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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par Jean-Laurent Turbet

Cet article est reposté depuis Le Blog des Spiritualités.

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Publié le par Jean-François Guerry
DE L'HARMONIE VIII

DE L’HARMONIE VIII

 

La fin de la préface d’« Essais de théodicée » de Leibniz, ou il nous parle d’une cosmologie astrologique et théologique est porteuse de réflexion, sur le principe d’un Grand Architecte de l’Univers. Il relève que les princes et les rois à l’image du grand Darius, tout comme Moïse se sont ralliés à la croyance d’un principe unique : « Qui est sans pair, a créé tout et a séparé la lumière des ténèbres ; que la lumière à été conforme à son dessein original, mais que les ténèbres sont venues par conséquence comme l’ombre suit le corps, et que ce n’est autre chose que la privation ». Est-ce de cette privation de lumière que nous cherchons à guérir ? Comment y parvenir ? La proposition de Leibniz à cette originalité pour arriver à ce but mettre l’accent sur : « La conformité de la Foi avec la Raison ». Il va s’efforcer de faire la reliance entre la philosophie et la théologie, c’est aussi ce qui fit Philon d’Alexandrie et les premiers chrétiens en s’inspirant du « Miracle de la philosophie grecque ». Cette expression de Miracle grec fut employée la première fois par Ernest Renan, qui néanmoins n’épargna pas les derniers philosophes grecs comme Marc Aurèle l’empereur stoïcien qui sacrifia les chrétiens dans les jeux du cirque. On regrettera donc pas la chute d’Athènes et de Rome, et la captation des pensées de l’antiquité par le christianisme.

Leibniz avait vu, que la foi et la raison n’étaient pas en contradiction. Il écrit : « (…) l’objet de la foi est la vérité que Dieu a révélée d’une manière extraordinaire, et que la raison est l’enchainement des vérités, mais particulièrement de celles où l’esprit humain peut atteindre naturellement, sans être aidé des lumières de la foi ». [1]Nous pouvons voir ici, une position déiste dans le sens ou la croyance dans un Grand Architecte ne s’appui pas sur une révélation, mais plutôt sur un dévoilement grâce à la raison, la découverte des vérités permet l’élévation spirituelle, par phases successives et progressives. On peut gravir, les barreaux d’une échelle spirituelle par l’expérience des vertus et l’action personnelle sans recours externe, reste à savoir ce qui anime au fond de nous-mêmes cette pensée et cette volonté du bien, est-ce la seule raison ? Croire en un principe suprême unique activateur, un travail à sa gloire peut être porteur, et potentialisé par une communion collective, un esprit, un égrégore. Qui envahi l’âme, s’en empare et l’élève vers le bien. Cette nécessité d’élévation, s’apparente au besoin fondamental de spiritualité et de sacré de l’homme.

L’interprétation de Leibniz est la suivante : «  Cela fait voir que Dieu peut dispenser les créatures des lois qu’il leur a prescrites et y produire ce que leur nature ne porte pas, en faisant un « miracle » ; et lorsqu’elles sont élevées à des perfections et à des facultés plus nobles que celles où elles peuvent arriver par leur nature, les « scolastiques » appellent cette faculté une « puissance obédientielle », c’est-à-dire que la chose acquiert  en obéissant au commandement de celui qui donner ce qu’elle n’a pas, (…) »[2] Leibniz s’empressera de préciser que les hommes, ne peuvent pas devenir des dieux ou des demi dieux, ni même des démiurges. Pourtant, je pense que l’homme de raison à des possibilités créatrices, malgré ses imperfections et surtout des possibilités d’entretien et de rénovation de ce qu’il a reçu en héritage. Cela est possible parce qu’il travaille à son perfectionnement avec humilité. La Foi et la Raison peuvent s’associer, et être en conformité l’une avec l’autre, la preuve les premiers chrétiens s’accommodaient bien de cette association des idées de Platon et de Plotin. Aujourd’hui le Pape Léon XIV, premier augustinien en charge des Chrétiens est-il convaincu de cette association de la Foi et de la Raison ? Susceptible de modifier l’attitude de l’église catholique à propos de la Franc-maçonnerie ?

 

                                    À suivre

 

                                                     Jean-François Guerry.

 

[1] Leibniz – Essais de théodicée. Discours de la conformité de la foi avec la raison .I.

[2] Ibid – 3.

DE L'HARMONIE VIII

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Publié le par Jean Dumonteil, Christophe André, Jean-François Guerry
Belle-Île en Mer photo Nicolas Rottiers

Belle-Île en Mer photo Nicolas Rottiers

La vie éternelle, dès maintenant

La vraie question n’est peut-être pas celle de l’après. Maurice Zundel l’avait formulée avec une justesse désarmante : « le vrai problème n’est pas de savoir si nous vivrons après la mort, mais si nous serons vivants avant la mort. »

La vie éternelle, c’est maintenant – non comme une durée sans fin, mais comme une ouverture sans mesure qui commence aujourd’hui.

La vie éternelle, c’est maintenant. C’est la vie qui surpasse les horloges,
qui abolit les chronomètres et relègue les minuteurs tout juste bons pour cuire les œufs à la coque, pas pour guider nos vies.

La vie éternelle, c’est maintenant. C’est faire l’apprentissage de l’infini, entrer dans la contemplation, dans l’amour qui seul permet la connaissance, dans la paix qui efface la peur, et dans la joie qui préfère les battements du cœur au tic-tac de nos montres.

La vie éternelle, c’est maintenant. C’est apprivoiser le temps, aimer la patience, la constance, le rythme des saisons, des naissances et des renaissances. C’est entrer dans le grand rythme universel, celui du relèvement et du renouvellement, au-delà de nos fugaces existences individuelles.

La vie éternelle, c’est maintenant. C’est entrer dans la musique qui fait danser les étoiles, qui fait respirer l’océan au tempo des marées, et chanter les aurores rutilantes qui succèdent aux crépuscules mordorés. Et les jours aux jours, les mois aux mois, et les ans aux ans.

Au rythme des marées et des lunaisons, nous sommes de passage et pourtant toujours à la Maison, si nous voulons bien habiter ce temps, prendre ce temps, le seul temps qui compte et pourtant ne calcule rien, le seul temps de la Vie. Infiniment.

