http://www.lafrancmaconnerieaucoeur.com/2015/11/franc-macon-a-auray.html

Il est question du cimetière d’Auray et de la tombe d’un Franc-Maçon bienfaiteur de la Ville du nom de Jean-Marie Barré, ayant appartenu à la Loge Maçonnique du Grand Orient de France connue sous le titre distinctif de : « La Douce Entente ».

Il semble probable que deux erreurs se sont glissées dans l’article du Ouest-France, malheureusement reprises dans le Blog. Il convient donc de rectifier, il s’agit en fait de la Loge : « La Douce Attente » et de Jean-François Barré et non Jean-Marie.

Jean- François Barré est né à Lorient le 20 septembre 1757 et mort 15 octobre 1821, donc âgé de 64 ans. Bachelier en droit le 14 janvier 1779, licencié le 13 juillet 1781. Avocat, échevin de la communauté d’Auray, procureur de la commune en 1790, juge au tribunal de district jusqu’en mai 1791, commissaire au pouvoir exécutif le 21 août 1792, il fût nommé par Prieur de la marne, procureur général syndic du département.

Il était le beau-frère de Lapotaire (député et Franc-Maçon de Lorient).

Lors de la réélection de Vincent Alexis Boullé dit « Boulle Ainé » au poste de Vénérable Maître de la Loge « La Douce Attente » le 28 juillet 1793. Jean-François Barré ne faisait pas partie du Collège des officiers.

En cette période politique trouble, comme l’avait fait la Grande Loge de France en 1791, le Grand Orient est contraint en 1793 de cesser ses travaux.

JFG

Sources : Yannic ROME – La Franc-Maçonnerie à Vannes – Auray – Belle-Ile –Ploërmel aux XVIII et XIXème siècles. Editions Corep 3, Place de la Petite Hollande 44000 Nantes.

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Publié le par jean françois
NOE

NOE

La dernière partie de l'enquête ........

 

III - MELKISEDEQ UNE FIGURE MECONNUE DE LA FRANC-MACONNERIE

Sur cet aspect de notre sujet, dont on voudra bien reconnaître qu’il en est de plus simple, on nous pardonnera d’avoir à nouveau pris le parti de la clarté : nous traiterons donc de la présence affichée de Melkisédeq dans les Rites et rituels maçonniques avant de considérer les apports implicites du personnage dans la démarche maçonnique et enfin nous rechercherons la présence de ces apports dans un Rite, le Rite Français puisque c’est celui que nous connaissons le moins mal.

A - Les références explicites à Melkisédeq en Franc-maçonnerie

Nous n’avons pas eu la possibilité, et sans doute aurions nous reculé devant la tâche, d’examiner les quelques 1200 degrés ou grades maçonniques que Jean-Marie Ragon[1] prétendait avoir répertoriés dès le début du dix-neuvième siècle bien que finalement il ait limité ses études réelles à 52 !

Pour autant les textes accessibles ont permis un constat surprenant : il existe finalement très peu de références directes à Melkisédeq.

Quelles sont-elles ? En réalité de deux sortes, celles qui concernent les Rites qui entendent affirmer leur caractère spécifiquement religieux, chrétien surtout ; celles qui ont trait à des Rites qui utiliseront Melkisédeq pour ouvrir les Loges au delà, particulièrement de la culture chrétienne. S’ajouteront à ces deux axes quelques avatars dont tous ne sont maçonniques que pour les esprits mal informés ou mal intentionnés.

 

1°) Melkisédeq et l’héritage chrétien et chevaleresque en Franc-maçonnerie

Pour éviter tout malentendu il est nécessaire de faire préalablement allusion au Rite dit de Swedengorg qui a eu une profonde influence sur le Rite suédois dont la pratique est généralisée dans les états nordiques de l’Europe. En réalité il se trouve que Swedenborg[1] ne fut jamais maçon et que les sociétés qu’il suscita ne sont pas des Loges quoiqu’en dise Ragon et bien qu’elles soient organisées de manière similaire ; ce sont des sociétés de pensée, dont certaines encore actives et qui ont servi de modèles à une certaine para-maçonnerie, notamment aux Etats-Unis et ont, nous l’avons dit, inspiré le Rite suédois sur le plan de la mystique et des références à la chevalerie templière.

Il est vrai que dans l’un de ses ouvrages, « Arcanes célestes » Swedenborg présente une interprétation de la Genèse et cite Melkisédeq dans le contexte de la construction de l’Eglise de la Nouvelle Jérusalem mais les vues très particulières de ce mystique n’apportent rien à notre sujet et si nous nous avons choisi de le mentionner c’est plutôt pour faire pièce à une tendance avérée des Maçons à s’approprier le plus grand nombre possible de penseurs reconnus !

En revanche les personnages que nous rencontrons maintenant ont incontestablement influencé profondément certaines familles maçonniques et d’ailleurs ils sont bien connus des initiés puisqu’il s’agit de Martinès de Pasqually[1], de Louis-Claude de Saint Martin[1] et de Jean-Baptiste Willermoz[1] ; le premier cité inspirant les deux suivants et le troisième constituant un Rite en ajoutant à leurs idées et aux siennes sont goût pour les systèmes et la logique.

Mais ici est-il besoin de le préciser nous ne considèrerons les travaux des uns et des autres que dans leur seule relation à Melkisédeq.

C’est vers 1760 que Martinès de Pasqually crée l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’univers. La mission de cet ordre est de participer à la rénovation d’un christianisme primitif ; l’ordre a donc un caractère sacerdotal et cultuel de façon à pouvoir enseigner la Théosophie et les pratiques théurgiques qui permettront aux disciples de se réintégrer dans l’état primitif et spirituel qui fut celui d’Adam avant la chute. Mais il n’est pas possible d’espérer recouvrer cette Lumière originale divine sans le soutien et l’aide de médiateurs, de réconciliateurs : et parmi ceux-ci l’un des plus notables est Melkisédeq.

Jean-Baptiste Willermoz est profondément influencé par cette doctrine et souligne dans une « Instruction » datée du 17 janvier 1774 que la Réconciliation passe obligatoirement par des êtres qui sont véritablement des « Temples spirituels » et il cite ceux qui paraissent accessibles : ainsi à coté d’Adam, Hénoch, Moïse, Salomon, Zorobabel et Jésus nous trouvons Melkisédeq.

Louis-Claude de Saint Martin apporte quelques précisions dans une « Instruction » en date du 9 novembre 1775 : il existerait « trois sortes différentes d’Elus… parce que tout ce qui existe s’est manifesté par le nombre 3 » et parmi les « Elus de première classe… sans cesse conduits par la Sagesse divine qui agissait par eux » on distingue Melkisédeq.

Nul n’ignore que le Rite Ecossais Rectifié, organisé et mis en état par Jean-Baptiste Willermoz est profondément imprégné, encore dans sa pratique actuelle, de ce postulat d’une nécessaire médiation entre l’homme tombé et Dieu ; c’est que même si Melkisédeq n’est plus nommément cité, le fondement du Rite demeure l’indispensable réconciliation qui ouvre la voie de la réintégration. Relevons qu’ici nous retrouvons tous les attributs de notre personnage : pont et seuil, juge et médiateur…

Mais ailleurs Melkisédeq sera prétexte ou moyen d’une démarche très différente !

 

2°) Melkisédeq, ou la porte ouverte aux non-chrétiens

 

En 1780 apparaît à Vienne, en Autriche puis par essaimage en Allemagne du nord, un Ordre des Chevaliers et Frères de Saint Jean (l’évangéliste) en Europe qui assez paradoxalement sera plus connu sous le nom plus simple d’« Ordre des Frères Asiatiques »[1]. Le cinquième et dernier degré de ce Rite est celui de Prêtre Royal et fait directement références à Melkisédeq et aussi à la kabbale.

Mais ce qui nous intéresse au premier chef est que cet Ordre va créer en son sein des « Loges de Melkisédeq » ! Dont la matricule devait être constituée totalement ou très majoritairement de frères juifs. Le Livre sacré était ouvert à la Genèse et non à l’Evangile de Jean qui bien sûr ne figure pas dans la Thora.

L’idée qui présidait à cette curieuse innovation était de permettre et de faciliter l’accès des Juifs en franc-maçonnerie. Certes l’ordre maçonnique se proclamait depuis 1723 et la publication des Constitutions d’Anderson, le centre de l’union, le point de rencontre d’hommes que tout normalement séparait. Mais du principe à son application concrète l’écart peut être infranchissable. En réalité il restait très difficile sinon impossible, tout particulièrement dans la Maçonnerie continentale, notamment dans les Etats allemands, à un juif d’être reçu en loge. Les exemples abondent, y compris d’ailleurs en France mais la question était particulièrement sensible en Allemagne où la très ancienne communauté juive était importante à la fois dans le monde économique et culturel.

 

Les loges de Melkisédeq furent-elles un succès ? en réalité non car chacun campa sur ses positions : les adversaires de l’initiation des juifs refusèrent de recevoir ceux-ci en visiteurs (même d’ailleurs si ces visiteurs étaient porteurs d’un passeport émis par une loge aussi « chrétienne » que possible !) ; et dans les loges de Melkisédeq on ne fit pas autrement en retour ; sans doute à l’époque les initiateurs de cette tentative, les frères (par le sang et par l’initiation) Hans-Henrich et Hans-Carl Von Ecker und Eckhoffen imaginèrent-ils que créer des loges spécifiques seraient plus efficaces que de tenter de forcer la porte des Temples existants mais il semble qu’on soit en présence d’un modèle parfait de la fausse bonne idée, rejetée finalement par toutes les parties intéressées et tout particulièrement par les frères juifs qui n’avaient pas fait un si long chemin pour se voir proposer un nouveau ghetto !

 

3°) Quelques rares apparitions du roi de justice

 

Décidément Melkisédeq joue un rôle fort modeste et parfois curieux dès lors qu’on cherche à le voir en toute clarté.

Et ce n’est pas sa présence chez les Illuminés de Bavière qui va si l’on peut dire « redorer son blason ».

Comme les deux inventeurs des Loges de Melkisédeq, Weishaupt[1] était bavarois. Le 1° mai 1776 il crée les Illuminés de Bavière qu’il structure sur le modèle maçonnique. L’ordre comporte au moins à son stade final d’organisation 12 grades et le sixième est celui de Melkisédeq Prêtre royal. Les Illuminés de Bavière ne sont pas un ordre maçonnique et d’ailleurs Weishaupt avait une piètre opinion de la franc-maçonnerie ; si nous en parlons brièvement c’est certes du fait d’un grade se référant à Melkisédeq mais surtout peut-être parce nombre de frères, faute d’avoir été avertis et mis en garde font souvent un amalgame regrettable avec l’illumination qui est une notion maçonnique reconnue et avec l’illuminisme que professèrent particulièrement les initiateurs du Rite Ecossais Rectifié.

Au demeurant les Illuminés de Bavière s’orientèrent rapidement vers une forme d’activité politique fondée sur le noyautage des institutions pour des motifs et au profit de visées qui paraissent peu clairs[1] avant de disparaître semble-t-il vers 1789.

En revanche, parfaitement maçonnique est le Rite Ancien et Primitif en trente degrés dont le plus élevé et dernier porte le nom de Grand Prêtre de Melkisédeq.

L’histoire de l’« Antient and Primitive Rite »[1] est intéressante car elle  illustre très bien les transformations subies par les Rites maçonniques au fil des « délocalisations » : au départ le Rite de Memphis et Misraim en 90 degrés qui de France passe aux Etats-Unis. Lors d’un voyage à New-York en 1871 John Yarker, un maçon anglais quelque peu sulfureux et en délicatesse avec son obédience reçoit une patente du frère Seymour lui donnant pouvoir d’installer et de développer le Rite égyptien en Angleterre. Une fois n’est pas coutume John Yarker estime qu’un Rite avec autant de degrés n’est pas viable et il réduit donc les 90 degrés à 30 ! Et ce trentième degré est celui de « High Priest of Melchizedeck. » John Yarker rompra finalement avec la Maçonnerie régulière en 1873 mais on peut dire que c’est alors que débute véritablement la « carrière » maçonnique de notre homme dont on pense que ni un grade ni un degré des systèmes existants alors ne lui a échappé, mais évidemment toujours  au travers d’organisations, loges et obédiences considérées comme non régulières et dont quelques unes furent en réalité ses propres créations !

Le bilan est bien vite fait : Melkisédeq est pratiquement inexistant dans les Rites et rituels maçonniques et lorsqu’il est clairement visible c’est le plus souvent dans des situations ou des postures marginales.

Pourtant si on se réfère à nos développements précédents, qu’ils concernent le monde des religions ou celui de l’ésotérisme il nous a paru bien souvent que nous traitions de notions parfaitement connues des francs-maçons et qu'on pourrait croire tirées des  rituels usuels.

En réalité cette très, trop, grande discrétion de Melkisédeq réunie avec ce que nous savons désormais de ses significations nous invitent clairement à chercher les marques de sa présence non plus dans ses manifestations déclarées mais dans son influence profonde.

 

B - Melkisédeq éclairant la démarche maçonnique

 

De l’ensemble de notre présentation il ressort que Melkisédeq est un initiateur qui transmet les moyens qui permettent l’accès à la Tradition.

Il se trouve que cette proposition pourrait être une définition acceptable de la Franc-maçonnerie dès lors qu'on conçoit la Tradition comme une émanation persistante de la volonté divine.

Sachant en outre que Melkisédeq est représentatif au travers de ses attributions de certaines des vertus chères aux francs-maçons, qu’à travers les dons fait à l’autre (bénédiction, pain et vin) il manifeste son amour d’autrui et qu’enfin le fondement de son action est la gloire et le service du Très-Haut, il est clair que ce personnage ne croise pas incidemment et par hasard le chemin du Franc-maçon mais qu’au contraire il peut être considérer comme un modèle et un exemple.

Encore faut-il dépasser le stade de la seule affirmation et démontrer la réalité de notre affirmation !

 

1°) Melkisédeq et l’initiation

 

  1. Le respect des formes

L’histoire qui nous est raconté dans la Genèse est très simple : un patriarche Abram a obéi à la voix de son Dieu qui lui ordonnait de partir à la conquête d’une terre lointaine.

Une lecture attentive du Livre sacré nous donne une première information intéressante : Abram écoute Dieu qui lui parle mais il n’y a pas de dialogue ! En réalité Abram ne peut échanger avec Dieu, il n’a pas la parole, les mots indispensables ! C’est un premier parallèle avec le nouvel initié qui lui aussi a entendu l’appel, a obéi mais ne peut et ne doit pas parler tant qu’il demeurera apprenti. C’est le temps de l’écoute et de la formation qui selon la Bible durera pour Abram 24 ans ! Au terme de cette longue période Abram deviendra Abraham, Saraî son épouse Sarah et apparaîtra Isaac : la formation achevée l’initié change de monde (et pour ce faire de nom) et devient productif.

La rencontre de Melkisédeq et d’Abram constitue donc bien un Rite d’initiation et le récit atteste que celui qui veut ou doit accéder à telle ou telle position doit préalablement et dans les formes requises obtenir les qualifications exigées.

Par ailleurs l’initiation dont il s’agit ici n’est pas celle qui introduit à une situation ou à une fonction mais elle est bien une ouverture à la voie spirituelle : Abram n’a nul besoin d’être reconnu comme chef de son peuple car c’est Dieu qui l’a qualifié pour ce rôle et nous en avons plusieurs preuves secondaires : il vient de mener une guerre victorieuse contre des rois par exemple ; mais encore il y a le fait probant de son union avec Saraî qui est sa sœur : dans l’antiquité (comme aujourd’hui) l’inceste constitue un tabou majeur à la seule exception des mariages entre frères et sœurs au sein des familles royales dans l’optique de garantir la légitimité  et la pureté de la lignée ![1] C’est donc plus dans sa fonction sacerdotale qu’il faut interpréter l’action de Melkisédeq, et donc il faut comprendre que c’est la voie spirituelle qu’il ouvre à Abram. De la même façon que le candidat à l’initiation maçonnique doit devoir chercher une dimension spirituelle en frappant à la porte du Temple, faute de quoi sa démarche n’a aucune signification réelle et son initiation demeurera à jamais virtuelle.

Un deuxième aspect doit être remarqué : une initiation exige un certain formalisme, porteur de sens.

Et tout d’abord elle ne s’impose et doit même être demandée : c’est Abram, de retour des combats qui va librement à la rencontre de Melkisédeq ; de manière identique c’est un homme libre qui fait acte de candidature à l’initiation maçonnique.

Ensuite vient le don du pain et du vin qui à ce moment de la rencontre n’est pas directement une préfiguration de la Cène mais un geste d’accueil et d’intégration d’ailleurs répandu dans toutes les cultures anciennes et même encore proches de nous : au nouvel arrivant et sur le seuil de la demeure le don du pain, du vin et souvent aussi du sel signifiait qu’il pouvait entrer, qu’il n’était désormais plus un étranger ; n’est—t-im pas un Compagnon celui avec qui on partage le pain ?![1]

Mais le don du pain et du vin n’est pas ici un geste qui s’inscrit dans une dimension matérielle car il est accompagné, lié aux bénédictions faites : bénédiction d’Abram qui est désormais pleinement un élu, bénédiction de Dieu dont la volonté de compter Abram parmi les siens est accompli. Or encore une fois tout ceci est parfaitement en phase avec la démarche du candidat Maçon : lui aussi aura été accueilli par le groupe et aura pris ses obligations vis à vis de Dieu et sera donc désormais engagé pleinement dans sa démarche spirituelle.

Comme Abram maintenant qualifié pour poursuivre sa mission, le nouveau frère est « armé » pour persévérer dans son long cheminement. La mission d’Abram et celle du Maçon vont très au-delà de la seule apparente aventure terrestre, l’une et l’autre rencontrent des obstacles innombrables (dont l’apprenti est averti à peine le premier voyage fait) mais tout ceci est une autre histoire !

C’est qu’il est une autre donnée essentielle de l’initiation qu’il faut également abordée : celui qui initie doit être dûment qualifié pour le faire ! Et il faut tout également que celui qui doit bénéficier de l’initiation présente les dispositions adéquates. C’est ce que la Franc-maçonnerie appelle la régularité[1] au sens premier du terme : est régulier ce qui respecte des règles pré-établies.

Si Melkisédeq est un initiateur authentique et peut valablement transmettre (encore un mot qui parle aux maçons) c’est parce qu’il possède au plus haut degré les qualifications requises : mandaté par El Elyon dont il est le Prêtre, il est sans généalogie, autrement dit sans début ni fin et donc pleinement détenteur de la Connaissance, Maître ainsi des histoires particulières à chaque destinée et donc habilité à distinguer parmi tous l’élu du très-Haut. On comprend qu’Abram n’ait pas hésité à s’incliner devant le roi de Salem et à lui payer la dîme de tout ; nous retrouvons d’ailleurs un peu plus loin dans la Bible une autre forme d’initiation, plus âpre celle-ci puisque l’initié n’est finalement pas très sûr de la personnalité de l’initiateur : c’est le combat entre Jacob et l’Ange à l’issue duquel Jacob deviendra Israël mais conservera dans son corps la trace de la lutte (Genèse, 32, 39) ; ici rien de tel et en sa qualité d’envoyé du Très-Haut, particulièrement qualifié puisque roi, Prêtre et prophète, Melkisédeq est réellement l’initiateur par excellence : il a tout reçu de la Source même !

