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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par Jean-Laurent Turbet

Cet article est reposté depuis Le Blog des Spiritualités.

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Publié le par Jean-François Guerry
LA FORCE

LA FORCE

 

Au début régnait le chaos et l’obscurité. Puis il y a eu le souffle, et la lumière apparut après les ténèbres : « Lux ex tenebris ». Le chaos a cédé la place à l’Ordre qui, avec la loi et l’amour, s’est imposé.

La « polis », la cité, a choisi la démocratie plutôt que la tyrannie, le totalitarisme ou le despotisme : la moins mauvaise des solutions pour vivre ensemble en harmonie, dans un monde de justice avec des institutions justes.

 

Emmanuel Levinas s’inquiétait de l’emprise de la bureaucratie, solution simpliste des totalitarismes : « Un aveuglement devant les larmes d’autrui… » La bureaucratie mène à la fatigue démocratique, qui nous conduit à céder aux extrémismes. « Elle réalise la mort de toute action », disait Albert Einstein. Je dirais quelle paralyse et annihile le courage de l’action fraternelle.

 

Pourtant, il y a toujours un mais : nous produisons en continu des pensées nobles et raisonnables, et nous n’avons pas la force de les établir.

 

Il nous faut retourner en apprenti, entre les Colonnes B et J. Les pensées ne deviennent une force de l’esprit que quand elles s’appliquent en nous et dans la cité.

Devant la montée les solutions extrêmes simplistes dans un monde complexe, nous devons nous indigner et montrer notre capacité de résistance. À force de privilégier l’individuel sur le collectif, nous nous séparons de plus en plus les uns des autres.

Les pouvoirs totalitaires individualisent ; c’est ainsi qu’ils gagnent nos esprits. Il nous faut penser à la fois dans notre lieu et aussi dans le monde ; c’est cet impératif catégorique qui doit être notre Devoir, comme le pensait Kant. L’éthique personnelle doit être nourrie et soumis systématiquement au jugement de la morale universelle.

Le vrai courage est au-dedans de nous, en nous ; c’est de ne pas plier, de ne pas renoncer à croire en l’homme comme animal social, mais surtout comme être spirituel (homo spiritus) et non comme objet économique. La priorité est le respect de la dignité de la personnalité humaine ; là est la force, qui ne doit pas être confondue avec la puissance écrasante des états.

 

Le philosophe Michaël Fœssel s’inquiète des atteintes de plus en plus nombreuses à l’État de droit, atteintes qu’il met en miroir avec celles de 1938.

 

Cela ne doit pas pour autant paralyser notre faculté à réformer et adapter le droit aux réalités contemporaines. L’individualisme et le communautarisme sont nourris par les extrémismes ; c’est contre eux que nous devons résister, dire non devant leurs lumières sombres. Il y avait dans les années 30, la possibilité d’une fuite salvatrice ! Mais aujourd’hui, où fuir ? Le combat est a mener ici et maintenant.

Avant d’être sidéré par la puissance aveugle, il existe un combat sans cesse inachevé : le combat, c’est l’acharnement à s’efforcer d’être un honnête homme, sans faiblesse ni complaisance.

Les travaux qui nous attendent chaque jour demandent Force et Vigueur. Nous devons avoir l’humilité de reconnaître que nos certitudes face au mal, comme nos indécisions sont mauvaises conseillères ; que nos post-révoltes radicales sont faciles, aussi faciles que nos coupables totales tolérances. La voie du milieu, n’est pas faible, mais raisonnable et fraternelle.

Camus lui-même avouait : « J’ai commencé la guerre de 1939 en pacifiste et je l’ai finie en résistant. Cette inconséquence m’a rendu modeste ».

 

Aujourd’hui ce qui nous manque individuellement et collectivement, c’est de pratiquer le vrai courage, c’est-à-dire de faire ce qui est juste, comme le disait Victor Hugo. Pour cela nous avons besoin de repères, de béquilles et même d’échelles pour nous élever jusqu’à cette force courageuse qui nous manque trop souvent.

Ces échelles sont les grands initiés. Il ne s’agit pas, par vanité, de vouloir les égaler, mais les côtoyer en réalité et en esprit est déjà un bonheur, quelque chose de rare, donc de précieux. Ces héros légendaires sont parfois près de nous, comme Arnaud Beltrame, qui a eu la force de faire, d’agir, de résister.

 

                                            Jean-François Guerry.

information à Rennes
LA FORCE
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Publié le par Jean-François Guerry
Antoine Juliens : du Verbe Sacré à la Divine Comédie.

Antoine Juliens : du Verbe Sacré à la Divine Comédie.

 

Antoine Juliens a l’art dans son être, dans son corps, et son esprit : Auteur, metteur en scène, acteur, artiste peintre, conteur. Il est un souffle spirituel, qui a fait vibrer pendant dix ans avec les représentations du : « Verbe Sacré » les ruines de l’Ancienne Abbaye de Landévennec dans le Finistère sur les contours de l’Aulne. Là, où la terre et la mer se mêlent pour atteindre le ciel. Sa vie est comme un arc lumineux, ses flèches spirituelles touchent à chaque fois notre cœur. 

Ses peintures offertes font vivre les murs des Temples Maçonniques de Bretagne.

Cet homme du don, est résonance, il donne encore avec sa : « Divine Comédie », un événement immanquable.

                                                     Jean-François Guerry.

Note : Antoine Juliens sera présent dans un lieu clos et couvert Samedi prochain à Briec de l'odet 29.

Antoine Juliens : du Verbe Sacré à la Divine Comédie.
Antoine Juliens : du Verbe Sacré à la Divine Comédie.

Le dimanche 28 juin 2026, l’église Saint-Pierre de Montmartre à Paris accueillera un événement culturel exceptionnel autour de La Divine Comédie de Dante. Dans le cadre du programme « Coup de cœur culturel » en partenariat avec le Magazine Lumières en Arts, cette soirée immersive proposera une traversée poétique et musicale de l’Enfer, du Purgatoire et du Paradis.

Le récitant Antoine Juliens, accompagné du compositeur François Narboni et de Michel Boëdec à l’orgue, offrira une interprétation intense et contemporaine de cette œuvre majeure de la littérature italienne. Entre poésie, musique et spiritualité, cette représentation promet une expérience artistique rare au cœur de Montmartre.