Le temps présent est un champ fleuri

Le temps présent est un champ fleuri

MÉDITATIONS SUR LA VIE

 

« On ne devrait jamais se lasser du soleil couchant, des feux de bois, du ciel étoilé.

On ne devrait jamais se lasser de contempler les vagues de l’océan, les enfants qui jouent et rient avec la joie et le bon cœur de ceux qui ne s’occupent pas encore de leurs lendemains. On ne devrait jamais se lasser d’être touché au plus profond par de vieux couples qui marchent la main dans la main, d’un pas fragile et redevenu maladroit ; eux non plus ne s’occupent plus des lendemains, pour d’autres raisons. On ne devrait jamais se lasser d’entendre la rumeur de la ville visiter doucement les cimetières urbains. Ni celle de la nature, dans les cimetières de campagne…

On ne devrait jamais se lasser de tout cela, car tout cela, c’est l’essence de la vie même. » [1]

                                            Christophe André.

 

ÊTRE DANS LE TEMPS PRÉSENT...

 

Nous sommes, pour notre malheur trop souvent dans nos regrets, ou nos projets, n’ayant pas le temps pour être dans le présent. La banalité même du présent mérite pourtant notre attention la plus grande. Ce que nous avons a offrir est parfois si simple, que nous n’osons pas : trois fleurs cueillies, sentent bon l’amour autant qu’une brassée, c’est l’intention et l’attention qui compte. Les grands et beaux projets commencent aujourd’hui, l’avenir est dans le présent : c’est tout de suite maintenant ou jamais. Tous ceux qui viennent vite, repartent aussi vite, déçus et décevant. « Ce que l’on n’a pas su saisir dans l’instant, nulle éternité ne nous le rendra. »[2] Prendre conscience que le présent reste la seule chose sans fin. Prendre son temps, prendre le temps de lire c’est la source du savoir. Prendre le temps d’aimer c’est grâce et bonheur. Prendre le temps de rire, ou au moins de sourire c’est écouter la musique douce de l’âme. Prendre le temps de penser, c’est la certitude de réussir son action. Prendre le temps de donner plus et encore c’est la certitude de ne pas avoir de regrets. Prendre le temps de célébrer la gloire au travail, c’est le commencement du succès.

Respirer, pour mieux expirer, ne rien faire, immobile être une branche pour les oiseaux et mieux un nid, c’est construire l’avenir.

Poser délicatement une plume, un souffle dans la balance, c’est transformer la justice en équité et en amour.

Être là, présent au présent, même sans parfois rien dire, c’est faire vivre ou revivre l’âme de l’autre.

 

                                            Jean-François Guerry.

 

[1] Christophe André- 4ème de couverture de Méditations sur la vie Éditions Gründ. Christophe André est psychiatre et psychothérapeute. Il pratique la méditation depuis des années et l’utilise aussi pour soigner.

[2] Friedrich Schiller.

QUOI DE PLUS BEAU QUE LA LUMIÈRE DU JOUR, DE CHAQUE JOUR ?
MÉDITATIONS SUR LE PRÉSENT

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Publié le par Jean-François Guerry
DE L'HARMONIE VII

DE L’HARMONIE VII

 

Leibniz souligne déjà une pensée encore répandue de nos jours, selon laquelle Dieu userait de sa puissance contre les êtres vivants, sous le prétexte qu’ils ne sont rien par rapport à lui ! C’est cependant juger par rapport à notre attitude propre, et prompte à écraser les insectes ou les vers de terre, attitude dénoncée par exemple par les jaïnistes en Inde, mais aussi les bouddhistes, respectueux de tous les êtres vivants de la création. Cette attitude est tyrannique ; elle fut dénoncée par Thrasymaque chez Platon[1], qui disait : « Que juste n’est autre chose que ce qui plaît au puissant ? ». Ce principe dénoncé par Leibniz, fait le lit des manichéens, qui tranchent par paresse en ne distinguant que le bien et le mal, ce fameux dualisme réducteur. Le franc-maçon reconnaît la dualité et cherche la lumière qui lui permettra de faire pénétrer l’esprit dans la matière, de l’éclairer avec la force de son esprit en cherchant l’harmonie et non la destruction du monde. C’est pourquoi il combat tous les tyrans et les despotes qui veulent, par l’effet de leur dérisoire puissance, soumettre leurs peuples.

 

Le franc-maçon, n’est pas élu par nature ; il ne sera un élu qu’après avoir travaillé et persévéré dans la recherche du bien, du bon, du juste, grâce à la lumière de sa raison et l’aide de sa conscience du plus grand que lui, qui est en lui et ne demande qu’a grandir, du fait de sa libre volonté. Cette grâce interne se révèle face aux événements externes qui interrogent et guident vers la recherche de l’harmonie. C’est dans cette pratique constante que l’on reconnaît la dignité de la personne humaine. Car en effet, si l’on considère que la grâce interne habite en chacun de nous, qu’elle est universelle, Dieu étant reconnu comme principe créateur : Grand Architecte de l’Univers.

 

Considérer que Dieu connaît le mal, n’est pas considérer que Dieu veut le mal, déclare Leibniz. De même, l’homme connaît le mal et c’est en vertu de son libre arbitre qu’il choisit la voie étroite et difficile du bien, le passage par la porte basse, et non les sentiers fleuris et paresseux du mal ; il n’y a donc pas lieu de chercher une cause externe à lui-même, de cette banalité du mal. Je vois dans la pensée de Leibniz cette recherche d’harmonie, « de commerce » entre l’âme et le corps, entre la foi et la raison. La semence mise dans l’âme permet le développement harmonieux du corps avec la référence constante à cette semence originelle.

Leibniz voit dans la pensée de Spinoza, la suite de celle de Straton le péripatéticien, second successeur d’Aristote au Lycée, qui affirme : « que tout provient de la première cause ou de la nature primitive, par une nécessité aveugle et toute géométrique, sans que le premier principe des choses soit capable de choix, de bonté et d’entendement ». [2]Il oppose à cette pensée le principe du meilleur, résultat harmonieux de l’association de l’âme et du corps.

