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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par jean françois
Costa Rica

Costa Rica

Faire le vide, observer le silence, écouter son cœur, se reposer les questions essentielles, déchirer le voile des apparences, voir enfin cet autre soi-même, le vrai. Accueillir le souffle pour retrouver la parole.

Philippe nous offre la première clé, pour passer la première porte étroite, pour commencer les jours nouveaux…

 

JF.

 

            « Je ne sais ni…, ni… »…et pourtant, je vais tenter de balbutier devant vous les fruits cogités dans la pénombre de mon cabinet de réflexion. Je vais me remémorer ces instants de silence et de méditation où tout a commencé là ou rien ne doit finir…

         Je ne suis ni analphabète ni illettré. Je suis même censé être instruit. Pour exister hors de cette enceinte sacrée, je dois en effet être en mesure de communiquer avec mes pairs, à savoir, parler, lire, écrire et compter. J’ai acquis un statut social, un statut professionnel, une place, sinon enviable, du moins reconnue dans le monde profane, et je dois être à la hauteur du rang que j’occupe pour me permettre de me maintenir à ma place, voire de me hisser plus haut, pour me donner l’illusion d’exister et interagir sur ce monde qui me fait vivre…

 

…Et pourtant, tout commence véritablement ici ! L’apprentissage de la parole, l’utilisation parcimonieuse et judicieuse des mots afin de rendre au dialogue, à l’échange d’idées, la place prépondérante qu’il mérite, afin de devenir l’acteur authentique d’un monde fragile et profane, pour entendre la différence de l’autre, et, sans se renier, combler, jour après jour, année après année, le gouffre de l’indifférence.

 

Au tout début, le silence est assourdissant. Le jeune apprenti doit résolument rester attentif et à l’écoute de ses aînés. Il ne doit pas prendre les mots lus ou recopiés pour des idées, au risque d’être atteint de mille maux dont il devra se défaire au prix de nombreux efforts. Il doit apprendre à écouter…Apprendre le silence…Apprendre à penser. Viendra le temps où sa pensée se structurera pour permettre aux idées de naître, pour que cet apprenti émancipé, progresse sur le chemin de la connaissance et de la sagesse. La règle du silences’impose donc à lui, et il va l’adopter puis très rapidement opérer une immersion en lui-même pour faire l’inventaire de ses contradictions, de ses doutes, de ses questionnements incessants ; il privilégie son apparent isolement car c’est l’occasion d’un dialogue avec lui-même.

 

Son silence est plutôt bruyant, sinon assourdissant, car il lui faut apprendre à ne point être complaisant avec lui-même ; l’excuse ou le pardon trop vite accordé, tue l’ambition, la noble ambition, celle qui consiste à se connaître soi-même pour faire quelque chose d’enviable de sa vie parmi les autres. 

 

Puis vint la parole … Cette parole qui n’est pas seulement une voix, car la voix seule, sans idée à énoncer est un leurre ou un piège. La parole ce ne sont pas non plus des mots, de simples outils de séduction qui caricaturent et travestissent la vérité enfouie en soi, et ce n’est pas non plus uniquement l’idée, pas toujours rationnelle, qu’il faut chercher derrière le mot. L’essence d’une vraie parole touche l’être en son tréfonds, elle aiguise sa perception du monde « d’en haut », et révèle sa part de sacré.

 

Ainsi, et pour s’acheminer vers cette vraie parole, quoi de plus efficace, de plus évident, que de commencer par éradiquer le bruit, l’échange imparfait de la parole profane ? La Franc-maçonnerie commence donc par ôter cette parole à l’apprenti qu’elle initie. Elle lui apprend l’écoute, vecteur essentiel, pour lui permettre de libérer la vraie parole. Si la parole initiatique est issue du plus profond de l’être, elle doit alors s’adresser là où l’autre peut l’entendre, et pour ce faire il convient de développer des qualités d’écoute, de perception, et de tolérance.

 

Or donc…je ne sais ni lire ni écrire…Apprenez-moi ! Je sais tout juste épeler, et encore avec votre aide, car si vous me donnez la première lettre, je vous donnerai la suivante…Je serais rassuré par le fait que, prononçant la seconde puis la quatrième lettre révélant le mot sacré, vous cautionnerez mon balbutiement, car le nouvel initié  repart au B.A. BA, au début de son apprentissage, par l’épellation dans l’échange ; il repart quasiment à la base, il « n’établit » rien encore. Ses certitudes d’avant l’entrée dans le Temple, avant sa naissance aux mystères de l’art Royal, telles un enchevêtrement de mots, de phrases lues écrites ou gravées, sont encore présentes et altèrent sa perception. Il doit tout reconstruire, tout se réapproprier, faire « table rase ».

 

Sous la règle du silence il peut néanmoins épeler, avancer prudemment, étape par étape sur le chemin de sa construction, car l’épellation c’est le tâtonnement salutaire et vertueux du Maçon poursuivant sa quête, pas après pas, jusqu’à entr’apercevoir un jour, peut-être, s’il est opiniâtre et attentif, le faîte du Temple en construction, au sortir des méandres du chemin initiatique. Le fait d’épeler en Loge c’est également la mise en œuvre orale du ternaire. L’action d’épeler constitue une expression qui semble à priori duelle (l’épellation se faisant à deux) mais qui, en formant le mot sacré, va révéler la complémentarité de ces lettres et nous ramener ainsi à l’unicité originelle.

 

L’action d’épeler est ainsi essentielle, car elle permet de poser les fondations d’une méthode et d’une vision maçonnique. 

La F.°. M.°. propose également un mode d’expression, le symbole, qui permet à ses membres d’exprimer des idées, et de susciter des comportements sinon des engagements. 

