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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le
LA MORT ASSISTÉE-
Les Soeurs et les Frères des obédiences maçonniques ont été consultés à propos de "La mort assistée". Le philosophe Michaël Fœssel a écrit sur ce thème en 2023 dans la Revue Esprit un point de vue qui mérite d'être pris en compte parmi d'autres.

Jean-François Guerry

Michaël Fœssel.

Michaël Fœssel.

 

La mort en guise de consolation ?

Dans les sociétés sécularisées, le suicide assisté est d’abord la demande d’interruption d’une souffrance dont le fait même est intolérable, car il ne trouve plus à s’inscrire dans les récits qui lui apportaient sens et justification. La mort se présente alors comme une solution, ce qui risque de nous réconcilier à bon compte avec les incertitudes qui la définissent.


Décembre 2023 
  

Le sujet de la fin de vie, surtout lorsqu’il est abordé dans le contexte d’un projet législatif, est l’un de ceux sur lesquels il est difficile de prendre des positions fermes, et pourtant, des positions tranchées sont attendues. De là le recours presque systématique à des abstractions : le devoir de la société de maintenir des interdits contre le droit de l’individu à décider de sa propre mort ; la finalité thérapeutique de la médecine contre l’exigence de mettre un terme aux souffrances ; la valeur de la vie contre la dignité de l’existence.

Il faut commencer par rappeler la raison des scrupules qui apparaissent dès lors qu’il est question de la mort, la sienne comme celle des autres. Le mourir se caractérise au plus haut point par l’absence d’évidence. Si la mort se laisse décrire, expliquer et même anticiper comme fait objectif, c’est-à-dire comme décès, la certitude du mourir est une certitude sans contenu. À ces scrupules de nature ontologique s’ajoutent ceux liés à l’exigence d’une législation sur ce qui apparaît de prime abord indécidable : peut-on décider collectivement d’une légalisation de l’euthanasie ou du suicide assisté ? Ou bien le politique doit-il, ici, avouer son impuissance ? La mort, désormais largement médicalisée, se laisse-t-elle aussi aisément judiciariser ? Peut-on, enfin, passer sans aporie du singulier (cette figure de la souffrance intolérable) à l’universel (une procédure qui décide par avance des cas où une intervention médicale à caractère létal est admise) ? La mort n’est pas seulement à chaque fois singulière ; elle est ce qui contribue le plus puissamment à singulariser les individus, dans la mesure où mourir est une épreuve qui ne se délègue pas.

Le nœud des paradoxes réside dans la notion de « suicide assisté ». Cette notion consacre un mixte d’autonomie (la figure stoïcienne du héros qui choisit librement sa mort) et d’hétéronomie (la nécessité de s’en remettre à un autre, institutionnel et technique, pour accomplir l’acte qui mettra un terme aux souffrances). C’est peut-être la difficulté la plus grande : en même temps que l’on affirme les droits de l’individu, on délègue à l’institution médicale le soin de faciliter l’acte de donner la mort (suicide assisté) ou le pouvoir de le réaliser (euthanasie active). C’est donc sur le terrain d’une vulnérabilité extrême que se manifeste l’ultime revendication d’autonomie.

Le consolateur et l’affligé

Pour essayer de mettre en forme ces perplexités – davantage que pour en sortir –, je propose de m’inscrire dans les pas de Paul Ricœur sur le rapport entre soins palliatifs et euthanasie1. Il s’agit d’envisager l’accompagnement de la fin de vie par un autre biais que celui de la question des derniers traitements à prodiguer à un mourant : celui de la consolation.

Ricœur pose le problème dans son caractère aigu : que signifie « soigner sans espoir de guérir » ? En d’autres termes, comment agir lorsqu’il n’y a plus rien à faire ? En cherchant à introduire du possible dans l’impossible, cette question rapproche le problème de la fin de vie de celui de la consolation. En effet, la consolation, comme acte et comme besoin, répond moins à la souffrance comme telle qu’à la perte éprouvée comme scandale : le consolateur ne soulage pas la souffrance, mais la « souffrance de la souffrance », disait Georg Simmel. Le consolateur ne vit pas la souffrance de l’affligé, mais il tente de traverser la distance qui le sépare de lui. Jusqu’à un certain point, on peut dire que les proches, mais aussi les soignants du mourant, se situent dans une situation comparable. Ils doivent se porter à une conscience de la souffrance de l’autre qui n’a pas le même caractère évident que la souffrance vécue.

La séparation entre le consolateur et l’affligé n’est pourtant pas un abîme ; elle est au contraire ce qui porte la souffrance au monde et au langage, même si c’est par l’intermédiaire d’un autre. Ricœur considère que c’est par l’intermédiaire du regard du médecin (il pense aux soins palliatifs) que la différence entre l’agonisant, qui lutte pour la vie jusqu’à la mort, et le moribond, qui est vu comme déjà mort, apparaît. Cette médiation médicale entérine la séparation, mais ne l’élève pas au rang de différence absolue. Partage certes, mais de quoi ? De manière énigmatique, Ricœur répond : « d’un mouvement de transcendance dans l’immanence » – l’agonisant révèle à celui qui le regarde avec sollicitude sa propre condition de mortel. L’humanité du mourant est vaincue et pourtant inentamée. La sollicitude pour lui manifeste une solidarité dans l’asymétrie2.

Il n’y a pas de consolation sans désolation, de même qu’il n’y a pas de problème de la fin de vie sans prise en compte de l’affliction qui affecte l’agonisant. Mais la désolation a une dimension historique. On ne peut aborder la mort comme une réalité intemporelle qu’il faudrait affronter hors de tout contexte : on ne meurt qu’une fois, certes, mais jamais pour la première fois. Il est possible, jusqu’à un certain point, de caractériser notre rapport à la mort en établissant un parallèle avec celui que nous entretenons avec la consolation.

L’affirmation de l’écrivain Stig Dagerman, « notre besoin de consolation est impossible à rassasier », est une affirmation, certes générale, mais typiquement moderne. Les Temps modernes se caractérisent en effet par un affaiblissement des grands ordres philosophiques de la consolation : Dieu, nature, communauté. On citerait aussi bien, réunissant tous ces modèles, la sagesse, qui n’apparaît plus comme un savoir susceptible d’apaiser ou de réconforter face aux souffrances extrêmes. Longtemps, la philosophie a prétendu être le principal instrument de consolation : c’est le cas pour Socrate et plus encore dans le stoïcisme ou chez Boèce3. Or le savoir moderne, en devenant objectif et scientifique, perd sa prétention à établir un rempart entre l’individu et les accidents de la vie. Plus précisément, il est privé de sa capacité à réinscrire l’expérience singulière dans un ordre qui lui donne sens et finalité. Ce qu’il gagne en exactitude, il le perd en puissance de réconfort4.

Pire que la mort

Cette historicité de la consolation se retrouve dans les problèmes liés à l’institutionnalisation de la fin de vie. Pascal écrit : « Mort soudaine seule à craindre, et c’est pourquoi les confesseurs demeurent chez les Grands5. » La présence des confesseurs chez les Grands est comme le symptôme d’une angoisse typiquement religieuse, en tout cas chrétienne, celle de mourir sans avoir disposé du temps nécessaire à la pénitence et à l’aveu des fautes. La certitude dont Pascal se réclame encore, bien que toute son œuvre anticipe son affaiblissement, est qu’il est possible en droit de ne pas mourir seul : ce sont uniquement les circonstances d’une mort subite qui placent le sujet devant la menace d’une disparition sans pardon. De ce point de vue, une longue souffrance est préférable à une mort « soudaine », car elle figure le temps de la pénitence, comme un rappel de la proximité du Jugement. La critique pascalienne du divertissement, donc des fausses consolations, se comprend sur la base de cette apologie de la mort lente – ennui et souffrance sont, en même temps que des épreuves de la misère humaine, des conditions de la rédemption.

Nous sommes bien loin, aujourd’hui, de penser que la « mort soudaine » est « seule à craindre ». Dans son article sur l’accompagnement de la fin de vie, Ricœur insiste sur le caractère devenu intolérable des discours doloristes qui instaurent la souffrance en signe d’un salut prochain. De même qu’il fallait « renoncer à Hegel » dans le champ de la philosophie de l’histoire6, il faut renoncer aux théodicées qui légitiment la souffrance interprétée comme la conséquence d’une faute. Les soins palliatifs et, dans une certaine mesure, l’euthanasie peuvent être interprétés comme une réplique à la logique de rétribution qui, longtemps, a associé les douleurs de l’agonie à un écho lointain du péché originel. Le rejet du dolorisme a du reste une origine commune avec celui qui nous forçait à renoncer à la théodicée historique.