📍 Lieu : Saint-Pierre de Montmartre, Paris
📅 Date : Dimanche 28 juin 2026
🕕 18h – L’Enfer
🕗 20h – Le Purgatoire
🕙 22h – Le Paradis
🎟 Entrée libre – libre participation aux frais

Une soirée culturelle incontournable pour les passionnés de littérature, de musique sacrée et d’émotions artistiques fortes.

ANTOINE JULIENS
 PARIS,  France • 
Artiste (Peinture, Sculpture) • 
Né(e) en date inconnue • 
 Glorifie de ton art et le beau paraîtra ! 

Antoine Juliens est un auteur, metteur en scène et artiste plasticien reconnu, directeur artistique de TEATR’OPERA. Il a monté une cinquantaine de spectacles en France et à l’étranger, collaborant avec des auteurs majeurs tels que Maeterlinck, Shakespeare, Dante, et Beckett, ainsi qu’avec des compositeurs et ensembles musicaux variés. En parallèle de son travail scénique, il développe une pratique artistique en peinture, principalement à l’acrylique sur toile.

Son travail pictural s’inscrit dans une approche expressive et colorée, où il explore des paysages et des atmosphères naturelles, notamment en lien avec des lieux comme la Lorraine gaumaise ou la région de la Semois. Ces œuvres ont été exposées dans plusieurs villes, dont Bruxelles, Arlon (Palais provincial), Bastogne, Paris et Landévennec, souvent en lien avec ses mises en scène.

Antoine Juliens a fondé en 2010 l’événement Verbe Sacré en Bretagne, témoignant de son engagement dans la création artistique pluridisciplinaire. 

Ses archives sont conservées aux Archives et Musée de la Littérature à Bruxelles, soulignant la reconnaissance institutionnelle de son œuvre. En 2024, un Fonds Antoine Juliens a été créé et légué au Musée de la Grande Ardenne à Bastogne, comportant plusieurs centaines d’œuvres. 

En 2019, il a reçu le prix Godefroid Culture pour l’ensemble de sa carrière, qui conjugue théâtre, musique et arts plastiques.

ANTOINE JULIENS  - PROPHÉTIE

ANTOINE JULIENS - PROPHÉTIE

ANTOINE JULIENS

ANTOINE JULIENS

Biographie

Antoine Juliens est un auteur, metteur en scène et artiste plasticien reconnu, directeur artistique de TEATR’OPERA. Il a monté une cinquantaine de spectacles en France et à l’étranger, collaborant avec des auteurs majeurs tels que Maeterlinck, Shakespeare, Dante, et Beckett, ainsi qu’avec des compositeurs et ensembles musicaux variés. En parallèle de son travail scénique, il développe une pratique artistique en peinture, principalement à l’acrylique sur toile.

Son travail pictural s’inscrit dans une approche expressive et colorée, où il explore des paysages et des atmosphères naturelles, notamment en lien avec des lieux comme la Lorraine gaumaise ou la région de la Semois. Ces œuvres ont été exposées dans plusieurs villes, dont Bruxelles, Arlon (Palais provincial), Bastogne, Paris et Landévennec, souvent en lien avec ses mises en scène.

Antoine Juliens a fondé en 2010 l’événement Verbe Sacré en Bretagne, témoignant de son engagement dans la création artistique pluridisciplinaire. 

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En 2019, il a reçu le prix Godefroid Culture pour l’ensemble de sa carrière, qui conjugue théâtre, musique et arts plastiques.

Il y aura Samedi en Bretagne un éclat de lumière.
Antoine Juliens : du Verbe Sacré à la Divine Comédie.

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Publié le par Jean-François Guerry
LE BIENFAIT DE L’INCERTITUDE

LE BIENFAIT DE L’INCERTITUDE

 

« La Connaissance progresse en intégrant en elle l’incertitude, non en l’exorcisant ».

                                                                          Edgar Morin.

 

Si j’avais conscience de tout savoir, si je répétais à l’envi : « je sais, je sais… » Si je voyais resplendir en moi la révélation de cette petite lumière souvent invoquée, je n’aurais pas frappé à la porte du Temple, et ne serait pas encore présent en loge.

Quelques années plus tard, j’entends régulièrement cette demande : « les ouvriers sont-ils contents et satisfaits ? ». La réponse ne lève qu’une partie du voile : « Ils le paraissent … ». La certitude n’est toujours pas au rendez-vous, et c’est tant mieux.

Une première victoire encourageante est pourtant là. Je peux dire avec certitude, comme Socrate dans l’Agora : « Ce que je sais, c’est que je ne sais rien ». Même ceux qui voient leur persévérance et leur fidélité récompensées sous le laurier et l’olivier savent qu’ils ne voient imparfaitement. Ils ont pourtant une clé entre les mains, mais ils n’ont pas encore pénétré dans le sanctuaire. Ils sont toujours en recherche de perfectionnement, de la Parole, de la Grande Lumière qui ne commence qu’à paraitre.

On n’a pas bâti les cathédrales en jour, ni même en plusieurs, il a fallu des siècles ! Qu’est-ce donc que la vie humaine au regard de l’infini ? Une simple parenthèse, que nous nous efforçons, de rendre la plus belle possible. C’est déposer une simple pierre, humblement taillée et polie, dans l’immense monument de l’humanité.

Il y a toujours un doute : ai-je contribué à quelque chose de plus grand que moi ? Après notre taille, notre sculpture : « Quand la poussière retombe, l’œuvre est là, dans une personnalité d’échos qui nous renvoient au plus profond de nos interrogations. Mais quand même, ce qui nous sauve c’est : la myriade des petits éclats de lumière, qu’un ultime polissage délivre, chante alors cette douceur que la pulpe des doigts entend… ».[1]

 

Cette douceur et cette force à la fois, lève une partie de nos incertitudes et élève notre conscience au moment où je saisi les mains de mes frères dans la chaîne d’union. Là, la pulpe des doigts est vivante. Cette union harmonieuse est d’une telle spiritualité solaire, d’un tel humanisme, qu’à cet instant, je sens avec certitude l’espace d’un instant, le ciel qui descend sur terre et la terre qui monte au ciel. Ce n’est pas un mysticisme solitaire, mais la certitude d’une communion fraternelle.

