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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par Elie Vidrequin.
Étiquette 450 FM

Étiquette 450 FM

Un moment de respiration, je pose les Essais de théodicée temporairement pour laisser la parole à Elie Vidrequin à propos du Rite. Compte-tenu de la densité de sa réflexion elle vous sera communiquée en plusieurs fois. Il est néanmoins possible d'obtenir l'intégralité du texte immédiatement sur simple demande à l'adresse mail suivante:
courrierlafmaucoeur@gmail.com
Bonne lecture et surtout bonne méditation.
Jean-François Guerry. 
LE RITE PARTIE I
LE RITE - Elie Vidrequin.
        "Ce serait une erreur de croire que puisse s'établir une hiérarchie entre les initiés".

Le Rite, principe fondamental de la Franc-Maçonnerie

*

Dans le cadre de la Franc-Maçonnerie du 21ème siècle se développent un certain nombre de systèmes initiatiques. Ils sont caractérisés par le particularisme de leurs rites et l'orientation spécifique de l'itinéraire initiatique subi par leurs adeptes, S'ils comportent tous au moins trois degrés, ils se développent selon des étapes dont le nombre peut varier. Ils concourent tous à donner une vision symbolique de leur démarche mais ils peuvent emprunter des voies différentes.

       C'est ainsi que l'on distingue le Rite français, dont la symbolique a été très simplifiée en 1877 par le Grand Orient de France, le Rite Émulation, qui est peut-être le plus proche du rite des premières années de la Maçonnerie spéculative, le Rite Ecossais Rectifié, essentiellement chrétien, le Rite Ecossais Ancien et Accepté à vocation plus universelle, le Rite de Memphis Misraïm, contrefaçon exotique de la Maçonnerie, aujourd'hui marginalisé, ...

        Chacun de ces rites fait appel, de la part de l'initiable, à des tendances particulières, à des aptitudes et à une sentimentalité qui peuvent différer, à des épreuves dont le caractère et le rythme varient.

        Ce serait une erreur de croire que puisse s'établir une hiérarchie entre les initiés. Ce serait une erreur plus grave encore de supposer que le chiffre exprimant l'étape franchie confère une supériorité quelconque à un initiable pratiquant l'un ou l'autre rite. Le domaine de leur rayonnement et la nature de leurs vertus sont distincts et ne doivent pas être confondus ; il n'y a pas de hiérarchie entre le saint, le héros, le sage ou l'artiste.

             

                  

La Franc-Maçonnerie est liée à un rite initiatique

    

 Si la Franc-Maçonnerie était une société de pensée, il est probable que le Rite y serait depuis longtemps passé au second plan, comme accessoire. Seuls, peut-être, quelques pédagogues soucieux de méthode et de discipline, conserveraient pour lui un intérêt un peu désuet.

      Mais la Franc-Maçonnerie est une voie initiatique, c'est à dire conduisant à la connaissance de soi, du prochain et du Monde. Sans doute est-il d'autres voies qui ont aussi leurs rites : l'alchimie en fut une. La recherche scientifique en est une autre et Jacques Monod a quelques raisons de voir dans la méthode scientifique les moyens d'une ascèse ou les prolégomènes à une éthique. Au reste, les rites de chasse, de tir à l'arc sont extrêmement formateurs.

    Le Rite est un moyen. Et le moyen de la continuité par excellence. Notre société maçonnique tient au maintien du Rite dans la mesure où celui-ci constitue l'élément éducateur, le facteur d'initiation aux conditions de l'existence, l'instrument de stabilité. Il est bien vu que les rites d'agrégation, de communion, de passage et même d'excommunication constituent la trame sur laquelle se développe et perdure la vie culturelle.

      Mais le Rite que l'on observe dans les Loges est aussi un Rite de préservation. Dès lors, ce qui compte, c'est le sérieux avec lequel nos rituels sont vécus et conservés. Il n'est pas question de les pratiquer sans conviction ni compréhension. D'ailleurs, minimiser le rôle du Rite paraît assez difficile. Le Rite est sécurisant, il est un élément de communion, un code de communication. Il peut fournir d'excellents thèmes de réflexion. Enfin, en tant que corpus, c'est à dire en tant que système de rituels complémentaires, il peut constituer un élément efficace d'initiation. "On passe de l'acte à la pensée par le rite" dit Konrad Lorentz. Ce ne sont pas les conceptions métaphysiques, ce n'est pas le discours rationnel et logique qui règlent nos comportements fondamentaux, c'est un ensemble de relations organiques signifiantes. Le Rite pourrait n'être ainsi que la codification intellectualisée des comportements inspirés par les nécessités de l'ordre grégaire. Il serait bien porteur d'une connaissance, sans doute différente de celle que nous lui prêtons volontiers, mais ce qui est en bas n'est-il pas comme ce qui est en haut ? Et il nous faut regarder en haut et en bas si nous voulons comprendre ; la tradition est aussi un phénomène organique et irrationnel. Or deux dangers menacent les sociétés traditionalistes. Le premier est celui qui transforme le Rite en liturgie sous l'effet d'un mysticisme lié au comportement religieux. On passe du ritualisme au dogmatisme dès qu'on cesse de considérer l'aspect symbolique du message pour adopter l'attitude explorante et le souci perfectionniste. Il y a longtemps que l'on sait que la lettre tue et que seul l'esprit vivifie. II faut vivre le Rite en état d'éveil : c'est le premier devoir du Franc-Maçon. Le second danger est, au contraire, celui que nous constatons dans les sociétés qui n'ont pas acquis le sentiment de l'efficacité radicale du Rite. La dispersion, l'absence d'unité intérieure, l'illusion d'une pensée qui serait mieux assurée sans objet et sans discipline. De ce point de vue, on peut dire que le plus mauvais des rituels est encore préférable à l'absence totale de rituel.

      Corps de rituels, ensemble de pratiques traditionnelles, le Rite codifie une expérience communautaire quasi-immémoriale. Il nous rattache à des traditions : celle des constructeurs, celle des chevaliers, celle des gnostiques, celle des païens, celle des Juifs, celle des Chrétiens et, certainement, à la tradition égyptienne, c'est à dire qu'il nous rattache à l'expérience humaine.

      Cette expérience humaine est si diverse dans ses expressions mais si cohérente dans son fonds qu'on ne peut pas prétendre connaître toutes ces traditions ni se sentir diminué parce que les circonstances nous amènent à travailler plus selon l'une ou quelques-unes d'entre elles. Nous suivons, nous, la Tradition occidentale d'un courant initiatique mondial. C'est peut-être pour cela que certains peuvent considérer, au nom de l'universalisme, que notre tradition est trop circonscrite et qu'il nous faut emprunter à d'autres rites, à d'autres traditions. D'autres, étourdis par le changement de société généré par la course exponentielle du progrès affirment que les vieux ne détiennent plus le secret des choses et que, dans ces conditions, notre Tradition est devenue désuète voire obsolète.

Elie Vidrequin 

À SUIVRE...
La totalité du texte sur simple demande par mail à l'adresse: 
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Que la lumière du rite vous éclaire...
LE RITE - Elie Vidrequin.