À la croisée de la mort de Dieu et des tragédies historiques du xxe siècle se trouve une épreuve que nous pouvons nommer le « pire que la mort ». Les approches de la mort et de la souffrance ne peuvent plus, désormais, se soustraire à une confrontation avec les crimes sans équivalent perpétrés au xxe siècle. Ce qui est pire que la mort ne s’identifie plus, comme c’était le cas pour Pascal, à la damnation. Le pire que la mort ne se situe plus après le décès, dans une éternité de peines, mais avant lui, dans une souffrance qui ôte au mourant jusqu’à la possibilité de se rapporter à sa propre mort. Cette transformation profonde du paysage de la désolation explique les revendications sociales en matière de suicide assisté et d’euthanasie.

Le fait que le mourant soit abandonné par l’évidence du salut met la société face à la seule évidence qui demeure : celle du caractère indéniable, et pourtant encore trop souvent nié, de la souffrance.

Que quelque chose de pire que la mort puisse être vécu dans la souffrance, et pas seulement craint dans le tremblement, comme l’angoisse de ne pas être sauvé, rend la consolation et l’accompagnement de la fin de vie plus difficiles. En ce sens, le fait que le mourant soit abandonné par l’évidence du salut met la société face à la seule évidence qui demeure : celle du caractère indéniable, et pourtant encore trop souvent nié, de la souffrance. Cette souffrance, dont émane la demande de mettre un terme à la vie, n’est pas une simple douleur, car elle cesse d’être l’indice d’un mal à combattre. Il s’agit d’une souffrance qui ne fait signe vers rien, parce qu’elle n’est pas un symptôme, mais un fait dont la seule signification est d’être intolérable.

C’est en pensant à cette souffrance que Ricœur dénonce, à propos de l’acharnement thérapeutique, « le non-dit qui se cache derrière un geste qui ne sait pas s’arrêter7 ». Ricœur renvoie ce non-dit à une certaine absolutisation de la (sur)vie biologique, à laquelle tout mériterait d’être sacrifié. Mais on pourrait aussi penser au geste technique, dont est faite une grande partie de la médecine contemporaine. Nulle place pour la consolation ici : ce que l’on exige, c’est la guérison ou, à défaut, la survie biologique du patient. Il existe un lien entre l’acharnement thérapeutique et le refus de la consolation comme divertissement : la souffrance est toujours présumée être du côté de la vérité, tandis que le réconfort relèverait d’une forme d’évitement de conscience. 

Les institutions de la consolation

D’où une question inédite : peut-on offrir activement la mort en guise de consolation ? La souffrance nue, insensée et contre-finale constitue un démenti aux consolations antiques qui visaient à établir entre le sujet et sa mort prochaine un rapport d’indifférence. C’est en particulier le cas de la morale stoïcienne qu’on mobilise souvent, mais à tort, pour justifier la légalisation de l’euthanasie. Nous n’en sommes plus, aujourd’hui, à la revendication de la mort comme choix héroïque manifestant la liberté ; la demande d’interruption de la vie est, pour nous, d’abord une demande d’interruption de la souffrance. Là où le suicide des stoïciens marquait le triomphe de l’autonomie, les débats contemporains sur la fin de vie font paraître, au cœur de l’autonomie, une hétéronomie fondamentale.

Reste-t-il pourtant quelque chose de l’idéal stoïcien dans l’exigence de voir aujourd’hui légalisée l’euthanasie ? Pour répondre à cette question, il faut se référer à un autre croisement entre la question de la fin de vie et le problème de la consolation : tous deux se situent à la jonction de l’intime et du politique. En effet, la consolation se place dans un champ qui excède le partage entre l’individuel et le collectif. Il existe des deuils personnels qui s’articulent à des deuils collectifs, d’autres qui se voient dénier leur caractère public, lorsqu’on interdit à une communauté de pleurer ses morts. La consolation est une tentative privée qui engage parfois tout un cérémonial collectif : il y a des institutions de la consolation (les « pleureuses » à Rome). Ce point de rencontre nous rappelle que la mort, même si elle est à chaque fois un événement singulier pour le mourant, est aussi un phénomène social.

De ce point de vue, il est non seulement inévitable, mais aussi souhaitable, que les questions du suicide assisté et de l’euthanasie se posent dans des sociétés sécularisées, c’est-à-dire des sociétés où l’enjeu de la mort n’est plus d’abord le salut, mais la dignité de la vie humaine. Que les institutions prennent en charge la question de la mort ne doit pas heurter davantage que le fait qu’elles assument une fonction de consolation ou de commémoration : cela rappelle leur finitude, c’est-à-dire leur lien avec la perte d’un savoir absolu sur ce que signifie être ensemble. La question qui se pose est plutôt de savoir si la légalisation de l’euthanasie constitue une réponse adéquate à cet accueil politique des incertitudes liées à la mort. Le risque est que la légalisation se cale sur une gestion de la mort plutôt que sur une reconnaissance du caractère intolérable de certaines souffrances.

Ricœur plaçait l’acharnement thérapeutique et la légalisation de l’euthanasie sous un même soupçon : il s’agirait là de deux « tentations de faire le bien8 ». Par différence avec les soins palliatifs comme démarche en vue du moindre mal, l’euthanasie active manifesterait un souci de ramener la fin de vie aux dimensions d’un problème qu’il est possible de résoudre techniquement au nom d’un idéal de la vie digne.

Politiquement, cette « tentation de faire le bien » est problématique, même s’il appartient à la liberté de l’individu de décider des conditions dans lesquelles sa vie demeure vivable. Présentée comme une solution à la souffrance, la mort administrée par le corps médical prend le risque de nous réconcilier à trop bon compte avec l’incertitude foncière relative à ce que signifie mourir. La réconciliation promet davantage que la consolation puisqu’elle abolit purement et simplement la souffrance. Mais ce qu’elle promet, est-elle en mesure de le tenir ?

  • 1. Paul Ricœur, « Accompagner la vie jusqu’à la mort » [2000], Esprit, mars-avril 2006. L’article de Michaël Fœssel est issu d’une intervention pour l’association Paul Ricœur le 14 janvier 2023.
  • 2. P. Ricœur, Vivant jusqu’à la mort, suivi de Fragments, préface d’Olivier Abel, Paris, Seuil, coll. « La couleur des idées », 2007 (rééd. « Points essais », 2019).
  • 3. Voir Boèce, La Consolation de philosophie [vers 526], éd. Jean-Yves Guillaumin, Paris, Les Belles Lettres, coll. « La roue à livres », 2002.
  • 4. Je me permets de renvoyer à Michaël Fœssel, Le Temps de la consolation, Paris, Seuil, coll. « L’ordre philosophique », 2015 (rééd. « Points essais », 2017).
  • 5. Blaise Pascal, Pensées. Opuscules et lettres, éd. Philippe Sellier, Paris, Classiques Garnier, coll. « Bibliothèque du xviie siècle », 2010, pensée 781, p. 622.
  • 6. P. Ricœur, Temps et récit, t. III, Le temps raconté, Paris, Seuil, coll. « L’ordre philosophique », 1985, partie II, ch. 6, p. 280-299.
  • 7. P. Ricœur, « Accompagner la vie jusqu’à la mort », art.cité, p. 319.
  • 8. P. Ricœur, « Accompagner la vie jusqu’à la mort », art.cité, p. 318.

 

 

Source REVUE ESPRIT - Décembre 2023. 

LA MORT ASSISTÉE-

Un geste ou une parole devraient suffire, et pourtant… Consoler est une activité difficile qui implique de prendre la parole sur une souffrance que l’on ne partage pas, mais à laquelle on cherche à prendre part. Comment, sans la trahir, se frayer un chemin jusqu’à l’intimité de l’autre ? Quels mots employer qui ne suscitent pas le soupçon ?

Ces questions relèvent aujourd’hui de la psychologie ou de la religion. Pourtant, la philosophie a longtemps été un baume pour les douleurs humaines. De Platon à Boèce en passant par les stoïciens, la raison s’impose comme la grande consolatrice. En s’appuyant sur cette tradition, ce livre propose dans un premier temps une grammaire de la consolation. Acte social qui mobilise le langage, la consolation dit quelque chose de la condition humaine. Si elle ne résorbe pas la souffrance, elle répond à la « souffrance de la souffrance » qui est solitude, honte ou culpabilité. Le consolateur apprend à vivre au-delà du point où cela semble impossible.

