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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par Jean-François GUERRY
LA FRATERNITÉ UNIVERSELLE

LA FRATERNITÉ UNIVERSELLE

DE LA FRATERNITÉ À LA SOLIDARITÉ – PART -V- Réflexions sur la solidarité.

 

« Tout groupe humain prend sa richesse dans la communication et la solidarité visant un but commun : l’épanouissement de chacun dans le respect des différences. »

                                                              Françoise Dolto.

 

« La solidarité fait retomber le mal des uns sur les autres, comme elle étend aussi le bien de chacun à tous et de tous à chacun. Elle oblige par là même la société à trouver un remède pour tout mal qu’il inflige à l’individu parce que ce mal tend à devenir social. »

                                                              Alfred Fouillée.

La fraternité est peut-être trop pure, trop belle, trop idéale si bien qu’elle a du mal à trouver sa place dans un monde ordinaire, réel ? Même dans notre société où l’on voudrait qu’elle la locomotive qui tire les wagons de l’égalité et de la liberté, elle manque de puissance. C’est sans doute pourquoi certains ont voulu lui substituer une valeur plus à notre portée : la solidarité. Cette solidarité, qui est moins prétentieuse, moins vaniteuse, moins globale, moins universelle. Cette solidarité de groupe, plus identifiable, plus pratique, c’est l’expression du coup de main passager pour faire face aux difficultés de l’individu, qui est alors soutenu par son groupe. J’ai promis d’aider mes frères. Je suis solidaire, mais serais-je fraternel jusqu’à donner ma propre vie ?

Au Solidarisme de Léon Bourgeois inspiré par le positivisme d’Auguste Comte, sur lequel nous reviendrons plus loin, Albert Fouillée a développé une pensée originale conciliatrice entre positivisme et idéalisme, liant à mon sens solidarité et fraternité. Il a associé la science comme mode de connaissance, au besoin de spiritualité de l’homme, à ses aspirations spirituelles inaccessibles dans leur totalité par la seule science. Le débat du choix entre solidarité et fraternité ayant perdu ainsi son sens, puisque qu’il y a plus opposition mais complémentarité entre ces deux valeurs, il ne reste qu’un débat sur la graduation de l’une par rapport à l’autre.

La fraternité, d’une grandeur insaisissable, peut provoquer de l’angoisse même de la culpabilité, la solidarité qui met en pratique le fait fraternel, apaise grâce à son expression matérielle, concrète. La fraternité poussée jusqu’à sa complétude est le fait d’êtres quasi mystiques, de grands initiés, chacun peut cependant faire œuvre de fraternité à son niveau. Plus la fraternité est cultivée, plus elle impose comme totalité et infini c’est alors l’altérité décrite par Emmanuel Levinas, cette altérité eidétique (Cf. E Levinas dans Totalité et infini). La sagesse aimée des philosophes antiques, par la connaissance des savoirs est dépassée dans le sens d’une élévation par la sagesse de l’amour : « Philosophie comme amour de l’amour, sagesse qu’enseigne le visage de l’autre homme ! » (E Levinas Totalité et infini. Préface à l’édition allemande Janvier 1987. Page IV- Biblio Essais).

Si j’évoque avec émotion souvent Levinas, et sa fraternité liée l’altérité, j’oublie volontairement le nom d’un philosophe qui a écrit : « la fraternité c’est bon pour les chrétiens, les francs-maçons et les imbéciles. » Cela fait beaucoup de monde quand même et peut-être lui-même dans le groupe des imbéciles bien sûr. (Avis personnel).

Charles Gide, professeur au collège de France, économiste, l’oncle de l’écrivain André Gide a écrit : « la fraternité, on laisse à ceux qui y croient encore le soin de la démontrer par des embrassades, mais les gens sérieux ne lui donnent pas plus de place dans la science que dans les affaires. » Il aurait complété : « la fraternité est un mot sonore… la solidarité un fait. »

Nous sommes aux environs des années 1870 -1880, les mots de Charles Gide auraient put êtres prononcés par nombre d’hommes politiques de l’époque, c’est le temps de l’idée de solidarité, les hommes pensent économie, cette économie liée aux progrès des sciences et techniques. L’état d’esprit des années 1880, n’est pas si éloigné de celui de 2022, qui pourrait nous dire aujourd’hui que la fraternité est en marche, qu’elle marche bien ? Les baisers fraternels des Frères et des Sœurs en maçonnerie paraissent bien incongrus à la plupart des gens. La fraternité semble être une affaire intime, la preuve d’une conscience morale élevée, une idée que l’homme est bon perfectible capable de grandeur d’âme. Pratiquer la fraternité vraie universelle et sans limites apparaît comme une religion. Alors que la solidarité fait plus société, et encore elle commence elle aussi à se diluer, se compter, se dégrader.

On ne peut pas judiciariser la fraternité la mettre en forme de lois, où alors elle perd son sens. La seule loi de la fraternité, c’est la loi d’amour, essayez donc de judiciariser l’amour ! Au fait a-t ’elle un début et une fin, totalité et infini ?

Il est plus facile d’introduire dans le droit la solidarité, que l’on peut rendre obligatoire par exemple avec l’impôt, la sécurité sociale, les organismes sociaux, les institutions mutualistes, les syndicats, les corporations. Ainsi la fraternité perd un peu de son aura, de son éclat au profit de la solidarité accessible au plus grand nombre.