Mais en matière d'initiation la qualification n'est pas requise du seul initiateur, elle concerne tout autant le candidat qui, mal inspiré, ne pourrait jamais transformer l'initiation virtuelle reçue en une initiation réelle.

Nous avons souligné qu'il appartenait au futur initié de démontrer sa volonté d'entrer dans le cercle des élus mais la bonne volonté ne peut en l'espèce suffire : il faut que le candidat soit jugé apte à la réception, c'est à dire porteur des qualités de cœur et d'intelligence qui sont indispensables pour bénéficier véritablement des «  bienfaits » de l'initiation.

Et c'est bien à ce propos que Melkisédeq est à nouveau directement en rapport avec l'initiation : Roi de justice, il symbolise parfaitement le juge que seront les enquêteurs pour ce qui est du plan externe mais plus encore le candidat lui-même, en son for intérieur ; pour appréhender les motivations profondes du profane rien n'est plus utile que les attributs de Melkisédeq : le glaive qui tranche entre le vrai et le faux ; la balance qui mesure l'exprimé et le non-dit ; il s'agit bien de sonder les reins et les cœurs ! Et la figure de Melkisédeq s'impose bien dans ce rôle ; si naturellement d'ailleurs que dans la statuaire de la cathédrale de Chartres notre personnage représenté sous les traits de Sem, auquel nous avons dit qu'il était parfois assimilé voit ses attributs complétés par le manteau qui protège, qui « couvre » écrirait un maçon, et par l'encensoir qui symboliquement représente à la fois l'esprit montant vers le ciel, au delà de ce que la seule raison peut saisir et la Vertu qui permet l'accès à la spiritualité.

Initier en respectant formes et règles indispensables : voilà qui correspond parfaitement à la démarche maçonnique. Mais initier à quoi ? Que s'agit-il de transmettre, qui puisse là encore nous ramener à Melkisédeq ?

 

  1. Melkisédeq et le message initiatique

 

Lors de la rencontre de Melkisédeq et d'Abram, le premier était clairement mandaté pour confirmer au second l'alliance précédemment conclue entre Dieu et Noé. Le Très-Haut avait d'ailleurs auparavant renouvelé l'alliance entre Lui et Abram lorsqu’il avait commandé à ce dernier de mener son peuple vers une terre nouvelle, un royaume à créer. Un parallèle peut s'établir avec l'obligation faite par la Franc-maçonnerie régulière à tout candidat d'affirmer sa foi en un Grand Architecte de l'Univers qui est Dieu : l'initiation ne sera pas une découverte du divin et de la spiritualité mais bien le renouvellement d'un lien préexistant sous-tendu par la volonté d'en développer tous les aspects et toutes les potentialités.

C'est pour Abram comme pour le maçon le renouvellement de l'Alliance et même plus précisément mais la nuance est d'importance, le renouveau de l'Alliance.

Ce qui doit ici retenir notre attention concerne une notion déjà rencontrée et examinée : sans généalogie, Melkisédeq symbolise une Alliance qui n'appartient pas au Temps et relève du divin,  contractée en réalité entre le Créateur et la création ; c'est très exactement ce qu'exprimait le cardinal Daniélou lorsqu'il soulignait que la succession des Alliances n'avait pas d'autre but que de permettre de retrouver l'Alliance unique et perpétuelle établie entre Dieu et sa création.[1]

Comment ne pas retrouver dans l'expression de cette Alliance la religion naturelle prônée par les premiers organisateurs de la maçonnerie spéculative ? Religion naturelle qui dépasse les expressions particulières à chaque culture et à chaque époque. L'Alliance est bien la manifestation de la religion universelle fondée sur l'Un, ce Un vers lequel tout doit tendre et revenir et que nous avons déjà rencontré sous le nom de Tradition primordiale.

L'intervention de Melkisédeq place la mission d'Abram dans le cadre du chemin à parcourir vers la Tradition primordiale, or c'est bien cette quête de la Tradition primordiale qui est le fil conducteur de l'initié. Evidemment il n'est pas question de vouloir retrouver un « avant » mythique, un eldorado merveilleux ou un éden enchanteur ! Cette recherche là, la Sagesse et le bon sens suggèrent de la laisser aux passéistes qui confondent tradition et immobilisme. Comme Abram, l'initié reçoit un signe et bénéficie d'un « éveil » qui lui donne d'exister et fait en sorte que désormais pour lui « il y ait quelque chose plutôt que rien ».[1]

Mais le personnage de Melkisédeq fait plus que signifier à l'initié que le but ultime de sa quête est la découverte de la Tradition primordiale, il lui indique sans ambiguïté le chemin à suivre, la voie d'accès à prendre ; souvenons nous : il est porte, seuil, pont.

Melkisédeq est roi de Salem, dont il est admis généralement qu'il s'agit de Jérusalem, la ville sainte par excellence pour les trois grandes religions du Livre.

Ville sainte mais aussi, à moins que ce ne soit par conséquent, le Centre dans le sens du lieu où se tient la Présence divine. Envoyé du Très-Haut et lié à Lui de toute éternité ce roi sans généalogie apparaît plus comme le souverain d'une Jérusalem céleste que comme le Maître d'un royaume terrestre. Or le chemin que parcourt l'initié est bien celui qui mène de la Jérusalem d'en bas où en sa qualité de bâtisseur il participe à la construction du Temple à la Jérusalem céleste où le Temple n'a plus de raison d'être.

Melkisédeq fait ici fonction de modèle, de « patron » comme celui qu'utiliserait une couturière pour son ouvrage. Et de fait la mise en oeuvre du rituel est une méthode pour faire de chaque initié un nouveau Melkisédeq : par exemple l'initié devra travailler dans un temps et un espace sacrés et s'abstraire des contingences de la matérialité, symboliquement au moins, s'il veut progressivement construire non pas un Temple de pierre mais un Temple intérieur.

La ville dont Melkisédeq est roi est le Centre symbolique vers lequel les initiés doivent converger. De ce fait nous nous retrouvons tous sujets du roi de Salem et à ce titre chacun devient le « peuple élu » en même temps que l'universalité de Melkisédeq enlève évidemment tout caractère ethnique, géographique et de religion particulière à cette qualité.

Le maçon qui se construit, en un temps et un espace sacrés acquiert la capacité de transmettre à son tour l'initiation et par là il reprend, à son niveau, ici et maintenant, le rôle de Melkisédeq ! Il devient aussi dans cette situation « un Prêtre à jamais selon Melkisédeq » car si la Franc-maçonnerie n'est pas une religion son caractère essentiellement religieux ne peut être nié ! Ne nous affolons pas, -« n'ayez pas peur » s'exclamait le pape Jean-Paul II- Le sacerdoce des initiés concerne la religion « naturelle »[1], celle des Constitutions de 1723 du pasteur Anderson.

Ainsi que ce soit dans les formes ou quant au fond Melkisédeq est étonnamment proche de l'initiation maçonnique ; il devrait donc être une figure très présente à l'esprit des initiés ; nous savons qu'il n'en n'est rien et nous pouvons affirmer que c'est d'autant plus anormal et peu compréhensible que notre personnage est aussi particulièrement proche des thèmes symboliques les plus essentiels de la démarche maçonnique; c'est ce que nous essayons de montrer maintenant.

 

2°) Melkisédeq et la symbolique maçonnique

 

Nous nous bornerons à traiter trois exemples de convergences entre le personnage de Melkisédeq et des symboles majeurs de la franc-maçonnerie ; il s'agit en effet moins de tout dire que de dire clairement et ainsi créer chez le lecteur l'envie de faire ses propres rapprochements.

  1. Le pain et le vin, la vie et la mort

 

Lors de leur rencontre Melkisédeq offre à Abram le pain et le vin. L'un et l'autre sont symboles et promesses de vie. La Franc-maçonnerie reprend cette même offrande dans ce même sens dans plusieurs de ses rituels, par exemple lors de la consécration d'une loge ou de la dédicace d'un Temple ; les significations sont bien identiques chez Melkisédeq et chez les maçons : dans un cas comme dans l'autre il y a promesse d'un avenir riche et bénéfique; en fait les offrandes lors des cérémonies maçonniques apparaissent comme une reprise des gestes de Melkisédeq et les interprétations des gestes de ce personnages sont parfaitement cohérentes avec les intentions des rituels maçonniques : ainsi l'offre du pain et du vin est-elle celle de produits liés au travail de l'homme ; de même elle reflète la volonté de s'en tenir au meilleur, le jus débarrassé de la pulpe, le grain séparé du son ; elle symbolise encore la conjugaison d'une matière travaillée à l'eau, source de vie par excellence. Et comment aussi ne pas saisir que le pain et le vin sont une leçon de Sagesse, la Sagesse qui enseigne que le but est d'unir les contraires et d'éviter les excès : le pain qui n'est pas mangé durcit et devient impropre à la consommation ; le vin qui est bu trop tôt n'a ni force ni goût.

Nourriture terrestre, nourriture céleste, c'est tout un au travers du geste de Melkisédeq et des rituels maçonniques ; il s'agit toujours de permettre la vie, mais une vie porteuse de sens.

« Si le grain ne meurt »[1] il n'y a pas de pain, si le raisin n'est pas arraché au cep il n'y a pas de vin. Il n'y a pas de renaissance s'il n'y a d'abord la mort.

Melkisédeq, sans généalogie, pas plus que le Christ Dieu/fils de Dieu, n'appartiennent à l'Histoire considérée comme le déroulement de la vie de l'univers ; cependant l'un et l'autre interviennent directement dans notre devenir. Le premier en rappelant à Abram la mission que le Très-Haut lui a confiée de mener les peuples vers la terre promise. Le second en ouvrant les perspectives célestes aux hommes qui découvrent alors que la terre promise est au delà de la vie terrestre : « mon royaume n'est pas de ce monde ».[1]

Ces messages très clairs doivent être  parfaitement audibles par ceux qui ont bénéficié de la Lumière: la raison d'être de l'initiation est l'accès à la vraie vie, non pas une vie dans la matérialité mais une vie dans le monde spirituel. Le franc-maçon connait parfaitement la route à suivre : sortir de la caverne, de la gangue matérielle, tailler sa pierre et se découvrir, mourir à lui-même pour renaître.

Ensuite, chacun, selon sa conception de Dieu le Très-Haut, devra de toute manière être Prêtre à jamais. C'est la clé donnée à Abram par Melkisédeq : parce que la matérialité est une composante de l'univers il ne s'agit pas de la méconnaitre mais d'en tirer le matériau nécessaire pour façonner la montée, échelle des anges, escalier des Compagnons qu'importe, qui donne accès, le monde d'Abram réalisé, au monde de l'Un, de Un-Le Tout.

Dès lors que le maçon a compris en quoi le pain et le vin symbolisaient la vie, la mort, la renaissance, il peut pleinement réaliser que de Melkisédeq au Christ l'offrande faite prenait une densité nouvelle, immensément plus forte : c'est que la même offrande portée par le Christ concerne une dimension qui n'est plus celle de l'univers matériel, le Christ aussi est roi de Salem mais de la Jérusalem céleste. Et les rituels maçonniques intègrent d'ailleurs cette évolution en développant le symbolisme de l'offrande du pain et du vin aux grades et degrés de Sagesse !

 

  1. Attributs de Melkisédeq et vertus maçonniques

Le dictionnaire Larousse nous apprend que la Vertu est une disposition, une façon d’être, qui mène au Bien et il est convenu de détailler le principe ainsi défini en sept vertus particulières. Thomas d’Aquin dans sa « Somme Théologique » (Ia, Iia) distinguent « les trois qui élèvent l’homme vers sa nature surnaturelle profonde et viennent d’un principe extérieur », et les quatre qui l’aident à parfaire sa nature d’homme » qui elles sont données par la nature.

Les trois premières sont dites théologales ; ce sont la Foi, l’Espérance et la Charité (au sens d’Amour) qui prennent source dans le Verbe divin (théo : dieu et logos : verbe) et ne peuvent donc être acquise par l’homme par ses seuls efforts mais sont dispensées par Dieu au travers de la Grâce.

Ce concept est évidemment familier aux initiés et  plus particulièrement à ceux qui bénéficient de certains degrés ou grades au delà de la maîtrise mais déjà implicite dans la maçonnerie des grades symboliques.

Or c’est très précisément ce don des vertus théologales que Melkisédeq figure parfaitement : Prêtre à jamais il représente la Foi vivante ; offrant le pain et le vin il fait un acte d’Amour en même temps que la double bénédiction donnée, l’une à Abram l’autre vers le Très-Haut confirme l’Espérance dans sa signification  profonde: il ne s’agit ici d’espérer au sens usuel du terme mais de voir confirmer que se réalisera la promesse contenue dans l’Alliance ; lorsque c’est Dieu qui s’est engagé l’Espérance est Certitude.

L’initié comme Melkisédeq est désormais, avec les trois vertus théologales, roi, Prêtre et prophète ; il est donc à son image, au seuil et lien entre les mondes, entre la terre et le ciel. Ce à quoi en fait tendait tout son cheminement initiatique.

Mais nous avons en quelque sorte commencé par la fin ! Avant de parvenir à ce niveau d'initiation² la route est longue et bien encombrée d’obstacles. Et d’abord faut-il sans doute à l’initié trouver la force de pratiquer les quatre autres vertus.

Les vertus dont il s’agit sont la Prudence, la Justice, la Tempérance et la Force ; elles sont dites « cardinales » car ce sont les vertus essentielles, éminentes, à double titre : chacune d’elle synthétise de multiples vertus « ordinaires », elles sont d’une certaine manière des « familles de vertus » à la façon dont la science regroupe la multitude des créatures en genres, groupes, familles… et pour l’initié elles sont un caractère particulier : elles forment spirituellement une croix dont il appartient à l’initié de former le centre, de lier ensemble ces vertus qui couvrent, comme les bras de la croix, l’horizontale et la verticale ; en ce situant au centre l’initié peut espérer figurer la quintessence. Et en cela on conviendra que ces vertus méritent pleinement d’être « cardinales ».

Il suffit de parcourir les rituels maçonniques pour y trouver en abondance des références aux vertus ; après tout le maçon a pour mission première de construire des cachots pour les vices et d’élever des Temples à la vertu ! Faute de se consacrer à cette tache il ne peut espérer progresser.

Et ce n’est pas une surprise de constater que Melkisédeq indique là encore clairement la voie à suivre.

Notre personnage est roi de justice. Et il nous permet de faire une distinction essentielle entre deux moments de la notion de justice et donc de notre démarche symbolique. C’est que dans un premier temps la justice est conçue comme une réponse à un manquement.[1] Dieu, et les hommes après Lui définissent chacun pour ce qui les concerne, ce qui est permis ou ne l’est pas ; les Constitutions d’Anderson, dans l’édition de 1738 précisent ainsi qu’est valablement maçon celui qui respecte la loi de Noé (en fait transmise de Dieu par Noé à l’humanité).[1]

Mais dans l’ancien testament la justice est « distributive » : lorsqu’au point de vue de Dieu l’Alliance est mise à mal, les sanctions tombent (pleuvent si on pense au déluge) sur les peuples, les rois, les dynasties et au premier chef sur le Peuple Elu puisque il est le premier bénéficiaire de l’Alliance. L’importance de Melkisédeq pour la compréhension de cette Justice divine est qu’il est, une fois encore et parce que sans généalogie, antérieur, qu’il précède cette justice distributive et qu’il relève et révèle la justice donnée à l’Humanité par Jésus/Dieu : dans la Nouvelle Alliance la Justice est propre à chaque individu, désormais responsable et en charge de faire son salut. Et ce concept ramené à la situation de l’homme signifie qu’il n’est plus question d’une justice fondée sur la crainte du châtiment, mais sur la volonté de pratiquer une vertu dont le fondement est l’Amour ; rien de l’ancienne Loi n’est aboli mais un nouveau commandement apparaît « aimez-vous les uns les autres » et tout est changé ! Mais nous indique Melkisédeq le message est éternel, renouvelé sans doute mais éternel et l’initié qui prétend construire des Temples à la vertu se détermine comme disciple du roi de justice ; il appartient au peuple élu puisqu’il appartient à la communauté universelle dont Melkisédeq est le roi, le Prêtre et le prophète et il se rattache à travers lui à l’alliance Première, à la Tradition Primordiale.

Le lien ainsi établi avec la vertu de justice implique en réalité les autres vertus cardinales. En effet la Tempérance est nécessairement un corollaire de la Justice, elle est la vertu de la juste mesure ; de même que la Prudence, qu’on dit mère de toutes les vertus, est par nature associée à la Justice tandis que la Justice sans la Force n’est qu’une illusion, sachant bien sûr qu’il n’est pas ici question de la force brutale et dominatrice mais de la rigueur que l’Amour doit opposer au mal.

Mais notre roi de justice est souverain de Salem, la paix et il est fondamental que soient ainsi liées la justice et la paix car de ces deux vertus naissent l’harmonie et la sérénité.

Dans un monde dans lequel la dimension spirituelle peu avoir des difficultés à s’affirmer l’initié peut donc très clairement trouver dans le personnage de Melkisédeq une référence imageant le but qu’il a fixé à sa démarche ; avec cet éclairage le personnage est désormais moins énigmatique, moins mystérieux puisque en fait c’est à lui que nous travaillons à ressembler.

Evidemment c’est une grande ambition ; surtout si on garde à l’esprit que ces vertus qu’il incarne pour nous guider appartiennent au monde d’après la Chute : les vertus se définissent par rapport au manquement de l’Homme ; avant la Chute elles n’avaient aucun sens ni raison d’être ! Et une fois encore Melkisédeq est bien un seuil et un pont : entre le monde matériel et le monde spirituel puis au delà…

Mais nous n’en n’avons pas fini avec Melkisédeq et la symbolique maçonnique.

 

  1. Melkisédeq et la Foi du Franc-maçon.

Dès son initiation le maçon apprend que le nombre 3 est sacré et qu’il devra en approfondir les sens et les enseignements aux différents grades ou degrés qu’il atteindra.

En ce qui concerne Melkisédeq c’est Jean Tourniac[1] qui souligne le lien entre le roi de justice et la symbolique du trois, dans son livre « Melkisédeq ou la Tradition primordiale ». La thèse de l’auteur est que le nom Salem, la ville dont Melkisédeq est roi, ne signifie pas seulement paix mais aussi « complet, totalité » selon la règle qui veut qu’en hébreux les lettres et les mots ont des sens multiples. Dès lors notre personnage doit être dit « roi complet, souverain total » c’est à dire détenteur des trois pouvoirs : roi, Prêtre et prophète. Des rôles assumés dans une mission de lien, de pont entre la création et le Créateur par un envoyé sans généalogie.

Rien ici que nous n’ayons déjà rencontré : Melkisédeq est le pont qui permet aux traditions spécifiques de se rattacher à la Tradition primordiale ; il est ainsi la figure de l’Unité à travers les manifestations.

Mais justement parce que nous savons déjà tout cela il ne nous est plus possible de ne pas faire le rapprochement avec la symbolique maçonnique.