 

Il déclare : « je m’étais formé aussi, par conséquent, un certain système sur la liberté de l’homme et sur le concours de Dieu. Ce système me paraissait éloigné de tout ce qui peut choquer la raison et la foi (…) Et par cette raison on peut dire aussi, dans un sens métaphysique, que l’âme agit sur le corps et le corps sur l’âme. Aussi est-il vrai que l’entéléchie ou le principe actif, au lieu que le corporel tout seul ou le simple matériel ne contient que le passif, et que par conséquent le principe de l’action est dans les âmes, (…) » [3]

 

Peut-on envisager de voir ici, dans la pensée et l’action, un système d’exercices spirituels créateur d’harmonie, par le triptyque corps, âme, esprit ?

 

                                            Jean-François Guerry.

À SUIVRE…

 

[1] Platon – République I , 338c

[2] Leibniz Essais de théodicée. Préface Page 44. G F Flammarion.

[3] Ibid Page 45.

DE L'HARMONIE VII

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Publié le par Jean-François Guerry
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Publié le par Elie Vidrequin
Étiquette 450 FM

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La parole d'Elie Vidrequin à propos du Rite. Compte-tenu de la densité de sa réflexion est communiquée en plusieurs fois. Il est néanmoins possible d'obtenir l'intégralité du texte immédiatement sur simple demande à l'adresse mail suivante:
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Bonne lecture et surtout bonne méditation.
Jean-François Guerry. 
Le Rite Elie Vidrequin - Part III
Le Rite Elie Vidrequin - Part III

 

Peut-on envisager de faire table rase de nos rituels ?

 

« Ce que tu as hérité de tes pères acquiers-le afin de le posséder ».

Goethe

 

Cette phrase mystérieuse de Goethe à la fin du premier Faust    a nourri bien des propos sur les méandres de l'héritage. Elle éclaire notre devoir envers le Rite. Et la Franc-Maçonnerie.  

 Mourir pour revivre ? C'est une attitude que certains comprendraient qui n'espère plus rien de la Franc-Maçonnerie. Comment nier que la Maçonnerie symbolise l'existence d'une filiation immémoriale, transcendante ou immanente, il n'importe ce que l'on croit, mais incontestable.

        En fait, les civilisations sont mortelles et les traditions, dans leurs formes peuvent l'être. Mais comment concevoir qu'il n'y ait pas de continuité ? On est toujours contraint d'opter entre l'évolution et la génération spontanée sans d'ailleurs pouvoir résoudre les contradictions que les deux conceptions portent en elles. Adaptation ou mutation ? Lutte pour la vie ou impact des forces cosmiques ? Ce qui est certain, c'est que notre volonté n'est pas seule en ce domaine et que les circonstances y règnent dans des proportions qui nous échappent. Pourtant la question demeure : le Rite joue-t-il aujourd'hui le rôle qui est le sien ? Certains répondent non parce qu'il n'est pas compris. La solution vient alors logiquement : travaillons selon nos rituels et cherchons à bien les comprendre ; c'est sans doute plus facile que de les changer. Mais une nouvelle question vient alors : l'homme d'aujourd'hui est-il vraiment nouveau ? Certains le prétendent, du moins prétendent que demain il aura changé. Je veux bien mais, à tout prendre, c'est de nous qu'il faut partir. Si nous allons vers l'avenir les yeux bandés et à reculons, il n'est d'exception pour personne, même pas pour ceux qui pensent que nos rituels s'improvisent. La prospective est une science conjecturale. On justifie trop souvent, en son nom, des désirs, des ambitions et une volonté de puissance, pour qu'elle ne soit pas un peu suspecte aux fils de la Terre que nous sommes. Les anciens n'avaient peut-être pas nos connaissances techniques, il n'est pas évident qu'ils aient été bien inférieurs à nous sous le regard de la connaissance de l'homme dans sa subjectivité.

        En fait, toutes ces questions sont plus simples qu'on pourrait penser. Ou l'homme est déterminé, et il importe peut-être de savoir comment et par qui ? Mais c'est alors d'un intérêt illusoire. Ou l'homme est libre. Mais, s'il est libre, il doit ordonner le chaos de ce monde aux fins de sa liberté. Ou bien, enfin, l'homme est l'expression de la liberté d'un univers où la nécessité et la liberté composent l'Être. Seule la réponse que l'on concevra comme vraisemblable pourra fonder notre rapport avec la voie que nous adopterons ou, plutôt, que nos Travaux symboliseront. Car, en définitive, que nous le voulions ou non, nos rituels, déjà modifiés, se modifieront encore. Certains seront abandonnés, d'autres réanimés. Personnellement, je souhaiterais que tous fassent l'objet d'un travail de réflexion, à défaut d'être pratiqués. Peut-être s'apercevrait-on, ce faisant, que tout a été dit mais que tout reste à comprendre. De toute façon, ce qui me paraît nécessaire, c'est la prise en considération de deux observations, élémentaires sans doute, mais capitales en la matière. La première c 'est que le Rite était originellement transmis oralement et qu'il n'a pas pu ne pas se produire des mutations ou des glissements de sens. La deuxième, c'est que lorsque les rituels furent rédigés, ils se figèrent, sans doute, mais les mots ne cessèrent pas d'évoluer dans la langue utilisée. Les mots étaient les mêmes mais le sens en était perdu ou transformé. Or les rituels sont les supports du Rite et le Rite c'est l'Ordre, le geste qui rend l'Ordre apparent. Ce qui importe dans le Rite, ce ne sont pas les mots employés pour l'éclairer, c'est l'Ordre qui en résulte. Je crois, qu'à ce titre, les loges ont le devoir d'attirer l'attention sur la tendance curieuse que l'on constate, de multiplier les paroles rituelles plutôt que les symboles, de commenter plutôt que de vivre le Rite. Cela dit, beaucoup de difficultés tiennent à une certaine faiblesse des metteurs en scène que nous sommes tous à un moment ou à un autre de notre vie maçonnique et, surtout, à notre verbalisme impénitent. L'institution qui est la nôtre est un Ordre. Ce n'est pas une société quelconque, c'est une société initiatique. Sa vocation est de nous élever si peu que ce soit au-dessus de nous-même. Alors même que les psychologues retrouvent les voies initiatiques et leurs vertus, ils n'est pas acceptable que nous changions nos méthodes même si certains qui sont parmi nous pensent que cela se devrait. L'on a parfaitement le droit de trouver nos rituels désuets, nos tenues formelles et nos aspirations dérisoires mais nul n'est tenu de se faire admettre Maçon. Que l'initiation se fasse donc sans équivoque, les jeunes ne seront pas déçus. D'ailleurs, s'ils le sont parfois, c'est moins par excès que par défaut de symbolisme.