Si l’homme est un animal qui a besoin de consolation, il reste que la philosophie moderne semble avoir abandonné le projet de satisfaire ce désir. Nous ne croyons plus qu’il existe un savoir qui, à lui seul, permette d’affronter les tourments de la vie. Cette défiance constitue un événement dont ce livre, dans sa deuxième partie, retrace l’histoire. L’auteur montre que nous vivons le « temps de la consolation », c’est-à-dire un temps marqué par la perte des modèles communautaires, rationnels et amoureux qui justifiaient l’existence face au pire. Repenser la consolation, c’est éviter le double écueil de la restauration de ces anciens modèles et du renoncement mélancolique au sens.

 

Michaël Fœssel, né en 1974, est philosophe, maître de conférences à l’université de Bourgogne et professeur à l’École polytechnique. Il est notamment l’auteur de La Privation de l’intime (Seuil, 2008) et d’ Après la fin du monde. Critique de la raison apocalyptique (Seuil, 2012).

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Publié le par JF GUERRY
 


Samedi 7 mars 2026
Château Saint-Antoine
Marseille
10 heures - 17 heures



XVes Rencontres

Académie Maçonnique Provence





Retour au Centre :

L'égo, le mental, la conscience
 
 
Ma Très Chère Sœur,
Mon Très Cher Frère,

 
Les portes sont en dedans... encore convient-il de les pousser pour ne pas rester sur le seuil et aller au Centre pour se trouver, se retrouver dans l'Unité.
Notre boussole indique une seule direction, celle du Coeur.

 
À l'occasion des XVᵉˢ Rencontres de l'Académie Maçonnique Provence, nous avons aujourd'hui le plaisir de vous présenter notre première conférence de la journée :
 
De l’impersonnel au personnel

puis au supra-personnel,

le spirituel comme dynamique transpersonnelle
 
Mental, ego, moi, psychisme, âme, esprit, intériorité, subjectivité », liste loin d’être exhaustive... Nombreux sont les termes employés, souvent plus ou moins comme synonymes, pour évoquer l’organisation interne de l’être humain ; et, en la matière, chaque tradition (voire chaque auteur) possède son vocabulaire et ses notions plus ou moins spécifiques... Dans cette forêt obscure de mots et de représentations se pose la question de la « personne » humaine (avec ses vocables dérivés : « personnalité », « personnalisme », etc). À partir de ce nom d’origine latine façonné par des siècles d’histoire chrétienne et occidentale, la sphère « personnelle » renvoie à l’intériorité humaine dans toute sa richesse et sa complexité, entre corps, âme et esprit. Et Esprit ? Car le Divin peut, lui aussi, se faire « personnel »… ou non. Comment donc s’y retrouver ? 


Eric VINSON

Docteur en philosophie politique,
chercheur associé au laboratoire GSRL (EPHE-CNRS)


 
Docteur en philosophie politique, chercheur associé au laboratoire GSRL (EPHE-CNRS), Eric Vinson est un enseignant, formateur, consultant et journaliste français spécialisé sur le religieux, le spirituel et la laïcité, et en particulier sur l'implantation en Occident du bouddhisme himalayen. Thématiques sur lesquelles il enseigne notamment à l'Université de Bourgogne (religiologie), à l’Université catholique de Lyon (introduction au bouddhisme) et à l'Université Jean Moulin - Lyon 3. Directeur pédagogique de l’IEB (Institut d’Études Bouddhiques), il a notamment été responsable d’"Emouna, l’Amphi des religions », le programme de formation interreligieuse et laïque de Sciences Po.
 


 
L'abonnement annuel 2026 est maintenu à 35 € et te donnera accès gratuitement (hors repas) aux deux rencontres de l'année 2026 ainsi qu'aux manifestations organisées par les Académies de Lyon, Lille, Dijon, Toulouse et Paris.

Nous comptons sur ton abonnement annuel, qui te permet une économie substantielle de 30% et qui nous aide grandement à organiser en toute sécurité ces Rencontres réservées aux Frères et Sœurs Maîtres de toutes les obédiences.

Dans le cas d'un non-abonnement annuel, la participation aux frais pour chaque journée est de 25€. 

Dans les deux cas, les frais de restauration sont de 25 € comprenant le café d'accueil, le repas (entrée, plat, fromage, dessert, boissons, café) ainsi que le pot de départ, lors de la séance de dédicace avec les auteurs.

À l’issue des conférences, nous vous enverrons les textes des conférenciers de même que l'enregistrement intégral des conférences et des échanges qui suivront.

 
Merci de diffuser cette invitation à tous
les Frères et Sœurs Maîtres de ton entourage.

 
Nous vous souhaitons un très beau début d'année 2026

Alain Boccard
Président
 
 
 
 
 

Contact : academie.maconnique.provence@gmail.com
Téléphone: 06 ​42 26 75 95

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Publié le par Jean-François Guerry

MESSAGE SUR LA BEAUTÉ DE L’ABSOLU

 

Soyons sérieux, soyons de temps en temps irrationnels et pensons l’absolu l’infini que nous n’atteindrons jamais. Parce que là est la vie, cet élan qui chaque matin, qui nous fait regarder la lumière éblouissante du soleil. Soyons gourmands des regards qui se tournent vers nous pour rien, simplement parce qu’ils sont les regards de la vie. « Je pars dans le vent probablement vers le néant. Mais si ce néant s’avérait être un trésor, je me battrais contre les puissances des ténèbres pour faire entendre ma voie enrichie de cette expérience nouvelle, pour vous dire la promesse que j’aurais arrachée au silence. Afin que vous sachiez que mon cœur est devenu plus riche, mon âme plus universelle. » [1]Plus loin, là-bas dans le silence bleuté, dans l’horizon lumineux, il y a des milliers d’âmes. Je le sais, je ne sais pas pourquoi je le sais, mais je le sais. Là-bas est l’universel, le sel inconnu, qu’un grand paludier verse doucement sur la Terre, pour nous donner l’appétit de la permanence de l’absolu. C’est la promesse de l’absolu, chaque jour qui me sort des ténèbres. Je vois chaque matin Adam qui célèbre l’étoile de l’espérance. « Notre cœur nous dit que nous sommes nés pour un état meilleur, et la promesse qui nous est faite par cette voie intime ne trompera pas l’âme qui espère ».[2] Le message de l’absolu, c’est chaque jour écouter la voix cœur, qui rend dérisoire tous les messages d’intolérance et de haine, la seule belle idée qui vaille c’est l’idée de l’Amour absolu des hommes, c’est la conquête de la Lumière.

 

                                    Jean-François Guerry.

 

[1] Colette Paul Émile Victor, Le Cœur d’un couple. Fragment Éditions Robert Laffont, 1993.

[2] Friedrich von Schiller. Espérance. Fragment In Poésies 1854.

J'avais oublié ! les parutions de deux nouveaux livres de Thierry Didier !
MESSAGE SUR LA BEAUTÉ DE L’ABSOLU
ÉDITIONS "LE COMPAS DANS L'ŒIL"

Résumé

Au seuil de l'initiation maçonnique, le Cabinet de Réflexion constitue un espace singulier et profondément symbolique. Il est le lieu matriciel où s'opère la première transmutation de l'être : celle du regard porté sur soi-même. Cet ouvrage propose une exploration approfondie de ce lieu souvent évoqué mais rarement étudié dans toute sa densité philosophique, symbolique et alchimique. À travers le prisme de l'alchimie opérative et du principe de V.I.T.R.I.O.L. (Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem), l'auteur interroge les mécanismes de l'initiation comme la conversion intérieure, fondée sur l'analogie, la dualité matière-esprit et la confrontation à la finitude. Le Cabinet de Réflexion apparaît alors comme un microcosme où se condensent le temps, l'espace, la morale, la psychologie et la métaphysique. En mettant en lumière la fonction structurante de l'épreuve de la Terre, ce livre invite le lecteur à comprendre l'initiation comme un commencement sans cesse renouvelé, un travail intérieur exigeant, lucide et profondément humain.
ÉDITIONS LOL.
MESSAGE SUR LA BEAUTÉ DE L’ABSOLU
RÉSUMÉ

 

 

« Le nouveau ne succède pas à l’ancien, il l’affronte, être moderne ce n’est pas un constat, c’est un combat ». Le philosophe profane a cette vertu d’être capable d’habiller l’aval d’un concept de mille avatars littéraires différents, là où l’initié cherche à trouver l’amont le plus ancien, le plus signifiant, réduisant naturellement la nébuleuse des significations à de plus simples expressions.