L’objectif premier poursuivi par l’initié est sa propre réunification, étape impérative dans la quête qu’il poursuit ; corps âme et esprit doivent se retrouver en une unité primordiale qui est son propre centre et c’est ce que souligne clairement la référence à Melkisédeq, roi « complet » et roi de la ville qui symbolise le Centre ; c’est une fois parvenu au centre, une fois unifié et donc Maître de lui-même que l’initié pourra poursuivre sa route.

Dans la maçonnerie de tradition Unité signifie indubitablement Divinité. Et une fois de plus Melkisédeq confirme sans ambiguïté de quelle Divinité il s’agit. La première édition des Constitutions en 1723 avait suscité, plus sur le continent d’ailleurs qu’en Angleterre, des questions auxquelles l’édition de 1738 répondaient : le Dieu des Francs-maçons, Grand Architecte de l’Univers était celui de Noé. De fait ce Dieu bien présent mais dont le catalogue des prescriptions tenaient en quelques articles pouvait incontestablement permettre à tous les hommes de bonne volonté de recevoir l’initiation et de construire leur Temple intérieur ; d’autant que le symbolisme des trois premiers grades ou degrés se fondent sur le Livre sacré de l’Ancienne Alliance. Mais dès lors que l’initié meurt pour renaître à la vie spirituelle, la proximité de la dimension divine exige une connaissance plus personnelle de la divinité réalisée par la Nouvelle Alliance.

La Nouvelle Alliance c’est le christianisme mais un christianisme universel dans le sens qu’il devait maintenir l’accès à la Maçonnerie pour tous les hommes de bonne volonté. De plus il convenait de sauvegarder la notion de mouvement, de progression qui donnait son sens à l’engagement maçonnique

Pour parvenir à satisfaire à ces deux impératifs la solution était bien d’aller de Melkisédeq à Jésus-Christ !

Certes les pères fondateurs de la Franc-maçonnerie, pas plus que les créateurs des grades et degrés, n’ont pensé, voulu et organisé ce lien entre le roi de Sagesse et le bon pasteur mais ce lien n’en n’est pas moins parfaitement visible pour qui sait voir.

Dans l'esprit des premiers maçons spéculatifs il y a clairement la volonté de redécouvrir et de revenir à un christianisme primitif, antérieur aux Eglises, continuant l’Ancienne Alliance mais la complétant par la loi d’Amour apportée par la Nouvelle Alliance.

Et du coup nous retrouvons sans erreur possible Melkisédeq : Prêtre à jamais, envoyé de Dieu, dispensateur des nourritures terrestres (le pain, le vin) et des nourritures spirituelles (les bénédictions), représentant de la Tradition primordiale. Melkisédeq préfiguration du Christ mais inapte à créer une Loi nouvelle puisque non  Dieu mais envoyé par Dieu ; la Révélation relève de Dieu seul à qui il appartient d’en permettre la publication et il n’y a Loi nouvelle -Bonne Nouvelle- et nouvelle Alliance que parce que Jésus est Dieu.[1] La progression est évidente et correspond au chemin que doit parcourir l’initié : se construire pour acquérir l’aptitude à accéder à la Tradition primordiale c’est à dire à la Source spirituelle ; mais l’initié ne peut espérer y parvenir sans passer différents seuils ni sans l’aide de plus grand que lui : d’où la rencontre dans un premier temps avec Melkisédeq avant de parvenir à la quintessence symbolisée par la rose sur la croix et qui évidemment représente le seuil nouveau auquel aboutir pour débuter l’étape ultime dans le monde spirituel. En fait le chemin mène du serviteur de l’Unique à l’Unique Lui-même. Et aux deux extrémités du parcours Melkisédeq et Jésus ouvre le chemin à tous puisque l’un et l’Autre symbolisent l’universalité cependant à des niveaux différents.

Il appartient à chacun de déterminer à quel endroit il se situe sur la très longue route qui relie Melkisédeq à Jésus ; ce n’est bien sûr pas le propos de ce travail mais au moins espérons-nous avoir montré combien Melkisédeq devrait être une figure centrale de la démarche maçonnique ; combien aussi la poursuite de la quête au delà de la maçonnerie symbolique était un impératif absolu : les trois premiers degrés ou grades sont très riches et conduisent à une transformation de l’individu mais c’est seulement lorsque cet individu transformé comprend qu’il lui appartient désormais de « faire quelque chose » de ses acquis nouveaux qu’il débute le vrai périple.[1]

Mais pour clore ce, sans doute, trop long travail il serait intéressant de retrouver Melkisédeq dans un Rite même si nous savons déjà qu’il n’apparaîtra pas en pleine lumière.

 

 

3°) Melkisédeq et le Rite Français

 

Ce dernier développement présente d’incontestables avantages par rapport aux précédents : d’abord d’être le dernier ce qui annonce au lecteur fatigué un prochain repos ; ensuite d’être essentiellement, mais non uniquement cependant, orienté vers l’examen du Rite Français : ceux que ce Rite n’intéresse pas peuvent donc s’épargner sa lecture ; enfin il constitue en revanche une invitation au travail : à chacun de suivre dans le Rite qu’il pratique la piste de Melkisédeq.

Au premier abord le problème paraît d’ailleurs vite réglé : sauf erreur le nom de Melkisédeq n’apparaît jamais dans les textes du Rite Français.

Mais si la démarche maçonnique, plurielle dans ses approches, est unique dans ses fondements il n’en n’est pas moins vrai qu’il y a plusieurs demeures dans la maison du Père : les rencontres entre Melkisédeq et la Maçonnerie faites précédemment concernent tous les Rites mais ont sans doute dans chacun des développements spécifiques !

 

  1. Melkisédeq et la spiritualité du Rite Français.

Quels sont les traits propres au Rite Français ? c’est Edmond Mazet qui les dessine avec le plus d’acuité et de clarté lorsqu’il dit que « la spécificité du Rite Français c’est de ne pas en avoir » et que n’ayant pas subi d’influences extra-maçonniques ce Rite constitue « à ce titre pour ainsi dire la Maçonnerie à l’état chimiquement pur » ce qui implique que le Rite Français « n’a pas de doctrine explicite, exprimée » ce qui bien sûr ne doit pas être confondu avec une absence d’enseignement, bien au contraire car la spiritualité du Rite « enracinée dans la tradition judéo-chrétienne a deux fondements très simples : la fraternité des hommes, la paternité de Dieu, celle-ci étant elle-même le fondement de celle-là ».[1]

Et voici que réapparaît Melkisédeq : envoyé du Père et représentant de la Tradition primordiale, qui confirme à Abram sa mission de fondateur d’une tradition qui deviendra le judéo-christianisme ; mission validée par l’offrande fraternelle du pain et du vin et le geste d’amour de la bénédiction.

La rencontre reflète encore un aspect caractéristique du Rite Français : la simplicité. Voici deux rois qui se rencontrent, l’un est l’envoyé du Très-Haut, l’autre mène son peuple, y compris au combat, sur ordre de Dieu ! En d’autres temps et lieux un tel  rendez-vous entre de bien plus modestes souverains a donné le Camp du drap d’or !

Cette simplicité traduit des aspects auxquels le Rite Français est profondément attaché et qui constituent en quelque sorte ses assises et ses fondations ; ce sont la fraternité entre   les hommes en général et les initiés en particulier, d’où découle l’égalité entre tous et la liberté de chacun. Evidemment selon que ces valeurs soient liées à une démarche spirituelle ou orientées vers la société elles constituent les piliers d’un cheminement initiatique ou les fondements d’une vision politique, au demeurant plus recommandable que tout autre ; mais ce n’est pas le sujet.

En revanche Melkisédeq dans sa manifestation est une traduction fidèle de ces principes fondamentaux.

La fraternité se traduit par l’offrande du pain et du vin et la bénédiction ; ne nous répétons pas.

L’égalité est soulignée par la réponse d’Abram à Melkisédeq : il offre la dime, non comme gage de vassalité puisqu’il est lui aussi mandaté par Dieu mais bien pour marquer l’acceptation du rôle qui lui est dévolu. Abram fait ici un geste d’humilité, une vertu essentielle au Rite Français.

La liberté est démontrée justement par l’acceptation d’Abram ; les deux rois ont une mission : l’un de redire à l’autre que Dieu lui a confié une mission, l’autre de confirmer qu’il accepte cette mission.

Mais l’un et l’autre sont les envoyés de Dieu et ont parfaitement conscience que « c’est en vain que les hommes prétendent construire si le Grand Architecte ne daigne construire Lui-même ».

Mais ce Dieu paternel dont parlait Edmond Mazet qui est-Il ? En tous les cas pas le Dieu d’une Eglise : Melkisédeq et Abram servent le Dieu unique, l’un l’appelle El Elyon, l’autre El Shaddaî et nous Maçons le connaissons sous le nom de Grand Architecte de l’Univers mais c’est un Dieu antérieur à toute organisation églésiale.

Plus tard apparaîtra le sacerdoce et la prêtrise des lévites ; c’est ce sacerdoce qui  est établi « sur le modèle d’Aaron » et non pas à la manière de Melkisédeq ; et il faudra encore persévérer pour retrouver les fonctions royale et prophétique: ce sera l'objet des grades de Sagesse que nous ne pouvons traiter ici. Alors aura lieu la rencontre avec le Prêtre par excellence, selon l’ordre ou à la manière de Melkisédeq : le Christ dont le sacrifice ultime et le don du pain et du vin spirituels confère à jamais le sacerdoce à chaque initié.

L’esprit du Rite Français traduit bien la destinée initiatique de l’homme de bonne volonté telle qu’elle est déterminée par le chemin qui partant de Melkisédeq arrive au Christ qui est, ou représente selon les points de vue, l’ultime pont à passer pour parvenir à l’Un.

Entre ces deux moments un très long chemin : l’initiation ouvrait la voie et il a fallu se construire par l’étude des symboles et la connaissance de soi puis mourir au monde profane et exprimer son renoncement à la mort spirituel.

Mais peut-être bien un chemin qui comme le labyrinthe mène à coup sur au but et finalement requiert d’abord de la constance et de l’humilité (ce qui n’est déjà pas rien).

Peut-on aller plus loin dans la rencontre entre Melkisédeq et Rite Français ? En tous les cas il n’est pas interdit d’essayer !

 

  1. Le Rite Français et les attributs de Melkisédeq

Il n’est bien sur pas question de procéder à une exégèse minutieuse et exhaustive du Rite Français dans ses possibles relations avec les attributs de Melkisédeq ; il y faudrait une somme et l’aptitude à l’écrire ! Nous essaierons plus simplement de vérifier la présence des attributs et caractère de notre personnage dans les grades symboliques. Précision donnée que nous éviterons les développements : il faut bien laisser un peu de travail au lecteur.

  • Au premier grade : le thème de la justice, Melkisédeq est roi de justice, est abordé sous plusieurs angles au grade d’apprenti ; tout d’abord lorsque le candidat est incité à faire preuve de générosité ; la charité qui est demandée, libre de toute ostentation, vise à réparer l’injustice faite par le destin aux démunis, à ceux qu’il faut soutenir chaque jour c’est à dire avec une constance sans faille. Mais la justice dans son acception de sanction à un manquement est clairement exprimée lorsque le néophyte découvre les glaives pointés vers lui et que le Vénérable le prévient du sort réservé au parjure. Ces mêmes glaives traduisent dans le Rite un troisième aspect de la notion de justice : celui de l’égalité ; il est ainsi enseigné au nouveau frère que dès sa naissance à la Lumière il porte au même titre que tous les autres initiés le glaive de la justice ; il est donc l’égal de tous mais tout particulièrement dans sa responsabilité vis à vis de la justice. Peut-être pourrait-on d’ailleurs sans trop solliciter les idées rappeler que Melkisédeq est roi de Salem, de la paix, et que le fondement de la paix c’est la justice, cette justice qui peut légitimement recourir au glaive.
  • Au deuxième grade : Le Compagnon travaille désormais à la construction du Temple ; il a quitté les carrières où il a appris à dégrossir la pierre et désormais il est un bâtisseur et participe à la construction du Temple de Jérusalem, la ville dont Melkisédeq fut roi et où règne désormais Salomon. Mais parce que le Compagnon bénéficie d’une plus grande lumière l’exigence de justice a cru en proportion : c’est ce que souligne la règle qui figure dans trois  des cinq voyages du Compagnon tandis que l’équerre que porte le Vénérable « nous avertit que toutes nos actions doivent être réglées sur la droiture et sur la justice ».[1] Symbole de sa progression le Compagnon a acquis le droit de s’exprimer et bénéficie de la présence permanente de l’étoile flamboyante « emblème du grand architecte de l’Univers ».[1] Est-il permis de penser que le Compagnon se trouve d’une certaine manière dans la position d’Abram après la rencontre avec Melkisédeq ?
  • Au troisième grade : nous pouvons répondre à la question posée à la fin du paragraphe précédent par l’affirmative, la preuve en est qu’Abram pourra désormais recevoir son nouveau nom, Abraham, de la même manière qu’après l’élévation l’impétrant s’entend dire « comme Maître, vous vous appellerez Gabaon ».[1]

Mais le troisième grade est d’une nature différente des deux premiers puisqu’il est le premier seuil à franchir pour sortir de la matérialité ; on a parfois dit qu’il était en fait le premier grade de Sagesse.

La notion de justice prend donc à ce grade une amplitude particulière, on a envie d’écrire qu’elle acquiert une dimension en rapport avec la grandeur du roi de justice.

L’élévation à la maîtrise débute en fait par un procès : le candidat est soupçonné « d’ une faute grave » et « d’avoir participé à la perfidie de Compagnons scélérats », il est sommé de démontrer son innocence mais c’est moins la manifestation d’une justice inquisitoriale (dont on sait qu’elle est singulièrement injuste) que l’expression de la foi en l’homme qui sous-tend le Rite Français : très vite l’aspirant comprend qu’il est parfaitement libre parce que pleinement responsable : « nous ne pouvons pénétrer les replis de votre cœur. Soyez vous-même votre juge. »[1] Ainsi le nouveau Maître au Rite Français se voit-il doté, pour ce qui le concerne personnellement, de l’attribut majeur de Melkisédeq : la justice.

L’usage de la justice vis à vis de lui-même constitue finalement la substance première du troisième grade ; un examen plus complet de ce thème nous entraînerait trop loin mais évoquons cependant quelques pistes : se juger, avec l’aide de la Lumière, c’est se connaître. Et la connaissance de soi, si elle impose sans doute un surcroît conséquent de travail, débouche sur l’ordre en soi-même, cet ordre « qui avait été établi parmi les ouvriers » et « devait nécessairement assurer la tranquillité ».[1] Mais la tranquillité n’est pas autre chose que la traduction de la Paix dans le quotidien et pour ainsi dire à hauteur d’individu. Ainsi le Maître doit-il juger la contribution qu’il apporte à la Paix, sa paix intérieure et agir de telle sorte que demeure l’harmonie. Pour une part notable Gabaon aurait tout aussi bien pu s’appeler Melkisédeq roi de Salem.

Gageons que nous trouverions dans les grades de Sagesse les liens entre Melkisédeq et l’initié.Mais ceci sort du cadre de nos développements.

 

CONCLUSION

Melkisédeq pourrait indubitablement faire figure de modèle parfait pour tout maçon véritablement en quête d’un cheminement spirituel : initiateur, lien et pont, porteur de l’enseignement et « transmetteur » de la Tradition, présent et au delà de toutes les formes spécifiques de spiritualité, voué à jamais au sacerdoce le plus élevé… porteur des Vertus les plus hautes… etc. Une clé unique pour ouvrir ces portes si bien  fermées que sont les cœurs et les âmes des initiés.

Et pourtant Melkisédeq demeure sinon inconnu du moins parfaitement méconnu !

Pourquoi ? Inspirerait-il de la crainte puisque envoyé du Très-Haut ? La Franc-maçonnerie dont on dit pourtant qu’elle a été « déchristianisée » voudrait-elle s’en tenir à la figure d’un Christ en réalité très « humanisé » et oublier les apports fondateurs de l’Ancienne Alliance ?

Ou bien les initiés ont-ils oublié que par nature ils n’appartiennent plus à ce temps et à cet espace mais sont devenus des Prêtres à jamais selon l’ordre de Melkisédeq et désormais comme lui « sans généalogie » ?

Pourtant Melkisédeq mérite bien d’être regardé comme le Maître parfait, celui qui est de « l’ordre des témoins et non de celui des docteurs »[1] car le témoin est celui qui partage ce qu’il a vécu alors que le docteur prescrit ce que lui ont enseigné les livres.

Bertrand Segonzac.

 

(avec l’accord de l’auteur, article publié précédemment dans les Cahiers de la GLAMF)

 

Merci encore à Bertrand, pour ce travail dense, documenté et abordable. Pour ceux qui souhaitent une impression papier, me faire une demande par mail à l'adresse suivante : guerryjf@gmail.com

 

JFG.

 

 

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Publié le par jean françois
NOE

NOE

LA FIN DE L'ENQUETE !!!

Nous rappellons les épisodes précédents, eh oui il en reste toujours qui ne suivent pas. Pour ceux qui suivent ils reprendront l'enquête dans l'article de ce jour qui suit...

 

Bertrand Ségonzac, gratifie le Blog d’un travail original, qui permet une remontée aux sources des traditions, Juives, Chrétienne, Islamique, la tradition ?

Il y a peu de travaux sur le personnage de Melkisedeq, le lecteur trouvera des réponses à ses interrogations ou fera une découverte, qui lui permettra de briller en société ou ailleurs, je plaisante bien sûr, ce n’est pas le ton du travail de Bertrand Ségonzac. L’histoire est le fil conducteur, les textes anciens, les interprétations permettent l’accès aux symboles qui entourent le personnage.

Des questions surgissent, Melkisedeq est-il Témoin d’une Tradition primordiale ? Est il un Christ ? C’est à une véritable enquête que nous convie l’auteur, côtoyer la Tradition primordiale c’est évoquer René Guénon.

C’est aussi aller à la rencontre des Églises, des théosophies, des communautés Mystiques souvent recouvertes du voile du mystère.

 

Si la figure de Melkisedeq est celle d’un Roi de justice, il n’est pas surprenant, que chacun veuillent s’en attribuer la paternité. Roi de Salem, de Jérusalem, il est peut-être le Centre d’une utopie, comme le suggère Jean Tourniac dans son ouvrage « MELKITSEDEQ ou la Tradition Primordiale », utopie du rassemblement des peuples, autour d’un rassemblement spirituel qui serait alors un cran au-dessus des Religions monothéistes. Melkisedeq centre de l’union, cela ne serait pas pour déplaire aux Francs-maçons. Et peut être aux citoyens de notre Monde contemporain, nous avons besoin de Melkisedeq.

 

PART -I-

UN GRAND INITIATEUR MECONNU : MELKISEDEQ

 

 

« Sub umbra alarum tuarum Jehova“

(à l’ombre de tes ailes, Jehova ; psaumes 17, 8)

 

Avertissement :

Le nom Melkisédeq connaît de multiples orthographes, plus ou moins savantes en fonction des auteurs et des textes de référence, des racines mises en exergue et des diverses cultures concernées.

Il nous a semblé que le plus efficace était de choisir pour notre travail la version la plus simple et la plus commune ; cette option -Melkisédeq- est immédiatement accessible au lecteur même étranger aux langues anciennes et la prononciation, fut-elle purement mentale, ne fait pas obstacle à la fluidité de la lecture ; sur un sujet parfois un peu ardu c’est le moins qu’on puisse faire pour le lecteur de bonne volonté.