        L'initiation maçonnique, c'est d'abord une conversion, un refus précisément du monde dans ses apparences, pour tenter d'atteindre à sa vérité. Il apparaît, en définitive, que pour les Maçons que nous sommes, les grands thèmes de nos rituels sont assez conformes aux aspirations de chacun ; mais la difficulté inévitable vient d'un obscurcissement de leurs sens et de leur portée. Il semble, d'ailleurs, que s'opère peu à peu parmi nos rituels une sorte de clivage. Nous sommes des constructeurs, parce que nous ne concevons pas le destin de l'homme hors de sa volonté et de son pouvoir créateur. Nous sommes des chevaliers, parce que nous savons la fragilité de l'ordre humain et les exigences de sa défense. Son pouvoir, l'humanité le tient de la parole mais sa loi, est mort et résurrection. Il importe donc de protéger les moyens de la connaissance et de sa continuité. Enfin, nous devrions être, au moins symboliquement, des gnostiques, parce que nous savons le prix de l'évidence et que, par la lumière qui est en nous, la révélation s'opère.

      Dans l'ensemble de cette thématique, des avatars plus ou moins pervers peuvent être envisagés. Peut-on conjoindre le constructeur au technicien ? Si tant est que le technicien est capable de concevoir les moyens et les fins de l'œuvre, pourquoi pas ? Quant à la lumière, qu'on l'assimile à l'illumination de l'initié ou au point de concours de la connaissance, elle n'en restera pas moins le sommet des manifestations de la vie et de l'Être, celui des plus hautes réalisations comme des plus terrifiantes catastrophes. En vérité, le chantier est loin d'être fermé et nos Travaux ont encore besoin de l'ardeur des Apprentis, de la compétence des Compagnons et de la vision sage des Maîtres. L'Ordre doit travailler. Tout vaudra mieux que le mépris, l'ignorance ou la sottise en un domaine où la science de l'homme a trouvé son expression profondément élaborée et symboliquement exposée. II importe peu de savoir si nos rituels sont anciens ou sans portée scientifique, il importe peu de savoir s'ils ont été inspirés par des doctrines précises et systématiques. Ce qui compte c'est, d'une part, qu'ils sont lourds d'une expérience vécue et inspirée et, d'autre part, qu'ils sont tenus non pas comme des livres clos, comme des formules dogmatiques, mais, bien au contraire, qu'ils ouvrent la réflexion et libèrent la pensée sans la fourvoyer dans des chemins étroits, dans des impasses désolées, non plus que dans le vide de l'imaginaire, en raison de leur caractère symbolique. À ce propos, je voudrais mettre l'accent sur le concours étonnant des symboles : couleurs, éclairages, nombres surtout, dont l'étude offre à l'imagination et la mise en œuvre fournit à l'esprit les ressources infinies de la nature entière.

        Maintenant, si je devais conclure ce plaidoyer sur la nécessité du Rite et sa conservation, j'avancerais, quant à moi, les propositions suivantes : la Franc-Maçonnerie n'est pas une société où l'action vaut pour l'action. Ce n'est pas non plus une société où la pensée vaut pour elle-même. Peut-être peut-on dire qu'elle est une société ouverte sur la connaissance dans la mesure où l'action s'y confond avec l'expérience, la pensée avec la méditation. Mais, en vérité, parce que c'est une société initiatique, nous pouvons prétendre que notre Ordre est, sur le plan symbolique comme sur le plan affectif, une société ordonnée à la condition humaine. II entend amener chacun de ses membres à la découverte progressive de lui-même et des réalités qui le dépassent. Pour cela, le Rite est un facteur essentiel. Élément d'intégration au groupe et à l'Univers, il est en même temps l'instrument de l'intelligibilité des rythmes universels et du comportement des groupes. Par l'exercice et la pratique de nos rituels, nous découvrons peu à peu comment les hommes se sont compris et comment ils ont compris leurs relations avec ce qui les dépasse. Par nos rituels, l'homme peut se reconnaître, se découvrir à lui-même et prendre en même temps sa mesure et sa place au milieu de ses semblables et dans l'Univers. Par eux, nous pénétrons à la fois le monde extérieur et le monde intérieur dans leurs exigences et dans leur complémentarité. Jadis, les hommes ont eu le loisir de se livrer à la méditation et ils se sont perdus dans le rêve. De nos jours, ils tombent dans l'excès contraire. Quand ils parviennent à échapper aux nécessités quotidiennes et aux féodalités économiques et politiques qui les dominent, les dirigent et les conduisent pour se donner la peine de penser, ils ont encore à se débattre entre deux enseignements excluant l'un et l'autre la pensée. Celui des religions qui cherchent encore le sens de leur mission ou se réfugient dans un intégrisme médiéval, celui des écoles, productrices de cerveaux préfabriqués, qui décrètent les dogmes de nouvelles croyances scientifiques. Mais, pour la majorité d'entre eux, les hommes ne se débattent même plus, ils subissent l'esclavage de leur siècle. Le confort les enchaîne, les horaires les tyrannisent, les médias les assassinent de leurs clameurs, les transpercent de nouvelles qu'ils veulent à sensation, confondant l'assassin et la victime, le héros et l'imposteur, le centenaire du jour et l'enfant martyr. Le monde moderne a un urgent besoin de sages mais ne produit que des savants qui, selon Albert Schweitzer, "les yeux tournés vers le ciel pour atteindre la lune oublient de regarder les fleurs qu'ils ont à leurs pieds"…