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Publié le par Jean-François Guerry
DE L'HARMONIE VI

 

DE L’HARMONIE VI

 

La lumière de la vertu, n’a jamais été le partage du grand nombre. Il ne faut point s’en étonner, rien n’est si conforme à la faiblesse humaine ; nous frappés par l’extérieur, et l’interne demande une discussion, dont peu de gens se rendent capables. Comme la véritable piétée consiste dans les sentiments et la pratique, (…)

 

                                                       Gottfried Wilhem Leibniz- Préface Essais de théodicée.

 

 

Leibniz semble proposer son œuvre majeure, Essais de théodicée, à tous ceux qui cherchent, au-delà du visible, l’invisible. À tous ceux pour qui les apparences ne sont pas le monde réel ; ceux qui, à la recherche de la Lumière, sont devenus ses enfants. Ceux qui sont conscients de la faiblesse humaine, mais aussi conscients de sa possible grandeur.

 

Ce sont ceux qui, regardant chaque jour le soleil qui se lève et la rose sans pourquoi, se prennent, dans la retraite de leur cœur, à penser plus grand qu’eux-mêmes et sourient à la vie en rendant gloire au Grand Architecte des Mondes.

 

Leibniz constate que : les cérémonies de la pratique ressemblent aux actions vertueuses, mais elles y ressemblent seulement. Il constate aussi que les formulaires de la croyance sont des ombres de la vérité et approchent plus ou moins de la pure lumière.

Toutes choses que nous pouvons rapprocher du corpus initiatique maçonnique, qui a aussi ses cérémonies et ses formules. L’essentiel restant la pratique effective, la communion spirituelle et fraternelle dans le creuset des loges, et les portes ouvertes sur le monde profane : la lumière que porte les humbles flambeaux que sont les sœurs et les frères.

 

Tous les enseignements initiatiques forment un chemin où les dalles, posées une à une, mènent vers la lumière divine. Un chemin tracé dans le désert par Moïse, puis David et Salomon et l’accompli par le prophète Jésus le plus humble de tous.

 

Leibniz écrit dans sa préface : « L’on voit que Jésus-Christ, achevant ce que Moïse avait commencé, a voulu que la divinité fût l’objet, non seulement de notre crainte et de notre vénération, mais encore de notre amour et de notre tendresse. (…) Car il n’y a rien de si agréable que d’aimer ce qui est digne d’amour. (…) et rien de plus parfait que Dieu. »

 

Avant de monter sur l’échelle mystérieuse de la spiritualité, il faut s’assurer que ses deux montants qui sont amour de Dieu et amour des hommes sont solidement posés en terre ; que la matière a été suffisamment pénétrée par l’esprit ; que notre corps est léger capable de réaliser cette ascension vertigineuse.

Pour Leibniz, Dieu est un océan dont avons reçus les gouttes, exprimé souvent autrement par la flamme éternelle qui brûle en nous, symbolisée par celle qui brille sans interruption sur le plateau du Vénérable Maître en Franc-maçonnerie.

 

Dieu est harmonie, flamme dont les rayons concourent à l’harmonie universelle ; aux hommes de remplir leur part du travail, d’entretenir de rénover souvent cette harmonie. Comment ? En faisant des bonnes actions, des actions vertueuses.

Ces actions transportent l’homme vers le centre de son âme ; ainsi l’humain contemple le divin. En faisant notre Devoir d’homme, c’est-à-dire en obéissant aux ordres de la suprême raison, cette raison qui n’est point différente de la Gloire de Dieu.

 

Leibniz nous dit : « Notre charité est humble et pleine de modération, elle n’affecte point de régenter : également attentifs à nos défauts et aux talents d’autrui, nous sommes portés à critiquer nos actions et à excuser et redresser celles des autres : c’est pour nous perfectionner nous-mêmes, et pour faire de tort à personne ».

 

À nous, de prendre les saines habitudes de travailler à notre perfectionnement par la pratique des vertus, en mettant en avant notre bonté naturelle, en nous éduquant, en fréquentant les personnes vertueuses.

 

La vraie religion c’est de se relier aux choses vertueuses et aux hommes vertueux.

 

Les chrétiens qui pratiquent la loi d’amour, ne peuvent être vertueux sans aimer leur prochain et plus encore leur lointain.

 

Ainsi Leibniz relie ses pensées sur la bonté de Dieu, la liberté de l’homme et l’origine du mal.

 

                           À suivre…

                                                     Jean-François Guerry.

DE L'HARMONIE VI

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Publié le par Jean-François Guerry
DE L'HARMONIE V

 

DE L’HARMONIE V.

 

Ce n’est pas moi, ce n’est pas ma faute, c’est sa faute à lui !

 

 C’est affirmation, souvent entendue dans les cours de récréation, est le symptôme d’un manque de maturité, aurait dit Emmanuel Kant, qui, dans sa réponse célèbre à l’interrogation Qu’est-ce que les Lumières ? , affirmait : l’homme des Lumières est l’homme qui sort de sa minorité, l’homme qui pense par lui-même, donc responsable de ses jugements et de ses actes, un homme raisonnable.

 

Il abondait en ce sens, comme Leibniz le cri de Platon : « Dieu n’est pas responsable ! » Pourquoi faut-il donc que l’innocence de l’un soit automatiquement la responsabilité de l’autre ? Pourquoi s’excuser en accusant ? Ne peut-on pas concilier Fides et Ratio, Foi et Raison ?

 

Dans la chanson de Bob Dylan (1963), Qui a tué Davy Moore ?, reprise en français par Graeme Alwright, la question de la fuite devant la responsabilité du mal est bien illustrée :  l'arbitre, les spectateurs, le parieur, le manager, le journaliste et le boxeur adverse qui expliquent chacun, à leur tour, pourquoi la mort de Davy Moore n'est pas de leur faute. En définitive, c’est la faute au destin, à Dieu pourquoi pas.

 

Il y a une certaine facilité de l’homme a s’auto innocenter et à culpabiliser Dieu, en lui donnant tous les noms : le hasard, la nature, le destin, le manque de chance. Leibniz, fut sans doute le premier à faire l’association entre les deux mots grecs Theos et Dicée, entre Dieu et Juste, sans doute par une géniale simplicité de quelque chose de complexe et souvent indéfinissable : Dieu et la Justice. En associant les deux mots, il donne du corps à la Justice Divine, du moins à cette justice à rechercher, qui soit à la fois Ordre de la loi et Amour de l’autre, Justice et équité.

 

Comment, d’ailleurs imaginé que Dieu ne soit pas juste ? Leibniz, qui avait su gagner les faveurs de la princesse Sophie-Charlotte, fille de l’Électeur de Hanovre Ernest-Auguste, et qui deviendra reine de Prusse par son mariage avec Frédéric III de Brandebourg, participa probablement à l’élaboration de ses idées. Cependant, c’est toujours Leibniz qui avait la main sur ses écrits ; il s’intéressera surtout de « la grande question du libre et du nécessaire, surtout dans la production et l’origine du mal ».