 

Par ailleurs les rapprochements entre Melkisédeq et l'initiation concernent la globalité de la démarche maçonnique mais la présentation de ce travail dans le cadre des grades ou degrés symboliques a exigé la suppression des références aux grades de sagesse et autres « hauts grades ». Nous n'avons conservé que quelques occurrences à caractère historique ou qui évoquaient les pistes ouvertes sans rien révéler de ce qui doit demeurer « sub rosa ».

 

INTRODUCTION

 

Il existe une bouteille de champagne, d’une contenance de trente litres, qui porte le nom de Melkisédeq. Ce n’est malheureusement pas notre sujet mais prouve cependant que ce nom est réellement répandu dans les domaines les plus divers.

En réalité l’idée du travail que nous présentons ici résulte d’une certaine frustration : le nom de Melkisédeq apparaît assez fréquemment dès lors qu’on aborde des ouvrages ayant trait à la spiritualité en général et à la franc-maçonnerie en particulier. Mais il se trouve que les auteurs, à l’exception de Tourniac et de Guénon que nous retrouverons dans nos développements, sont d’une très grande discrétion dans leur présentation tout en soulignant l’importance du personnage ! C’est un paradoxe plutôt troublant : Melkisédeq apparaît comme un personnage incontournable dont les auteurs soulignent à l’envie les caractères particuliers tout en demeurant dans le flou le plus total pour justifier et démontrer leur affirmation.

Il se crée ainsi pour le lecteur une situation parfaitement désagréable : serait-il jugé inapte à comprendre d’aussi profonds mystères et invité à prendre pour vérité l’affirmation de l’auteur ? A moins que ce soit ce dernier qui se soit satisfait de reprendre sans les comprendre les textes de plus ou moins lointains prédécesseurs ?

A moins encore que cette grande discrétion à propos de notre personnage soit une invitation habile faite au lecteur  à résoudre lui-même le mystère de Melkisédeq.

Enigmatique et mystérieux sont les deux qualificatifs les plus fréquemment accolés au nom de Melkisédeq ; important, incontournables sont également utilisés avec une grande constance ! Comment dès lors ne pas vouloir en savoir plus ?

Encore faut-il faire preuve de prudence et d’humilité !

Et adopter une méthode aussi simple que possible de manière à découvrir la consistance du personnage avant d’en examiner la signification.

Melkisédeq est d’abord un personnage lié au monde de la religion et nous rechercherons, à travers les textes sacrés puis dans les développements qui leur ont été donnés qui était ce personnage, quels rôles lui ont été assignés.

Mais la voie initiatique ne pouvait rester indifférente à un personnage si riche dont la stature acquise dans le monde des religions portait des enseignements qui ne pouvaient laisser indifférents des initiés, et particulièrement les francs-maçons.

C’est à un long voyage à travers le temps et la pensée que nous invitons, en toute modestie faut-il le souligner, les lecteurs intéressés et patients. Qu’ils soient d’entrée pleinement rassurés : nous écrivons comme nous pensons : très simplement.

Par ailleurs il faut souligner que ce difficile périple n’aurait pas été possible sans les travaux très complets publiés, chacun en fonction d’un point de vue particulier, par les revues Politica Hermética et Cahiers Évangiles.

Enfin il faut rendre hommage à la patience du Frère Claude Beau qui a assuré la première lecture de ce texte et sa mise en page selon les normes techniques en usage.

 

I - MELKISEDEQ DANS LE MONDE DES RELIGIONS

 

Énigmatique, mystérieux : ces qualificatifs sont très légitimement attribués à Melkisédeq pour la très bonne raison que nous ne le connaissons initialement qu’à travers trois, et seulement trois, brèves mentions ; deux dans l’ancien testament, une dans le nouveau Testament[1].

C’est à partir de ces textes et de leurs ambiguïtés -qu’il faut dans un premier temps découvrir- que des penseurs religieux ont produit des développements abondants et très divers que nous aurons à examiner.

 

A - LES TEXTES INITIAUX

 

1°) Les textes de l’Ancien Testament

Les textes

Melkisédeq apparaît dans deux passages de l’Ancien Testament dont il faut par ailleurs distinguer les versions qui diffèrent quelque peu.

Le premier texte est dans la genèse, 14, 18-20.

- Dans la version massorétique[2] nous lisons :

« Et Malki-Tsédeq, roi de Salem, fit sortir pain et vin, et lui, Prêtre

Pour El Elyon. Et il le bénit et dit

Béni (soit) Abram par El Elyon possédant cieux et terre,

Et béni (soit) El Elyon, qui a livré tes ennemis dans ta main »

Et il lui donna la dîme de tout.

- Dans la version « septante »[3] le texte est :

« Et Melchisédech, roi de Salem, apporta des pains et du vin. Il était Prêtre du dieu très-haut et il bénit Abram et dit : « Abram est béni par le Dieu très-haut, lui qui a créé le ciel et la terre, et il est digne d’être béni, le dieu très-haut, celui qui a livré tes ennemis entre tes mains ». Et il « lui donna le dixième de tout. »

L’un et l’autre de ces textes ne brillent pas par leur clarté ! D’autant qu’ils n’apportent rien à l’ensemble du chapitre concerné de la Genèse ; les spécialistes des études bibliques estiment qu’ils pourraient être supprimés sans que le sens du chapitre 14 ne soit en rien altéré ! Ce qui amène à formuler l’hypothèse qu’il s’agirait de versets insérés, ajoutés, au texte initial, un « targoum »[4].

La seconde mention de Melkisédeq constitue le psaume 110, 4 dans le texte en hébreu[5] : « le seigneur a juré et ne se repentira pas : tu es Prêtre à jamais à la manière de Malki- Tsédèq » et le psaume 109, 4 dans la version septante[6] : « Le seigneur a juré et ne se repentira pas : tu es Prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédech ».

On pourrait d’ailleurs mentionner que tant pour le texte de la Genèse que pour le Psaume il existe d’autres interprétations et bien des nuances ; ainsi le Psaume 110, 4 dont on pense qu’il est un des plus anciens fait de David qu’il viserait soit un Prêtre « à la manière » ou « selon l’ordre » ou encore chez les syriaques « à la ressemblance » de Melkisédeq : autant de variations qui ouvrent des possibilités infinis aux exégètes !

Richesses et ambigüités des textes.

Les textes nous fournissent de nombreuses informations qui toutes sont sources de questions ; il n’est pas dans notre intention de résoudre les problèmes ainsi posés, nous en serions bien incapable mais chacune des informations données mérite quelques commentaires.

Ces informations concernent :

Le nom du personnage : Melkisédeq.

  • Ses rôles et fonctions.
  • La ville dont il est le roi.
  • Le Dieu dont il est le Prêtre.
  • L’offrande du vin et du pain.
  • Les bénédictions.
  • La dîme versée.
  • Le second personnage en cause : Abram.

La version « massorétique » (de massorètes, docteurs juifs attachés à la sauvegarde de la tradition) est celle qui résulte de la fixation du texte hébreu au terme de quatre siècles de travaux menés à Babylone et en Palestine. La version « Septante » est elle la forme grecque mise en forme pour les Juifs de la diaspora qui ne comprenaient plus l’hébreu ni l’araméen mais pratiquaient le grec.

Quel est le contenu de chacune de ces informations ?

- Le nom Melkisédeq : ce nom se compose de deux mots hébreux, melki qui signifie roi et sédeq dont la traduction est juste/justice. Il faut cependant remarquer que si son nom nous apparaît sous une forme hébraïque notre personnage appartient évidemment à un peuple installé dans la région avant les hébreux et vraisemblablement cananéen. Viendra le temps où les Hébreux ne pourront plus accepter que Melkisédeq ne soit pas l’un des leurs et ils tenteront de le rattacher à Noé ; ainsi le targoum Tg Néofiti assimile Melkisédeq à Sem, fils de Noé tandis que le Pseudo-Jonatham occulte purement et simplement le nom de Melkisédeq et écrit « le roi juste c’est Sem, fils de Noé roi de Jérusalem. »

- Les rôles et les fonctions de Melkisédeq : les textes sont ici parfaitement clairs : Melkisédeq est roi. Les problèmes commencent lorsqu’on analyse son nom et ses gestes : son nom peut se traduire par « mon roi est juste » ou mon « roi est justice » : est-ce à dire que nous sommes en présence d’un monarque qui a le sens de ce qui est juste et de ce qui ne l’est pas ou bien qui concrètement est amené à rendre la justice ? Ce qui ne serait pas anormal puisque la fonction de juge est attachée au statut de roi et que la main de justice est l’un des insignes régaliens. Enfin Melkisédeq est incontestablement Prêtre, quelque soit la version de la Genèse ou du Psaume prise en considération. Mais alors de quelle prêtrise s’agit-il ?

Parmi les apocryphes de l’ancien Testament découverts à Qumran[7] un texte dit « légende hébraïque de Melkisédeq » paraît faire une synthèse en conférant à notre personnage le rôle d’un roi-Prêtre qui au dernier jour aura à juger les saints de Dieu !

Roi, Prêtre, Juge : trois fonctions, trois pouvoirs : une trilogie qui ne peut qu’interpeller les initiés.

- La ville dont il est roi : salem. Ce nom désigne-t-il notre Jérusalem ? Les commentateurs l’affirment généralement. L’historien romain d’origine juive Flavius Josèphe (Rome 37-100 de notre ère) soutient cette thèse dans son ouvrage « antiquités juives » et précise même dans le livre VI de sa « guerre des juifs » que Jérusalem fut fondée par « un prince des cananéens, surnommé « le juste » à cause de sa piété ; il consacra cette ville à dieu en lui bâtissant un Temple et changea son nom de Salem en celui de Jérusalem. Mais il existe d’autres écoles qui considèrent que Salem pourrait bien n’être pas un nom de lieu ; en effet en hébreu le mot peut aussi signifier « sain et sauf » comme dans Genèse 33, 18 ou « allié » dans Genèse 34, 21; par ailleurs Salem et Shalom, qui signifie « paix » ont une racine identique. Lorsqu’on sait que la rencontre de Melkisédeq et d’Abram se produit au lendemain de combats victorieux des Hébreux contre des rois de la région, l’hypothèse d’un Melkisédeq qui serait le roi « allié » ou porteur de la « paix » n’est pas sans intérêt !

- Le Dieu dont Melkisédeq est le Prêtre : El Elyon n’est pas un inconnu mais bien un Dieu attesté au 1° millénaire avant notre ère. On le trouve cité chez les Phéniciens puis chez les Perses mais aussi chez les cananéens et les araméens ; il sera, semble-t-il, supplanté dans cette partie du Moyen-Orient par Baal. Parmi les dieux de cette époque et de cette région El Elyon avait eu la mission éminente de créer le ciel et la terre ! Ce qui était exactement le rôle imparti à El Shaddai le Dieu d’Abram.

Bien évidemment qu’Abram soit béni par le Prêtre d’un dieu qui n’est pas celui des Hébreux pose problème et nous aurons à en reparler !

Relevons encore qu’El Elyon peut sans doute être rapproché d’Ahura-Mazda, divinité perse dotée du même rôle de créateur du ciel et de la terre : ce qui confirmerait d’une certaine manière que ce texte a bien été ajouté à la Bible à l’époque perse.

- L’offrande du pain et du vin : certains exégètes ont imaginé que le pain et le vin apporté par Melkisédeq à Abram seraient très simplement le ravitaillement fourni à une armée de retour des combats par le roi de Salem, ville dont le nom peut signifier « allié » ; il se serait alors agit soit d’une action très concrète soit d’un acte symbolique renouvelant un rituel d’alliance.

Les Hébreux avaient peut-être une certaine difficulté à vivre le monothéisme dont ils étaient à l’époque les seuls véritables tenants ; d’ou des noms et qualificatifs divers et liés aux différents aspects de la divinité unique : El shaddaî, Adonaî, le Tétragramme traduit par Yavéh étant, bien qu’imprononçable, le nom en quelque sorte de synthèse !

Quitte à digresser poursuivons : en guémantrie l’addition des nombres qui correspondent aux lettres de El Shaddaî donne 345 soit les 3 chiffres qui caractérisent un triangle rectangle et l’équerre d’un Vénérable Maître ! Par ailleurs El Elyon signifie le Dieu très haut, nom bien connu des initiés qui pratiquent les degrés complémentaires de la maîtrise.

Sur cette question précise mais d'une extrême complexité, nous renvoyons aux travaux du professeur Thomas Römer, « Le cycle d’Abraham » cours 2009/2010, Collège de France.

Mais il se trouve que ce qui n’est pour nous qu’une conjonction apparemment sans portée particulière peut prendre en hébreux une signification beaucoup plus large et conséquente : il est possible en effet de traduire le « et » (dans et Melkisédeq) par «or il était Prêtre » : dès lors le don du pain et du vin s’interprète comme un geste sacerdotal. Le pain et le vin ne sont plus seulement destinés à redonner force et vigueur à des soldats vainqueurs et épuisés mais constituent un sacrifice offert au Dieu très Haut dont Melkisédeq est sans ambigüité présenté comme le Prêtre par la version « Septante » de la Genèse.

Ce sacrifice prend d’ailleurs des significations multiples : incontestablement il est un hommage rendu au Dieu très haut et une action de grâce pour les victoires ; mais il est aussi un signe de rédemption ; pain et vin étaient jusqu’alors l’objet de malédiction : le pain depuis la chute ne se gagnait qu’à la sueur des fronts ! Le vin avait enivré Noé dont le plus jeune fils s’était moqué, faute pour laquelle il avait été maudit (Genèse 9, 24-25). Or ici pain et vin symbolisent la vie et les malédictions sont levées. Il est bien sur inévitable de penser à une autre offrande du pain et du vin qui interviendra plus tard et se pérennisera : en offrant le pain et le vin Melkisédeq confère à Abram son caractère de Prêtre comme Jésus le fera lorsque après le partage du pain et du vin il demandera à ses disciples « de faire cela en mémoire « de lui. Ainsi avec cette offrande apparaît le premier rapprochement de Melkisédeq et de Jésus, l’un et l’autre Prêtre du Très-Haut.

- Les bénédictions : la version massorétique ne permettait pas de savoir qui bénissait qui ! Fort heureusement la version « Septante » est claire : c’est bien le roi-Prêtre qui bénit le patriarche Abram. Mais alors un autre problème apparaît : il est proprement scandaleux qu’Abram soit béni avant le Très-Haut, qu’une créature soit sanctifiée avant le Créateur ! Diverses explications ont été présentées ; par exemple Philon d’Alexandrie[8] dans « Sur Abraham 235 « justifie la situation par l’idée que Melkisédeq a compris que les victoires d’Abram ne pouvaient avoir été acquises qu’avec le soutien et l’alliance de Dieu et c’est en réalité ce qu’il a bien dit (bénédiction : bien dire) dans un premier temps avant de rendre grâce à Dieu dans un second temps ! Il arrive aux philosophes d’être aussi des habiles !

Un autre aspect est à souligner : Abram a déjà bénéficié d’une bénédiction, donnée par Dieu lui-même (Genèse 12, 2,3) et  Melkisédeq ne fait que reprendre, reproduire et confirmer cette bénédiction ce qui amène à penser que le Dieu d’Abram et celui de Melkisédeq sont une même entité connue de chaque protagoniste sous un nom différent.

- La dîme versée : l’une et l’autre des versions de la Genèse sont ici particulièrement imprécises et ne permettent pas véritablement de savoir qui donne la dîme à qui ! Donner la dîme est reconnaître la supériorité de celui qui la reçoit ; c’est surtout participer au bon fonctionnement d’un Temple puisque la dîme est un impôt qui a un caractère religieux ; il faut aussi préciser qu’il est du par tous, depuis le roi jusqu’au plus humble des sujets. Il y a donc deux aspects : la reconnaissance par Abram de son devoir vis à vis de Melkisédeq, la reconnaissance par Abram du Dieu de Melkisédeq puisqu’il participe à l’entretien de son culte. Voilà qui est pour le moins troublant sauf à affirmer une fois encore qu’Abram et Melkisédeq servent un même Dieu et qu’en outre le roi Melkisédeq est un représentant, un envoyé de ce Dieu unique. C’est sur ces fondements sans doute que la tradition et les auteurs ont tranché : c’est bien Abram qui verse la dîme à Melkisédeq (ou plutôt au Dieu de Melkisédeq)

- Abram : il faut rappeler que le second personnage de ce récit n’est pas encore Abraham et ne le deviendra que lorsque Dieu aura décidé de faire de lui son allié privilégié : « voici mon alliance, que je fais avec toi. Tu deviendras père d’une multitude de nations. On ne t’appellera plus Abram ; mais ton nom sera Abraham ».[9]

Abram signifie « père relevé » ce qui introduit une notion connue des initiés : celle de l’élévation ! Abram est choisi, élu, par Dieu qui lui promet la création d’une grande nation et des bénédictions multiples[10]. Dans ce contexte la rencontre avec Melkisédeq peut s’interpréter comme la confirmation des engagements pris par Dieu avant la transformation décisive d’Abram en Abraham (le changement de nom étant comme chacun sait une constante lors des étapes essentielles de la voie initiatique). Notons cependant que selon le professeur Römer[11] il est abusif de tirer des textes que le nom Abraham puisse signifier « père de la multitude » ; en réalité ce nom n’a aucun sens connu, ce qui confère à Abraham la qualité de figure légendaire échappant au cadre étroitement concret de l’histoire !

Après cet aride (et pourtant bien incomplet) examen des textes de l’Ancien Testament il paraît possible de tracer un premier portrait de Melkisédeq :

Il est roi et Prêtre, au service du Dieu Très-Haut, El Elyon, que très tôt on essaiera d’assimiler à Yahvé ; de même qu’on confondra rapidement Salem et Jérusalem.

C’est en sa qualité de Prêtre que Melkisédeq fera l’offrande du pain et de vin, même si les textes ne l’affirment pas explicitement, pas plus qu’ils ne permettent à ce moment de l’histoire d’aller plus avant dans les significations d’une telle offrande.

Par sa bénédiction Melkisédeq reconnaît Abram qui en retour paie la dîme et s’avoue de ce fait à cet instant vassal du roi de Salem. Et en bénissant d’abord Abram le roi ne se fait pas sacrilège mais fidèle serviteur de son Dieu qui lui avait confié la mission de rencontrer Abram et de le bénir : sa mission accomplie il donnera ensuite à dieu ce qui lui est du !

Le portrait ainsi tracé demeure relativement flou et l’apparition de Melkisédeq difficilement explicable ! Or dans l’Ancien Testament, ni de manière directe et explicite dans un quelconque document antérieur ou contemporain à la naissance du Christianisme, nous n’avons d’éléments supplémentaires à propos de ce personnage réellement énigmatique. Au total rien ne nous explique pourquoi l’Ancien Testament fait apparaître brièvement ce personnage dont pourtant nous pressentons l’importance si ce n'est la thèse selon laquelle il se serait agi de prendre acte qu’Abram, chef victorieux se voyait conférer par la bénédiction reçue une dimension religieuse, une forme de prêtrise. Dès lors chef (roi) et Prêtre il pouvait devenir Abraham… nous estimons que cette explication n’en est pas une et pour faire simple elle peut être réfutée par le simple examen des faits : Abram avait déjà été béni par Dieu lorsqu’il avait reçu mission de partir vers Canaan ; de même lorsqu’il devient Abraham il n’est nullement fait mention d’un rôle religieux particulier : depuis Noé on sait que tout chef de famille peut construire un autel et rendre grâce à Dieu et c’est avec Moïse et ses descendants qu’apparaîtra la classe des Prêtres.