 

L’incertitude vient construire une forteresse de lumière me protégeant des certitudes trop faciles. On n’allume la lumière que pour sortir de l’ombre. On ne sort des ombres de nos certitudes que grâce l’assistance et l’aide de nos frères. Quand nous demandons la Lumière de la Connaissance nous avons besoin des lumières du passé de nos frères anciens. « Frère expert et Frère Maître des Cérémonies veuillez nous assister… »

J’en viens à souhaiter d’être longtemps encore dans une féconde incertitude, pour approcher un jour peut-être la Connaissance, et voir enfin cette petite lumière si vantée, si convoitée.

 

                                                           Jean-François Guerry.

 

[1] Ferreira (Inès). Sculptrice portugaise de la Vallée des Saints à Carnoët en Bretagne.

LE BIENFAIT DE L’INCERTITUDE

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Publié le par Jean-François Guerry
Grandes constitutions de 1786

Grandes constitutions de 1786

LE RETOUR DES EMPIRES EN PIRE ?

 

L’histoire dénombre au moins de 40 grands empires, liste non exhaustive. Parmi les plus anciens : le Néo-Assyrien (639 av J-C), le Mède (600 av J-C), l’Achéménide (500 av J-C), le Romain (117), le Califat omeyade (720), le Moghol (1690). Nous avons également connu nos empires coloniaux français en 1763 et 1939… Sans oublier le tristement célèbre IIIème Reich.

Les caractéristiques d’un empire sont l’autorité et la domination absolues, qui se concrétisent par une politique expansionniste intégrant des territoires et des populations diverses, différenciés selon les hommes qui sont en son sein et soumis à un seul gouvernement. Cela fait rêver non ? Un grand rassemblement où le pouvoir de l’homme s’exerce sur l’homme ! Je dirais que les petits enfants en développement des empires sont les nationalismes. Les empires manipulent les hommes, les sociétés, les États, qui sont dans la main d’une oligarchie.

On constate aujourd’hui une forte tentation impérialiste, poussée par la montée des nationalismes. L’alibi est parfois l’internationalisme et sa manifestation le mondialisme heureux, favorisant un fédéralisme étatique qui serait synonyme de paix perpétuelle, favorisant le commerce et l’économie ; reste à savoir de qui. Une chose est certaine nous sommes déjà soumis à un impérialisme numérique auquel vient s’adjoindre l’intelligence artificielle. Pour un monde promis merveilleux, un nouveau paradis. Sauf que ce paradis recevra peu d’élus, si nous perdons le contrôle.

Mais existe-t-il un empire vertueux, un Saint Empire ? Ici encore, il faut regarder les lumières du passé. Un Sacrum Impérium fut fondé en 962 par Otton Ier. Il devient le Saint Empire romain à la fin du XIIème siècle, puis au XVème siècle, le Saint Empire romain germanique. Il a été sacré par le Pape et a connu une parenthèse lumineuse avec le roi de Prusse Frédéric II (1740-1786) en s’alliant avec la France, mais le despotisme éclairé ne durera pas. Napoléon, signera et proclamera le 6 août 1806, la fin du Saint Empire dans une indifférence générale.

Certains voient des liens entre l’Union européenne et le Saint Empire ; ils sont plutôt tenus. Ils viennent sans aucun doute de la construction de l’Union européenne, constituée par le triangle formé par l’Allemand Konrad Adenauer, l’Italien Alcide de Gasperi, et le Français Robert Schuman. Ces hommes avaient en commun une référence : le christianisme, aujourd’hui assez désuète.

Le concept d’empire connaît un renouveau malheureusement négatif avec le désir hégémonique des grandes puissances économiques et militaires, ce sont des empires d’épiciers soldats.

 

Existe-t-il une alternative impériale universelle, un Saint Empire où régneraient l’harmonie, la concorde ? Un Saint Empire où les esprits et les cœurs seraient en communion ?

En 1787 la France de Louis XVI, en particulier avec le frère Lafayette, s’allie avec les insurgés américains dans leur révolution. Robert Trewman publie : The Principles of Freemasonry Delimeated. On peut y lire l’adresse performative suivante aux Français : « Toi, notre frère, natif et sujet d’un autre royaume, puissant et éclairé, en entrant dans notre Ordre, tu viens de contracter des liens sacrés et amicaux avec des milliers de maçons dans cette nation et bien d’autres. Souviens-toi toujours que l’Ordre dans lequel tu viens d’entrer exige de toi que tu considères le monde comme une grande république dont toutes les nations constituent une seule famille, et dont tous les individus sont les enfants. C’est pourquoi, lorsque tu reviendras dans ton pays, prends garde à ce que le champ de tes amitiés ne se limite pas au champ étroit de ta nation ou de religions particulières, mais soit réellement universel et s’étende à toutes les branches de la race humaine ».

Le Saint Empire dont parlent les francs-maçons, et qu’ils veulent instaurer par leur travail et leur exemplarité, en toute humilité, conscients que la tâche exige désir, volonté et persévérance, est le Saint Empire de l’Esprit et de l’Amour qui seul est capable de rassembler les hommes. En effet l’Ordre maçonnique repose avant tout sur la fraternité, sommet du perron de la république selon Victor Hugo. Nous ne pouvons que souhaiter l’avènement de cet empire.

 

                                            Jean-François Guerry.

COMMUNIQUÉ

Mare Nostrum, la loge de recherche Méditerranée de la Grande Loge de France organise, le samedi 13 juin au Château Saint-Antoine, une tenue exceptionnelle ouverte aux Frères de toutes les obédiences avec deux conférences sur le thème suivant :
 
La diffusion de la Franc-Maçonnerie
dans l'espace méditerranéen au XIXe siècle

 
Vous trouverez ci-dessous l'invitation du Vénérable Maître Eric Tortelier, invitation sur laquelle il vous suffit de cliquer pour vous inscrire.
 