II existe pourtant des hommes qui n'ont pas sombré. À ceux-là la Franc-Maçonnerie ouvre les portes de son Temple. Nous apprenons dans nos Ateliers à distinguer science et morale, pouvoir et justice, vérité et liberté et nous pressentons qu'au-delà de leurs distinctions, l'homme accorde toutes les contradictions dans son amour de la vie. Nous apprenons cela dans la mise en œuvre, sans doute un peu elliptique, assurément surprenante mais certainement unique dans leur diversité, dans leur richesse et dans leurs sources, de nos rituels. Couper l'homme de ses racines, ce ne serait pas faire un homme nouveau, ce serait lui ôter toutes chances de l'être. "L'homme est quelque chose qui doit être dépassé" dit Nietzche. Certes, et si "Dieu est mort", comme il l'a dit aussi, l'homme ne peut plus compter que sur lui-même. Ne nous privons donc pas de la sagesse plus que millénaire dont nos rituels sont les dépositaires. Nous avons besoin, pour affronter l'avenir, de toutes nos ressources. Ce n'est pas devant l'inconnu qu'on abandonne ses défenses et qu'on détruit la muraille qui nous protège. Au demeurant, quand je vois nos modernes organisateurs de séminaires, de rencontres et de stages s'interroger sur les problèmes de la dynamique de groupe, je me demande si nos rituels ne sont pas tout simplement le témoignage d'une pratique bien en avance sur le siècle. Le Rite maçonnique c'est, en définitive, cette muraille qui enserre, préserve mais contraint toutes les cités. Elle ne s'élève pas jusqu'au ciel car c'est par le ciel que les hommes se retrouvent. II y a là une richesse symbolique à explorer.

Le Rite maçonnique est éminemment symbolique, c'est à dire qu'il évoque à la fois le rite religieux, le rite magique et le rite profane. Mais il ne doit pas être limité à sa fonction effective. II amorce une recherche qui se poursuit dans un dépassement des significations primaires. Il est langage mais langage édifiant. Il contribue à l'édification de la personnalité, de la société et de l'ordre cosmique, symboliquement. Sa pratique est éclairante bien plus qu'efficiente. Elle est exemplaire plutôt que didactique, libératrice plutôt que sacramentelle. En fait, la pratique maçonnique du Rite est la voie qui découvre à chacun les seuls liens véritables, ceux de la communauté de l'esprit et des cœurs. N 'aurions-nous reçu que cette indication que nous aurions tort de mépriser notre salaire.

Mais il nous est donné une autre certitude. C'est qu'au-delà de toutes les murailles, au-dessus de toutes les formes rituelles règne la Lumière. Qu'oserions-nous demander de plus sinon la force et le courage de nous élever jusqu'à elle ?

 

Elie Vidrequin

 

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LUMIÈRE !
Le Rite Elie Vidrequin - Part III

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Publié le par Elie Vidrequin
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Jean-François Guerry. 

Le Rite, principe fondamental de la Franc-Maçonnerie

L'inspiration traditionnelle

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Nous pouvons penser que les traditions des constructeurs, des chevaliers, des gnostiques ne correspondent plus aux exigences d'une initiation moderne. Nous pouvons exprimer le désir de changer la figure et l'expression de ce que nous reconnaissons comme les sources de notre démarche spirituelle et le fondement de notre action temporelle. Nous pouvons imaginer qu'à une époque où les métiers ne sont plus que des techniques, les combats pour la justice et la dignité, aux dires de certains, d'un autre âge, la recherche de la Lumière une exigence illusoire, nos rituels ne sont plus accordés aux impératifs de la vie et du monde moderne. Nous le pouvons, pourquoi pas ? Mais il faut savoir ce que l'on veut. Je crois qu'il est possible de caractériser la nouvelle situation de l'homme dans le monde comme la plus précaire et la plus glorieuse qu'il lui ait jamais été donné de connaître. La plus glorieuse car le triomphe des techniques fait de l'homme un prodigieux conquérant ; la plus précaire parce que nous sommes tous aussi incertains que jamais de notre devenir.

      En fait, les informations nous assaillent, les contraintes nous paralysent, les techniques nous aveuglent. Dans ces conditions peut-on garder encore quelque illusion sur la maîtrise que nous pouvons exercer sur nos pensées et sur nos actes ? Nul ne contestera combien sont difficiles les voies de la sagesse et combien d'êtres désemparés se vouent à toutes les exigences plus ou moins authentiques de mages, de yoghi, voire de charlatans purs et simples, faute de percevoir ce que notre Ordre maçonnique leur offre de prudente approche spirituelle, de progression mesurée, de modestes découvertes, certes, mais de fraternelle sécurité. Ce qu'il manque à ce monde, ce n'est pas une âme, c'est véritablement un corps pour la porter. Sinon un corps, du moins des principes pour soutenir cette espérance. Et, puisque les hommes ne savent plus où trouver la foi, faut-il beaucoup de vanité pour croire que c'est encore possible dans nos Loges ?

   Il revient d'affirmer que toute société (et notre société initiatique plus spécialement) est animée d'un double courant qui inspire sa vie organique. Un courant ascendant qui porte en lui la richesse des peuples, les aspirations du grand nombre, les exigences immédiates, manifestées sous les formes diverses et multiples des rapports d'intérêt, de puissance et de droit. Et un courant descendant, moins abondant mais plus pur, qui déverse les clartés de la connaissance, qui expose les préceptes de la sagesse et se manifeste sous la forme permanente d'une exigence de désintéressement, de libération d'harmonie. Or ce double courant, que nous constatons dans toutes les sociétés réellement constituées organiquement, paraît indispensable à la vie mais à l'Ordre même. Nous le retrouvons sur tous les plans, évidemment sous des aspects différents, mais analogiques et parfaitement comparables. L'un de ces mouvements, vers le bas et l'harmonisation, est manifestation de liberté ; l'autre, vers le haut et l'uniformisation, est effet de la nécessité. Une société, une cellule mais certainement aussi un monde ou un univers cosmique où ces deux mouvements ne s'accorderaient pas serait rapidement voué à la ruine. On comprend mieux, dès lors, le rôle majeur du Rite dans nos Ateliers placés au point de rencontre de ces deux courants.