 

On retiendra de Leibniz qu’il fut porteur de la paix de la raison, surtout dans les dissensions religieuses, et un fondateur de l’œcuménisme. Pour les enfants de la Lumière et des Lumières Leibniz apparaît comme un modèle quand il veut rapprocher la justice des hommes de la justice divine, en quelque sorte la recherche d’une véritable justice universelle. L’exercice consiste à soumettre la justice divine à des règles qui peuvent entendues par tous les esprits.

 

En associant les deux justices, il semble qu’il associe le Grand Esprit de Dieu et l’esprit des Hommes, grand Esprit et esprit de moindre grandeur, dans une recherche par degrés de la « Charité du Sage ». Si l’on voit dans Dieu un Grand Architecte, l’on peut y voir aussi un Grand Calculateur raisonnable, capable de volonté mais aussi d’Amour.

 

Avec cette idée du meilleur des mondes possibles, Leibniz active une dynamique de foi dans Dieu et de foi en l’homme. Cette dynamique est initiatique : elle est recherche de la vertu, d’un monde possible en constante amélioration grâce à l’amélioration de l’homme. C’est un formidable message d’espérance.

Mais c’est aussi un constat incontournable : la bonté du monde ne se constate pas ; le passé et l’actualité en témoignent. C’est bonté du monde, du monde meilleur, se démontre, se construit par notre action, qui fait suite à notre pensée. Cela suppose de tenir fermement en main la balance et ses deux plateaux, où se pèsent l’Ordre de la loi et l’Amour de l’autre. Ceci est bien de notre ressort et de notre responsabilité, c’est ainsi que le devient un Frère éclairé.

 

                                                     A SUIVRE…

                                                                                Jean-François Guerry. 

DE L'HARMONIE V

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Publié le par Jean-Laurent Turbet

Cet article est reposté depuis Le Blog des Spiritualités.

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Publié le par Jean-François Guerry
DE L'HARMONIE IV

DE L’HARMONIE IV

 

Nous pouvons dire que Leibniz fut un génie du rassemblement de ce qui paraissait épars, du rassemblement des idées. Il fut un conciliateur des idées du passé et des idées modernes. Il osa la réunion entre Aristote, Descartes et Spinoza. En Franc-maçonnerie, nous disons vivre le présent et bâtir l’avenir en s’inspirant des enseignements du passé, afin de ne pas tomber dans le labyrinthe des erreurs.

 

Cette dispersion des idées pourrait avoir pour conséquence une extrême confusion. Leibniz échappe à cet écueil grâce à sa croyance en Dieu, principe d’harmonie pour lui. Pour lui, la création est bonne et le mal relatif : c’est la base de sa Théodicée, dont le titre résume sa théorie : Essais de Théodicée- Sur la bonté de Dieu, la liberté de l’homme et l’origine du mal. Ce titre peut être inspirant pour un franc-maçon, qui croit en un principe créateur qu’il nomme Grand Architecte de l’Univers et qui affirme, ou non, que cet architecte est Dieu, et qui, parallèlement, a foi en l’homme.

 

La Théodicée de Leibniz tente de répondre aux sceptiques qui s’interrogent face aux malheurs du monde et la responsabilité de Dieu dans ces malheurs : si Dieu est bon, pourquoi tous ces malheurs ? Thomas, un des apôtres du Christ, se posait la même question, s’interrogeant sur l’incapacité de Dieu face au malheur des hommes.

 

En effet, l’on peut à juste titre s’interroger sur réalité des attributs que l’on concède à Dieu : son omniscience, son omnipotence et sa bienveillance. Trois attributs en contradiction avec le monde tel que nous le vivons. Il semble, que Dieu soit aux abonnés absents dans les plus grands malheurs qui nous accablent !

 

Cela nous conduit irrémédiablement à l’adoption du manichéisme, du dualisme ; pourtant dualisme, n’est pas dualité. Et, en creux, l’on peut conclure que Dieu n’est pas omnipotent ; et, si on continue à croire qu’il l’est, alors il n’est pas bienveillant. C’est la théorie énoncée par Bayle, que Leibniz va s’efforcer de démonter rationnellement, afin que tous les hommes ne deviennent pas des athées.

 

En effet, la raison peine à accorder l’omnipotence et la bienveillance de Dieu avec l’existence du mal : Dieu ne peut pas alors être synonyme de perfection. Ce constat, crédibilise sans restriction la moralité des athées et, par extension la spiritualité sans Dieu, qualifiée de laïque.

 

C’est sans doute pour cela que Leibniz choisira la rationalité pour « sauver » l’omnipotence et la bienveillance de Dieu, par l’explication de l’origine du mal. Il nous faut admettre que, si nous ne croyons pas en Dieu, l’origine du mal est à chercher en dehors en Dieu, donc en nous.

 

C’est à partir de cette réflexion, que Leibniz développera son premier principe, le principe de « Raison suffisante », selon lequel (nihil sine ratione) rien n’est sans raison.

 

                                    À SUIVRE…

 

                                            Jean-François Guerry.

DE L'HARMONIE IV

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Publié le par Jean-François Guerry
Etienne Morin Genèse du Rite - Étiquettes je pense.org

Etienne Morin Genèse du Rite - Étiquettes je pense.org

LE RITE

 

Le rite maçonnique a fait l’objet de multiples définitions. La plus courante est celle d’un ordre prescrit de cérémonies qui se pratiquent dans le cadre d’une religion. Par extension, dans un processus initiatique, quand on parle d’initiation, il est caractérisé par son caractère inamovible, immuable, voir dogmatique ; toute modification ne se fait qu’avec prudence.

 

Il est un héritage spirituel : seuls des experts ayant étudié son histoire et chaque expression du rite - que ce soient les mots, les paroles, les gestes, les cérémonies ou les exhortations - ont la capacité non pas de le changer, mais de le faire évoluer pour qu’il soit compréhensible dans un espace-temps donné et lisible par les seuls initiés.

Il est un support de valeurs fondamentales intemporelles et, le plus souvent, universelles. Plus il est riche de ces valeurs, plus il comporte de degrés.

 

 « Les rites sont comme des guides qui nous conduisent par la main dans des routes qu’ils ont souvent parcourues ; les lois, comme des plans de géographie où l’on a tracé les chemins par un simple trait,et sans égard à leurs sinuosités »[1]

 

« Nos rites, nos mystères, ne peuvent point changer, ne sont point incertains. Comme ces faibles lois qu’inventent les humains »[2]

 

En fait, le rite ne change donc pas, ou peu : c’est son interprétation et les travaux sur le rite qui changent. Suivant sa richesse, il est assorti de qualificatifs, d’adjectifs, voire d’images tendant à exprimer sa densité ou sa simplicité. Concernant le Rite Écossais Ancien et Accepté, il a été souvent dit qu’il est « une éponge », qualificatif pas très esthétique, mais qui renseigne bien sur sa nature et ses capacités.

 

Les travaux maçonniques, véritables exercices spirituels, prennent pour fondement le rite et ses enseignements. Ces travaux sont de véritables palimpsestes, dans le sens de réemploi d’un matériau, mais aussi de façonnage de celui-ci, d’interprétation des symboles qu’il véhicule suivant l’expression courante : chercher l’idée sous le symbole.