C’est ce que l’auteur tente de faire ici, au travers de quelques grands thèmes universels, généraux pour certains, plus confidentiels pour d’autres, interfaces entre un narratif et l’homme initié, son imaginaire, mais aussi sa capacité à toujours s’améliorer, toujours se dépasser et finalement trouver sa place dans ce concert général qu’est l’Univers.

Leibniz nous dit : « la Nature ne fait pas de sauts » : il conçut l’existence, l’espace et le temps comme un continuum, où chaque avancée était la fusion des éléments préexistants ; cet ouvrage est conçu sur ce principe, même s’il égrène, dans un but purement didactique, et quand le propos l’exige, des références alchimiques, maçonniques, kabbalistiques, voire puisées dans les sciences actuelles qui n’ont d’autre dessein que d’être des leviers à une compréhension familière de l’âme humaine.

Après lecture complète à suivre recension des deux livres.

Jean-François Guerry.

LE BLOG DE JEAN DUMONTEIL

Les deux mains

Toujours deux mains. La main qui donne et la main qui reçoit. La main qui s’abaisse vers la terre et celle qui s’ouvre vers le ciel.

Dans les tableaux de la Renaissance, rien n’est laissé au hasard. Dans la célèbre cène, le Christ de Léonard pose la main droite sur la table, comme pour bénir la matière quand l’autre s’ouvre, paume offerte à l’invisible. Dans la Pietà de Michel-Ange, la mère ne retient pas : sa main gauche accueille et présente, tandis que le corps livré laisse lui aussi sa paume gauche tournée vers le haut, ouverte dans la mort même. Et sur le plafond de la Sixtine, entre les deux doigts qui vont s’effleurer, tout l’univers retient son souffle. La main droite de Dieu s’élance, et la gauche de l’homme consent. La vie circule.

Toujours les deux mains. La droite qui agit, construit, tranche, bénit. La gauche qui accueille, écoute, consent. L’une serait violence sans l’autre. L’autre serait inertie sans l’une. Chaîne d’union. Nous croyons donner. Nous ne faisons que transmettre. Nous croyons recevoir. Nous ne faisons qu’entrer dans un courant plus vaste. La main gauche offerte et la droite qui prend ne sont pas deux gestes opposés.

Peut-être la sagesse tient-elle à cela : ne jamais garder les deux mains pour soi. En laisser toujours une vers la terre — pour aimer, travailler, consoler. Et l’autre vers le ciel — pour ne pas oublier d’où vient la lumière. Car entre la main qui donne et la main qui reçoit il n’y a pas seulement un échange. Il y a le mystère qui nous traverse
et que certains appellent grâce, d’autres fraternité, d’autres encore simplement vie.

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Publié le par Jean-François Guerry
Alain Finkielkraut

Alain Finkielkraut

LE CŒUR LOURD
Chronique de la fierté d’une assimilation

Je l’avoue sans pudeur, j’ai de l’affection pour Alain Finkielkraut. J’aime sa posture physique, qui n’est pas feinte et fait voir une certaine fragilité, une humilité, puis soudain comme un volcan il fait jaillir les mots justes de son indignation, face aux événements de la vie et qui meurtrissent son esprit. Il crie alors sa vérité, comme une douleur physique, mémoire de son passé qui resurgit de ce volcan jamais éteint.

Il ne laisse pas indifférent dans un monde, de l’immédiateté ou tout retombe dans l’indifférence au gré de la multiplicité des messages sur les réseaux sociaux, qui ne nourrissent que des feux de paille, la postérité des idées se consume comme les hamburgers dans les fast-food.
Je ne suis pas toujours d’accord avec ses idées, modestement dans un monde où tout est prêt à consommer, j’essaye en suivant son exemple de sortir du prêt à porter des idées toutes faites. J’essaye comme lui sur les traces des Lumières de m’efforcer de penser par moi-même. Car dans un monde où tout évolue si vite, parfois trop vite. La question se pose est-ce que l’important c’est notre pensée, ce que l’on pense ou d’avoir la capacité de toujours penser par soi-même. C’est-à-dire de sortir de notre minorité, de nos préjugés, de nos habitudes pour tenter toujours d’atteindre notre majorité. Tenter de remettre en question nos certitudes en ayant la capacité d’abord d’entendre l’autre et le plus souvent possible de l’écouter sans pour autant renoncer à ses idées, mais in fine d’être un peu mieux éclairé. Ne sommes-nous pas à la recherche constante de la vérité et de la Lumière, conscient que nous ne pourrons jamais les atteindre, mais dans l’espérance d’en frôler un jour les limites, d’être au plus près du supra sensible qui est l’invisible.

Finkie ! Depuis 1985 nous offre avec son émission Répliques en direct sur France-Culture, nous offre un espace de respiration hebdomadaire. Un espace public, comme un paradoxe en dehors de l’agitation du monde : « Une conversation libre et prolongée sur des problèmes philosophiques, sociaux, historiques, politiques ou littéraires, ainsi que des questions d’actualités ». Ce qui fait l’intérêt de cette émission c’est que la parole circule de manière ordonnée, respectant ainsi les opinions des participants. Selon Finkie ! Le guide de son émission c’est Montaigne : « Quand on me contrarie, on éveille mon attention et non ma colère. Je m’avance vers celui qui me contredit, qui m’instruit. La cause de la vérité devrait être la cause commune à l’un et à l’autre ».  

Cette simple énonciation à laquelle se soumettent les invités de Répliques, permet de nous enrichir toute analogie avec la méthode maçonnique est pertinente, à l’exception que la dualité est transformée en unité par la triangulation de la parole. La liste prestigieuse des invités à Répliques et leur diversité, démontre que leur hôte ne saurait être assigné dans les opinions extrêmes. Finkie ! A des opinions fermes, sa qualité rare est de nommer les choses, il n’est pas un homme de la langue de bois, il a le courage de dire. Il aime la langue française, c’est la moindre des choses pour un académicien. 
         Son dernier ouvrage paru récemment : Le Cœur Lourd, est celui qui touche le plus à l’intime de l’auteur. J’ai sélectionné pour vous quelques-uns de ses bons mots, à savourer avec gourmandise, péché véniel pour lequel j’implore votre pardon. Ces quelques mots si lourds à son cœur, sont tombés dans le mien. Sur ces quelques, je ne ferais pas de commentaires, comment le pourrais-je d’ailleurs ! Je vais simplement au fil du temps les égrener, les semer, pour que si tel est votre désir, vous puissiez les mâcher, les remâcher, les ruminer, allusion ici à son amour pour les vaches.
  

 Je vais commencer ma pêche aux bons mots, dans la préface de son livre rédigée par son interlocuteur Vincent Trémollet de Villers. 

    A la question qui lui était posée au moment de la mort de Michaël Jackson par un journaliste de France-Inter : « Que vous inspire la tristesse mondiale que provoque la mort du chanteur le plus populaire de tous les temps ? »    Après un silence, un souffle fébrile, il prononce ces mots un peu gênés qui s’étendent syllabe après syllabe : « J’éprouve un sentiment de désappartenance… »     
    Dans le continent monde de Finkielkraut, les habitants sont Heidegger, Levinas, Kundera, Roth. « C’est un continent exotique où règnent l’intelligence subtile, le goût de l’insatiable du Khâgneux pour les choses de l’esprit, la passion de la controverse et le souci permanent d’améliorer le monde par l’engagement, l’intervention, le manifeste ».  Ce déçu de la gauche, ce nostalgique de l’ancienne gauche, a laissé son cœur en dépôt dans les rayons de celle-ci. N’en déplaise à tous ceux qui espèrent le convertir dans l’extrémisme. « Les esprits étroits disent qu’il est passé à droite. C’est faux. Finkielkraut reste de gauche, mais une gauche disparue, celle de Jacques Julliard, François Furet, Pierre Nora, Michel Foucault, Elisabeth Badinter… » 

                Jean-François Guerry.


Note : Je n’ai pas voulu ici, exprimer une quelconque opinion politique, mais rendre un humble hommage à l’homme de lettre, philosophe et écrivain. Un amoureux, défenseur de la France et de la langue française. Membre de notre Académie Française.

              
 

LE CŒUR LOURD
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Publié le par Jean-François Guerry
CHOC DES LUMIÈRES, CHOC INITIATIQUE !
Photo de constant_lb sur Unsplash

CHOC DES LUMIÈRES, CHOC INITIATIQUE !