DU BLOG DE JEAN DUMONTEIL : SENTIMENT OCÉANIQUE

 
L’ineffable et l’indicible

Tous les silences n’ont pas la même source ni le même estuaire. Nous les confondons pourtant. Nous disons : « je ne peux pas le dire » comme si toutes impossibilités de parole se ressemblaient. Non, l’ineffable n’est pas l’indicible et les deux mots expriment des expériences de silence bien différentes.

L’ineffable est ce qui déborde. C’est la beauté qui coupe le souffle, l’amour qui excède les mots ou la présence qui ne se laisse pas enfermer. Ce n’est pas que nous manquions de langage. C’est que le langage est trop étroit. Alors le silence n’est pas une défaite. Il révèle une justesse qui ouvre à la contemplation.

L’indicible est d’une autre nature. Il peut être le poids d’une douleur, une mémoire trop lourde, ou une vérité qu’on n’ose point porter jusqu’à la parole. Ce n’est pas le trop plein de lumière. C’est même parfois un excès d’ombre, et le silence dès lors n’est plus un accomplissement. Il devient une limite.

Ne confonds pas l’ineffable et l’indicible. Tu risques de prendre l’obscurité pour du mystère ou de réduire le mystère à l’obscur. L’ineffable est ce qui nous dépasse. L’indicible, ce qui nous retient, ce qu’on ne peut nommer… mais, peut-être , un empêchement qui attend un jour d’être traversé et de trouver un ciel vers l’ineffable. Car s’il existe un silence qui manque de mots, il en est un autre qui n’en a plus besoin.

UN SITE À SUIVRE

https://www.lecompasdansloeil.org

cliquez sur les images.

LE RETOUR DES EMPIRES EN PIRE ?
LE RETOUR DES EMPIRES EN PIRE ?
LE RETOUR DES EMPIRES EN PIRE ?
LE RETOUR DES EMPIRES EN PIRE ?
QUE LA LUMIÈRE DE L'ORDRE ET DE L'AMOUR RÈGNE SUR LE MONDE.
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Publié le par Jean-François Guerry
Edgar Morin

Edgar Morin

Edgar Morin- Hommage, Réflexion, Analogies.

 

Dans une société qui veut tout radicaliser, tout simplifier, la force de la pensée d’Edgar Morin, humaniste et philosophe de la complexité, peut-elle nous inspirer et nous aider à élever notre esprit ? Alors que nombreux sont ceux qui, pleins de certitudes, les détenteurs de la vérité et des solutions les plus simples, ceux qui croient que leur arrogance, édifiée en pseudo charisme, suffira à résoudre tous les problèmes sociétaux, j’ai toujours été frappé par l’humilité généreuse et constructrice d’Edgar Morin.

Le mot essentiel que je retiens de lui est : « Reliance ». Il s’impose dans sa pensée réformatrice et constructive. Alors que nous passons notre temps à nous séparer, non pas pour nous extraire de l’ordinaire et nous élever vers plus haut que nous, mais pour nous diviser et nous fracturer, Morin nous invitait à nous relier, à réformer notre pensée. Il écrivait : « Le vrai problème, c’est que nous avons trop bien appris à séparer. Il vaut mieux apprendre à relier. Relier, c’est-à-dire pas établir bout à bout une connexion, mais une connexion qui se fasse en boucle ».

Dans l’athanor alchimique complexe d’une loge maçonnique, les sœurs et les frères en sont les éléments différents, mais possèdent en eux ce désir de « reliance ». Ce désir se voit dans leurs regards quand le Vénérable Maître énonce cette injonction performative : « Tournons notre regard vers la Lumière ». C’est à cet instant que se créé une boucle spirituelle enrichie par les différents anneaux qui la compose.

Edgar Morin faisait le constat qu’il faut penser le tout avant ses parties. Il fallait donc une étude des systèmes qui composent l’organisme vivant, c’est-à-dire la société.

En usant, sans abuser de l’analogie qui est la clé de la nature, nous pouvons oser dire : que la Franc-maçonnerie est un organisme vivant plus que tricentenaire et qu’elle vit grâce à son système de transmission qu’est le rite, nourri par les mythes, les légendes, les symboles, qui offrent à penser en permanence, de manière individuelle, sur des valeurs morales universelles. C’est une forêt vivante qui respire et croît sans cesse. Quand des branches mortes tombent à terre, elles constituent l’humus qui fait monter une sève nouvelle dans les jeunes rameaux. Edgard Morin dit : « Le tout est plus que la somme des parties » car « Il existe des qualités émergentes, c’est-à-dire qui naissent de l’organisation d’un tout et qui peuvent rétroagir sur les parties » il ajoute en même temps : « le tout est également moins que la somme des parties, car les parties peuvent avoir des qualités qui sont inhibées par l’organisation de l’ensemble ». Levinas parlait du risque dictatorial de la bureaucratie.

La Franc-maçonnerie a développé cette sagesse spécifique de valorisation du perfectionnement de la personnalité humaine, personnalité qui dépasse l’individualité. Ce perfectionnement est potentialisé par le travail collectif en loge. Ainsi, le système n’inhibe pas, mais révèle, développe et augmente la spiritualité de l’individu qui devient une personne. Ce « miracle maçonnique » est possible, parce que la Franc-maçonnerie est un ordre initiatique dont la base est la fraternité. La construction du Temple Maçonnique repose sur d’abord les deux colonnes extérieures que sont la force, qui est en nous, et l’établissement actif et créatif. Mais aussi, le Maçon saura avec le temps, face aux événements de la vie, se placer entre les colonnes de la loi et celle de l’amour.

Edgar Morin, pense suivant le système hologrammatique qui s’inspire de la technologie permettant la reproduction en trois dimensions d’une image, principe qui dit que le tout est dans la partie et que la partie est dans le tout. Nous dirions que le tout est dans l’un et que l’un est le tout, que le multiple est dans l’un. Tout système se caractérise et est dynamique grâce à ses boucles rétroactives et récursives.

Ce sont les hommes qui font la société, mais la société ne produit que des individus. J’ai la conviction ferme que la Franc-maçonnerie est une voie initiatique qui participe à la métamorphose de l’individu en personne éthique, c’est-à-dire capable de pratiquer la vie bonne. La Franc-maçonnerie humanise l’homme. De surcroît, elle lui permet de réagir en humain face aux événements de la vie.