La solidarité induit un rapport d’intérêt, un espoir de retour. Être solidaire c’est donner, c’est faire dans le but de recevoir une compensation, ou d’être assuré de la possibilité de recevoir. La fraternité c’est le don, le sacrifice sans attente d’un retour, c’est donner pour donner et de plus sans ostentation comme nous le recommande la Franc-maçonnerie.

Au début du 19ème siècle, les sciences et les techniques prennent leur essor, en même temps que les sciences humaines et sociales qui prennent le pas sur la philosophie, la métaphysique, les traditions, les religions. On célèbre la république laïque, plus solidaire, plus humaine. De nombreuses loges qui travaillent ou pas à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, optent dans leur patronyme le mot Solidarité. On voit fleurir des loges comme la Solidarité Bretonne, la Solidarité Mançoise, la Solidarité Normande etc…Parmi leurs fondateurs il y a de nombreux hommes politiques, souvent radicaux, aussi des enseignants, des membres de mutuelles. Les penseurs référents de la solidarité sont ceux qui croient en l’homme et le place au centre de tout, l’homme juste et bon comme pour Rousseau ou encore Locke qui prône la séparation des pouvoirs pour affirmer la démocratie. Avec son ouvrage majeur son essai sur L’Entendement humain, l’homme est capable de découvrir toutes les idées par l’usage de ses facultés naturelles. Ainsi l’on pensait auparavant que seule la fraternité pouvait être associée au règne de la justice, par son idéal de perfectionnement de l’homme. Peu à peu la solidarité prend sa place se substitue à elle.

C’est Léon Bourgeois, qui fût député, puis Président du Conseil, qui obtint le Prix Nobel de la Paix, il sera le ‘Pape’ du solidarisme. Il voulait associer le socialisme et le solidarisme comme en témoigne son ouvrage au titre de Solidarité de 1896, dans lequel il conceptualise un contrat entre les hommes quasiment inhérent à notre nature et la solidarité. « La solidarité est la règle suprême de la vie commune. » Un précurseur du fameux Vivre ensemble ou du spot de la Ville de Rennes Vivre en intelligence. Léon Bourgeois voulait absolument substituer la solidarité à la fraternité, il a été inspiré par le positivisme d’Auguste Comte héritage des lumières amplifié d’une manière rigoureuse s’attachant seulement aux connaissances découlant des faits. Ainsi la solidarité n’est pas une idée abstraite, mais se révèle réellement dans les faits. Pourtant je décèle un paradoxe, quand Léon Bourgeois affirme : « Les hommes sont solidaires par nature. » Emporté par son élan, voulant rendre la solidarité supérieure à la fraternité, il veut la sacralisée, en faire une vertu donc quelque chose qui se cultive et non inhérent à la nature de l’homme sinon de manière embryonnaire, c’était sans doute le fond de sa pensée ?

Je poursuis son raisonnement si la solidarité n’est pas une vertu, qu’elle ne se cultive pas, alors la métaphore qui consiste à la comparer au corps humain dont les membres sont solidaires et tiennent les uns par rapport aux autres devient complexe ?

Léon Bourgeois ira jusqu’à écrire concernant le mot solidarité à propos de la devise républicaine : « Je souhaiterai qu’on puisse la placer en premier, parce qu’en théorie et en fait, il précède tout, et c’est là que naît toute société. »

On pourrait avoir le même désir avec le mot fraternité. Mais la fraternité lui semblait sans doute trop difficile à atteindre, trop métaphysique, trop incertaine, réservée à des initiés qui ont appris qu’elle n’est peut-être pas totalement innée mais seulement embryonnaire, à l’exemple de Caïn et Abel, qu’elle demande efforts, travaux constants sur nous-mêmes, de plus même le travail n’est pas synonyme de réussite en ce domaine, et pourtant il faut le faire.

Pour conclure temporairement cette Part V, deux thèses s’opposent celle des positivistes, des solidaristes qui pensent que la solidarité active affaiblie la fraternité qui ne serait qu’une idée, un concept. Inversement ceux qui prônent la fraternité pensent qu’elle est mère de la solidarité. Je pense (donc subjectivement) sous le prisme partisan de la Franc-maçonnerie que les deux sont liées, je penche pour l’idée que la fraternité est la mère de la solidarité, mais que serait une mère sans enfant, de même que serait un Franc-maçon pratiquant des vertus théoriques en loge et même pratiques avec ses Frères et qui serait incapables de les traduire dans une forme de solidarité humaine dans le monde profane. Pour moi enfin, la solidarité ne peut se priver de la fraternité qui est sans espace et sans bornes, qui n’attend aucune récompense, qui est totale et infinie, elle est un don, un sacrifice envers l’autre, celui que je connais qui est mon Frère, ou celui qui fait partie de mon groupe, mais aussi celui que je ne connais pas qui est lointain, parce que rien ne les sépare si ce n’est mon ignorance. N’est-ce pas un combat maçonnique que de vaincre l’ignorance ?

 

« Désormais la solidarité la plus nécessaire est celle de l’ensemble des habitants de la terre. » (Albert Jacquard). Cette solidarité-là, a des airs de fraternité.

Bien Fraternellement.

                                            Jean-François Guerry.

 

À SUIVRE : De la fraternité à la solidarité Part VI- Un retour de la fraternité ?

Malte

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