Il nous faut donc poursuivre les recherches dans le Nouveau Testament si l’on veut disposer de tous les éléments.

 

2°) Le Nouveau Testament

  1. Le texte

Nous aurons moins à écrire puisque le Nouveau Testament ne comporte qu’une mention de Melkisédeq : il s’agit des chapitres 5 à 7 de l’Epitre aux Hébreux, et plus particulièrement au chapitre 7 des versets 1-3 qui peut se lire ainsi :

« Ce Melkisédeq donc, roi de Salem, Prêtre du Dieu Très-Haut, qui alla au devant d’Abraham revenant de défaire des rois, et le bénit, auquel aussi, Abraham attribua la dîme de tout, qui est d’abord interprété roi de justice, et ensuite aussi roi de Salem c’est à dire de paix, sans père, sans mère, sans généalogie, n’ayant ni commencement de jours ni fin de vie, rendu semblable au fils de Dieu, (il) demeure Prêtre durablement. »[12]

  1. Les problèmes soulevés

Ce texte très dense pose de nombreuses questions, tant sur la forme que sur le fond.

Sur la forme les spécialistes des textes sacrés ont démontré que son attribution à l'apôtre Paul ne correspondait pas à la réalité ; en effet on ne retrouve pas ici le style de l'apôtre des Gentils dont les épitres sont adressées à l'ensemble d'une communauté chrétienne, or notre texte s'apparente plus à un traité de théologie ne visant qu'un groupe restreint de destinataires, des responsables sensibilisés à la question du sacerdoce. Et dans son écriture il serait très proche des textes construits par les érudits d'Alexandrie proches du philosophe Philon que nous avons déjà rencontré; selon les chercheurs cette hypothèse serait soutenue sur le plan de l'écriture par les tournures utilisées et sur le plan historique par le fait que des allusions sont faites au Temple comme lieu de prière à l'époque où les textes sont écrits, or le Temple sera détruit en 70 par Titus et donc le texte est nécessairement antérieur.

Sur le fond l'épitre aux Hébreux confirme certaines données des textes de l'Ancien Testament: Melkisédeq est roi de justice et Prêtre du Très-Haut ; il règne sur Salem qui est assimilée à Jérusalem. En revanche certains éléments ont disparu : il n'est plus question de l'offrande du pain et du vin ni non plus des bénédictions.

Mais le texte apporte par ailleurs des informations nouvelles ; certaines sont le développement des textes précédents : ainsi en accentuant le lien entre le double aspect « justice » et « paix » (sédeq et salem) de Melkisédeq l'auteur de l'épitre fait ressortir les caractéristiques qui définissent dans la bible les Temps messianiques ce qui évidemment donne une ampleur « extra-terrestre » à notre personnage !

Et cette volonté de faire de Melkisédeq une figure qui dépasse la simple humanité est illustrée par l'apport essentiel du texte : profitant du silence des textes antérieurs sur les ascendants de Melkisédeq l'auteur proclame que notre personnage est « sans père ni mère, sans généalogie, n'ayant ni commencement de jours, ni fin de vie » ce qui se traduit au final par l'affirmation que Melkisédeq est éternel ! Et pour qu'aucun doute ne soit permis il est enfin écrit qu'il est ainsi « rendu semblable au fils de Dieu ».

Lorsqu'on fait la synthèse des différents aspects de Melkisédeq au travers des textes des deux Testaments il apparaît clairement que les deux religions du Livre alors connues ont à résoudre des problèmes différents mais issus des interrogations suscitées par ce personnage plus que jamais énigmatique, tout particulièrement à un moment de l'Histoire où l'apparition du christianisme, indiscutablement à partir du judaïsme, amène très vite les deux parties à s'affirmer en se confrontant.

Les Juifs doivent nécessairement « capter » Melkisédeq, le faire leur, alors qu'à la lecture des textes il est le Prêtre d'un Dieu qui n'est pas présenté comme celui d'Abram. Il n'est pas acceptable pour le judaïsme qu'Abram, élu par Dieu et vainqueur des Rois accepte les offrandes, soit béni et paie la dîme, c'est à dire se reconnaisse le vassal d'un autre sauf si cet autre est au moins le représentant du Dieu unique Yahvé ; le problème devient plus aigu encore avec l'épitre aux Hébreux : pour un juif ce qui n'est pas dans la Thora n'est pas dans l'univers : ce roi mystérieux n'a pas de généalogie[13] or le seul personnage -si on peut dire- qui puisse être sans généalogie ni père ni mère, ni commencement de jours ni fin de vie, c'est Dieu lui-même ! Face à ces équivoques il est impératif de faire clairement de Melkisédeq une figure biblique « orthodoxe », intégrée à la saga du peuple juif.

Evidemment pour les Chrétiens qui doivent convaincre de la personnalité divine de Jésus et diffuser la Bonne Nouvelle Melkisédeq apparaît comme une figure qui démontre que de tout temps Jésus était annoncé : le roi offre le pain et le vin, bénit Abram qui vient à lui (et qui figure l'humanité puisqu'il n'est pas encore Abraham patriarche juif) ; autant d'éléments qui font bien que Melkisédeq est « rendu semblable au fils de Dieu ». Mais c'est bien là que commence la difficulté : semblable au fils de Dieu veut-il signifier que Melkisédeq préfigure le Christ ? Ou bien qu'il s'identifie au Christ ? Dans cette seconde hypothèse Melkisédeq serait le Christ éternel apparu sous une forme humaine à Abram pour le bénir et confirmer sa mission. Dans un cas comme dans l'autre la « légitimité » du Christianisme était démontrée, sa qualité de Messie prouvée !

Nous cherchions des réponses à nos questions mais clairement le Nouveau Testament, s'il apporte quelques compléments d'informations, soulève surtout des interrogations majeures...

Incontestablement il faut poursuivre notre quête au travers des nombreux auteurs qui ont tenté d’élucider les mystères mais sans doute aussi voulu défendre leurs familles spirituelles.

 

[1]           Il est aujourd’hui de bon ton d’écrire « premier Testament » plutôt qu’ancien testament… sans que la signification de ce changement soit réellement expliquée, d’autant que le nouveau testament conserve lui son titre ! Mais après tout mon coiffeur est bien devenu depuis peu «  capilliculteur ».

[2]           Voir l’étude du Service Biblique Catholique Évangile et Vie –SBEV, supplément n° 136 aux Cahiers Évangile, juin 2006, Éditions du Cerf.

[3]           Idem 2.

[4]           Les Targoums sont des textes juifs qui commentent, lorsqu’ils ne les ré-écrivent pas, les textes bibliques. Au tournant de l’ère chrétienne ils ont souvent pour objectif de lutter contre le christianisme naissant.

[5]           Idem 2.

[6]           Idem 2.

[7]           Les restes de plus de 600 manuscrits ont été retrouvés dans des jarres cachées dans les grottes de la falaise rocheuse bordant le rivage de la mer morte. Sur cette découverte capitale on peut lire « les manuscrits de la mer morte » de Wise, Abegg et Cook, chez Plon, 2001.

[8]           Philon d’Alexandrie, philosophe juif de l’Alexandrie romaine et écrivant en grec, né vers 12 après JC.

[9]           Genèse 17, 4,5 (Bible par Luis Segond, Société Biblique de Genève).

[10]         Genèse 12, 1,4 (Bible louis Segond, op. cité).

[11]         Le cycle d’Abraham, op. cité.

[12]         Présentation de Dominique Cerbelaud ; supplément n°136 aux Cahiers Evangile ; op. Cité.

[13]         Contrairement à Jésus dont l’évangéliste Matthieu donne une généalogie très complète (Mattieu 1. 1,16).

 

PART - II -

 

B - LES INTERPRETATIONS DANS LES FAMILLES RELIGIEUSES

Si les textes initiaux sont rares la littérature à laquelle ils ont donné naissance est d’un volume considérable et d’une complexité étonnante ! C’est que tous, Pères de l’Église, Rabbins et Gnostiques entendaient bien tirer le plus grand profit d’un personnage si extraordinaire et le faire servir à la défense et à l’illustration de leurs thèses.

 

Il nous a donc fallu faire des choix ; ceux-ci d’ailleurs dans les seules sources que nous comprenions : certaines démonstrations exigent des connaissances que nous n’avons pas et la fréquentation de « sciences » dont nous ignorions jusqu’à l’existence !

 

Il nous a semblé que le plus simple consistait à examiner successivement les points de vue des principales parties concernées par le sujet qui sont les Chrétiens, les juifs et les gnostiques ; bien sûr ces deniers sont liés aux deux autres catégories, tout spécialement à la première, mais leur originalité tant dans le raisonnement que dans les perspectives ouvertes permet d’en faire, même un peu artificiellement une catégorie à part entière.

Il faut également garder à l’esprit que les textes des uns et des autres ont vocation à se répondre et que le développement des thèses en trois rubriques distinctes n’a pas d’autre raison d’être que le souci de clarté.

 

1°) Les développements dans le Christianisme

  1. Les thèses du Christianisme en construction

La volonté continue des Pères de l’Église a été de démontrer la légitimité et la supériorité de l’église chrétienne par rapport au judaïsme dont elle était issue.

Et pour cela il s’agissait d’expliquer que la prêtrise dont Melkisédeq était le modèle était supérieure à celle issue de Lévy ; et  que Melkisédeq avait annoncé Jésus vrai Prêtre du Très-Haut.

 

Vers 160 Justin[1] dans son « dialogue avec Tryphon » souligne que Melkisédeq est antérieur aux juifs et de ce fait est le « Prêtre des incirconcis ». Tertullien[2] dans « contre Marcion » (v. 9. 9) et dans « Contre les Juifs » (2, 7-1) insiste sur le fait que Melkisédeq a été élu au sacerdoce du Grand Dieu sans être circoncis ni faire sabbat, qu’il est Prêtre pour l’éternité et que cette prêtrise éternelle est maintenant assumée par Jésus fils de Dieu. Origène[3] dans son « Commentaire de l’Évangile de Jean » (1, 1) comme dans son « Homélie sur le Lévitique » (12, 1) insiste sur l’idée que quiconque est « Prêtre parmi les hommes » est petit et faible alors que Melkisédeq est lui « le grand Prêtre qui peut pénétrer dans les cieux » : il est donc bien au dessus de tout ce que la seule humanité a pu concevoir comme prêtrise car lui relève du divin, ce qui prouve qu’il est sans généalogie, éternel et non engendré et de plus éternel Prêtre pour l’éternité : ces caractères sont ceux de Jésus dont Melkisédeq devient alors le prototype.

 

Cyprien de Carthage[4] fait en quelque sorte la synthèse de cette approche dans sa lettre 63 IV, 1et 3 et la complète en glosant sur l’offre du pain et du vin qui n’apparaissait que dans l’Ancien Testament. Pour cet auteur Melkisédeq est une figure prophétique qui annonce le sacrifice de Jésus ; c’est ce que révèlent les Psaumes quil commente ainsi :« l’Esprit saint parlant au nom du Père et disant au Fils : je t’ai engendré avant l’étoile du matin ; tu es Prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melkisédeq » et Cyprien de Carthage précise en outre immédiatement « cet ordre (de Melkisédeq) se réfère à ce sacrifice et a  son point de départ dans ce fait que Melkisédeq fut Prêtre du Très-Haut, qu’il offrit le pain et le vin… », Et il termine enfin sa démonstration en proclamant « Qui en effet fut plus Prêtre du Très-Haut que notre seigneur Jésus qui offrit à Dieu son père le même (sacrifice) que Melkisédeq avait offert, à savoir le pain et le vin c’est à dire son corps et son sang ? Et Celui qui est la plénitude de toute chose a réalisé ce que cette figure annonçait ».

Tous les thèmes nécessaires à la démonstration que le triomphe du christianisme est pleinement justifié et légitime sont en place : Melkisédeq est antérieur au Judaïsme et en même temps éternel ; ses faits et gestes préfiguraient clairement ceux de Jésus.

 

C’est Ambroise de Milan[5] qui amènera la démonstration des pères et théologiens des premiers siècles à son aboutissement en faisant de Melkisédeq le père des sacrements de l’Église nouvelle. Dans son ouvrage « des sacrements » au chapitre IV, 10-12, il écrit « qui avait le pain et le vin ? Ce n’est pas Abraham. Mais qui les avait ? Melkisédeq. C’est donc bien lui qui est l’auteur des sacrements. »

Puis il ajoute : « qui est Melkisédeq qui signifie roi de justice, roi de paix ? Qui est la paix de Dieu ? La Sagesse de Dieu ? Celui qui a pu dire je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix… » Et dans ce même chapitre mais en 27 Ambroise de Milan rappelle que lors de la messe il est demandé à Dieu d’accepter « les dons de ton serviteur le juste Abel, le sacrifice de notre père Abraham et celui que t’a offert le grand Prêtre Melkisédeq ».

 

Si on veut bien nous permettre une digression, rappelons que cette demande est encore aujourd’hui reprise dans la liturgie romaine ; le canon romain « supra quae » précise que l’acceptation des sacrifices offerts par les justes de l’Alliance atteste que Dieu accepte le sacrifice qui est fait ici et maintenant. Et le canon « hanc Igitur » rappelle explicitement que le pain et le vin offert par Melkisédeq avait été une préfiguration des mystères de l’eucharistie. Enfin le Psaume 109, 4 est repris lors des vêpres solennelles des grandes fêtes religieuses comme l’affirmation que la fonction sacerdotale ne relève pas de la lignée d’Aaron mais bien de Melkisédeq et la liturgie invite à voir en chaque Prêtre une figure du Christ.

  1. Les apports à la période médiévale

C’est au cours de la période médiévale que les exégètes vont développer et affiner la thèse d’un Melkisédeq figure du Christ[6], modèle du Prêtre et dont l’offrande annonce l’eucharistie.

 

Thomas d’Aquin[7] explique dans son commentaire de l’épitre aux Hébreux que « sans père » est une manière d’annoncer la naissance du Christ d’une vierge et que « sans mère » signifie qu’il s’agit d’une « génération spirituelle », et de ces particularités il faut conclure à l’absence de toute imperfection chez le Christ ; d’autant que d’être « sans généalogie » implique que le Christ Prêtre n’appartient pas à la famille des lévites et n’est donc pas lié par la « vieille loi ».

Certains ouvrages procèdent par une étude comparée systématique des textes de l’Ancien et du Nouveau Testament pour démontrer l’identité des deux personnages ; ainsi Hugues de Saint Cher[8] commence-t-il le Psaume 109, 4 en rapprochant Jean 6 (ce pain que je donnerai est ma chair) de Lévitique 26 (« vous mangerez les plus anciennes des choses anciennes et, les nouvelles arrivant, vous jetterez les anciennes » : les plus anciennes donc avant la loi, au temps de Melkisédeq). Ou encore en rappelant que Jésus a dit « Qui est ma mère ? » (Mt 12), que le Messie est aussi prince de la paix et qu’il bénit tout comme Melkisédeq, roi de Salem (la paix), a béni Abram.

L’offrande du pain et du vin préfigure à la fois l’eucharistie et le sacrifice de la croix selon Guibert de Nogent[9], thème que reprend Nicolas de Gorran[10] dans son commentaire de Genèse 14, 18 tandis qu’Albert le Grand[11] souligne que l’offrande du pain et du vin comporte deux éléments authentiquement chrétiens : cette offrande est faite à Abram qui vient de vaincre les rois ennemis, or ces rois représentent clairement nos péchés ; ensuite vient une bénédiction faite au Très-Haut. Ces deux mouvements sont caractéristiques de la grâce que nous fait Dieu : par le pain et le vin, l’eucharistie, il nous permet de vaincre nos ennemis ; ce qui nous permet alors de bénir Dieu, c’est à dire de l’approcher, de lui faire don de nos êtres purifiés.

Restait à comprendre ce qu’avait voulu exprimer le Psaume 110, 4 (109, 4 pour la version septante) en évoquant la prêtrise « à la manière » ou « selon l’ordre » de Melkisédeq. Comme il ne s’agit pas ici de faire un traité théologique nous poserons simplement qu’au delà du sens premier des termes « a la manière de », « selon l’ordre de » et même selon certaines traductions « à la mode de » les exégètes ont tenté de construire une thèse permettant là encore d’assurer l’antériorité et la supériorité du sacerdoce chrétien, préfiguré par Melkisédeq sur celui d’Aaron ; le premier est éternel, le second lié à l’histoire d’Israël. En fait on serait passé d’un sacerdoce royal (Melkisédeq et roi et Prêtre à un « sacerdoce seulement sacerdotal » comme l’écrit Bruno le Chartreux[12]. En fait Melkisédeq est à l’époque le seul Prêtre et en bénissant Abram il lui confère la prêtrise qu’accepte Abram en payant la dîme et Lévi est engagé par cette acceptation puisqu’il est alors en « potentialité » dans les reins d’Abram ! Et comme Jésus préfiguré par Melkisédeq n’est pas de la tribu de Lévi mais de celle de Juda il faut toujours selon notre chartreux que la bénédiction du roi de Salem soit en même temps porteuse d’un transfert -à intervenir le moment voulu- des Lévi vers les Juda, en la personne de Jésus ! Cette démonstration pour brillante qu’elle soit suscita la réprobation véhémente de Thomas d’Aquin qui dans sa somme Théologique rappelle (III. 2, 9. 22 art 6) que le Christ est source de tout sacerdoce et qu’il ne peut être ni de l’ordre de Melkisédeq ni d’aucun autre. Si Lévi est lié par la dîme versée par Abram cela ne peut concerner le christ qui lui n’a aucun ascendant de nature humaine puisqu’il est fils de Dieu.

On pourrait encore examiner les apports de nombreux autres saints hommes mais il convient aussi de se pencher sur les arguments des tenants de la 1° alliance et plus généralement de ceux qui jugent abusif le rapprochement de Melkisédeq et de Jésus.

 

2°) Contestations et opinions divergentes

 

La contestation, qui viendra très tôt, des thèses chrétiennes viennent essentiellement et fort logiquement du monde religieux juifs mais pas uniquement et surtout aux contestations par des autorités « établies » s’ajouteront des visions plus originales.

  1. Contestations par les autorités établies

Nous entendons ici par autorités établies les rabbins qui au fil des écrits et des enseignements ont critiqué les thèses chrétiennes dont ils percevaient sans peine qu’elles visaient à établir le judaïsme comme l’ancêtre dépassé, sinon contesté, du christianisme.

Ainsi plusieurs développements du Midrash[13] et particulièrement Rabba 43, 6, mais aussi le Talmud de Babylone[14] conteste l’interprétation et la signification données à l’Épitre aux Hébreux par les pères de l’Église : il n’est pas possible que Melkisédeq soit supérieur Abram car il a gravement fauté en bénissant une créature, fut-il un patriarche, avant le Créateur ! Et par cette faute il a perdu sa qualité de Prêtre que très légitimement et par conséquent Abram a récupérée ! (on a presque envie de rajouter « et hop »).