 

Il est intéressant de constater la particularité du rite maçonnique (du moins du Rite Écossais Ancien et Accepté) : les palimpsestes sont individuels et collectifs et s’appuient les uns sur les autres, comme autant de marches permettant de reprendre un élan ascendant ; on parle de spirale. On pourrait parler aussi d’emboitements successifs.

 

Le rite rempli son rôle de pierre de base, assurant la solidité et la pérennité de l’œuvre, mais aussi proactif, permettant les ascensions spirituelles individuelles, dans les limites du respect de la liberté de chacun, dans une forme de médiété assurant le rejet tous les extrémismes qui détruiraient le fondement du rite, lequel est un centre d’union fraternel et initiatique.

 

On Constate ainsi que chaque Loge maçonnique est une entité spécifique, avec ses particularités, ses travaux, ses qualités. Le rite permet à chaque membre et aux visiteurs de passage de se retrouver dans un corpus commun et de bénéficier d’ouvertures multiples pour leur esprit.

À chaque réunion, il est important de marcher avec les deux jambes du compas : celle de l’ouverture spirituelle et celle de l’humanisme, qui permet la jonction fraternelle entre tous les assistants. Les palimpsestes proposés sont, au fil de l’ascension des degrés autant de pierres de construction de la pyramide finale.

 

                                    Jean-François Guerry.

 

[1] Barthelémy (L’ABBÉ) – Anacharsis, 3ème édition Paris.

[2] Voltaire.

LE RITE

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Publié le par Jean-François Guerry
DE L'HARMONIE

DE L’HARMONIE PART III

 

Notre monde est le meilleur des mondes possibles selon Leibniz. Cette affirmation, qui s’apparente à un optimisme béat, quasi inconditionnel, lui a valu les railleries de Voltaire, expert en la matière. Voltaire, grand critique, par exemple de l’esclavage, et dont les écrits ne furent pas toujours, sur ce point, en rapport avec sa pratique.

 

Leibniz, nous l’avons vu, met en avant une radicalité rationnelle pour justifier son affirmation : si notre monde était si mauvais, Dieu, son créateur, ne serait pas bienveillant, ce qui contredirait ce qu’il est, suivant son principe même. Le franc-maçon, qui croit en un principe créateur suivant la déclaration préalable du Convent de Lausanne des Suprêmes Conseils du Rite Écossais Ancien Accepté, ne peut concevoir un Grand Architecte de l’Univers qui serait malveillant.

 

Notre monde n’étant pas idéal ni optimum, pas plus que nous qui en faisons partie, notre Devoir est de travailler à notre perfectionnement personnel afin d’améliorer notre monde ici et maintenant. On peut dès lors dire que Leibniz, comme Augustin et les francs-maçons s’accordent sur la possibilité d’un monde meilleur grâce à l’action de l’homme. Cette action se concrétise par les différents degrés initiatiques qui, par leur acquisition, permettent une élévation de l’esprit, une élévation de la conscience.

Le manque de perfectionnement de l’homme et de la société devient une espérance de la vie bonne grâce à la pratique du rite initiatique, ce qui rend les Sœurs et les Frères contents et satisfaits.

L’image employée par Leibniz, pour illustrer ses Essais de Théodicée peut être rapprochée de celles employées en Franc-maçonnerie. Il s’agit de celle de la pyramide sans base, divisée en de multiples chambres. Le voyageur, est invité à parcourir ces chambres, ou du moins quelque unes d’entre elles. À la manière d’un voyage initiatique, c’est un chemin qui s’éclaire de plus en plus en se dirigeant vers le sommet de la montagne ou de la pyramide.

La base de cette pyramide, non fermée, englobe la terre et l’infini, comme la montagne descend vers les Vallées et les englobe. Ainsi, la totalité du monde se trouve irradié par la spiritualité provenant du sommet spirituel unique. L’esprit pénètre peu à peu la matière, à la manière de la Jérusalem céleste descendant sur terre.

La chambre qui se trouve juste sous le sommet de la pyramide est la plus parfaite : elle est harmonie, provenant de l’unité représentée par la pointe du sommet. Certains verront dans cette pointe, celle de l’âme fortifiée par l’esprit. À ce sommet règnent la vertu et le courage, qui permettent au Chevalier Franc-maçon de se libérer de ses chaînes et d’accéder au monde réel de la Vérité et de la Lumière.

Le récipiendaire, en observant le tableau de Loge triangulaire d’un certain degré de perfection, verra qu’il peut libérer son âme grâce aux trois alliances. Il accédera à la vérité du réel, au sommet où brûle le feu spirituel ; il est alors plongé dans le troisième ciel de l’harmonie. Il constate qu’il est dans le meilleur des mondes possibles : le monde vivant de la terre où nous sommes.

 

« De cela s’ensuit que Dieu veut antécédemment le bien et conséquemment le meilleur. Et pour ce qui est du mal, Dieu ne veut point du tout le mal moral, et il ne veut point d’une manière absolue le mal physique ou les souffrances ; c’est pour cela qu’il n’y a point de prédestination absolue à la damnation ; et on peut dire du mal physique que Dieu le veut souvent comme une peine due à la coulpe, et souvent aussi comme un moyen propre à une fin, c’est-à-dire pour empêcher de plus grands maux ou pour obtenir de plus grands biens. La peine sert aussi pour l’amendement et pour l’exemple, et le mal sert souvent pour mieux goûter le bien, et quelquefois il contribue à une plus grande perfection de celui qui le souffre, comme le grain qu’on sème est sujet à une espèce de corruption pour germer : c’est une belle comparaison dont Jésus-Christ s’est servi lui-même »[1]

 

         On comprend ici la nécessité des épreuves initiatiques pour prendre conscience de notre part d’ombre, et la nécessité des épreuves de purification, la dernière d’entre elles étant celle du feu régénérateur permettant de se rapprocher du feu unique, de l’harmonie et de la lumière de la Vérité.

 

                                    À SUIVRE…

 

                                            Jean-François Guerry.

 

[1] Leibniz- Essais de Théodicée. Première partie §23, Page 117 et 118. Éditions GF Flammarion 1969.

DE L'HARMONIE

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Publié le par Jean-Laurent Turbet

Cet article est reposté depuis Le Blog des Spiritualités.

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Publié le par Jean-François Guerry
DE L'HARMONIE PART II

DE L’HARMONIE PART II

 

« Quand on voit, dans nos procès humains, un accusé confier le soin de sa défense à un avocat particulièrement célèbre, on se prend parfois à penser : faut-il que son affaire soir mauvaise ! A ce compte, l’affaire de Dieu, si l’on ose dire, ne serait pas loin d’être désespérée. »

                                   Jacques Brunschwig – Introduction Essais de Théodicée. De Leibniz.

 

 

Soyons raisonnables : le mal existe comme le bien. La Loi Mosaïque et son pavé mis sous nos yeux en attestent, si besoin était. Hannah Arendt a démontré la banalité du mal ; bien avant elle, Leibniz avait constaté que le mal est présent dans le monde. Il pensait que ce n’était pas un désir de Dieu, mais plutôt sa volonté de le faire coexister avec le bien, afin qu’il participe d’un principe d’harmonie du Tout. Suivant le principe que tout est dans l’Un, et que l’Un, est le Tout. Rendons grâce au Grand Architecte de l’Univers, créateur du monde, rendons lui Gloire.

