Digressions sur l'éclipse du 12 août
L’un des grands événements astronomiques de 1975 aura été la consécration de la thèse selon laquelle notre Univers serait un polyèdre issu d’une sphère initiale qui naquit il y a plus de quinze milliards d’années. Les astronomes sont parvenus à ce résultat en prenant pour référence, et en vérifiant, la théorie de la relativité générale. Einstein avait affirmé que toute masse "courbe" localement l’espace. Si l’on dispose un ballon de football sur un édredon, on crée un creux et cela déviera une petite bille qui vient à passer dans son voisinage. Adoptons cette image dans l’espace à trois dimensions et l’on aura une explication de la gravité selon Einstein : en réalité, deux masses ne s’attirent pas, mais le mouvement de l’une est modifié par la déformation locale de l’espace que produit l’autre. Il en résulte que l’Univers entier est "courbé" par l’ensemble des masses qu’il renferme au point de se refermer sur lui-même. Si nous chevauchions un rayon de lumière, croyant toujours avancer droit devant nous, nous nous retrouverions un jour à notre point de départ en ayant, dans un cosmos à trois dimensions, effectué un périple comparable au tour de notre globe, dans ce milieu à deux dimensions que constitue la surface de la Terre. Cette image me semble assez bien illustrer le cours de la vie humaine. Et face à l'instant fugace de l'éclipse il me revient cette sublime réflexion de Johann Wolfgang Goethe:
" Esprit de connaissance et plein de nostalgie, l'homme élève son regard vers le ciel parce qu'il sent très bien qu'il est un citoyen de ce programme spirituel auquel nous ne pouvons-nous empêcher de croire. Et c'est dans cette intuition, dans ce pressentiment, que réside le secret de notre ardeur à marcher inlassablement vers un but inconnu. "
Y a-t-il un secret ? Sans doute. Mais qui le possède, qui le détient ? Et si quelqu'un le possède ou le détient, conviendrait-il qu'il le livre? Et si les choses étaient encore plus simples. Et si le secret était tout simplement cette "lettre volée" du conte d'Edgard Poe. Elle est simplement devant moi, sur la cheminée.
À l'automne de ma vie (ne serait-il pas plus lucide de dire : l’hiver), les choses me paraissent claires : ne disposant que de moi-même, et même n'en étant pas très sûr, je cherche seulement à éclairer les difficultés et à les comprendre tant il est vrai que je n'ai découvert que l'écorce de l'amande, l'os qui renferme la moelle.
Le grand secret, bien sûr, c'est que nul ne détient de secret et que je n'arriverai jamais à posséder le secret de la vie mais qu'il ne cessera de me hanter. Je le confesse, c'est parfois difficile à comprendre et quelque fois triste à admettre, à sentir dans le fini un infini qui n'existe pas. Je sais bien aussi qu'il m'arrive d'être submergé par les mystères de l'existence. Dans ma campagne bretonne, je ne sors guère le soir aux étoiles sans être saisi par l'énigme muette de la destinée, l'harmonie insondable de l'univers cosmique arrête mes réflexions et je découvre soudain l'abîme de l'insignifiance. Je sens ma solitude face aux silences glacés et je veux imaginer un ordre qui soit le signe de l'alliance entre moi et l'univers. Mais ce que je ressens surtout, c'est un besoin de paix, une sorte d'appel vers je ne sais quelle hauteur d'où je pourrais juger à la fois de la terre et du ciel, des hommes et de moi-même et percevoir le sens de ma vie.
Tout ce qui est humain est ambigu: la bonté comme la justice, la beauté comme la vérité. La bonté est une force et la justice une forme d'amour. La peine est bonne et le repos lassant. L'homme assuré du lendemain est inquiet plus que celui qui lutte. La foi se nourrit d'épreuve et le succès échoue. On ne possède rien que ce que l'on a volontairement donné ou que ce que l'on a perdu. Et l'on peut se demander si le pouvoir possédé par l'homme n'est pas l'instrument de sa propre ruine.
Il y a un secret des choses, il y a un secret de l'univers. Je cherche, nous cherchons une réponse et, sans doute, cette réponse est-elle cachée. Mais les choses, l'univers sans doute, nous attirent, et c'est par eux que nous prenons forme et que nous donnons sens à la vie. Mais la réponse, celle qui révèle le grand secret, nous est-elle jamais donnée ? Ce qui est sûr, c'est qu'il est vain de la chercher hors de nous. Pour l'homme, le grand secret, c'est à jamais lui-même.
C'est pourquoi le Sphinx laisse marcher Ulysse vers son destin tragique. Et le fond des choses, c'est que nous sommes tous comme Ulysse, à la recherche de notre royaume.
YANN
ABONNEZ-VOUS EN DÉPOSANT UNE ADRESSE MAIL DANS LA FENÈTRE S’INSCRIRE A LA NEWSLETTER. (GRATUIT)
POUR LES ABONNES : IL EST POSSIBLE DE RECEVOIR GRATUITEMENT LES TEXTES DES ARTICLES AU FORMAT WORD EN ECRIVANT A L’ADRESSE SUIVANTE :
/image%2F1752520%2F20260815%2Fob_9af0fc_capture-d-ecran-2026-08-15-a-16-47.png)
/image%2F1752520%2F20260815%2Fob_9e8b93_capture-d-ecran-2025-08-29-a-08-07.png)
/image%2F1752520%2F20260815%2Fob_b9fb15_img-2402.jpeg)