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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par Élie Vidrequin

SE RASSEMBLER … 

            SANS S'AGGLOMÉRER … 

                        DANS LES VOIES QUI NOUS SONT TRACÉES. 

"Le temps est venu de nous unir avec nos mains et nos cœurs, en fraternité … Pas de fraternité sans Chaîne d'Union", nous enseigne Jean-François Guerry qui complète sa pédagogie maçonnique par la rupture d'apparence entre Platon et Aristote magistralement illustrée d'un trait par Raphaël dans la célèbre fresque "L'école d'Athènes". 

Raphaël l'école d'Athènes détail du tableau : Platon et Aristote

Platon, l'idéaliste, tend le doigt vers le ciel, Aristote, le réaliste, vers la terre. Platon, l'homme des Idées, veut parvenir à contempler les modèles éternels, immuables, dans un ciel où n'accèdent que les yeux de l'âme. Aristote, l'homme des faits, veut comprendre comment ceux-ci s'agencent, s'engendrent, s'enchaînent, comment ils évoluent et disparaissent. Somme toute, l'un cherche une vérité préexistante, l'autre s'efforce de construire la nôtre. Et cette opposition prend d'autres formes encore. Platon voudrait refaire le monde, Aristote se contente de le classer. Le premier, l'utopiste, vire au révolutionnaire, le second, le réaliste, sera volontiers réformateur, soucieux de ne pas bouleverser radicalement l'ordre social. Platon est facilement extrémiste, Aristote globalement modéré.  

Finalement, ces deux géants sont-ils aussi antagonistes qu'on l'a dit ? Malgré une part de vérité, l'opposition est simplificatrice. La réalité, comme toujours, est plus complexe. Si Aristote juge que Platon s'égare en forgeant ce monde qui ne correspond à rien, qui n'est fait que de mots, s'il prône le retour sur terre, il n'oublie pas les leçons du maître, quitte à les transposer et les transformer. Le disciple, même rebelle, se veut le continuateur de la démarche, non son destructeur. Il rompt en se voulant plus fidèle au projet de Platon que Platon lui-même. Car Aristote va s'appliquer à trouver l'universel en ce monde, dans ses régularités et ses lois, sans jamais faire dériver la réalité que nous connaissons d'un Principe extérieur ou supérieur. 

De retour dans le monde profane, nous avons promis de "poursuivre au-dehors l'œuvre commencée dans le Temple" mais "Le vrai livre de sagesse nous force à en rabattre" est une heureuse citation que j'aimerais compléter par "Les matinaux" de René Char : "La sagesse est de ne pas s'agglomérer mais, dans la création et dans la nature communes, de trouver notre nombre, notre réciprocité, nos différences, notre passage, notre vérité, et ce peu de désespoir qui en est l'aiguillon et le mouvant brouillard". 

François Cassingea-Trévedy justifie ainsi notre choix parmi les "voies qui nous sont tracées" :  "Comme mes pensées ne sont pas vos pensées et comme mes voies ne sont pas vos voies, ma géométrie n'est pas votre géométrie et mon cercle à moi n'est pas le vôtre, et le point à partir duquel je construis mon cercle n'est pas celui que vous prenez ordinairement pour milieu." (Les voix contagieuses) 

Elie Vidrequin  

LA LUMIÈRE DE L'ESPRIT ÉCLAIRE LE MONDE ET TOUS LES HOMMES ENCORE FAUT-IL OUVRIR SES BRAS ET SES YEUX POUR L'ACCUEILLIR.
Jean-François Guerry.
SE RASSEMBLER...SANS S'AGGLOMÉRER....LES VOIES QUI NOUS SONT TRACÉES.

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Publié le par Jean-François Guerry
L’ASCÈSE
L’ASCÈSE

L’ASCÈSE

 

L’ascèse voie vers la spiritualité, n’est pas exclusivement une pratique mystique loin du monde, comme celle des Pères du désert ou des Chartreux dans leurs cellules. Elle peut être individuelle et collective, un mouvement intérieur de l’âme qui accueille l’esprit, un retrait en soi, sans être une retraite solitaire. L’ascèse maçonnique se fait avec l’autre, elle commence par un regard dans la même direction. « Mes frères tournez votre regard vers le centre de la loge ». L’ascèse maçonnique est un projet de construction de monde, d’un monde différent, d’un monde qui se convertit à la spiritualité. Elle est élan, essor, voie spirituelle, elle impose une construction nouvelle dans un monde nouveau. Si l’architecte incarne, montre la voie, donne la lumière, inspire, les murs porteurs, les colonnes de la construction supposent une vision collective de la transcendance. Le plan ne saurait être mis en œuvre sans la communauté fraternelle des ouvriers.