 

Leibniz suivant le principe d’économie, pense que Dieu ne peut pas créer un monde entièrement bon, car il se dédoublerait lui-même. Suivant ce principe, il choisit de faire le meilleur des mondes possibles, donc un monde imparfait. Un monde que nous avons la charge, malgré notre imperfection liée à notre caractère humain, de parfaire, puisque étant imparfait nous sommes perfectibles. Le mal reconnu par Leibniz, il le qualifie de mal métaphysique, qui contient en lui la finitude, l’imperfection. Sur le plan physique, c’est la douleur, et sur le plan moral, c’est le péché. Le mal voulu par Dieu, n’est pas un mal total et irrémédiable : c’est un moindre mal, qui porte en creux l’espérance, la possibilité du bien. Car s’il y avait mauvaise intention de Dieu, malveillance de sa part ce serait contraire à son principe même.

« On peut prendre le mal métaphysiquement, physiquement et moralement. Le mal métaphysique consiste dans la simple imperfection, le mal physique dans la souffrance, et le mal moral dans le péché. Or, quoique le mal physique et le mal moral ne soient pas nécessaires, il suffit qu’en vertu des vérités éternelles ils soient possibles. Et comme cette région immense des vérités contient toutes les possibilités, il faut qu’il y ait une infinité de mondes possibles, que le mal entre dans plusieurs d’entre eux, et que même le meilleur de tous en renferme ; c’est ce qui a déterminé Dieu à permettre le mal ».[1]

 

Dieu ne cause donc pas le mal comme un bien, parce qu’il est sans malignité. Le mal apparait comme un bien : il est la possibilité d’amélioration. Nous voyons et reconnaissons le pavé mosaïque, image du bien et du mal, en même temps que possibilité de faire pénétrer le bien dans le mal, de réduire nos imperfections. C’est dualité et non dualisme. S’il y a réalité du bien et du mal, nous ne sommes pas passifs face à cette réalité, mais actif dans notre volonté de pratiquer la vertu et de fuir le vice. La théorie de Leibniz est rationnelle, puisque le mal existe. Mais Dieu, étant omniscient, il tolère le mal parce que tout autre monde contiendrait plus de maux que celui dans lequel nous existons. La volonté divine n’est donc pas désir du mal, mais elle est volonté de coexistence du mal avec le bien, dans le but d’une recherche d’harmonie du Tout - en clair, un mal pour un bien.

« Mais quelqu’un me dira : Pourquoi nous parlez-vous de permettre ? Dieu ne fait-il pas le mal et ne le veut-il pas ? (…) »[2]

 

                                            À suivre….

                                                     Jean-François Guerry.

 

 

[1] Leibniz- Essais de Théodicée- Première Partie § ,21, Page 116. Éditions GF Flammarion 1969.

[2] Ibid 1- § 22 page 117.

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Publié le par Thierry Didier
DE L'HARMONIE

DE L’HARMONIE

Le 3 janvier 2025, Thierry Didier, contributeur du blog, écrivait à propos de « l’harmonie cachée ». Je vous propose une relecture de sa réflexion, en forme d’introduction à d’autres articles sur la théodicée, dont Alain Finkielkraut a dit :  C’est un plan d’ensemble qui conduit l’humanité.
Thierry Didier parle, à propos du Rite Écossais Ancien et Accepté, « d’optimisation, d’harmonie ». Nous pouvons y voir un itinéraire pour le Chevalier de l’Esprit, celui-ci se rapprochant de la Grande Lumière et sortant « du centre des ténèbres ».

Nos réflexions ne pourront pas faire l’économie d’un regard approfondi sur Gottfried Wilhelm Leibniz, inventeur du mot « théodicée ». Leibniz, qui fut la fierté de l’Outre-Rhin, comme le fut René Descartes chez nous. Il apprit, paraît-il, le latin tout seul à huit ans et intégra l’université à quinze ans.

Sa Théodicée, comme le Rite Écossais Ancien et Accepté, nous propose de nombreuses entrées, susceptibles de constituer un substrat pour un centre d’union, une association des contraires. On y trouve la matière pour une réflexion « sur la bonté de Dieu, la liberté de l’homme et l’origine du mal », ainsi qu’une autre réflexion sur les vérités gnostiques contenues dans un degré initiatique considéré comme le nec plus ultra de l’initiation écossaise.
 

C’est une gageure que de concilier, d’accorder l’existence du mal avec les perfections infinies de Dieu. Cela déroute aussi bien les rationalistes que certains croyants, au rang desquels Thomas lui-même, parfois assailli par le doute malgré son engagement apostolique.

                                                           Jean-François Guerry.

LEIBNIZ

LEIBNIZ

De l’Harmonie cachée

 

 

Il existe en astronomie un postulat qui prétend que l’Univers serait constitué non seulement de ce que nous observons à travers le télescope, mais également de ce qu’on appelle, faute de mieux, la matière noire, et ce qui en découlerait, l’énergie sombre. Sa présence n'est détectée qu’indirectement, sur le papier, d’où les qualificatifs qui lui sont attribués et qui dénote de l’herméticité de ce concept. Ce postulat a été émis parce qu’il corrobore certaines théories actuelles de l’astrophysique, et qu’il rend compte de la nécessité de la présence massive de cette matière hypothétique (environ 33% de l’Univers visible) pour corroborer diverses hypothèses sur la structure du tissu interstellaire tel que nous le supputons aujourd’hui. Cette théorie de la matière noire, comme tout postulat, est combattue par d’autres scientifiques, ce qui est là le propre de la science, le caractère « évasif », imprécis au moins de son appellation témoignant à la fois de nos carences actuelles et d’un certain aveu de faiblesse de la part des sachants.

Ce qui est très formateur pour les scientifiques, et ils n’en ont pas forcément conscience, est qu’en travaillant sur ce « manque » de matière, ils questionnent en sous-main le manque, dans toute son ampleur philosophique, symbolique et psychologique. Cet aveu de faiblesse est aussi ce qui fait la grandeur de celui qui sait s’accommoder desdits manques : nous retrouvons là l’esprit Écossais, qui permet de ne rien s’interdire, et qui y voit l’occasion de sans cesse se remettre en question pour continuer à avancer. Et cela colle très bien, avec ce que nous, maçons, percevons de l’Univers, que ce soit sur le plan symbolique, métaphysique ou existentiel, et qui nous amènera, nous y reviendrons, aux concepts, pour le philosophe, de l’Harmonie cachée, et pour le franc-maçon, de la Parole Perdue. Car ce qui manque de visible à l’Univers finit aussi par nous manquer à nous-même.