Edgar Morin, énonce également le principe dialogique de l’ordre et du désordre. L’Ordo Ab Chao du système maçonnique écossais. L’enjeu pour Morin est d’extraire du nouveau bien. Nous pourrions dire : « Lux ex tenebris », tenter de sortir l’homme de ses ténèbres pour le mettre sur la voie initiatique de la Lumière, faire ne sorte, ici et maintenant, de résoudre le principe de dualité – bien/mal. Edgar Morin parle d’un arrachement du chaos, de lutte contre son propre dépérissement, contre la mort ; plus précisément, je dirais contre la vraie mort, la mort spirituelle.

En conclusion temporaire, il émet toujours, avec cette humilité qui est celle des grands initiés et des hommes de bien, « le principe d’incertitude », que nous pouvons mettre en correspondance avec la maxime du taciturne pleine d’espérance : « Il n’est pas nécessaire de réussir pour … ». Morin écrit : « L’incertitude contient en elle le danger et aussi l’espoir… » Je rajouterais que même quand il n’y a plus d’espoir, il y a toujours l’espérance ! Le franc-maçon humble, navigue, voyage dans un océan d’incertitudes ; il est sorti de la caverne obscure de ses certitudes. Néanmoins, comme Ulysse, il ne s’arrête pas en chemin dans les bras de la belle Calypso renonçant à la facilité et la volupté de devenir immortel. Il assume son état d’homme mortel dans la société et navigue vers son Ithaque spirituelle.

 

                                            Jean-François Guerry.      

Il est des lumières qui brillent toujours
Edgar Morin- Hommage, Réflexion, Analogies.

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Publié le par Élie Vidrequin

SE RASSEMBLER … 

            SANS S'AGGLOMÉRER … 

                        DANS LES VOIES QUI NOUS SONT TRACÉES. 

"Le temps est venu de nous unir avec nos mains et nos cœurs, en fraternité … Pas de fraternité sans Chaîne d'Union", nous enseigne Jean-François Guerry qui complète sa pédagogie maçonnique par la rupture d'apparence entre Platon et Aristote magistralement illustrée d'un trait par Raphaël dans la célèbre fresque "L'école d'Athènes". 

Raphaël l'école d'Athènes détail du tableau : Platon et Aristote

Platon, l'idéaliste, tend le doigt vers le ciel, Aristote, le réaliste, vers la terre. Platon, l'homme des Idées, veut parvenir à contempler les modèles éternels, immuables, dans un ciel où n'accèdent que les yeux de l'âme. Aristote, l'homme des faits, veut comprendre comment ceux-ci s'agencent, s'engendrent, s'enchaînent, comment ils évoluent et disparaissent. Somme toute, l'un cherche une vérité préexistante, l'autre s'efforce de construire la nôtre. Et cette opposition prend d'autres formes encore. Platon voudrait refaire le monde, Aristote se contente de le classer. Le premier, l'utopiste, vire au révolutionnaire, le second, le réaliste, sera volontiers réformateur, soucieux de ne pas bouleverser radicalement l'ordre social. Platon est facilement extrémiste, Aristote globalement modéré.  

Finalement, ces deux géants sont-ils aussi antagonistes qu'on l'a dit ? Malgré une part de vérité, l'opposition est simplificatrice. La réalité, comme toujours, est plus complexe. Si Aristote juge que Platon s'égare en forgeant ce monde qui ne correspond à rien, qui n'est fait que de mots, s'il prône le retour sur terre, il n'oublie pas les leçons du maître, quitte à les transposer et les transformer. Le disciple, même rebelle, se veut le continuateur de la démarche, non son destructeur. Il rompt en se voulant plus fidèle au projet de Platon que Platon lui-même. Car Aristote va s'appliquer à trouver l'universel en ce monde, dans ses régularités et ses lois, sans jamais faire dériver la réalité que nous connaissons d'un Principe extérieur ou supérieur. 

De retour dans le monde profane, nous avons promis de "poursuivre au-dehors l'œuvre commencée dans le Temple" mais "Le vrai livre de sagesse nous force à en rabattre" est une heureuse citation que j'aimerais compléter par "Les matinaux" de René Char : "La sagesse est de ne pas s'agglomérer mais, dans la création et dans la nature communes, de trouver notre nombre, notre réciprocité, nos différences, notre passage, notre vérité, et ce peu de désespoir qui en est l'aiguillon et le mouvant brouillard". 

François Cassingea-Trévedy justifie ainsi notre choix parmi les "voies qui nous sont tracées" :  "Comme mes pensées ne sont pas vos pensées et comme mes voies ne sont pas vos voies, ma géométrie n'est pas votre géométrie et mon cercle à moi n'est pas le vôtre, et le point à partir duquel je construis mon cercle n'est pas celui que vous prenez ordinairement pour milieu." (Les voix contagieuses) 

Elie Vidrequin  

LA LUMIÈRE DE L'ESPRIT ÉCLAIRE LE MONDE ET TOUS LES HOMMES ENCORE FAUT-IL OUVRIR SES BRAS ET SES YEUX POUR L'ACCUEILLIR.
Jean-François Guerry.
SE RASSEMBLER...SANS S'AGGLOMÉRER....LES VOIES QUI NOUS SONT TRACÉES.

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Publié le par Jean-François Guerry
L’ASCÈSE
L’ASCÈSE

L’ASCÈSE

 

L’ascèse voie vers la spiritualité, n’est pas exclusivement une pratique mystique loin du monde, comme celle des Pères du désert ou des Chartreux dans leurs cellules. Elle peut être individuelle et collective, un mouvement intérieur de l’âme qui accueille l’esprit, un retrait en soi, sans être une retraite solitaire. L’ascèse maçonnique se fait avec l’autre, elle commence par un regard dans la même direction. « Mes frères tournez votre regard vers le centre de la loge ». L’ascèse maçonnique est un projet de construction de monde, d’un monde différent, d’un monde qui se convertit à la spiritualité. Elle est élan, essor, voie spirituelle, elle impose une construction nouvelle dans un monde nouveau. Si l’architecte incarne, montre la voie, donne la lumière, inspire, les murs porteurs, les colonnes de la construction supposent une vision collective de la transcendance. Le plan ne saurait être mis en œuvre sans la communauté fraternelle des ouvriers.