D’autres auteurs souligneront qu’il est parfaitement abusif de prétendre que Melkisédeq est sans généalogie ; de fait l’Ancien Testament ne dit rien de tel et c’est un apport abusif de l’Épitre aux Hébreux, une oeuvre de « dissidents chrétiens ». Selon Ephrem le syrien Melkisédeq serait en réalité Sem, fils aîné de Noé ; il faut se souvenir que Noé dès qu’il put quitter l’arche pour la terre ferme construisit un autel et offrit un sacrifice à Dieu : c’est donc lui l’ancêtre et le modèle de la prêtrise et il a naturellement transmis cette fonction à son aîné. Dès lors que Melkisédeq est identifié à Sem, cette prêtrise issue de Noé se transmettra en toute légitimité à Abram, à Aaron avant de parvenir au Christ ; ainsi est-il démontré que Jésus est bien Prêtre « selon l’ordre de Melkisédeq » et à sa suite tous les Prêtres issus de Jésus.

Au terme de ce raisonnement Jésus se trouve donc légitimé comme Prêtre d’Israël dont la mission a été de signifier que le temps des sacrifices sanglants (taureaux, moutons, boucs) était révolu ; reprenait force et vigueur l’offrande du pain et du vin, c’est à dire le temps de la vie et de la joie !

Mais surtout Jésus, et le christianisme avec Lui, réintégraient en quelque sorte le Judaïsme et l’orthodoxie juive, ce qui était l’objectif recherché.

  1. La contestation factuelle

Dans certains écrits c’est l’assimilation de Salem et de Jérusalem qui est mise en question. C’est qu’il existe dans un périmètre relativement restreint une ville de Salem (près de Sichem) et la ville de Salîm dont parle le 4° Évangile en expliquant que c’est à proximité de cette ville que Jean le Baptiste officiait (cf. Jean 3, 23) ; deux villes de Salem/Salîm donc qui rendent douteuse l’assimilation à Jérusalem selon Ethérie, un voyageur qui visita la Palestine dans les années 384.

L’assimilation de Melkisédeq à Jésus est également réfutée par ceux qui refusent un caractère divin à Melkisédeq, caractère que son assimilation à Jésus impliquerait. C’est le point de vue de Jérôme[15] pour qui Melkisédeq est au mieux un ange adressé à Abram pour le conforter dans son rôle de patriarche (lettre 73, datée de 398). Pour certains Melkisédeq serait en réalité l’archange Michaël, mais d’autres vont beaucoup plus loin et la vie de Melkisédeq devient une vraie saga : neveu de Noé, protégé du déluge par l’archange Michaël, il est reçu au paradis, réouvert pour lui, et y suit un enseignement qui fait de lui le Prêtre par excellence ; sa première mission après le déluge est d’enterrer le corps d’Adam conservé jusqu’à ce moment par Noé. L’emplacement de la tombe devient alors le point parfait, l’axe du monde : et miracle ce lieu élu est Jérusalem ! Melkisédeq ainsi devenu Prêtre pour l’éternité est le modèle parfait, symbole de la Tradition offert, sous les traits d’Abram, à chaque croyant.[16]

 

3°) Les apports Gnostiques

 

Il convient de préciser ici que nous entendons le terme « gnostique » dans son sens premier : philosophe de l’idée religieuse qui prétend avoir une complète connaissance de Dieu et de ses manifestations.

A ce titre et en rapport avec notre sujet deux textes sont particulièrement intéressants et quelques éléments à prendre en considérations.

  1. La légende Hébraïque de Melkisédeq

Il s’agit d’un texte retrouvé parmi les manuscrits de la mer morte et sans doute antérieur au 1° siècle, vraisemblablement avant la destruction du Temple. Le nom de Melkisédeq, « mon roi est justice » met en avant le rôle de juge et la vertu de justice qui sont étroitement liés à la fonction sacerdotale et au Temple : le Prêtre fondateur du premier Temple s’appelait Sadoq (être-juste), celui du second temple Jésus fils de Yéhosadaq (celui de Yahvé-a-justifié), second Temple qui fut restauré par Simon dit « le juste » tandis que le Maître de la communauté des Esséniens (auxquels certains exégètes ont rattaché Jésus-Christ) portait le titre de « Maître de justice ». Melkisédeq qui les a tous précédés est donc bien la source et le modèle de ceux dont la mission est de mener le peuple au seuil du monde nouveau, à l’instant choisi pour que soit rendue la justice. Il est le premier des juges de la fin des temps, en charge de juger les élus, les « Saints de Dieu ».

  1. Le second livre d’Hénoch

Cet ouvrage a connu une vie quelque peu complexe ! Composé en grec il ne nous est parvenu qu’au travers une traduction slave tardive (XIV-XVII° siècle). Les spécialistes continuent de débattre à propos de sa date de rédaction mais aussi de son origine juive ou chrétienne ; si on suit Bernard Barc[17] auquel nous empruntons ces données, l’œuvre, contemporaine de l’Épitre aux Hébreux serait finalement d’un auteur juif mais le texte aurait été remanié par des chrétiens.

L’idée centrale est que l’histoire telle qu’elle se déroule depuis le déluge ne fait que reprendre celle qui a précédé cette catastrophe, elle-même due à l’ingratitude des hommes vis à vis du créateur. Le Melkisédeq qui apparaît à Abram tout comme celui qui viendra juger à la fin des temps ont un ancêtre antédiluvien !

Dans cet ouvrage, dicté au patriarche Hénoch transporté pour l’occasion à travers les sept cieux jusqu’au trône de Dieu, nous retrouvons nombre de mythes qui fondent les grands courants religieux, aussi est-il intéressant d’en tracer en quelques lignes le scénario.

Hénoch dont le nom signifie « fais la dédicace du Temple » remonte auprès de Dieu après avoir laissé pour consigne à ses fils, dont l’aîné est Mathusalem, de demander au Très-Haut de se choisir un Prêtre ; or voici que Dieu bouleverse les usages et les règles en ne choisissant pas l’aîné de Mathusalem, Lamech, ni même l’aîné des petits fils, Noé, mais le jeune frère de celui-ci Nêr !

Nous retrouvons une donnée fréquente dans les mythologies et les textes sacrés : ce n’est pas l’aîné qui reçoit l’héritage ; les exemples sont multiples, que le droit d’aînesse soit perdu pour un plat de lentilles (Esaü) ou le choix du cadet fait par le patriarche ou le roi (Jacob qui deviendra Israël, Salomon désigné par David).

Et bien d’autres encore pour marquer que c’est le choix et l’élection qui prévalent sur les us et coutumes.

Mais reprenons notre histoire : de Noé sortiront les douze tribus dont celle des Lévi qui assurera le service du Temple ; de Nêr viendra Melkisédeq (qui remarquons le au passage a une généalogie) Nêr dont le nom signifie « lampe perpétuelle » et dont l’épouse, la mère de notre personnage, s’appelle Sophonim qui signifie « fin des douleurs », de là à imaginer qu’avec la vraie lumière qui jamais ne s’éteint le malheur disparaîtra il n’y a qu’un pas aisé à franchir ! mais l’histoire est plus dramatique (mélodramatique) car si Melkisédeq hérite des vertus de sa mère à l’instant de sa naissance c’est que celle-ci est morte en le mettant au monde ; d’une certaine manière notre personnage préfigure le christ revenu des enfers et sortant du tombeau ; il nait mais à une vie qui n’est pas celle du commun puisque aussitôt Dieu l’appelle à Lui, le met en quelque sorte « en réserve » dans l’attente du jour du jugement : ainsi le fils du premier Prêtre, lui-même Prêtre va-t-il exercer son sacerdoce dans l’autre monde, au ciel, tandis que les Lévites sont les desservants ici-bas. En fait Melkisédeq, être parfaitement saint n’aurait été envoyé bénir Abram que pour fonder un sacerdoce particulier, incarné dans des personnages d’exception comme Abram, David et enfin Jésus ! Ce dernier étant -selon nous et en n’engageant que nous- d’une certaine manière la synthèse des types rencontrés avec cet apport déterminant qu’est l’action : nous ne sommes plus en présence d’un personnage mystérieux plus ou moins insaisissable, Prêtre, roi et prophète mais du fils de l’Homme qui enseigne comment par son activité « hic et nunc » chacun prépare son accès à la renaissance dans l’autre monde, le jugement à venir étant en quelque sorte déjà prononcé et le verdict de clémence acquis par la réalité du sacrifice du christ.

Un manuscrit découvert à Nag-Hammadi[18] et dont on estime qu’il fut rédigé entre 150 et 225, établit que Jésus seul est le Prêtre céleste du très-Haut, ce que ne peuvent accepter certains gnostiques qui n’hésiteront pas à faire de Melkisédeq un personnage supérieur à Jésus. Est ainsi affirmé que Simon le mage, fondateur du gnosticisme est une réincarnation de Melkisédeq, « puissance de Dieu » dont le Christ n’est qu’une figuration : d’où il ressort évidemment que le gnosticisme est légitime et supérieur au christianisme ! Vers 375 il se crée même une secte, les melkisédéciens, qui fonde sa doctrine sur cette thèse en précisant que l’âme de chaque gnostique est en quelque sorte Melkisédeq et mène une guerre avec les puissances du Mal en vue d’établir un monde sur lequel régnera le moment venu le vrai Messie. La secte est bien sûr condamnée comme hérétique !

 

4) L’actualité religieuse plus ou moins récente de Melkisédeq

 

Il s’agit moins d’être complet, ce qui est tout à fait impossible sauf à écrire une « somme » qui requiert des compétences propres que de relever trois plus récentes occurrences de notre personnage.

  1. Melkisédeq et la culture indienne

Notre personnage n’est pas lié à la seule culture judéo-chrétienne. La culture religieuse hindoue connaît le personnage de Malik Yaztaq, ce nom étant une traduction de l’arabe (on reconnaît Melki/Malik, ce dernier terme signifiant roi en arabe). Chez les Hindous le personnage est un prophète en charge d’annoncer, d’organiser et de gérer le déluge ; à ce titre il porte le titre de « chakravartin » qui recouvre les fonctions réunies de « grand Prêtre » et de « souverain universel » (les souverainetés territoriales relevant des Rajah et autres maharajah) ; Malik Yaztaq est donc le souverain juge qui impose une Loi que ses subalternes ont pour mission d’adapter à chaque communauté humaine.

  1. Les visions d’Anna-Catherine Emmerich

Parmi les figures qui apparaissaient à Catherine Emmerich[19] celle de Melkisédeq est une des plus fréquentes ; elle décrit le personnage comme étant incontestablement un précurseur du Christ ; ainsi le voit-elle le présentant à Abraham qui était « celui dont Jésus se servit plus tard » ; lors d’autres extases elle détermine que le lieu où Melkisédeq fait l’offrande du pain et du vin est la vallée de Josaphat, nom qui signifie « jugement » et elle précise que c’est à ce même endroit que Jésus « passera, là à l’endroit où Melkisédeq offrit le pain et le vin. »

  1. Les Mormons et Melkisédeq

Les Mormons (« l’Église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours » pour être exact) attachent une importance particulière au sacerdoce. Le fondateur Joseph Smith (1805-1844) a eu la révélation du Livre des Mormons en 1827 et a reçu la mission de rétablir la véritable Église de Jésus sur terre ; dès lors qu’il s’agit d’Église et de sacerdoce le personnage de Melkisédeq est incontournable puisqu’il est le prototype du Prêtre. Chez les Mormons le sacerdoce est constitué de divers degrés et ouvert aux garçons à partir de douze ans : c’est la prêtrise d’Aaron qui ouvre la voie à la fonction de « Prêtre de Melkisédeq » accessible à vingt ans ; la progression se poursuivra ensuite : « anciens », « Prêtre des 70 », «  grand Prêtre », « évêque », « apôtre » pour espérer devenir finalement membre du « conseil des douze ». La logique du système n’est pas évidente mais la place de Melkisédeq bien établie, d’autant que nous l’avons vu plus haut, notre personnage est pour certains celui qui à la fin des temps devra juger les « Saints de Dieu ».

  1. Le catéchisme de l’Église catholique

Dans sa version la plus récente[20] le catéchisme présente les ordinations sacerdotales comme l’intégration dans un Ordre, considéré comme un corps constitué : dans l’antiquité romaine le mot « ordre » désignait des corps constitués au sens civil, surtout le corps de ceux qui gouvernent et le texte précise « ces corps constitués existent dans l’Église… l’ordination est bien le passage vers l’Ordre » ; ce texte constitue véritablement une novation, sujette sans doute à discussion car jusqu’alors la prêtrise « selon l’ordre de Melkisédeq » signifiait que le Prêtre recevait une charge, une mission d’origine divine, mais non qu’il devenait lui-même un être transcendant…

Mais laissons-là ces débats théologiques ! Relevons encore que si le Coran ne fait pas mention de Melkisédeq il faut garder à l’esprit que les Musulmans reprennent pour leur compte Ancien et Nouveau Testaments et qu’en outre pour les Chiites l’imam caché est parfois identifié à notre personnage. D’ailleurs Melkisédeq ne disparaît pas totalement car certaines figures bibliques paraissent être son reflet mais curieusement en « négatif » ! Ainsi le livre de Josué nous présente-t-il un roi de Jérusalem, Adonisedeq (« mon seigneur est justice ») menant une coalition qui s’oppose à la progression de peuple guidé par Josué en terre promise ; Dieu viendra au secours des hébreux et Adonisédeq finira emmuré dans une caverne (Josué, 10, 1-11). Son successeur, à son tour prisonnier, aura les pouces coupés, ce qui remarquons le  l’empêche de saisir une coupe ou de partager le pain (livre des Juges 1, 4-7). Finalement ce n’est qu’avec David qu’une dynastie juive s’installera durablement à Jérusalem. De plus l’offrande du pain et du vin demeurera dans la tradition biblique la marque de la prise de possession ou de la promesse du pouvoir royal, avec l’ajout il est vrai d’un chevreau ou d’un agneau ; c’est bien l’offrande des fruits essentiels du labeur partagé entre l’homme et la terre qui témoigne et atteste d’un destin hors du commun.

Et pour notre part il paraît temps de quitter le monde des religions pour considérer les apports de Melkisédeq dans le monde ésotérique. Au demeurant il est clair que quitter le monde des religions n’est pas sortir de la dimension religieuse dans son sens le plus universel : la science de ce qui « relie » notre monde à un autre, l’univers dont nous connaissons l’organisation à celui dont les caractéristiques nous échappent.

 

[1]           Justin, (en Samarie v.100- Rome v.165) philosophe, apologiste et martyr.

[2]           Tertullien (Carthage v.155- v.220) peut-être Prêtre, théologien et apologiste.

[3]           Origène (v.185-V.254) théologien et exégète d’Alexandrie. Certaines de ses thèses ont toutefois été condamnées par l’Église ; par ex. celle qui dans la Trinité subordonne le Fils au Père et à l’Esprit.

[4]           Cyprien de Carthage (Carthage début III° siècle - vers 258) Père de l’Église, évêque de Carthage et martyr.

[5]           Ambroise de Milan (v.340- Milan 397) Père et Docteur de l’Église, évêque de Milan). Nous sommes au lendemain du triomphe du christianisme sous Constantin !

[6]           Incidemment on peut imaginer que si un Prêtre est assimilé à Jésus-Christ qui est Dieu il se retrouve en quelque sorte et dans sa fonction « divinisé » ! Ce qui – outre le caractère très choquant d’un pareil avatar - me paraît dénué de tout fondement, au moins dans les textes sacrés.

[7]           Thomas d’Aquin (1225-1274) théologien et docteur de l’Église, canonisé en 1323 : son œuvre majeure est la «  somme Théologique ».

[8]           Hugues de Saint-Cher, dominicain (+ 1263) son « Postille » est un commentaire sur l’ensemble de la Bible).

[9]           Guibert de Nogent (1053-v.1130) bénédictin surtout connu pour une histoire des croisades.

[10]          Cité dans le supplément n°136, cahiers Évangile, op.cité. En dehors de la date de sa mort (1295) il m’a été impossible de découvrir plus sur ce personnage.

[11]          Albert le Grand : (v.1200-1280) dominicain, théologien, enseignant et passionné de science naturelle et d’alchimie (ce qui explique peut-être que sa canonisation ne soit intervenue qu’en 1931 !)

[12]          Bruno le Chartreux (v.1035-1101) théologien, grammairien, fondateur de l’ordre des chartreux ; a laissé des commentaires sur les Psaumes.

[13]          Le midrash est une forme de commentaire et d’interprétation de la Bible qui vise à dépasser le sens apparent d’un texte pour atteindre le sens profond

[14]          Talmud signifie étudier, enseigner. C’est l’exil qui a amené les rabbins à mettre par écrit les bases de la Tradition. Il y a un Talmud de Babylone où furent déportés les Juifs et de Jérusalem pour les juifs demeurés en Terre sainte.

[15]          Jérôme : (Saint, v. 347-420) docteur de l’Église, historien, auteurs de nombreux ouvrages et surtout traducteur de la bible en latin : la Vulgate.

[16]          La caverne des trésors, apocryphe du VI° siècle relevant de la tradition syriaque

[17]          Bernard Barc, l’exaltation de Melkisédec. Cahiers Évangile ; op. Cité.

[18]          Nag-Hammadi, village de Haute-Égypte ; vers 1975-1946, des paysans découvrirent une jarre remplie de manuscrits, une cinquantaine au total, à sujets religieux. Par chance courant 1946 un spécialiste de ce type de documents se vit proposer l’un de ces manuscrits par un trafiquant ; ayant compris son intérêt il lança une recherche, qui prit deux années, pour retrouver l’ensemble des textes.

            Les manuscrits de la Mer morte sont plus anciens et plus connus aussi mais ceux de Haute-Égypte pourraient bien avoir selon les chercheurs une portée historique plus grande.

[19]          Anna-Catherine Emmerich ou Emmerick (1774-1824) dite la None de Dülmen, mystique germanique célèbre pour ses stigmates et ses visions.

[20]          Catéchisme de l’Église catholique, libreria éditrice vaticana, citta del vaticano, 1992 ; éd. Françaises Mame-Librairie 1992 et 1998.

[1]           Justin, (en Samarie v.100- Rome v.165) philosophe, apologiste et martyr.

[1]           Tertullien (Carthage v.155- v.220) peut-être Prêtre, théologien et apologiste.

[1]           Origène (v.185-V.254) théologien et exégète d’Alexandrie. Certaines de ses thèses ont toutefois été condamnées par l’Église ; par ex. celle qui dans la Trinité subordonne le Fils au Père et à l’Esprit.

[1]           Cyprien de Carthage (Carthage début III° siècle - vers 258) Père de l’Église, évêque de Carthage et martyr.

[1]           Ambroise de Milan (v.340- Milan 397) Père et Docteur de l’Église, évêque de Milan). Nous sommes au lendemain du triomphe du christianisme sous Constantin !

[1]           Incidemment on peut imaginer que si un Prêtre est assimilé à Jésus-Christ qui est Dieu il se retrouve en quelque sorte et dans sa fonction « divinisé » ! Ce qui – outre le caractère très choquant d’un pareil avatar - me paraît dénué de tout fondement, au moins dans les textes sacrés.