Il s’agira alors d’observer une véritable herméneutique du manque, et d’y voir l’occasion non pas nécessairement d’accéder à ce manque, mais simplement en avoir conscience, pour au moins en intégrer la dimension, et n’y voir qu’une complétude à éprouver. Les scientifiques élaborent en effet des concepts que la métaphysique leur avait « soufflé » précédemment, tout simplement parce que l’intuition humaine et la philosophie ne réclament pas les mêmes prérequis, les mêmes moyens et les mêmes preuves qu’on est en droit d’exiger, s’agissant de faits rationnels qui doivent être, eux, reproductibles à l’envi. Ainsi également la théorie du Tout, travaillée sur le plan scientifique par Stephen Hawking, consiste à embrasser la totalité de l’univers par l’unification des 4 grandes forces cosmiques connues aujourd’hui, que sont la gravitation, les interactions faible et forte, et l’électromagnétisme. Souvent un organisme, quel qu’il soit, se reconnait au travers de ses actions : c’est sans doute le cheminement que tenta d’éprouver Hawking, en partant d’une fin supposée, ces 4 forces manifestées, pour en remonter le fil jusqu’à sa source, une forme de « tout », comparable, dans l’esprit, à l’Univers complet dont l’intelligibilité sanctionne le 30ème degré du REAA. Cette totalité-là fut déjà pensée quelques siècles plus tôt par les alchimistes, avec l’appui, cette fois, des 4 éléments, globalisés au sein de l’Ether, sorte de bain symbolico-métaphysique qui constituait à la fois l’union de ces 4 éléments en une seule valeur, mais également le domaine d’expression concomitante desdits éléments. Une hypothèse voisine consistera à assimiler la centralité résultant de ces 4 éléments à l’Amour, entendu dans le sens qui intéresse le 18ème degré du REAA, c’est-à-dire une onde unificatrice qui se propagerait de proche en proche et définirait la Charité et le partage. Cette vision-là, plus confessionnelle que celle, métaphysique, de l’Ether, aura pour vertu d’introduire une coloration morale, donc plus incarnée, mais aussi pour inconvénient de limiter à sa propagation son influence générale, là où l’Ether considérait la totalité de l’espace disponible.

L’harmonie est un concept qui attire, certes, les artistes et les philosophes, mais aussi les francs-maçons, hommes de construction spirituelle, qui y voient, à travers son étymologie, emprunté au grec harmonia, une cheville, un joint, un assemblage ou bien encore un accord, dont la finalité sera l’obtention d’un tissu, qu’il soit de nature biologique, cosmologique ou existentiel. L’harmonie est officiante en franc-maçonnerie au travers de sa déclinaison la plus épurée, à savoir la Beauté. Ce qui structure toute chose est au centre de cette chose : la Kabbale hébraïque nous renvoie ainsi à la Sephirah Tipheret, dénommée Beauté, et placée au cœur même de l’arbre séphirotique. Il n’en demeure pas moins que l’harmonie ne saurait se départir de cette binarité qui sied à tout initié désireux d’exploiter au mieux ce qui se présente à lui, par ce biais dual que constituent les voies exotérique et ésotérique. On pourrait penser que, compte tenu de sa nature et de son action, l’harmonie est une et indivisible : il n’en est rien car celle-ci s’attache autant à la forme des choses, qu’à la « forme » de l’observateur concerné, entendu dans son sens aristotélicien, c’est-à-dire son âme et son esprit.

L’harmonie visible est donc le point de jonction entre 2 occurrences, ainsi qu’un arrangement cohérent et une façon, pour l’initié, de valider cette cohérence. Il n’en demeure pas moins que cette harmonie n’apparaît pas spontanément, car elle n’est équilibre que dans le monde manifesté. A cet égard, l’harmonie visible est le fruit d’un long travail d’identification et d’assimilation, par l’initié, de ce qui l’entoure. Nous pourrions utiliser ici l’exemple de la longue chaine des degrés du REAA, dont le contenu intrinsèque voue ceux qui s’y penchent, à travailler encore et encore les liens sémantiques, symboliques et philosophiques qui les unissent, et qui sont le seul moyen d’approcher cette totalité qu’on appelle la Vérité. C’est pourquoi existerait, à côté d’une harmonie visible, une harmonie cachée qui permettrait, nous allons le voir, non seulement d’avoir une approche plus complète, mais qui, par ses extensions (la théodicée, ou jugement de Dieu, par exemple) nous révèle certains choix confessionnels ou philosophiques pour lesquels ont opté nombre de penseurs.

On peut se permettre d’affirmer que l’harmonie possède cette double face, par le simple fait que, comme dans la Bible, ce qui est nommé existe. Mais ce qui existe sépare. Selon les philosophes partisans de la théodicée de l'harmonie cachée, le mal que nous constatons dans l’humanité ne serait apparence de mal qu'à nos yeux alors qu'il est en réalité un bien. Cette vision très dualiste permet, en utilisant le biais du manichéisme, de ne rien s’interdire quant à une dualité invitant à la nuance, à l’équilibre et finalement à la poursuite raisonnée de la réflexion. Ca n’est pourtant pas ce que semble nous signifier Héraclite, qui affirme : « l’harmonie cachée vaut mieux que l’harmonie visible ». Cette orientation radicale assène un choix de valeurs à partir de 2 réalités préséantes : cela peut surprendre dans la bouche d’un philosophe réputé, mais la philosophie générale n’est ni la vie, ni l’initiatique. Cette citation fait donc la part belle à ce qui apparaît dans la vie comme caché, donc mystérieux ou énigmatique, et qui relèverait donc d’un « bénéfice du doute existentiel », recélant des trésors possibles, qui brillent néanmoins par leur absence ou leur invisibilité.

Car le caché peut aussi véhiculer une forme d’ésotérisme fumeux, laissant libre court, parce qu’occulté, aux imaginations débridées. Mais en même temps, l’inconnu attire, le mystère séduit. Lui est communément opposé le tangible, le rationnel, le concret qui, soit, conforte le vécu, mais porte fréquemment un déficit d’image, un biais d’estime, parce que ce qui est structuré et rationnel est par essence fini, aboutissant toujours à la dégradation, et portant par là même l’image de la mort, ou pire, de la décomposition : on appelle cela l’entropie. On pourrait penser que cette extrémité-là, la mort, soit assimilée, pour le croyant, à un retour vers ce chaos indifférencié que constitue l’Eden. Il pensera y trouver une forme de félicité confuse, à rapprocher donc de ce paradis édénique, défini ontologiquement comme une potentialité totale. Ces 2 milieux, celui de l’Éden, et celui du monde sensible sont donc quelque part reliés, d’une part par la Chute adamique, et son corollaire fonctionnel le péché, et d’autre part, en sens inverse, si je puis dire, par la mort physique, et son corollaire spirituel, l’élévation de l’âme.

Cette finitude n’est pourtant pas si évidente que cela, si ce n’est celle liée à la mort, basculement ontologique accouplé en permanence à la sensation d’exister. Cette peur de la mort est sous-jacente à toute pensée humaine, et le visible devient alors, même si certains s’en défendent, une forme d’agonie existentielle, promise à la disparition. L’harmonie visible n’échappe pas à ce diktat en ce sens que sa structure même est soumise à l’entropie, c’est-à-dire à une irrémédiable dégradation. L’harmonie a beau témoigner d‘une forme d’accomplissement structurel, il n’en demeure pas moins qu’elle est soumise à la finitude. Quel que soit notre confession, le bruit de fond de la chute adamique résonne et se propage chez tout judéo-chrétien, fut-il croyant, agnostique ou athée comme une sorte de pénitence existentielle, une forme de fardeau qui nous alourdirait, justifiant une « inculpation originelle » dont nous ne pourrions pas nous défaire. On peut rétorquer qu’Héraclite est un philosophe présocratique, et que donc ses propos ont précédé l’écriture de la Genèse.