 

Soudain un coup de tonnerre ! Un coup de tonnerre qui stupeur ne vient pas du ciel mais de la Terre, une inversion de paradigme. Le 14 juillet 1789, ce jour-là rompt la chaîne de nos habitudes et nos préjugés, la Liberté prend la place de Dieu ou de la nature. Notre vie quotidienne est bouleversée, à un tel point que Kant éprouve le besoin de sortir de chez lui pour acheter un journal. Il a eu sans doute l’intuition que ce qu’il avait écrit en décembre 1784 dans la Berlinische Monatsschriff en réponse à la question : Qu’est-ce que les Lumières ? Était en train de se réaliser. L’homme sortait de sa « minorité », et avait eu le courage de commencer la conquête de sa liberté de conscience. Le règne des Lumières, de l’Aufklärung que l’on peut aussi traduire par l’éclaircissement était arrivé. L’humanité naissait, sortait des ténèbres de l’obscurantisme, la Raison s’imposait. Kant, conscient de la finitude de l’homme et donc des limites de la Raison ne renonce pas pour autant à son examen et plutôt que de l’enfermer dans des bornes en regarde et approche les limites. Il invente la critique de la raison.

Il renvoie dos à dos les dogmatiques qui pensaient pouvoir atteindre le suprasensible au-delà de l’expérience que la Raison ne peut connaître, et les sceptiques qui se défient de la Raison. Il prône l’audace et le courage de la maîtrise de la Raison et de sa critique.

L’analogie avec le dessillement des yeux du profane, avec les trois premiers pas de l’Apprenti, avec le balbutiement de la parole de la parole sacrée est fulgurante. C’est un choc initiatique. En 1781, Kant, dans La Critique de la Raison pure voit dans le premier pas comme dogmatique enfantin, l’homme est dans sa minorité. Avec son second pas il est sceptique, il témoigne de sa circonspection. Il faut donc lui montrer et lui faire faire le troisième pas, c’est l’enseignement du Rite qui va le conduire vers l’âge adulte, l’âge de sa maturité, l’âge mûr et de son universalité dans l’unité inattaquable.

Le Franc-maçon, n’impose pas de bornes à sa raison, il en connaît les limites et il s’en approche en faisant 3,5,7 pas et plus. Avec Kant, nous ne sommes pas dans la métaphysique dogmatique, nous devons aussi éviter le vertige sceptique du on ne sait vraiment rien. Il nous incite, à ne pas fixer sa résidence et ne pas faire de sa Raison une résidence, être capable de la critiquer c’est toute sa méthode. C’est être majeur, mûr et nous dirions Maître. Ne pas renoncer aux idées tout en étant ouvert au doute constructeur. Faire face à nos idées en y intégrant l’expérience, être aussi conscient que tout savoir ne vient pas de l’expérience. Agir en conscience face à notre Tribunal intérieur, qui est le Tribunal de la Raison de Kant qui nous intime à faire que nos jugements aient une valeur universelle, hors des champs du dogmatisme et du scepticisme. Ceci demande : courage, travail et persévérance. C’est pourquoi, la Franc-maçonnerie est une ascèse initiatique.

Puisque notre Raison prend acte de notre finitude, est-ce qu’il y a un sens à parler et rechercher l’existence de Dieu ou d’un Grand Architecte ? Oui puisque la Raison, nous porte à nous interroger sur ce qui nous dépasse, elle nous incite à ne pas borner notre savoir, mais à tendre vers la limite de celui-ci. En ce sens nous pouvons dire que Kant considérer comme un personnage austère, qui paraît-il n’avait pas de maîtresse, en avait au moins une comme le dit Michaël Fœssel : c’est la métaphysique. L’homme est habité par le transcendantal au quotidien.

Si, l’on revient à la définition des Lumières de Kant évoqué ci-avant, on peut y discerner une analogie avec l’initiation maçonnique.

« Qu’est-ce que les Lumières ? La sortie de l’homme de sa minorité dont il est lui-même responsable. » [1]L’homme courageux qui veut donner un sens et du sens à sa vie frappe à la porte du Temple, en cherchant. Il en faut du courage, pour rompre avec la facilité de ses habitudes, avec notre tendance à la paresse intellectuelle et spirituelle. Nous avons la faculté d’entendement et donc c’est bien de notre faute si nous n’en faisons pas usage. La cause de notre minorité : (…) réside non dans un défaut d’entendement mais dans un manque de décision et de courage de s’en servir sans la direction d’autrui. Sapere aude ! (oser penser) Ait le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières ».[2]

L’initiation est une succession de passages d’un état à un autre état, cela suppose un renoncement à la paresse et la lâcheté. La majorité des hommes ne font pas le premier pas, ni le deuxième et encore moins le troisième. C’est à leurs signes paroles et attouchements que l’on reconnaît les enfants de la Lumière, des Lumières. On ne peut pas demander à un tuteur de marcher à notre place, il ne peut que nous soutenir, nous servir temporairement de béquille. Il est dangereux, par manque de courage de déléguer nos actions et nos pensées à des tuteurs, ils se poseront inévitablement en Maître de l’humanité. Ils seront nos tyrans, nos despotes, nos dictateurs. Ils nous empêcheront alors comme le dit Kant de faire le moindre « pas hors du parc »,[3] nous ne serons que du bétail.

Kant, ne nie pas l’effort que doit fournir l’individu pour atteindre sa majorité, il faut subir plusieurs épreuves initiatiques pour être initié, c’est à ce prix que l’on passe d’un état à un autre état. Après avoir subi les épreuves nous pouvons entendre : « Puisqu’il en est ainsi, qu’il passe… » [4] Celui qui n’est pas habitué à penser par lui-même, traine des boulets à ses pieds et avance péniblement vers la voie de la Vérité, il n’est pas libre. Comme cela est difficile Kant suggère, comme le fait la Franc-maçonnerie que le chemin est plus facile dans un cadre collectif, Kant dit : « Mais qu’un public s’éclaire lui-même, rentre davantage dans le domaine du possible, c’est même pour peu qu’on lui laisse la liberté, à peu près inévitable ». En effet l’intérêt du collectif, en l’occurrence sa loge pour le Franc-maçon, est que c’est un lieu où il rencontrera des hommes qui ont fait le chemin, son déjà sortis de leur minorité et peuvent répandre : « (…) l’esprit d’une estimation raisonnable de sa valeur propre et de la vocation de chaque homme à penser par lui-même ».[5] Nous devront néanmoins toujours être vigilants à ce que ces hommes mûrs ne propagent pas des préjugés, cet écueil étant par nature évité car les hommes ayant acquis dans le collectif et par le collectif leur majorité, sachant dès lors penser par eux-mêmes ne pourront plus être abusés. Kant, souligne que le collectif ne pourra acquérir cette liberté de penser que progressivement d’où l’importance de la transmission de la tradition et « d’institutions justes » comme le disait Paul Ricœur.

  Kant, ne propose pas avec l’usage de sa liberté propre individuelle, une liberté totale collective (public). Il dit : « Raisonnez autant que vous voudrez et sur tout ce que vous voudrez, mais obéissez ! Il y a partout limitation de la liberté. Mais quelle limitation est contraire aux lumières ? Laquelle ne l’est pas, et, au contraire lui est avantageuse ? - Je réponds l’usage de notre raison doit être libre, et lui seul peut amener les lumières parmi les hommes ; mais son usage privé peut être très sévèrement limité, sans pour cela empêcher sensiblement le progrès des lumières ».[6] On sent là, soit une forme de contrainte liée à la temporalité de son discours, soit une volonté de préservation des intérêts d’une institution (Je dirais pourvu qu’elle soit juste). On touche là au problème de l’allégeance et de la réciprocité que cette allégeance impose à ceux qui ont prêtés serment d’allégeance, de fidélité dans l’honneur. On est là, dans l’application non pas du premier pas dogmatique, mais du second pas maîtrisé. Kant précise cependant : « Mais, en tant que savant, il a pleine liberté, et même plus : il a la mission de communiquer au public toutes ses pensées soigneusement pesées et bien intentionnées sur ce qu’il y a d’incorrect dans ce symbole et de lui soumettre ses projets en vue d’une meilleure organisation de la chose religieuse et ecclésiastique ». Kant fait ici référence à un prêtre chargé d’enseignement au nom de son église envers ses catéchumènes et sous le règne de l’église qu’il sert. Il agira ainsi par délégation reconnaissant qu’il n’est pas complétement impossible que dans ces enseignements il se trouve une vérité cachée, et au moins que rien ne s’y trouve qui contredise la religion intérieure. Dans le cas contraire, il devrait se démettre de ses fonctions. Une telle analogie est valable pour un Franc-maçon et l’Ordre initiatique auquel il a fait allégeance. Des tuteurs spirituels ne peuvent être eux-mêmes mineurs.