       Que serions-nous sans lui ? J'ai, quant à moi, le sentiment qu'il ne serait pas difficile de trouver des itinéraires pervers que certains ne manqueraient de qualifier d'ouvertures originales. L'accord avec les exigences du monde moderne ? C'est le leitmotiv d'une génération de Maçons qui reprochent au Rite son formalisme, son ésotérisme, sa figuration d'un état culturel prétendument dépassé. À la limite le Rite toucherait à l'âge fétichiste voire à l'infantilisme. Parler de Dieu comme les hommes nos ancêtres, en ont parlé, serait-ce se diminuer, serait-ce y croire ? Et pourtant, qui n'a jamais prétendu que la culture était autre chose que le sentiment bien compris des tentatives passées, des efforts continus, des espérances ferventes de l'humanité en marche vers l'avenir ? Nous n'avancerons pas sans avoir reconnu par quels chemins sont passés les hommes qui nous ont fait ce que nous sommes. Il y a quand même un peu trop d'orgueil et de stupidité à croire que le monde est né avec nous, même si chacun, de nous représente une nouvelle chance pour l'humanité.

        Quoi qu'il en soit, il paraît nécessaire d'affirmer quelques exigences rigoureuses quant au Rite. La première est celle de la signification et de la cohérence du Rite. Un Rite doit intégrer les données de la connaissance sur tous les plans : de l'homme, de la vie, de l'ordre universel et de l'expérience vécue. En ces matières, il est très difficile de savoir sur quoi débouche une initiation. On juge l'arbre à ses fruits. L'ancienneté des rituels permet de s'assurer sur ce point quant aux effets de leur mise en œuvre. Mais, aspect beaucoup plus important de la question, un Rite n'est pas une création rationnelle. S'il est œuvre où l'esprit et l'expérience conjuguent leurs efforts pour l'élaboration d'une méthode, il est exclu d'espérer qu'elle surgira toute achevée de l'esprit d'un homme. Il faut de longues confrontations pour découvrir le sens d'un Rite. Les grands thèmes de la tradition viennent du fond des temps et leur mise en œuvre est une lente, très lente épreuve de l'esprit humain face à ses problèmes. Bouddha, Jésus ont exalté la flamme et marqué des moments de l'humanité mais ils n'ont été que des signes dont les générations qui les ont précédés, comme celles qui les ont suivis, ont porté l'expression jusqu'aux aspects que nous connaissons. C'est en ce sens, d'ailleurs, que leur existence historique n'a pas grand intérêt. Il semble que les Rites naissent d'une rencontre entre des traditions qui cherchent une formule et des images et des sages qui savent traduire les aspirations de l'homme, comme les nécessités de sa condition, en fonction de la sensibilité des temps. Il y a des âges de l'homme et, sans doute, à chacun ses caractères propres et ses formes d'initiation.

Elie Vidrequin.

À SUIVRE...

Le Rite Elie Vidrequin - Part II
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LA LUMIÈRE DU RITE 
Le Rite Elie Vidrequin - Part II

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Publié le par Elie Vidrequin.
Étiquette 450 FM

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Un moment de respiration, je pose les Essais de théodicée temporairement pour laisser la parole à Elie Vidrequin à propos du Rite. Compte-tenu de la densité de sa réflexion elle vous sera communiquée en plusieurs fois. Il est néanmoins possible d'obtenir l'intégralité du texte immédiatement sur simple demande à l'adresse mail suivante:
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Bonne lecture et surtout bonne méditation.
Jean-François Guerry. 
LE RITE PARTIE I
LE RITE - Elie Vidrequin.
        "Ce serait une erreur de croire que puisse s'établir une hiérarchie entre les initiés".

Le Rite, principe fondamental de la Franc-Maçonnerie

*

Dans le cadre de la Franc-Maçonnerie du 21ème siècle se développent un certain nombre de systèmes initiatiques. Ils sont caractérisés par le particularisme de leurs rites et l'orientation spécifique de l'itinéraire initiatique subi par leurs adeptes, S'ils comportent tous au moins trois degrés, ils se développent selon des étapes dont le nombre peut varier. Ils concourent tous à donner une vision symbolique de leur démarche mais ils peuvent emprunter des voies différentes.

       C'est ainsi que l'on distingue le Rite français, dont la symbolique a été très simplifiée en 1877 par le Grand Orient de France, le Rite Émulation, qui est peut-être le plus proche du rite des premières années de la Maçonnerie spéculative, le Rite Ecossais Rectifié, essentiellement chrétien, le Rite Ecossais Ancien et Accepté à vocation plus universelle, le Rite de Memphis Misraïm, contrefaçon exotique de la Maçonnerie, aujourd'hui marginalisé, ...

        Chacun de ces rites fait appel, de la part de l'initiable, à des tendances particulières, à des aptitudes et à une sentimentalité qui peuvent différer, à des épreuves dont le caractère et le rythme varient.

        Ce serait une erreur de croire que puisse s'établir une hiérarchie entre les initiés. Ce serait une erreur plus grave encore de supposer que le chiffre exprimant l'étape franchie confère une supériorité quelconque à un initiable pratiquant l'un ou l'autre rite. Le domaine de leur rayonnement et la nature de leurs vertus sont distincts et ne doivent pas être confondus ; il n'y a pas de hiérarchie entre le saint, le héros, le sage ou l'artiste.

             

                  

La Franc-Maçonnerie est liée à un rite initiatique

    

 Si la Franc-Maçonnerie était une société de pensée, il est probable que le Rite y serait depuis longtemps passé au second plan, comme accessoire. Seuls, peut-être, quelques pédagogues soucieux de méthode et de discipline, conserveraient pour lui un intérêt un peu désuet.

      Mais la Franc-Maçonnerie est une voie initiatique, c'est à dire conduisant à la connaissance de soi, du prochain et du Monde. Sans doute est-il d'autres voies qui ont aussi leurs rites : l'alchimie en fut une. La recherche scientifique en est une autre et Jacques Monod a quelques raisons de voir dans la méthode scientifique les moyens d'une ascèse ou les prolégomènes à une éthique. Au reste, les rites de chasse, de tir à l'arc sont extrêmement formateurs.