L’amour que les ouvriers se portent mutuellement est le premier pas, la première pierre taillée dans la carrière, c’est le premier effort, de regarder l’autre, avant même de construire une œuvre spirituelle. Voir dans l’autre toutes les valeurs qui sont en lui, c’est une véritable ascèse. L’ascèse maçonnique, c’est être capable d’élever notre conscience certes, mais avant toute chose, c’est d’aller vers l’autre là est l’humanité. Sans ce préalable la spiritualité est dérisoire et stérile, elle n’est que démesure de l’ego, préjugés, et a priori. La franc-maçonnerie n’impose aucune limite à la recherche de la vérité, comment dès lors pourrions-nous renoncer à écouter l’autre et nous rapprocher sans se confondre. L’ascèse c’est ouvrir son regard sur l’autre, c’est notre responsabilité fraternelle, notre Devoir. C’est réalisation de l’éthique qui ouvre la voie à la vie bonne.

Jean-François Guerry.

 

HUMOUR 
L’ASCÈSE
L’ASCÈSE

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Publié le par Jean-François Guerry
L'homme construit des temples en imitant la nature et l'homme. Ils sont structurés selon le corps humain.Temple de Karnak, Temple Hindou

L'homme construit des temples en imitant la nature et l'homme. Ils sont structurés selon le corps humain.Temple de Karnak, Temple Hindou

LES HASTAS MAÇONNIQUES ?

En Inde, les « hastas » sont le langage des mains. Ce langage est pratiqué dans la danse sacrée nommée « Bharata Natyam », qui a cours dans le sud-est du pays. La danse devient un corpus pédagogique en même temps qu’un langage, un art de vivre et une expression de l’invisible. Elle contient des postures du corps, des mouvements de la tête et des yeux, des pas de base, les « adavus », ainsi que des positions des mains, les « mudras », qui sont l’expression de la narration d’une pensée. Cette danse traditionnelle fait partie d’une ascèse spirituelle.

Le Verbe, en Franc-maçonnerie, est essentiel, dans le sens d’essence : il est création, lumière, parole. Mais il est indéniable que l’homme est corps, âme et esprit ; le corps et les expressions corporelles ne sauraient être exclus du processus initiatique, où la gestuelle a donc toute sa place. D’ailleurs, il est factuel que l’initiation commence par le corps, par les épreuves corporelles. L’individu, pour être un et harmonieux, doit associer sans rupture le corps et l’esprit. Les rituels maçonniques sont remplis d’expressions corporelles en rapport avec les enseignements de chaque degré ; les instructions maçonniques commencent le plus souvent par l’apprentissage de la gestuelle nécessaire pour être reconnu « pour tel », suivant l’adage : « Il faut joindre le geste à la parole et la parole au geste. »

Dans l’Antiquité, les écoles de pensée s’exprimaient au gymnase, qui a pris aujourd’hui une tout autre signification. Nous avons pourtant conservé l’expression : « Mens sana in corpore sano. »

Le travail maçonnique, avec ses outils symboliques, a besoin du corps. Comment saisir un maillet, un ciseau, une règle, un compas sans l’aide de notre corps ? Comment tracer les plans d’un ouvrage autrement qu’avec l’aide de sa main ? Comment marcher dans une enceinte sacrée, dans un temple, sans connaître les pas et leur sens ? La gestuelle de l’apprenti silencieux est indispensable à sa reconnaissance. Et puis, quand nous avons perdu la Parole, que nous reste-t-il si ce n’est les gestes ? Avons-nous besoin de la parole pour communier dans la chaîne d’union fraternelle ? Comment pourrions-nous construire en nous une cathédrale, un temple spirituel, si les deux colonnes que forment nos jambes étaient de travers ?

De nombreux ouvrages ont traité de la symbolique du corps humain, en particulier celui d’Annick de Souzenelle, Le Symbolisme du corps humain :

« Le corps a un langage par lequel il exprime sa jouissance et ses souffrances, mais il est aussi lui-même un langage en soi, un “livre de chair”. Apprendre à lire le corps, c'est être attentif à son dessin, savoir décrypter les formes du labyrinthe anatomique ; c'est aussi entendre ce que nous disent les grands mythes de l'humanité sur la nature et la fonction subtile de chacun des organes ; c'est enfin, nous dit Annick de Souzenelle, redécouvrir l'Arbre des kabbalistes, car si l'homme est “créé à l'image de Dieu”, l'image de son corps doit être lue comme le reflet terrestre de cet “Arbre de Vie” dont nous parle la tradition de la Kabbale. »

