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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par jean françois
L'ALTÉRITÉ EN QUESTION

L’ALTÉRITÉ EN QUESTION

 

 

L’altérité englobe tout ce qui est extérieur à soi, différent de soi, de son soi. Elle est l’antonyme de l’identité, sans pour autant être son ennemie. Dans un temps ou l’individualisme, le nombrilisme, l’ambition dévorante, la célébrité à tout prix se développent à l’aune du mondialisme, où pour être il faut paraître, l’altérité est en vrac dans notre société qui clive plus qu’elle ne fait société et réunit les hommes. Dans un temps ou nous oublions que :

 

« La terre n’appartient pas à l’homme, c’est l’homme qui appartient à la terre. »- Sitting Bull (1831-1890)

 

Le progrès des sciences, l’expansion des savoirs, l’éducation démontrent leurs limites pour créer de l’altérité, qui se résume souvent à de l’entre soi. Ainsi même plus savant de mille choses je ne connais pas mieux l’autre, donc je ne me connais pas moi-même. Je ne suis pas plus riche, car je ne m’enrichis pas, des différences.

 

La franc-maçonnerie reste un espace, ou l’initiation fraternelle permet la rencontre de l’autre, le développement de l’altérité, grâce à son projet de réunir ce qui est épars, d’abord en nous et autour de nous, par sa pratique collective, une sorte d’œcuménisme des esprits en mouvement.

 

Après avoir admis sa part d’ombre le franc-maçon et rencontré la lumière de son être intérieur, le franc-maçon tourne son regard vers ses sœurs et ses frères, pour leur délivrer un message d’amour fraternel.

Dans ma loge il y a des croyants, des athées, des agnostiques sans doute, mais il y a surtout des hommes mes frères.

La pratique en loge, sans laquelle il n’y a pas de franc-maçonnerie permet l’introspection, mais aussi de sortir de sa solitude, de son isolement, pour vivre pleinement sa sociabilité, le regard de l’autre est une initiation au réel, au bon, au vrai, à la mesure, à la tempérance.

 

L’altérité est pour moi un accès à la transcendance. La culture de l’écoute en loge, de l’accueil sans préjugés, du partage de valeurs communes, des vertus qui font l’homme, permet de surmonter les écueils de la vie, et donne envie de propager ses acquis à l’extérieur. Quand on monte dans le train de l’altérité, ce train où il n’y a pas de première et de seconde classe, où il y a une seule locomotive, celle de l’amour fraternel, la joie est dans les cœurs.

 

Le Parménide de Platon, la Métaphysique d’Aristote, les récits d’Homère, les Essais de Montaigne et bien sûr le recueil d’Emmanuel Levinas l’Altérité et Transcendance sont autant de romans d’amour à l’altérité, mais ils ne sont rien ou presque comparé à une chaîne d’union partagée entre sœurs et frères.

 

Alors que des femmes et des hommes sont persécutés pour leur foi religieuse, en particulier les chrétiens dont on parle peu, et qui pourtant sont la première cible des intolérances. Une récente étude Britannique recense les massacres de chrétiens dans le monde : ils sont maintenant moins de 1,5% en Palestine, en 2002 ils étaient 1,5 million en Irak, ils ne sont plus que 120 000, en Syrie ils étaient 1,7 million ils ne sont plus que 450 000, l’Asie du Sud-Est, l’Égypte, le Burkina Faso connaissent aussi les persécutions, on est loin de l’altérité. Malgré cela des femmes et des hommes s’investissent pour la faire vivre, comme Louis Massignon islamologue et chrétien initiateur du pèlerinage des Sept Dormants d’Éphèse, connus dans l’Islam sous le nom des Gens de la Caverne, pèlerinage qui se déroule maintenant depuis 60 ans au Vieux Marché en terre Bretonne, vous pourrez y voir des druides, des musulmans, des soufis, des chrétiens. Vous entendrez des sourates, des chants chrétiens, vous verrez aussi l’ave maria écrit en arabe sur une bannière. Là les femmes et les hommes ne parlent pas d’altérité, ils la font, ils la vive.

 

Ils ont compris que la sagesse et l’amour sont dans la rencontre de l’autre, se sont Compostelle et Cordoue réunis en terre druidique.

 

Pour ma part, j’ai découvert véritablement  et amplifié mon altérité quand, j’ai poussé la porte du temple, que l’on m’a placé sous la lune à la colonne du nord, là où règne le silence, il ne me restait qu’écouter et voir, mes yeux se sont ouverts sur les visages de mes frères, un peu comme Emmanuel Lévinas écrivait :

 

« Le visage de mon prochain est une altérité qui ouvre l’au-delà. »

 

Ainsi j’ai pris conscience que tout ce qui m’avait été donné avant cette initiation, tout ce que j’avais fait, n’était rien ou presque comparé à tout ce que j’allais apprendre du moi moi-même, du monde intérieur et des autres. J’avais à portée des yeux ce bonheur de l’altérité, ce bonheur infini, indispensable à notre humanité.