Une institution ne peut pas légiférer ad vitam æternam, selon Kant, ce serait éterniser une tutelle, ce serait nier les progrès de la connaissance humaine. « Un peuple accepterait-il de se donner lui-même une pareille loi ? ».[7] La loi a pour but de maintenir l’ordre et est valable si elle est apte à recevoir les critiques et dans l’attente d’une meilleure loi. En conséquence tous les clercs et les hommes peuvent critiquer une loi et travailler à la rendre meilleure pour l’humanité.

Kant, évoque la responsabilité de l’homme de Devoir. En effet on peut ajourner l’acquisition d’un savoir que l’on doit posséder. « Mais y renoncer, que ce soit pour sa propre personne, et bien plus encore pour la postérité, cela s’appelle voiler les droits sacrés de l’humanité et les fouler aux pieds ». Il sacralise la liberté du peuple pour peu quelle soit liée à l’impératif catégorique du Devoir moral, qui doit faire que chaque maxime personnelle soit également valable au niveau universel. Il loue par ailleurs Frédéric reconnaissant en lui : « Un despote éclairé » respectueux des idées de son peuple. « Pourvu seulement qu’il veille à ce que toute amélioration réelle ou supposée se concilie avec l’ordre civil, il peut pour le reste laisser ses sujets faire de leur propre chef ce qu’ils trouvent nécessaire d’accomplir pour le salut de leur âme ; ce n’est pas son affaire, mais il a celle de bien veiller à ce que certains n’empêchent point par la force les autres de travailler à réaliser et hâter ce salut de toutes les forces en leur pouvoir ». On peut deviner là, l’idée de la loi sur la laïcité française qui ne verra le jour qu’en 1905, soit largement plus d’un siècle plus tard.

         Ce qui compte donc ce sont les premiers pas ! Le commencement à la question qui fut aussi en creux posée à Kant en 1784 : « Vivons-nous actuellement dans un siècle éclairé ? », voici sa réponse : « Non, mais bien dans un siècle en marche vers les Lumières ». Et il rajouta : « Il s’en faut encore de beaucoup, au point où en sont les choses, que les humains, considérés dans leur ensemble, soient déjà en état, ou puissent seulement y être mis, d’utiliser avec maîtrise et profit leur propre entendement, sans le recours d’autrui, dans les choses de la religion ».[8] On ne peut que constater que ce constat est encore valable de nos jours. Pourtant, le choc des Lumières a provoqué un choc initiatique, des hommes se sont mis librement en marche ont fait les pas nécessaires pour sortir de leur minorité, ils ont été éclairés par la justice, la loi et par l’amour fraternel, ils se sont réunis en un collectif humaniste et spirituel. Ces hommes épris de justice, ont travaillés à leur perfectionnement et face aux événements ils s’efforcent de réagir en faisant appel à leur conscience, à leur tribunal intérieur, que Kant qualifie de tribunal de la raison.

         Pour ces hommes, progressivement le champ devient libre pour exercer librement leur Devoir envers eux-mêmes et les autres. Le chemin de leurs devoirs devient de plus en plus facile, les obstacles sur le chemin de la Lumière s’estompent peu à peu. Ce sont les premiers pas qui sont toujours les plus difficiles.

         Kant voyait en Frédéric,[9] un prince éclairé par les Lumières. Un prince ne prescrivant rien aux hommes dans les affaires de la religion, mais leur laissant leur libre choix, leur pleine liberté. Il sortit le premier le genre humain de sa minorité. C’est pourquoi, aussi la Franc-maçonnerie s’interdit toutes les discussions et polémiques religieuses en sont sein, sans empêcher les hommes dans leurs pratiques et leurs convictions religieuses les considérant comme majeurs, c’est l’affaire de leur conscience et de leur propre raison. Kant affirme sa croyance dans la perfectibilité humaine qui peut s’épanouir par la grâce de leur liberté. « Les hommes se mettent d’eux-mêmes en peine peu à peu de sortir de la grossièreté, si seulement on ne s’évertue pas à les y maintenir ».[10] Ainsi le profane qui demande à être éclairé ne craint rien, il ne redoute plus l’obscurité des ténèbres, il sait que ses Frères l’attendent avec toute la bienveillance et la tolérance nécessaire. Les premiers pas effectués, son premier travail réalisé sur la Pierre Brute, il sortira de sa minorité, en sculptant sa personnalité.

         Dans notre siècle l’individualisme et la liberté individuelle prend le pas sur la liberté civile collective. Les libertés des minorités doivent être protégées, elles doivent pouvoir s’exprimer. Doivent-elles supplanter la liberté de la majorité des citoyens, ainsi donc le bien commun au profit du bien du particulier ? Kant dans le dernier paragraphe de sa lettre réponse à la question : Qu’est-ce que les Lumières ? écrit : « Un degré supérieur de liberté civile paraît avantageux à la liberté de l’esprit du peuple et lui impose néanmoins des limites infranchissables ; un degré moindre lui fournit l’occasion de s’étendre de tout pouvoir. Une fois donc que la nature sous cette rude écorce a libéré un germe, sur lequel elle veille avec toute sa tendresse, c’est-à-dire cette inclination et sentiments du peuple (ce par quoi le peuple augmente peu à peu son aptitude à se comporter en liberté) et pour finir elle agit même en ce sens sur les fondements du gouvernement, lequel trouve profitable pour lui-même de traiter l’homme, qui est alors plus qu’une machine, selon la dignité qu’il mérite ».

Traiter l’homme comme un sujet digne de respect et non un objet, c’est le projet du personnalisme ou plus exactement de la personnification de l’individu, de l’homme en humain. C’est refuser de faire de l’homme un objet au service du marché, l’homme ne peut pas devenir un chiffre ou une marchandise, ou encore un esclave d’un nouveau genre, celui de l’emprise des techniques et du numérique. Il doit être libre.

Dans notre siècle les Lumières se dégradent, s’obscurcissent, on ne parle plus que d’esprit des Lumières avec nostalgie. L’homme semble retourner à sa minorité, il est dominé, et sous l’influence des réseaux sociaux, des algorithmes, bientôt de l’intelligence artificielle. Plus besoin de penser par soi-même. Nous ne faisons plus que deux pas, celui du dogme numérique et celui du scepticisme poussé à l’extrême par les complotistes vautrés dans leurs canapés et subjugués par leurs écrans. Tout espoir n’est pas perdu quand il reste l’espérance du travail en loge, au dehors des loges pour reconstruire, rénover, le monde le rendre plus lumineux, afin de faire grandir le nombre des hommes libres et de bonnes mœurs, vivant ensemble comme des Frères. Un renouveau du siècle des Lumières, un nouveau choc des Lumières est possible, il ne verra le jour que par l’initiation aux valeurs et vertus humaines, en utilisant les béquilles que sont pour nous les grands initiés et qui nous montrent la voie de l’échelle spirituelle. Cette échelle qui tient debout par ses montants qui sont Amour de Dieu, du Grand Architecte, de la Nature selon votre choix et l’Amour de l’homme, des hommes. Le premier pas est justice et charité, le deuxième pas est force et innocence, le troisième pas est audace de la douceur, cette douceur qui est volonté éclairée. Bon voyage !

 

                                    Jean-François Guerry.

 

    

 

 

[1] Emmanuel Kant – Qu’est-ce que les Lumières. 1784.

[2] Ibid 1.

[3] Ibid 1.

[4] Rituel Maçonnique.

[5] Ibid 1.

[6] Ibid 1.

[7] Ibid 1.

[8] Ibid1.

[9] Frédéric II de Prusse – agnostique à l’origine du Despotisme éclairé.