Ce serait oublier que tout mythe embrasse une perception qui le dépasse et que de grands schémas philosophiques, tels la chute, l’avènement, le voyage, etc… jalonnent l’histoire humaine depuis un temps immémorial. Le caché est donc souvent plus flatteur que le déclaré parce qu’il laisse ouvert tout le champ des possibles, là où le déclaré peut finir par frustrer, décevoir ou décourager parce qu’il est toujours l’expression d’un choix, d’une volonté, c’est-à-dire d’une liberté fatalement discriminante. Alors bien sûr, l’harmonie évoque l’équilibre, la juste mesure, la bonne circulation de la matière et des idées bien qu’elle possède une parèdre, l’harmonie cachée, sorte d’empreinte, de négatif, au sens photographique du terme, qui porterait en elle tous les petits arrangements picrocholins qui accouchent, à un moment donné de cette forme épurée qu’on appelle l’harmonie visible. La Parole Perdue appartient à cette harmonie cachée. Son appellation même appuie sur cette ambiguïté à la façon d’un oxymore, d’une aporie signifiante qui nous invite à ne pas choisir entre le Verbe, déclaratif, incisif, lumineux, et la Parole Perdue, par nature tapie, sous-jacente, sombre.

A cet égard, la Parole Perdue n’est en aucune façon un pré carré réservé à quelques élus, qui seuls en possèderaient la clé. La Parole Perdue est plus qu’un simple pendant, qu’un exutoire ou qu’une forme dévoyée d’une réalité qui se voudrait toute puissante : elle est le témoin permanent d’un choix qui lui est consubstantiel, elle est l’« anti-Logos », entendu dans son sens étymologique de « anta », signifiant « en face de, en échange » , mais aussi « contre, et son dérivé ambigu , « tout contre ». La théologie négative, par laquelle on met en avant ce que Dieu n’est pas, nous apprend ainsi qu’un penseur baigné dans une civilisation structurée, comme peuvent l’être les mondes antique ou judéo-chrétien, ne peut pas en faire l’impasse, s’il désire se référer à une théodicée, c’est-à-dire une « justice de Dieu ». La théologie négative répond en franc-maçonnerie à l’outil symbolique qu’est le niveau, dont l’action se fait par une « contre-action » à l’autre extrémité de son corps, comme si sa nature profonde était, à chaque action induite, de générer un reflux, fut-il mécanique, symbolique ou philosophique.

Selon les philosophes partisans de la théodicée ontologique, la création d'un univers complexe et infiniment diversifié ne peut se faire sans défauts. Sans ces défauts, l'univers serait Dieu lui-même. Malgré, et sans doute grâce à l’existence et l’exploitation du mal, de l’absence et du non-dit, la majorité des phénomènes de l'univers deviennent optimaux, et mettent en avant une forme d’optimisation des contraires, que nous pouvons appeler l ’« Univers complet », comme le décrit le 30ème du REAA , et qui est l’apothéose de notre existence dans le meilleur des mondes possibles. L’apothéose doit être entendue suivant sa signification étymologique : apo-théose, qui relève, qui s'apparente à Dieu, ou à un contexte divin. Mais le préfixe apo-, signifiant à la fois « loin de », et « relatif à » qualifie parfaitement l’ambiguïté du terme de « séparé » appliqué au Chevalier Kadosch, terme au combien important, qui distingue tout en le reliant l’initié à l’ensemble de l’Univers.

 

Ce réarrangement est nécessairement une optimisation puisqu’il conduit à ne conserver de visible que ce qui est viable. Ce que le rituel nous précise à demi-mots : « Nous n’avons plus d’autre enseignement à vous donner […] Nous n’avons pas de mot d’ordre à vous donner […] Vous êtes désormais le soldat de l’Universel et de l’Eternel ». Ainsi l’« Univers complet » ne signifie pas que nous en percevons les limites, mais simplement que tout ce qu’on en connaît le définit comme une chose pleine et entière. Si une théodicée semble donc, à l’origine, formuler un discours théologique qui cherche à expliquer qu'une divinité permette l'existence du mal, nous venons de voir qu’il ne s’agit là aucunement d’un développement dogmatique, mais, comme le dit à sa façon Alain Finkielkraut, d’« un plan d'ensemble qui conduit l'humanité ». Ce plan-là est déjà, dans son expression géométrique, le croisement de 2 dimensions, portées ici en abscisse et en ordonnée par le Verbe et la Parole Perdue. Selon les philosophes partisans de la théodicée de l'harmonie cachée, le mal que nous constatons ne serait apparence de mal qu'à nos yeux alors qu'il est en réalité un bien.

Selon la vision plus globale des philosophes partisans de la théodicée ontologique, tels Leibniz, la création d'un univers complexe et infiniment diversifié ne peut se faire sans défauts. Sans ces défauts, l'univers serait Dieu lui-même. Malgré l'existence obligatoire de ce mal, la majorité des phénomènes de l'univers sont optimaux et nous vivons ainsi dans le meilleur des mondes possibles. Il ne s’agit pas là d’un optimisme béat, comme le jette Voltaire un peu trop rapidement, raillant le « candide » Leibniz, mais d’une optimisation, terme bien différent tenant compte à tout moment de tenants et d’aboutissants opposés. Comme quoi la lumière n’est pas toujours là on où pense la trouver… Et la franc-maçonnerie dite « progressiste ou positiviste » n’échappe pas à ce biais. Par contre, son caractère initiatique, qui sous-tend la prise en compte d’une totalité pas facile, d’ailleurs, à déterminer, a pourtant intuitivement défini précisément ce que serait l’harmonie cachée pour un franc-maçon. Ce postulat passe par un tryptique : Verbe ou Logos, Vérité, et Parole Perdue : il est possible d’expliquer simplement l’harmonie visible et cachée à partir de ces 3 termes associés, dont certains initiés font, à tort, grand mystère.

Si nous partons de l’hypothèse de l’harmonie cachée, nous considérons donc que tout acte ostensible et déclaré ne représente qu’une portion d’une réalité plus générale, où tout ce qui a été mis de côté par l’acte déclaratif continue d’exister , en sous-plan :  ce postulat apparaît hautement envisageable, tout simplement parce que si l’on effectue une action, quelle qu’elle soit, dans notre univers, ladite action devrait déstabiliser ce fragile équilibre qu’on nomme cosmos: dans les faits, il n’en est rien : c’est donc bien que le cosmos se rééquilibre parallèlement à l’acte , en réorganisant le reste de l’univers. On me rétorquera peut être que l’effet papillon existe, mais celui-ci est inductif, et non séparatif : il n’est qu’un réarrangement horizontal des évènements. Cette réorganisation permanente, invisible pour une part à nos yeux constituera pour l’initié ce qu’on appelle la Parole Perdue. Pour un philosophe profane, cette théodicée, qui signifie littéralement « jugement de Dieu », se manifeste donc comme une optimisation de fait, dans laquelle la Vérité représente une totalité constituée pour partie par le logos, verbeux, déclaratif et solaire, et pour autre partie par la Parole Perdue. Ce terme de Vérité peut paraître excessif, il a cependant l’avantage de qualifier une globalité, une complémentarité qui la place en valeur absolue, au-dessus de la mêlée des querelles philosophiques inhérentes à sa qualification. Mis entre les mains des francs-maçons, la Vérité perd son caractère dogmatique, unilatéral ou doctrinaire. Dans ce contexte, elle devient suffisamment globale et fédératrice pour rassembler et non pour diviser.  On pourrait ainsi imaginer que la totalité de l’Univers tel que nous le vivons ne soit constitué, pour chacun d’entre nous, que de soi-même, et de l’ensemble exhaustif des « discours » que nous soyons capables de tenir avec chaque composante dudit Univers. Cette vision, bien que parfaitement nombriliste, a l’avantage de nous rapprocher de la notion de Logos, que je vois comme l’expression dynamique de l’Univers, adaptée à notre perception spatiotemporelle individuelle. Le Logos occupe par principe l’Univers visible, dont il est à la fois source, propagation et fin ultime, c'est-à-dire les trois fondamentaux que l’Homme est apte à reconnaître.