 

Jean-François.

 

À LIRE : des écrits sur : Les Sept Dormants, Apocalypse de l’Islam De Louis Massignon les Écrits Mémorables - Éditions Robert Laffont -2009

 

Le Réveil des Sept Dormants. Un pèlerinage islamo-chrétien en Bretagne de Manoël Pénicaud –Éditions Cerf 2016.

Louis Massignon

Louis Massignon

L'ALTÉRITÉ EN QUESTION

Cet ouvrage est le résultat d’une longue enquête menée autour d’un pèlerinage annuel qui se déroule au hameau des Sept-Saints, commune de Vieux-Marché, dans le Trégor (Bretagne, département des Côtes-d’Armor).

2Le lieu et l’événement, qui attirent quelques centaines de personnes, sont peu impressionnants, mais extrêmement originaux, puisqu’autour d’une chapelle du xviiie siècle construite au-dessus d’un dolmen qui lui sert de crypte, se déroule chaque année en juillet, depuis 1954, un pèlerinage où chrétiens et musulmans se retrouvent. Il s’agissait à l’origine d’un pardon breton traditionnel, mais qui a pris une autre dimension par l’action patiente et efficace de Louis Massignon (1883-1962), titulaire de la chaire de sociologie et sociographie musulmanes au Collège de France (1926-1954), qui a identifié les Sept Saints bretons avec les Sept Dormants d’Ephèse, jeunes chrétiens emmurés vivants dans une caverne pour avoir refusé de sacrifier aux dieux païens, et qui se réveillèrent de leur sommeil 198 ans plus tard. Il se trouve que cette légende est rapportée avec des variantes dans un long passage de la sourate XVIII du Coran. Les Sept Dormants (Ahl al-Kahf dans le Coran) sont donc une figure partagée entre chrétiens et musulmans et, dans les deux religions, leur histoire vient illustrer ou confirmer la croyance en la résurrection des morts. Mais ce rapprochement aurait à vrai dire échappé aux adeptes des deux confessions, n’eût été la recherche érudite et le travail de communication menés de façon volontariste, en véritable « entrepreneur », par Massignon.

3Manoël Pénicaud combine l’observation sur le terrain, les entretiens avec les témoins et le travail d’archives, pour nous livrer une histoire d’un pèlerinage en train de se faire. Mais à partir d’une monographie, il brosse un tableau plus général du dialogue interreligieux et des relations chrétiens/musulmans tels qu’ils se sont développés en France depuis les années 1950.

4L’ensemble du livre est dominé par la figure de Louis Massignon, dont l’entreprise a été poursuivie par son fils Daniel (1919-2000), qui, tous les deux ont laissé un important fonds d’archives. La trajectoire personnelle du savant orientaliste, déjà bien connue, interfère directement avec « l’invention » du pèlerinage. À côté d’une carrière académique prestigieuse, Massignon est aussi un « converti », retrouvant la foi catholique en Irak en 1906, puis un proche de Charles de Foucauld. Il combine dans son œuvre son travail d’érudition et sa quête spirituelle. C’est aussi un homme engagé dans les années 1950 aux côtés des réfugiés palestiniens, des travailleurs immigrés et de l’indépendance de l’Algérie, mais, au-delà des moyens politiques classiques, il croit à l’usage de moyens spirituels pour agir dans le monde : prière, jeûne et pèlerinage. À l’égard des musulmans, il pratique la méthode du « décentrement » : il faut sortir de soi et se substituer à l’autre pour le comprendre. Le Christ se manifeste en islam, l’Esprit Saint y « fait sourdre sa grâce ». Enfin, l’hospitalité est une vertu sacrée, qui permet d’engager le dialogue entre les civilisations. Ancré dans la foi catholique, Massignon a évolué d’une visée prosélyte envers les musulmans vers une vision eschatologique de réconciliation entre chrétiens et musulmans, suivant un mouvement perceptible alors dans l’Église, mais qui précède les avancées du Concile Vatican II en la matière.

5L’œuvre du pèlerinage des Sept-Saints est emblématique de ces préoccupations à la fois érudites, politiques et spirituelles. Dès les années 1930, Massignon se livre à une enquête historique, archéologique et folklorique sur tout ce qui touche à la légende des Sept Dormants, en Europe et en Orient, et tente de retracer l’histoire de la diffusion du mythe. À Éphèse en 1951, le pèlerinage chrétien à la maison de la Vierge, qu’il visite alors, est relancé par le gouvernement turc et l’Église catholique, et attire rapidement un grand nombre de pèlerins musulmans. C’est la même année qu’il fait la connaissance du pardon des Sept-Saints, par sa fille Geneviève, et il trouve des correspondances entre le cantique du pardon breton (La Gwerz des Sept Saints) et la sourate XVIII.