[10] Ibid 1

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Publié le par Jean-Laurent Turbet

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Publié le
IL RESTE QUELQUES PLACES 
CONFÉRENCE À MONTPELLIER 24 FÉVRIER
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Publié le par Jean-François Guerry
ASSASSINAT DE QUENTIN

ASSASSINAT DE QUENTIN

MOURIR POUR DES IDÉES

 

Il est un pays où l’on meurt pour des idées, ce n’est pas la Corée du Nord, ce n’est pas la Chine, ce n’est pas l’Iran, ce n’est pas un pays ou règne la dictature ou le totalitarisme. Ce pays se revendique des Lumières, sur les frontons de ses édifices il est écrit Liberté, Égalité, Fraternité. Dans ce pays l’on peut librement s’exprimer, les religions y sont admises et respectées, les étrangers accueillis mieux que dans la plupart des autres pays, dans ce pays il y a des élections libres, dans ce pays chaque citoyen à droit au respect quel que soit sa couleur de peau, sa classe sociale, et paraît-il son opinion politique.

Parce que dans ce pays : « Celui qui ne parle à un homme, ne parle à l’homme et celui qui ne parle pas à l’homme ne parle à personne ». [1]

Dans ce pays, même dans les écoles, les universités on laisse même s’exprimer les plus extrémistes qui distillent dans les cerveaux des plus jeunes des discours de haines et de violences, en criant pour finir en épilogue de leurs discours : C’est pas moi, ce n’est pas ma faute, c’est la société, c’est l’autre, il faut bien un bouc-émissaire, et puis moi je n’étais pas là sur ce trottoir où en pleine ville on assassine à coups de pied dans la tête un jeune homme de 23 ans promis à la joie, à la vie.

Ce n’est pas ma faute, disait l’arbitre quand Davy Moore est tombé sous les coups de son adversaire, ne montrer pas du doigt, la foule sifflait en voulait pour son argent, il y a d’autres au-dessus de moi, ce n’est pas moi dit le manager, ce n’est pas moi dit le journaliste, c’est la boxe ça fait partie de la vie, c’est la société.[2] Sauf que nous faisons tous partie de cette société, qui tolère de voir un jeune homme mourir pour ses idées. Nous ne pouvons pas dire, ce n’est pas moi, comme tous ceux qui n’ont rien dit : « Quand ils sont venus d’abord chercher les juifs… »[3] Nous avons une responsabilité sans réciprocité vis-à-vis d’autrui, là est la véritable altérité et fraternité, ce jeune qui est mort assassiné sur un trottoir de Lyon, nous sommes collectivement responsables par notre laisser faire.

« Mourir pour des idées, l’idée est excellente. Moi, j’ai failli mourir de ne pas l’avoir eue. Car tous ceux qui l’avaient, multitude accablante, en hurlant à la mort me sont tombés dessus… »[4] L’ami Georges l’a chanté : « Les idées réclamant le sacrifice, les sectes de tout poil en offrent les séquelles. Et la question se pose aux victimes novices : mourir pour des idées, c’est bien beau, mais lesquelles ?

Et comme toutes sont entre elles ressemblantes, quand on les voit venir avec leur gros drapeau. Le sage hésitant, tourne autour du tombeau.

Mourir pour des idées, d’accord mais de mort lente.

En France, on meurt aujourd’hui, pour des idées, ce n’est pas un fait divers, un sentiment, c’est un fait. Nous ne pouvons pas détourner les yeux, face aux propagateurs de haine. On est loin du niveau d’un débat respectueux entre Alain Finkielkraut et Régis Debray dans Répliques sur France Culture, un débat qui élève et qui ne se finit pas dans un bain de sang. Nous devons combattre l’intolérance, avoir la nostalgie de notre France qui rassemble, nous rassemble. Refusons de vivre dans un pays du trop tard, continuons de nous indigner. On ne peut pas, on ne doit pas mourir en France sur un trottoir de Lyon ou ailleurs pour idées au pays des Lumières et de la liberté de penser. On ne doit pas avoir peur de nommer l’innommable. Je voulais écrire ces pauvres mots, pour recoudre un peu le cœur déchiré de Quentin et de ses parents.

 

                                                     Jean-François Guerry.

 

[1] Antonio Machado Poète espagnol.

[2] Inspiré de : Qui a tué Davy Moore.

[3] Pasteur Niemöller – Quand ils sont venus chercher…

[4] Georges Brassens- Mourir pour des idées.

LA LUMIÈRE DE LA TOLÉRANCE ET DE LA BIENVEILLANCE
MOURIR POUR DES IDÉES

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Publié le par Philippe Dubach.
CHAPEAU MON FRÈRE !



Connaissez-vous Hatman ?

L’homme au chapeau noir... il apparaîtrait au moment de votre endormissement pour vous observer dans la pénombre...

Ce personnage fictif, connu de beaucoup, s’invite lorsque votre corps se fige dans le sommeil tandis que votre esprit demeure conscient. Observateur de votre paralysie, il incarnerait notre incapacité à agir, notre éternelle difficulté  à aligner pensées et actions...

Cette figure de notre inconscient collectif me rappelle l’homme au chapeau peint par Magritte : un homme, dont le visage est caché, porte un chapeau melon noir qui devient l'élément essentiel du tableau. 



Le peintre souhaitait-il nous faire passer un message ? Le maître du questionnement voulait-il nous inviter sur le seuil du vaste domaine de la pensée et de l’action ? 

Le chapeau noir semble, de toute évidence, appartenir aux symboles de notre mémoire collective : Magiciens, sorcières, druides tous portent un chapeau noir associé à des pouvoirs occultes ou au couronnement d'une sagesse incarnée dans son porteur.

La Franc-Maçonnerie n’échappe pas à l’utilisation de cet accessoire vestimentaire dans ses rituels. 

Pourtant le port du chapeau est passé de mode ! Que signifie cet abandon ? C'est cette question que je vous invite à explorer.

Cet accessoire couvrait nos têtes depuis l'aube des temps. Certains avancent une origine : 15000 ans av. J.C. en interprétant des dessins pariétaux qui ressembleraient à des têtes coiffées de chapeaux.

Le chapeau connaîtra son age d'or du moyen-âge  jusqu'à  l’Ancien Régime et l’époque napoléonienne où le fameux tricorne dérivera vers le bicorne

L'usage du chapeau a toujours évolué au cours du temps en fonction des modes mais aussi des usages sociaux. Parfois délaissés au profit de perruques atomiques, les chapeaux vont néanmoins laisser leurs traces indélébiles dans l'histoire, comme le célèbre bicorne militaire qui libérait la vue du champ de bataille, devenu iconique avec Napoléon ou le bonnet phrygien couronnant la célèbre et révolutionnaire Marianne.

Pourtant on remarque une disparition nette de l'usage des chapeaux autour les années 1960. Jusqu'alors nos vieilles photos noir et blanc affichaient immanquablement des têtes d'hommes coiffées de bérets, fédoras, melons... For sure aucun homme ne sortait dans la rue s'il n'était couvert ! Cet accessoire était à l'image de celui que représente actuellement le maquillage pour les femmes :  indispensable pour s'afficher en public. La tête nue d'un homme sans chapeau était comme la nudité d'un visage féminin non apprêté..

Le chapeau répond tout d'abord à un usage utile notamment pour se protéger des rayons mordant du soleil ou de la pluie. Ces chapeaux utilitaires sont devenus de nos jours des accessoires spécialisés : chapeaux de paille, casques de chantier, casquettes des joueurs de tennis...

Au-delà de son utilité, le chapeau contient également un marqueur social et identitaire fort. Dis-moi ce que tu mets sur ta tête et je te dirais qui tu es ! 

Le chapeau se nomme également par un autre nom bien nommé : le couvre-chef. Sans équivoque le chapeau est une extension visible du statut social par le couronnement de la tête il grandit, identifie et met en valeur son porteur. 


 

 



De la cagoule, en passant par les casquettes des éternels ado, les panamas des bobos campagnards, les feutres des sophistiqués, les laines et poils de castors ou de lapins des plus fortunés et même les mitres posées sur les crânes ecclésiastiques, les chapeaux racontent un peu de leurs possesseurs et présentent un reflet assumé de leurs statuts sociaux, de leurs genres, parfois de leurs âges et  appartenances politiques ou religieuses...

De nos jours les chapeaux sont bien moins utilisés dans un but sociétale, ne restent que quelques marqueurs identitaires tels que la casquette du facteur, du pilote de ligne, la coiffe du policier, ou le casque du pompier. On remarque que la plupart des déguisements arborent un chapeau qui renforce l'apparence recherchée.

Parfois le chapeau devient symbole, comme le béret qui associé à une baguette de pain sous le bras d'un homme en Marcel se mue en image d'Épinal quasi universelle de l'identité française ! 

La symbolique du port du chapeau est forte. Pour autant la perte significative de son usage depuis les années 60 contient certainement en elle-même un sens. 