[1]           Thomas d’Aquin (1225-1274) théologien et docteur de l’Église, canonisé en 1323 : son œuvre majeure est la «  somme Théologique ».

[1]           Hugues de Saint-Cher, dominicain (+ 1263) son « Postille » est un commentaire sur l’ensemble de la Bible).

[1]           Guibert de Nogent (1053-v.1130) bénédictin surtout connu pour une histoire des croisades.

[1]           Cité dans le supplément n°136, cahiers Évangile, op.cité. En dehors de la date de sa mort (1295) il m’a été impossible de découvrir plus sur ce personnage.

[1]           Albert le Grand : (v.1200-1280) dominicain, théologien, enseignant et passionné de science naturelle et d’alchimie (ce qui explique peut-être que sa canonisation ne soit intervenue qu’en 1931 !)

[1]           Bruno le Chartreux (v.1035-1101) théologien, grammairien, fondateur de l’ordre des chartreux ; a laissé des commentaires sur les Psaumes.

[1]           Le midrash est une forme de commentaire et d’interprétation de la Bible qui vise à dépasser le sens apparent d’un texte pour atteindre le sens profond

[1]           Talmud signifie étudier, enseigner. C’est l’exil qui a amené les rabbins à mettre par écrit les bases de la Tradition. Il y a un Talmud de Babylone où furent déportés les Juifs et de Jérusalem pour les juifs demeurés en Terre sainte.

[1]           Jérôme : (Saint, v. 347-420) docteur de l’Église, historien, auteurs de nombreux ouvrages et surtout traducteur de la bible en latin : la Vulgate.

[1]           La caverne des trésors, apocryphe du VI° siècle relevant de la tradition syriaque

[1]           Bernard Barc, l’exaltation de Melkisédec. Cahiers Évangile ; op. Cité.

[1]           Nag-Hammadi, village de Haute-Égypte ; vers 1975-1946, des paysans découvrirent une jarre remplie de manuscrits, une cinquantaine au total, à sujets religieux. Par chance courant 1946 un spécialiste de ce type de documents se vit proposer l’un de ces manuscrits par un trafiquant ; ayant compris son intérêt il lança une recherche, qui prit deux années, pour retrouver l’ensemble des textes.

            Les manuscrits de la Mer morte sont plus anciens et plus connus aussi mais ceux de Haute-Égypte pourraient bien avoir selon les chercheurs une portée historique plus grande.

[1]           Anna-Catherine Emmerich ou Emmerick (1774-1824) dite la None de Dülmen, mystique germanique célèbre pour ses stigmates et ses visions.

[1]           Catéchisme de l’Église catholique, libreria éditrice vaticana, citta del vaticano, 1992 ; éd. Françaises Mame-Librairie 1992 et 1998

PART - III -

 

II - MELKISEDEQ, UN PONT VERS L’AILLEURS

 

Notre personnage n’est pas resté un sujet de recherches et de réflexions dans le seul domaine du monde des religions ; il a rapidement été pris en considération par les spiritualistes de toute nature et de ce fait il est impossible de prétendre présenter tout ce qui a été écrit et imaginé par les uns et les autres ; en fait, faute de pouvoir être exhaustifs il a paru plus sage de faire des choix de manière à marquer un certain cheminement, que l’on souhaite logique, du domaine des religions à celui de la spiritualité dégagée des religions.

Mais sur une matière quelque peu hardie et pour aider le lecteur à ne pas perdre le fil, sans doute faut-il d’abord résumer ce que nous savons de Melkisédeq !

 

Au moment où nous en sommes de notre travail nous savons que Melkisédeq est Roi de justice et de Paix, mais aussi qu’il est Prêtre et que son sacerdoce trouve sa source en Dieu le Très Haut ce qui fait de lui le Prêtre par excellence, au dessus et à part de tous les sacerdoces issus de transmissions humaines. On a également bien noté qu’il était généralement admis qu’il était « sans généalogie » (les hypothèses de rattachement proposées reflétant très clairement des visées « sectaires »), ce qui en fait pour les chrétiens une préfiguration de Jésus, l’hypothèse selon laquelle il serait lui-même de nature divine ou une pré-incarnation du Christ n’étant soutenue que par une minorité de gnostiques ; au contraire son offrande du pain et du vin conforte son personnage « d’annonceur » du Christ, qu’on pourrait avec profit rapprocher de Jean le Baptiste ; on peut également souligner que le Christ en reprenant la traditionnelle offrande du pain et du vin rappelait sa propre qualité de Roi, d’un royaume qui relevait d’un autre monde. (Et en nous invitant à partager avec lui ce pain et ce vin pour les siècles des siècles il nous conférait aussi une nature royale, mais ceci est un autre débat qui n’a pas sa place ici !)

Bien évidemment il est passablement artificiel de faire la distinction entre « religieux » et « ésotérisme » ; l’un sans l’autre n’a pas de signification véritable mais une fois encore dans une matière difficile à travailler il a paru préférable de créer des clivages artificiels plutôt que d’être abscons ! De même nous trouverons nombre de concepts déjà rencontrés mais qui ici feront l’objet d’approches nouvelles, seront abordés par les penseurs dans un état d’esprit et sur le fondement de références particulières et seront finalement « exploités » avec une vision très différentes de celles relevées jusqu’alors.

 

A - Deux visions particulières de Melkisédeq.

 

1°) Naundorff et le prophète Melkisédeq

Naundorff[1] créera une nouvelle église dont la mission première sera de transmettre la « vraie Révélation » dont il était le détenteur en sa qualité d’héritier légitime du royaume de France. Les personnages dominants seront Moïse et Jésus mais Melkisédeq est également bien présent. Dans un ouvrage publié en 1841, « Salomon le sage » Naundorff présente Melkisédeq comme le prophète qui a reçu la mission spécifique d’organiser en quelque sorte « l’apprentissage » d’Abram : c’est ainsi que sur ordre de Melkisédeq Abram séjourne en Egypte pour y recevoir l’enseignement des mages ; à son retour il paiera la dîme due pour cet enseignement et en contrepartie et parce qu’apparemment il a été bon élève il recevra le pain et le vin ! Mais plus encore Melkisédeq est pour Naundorff le prophète qui atteste que lui, le prétendant est bien le détenteur de la « vraie révélation » et qu’à ce titre il a l’autorité nécessaire pour corriger les erreurs de l’Ancien Testament (en 1840 il a d’ailleurs publié un livre intitulé « Révélations sur les erreurs de l’Ancien Testament » )

 

Gageons qu’un royaume de France dirigé par Naundorff aurait sans doute réservé bien des surprises ! Pour autant l’apport du prétendant au portrait de notre personnage n’est pas négligeable : il souligne en effet très particulièrement le caractère prophétique de Melkisédeq plutôt peu mis en valeur jusqu’à présent.

 

Or Naundorff a une vision intéressante du pouvoir prophétique (et bien sûr non dénuée d’arrière-pensées puisque le prétendant se posait lui-même en prophète) :

Le prophète serait celui qui a la compréhension de vérités écrites de temps immémorial et même de toute éternité, et qui reçoit pouvoir et mission d’en dévoiler tout ou partie à ceux qu’il a plu au Très-Haut de désigner !

Apparaît ainsi la notion de vérité première et éternelle, écrite depuis toujours et attestée par un prophète dont le rôle n’est en rien de « prédire » un quelconque avenir mais bien de rappeler à qui veut bien ou doit bien entendre la Vérité.

Pour nous gardons dès maintenant à l’esprit cette notion de Vérité première et éternelle.

 

2°) Saint-Yves d’Alveydre et le roi Melkisédeq

 

C’est une autre face de Melkisédeq qui retient particulièrement l’attention de Saint-Yves d’Alveydre[2] aujourd’hui d’abord connu (ou plus exactement mal connu) pour avoir forgé le mot et imaginé le concept de « synarchie » dont d’ailleurs la signification réelle est maintenant singulièrement détournée de son contenu initial. Dans son ouvrage « Mission des Juifs », publié en 1884, Saint-Yves d’Alveydre mentionne à plusieurs reprises Melkisédeq, pontife et initié mais en premier lieu roi de justice « par mérite personnel et non par hérédité » (sans généalogie) dont la mission fondamentale est de permettre à Abram, par la bénédiction et l’offrande du pain et du vin, de renouer avec le centre caché où réside la « Loi pure ».

C’est par l’action du Roi parfait qui le bénit et lui offre les symboles de la royauté que sont initialement le pain et le vin qu’Abram devient apte à assumer à son tour un rôle royal et la paternité d’une multitude de peuples et selon Saint-Yves d’Alveydre il faudra que le moment venu le Christ recrée cette même situation pour que se perpétue la Tradition initiale, au delà du ou des seuls peuples élus de l’Ancienne Loi. De cette manière et vingt deux siècles après Abram Jésus retrouvera les gestes de bénédiction et de partage du pain et du vin et rattachera ainsi la Loi Nouvelle à l’Ancienne Loi ; très au-delà d’un simple renouvellement de la mission de Melkisédeq c’est aussi proclamer que ces deux Lois sont des moments inscrits dans le déroulement des temps d’une Loi Pure : voici après Naundorff qu’apparaît à nouveau le concept de Loi éternelle et unique, de Tradition primordiale !

 

Bien sûr Saint-Yves d’Alveydre est extraordinairement plus complexe que les lignes très réductrices qui précèdent ! Mais sa thèse constitue une illustration de la transition qui se fait dans la pensée moderne du religieux à l’ésotérique ; même si une fois encore il nous faut insister sur le caractère artificiel de l’apparente opposition entre ces deux termes et redire qu’ici dualité est synonyme de clarté.

L’importance de la démonstration réside dans la transformation de la cause qui fait que la Loi Nouvelle est supérieure à la Loi Ancienne, ce qui implique que l’ancienne Alliance doit s’effacer devant la Bonne Nouvelle désormais proclamée ; certes Melkisédeq n’était qu’un envoyé de Très-Haut alors que Jésus est le fils de Dieu et Dieu Lui-même mais surtout en annonçant la Bonne Nouvelle à l’univers et à tous les peuples il délivre un message unique et éternel : la mission des juifs est terminée non d’ailleurs au profit de nouveaux élus mais pour tous puisque chacun se voit ré-attaché à la Loi Pure !

Prophète, Roi, Prêtre : tel est Melkisédeq, figure en trois personnages (idée qui n’est pas étrangère au degré de Compagnon de l’Arche Royale, complément du grade de maître). Mais n’anticipons pas, le chemin est encore long. D’autant qu’avec le concept de tradition primordiale nous aurons nécessairement à rencontrer René Guénon, non sans avoir cependant au préalable examiné les apports, s’il y a lieu, des cabalistes.

 

B - LES APPORTS DE LA KABBALE

 

Dans son sens premier le terme « kabbalah » signifie tradition et dans son acception générale « loi orale » ; une loi orale reçue par Moïse en même temps que la loi écrite. Parce que orale la kabbale garde une part non négligeable d’incertitude, offre de vastes possibilités d’interprétation et exige de rechercher des références aussi anciennes que possibles puisque dans le domaine de la tradition l’ancienneté vaut supériorité.

Si l’on veut bien considérer que Melkisédeq assume ses rôles de roi, Prêtre et prophète à un moment charnière de l’histoire de l’humanité -entre Abram père des multitudes auquel il révèle la tradition primordiale et Moïse, père du peuple élu qui recevra les lois écrite et orale- se souvenir aussi que le personnage est énigmatique et mystérieux, on conviendra que la kabbale[3] ne pouvait pas s’en désintéresser !

 

Dans un développement précédent nous avons mentionné le Talmud (en l’occurrence de Babylone) qui citait Melkisédeq ; on pourrait donc trouver surprenant de ne pas voir notre personnage abondamment exploité dans les grands ouvrages de la kabbale[4] mais les apparences sont trompeuses car les kabbalistes développent en réalité longuement les attributs de notre personnage.

Le lien avec la kabbale repose en fait sur le nom même de Melkisédeq.

Reprenons le tout début de notre travail où nous présentions le sens de ce nom, Melkisédeq est roi : Melki, Melek, Malek, Malik[5] mais aussi Malkuth sont autant de manière de dire « roi ». De même que justice se dira Sadeq (avec les diverses orthographes possibles) ou Sadok (là aussi avec de multiples orthographes) ou encore Tsédek.

Ainsi le roi de justice peut être appelé Malkuth-Tsedek et c’est cette version que privilégient de nombreux érudits juifs. Or elle présente pour nous un intérêt très particulier puisqu’elle nous renvoie directement au cœur de la recherche kabbalistique : les sephirot.

L’arbre séfirotique compte dix sephirot[6] qui sont autant d’aspect de la Vérité cosmique et servent d’outils pour approcher la compréhension de l’Etre divin ; approcher seulement car on ne peut parvenir à une compréhension totale, qui serait d’ailleurs une « appréhension » Nos possibilités ne dépassent pas la conception au demeurant imparfaite de Dieu, du Grand Architecte de l’univers ou tout autre nom donné à la divinité et qui ne sont que les reflets lointains de ce que la kabbale nomme « Aîn Soph » (qui se traduit par « l’Illimité de l’Illimité ») ou encore « Aîn Soph Aur » (qui signifie lumière de la Lumière sans limites).

Deux points vont nous intéresser particulièrement : la dixième séphira qui porte le nom de Malkuth mais aussi la dix-huitième cinéra[7] qui s’appelle Tsédek ! 

Malkuth en sa qualité de dixième sephira se traduit au premier chef par « royaume » et en deuxième sens par « porte » ou « seuil ».

Tsédeq dans son rôle de liaison relie la septième sephira Nizah, dont le sens est gloire, éternité, victoire à la neuvième Yesod qui signifie fondement.

Le rapprochement de ces termes et de leurs différents sens permet d’établir que ce nom Malkuth-Tséseq peut être traduit par l’idée d’un roi qui ouvre la voie vers la gloire et la justice.

Ainsi notre Melkisédeq apparaît-il comme celui qui annonce des devenirs possibles, qui ouvre la voie au juste, et permet à celui qui prend le chemin de justice de passer d’un monde à un autre ; il figure à lui seul les rois mages dont l’un offrait l’or qui symbolise la puissance et le pouvoir du roi, le deuxième l’encens dont les Prêtres se servent dans le sanctuaire et le troisième la myrrhe dont les vapeurs favorisaient les visions des prophètes.

Et comme Melkisédeq est roi de Salem (la paix) nous comprenons que le seuil que franchit Abram, retour vainqueur de luttes contre les rois, est celui qui mène à un monde de paix, à un monde dont les pesanteurs profanes sont exclues. Bien sûr chacun de nous se trouve être Abram et les rois à vaincre sont nos passions et le seuil à franchir celui de l’initiation pour peu évidemment qu’elle soit réelle et ne demeure pas virtuelle.

 

Les kabbalistes approfondissent encore leur réflexion : si Melkisédeq est un  seuil, une porte il appartient donc, par un coté, au monde profane. Mais il est aussi Prêtre et à ce titre relève du monde sacré, c’est à dire qu’il a reçu le pouvoir de représenter et de transmettre la spiritualité dans le monde profane et d’indiquer le juste (Sedeq) chemin pour accéder au monde spirituel. Dans ce rôle de seuil, de voie juste il est réellement un pont entre deux mondes ; ce qui lui confère le droit assurément légitime d’être désigné comme pontife, roi, Prêtre, prophète : il est bien le trois fois puissant, le Trismégiste et peut sans contestation possible porter la tiare aux trois couronnes (qui fut longtemps portée par le pape, le Souverain Pontife)

 

L’arbre séfirotique décrit d’ailleurs clairement cette image du lien entre le bas et le haut, la terre et le ciel ; en effet la présence divine, la Shekinah, s’établit dans l’axe médian qui relie les deux pôles de l’arbre : en bas Malkuth, le royaume, en haut Kether, la couronne mais parcourir cet axe ne se fait pas n’importe comment : à gauche de l’axe figure la sephira Pechad, la rigueur qui, il est vrai, est tempérée à droite par Chesed la miséricorde. Ainsi est-on invité à passer ce pont qui mène de la terre au ciel en même temps qu’on est averti qu’il faudra rendre des comptes à une justice qui, il est vrai, fera preuve de miséricorde.

Tout ceci est si proche du portrait de Melkisédeq que l’on comprend qu’il n’était pas réellement utile de citer son nom !

Mais la kabbale offre une autre piste de réflexion puisqu’elle associe le nombre 5 à la sephira geburah qui signifie justice, gravité : de cette manière notre Roi de justice se trouve lié à la franc-maçonnerie, tout d’abord au Compagnon maçon dont le chiffre est bien le 5 et qui de plus découvre une étoile à cinq branches dont le centre est orné d’un G (comme geburah ou gravité) mais aussi à l'idée de quintessence si parfaitement explorée par Rabelais (et qu'on retrouve au delà de la maîtrise dans le système maçonnique)

 

En marge de la kabbale mais bien dans son esprit, diverses annotations corroborent cette association entre Melkisédeq et ses attributions avec la recherche des messages ésotériques ; donnons ici quelques exemples pour inciter le lecteur intéressé à poursuivre la quête.

Comme roi et juge Melkisédeq tient le glaive et la balance, ce qui n’est pas sans rappeler l’archange Michel qui est le « gardien de la porte » de la vie éternelle et en charge de la pesée des âmes, comme Melkisédeq est réputé devoir juger les saints à la fin des temps (Cf. notre première partie). Mais il nous importe plus de savoir que le glaive, certes symbole de justice, est aussi dans le zodiaque[8] le signe médian et figure le pont qui relie les petits mystères (qui ont trait à la matière et à ses évolutions) aux grands mystères (qui traitent des mondes de l’esprit). Et revoilà le pontife, le lien entre les mondes, ce pont dont les initiés doivent comprendre comment il faut le franchir.

 

Autre symbole de justice tenu par notre roi, la balance. Symboliquement la balance est vouée au gouvernement des reins puisque ceux-ci ont pour mission de faire le tri entre ce qui est bon pour l’organisme et doit être absorbé et ce qui doit être rejeté ; ainsi sommes nous conviés à produire le travail nécessaire et continu indispensable pour revenir à l’essentiel. D’ailleurs en sanscrit balance se dit « tula » et Guénon (dont nous nous rapprochons maintenant rapidement) situe le centre premier et suprême justement en un lieu nommé Tula.

Et puisque nous citons le sanscrit, pourquoi ne pas mentionner l’égyptien ancien : le chiffre 5, dont nous avons rappelé les liens avec Melkisédeq, se dit «  dua » dans la langue des pharaons mais s’écrit aussi « duat » et prend alors un second sens, celui de monde des morts, sur lequel règne Osiris, le « grand juge »

Finissons avec le 5 : le pentagramme dans lequel Léonard de Vinci inscrivit l’homme symbolise la création et la reproduction pour une raison arithmétique propre à ce chiffre ; en effet lorsqu’on le multiplie par lui-même le 5 réapparaît toujours à la droite du produit obtenu.

Mais ne nous égarons pas dans l’anecdotique ; nous n’avons plus d’excuses pour retarder l’examen des apports de Guénon.

 

C - UNE SYNTHESE PAR GUENON

 

On peut être surpris que René Guénon[9] soit abordé dans l’une des parties de notre travail qui n’est pas directement consacrée à la Franc-maçonnerie alors même qu’il a affirmé que cette institution était, encore à son époque, la dernière voie authentiquement initiatique du monde occidental.