    Le Rite est un moyen. Et le moyen de la continuité par excellence. Notre société maçonnique tient au maintien du Rite dans la mesure où celui-ci constitue l'élément éducateur, le facteur d'initiation aux conditions de l'existence, l'instrument de stabilité. Il est bien vu que les rites d'agrégation, de communion, de passage et même d'excommunication constituent la trame sur laquelle se développe et perdure la vie culturelle.

      Mais le Rite que l'on observe dans les Loges est aussi un Rite de préservation. Dès lors, ce qui compte, c'est le sérieux avec lequel nos rituels sont vécus et conservés. Il n'est pas question de les pratiquer sans conviction ni compréhension. D'ailleurs, minimiser le rôle du Rite paraît assez difficile. Le Rite est sécurisant, il est un élément de communion, un code de communication. Il peut fournir d'excellents thèmes de réflexion. Enfin, en tant que corpus, c'est à dire en tant que système de rituels complémentaires, il peut constituer un élément efficace d'initiation. "On passe de l'acte à la pensée par le rite" dit Konrad Lorentz. Ce ne sont pas les conceptions métaphysiques, ce n'est pas le discours rationnel et logique qui règlent nos comportements fondamentaux, c'est un ensemble de relations organiques signifiantes. Le Rite pourrait n'être ainsi que la codification intellectualisée des comportements inspirés par les nécessités de l'ordre grégaire. Il serait bien porteur d'une connaissance, sans doute différente de celle que nous lui prêtons volontiers, mais ce qui est en bas n'est-il pas comme ce qui est en haut ? Et il nous faut regarder en haut et en bas si nous voulons comprendre ; la tradition est aussi un phénomène organique et irrationnel. Or deux dangers menacent les sociétés traditionalistes. Le premier est celui qui transforme le Rite en liturgie sous l'effet d'un mysticisme lié au comportement religieux. On passe du ritualisme au dogmatisme dès qu'on cesse de considérer l'aspect symbolique du message pour adopter l'attitude explorante et le souci perfectionniste. Il y a longtemps que l'on sait que la lettre tue et que seul l'esprit vivifie. II faut vivre le Rite en état d'éveil : c'est le premier devoir du Franc-Maçon. Le second danger est, au contraire, celui que nous constatons dans les sociétés qui n'ont pas acquis le sentiment de l'efficacité radicale du Rite. La dispersion, l'absence d'unité intérieure, l'illusion d'une pensée qui serait mieux assurée sans objet et sans discipline. De ce point de vue, on peut dire que le plus mauvais des rituels est encore préférable à l'absence totale de rituel.

      Corps de rituels, ensemble de pratiques traditionnelles, le Rite codifie une expérience communautaire quasi-immémoriale. Il nous rattache à des traditions : celle des constructeurs, celle des chevaliers, celle des gnostiques, celle des païens, celle des Juifs, celle des Chrétiens et, certainement, à la tradition égyptienne, c'est à dire qu'il nous rattache à l'expérience humaine.

      Cette expérience humaine est si diverse dans ses expressions mais si cohérente dans son fonds qu'on ne peut pas prétendre connaître toutes ces traditions ni se sentir diminué parce que les circonstances nous amènent à travailler plus selon l'une ou quelques-unes d'entre elles. Nous suivons, nous, la Tradition occidentale d'un courant initiatique mondial. C'est peut-être pour cela que certains peuvent considérer, au nom de l'universalisme, que notre tradition est trop circonscrite et qu'il nous faut emprunter à d'autres rites, à d'autres traditions. D'autres, étourdis par le changement de société généré par la course exponentielle du progrès affirment que les vieux ne détiennent plus le secret des choses et que, dans ces conditions, notre Tradition est devenue désuète voire obsolète.

Elie Vidrequin 

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Que la lumière du rite vous éclaire...
LE RITE - Elie Vidrequin.

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Publié le par Jean-François Guerry
DE L'HARMONIE VI

 

DE L’HARMONIE VI

 

La lumière de la vertu, n’a jamais été le partage du grand nombre. Il ne faut point s’en étonner, rien n’est si conforme à la faiblesse humaine ; nous frappés par l’extérieur, et l’interne demande une discussion, dont peu de gens se rendent capables. Comme la véritable piétée consiste dans les sentiments et la pratique, (…)

 

                                                       Gottfried Wilhem Leibniz- Préface Essais de théodicée.

 

 

Leibniz semble proposer son œuvre majeure, Essais de théodicée, à tous ceux qui cherchent, au-delà du visible, l’invisible. À tous ceux pour qui les apparences ne sont pas le monde réel ; ceux qui, à la recherche de la Lumière, sont devenus ses enfants. Ceux qui sont conscients de la faiblesse humaine, mais aussi conscients de sa possible grandeur.

 

Ce sont ceux qui, regardant chaque jour le soleil qui se lève et la rose sans pourquoi, se prennent, dans la retraite de leur cœur, à penser plus grand qu’eux-mêmes et sourient à la vie en rendant gloire au Grand Architecte des Mondes.

 

Leibniz constate que : les cérémonies de la pratique ressemblent aux actions vertueuses, mais elles y ressemblent seulement. Il constate aussi que les formulaires de la croyance sont des ombres de la vérité et approchent plus ou moins de la pure lumière.

Toutes choses que nous pouvons rapprocher du corpus initiatique maçonnique, qui a aussi ses cérémonies et ses formules. L’essentiel restant la pratique effective, la communion spirituelle et fraternelle dans le creuset des loges, et les portes ouvertes sur le monde profane : la lumière que porte les humbles flambeaux que sont les sœurs et les frères.

 

Tous les enseignements initiatiques forment un chemin où les dalles, posées une à une, mènent vers la lumière divine. Un chemin tracé dans le désert par Moïse, puis David et Salomon et l’accompli par le prophète Jésus le plus humble de tous.

 

Leibniz écrit dans sa préface : « L’on voit que Jésus-Christ, achevant ce que Moïse avait commencé, a voulu que la divinité fût l’objet, non seulement de notre crainte et de notre vénération, mais encore de notre amour et de notre tendresse. (…) Car il n’y a rien de si agréable que d’aimer ce qui est digne d’amour. (…) et rien de plus parfait que Dieu. »

 

Avant de monter sur l’échelle mystérieuse de la spiritualité, il faut s’assurer que ses deux montants qui sont amour de Dieu et amour des hommes sont solidement posés en terre ; que la matière a été suffisamment pénétrée par l’esprit ; que notre corps est léger capable de réaliser cette ascension vertigineuse.