Sans preuve académique ni démarche historique, je vous partage humblement une observation sur la corrélation qui semble exister entre chapeaux, liberté et autorité.

En effet nos têtes semblent s'être dénudées en même temps que des combats pour l'égalité ont été gagnés. Petit à petit la rigueur des marqueurs vestimentaires est devenue suspecte. Dans les années 60 on refuse de plus en plus toute distinction trop lisible entre classes sociales, on opte pour un affichage plus neutre de la mixité et du vivre ensemble. 

De nos jours, il ne reste quasi plus rien de l'usage social des chapeaux qui ont cédé ce rôle aux vêtements et aux chaussures. Les marques ostensiblement imprimées sur nos textiles deviennent nos nouvelles identités et nos nouveaux marqueurs sociaux... la symbolique du chapeau est descendue dans le logo de nos basquettes...

Au-delà des libertés conquises l'abandon du chapeau est certainement le reflet d'un autre phénomène : celui de la perte du respect de l'autorité par ceux qui se sont sentis étouffés par les conventions et les codes sociaux.

Autrefois, pour saluer ou montrer son respect, le chapeau se relèvait ou s'otait. On rentrait dans un lieu en ottant son chapeau, pour signifier sa soumission ou au moins sa déférence. Cette révérence institutionnelle qui établissait un ordre hiérarchique s'est transformée en un geste anachronique.

Se découvrir et présenter une tête nue reflètait une attitude humble, symboliquement exposée prête à accueillir ce que l'on voudra bien nous dire. 

Ainsi le fidèle qui rentre dans l'église ôte son chapeau signifiant son ouverture à ce qui lui sera montré,  exposant le haut de son crane et symboliquement son esprit à l'altérité.  D'ailleurs l'aumône se demande toujours chapeau bas et retourné.

A contrario pour les israélites le port de la kippa représente symboliquement une considération à son Dieu, porter ce chapeau est donc une marque d'humilité. Le port de ce petit chapeau rappelle au fidèle qu'au dessus de lui se tient quelque chose qui le dépasse et qu'il se doit d'avoir une attitude humble et respectueuse.

L'usage du chapeau imposait des règles : Quel chapeau mettre ? Quand le porter ? Quand l’ôter ? Devant qui se découvrir ?...
Il n'existait pas de règles écrites elles étaient transmises par l'usage et la tradition.

L'affaiblissement de ces rituels sociaux marque le virage révolutionnaire que notre société s'accorde par rapport à l’autorité en général. 


 

Globalement l'informel devient la norme et la reconnaissance de la différence de l'autre, de sa place et de sa posture dans la société sont brouillées. La perte de ces repères et de ces usages rituélisés traduisent l'émergence d’un individu en quête de liberté, ce même individu se retrouve sans repère, isolé face à son identité et son positionnement dans la société. 

L'abandon du chapeau témoigne à mon sens du déplacement de la symbolique du collectif vers l’identité individuelle. Porter le chapeau signifiait assumer ses responsabilités, ou au moins celles que son chapeau symbolisait. Aujourd'hui plus personne ne veut "porter le chapeau" et assumer ses pensées et assumer sa place dans une structure sociétale.

Aujourd'hui avec le chapeau absent, c'est la chevelure qui s'affiche, plus intime, reflet de l'ego et du soi, miroir de la conscience. Sans couvrir sa chevelure on expose symboliquement son identité intime aux jugements de tous. C'est pourquoi un chapeau de substitution apparaît celui du maquillage de la chevelure. Je parle de la coiffure, de plus en plus sophistiquée, et individualisée comme celles des joueurs de football qui se défient devant les caméras plus que sur le terrain à coups de ciseaux à qui aura la plus belle crête. 

Dans cette quête individuelle, sans repère bon nombre d'individus se raccrochent aux marqueurs identitaires les plus basiques : argent, religion, voiture... et se rapprochent de ceux qui leur ressemblent. 

Le temps des chapeaux est révolu. Il laisse le champ libre au communautarisme, aux groupes identitaires, aux followers (suiveurs au sens panurgien du terme) qui font légion. A croire que les temps barbares des clans est revenu.

Les chapeaux sont tombés de nos têtes en même temps que montait notre quête identitaire, mue par une opposition farouche au patriarcat et à la hiérarchie pyramidale pesante. 

Dans un cadre rendu fragilisé par l’effacement du collectif traditionnel, l’individu est désormais chargé de se définir lui-même. Il cherche avant tout la reconnaissance et la sécurité. Cela le conduit à se rapprocher de ses semblables, car la ressemblance rassure et évite la remise en question.

Qu'est devenu le courage de créer une relation avec ceux qui pourraient nous élever ? Cela supposerait d’accepter l’asymétrie, la critique, l’inconfort de l'altérité et de la
différence. 

Or, dans une culture moderne valorisant l’égalité et le bien-être émotionnel, l’exigence et la transmission sont souvent perçues comme des menaces. 

Les relations deviennent alors horizontales et affinitaires, favorisant l’entre-soi plutôt que l'enrichissement par la différence. L'identité se fige, se protège, au lieu de se construire dans la confrontation à l’altérité

Sans affirmation mais avec conviction, j'identifie l'abandon du chapeau comme un marqueur fort de cet affaiblissement du désir d’élévation au profit du confort identitaire.

Il est demandé aux Maîtres Franc-maçons de se " couvrir ", c'est-à-dire de porter un chapeau noir à large bord. Serait-ce pour s'afficher incarnant une autorité spirituelle ? 

Pour ma part, je ne le pense pas si l'on se place dans le monde profane. 

Nul doute que porter un chapeau, d'autant plus de nos jours, ne passe pas inaperçu et demande à son porteur d'en assumer l'usage et de soutenir les regards de ceux qui vont vous l'observer. 

Le chapeau de Maître se porte uniquement dans un lieu et un temps sacrés, il symbolise avant tout une immense responsabilité, celle d'honorer son devoir, afin d'être digne des valeurs de la Franc-Maçonnerie, le Maître étant celui qui transmet en montrant l'exemple de son propre cheminement. 

Le chapeau du Maître devient autant l'emblème de son indépendance d'action et de son autonomie d'esprit que de son engagement à transmettre, loin de l'anachorète, le maître ose se montrer.

Symboliquement le chapeau du Maître couvre l'ego qui doit non pas se taire mais être contenu intérieurement pour servir l'Ordre en maîtrisant ses passions afin de bâtir des cachots pour ses vices et élever des temples à la Vertu.

Le Maître maçon n'est pas un bloc taillé de marbre silencieux au contraire il tente d'être un temple de corail vivant et symphonique.

Au REAA le chapeau de Maître est souvent un simple calot noir orné d'une brodure dorée dessinant les lacs d'Amour. On pourrait y voir à l'image d'une kippa, un symbole qui rappelle à son vénérable porteur la permanence de ce qui le dépasse et son devoir de rigueur dans la transmission immémoriale.

Le chapeau s'apparente à la cloche de forçage que les jardiniers placent sur leurs plants. Il rappelle l'attention constante que le jardinier doit donner à son œuvre. Le vaste domaine de la pensée et de l'action constitue un champ fertile où chacun peut y planter ses graines et ensuite y récolter les fruits.

Mais comme avec toute terre prometteuse nous devons veiller à la travailler avec respect et humilité pour qu'elle demeure fertile.

Cueillir les fruits des autres est simple surtout lorsque celui qui a planter et élever l'arbre a toujours parler de partage et de transmission.

Sans respect, se nourrir aveuglement sur cette terre fertile la rendra stérile si l'on n'y prend garde. 

Nos dogmes et notre frénésie de nouveauté sont les pesticides et les engrais chimiques répandus sur la terre qui épuisent l'humus dont nous nous nourrissons.

Ne devons pas de simples consommateurs qui ne donnent rien en retour, au contraire tentons que notre passage fertilise par le sel la Véritable source où nous nous nourrissons.

Philippe Dubach.

CHAPEAU MON FRÈRE !

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Publié le par Jean- François Guerry
FESTI LUMI BONIFACIO

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VISITE DU GRAND MAÎTRE DE LA GRANDE LOGE DE FRANCE. Jean-Raphaël NOTTON  EN CORSE. TERRE DE LUMIÈRE

 La communication vue sur le Blog Maçonnique 450 FM, reprise sur : corsenetinfos.corsica par Manon Perelli.

À LA LUMIÈRE DE LA CORSE
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Clara Luciani - son nom signifie : "Petite lumière en Corse'
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