6Les premiers pèlerinages (1954-1962) se caractérisent par la faible présence des musulmans, et par des dispositions paternalistes, voire prosélytes, envers ces « Nord-Africains » appartenant aux travailleurs immigrés déshérités. Malgré la volonté de Massignon de rester soumis au cadre hiérarchique de l’Église, ses initiatives aux Sept-Saints rencontrent méfiance, sinon franche opposition, du côté de l’autorité ecclésiastique, qui ne veut pas se laisser déborder et déposséder. La population locale est également partagée entre surprise et hostilité, en pleine guerre d’Algérie. Malgré ces obstacles, Massignon invente des rituels qui se perpétueront après sa disparition. De 1955 à 1983, une messe de rite oriental est célébrée, d’abord en arabe, puis en grec. À une époque où l’office romain était encore en latin, le rite oriental permettait aussi de faire une place au breton et au kabyle. Une bannière consacrée à la Vierge, brodée de mots arabes, rapportée de Lourdes en 1958, ouvrira la marche de la délégation musulmane jusqu’en 1970. Enfin, la similitude entre une fontaine à sept trous, proche du sanctuaire, et une source située près de Sétif en Algérie, dédiée également au Ahl al-Kahf, amène à un rituel de récitation de la fâtiha et de la sourate XVIII devant cette fontaine à partir de 1961, qui reste jusqu’à nos jours le temps fort de la rencontre islamo-chrétienne.

7À la mort du fondateur charismatique, le pèlerinage se poursuit sous la supervision de la famille, qui crée l’Association des Amis de Massignon en 1965, et grâce à l’investissement d’un certain nombre de disciples du professeur. Dans les années 1970, il est menacé d’extinction, en particulier à cause de la diminution du nombre des participants musulmans. Il connaît une seconde vie à partir de 1990. Mais il change alors d’orientation. Il est relancé par un notable local, « athée non dogmatique », appartenant à la municipalité communiste. Une association locale est fondée, dont les visées sont typiques des années 1990 : utiliser le pèlerinage comme un atout de développement local, et comme un instrument du dialogue interculturel, plutôt qu’interreligieux. Mais la grande majorité des adhérents est de mouvance catholique, et non résidente à Vieux-Marché. Une autre association de riverains est fondée dans les années 2000 pour assurer l’accueil des pèlerins et le caractère festif de l’événement, avec en particulier un méchoui et un Fest Noz. Au mythe fondateur du pardon transmis par la Gwerz s’est superposé un autre mythe fondateur, autour de la personnalité de Massignon, auquel un rituel de commémoration est dédié chaque année.

8La fin des années 1990 voit aussi une autre grande inflexion : alors que le clergé catholique s’était montré réticent ou hostile, l’évêque de Saint-Brieuc, dont dépend la paroisse, s’investit dans le pèlerinage. À partir de 2002, le curé local occupe une place prépondérante dans l’association organisatrice et dans le déroulement des festivités. L’Église trouve alors dans la manifestation une occasion pour affirmer une identité catholique ouverte au pluralisme, mais aussi pour marquer le caractère chrétien du lieu et le retour d’une visibilité du religieux ou du spirituel dans l’espace public. Elle prône le dialogue avec l’islam, mais sans concessions doctrinales ni sans syncrétisme rituel. Cette attitude surplombante ne va pas sans soulever des objections. Elle entre en partie en contradiction avec les objectifs séculiers de développement local et de promotion du patrimoine. Elle peut rebuter les musulmans, qui, peu nombreux, restent dans la position d’hôtes invités dans un lieu et des cérémonies chrétiens. Elle est en décalage avec l’évolution des mentalités, puisque la population catholique se désaffilie du point de vue religieux, au profit d’un humanisme tolérant et universaliste, ou de nouvelles religiosités, présentes de façon discrète aux Sept-Saints. Du côté musulman au contraire, les quelques pèlerins venant au sanctuaire sont plus jeunes, et plus profondément ancrés dans leur foi, bien différents des travailleurs immigrés des années 1950 et 1960.

9La greffe islamo-chrétienne de Massignon sur un pardon breton a transformé un événement de caractère local en événement à portée universelle. Mais les deux dimensions continuent à cohabiter difficilement dans le lieu et le temps du pèlerinage des Sept-Saints. La version intellectuelle du débat islamo-chrétien ne mobilise pas les foules, et ne répond guère aux élans spirituels du fondateur et de ses disciples. Les musulmans dorénavant résidant en Bretagne ne se sentent guère concernés par le pèlerinage. Inversement, la population autochtone non-musulmane n’est guère impliquée dans la partie islamo-chrétienne de la fête, et partage avec la moyenne de la population française les préventions, voire l’agressivité montante de la société à l’égard de l’islam.

10Ainsi, sous la plume de Manoël Pénicaud, le pèlerinage des Sept-Saints apparaît comme un laboratoire d’expérimentation de la rencontre islamo-chrétienne, et comme un miroir où se reflètent les courants et les contradictions qui traversent la société française dans le champ du religieux.

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