L’explication est que pour nous René Guénon est un spiritualiste et même un Maître ès spiritualité pour lequel la franc-maçonnerie n’a été qu’une étape, peut-être même qu’un point de passage sur le chemin d’une recherche qui a embrassée en réalité toutes les voies et toutes les directions. D’ailleurs la franc-maçonnerie dont parlait René Guénon présentait des traits que vraisemblablement peu de maçons reconnaîtraient aujourd’hui et lui-même a été suffisamment insatisfait pour s’orienter vers d’autres écoles initiatiques sans pour autant cesser d’intervenir dans des articles ou sa correspondance sur et à propos de la symbolique mise en œuvre en maçonnerie. En fait René Guénon n’a jamais appartenu profondément qu’à sa propre école ! Et il y a, à notre sens, un peu d’abus dans la manière dont la Franc-maçonnerie s’approprie l’homme et son œuvre.

Mais pour notre plus grand bonheur il se trouve que Guénon s’est intéressé à Melkisédeq et qu’il lui consacre un chapitre important de son ouvrage « le roi du monde »[10]

 

Pour l’auteur Melkisédeq est la figuration d’une fonction, celle de roi du monde dont les attributs sont symboliquement soulignés par le nom même : Melki (roi) Sédeq (justice) à Salem (la paix). Dans ce contexte l’offre du pain et du vin prend à coup sûr le caractère d’une investiture spirituelle, d’une initiation. Le rôle fondamental de la fonction de roi du monde est de rattacher les traditions à la Tradition primordiale ; c’est un exemple qui nous est ici donné : Abram est le tenant d’une tradition spécifique à un peuple, à une culture, le Judaïsme, encore en gestation mais désormais « validée ».

Secondairement Guénon va en quelque sorte insister sur la nécessaire « régularité » de la transmission de cette validation : El Elyon, le Dieu Très-Haut est d’un « rang » plus élevé que El Shaddaî le Dieu d’Abram et il est important que le patriarche le reconnaisse ; ce qui est le cas puisqu’il paye la dîme à Melkisédeq ; voici le Judaïsme sur la bonne voie ! Mais quel titre pourra bien présenter le christianisme pour être à son tour reçu comme une ramification particulière de la Tradition primordiale ? La régularité exige en effet une transmission comportant un parallélisme des formes (et du fond qu’elles sous-tendent).

Selon Guénon tous les éléments utiles sont bien présents. Et même finalement avec quelques plus-values à notre sens ! En effet il faut assimiler El Elyon à Emmanuel (Dieu est avec nous). Dès lors que Dieu lui-même préside à la transmission elle est incontestable et le sacerdoce qui va naître de cette intervention divine sera tout à fait conforme à la validation accordée vingt deux siècles plus tôt à Abram par l’envoyé d’El Elyon ; ce sacerdoce sera véritablement « selon l’ordre de Melkisédeq ». Le christianisme se trouve ainsi à son tour rattaché à la tradition primordiale.

Et pour le cas où il resterait quelques sceptiques Guénon rappelle qu’au règlement de la dîme par Abram font écho les offrandes des Rois Mages à Jésus, si ce n’est qu’ici il ne s’agit pas d’un chef d’un peuple en quête d’un royaume mais de trois puissants personnages dont nous avons vu qu’ils symbolisaient les trois pouvoirs ; notons incidemment qu’ils n’ont que faire des instructions du roi Hérode qui les avait priés de lui rendre compte sur le chemin du retour.

Au terme de sa démonstration, ici très simplifiée, René Guénon peut donc affirmer qu’au sens de la Tradition primordiale, on peut proclamer sans hésitation « la parfaite orthodoxie du christianisme »[11].

 

Poursuivant ses développements Guénon souligne un certain nombre de thèmes qui nous sont déjà bien connus mais en tire des conséquences qui lui sont propres ; ainsi et nous le savons Melkisédeq est un lien, un pont entre deux mondes mais chez Guénon ces deux mondes sont celui du manifesté et du non manifesté. Et Melkisédeq est la présentation dans le monde manifesté du Principe, il est la manifestation de la Tradition primordiale dans ses rapports avec le monde manifesté et les traditions qui s’y sont construites ou y ont été établies. C’est bien sur à juste titre qu’il est porteur de l’épée et de la balance parce que la préoccupation première des mondes manifestés doit être la recherche de l’Harmonie dont les composantes sont la justice et la paix.

La démonstration de René Guénon s’inscrit dans une pensée construite à partir d’un postulat clair : la Connaissance englobe la totalité des Univers visibles et invisibles.

Avant la Chute l’homme avait la possibilité d’accéder à cette Connaissance et pouvait appréhender l’Etre et le Non-être dans leur globalité. Depuis la Chute l’homme a conservé l’intuition de la Connaissance mais ne peut plus y accéder puisque sa démarche vers Elle ne peut aboutir dans le monde manifesté dont la matérialité constitue une contrainte quasi-insurmontable.

Evidemment Dieu se réserve la pleine liberté d’accorder à tel(le) ou tel(le), ici et maintenant, le bénéfice de la vision béatifique mais les statistiques incitent à ne pas trop espérer une telle opportunité. Pourtant certains privilégiés (quoique Job trouverait le terme mal choisi) en quelque sorte chargés de mission par Dieu, se doivent de posséder les connaissances et les pouvoirs nécessaires au bon accomplissement de leur tâche : d’où l’envoi de Melkisédeq à Abram qui lui transmet ce qu’il doit savoir de la Tradition primordiale pour réussir à son tour la fondation d’une tradition particulière qu’il plaît à Dieu de concéder au peuple hébreux.

 

Mais qu’est donc celui qui transmet une tradition sinon un initiateur ! Et ici notre personnage apparaît comme l’initiateur par excellence (comme il figurait le Prêtre par excellence) car la tradition à laquelle il initie est bien supra-normale dans la mesure où l’initiateur est sans généalogie ; il est un messager du monde spirituel qui initie à la Tradition primordiale. Certes nous rencontrons dans le Livre sacré d’autres traditions authentiquement transmises mais incomplètes ou affaiblies par la faute des initiateurs : ainsi la tradition noachite, que Noé tenait de Seth qui lui l’avait reçue de son père Adam auquel Dieu lui-même l’avait transmise ! Hélas Adam avait failli et de ce fait n’avait pas été à même de transmettre une Tradition pure et non entachée par sa faute ! Car non seulement une tradition doit être transmise par un intervenant qualifié mais il faut encore que rien ne soit venu la pervertir ou à tout le moins l’affaiblir.

Cependant selon la thèse de René Guénon il demeure toujours ici ou là quelques élus qui ont su conserver ou retrouver par des efforts adéquats une tradition valide même si ce ne peut évidemment être  la Tradition primordiale. L’exemple le plus clair  est justement celui de Noé qui avec ses proches se trouve devoir en quelque sorte fonder à nouveau l’humanité disparue avec le Déluge. Deux des fils de ce patriarche avaient eu à se moquer de leur père qui sous l’effet de la boisson offrait le spectacle de sa nudité ; un seul des fils se fit le protecteur de la dignité paternelle en recouvrant pudiquement la nudité exposée : les mauvais fils, Cham et Japhet, conservèrent bien la langue de leur père mais n’en comprirent plus tout le sens et la signification ; ils devinrent incapables de porter la tradition faute de saisir les mots qui la transmettaient (la même mésaventure arrivât lors de la construction de la tour de Babel : décidément l’homme est mauvais élève !) ; en revanche Sem, (parfois justement assimilé à Melkisédeq comme noté dans notre première partie), parce qu’il avait sauvegardé la dignité de Noé deviendra le détenteur et le gardien de la Connaissance et conservera la « Parole » qui constituera le « dépôt caché »  invisible aux profanes et objet des recherches des initiées.[12]

 

[1]           Naundorff Karl (1747-1845), prussien d’origine et horloger, arrive en France en 1833 et prétend se faire reconnaître comme étant Louis XVII ; il est expulsé en 1836 et s’installe à Londres, publie des ouvrages à l’appui de ses prétentions et en 1838 crée une Eglise Catholique Evangélique. Pour connaître mieux ce personnage qui eut un certain succès chez les légitimistes on peut lire « Naundorff l’imposteur, de Edmond Duplan, Paris, Olivier Orban, 1990.

[2]           Joseph-Alexandre Saint-Yves d’Alveydre (1842-1909), marquis à partir de 1880 du fait de la principauté de San Marin. Très lié aux occultistes mais resté profondément chrétien, Saint-Yves d’Alveydre cherchait à travers ses nombreux ouvrages à unir Science et Religion en même temps qu’à favoriser l’apparition d’une société plus juste. Il imaginait que l’occultisme pouvait être l’outil pour atteindre les buts fixés.

[3]                On trouve parfois écrit « cabale » qui vient de caballus, cheval or au plan symbolique le cheval est un animal solaire qui représente l’émancipation spirituelle ; le cavalier est donc un homme libéré de toutes les croyances dogmatiques et apte à s’unir à l’Essentiel ; ce qui est aussi la situation du kabbaliste qui lui s’applique à décoder le message authentique de Dieu. Cabaliste et kabbaliste retrouvent ce message en revenant à l’Un, figuré par la tradition primordiale.

[4]                Les œuvres les plus marquantes des kabbalistes sont le Sepher Yésirah ou livre de la création puis surtout le Zohar ou livre de la splendeur, écrit à la fin du premier siècle de notre ère par le rabbin Siméon Bar Yochaî et considérablement commenté et développé par les rabbins espagnols du XIV° siècle et tout particulièrement Moïse de Léon.

[5]           Malik était l’un des titres porté par le négus, empereur d’Ethiopie, jusqu’à la révolution de 1974 qui vit l’établissement de la république.

[6]           Une sephira, des sephiroth.

[7]           Cinéra : ce sont dans l’arbre séphirotique les liaisons entre chacune des sephiroth ; bien sur chacune de ces liaisons est elle-même une source de multiples interprétations, commentaires et gloses !

[8]           En franc-maçonnerie le zodiaque est rarement mis en avant si ce n’est toutefois dans le rituel de l’Arche Royale d’Ecosse.

[9]           René Guénon (1886-1951) : on se permet d’espérer qu’il est inutile de présenter cet immense personnage qui fut la figure essentielle et dominante de l’école traditionnelle ; rappelons que la tradition dont il s’agit est la Tradition primordiale, supra humaine et source unique des traditions auxquelles elle confère l’authenticité sous réserve de conditions impératives à respecter dont une transmission dans les règles pour citer l’une des plus fondamentales. On peut ne pas partager toutes les analyses de René Guénon mais on ne peut s’affranchir de sa fréquentation.

[10]         Le roi du monde, René Guénon, collec. Tradition, Nrf, Gallimard 1958 (et très régulièrement réédité).

[11]         Guénon en 1927 dans la revue Christ-Roi éditée par les moines de Paray-le- Monial précisera un peu son propos : le Christ ne peut évidemment pas être assimilé à Melkisédeq puisqu’il est lui-même Dieu/fils de Dieu et donc à ce titre Principe et Fondement de toute réalité transcendante. De ce fait la démarche des rois mages est «  la reconnaissance décisive du sacerdoce et de la royauté suprême qui lui appartienne (au christ) véritablement selon l’ordre de Melkisédeq… »

[12]         Sur l’affaire de la nudité voir Genèse 9, 20-28 ; l’épisode de la tour de Babel est en genèse 11, 1-9. (Bible de Louis Segond, Société Biblique de Genève).

 

Bertrand Segonzac.

 

(avec l’accord de l’auteur, article publié précédemment dans les Cahiers de la GLAMF)

 

La dernière partie du Texte dans un autre article à suivre ce jour,sous le Titre MELKISEDEQ Part -IV-

 

Nous voilà au terme de notre enquête, mais au début d'une voie de connaissance. Ce texte selon votre désir, pourra faire référence. Pour lire et le relire en intégralité je vous propose un envoi par mail sans frrais permettant une impression sur support papier . Il suffit de me communiquer votre demande par mail à l'adresse suivante : guerryjf@gmail.com 

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Publié le par jean françois
HUMEUR DE CINCINNATUS !!!

A PROPOS DE.....

Les Statuts de Ratisbonne et ceux de la Saint Michel ont inspirés notre contributeur Cincinnatus. Si j'adhère sur le principe de son "papier", comment ne pas adhérer à une remontée aux sources, de la Tradition. René Guénon ne fit pas autre chose pour donner du sens à l'initiation Maçonnique avec sa Tradition Primordiale. Un point de divergence cependant s'il existe des obédiences ou l'organisation et l'administration sont pyramidales ou administration se confond  avec initiation ou hiérarchie d'honneurs (cordonnite) se confond avec hiérarchie spirituelle. Il en est d'autres ou aucun changement aucune modification des rituels ne peut se faire sans la consultation et l'accord des Frères, ainsi le socle de la tradition reste solide et fidèle aux principes fondateurs, ceux-ci démontrant leur intangible valeur et intemporalité.

Je laisse la parole à Cincinnatus.

JFG

 

HUMEUR : STATUTS DE RATISBONNE ET DE ST MICHEL.

 

Cet extrait des « statuts de St Michel » qui fait suite à celui des « statuts de Ratisbonne » rappelés opportunément par JFG voici quelques temps, me confirme dans l’idée que notre Maçonnerie n’a plus grand-chose à voir avec celle des anciens temps, disons celle qui avait cours durant ce que d’aucuns qualifieront peut être « d’âge des ténèbres » !

 

En effet qu’en est- il aujourd’hui de toutes ces «prescriptions morales » auxquelles nos anciens se devaient d’adhérer « sans faux fuyants, équivoque ou restrictions mentales d’aucune sorte » ?

 

Certes le texte de ces « exhortations », aussi bien dans le fond que dans la forme, peut paraitre démodé, périmé, sinon archaïque et les « progressistes » ou ceux qui se croient tels, ne manqueront pas de le considérer comme étant inadapté à notre époque, voilà le mot est lâché !

 

Il n’empêche cependant que c’est sur ces « anciens devoirs » que nous avons édifié notre « maison », et que, à moins que nous  soyons des parjures ou des hypocrites, tant que ces recommandations n’auront pas été abrogées, corrigées, mises au « goût du jour » , il faudra que nous les considérions « comme le guide infaillible de toutes nos actions »…ce que nous nous sommes engagés à faire, ou alors je n’ai rien compris (ce qui est possible !)

 

Quitte à passer pour un maçon du type Neandertal , ou pour un frère très bas de plafond, je reste quant à moi attaché à cette « vieille Maçonnerie » et déplore que de nos jours il soit devenu très « tendance » d’interpréter, de déformer, sinon de ridiculiser des usages auxquels nous n’aurions jamais dû déroger, du moins de cette façon, c’est-à-dire tout en affirmant notre attachement à la « tradition », mais si tel est le cas, alors que l’on me précise de quelle tradition il s’agit!

 

M’est avis qu’il sera dit que ces obligation ne concernaient guère que feu la « Maçonnerie opérative », celle dont les frères n’étaient que des « ouvriers » aux mains calleuses et à l’esprit forcément frustre sinon obtus, et non pas une certaine maçonnerie, « spéculative » peut-être,  mais qui donne parfois l’impression d’avoir oublié la « symbolique du niveau », et dont l’ambition affichée semble être de ne regrouper que des porteurs de tabliers aux doigts manucurés et au cerveau digne de figurer dans un bocal à côté de celui d’Einstein, si possible !

 

Bref ce qui est choquant pour le maçon « basique » (et d’Emulation) que je suis, ce que vous aviez bien évidemment compris , ce n’est pas tant que l’on veuille faire évoluer les choses , pourquoi pas, mais qu’on le fasse en catimini, sans avoir le courage de le dire, sans poser honnêtement la question à l’ensemble des frères, car c’est à eux de décider, cela en dépit du fait que nous serions un ordre à structure pyramidale et à la tête duquel nous avons porté parfois de foutus dictateurs !

 

Qu’attend-on pour revoir, nous aussi, notre « constitution », c’est actuellement à la mode, qu’attendent ceux qui en ont le pouvoir  pour soumettre les réformes qu’exigeraient ( ?)  L’évolution des mœurs, les nécessités de l’époque, etc… ? Certes il y aura des mécontents, les tenants de la tradition , les « réacts » si vous préférez,  feront la grimace si on bouscule un peu trop ce sur quoi ils s’étaient engagés, quant aux « modernistes » ils riront jaunes si l’évolution de la Maçonnerie ne suit pas l’air du temps !

 

Mais au moins les choses seront claires et la tolérance, une vertu que nous honorons parait il,  pourra s’exprimer, nous saurons tous à quoi nous en tenir et il nous appartiendra de faire un choix, éventuellement manger notre chapeau et rester…ou aller planter nos choux ailleurs !

 

Alors à quand les « statuts du XXI ème siècle » qui règleront une fois pour toutes (on peut l’espérer !) les questions qui agitent et opposent les frères au sein d’une association dont la vocation était …de les réunir ?

CINCINNATUS.

Oh là ! doucement !

Oh là ! doucement !

Parution de Joaben Revue du Rite Français.
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Parution de Joaben Revue du Rite Français.
Parution de Joaben Revue du Rite Français.
Parution de Joaben Revue du Rite Français.

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LE RITE CENTRE D'UNION FRATERNEL

Trop souvent l'on parle de la concurrence entre les obédiences, cela alimente la sphére médiatique maçonnique et profane, les marronniers s'enrichissent de ces divisions apparentes. Il est bon juste de signaler, que les Frères savent aussi ce qu'est un centre d'union Fraternel. Le Rite est ce centre d'Union, le Rite est le temoin fidèle de la Tradition, il y a conjonction avec l'article ci-dessus. les Frères de la GLNF et du GO en témoignent cela mérite d'être signalé.

JFG

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Publié le par jean françois
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Vous avez aimé dans l’ordre…..

 

Le 21/01 : Francs-Maçons de la Mer : Lapérouse de Macao aux Philippines.

 

http://www.lafrancmaconnerieaucoeur.com/2016/01/francs-macons-de-la-mer-xiii-laperouse-de-macao-aux-philippines.html

 

 

Le 22/01 : Infos Maçonniques rapprochement GLNF-GO.

http://www.lafrancmaconnerieaucoeur.com/2016/01/infos-maconniques-glnf-go.html

 

Le 18/01 : Tarot Initiatique : La Justice Lamed.

http://www.lafrancmaconnerieaucoeur.com/2016/01/tarot-initiatique-la-justice-arcane-xii-lamed.html

 

Le 17/01 : La Planche de Théodore Neville.

http://www.lafrancmaconnerieaucoeur.com/2016/01/question-la-planche-de-theodore-neville.html

 

Le 19/01 : Melkisedeq C’est qui celui- là Part III.

http://www.lafrancmaconnerieaucoeur.com/2016/01/melkisedeq-c-est-qui-celui-la-part-iii.html

 

Le 20/01 : Franc-Maçonnerie Magazine.

http://www.lafrancmaconnerieaucoeur.com/2016/01/franc-maconnerie-magazine-n-45.html

 

 

Le 23/01 : Auray de retour des Travaux.

http://www.lafrancmaconnerieaucoeur.com/2016/01/auray-de-retour-des-travaux.html

 

Bon dimanche et bonne lecture ou relecture……

JFG

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