 

Le symbole était en Grèce le moyen de reconnaissance, primitivement un objet cassé en deux pour sceller un accord, ce qui permettait aux envoyés de chaque partie de se faire reconnaître de l’autre partie en reconstituant l’objet initial. L’origine du mot symbole, « mettre ensemble », est axée sur le lien perdu puis reconstitué. Il évoque également, selon Pythagore, un enseignement secret revêtant un sens profond, il est comme une porte qui relierait le monde matériel au monde spirituel.

 

 

Mais pour nous FM, Il est aussi garant de la tradition, de la mémoire qui sous-tend et inspire notre quête présente. Il instaure l’échange, il établit la communication véritable qui peut alors prospérer grâce au « symbolisme ». Fort des enseignements dont il est dépositaire, l’apprenti muni de ses outils va pouvoir avancer, cheminer tranquillement sur la route de la Connaissance. Il se libère de son carcan de certitudes. Il apprend l’empathie et progresse vers son « autre lui-même », son contradicteur, sans pour autant se départir de ses idées, mais en acceptant de les relativiser.

 

 

Cette démarche promeut la voie du consensus. Ce point intermédiaire fixé sur une corde tendue entre deux axes opposés qui exercent des forces contraires. A force de se tendre la corde peut se rompre, alors il faut accepter d’avancer, donner du sens à défaut de « mou », afin d’apaiser les tensions et faire jaillir cette part d’amour et de Vérité qui doit embellir le monde.

 

 

 

« Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les Dieux »

 

Empruntée à l'inscription gravée au fronton du temple d'Apollon à Delphes, cette devise ne reflète pas « toute » la sagesse de Socrate dont la véritable maxime était :

 

 « La seule chose que je sais, c'est que je ne sais rien ».

 

 

Mais c’est une invite à l’observation de soi-même en tant qu’Homme, c’est une invitation à s’élever au-dessus de ses sentiments particuliers et mesquins, de ses opinions, déguisées en certitudes illusoires. Apprendre à se connaître, à s’observer sans complaisance, est d’une infinie complexité et cette quête ne prend jamais fin, jusqu’à découvrir que dans le fond de notre cœur nous sommes « déjà » en communication avec un « ailleurs » indicible, à la recherche du « un ».

 

 

L’ignorance de soi-même nous rend dépendant et esclave de nos opinions, ce pendant que l’observation de notre nature profonde nous rend libres et heureux.La découverte de soi-même, s’il faut se l’approprier pour mieux faire resplendir l’image qu’elle renvoie, ne doit pas nous détourner de l’humilité et de la modestie. Ce sont là des vertus essentielles pour mener à bien notre quête. L’éternel apprenti que je suis, déclare ne savoir « ni… , ni… », et réclame auprès de ses FF, une aide indispensable, providentielle, pour découvrir sa part de Vérité.

 

 

Ainsi reconnaître que l’on ne sait rien, ni lire ou écrire, revient à se placer sur le chemin de la recherche de la Vérité, dès lors notre regard pourra se tourner vers la vraie lumière, celle qui se trouve à l’Orient, la source infinie de lumière.

 

 

          Donc je vous le redis solennellement mes BAFF, je ne sais ni…  ni …, à peine épeler, mais sachant que je sais si peu de choses (je n’ai pas encore acquis la sagesse de reconnaître que « je ne sais rien »), je le déclare : je suis heureux, oui sacrément heureux, car je sais pouvoir compter sur votre aide pour apprendre, pour échanger, et ainsi, lettre après lettre, syllabe après syllabe, mot après mot, et fort de nos échanges, je progresserai sur le chemin de la vérité rédemptrice en quête de la connaissance, pour que surgisse un jour du chaos l’homme enfin reconstitué.

 

Pour finir (mais en avons-nous jamais fini ?) permettez-moi de vous livrer ci-après quelques alexandrins, huit petits quatrains, restituant ma planche.

 

J’avais levé les yeux pour contempler les cieux

Les étoiles scintillaient sur la voute sacrée,

Je m’étais allongé sur les herbes d’un pré,

Epuisé, attendri, par la magie du lieu

 

Je ne savais plus lire, ni écrire, ni penser,

Je devenais acteur d’une histoire insensée

Où il fallait plonger au plus profond de soi

Pour allumer la flamme exaltant notre foi.

 

Tout avait commencé par une épellation

Deux lettres à chuchoter, deux autres à recevoir

Pour que la force naisse comme une révélation

De ce qui n’est plus qu’un adossé au miroir.

 

Avais-je à cet instant donné l’entière mesure

De ma quête sacrée ? Etais-je parvenu

A vaincre mes passions, la tête dans les nues

Pour mieux encrer ma foi, pour que l’amour perdure ?

 

Le fil à plomb cessa son lent balancement,

Un précaire équilibre envahissait mon cœur.

Je devins cohérent, bannissant les rancœurs

Qui souillaient ma raison, autant que mon serment.

 

Le zéphyr infini reliait le nadir 

J’appréhendais enfin la rectitude des lieux

Les méandres de ma quête m’avaient appris à dire

Tandis que la lumière éclaboussait mes yeux.

 

Je descendis encore au plus profond de moi

J’y découvris la paix et des résolutions,

Elever à mon tour, témoignage de ma foi,

Une bâtisse digne d’apaiser mes tensions.

 

J’avais sans doute acquis un savoir silencieux,

Mais je devrai faire preuve d’une patience infinie

Pour que le temple s’érige juste en dessous des cieux

Et pour qu’il resplendisse de midi à minuit.

 

 J’ai tenté de dire, et j’ai dit !

 

Philippe Jouvert.

 

Avec l’aimable autorisation de l’auteur.

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