Le terme de Verbe est couramment substitué au terme Logos, ajoutant un aspect fécondant, incisif, lumineux, qui colle bien, dans l’esprit, à la vision judéo-chrétienne qui habite l’homme occidental. Le Logos est donc déjà à lui seul un support eschatologique. Ce simple fait suffit à nous faire prendre conscience que la perception de l’Univers passe nécessairement par le prisme de l’eschatologie : sans celui-ci, il est impossible d’avoir une vision intellectuellement viable de son immensité. Si l’Univers, pour paraphraser une sentence, est inaccessible à l’esprit humain, cette inaccessibilité n’en est pas moins un jalon, qu’il convient de ne pas négliger.  Comment, sinon, avoir un minimum de prise sur un système qui nous « échapperait » en permanence, aussi bien dans le temps que dans l’espace ? Alors, on pourrait cette fois me rétorquer, et ce n’est pas faux, qu’il existe déjà une harmonie visible, qui transparait dans l’usage ou le constat du nombre d’or : Le nombre d'or, également appelé section dorée, proportion dorée ou divine proportion, est un concept mathématique, un rapport de valeurs qui se retrouve absolument partout autour de nous.

Si l'on devait donner une définition du nombre d'or et l'expliquer simplement, on pourrait dire qu'il s'agit du ratio structurel de toute chose manifestée. Sa valeur numérique est d’environ 1,618. Toute la subtilité est dans le « environ », qui trahit, fort discrètement je l’avoue, là où se dissimule l’harmonie cachée, dans ce qui complète l’ « environ » pour en faire un univers complet. Le nombre d’Or est un nombre irrationnel, à la suite indéfinie de décimales : on pourrait donc considérer l’harmonie visible comme un « arrondissement », par l’intellect humain de la réalité. C’est donc cette incertitude, cette inexactitude structurelle de l’harmonie visible qui conduit à y trouver une complétude par le biais d’une harmonie cachée. Transposé dans notre Rite, le Logos est présent, en fait, dans tout acte ostensible que nous générons, paroles, objets, déambulations, supports variés, symboliques, légendaires ou autres : tout action que nous intentons fait passer dans le domaine de l’informulé ce que nous choisissons de ne pas garder.

Ce mécanisme est universel, et ne se limite pas à l’initiatique. Dans la vie profane, logos et Parole Perdue existent bien évidemment, ça n’est pas une spécificité de l’initiatique. La différence étant que dans notre vie quotidienne, nous avançons uniquement à partir de ce que nous avons créé : c’est tout à fait normal, et c’est l’essence de la vie progressive. La Parole Perdue existe, mais point n’est besoin d’en faire directement état. On parlera alors de libre arbitre et de déterminisme, c’est-à-dire qu’on définira des domaines inclusifs, corrélés à l’acte du logos lui-même. Dans l’initiatique, c’est différent, l’acte n’est que le sommet de l’iceberg existentiel, et le reste ayant pour vocation à réagir avec le déclaratif, c’est ce qui rend le parcours initiatique de chacun extrêmement variable, quant à la durée de l’apprentissage, et à la profondeur de cet apprentissage, car il est inféodé aussi bien au logos qu’à la Parole Perdue. La profondeur d’analyse de l’initié n’est pas indexée sur le volume de ses connaissances, mais sur sa capacité à « inviter » le caché, à convoquer l’indicible dans une réflexion sans cesse en mouvement.

C’est pourquoi Leibniz parle de continuum de la pensée ou des idées : il y a nécessairement continuum car chaque idée émise, chaque geste formulé, chaque évènement suscité fera possiblement basculer son complément dans l’ostensible. En franc-maçonnerie, tout est optimisé, car rien n’est fait inutilement : chaque propos, chaque geste, chaque attitude sont déjà en eux même des finalités, desquelles furent écartées tout ce qui pouvait apparaître comme inutile ou superflu ; c’est d’ailleurs à ce prix que le contenu d’une tenue perdurera dans le temps et l’espace calibrés des travaux. C’est aussi pourquoi il existe des rituels et des instructions, qui, pour les premiers, cantonnent à une fonctionnalité déjà épurée, et pour les secondes habillent de mots et de circonstances le vécu de l’initié. Le libre arbitre et le déterminisme, déjà cités, seront en fait les 2 mamelles du choix que nous effectuons à tout instant. Ce choix actera une initiative, quelle qu’elle soit, mais surtout fera passer le reste du champ des possibles dans un bain informulé qu’on appelle donc la Parole Perdue.

Ce bain est en contiguïté permanente avec ce qui est sorti de l’ombre, il colle à ce déclaratif, simplement en étant là, j’oserais dire « à disposition ». Ces notions de Parole Perdue, de logos, et d’une vérité qui en serait l’union, rend extrêmement difficile l’installation d’une pensée initiatique, qui se doit de prendre en compte une globalité des effets lorsqu’on la met en avant. C’est là où le symbolisme agit, il est une façon mimétique de se représenter ce que l’on qualifie à partir du symbole et du symbolum : ces 2 parties représentant mimétiquement ce qui est choisi et ce qui est mis de côté. En greffant sur ce modèle universel une pensée calibrée, c’est-à-dire, en fait, en travaillant spirituellement, le franc-maçon ne s’interdit rien, ne choisit rien, n’évacue rien, En résumé, la mécanique symbolique correspond à une « empreinte » de la vie, qui n’est pas la vie, mais une « copie ternaire » formulée par l’homme. Dans cette optique, nous voyons bien que la Parole Perdue existe, qu’elle est le pendant naturel, le complément invisible, le bruit de fond initiatique qui libérera dans le manifesté, , la parole solaire qui est le germe grâce auquel croitra et embellira l’initié.

La Parole Perdue est une forme de mise en abyme du verbe, qui va venir occuper, par son caractère itératif, la totalité de la pensée disponible La Vérité devient ainsi la somme parfaite de cette imbrication que constituent à eux deux Verbe et Parole Perdue. Parfaite car faite de compléments, où l’un compensera, équilibrera l’autre en permanence.

Thierry Didier.

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