L’amour que les ouvriers se portent mutuellement est le premier pas, la première pierre taillée dans la carrière, c’est le premier effort, de regarder l’autre, avant même de construire une œuvre spirituelle. Voir dans l’autre toutes les valeurs qui sont en lui, c’est une véritable ascèse. L’ascèse maçonnique, c’est être capable d’élever notre conscience certes, mais avant toute chose, c’est d’aller vers l’autre là est l’humanité. Sans ce préalable la spiritualité est dérisoire et stérile, elle n’est que démesure de l’ego, préjugés, et a priori. La franc-maçonnerie n’impose aucune limite à la recherche de la vérité, comment dès lors pourrions-nous renoncer à écouter l’autre et nous rapprocher sans se confondre. L’ascèse c’est ouvrir son regard sur l’autre, c’est notre responsabilité fraternelle, notre Devoir. C’est réalisation de l’éthique qui ouvre la voie à la vie bonne.

Jean-François Guerry.

 

HUMOUR 
L’ASCÈSE
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Publié le par Jean-François Guerry
L'homme construit des temples en imitant la nature et l'homme. Ils sont structurés selon le corps humain.Temple de Karnak, Temple Hindou

L'homme construit des temples en imitant la nature et l'homme. Ils sont structurés selon le corps humain.Temple de Karnak, Temple Hindou

LES HASTAS MAÇONNIQUES ?

En Inde, les « hastas » sont le langage des mains. Ce langage est pratiqué dans la danse sacrée nommée « Bharata Natyam », qui a cours dans le sud-est du pays. La danse devient un corpus pédagogique en même temps qu’un langage, un art de vivre et une expression de l’invisible. Elle contient des postures du corps, des mouvements de la tête et des yeux, des pas de base, les « adavus », ainsi que des positions des mains, les « mudras », qui sont l’expression de la narration d’une pensée. Cette danse traditionnelle fait partie d’une ascèse spirituelle.

Le Verbe, en Franc-maçonnerie, est essentiel, dans le sens d’essence : il est création, lumière, parole. Mais il est indéniable que l’homme est corps, âme et esprit ; le corps et les expressions corporelles ne sauraient être exclus du processus initiatique, où la gestuelle a donc toute sa place. D’ailleurs, il est factuel que l’initiation commence par le corps, par les épreuves corporelles. L’individu, pour être un et harmonieux, doit associer sans rupture le corps et l’esprit. Les rituels maçonniques sont remplis d’expressions corporelles en rapport avec les enseignements de chaque degré ; les instructions maçonniques commencent le plus souvent par l’apprentissage de la gestuelle nécessaire pour être reconnu « pour tel », suivant l’adage : « Il faut joindre le geste à la parole et la parole au geste. »

Dans l’Antiquité, les écoles de pensée s’exprimaient au gymnase, qui a pris aujourd’hui une tout autre signification. Nous avons pourtant conservé l’expression : « Mens sana in corpore sano. »

Le travail maçonnique, avec ses outils symboliques, a besoin du corps. Comment saisir un maillet, un ciseau, une règle, un compas sans l’aide de notre corps ? Comment tracer les plans d’un ouvrage autrement qu’avec l’aide de sa main ? Comment marcher dans une enceinte sacrée, dans un temple, sans connaître les pas et leur sens ? La gestuelle de l’apprenti silencieux est indispensable à sa reconnaissance. Et puis, quand nous avons perdu la Parole, que nous reste-t-il si ce n’est les gestes ? Avons-nous besoin de la parole pour communier dans la chaîne d’union fraternelle ? Comment pourrions-nous construire en nous une cathédrale, un temple spirituel, si les deux colonnes que forment nos jambes étaient de travers ?

De nombreux ouvrages ont traité de la symbolique du corps humain, en particulier celui d’Annick de Souzenelle, Le Symbolisme du corps humain :

« Le corps a un langage par lequel il exprime sa jouissance et ses souffrances, mais il est aussi lui-même un langage en soi, un “livre de chair”. Apprendre à lire le corps, c'est être attentif à son dessin, savoir décrypter les formes du labyrinthe anatomique ; c'est aussi entendre ce que nous disent les grands mythes de l'humanité sur la nature et la fonction subtile de chacun des organes ; c'est enfin, nous dit Annick de Souzenelle, redécouvrir l'Arbre des kabbalistes, car si l'homme est “créé à l'image de Dieu”, l'image de son corps doit être lue comme le reflet terrestre de cet “Arbre de Vie” dont nous parle la tradition de la Kabbale. »

Dans ses sermons sur Le Cantique des cantiques, saint Bernard déclare : « Le corps reçoit et diffuse, par les membres et les sens, la lumière de l’esprit ; celle-ci brille dans chaque acte, dans la parole, le regard, la démarche, le rire mêlé de gravité et plein d’honnêteté. »

Si nous considérons qu’à force de travail initiatique, d’ascèse, nous avons transformé notre corps en un temple capable d’accueillir la lumière de l’esprit, nos yeux en sont les vitraux, nos mains les cruches porteuses de la rosée céleste. Par nos actes, paroles et gestes, nous sommes en capacité d’accueillir, d’approcher la vraie lumière. Seul un corps fort et vigoureux peut entreprendre l’ascension de la montagne pour apercevoir la descente de la Jérusalem céleste annoncée par Jean.

Quand nous frappons dans nos mains, lors des batteries de deuil ou d’allégresse, nous réveillons nos esprits endormis pour célébrer nos anciens ou à la gloire du Grand Architecte de l’Univers ; nos battements de mains sont toujours un chant d’espérance.

Quand nous exécutons les pas symboliques, nous traçons la ligne droite de la vie, ses pas de côté, avec la main sur le cœur. C’est l’annonce de l’élévation de l’esprit, aussi radieux que jamais. En définitive, c’est la réalisation de l’unité, de l’harmonie entre le corps et l’esprit.

Jean-François Guerry.