Pour Leibniz, Dieu est un océan dont avons reçus les gouttes, exprimé souvent autrement par la flamme éternelle qui brûle en nous, symbolisée par celle qui brille sans interruption sur le plateau du Vénérable Maître en Franc-maçonnerie.

 

Dieu est harmonie, flamme dont les rayons concourent à l’harmonie universelle ; aux hommes de remplir leur part du travail, d’entretenir de rénover souvent cette harmonie. Comment ? En faisant des bonnes actions, des actions vertueuses.

Ces actions transportent l’homme vers le centre de son âme ; ainsi l’humain contemple le divin. En faisant notre Devoir d’homme, c’est-à-dire en obéissant aux ordres de la suprême raison, cette raison qui n’est point différente de la Gloire de Dieu.

 

Leibniz nous dit : « Notre charité est humble et pleine de modération, elle n’affecte point de régenter : également attentifs à nos défauts et aux talents d’autrui, nous sommes portés à critiquer nos actions et à excuser et redresser celles des autres : c’est pour nous perfectionner nous-mêmes, et pour faire de tort à personne ».

 

À nous, de prendre les saines habitudes de travailler à notre perfectionnement par la pratique des vertus, en mettant en avant notre bonté naturelle, en nous éduquant, en fréquentant les personnes vertueuses.

 

La vraie religion c’est de se relier aux choses vertueuses et aux hommes vertueux.

 

Les chrétiens qui pratiquent la loi d’amour, ne peuvent être vertueux sans aimer leur prochain et plus encore leur lointain.

 

Ainsi Leibniz relie ses pensées sur la bonté de Dieu, la liberté de l’homme et l’origine du mal.

 

                           À suivre…

                                                     Jean-François Guerry.

DE L'HARMONIE VI

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Publié le par Jean-François Guerry
DE L'HARMONIE V

 

DE L’HARMONIE V.

 

Ce n’est pas moi, ce n’est pas ma faute, c’est sa faute à lui !

 

 C’est affirmation, souvent entendue dans les cours de récréation, est le symptôme d’un manque de maturité, aurait dit Emmanuel Kant, qui, dans sa réponse célèbre à l’interrogation Qu’est-ce que les Lumières ? , affirmait : l’homme des Lumières est l’homme qui sort de sa minorité, l’homme qui pense par lui-même, donc responsable de ses jugements et de ses actes, un homme raisonnable.

 

Il abondait en ce sens, comme Leibniz le cri de Platon : « Dieu n’est pas responsable ! » Pourquoi faut-il donc que l’innocence de l’un soit automatiquement la responsabilité de l’autre ? Pourquoi s’excuser en accusant ? Ne peut-on pas concilier Fides et Ratio, Foi et Raison ?

 

Dans la chanson de Bob Dylan (1963), Qui a tué Davy Moore ?, reprise en français par Graeme Alwright, la question de la fuite devant la responsabilité du mal est bien illustrée :  l'arbitre, les spectateurs, le parieur, le manager, le journaliste et le boxeur adverse qui expliquent chacun, à leur tour, pourquoi la mort de Davy Moore n'est pas de leur faute. En définitive, c’est la faute au destin, à Dieu pourquoi pas.

 

Il y a une certaine facilité de l’homme a s’auto innocenter et à culpabiliser Dieu, en lui donnant tous les noms : le hasard, la nature, le destin, le manque de chance. Leibniz, fut sans doute le premier à faire l’association entre les deux mots grecs Theos et Dicée, entre Dieu et Juste, sans doute par une géniale simplicité de quelque chose de complexe et souvent indéfinissable : Dieu et la Justice. En associant les deux mots, il donne du corps à la Justice Divine, du moins à cette justice à rechercher, qui soit à la fois Ordre de la loi et Amour de l’autre, Justice et équité.

 

Comment, d’ailleurs imaginé que Dieu ne soit pas juste ? Leibniz, qui avait su gagner les faveurs de la princesse Sophie-Charlotte, fille de l’Électeur de Hanovre Ernest-Auguste, et qui deviendra reine de Prusse par son mariage avec Frédéric III de Brandebourg, participa probablement à l’élaboration de ses idées. Cependant, c’est toujours Leibniz qui avait la main sur ses écrits ; il s’intéressera surtout de « la grande question du libre et du nécessaire, surtout dans la production et l’origine du mal ».

 

On retiendra de Leibniz qu’il fut porteur de la paix de la raison, surtout dans les dissensions religieuses, et un fondateur de l’œcuménisme. Pour les enfants de la Lumière et des Lumières Leibniz apparaît comme un modèle quand il veut rapprocher la justice des hommes de la justice divine, en quelque sorte la recherche d’une véritable justice universelle. L’exercice consiste à soumettre la justice divine à des règles qui peuvent entendues par tous les esprits.

 

En associant les deux justices, il semble qu’il associe le Grand Esprit de Dieu et l’esprit des Hommes, grand Esprit et esprit de moindre grandeur, dans une recherche par degrés de la « Charité du Sage ». Si l’on voit dans Dieu un Grand Architecte, l’on peut y voir aussi un Grand Calculateur raisonnable, capable de volonté mais aussi d’Amour.

 

Avec cette idée du meilleur des mondes possibles, Leibniz active une dynamique de foi dans Dieu et de foi en l’homme. Cette dynamique est initiatique : elle est recherche de la vertu, d’un monde possible en constante amélioration grâce à l’amélioration de l’homme. C’est un formidable message d’espérance.

Mais c’est aussi un constat incontournable : la bonté du monde ne se constate pas ; le passé et l’actualité en témoignent. C’est bonté du monde, du monde meilleur, se démontre, se construit par notre action, qui fait suite à notre pensée. Cela suppose de tenir fermement en main la balance et ses deux plateaux, où se pèsent l’Ordre de la loi et l’Amour de l’autre. Ceci est bien de notre ressort et de notre responsabilité, c’est ainsi que le devient un Frère éclairé.

 

                                                     A SUIVRE…

                                                                                Jean-François Guerry. 

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