Photo personnelle

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Publié le par Michel Levine
LES LUMIÈRES DU PASSÉ ÉCLAIRENT L'AVENIR
L'encyclique disparue.

 

 

 

 

   En 1937, le pape Pie XI, alarmé par la montée en puissance de l’Allemagne hitlérienne et la diffusion de ses thèses racistes et antisémites en Europe, publie l’encyclique Mit brennender Sorge(« avec une brûlante inquiétude ») qui dénonce ces menaces pesant sur le monde. Sa mise en garde est formulée avec une certaine prudence – ainsi, le souverain pontife ne s’oppose-t-il pas frontalement aux mesures antisémites hitlériennes, dont on sait par ailleurs qu’elles sont admises et même parfois justifiées au sein-même du Vatican par certaines congrégations, comme celle des Jésuites [1].

   Le 14 juillet 1938, un manifeste non signé intitulé «  Le fascisme et le problème de la race » paraît dans le quotidien romain Il giorrnale d’Italia pour être repris dans les premiers numéros de la revue raciste   la difesa della raza  « (la défense de la race ») Ce texte présenté comme le travail d’un groupe d’universitaires, aurait été en réalité rédigé presque exclusivement par Mussolini lui-même  .[2] On y affirme l’appartenance des Italiens a la « race aryenne » et la nécessité de mener une politique antisémite, spectaculaire revirement du régime qui servira d’argument de référence aux lois mussoliniennes promulguées à l'automne 1938   excluant les Juifs de la vie publique, professionnelle et sociale.

   Profondément préoccupé par ces évènements, Pie XI envisage de rédiger une nouvelle encyclique, portant également condamnation du racisme et de l’antisémitisme, mais cette fois de façon plus explicite et doctrinalement mieux structurée. Lors d’une audience privée avec John LaFarge, un jésuite américain engagé dans une lutte frontale contre la ségrégation des noirs aux États-Unis, il lui demande de rédiger le texte de cette encyclique en lui faisant cette recommandation : « Dites simplement ce que vous diriez si vous étiez pape vous-même ».

    Pour effectuer son travail, LaFarge fait appel à deux autres jésuites, Gustav Gundlac et Gustave Desbuquois. Le premier est un éminent théologien allemand connu du pape car il a participé à la rédaction de son encyclique Quadragesimo anno [3] . Antinazi convaincu, il possède de par sa nationalité une expertise très documentée sur le sujet. Le second, Gustave Desbuquois, un Français, animateur de l’Action populaire (mouvement de réflexion sociale catholique) sera très compétent pour traiter du volet social de l’encyclique.

   Les trois hommes entreprennent leurs travaux dans le plus grand secret – indispensable à ce genre d’entreprise - mais aussi parce que Gundlach vit lui-même sous la menace du régime nazi. C’est à Paris, au siège de la revue jésuite Etudes, que le texte est rédigé au cours de l’été 1938, alors que le monde bruisse des rumeurs de guerre. Malgré les précautions prises, la présence de Gundlach dans la capitale est dénoncée à Berlin par un familier des cercles du Vatican, Il est averti qu’il sera arrêté par les autorités nazies s’il retourne dans son pays.

      Fin septembre 1938, LaFarge se rend à Rome pour remettre trois versions du projet rédigées en français, en anglais et en allemand. Il se trouve qu’il ne les donne pas directement au Saint Père mais au Général des jésuites Vlodimir Ledóchowski.     

    Considérant leur mission terminée, les trois rédacteurs se séparent.et reprennent leurs activités habituelles. LaFarge repart poursuivre son combat contre la ségrégation aux États-Unis, Gundlach se consacre à son enseignement de la doctrine sociale de l’Eglise et Desbuquois continue d’exercer un rôle actif dans le catholicisme social français.  Liés par leur un vœu de silence, les trois auteurs attendent sereinement la promulgation de l’encyclique.

 

    Pie XI décède le 10 février 1939, sans que son encyclique ait été publiée.

    Que s’est-il passé ? Selon certaines rumeurs, Vladimir Ledóchowski, le Général des Jésuites, serait intervenu pour retarder la transmission du projet au souverain pontife. Alors à la tête del’Institut biblique pontifical (Pontificium Institutum Biblicum) [4]. Ledóchowski, obsédé par la menace communiste, est réticent à toute rupture avec le IIIè Reich, considérant que malgré ses excès, ce régime se comporte en défenseur de la chrétienté. Ainsi, deux ans auparavant, lorsqu’un article critique du fascisme est paru dans la revue jésuite américaine America, il a exigé le renvoi immédiat de son auteur pour le remplacer par un partisan déclaré du régime mussolinien. La lecture du projet d’encyclique, critiquant plus ouvertement le nazisme, a dû lui faire craindre d’entrainer une crise ouverte avec les pouvoirs politiques de Rome et de Berlin, d’où son peu d’empressement à le transmettre au souverain pontife Peut-être a-t-il agi avec l’accord de Mgr Pacelli, à l’époque secrétaire d'État du Vatican. Agir avec prudence et dans l’intérêt exclusif du monde des croyants, telle sera la pensée dominante qui guidera l’action de Mgr Pacelli, devenu pape sous le nom de Pie XII. Tout au long de la seconde guerre mondiale, usant de ses précieux talents de diplomate, le chef de l’église catholique prendra soin de ne jamais s’opposer frontalement aux puissances de l’Axe, les considérant lui aussi comme de précieux remparts face au communisme athée. Tenir cette conduite, considérée comme essentielle, le conduira à fermer pudiquement les yeux sur les crimes et les souffrances qui en seront le prix.  

  Au Saint-Siège, nul ne semble particulièrement se soucier de la disparition du projet d’encyclique.

 

    Il faudra attendre 1967 pour qu’on en entende parler à nouveau. Un  séminariste jésuite, Thomas Breslin, en cataloguant les papiers de John LaFarge, trouve des microfilms d’une partie du texte. Il les transmet au Woodstock College de Manhattan où ils vont encore dormir cinq ans avant qu’en 1972, Jim Castelli, un journaliste du National Catholic Reporter, les découvre et publie un article les concernant. Commentant le texte des microfilms, il suggère que Ledóchowski aurait discrètement retardé la transmission du projet au pape. L’article suscite un grand intérêt et des chercheurs demandent au journal de pouvoir en étudier les sources. Curieusement, les microfilms sont alors introuvables : la rédaction du National Catholic Reporter répond qu’elle n’a aucun microfilm en sa possession. C’est une réponse semblable que donne le père Lamalle, responsable à Rome des archives générales de la Compagnie de Jésus, quand on lui adresse des demandes de renseignements.

    Officiellement, ce texte n’existe donc pas, mais des témoignages viennent affirmer sa réalité. Des fragments en circulent dans quelques réseaux discrets ou l’on s’emploie à le reconstituer. Un jésuite néerlandais, Johannes Nota, parvient à se procurer une pièce précieuse :  un fragment de la version anglaise, d'une quinzaine de pages, traitant spécifiquement de la question de l'antisémitisme. Néanmoins, la connaissance de Humani Generis Unitas demeure encore lacunaire, fragmentée, partagée entre plusieurs chercheurs isolés.

   Enfin, deux chercheurs interviennent de façon efficace et définitive dans ce travail. Georges Passelecq, moine bénédictin de l'abbaye de Maredsous, en Belgique, est un ancien résistant et déporté. Bernard Suchecky un historien juif.   Patiemment, les deux hommes affrontent pesanteurs et silences afin de reconstituer les pièces du puzzle. En combinant les fragments obtenus par différents canaux — les papiers LaFarge, les témoignages de jésuites survivants et certaines recherches individuelles - ils parviennent à reconstituer le texte intégral du projet. Les résultats de leur travail sont publiés en 1995 aux éditions La Découverte [5].

    La lecture de cette d’encyclique éclaire les raisons pour lesquelles le Général des jésuites et le futur pape n’ont pas repris ce projet.

    Prenant pour titre un extrait de la phrase d’ouverture : Humani generis unitas  («L’unité du genre humain») le texte exprime une dénonciation sans appel des théories raciales,  considérées comme contraires à la foi chrétienne. Il pourfend aussi les maux de l’époque : libéralisme exacerbé, prosternation devant le dieu argent, inégalités sociales frappant particulièrement les plus démunis. Il met aussi en garde contre le faux remède que constitue la doctrine marxiste athée, par ailleurs déjà dénoncée dans son encyclique de 1937 Divini redemptoris. Le nationalisme y est également dénoncé, mais avec une moindre sévérité. 

    Pour ce qui est de l’antisémitisme en particulier, le texte présente quelques limites. S’il affirme que « Les persécutions dirigées contre un peuple en raison de son origine ou de sa race sont contraires à la justice et à la charité chrétienne. » il ne manque pas de rappeler ensuite que: « Le peuple juif, malgré les dons reçus, demeure dans une condition d’aveuglement spirituel tant qu’il ne reconnaît pas la vérité du Christ » On retrouve cette constante distinction propre à la doxa  ecclésiastique entre  le peuple juif que l’on se doit de protéger et  son aveuglement, sa faute initiale, qui demeurent condamnables et nécessitent sa conversion [6].

    On peut cependant considérer qu’Humani generis unitas exprime une prise de position plus avancée et plus explicite, plus engagée même, que celle de Mit brennender Sorge.  Son existence-même montre à l’évidence qu’à l’orée de la seconde guerre mondiale, au sein de l’institution ecclésiastique, des esprits éclairés avaient pris conscience de l’ampleur de la menace mortelle qui pesait sur le monde - en particulier sur les populations juives. On peut donc logiquement penser que l‘édition et la diffusion de Humani generis unitas auraient sans doute conduit la politique vaticane à dénoncer fermement fascisme et nazisme au lieu de de s’en accommoder au nom des intérêts supérieurs de l’Église, comme cela s’est malheureusement produit.

    La disparition de ce texte et de la voie qu’il aurait dû suivre procurent le goût amer d’un accomplissement manqué. 

   Michel Levine.

 

 

                                                 SOURCES

 

Bailey(Richard G.) «The Hidden Encyclical of Pius XI», Canadian Journal of History, vol. 36, n°2, 2001.

Commission biblique pontificale, Le peuple juif et ses Écritures saintes dans la Bible chrétienne, Vatican, Libreria Editrice Vaticana, 2001.

Connelly, John, From Enemy to Brother. The Revolution in Catholic Teaching on the Jews, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2012.

Gilbert(Maurice) L’Institut biblique pontifical : un siècle d’histoire (1909-2009), Rome, Pontificio Istituto Biblico, 2009

Kertzer(David I.)The Pope and Mussolini. The Secret History of Pius XI and the Rise of Fascism in Europe, New York, Random House, 2014.

Passelecq(Georges), Suchecky(Bernard)  L’Encyclique cachée de Pie XI. Une occasion manquée de l’Église face à l’antisémitisme, La Découverte, Paris, 1995 (comporte le texte du brouillon de Humani generis unitas)

Pollard(John) The Vatican and Italian Fascism, 1929-32, Cambridge, Cambridge University Press, 1985.

Robert(Michael), A History of Catholic Anti-Semitism. The Dark Side of the Church, New York, Palgrave Macmillan, 2008.

Valbousquet(Nina) Catholique et antisémite. Le réseau de Mgr Benigni, 1918-1934, Paris, CNRS Éditions, 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Ainsi, la revue jésuite La Civiltà Cattolica, mène une campagne antijuive virulente, recourant aux accusations de meurtre rituel, de complot économique en s’appuyant sur les thèses des Protocoles des Sages de Sion. 

[2] C’est tout du moins ce qu’affirme dans son journal le ministre des affaires  étrangères  Galeazzo Ciano, gendre du Duce.

2Promulguée en 1931, en pleine dépression économique, cette encyclique visait à restaurer un ordre social conforme aux préceptes évangéliques.

 

[4] Cette institution a été   fondé en 1909 par Pie X dans le contexte tendu de la crise moderniste de l’Église

[5] Voir bibliographie en fin de volume

[6] Il faudra attendre l’année 1965 et la déclaration Nostra Aetate du concile Vatican II pour que disparaisse de l’enseignement officiel catholique la. désignation des Juifs  comme » peuple déicide »

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