Dans ses sermons sur Le Cantique des cantiques, saint Bernard déclare : « Le corps reçoit et diffuse, par les membres et les sens, la lumière de l’esprit ; celle-ci brille dans chaque acte, dans la parole, le regard, la démarche, le rire mêlé de gravité et plein d’honnêteté. »

Si nous considérons qu’à force de travail initiatique, d’ascèse, nous avons transformé notre corps en un temple capable d’accueillir la lumière de l’esprit, nos yeux en sont les vitraux, nos mains les cruches porteuses de la rosée céleste. Par nos actes, paroles et gestes, nous sommes en capacité d’accueillir, d’approcher la vraie lumière. Seul un corps fort et vigoureux peut entreprendre l’ascension de la montagne pour apercevoir la descente de la Jérusalem céleste annoncée par Jean.

Quand nous frappons dans nos mains, lors des batteries de deuil ou d’allégresse, nous réveillons nos esprits endormis pour célébrer nos anciens ou à la gloire du Grand Architecte de l’Univers ; nos battements de mains sont toujours un chant d’espérance.

Quand nous exécutons les pas symboliques, nous traçons la ligne droite de la vie, ses pas de côté, avec la main sur le cœur. C’est l’annonce de l’élévation de l’esprit, aussi radieux que jamais. En définitive, c’est la réalisation de l’unité, de l’harmonie entre le corps et l’esprit.

Jean-François Guerry.

Photo personnelle

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LES HASTAS MAÇONNIQUES ?

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Publié le par Michel Levine
LES LUMIÈRES DU PASSÉ ÉCLAIRENT L'AVENIR
L'encyclique disparue.

 

 

 

 

   En 1937, le pape Pie XI, alarmé par la montée en puissance de l’Allemagne hitlérienne et la diffusion de ses thèses racistes et antisémites en Europe, publie l’encyclique Mit brennender Sorge(« avec une brûlante inquiétude ») qui dénonce ces menaces pesant sur le monde. Sa mise en garde est formulée avec une certaine prudence – ainsi, le souverain pontife ne s’oppose-t-il pas frontalement aux mesures antisémites hitlériennes, dont on sait par ailleurs qu’elles sont admises et même parfois justifiées au sein-même du Vatican par certaines congrégations, comme celle des Jésuites [1].

   Le 14 juillet 1938, un manifeste non signé intitulé «  Le fascisme et le problème de la race » paraît dans le quotidien romain Il giorrnale d’Italia pour être repris dans les premiers numéros de la revue raciste   la difesa della raza  « (la défense de la race ») Ce texte présenté comme le travail d’un groupe d’universitaires, aurait été en réalité rédigé presque exclusivement par Mussolini lui-même  .[2] On y affirme l’appartenance des Italiens a la « race aryenne » et la nécessité de mener une politique antisémite, spectaculaire revirement du régime qui servira d’argument de référence aux lois mussoliniennes promulguées à l'automne 1938   excluant les Juifs de la vie publique, professionnelle et sociale.

   Profondément préoccupé par ces évènements, Pie XI envisage de rédiger une nouvelle encyclique, portant également condamnation du racisme et de l’antisémitisme, mais cette fois de façon plus explicite et doctrinalement mieux structurée. Lors d’une audience privée avec John LaFarge, un jésuite américain engagé dans une lutte frontale contre la ségrégation des noirs aux États-Unis, il lui demande de rédiger le texte de cette encyclique en lui faisant cette recommandation : « Dites simplement ce que vous diriez si vous étiez pape vous-même ».

    Pour effectuer son travail, LaFarge fait appel à deux autres jésuites, Gustav Gundlac et Gustave Desbuquois. Le premier est un éminent théologien allemand connu du pape car il a participé à la rédaction de son encyclique Quadragesimo anno [3] . Antinazi convaincu, il possède de par sa nationalité une expertise très documentée sur le sujet. Le second, Gustave Desbuquois, un Français, animateur de l’Action populaire (mouvement de réflexion sociale catholique) sera très compétent pour traiter du volet social de l’encyclique.

   Les trois hommes entreprennent leurs travaux dans le plus grand secret – indispensable à ce genre d’entreprise - mais aussi parce que Gundlach vit lui-même sous la menace du régime nazi. C’est à Paris, au siège de la revue jésuite Etudes, que le texte est rédigé au cours de l’été 1938, alors que le monde bruisse des rumeurs de guerre. Malgré les précautions prises, la présence de Gundlach dans la capitale est dénoncée à Berlin par un familier des cercles du Vatican, Il est averti qu’il sera arrêté par les autorités nazies s’il retourne dans son pays.

      Fin septembre 1938, LaFarge se rend à Rome pour remettre trois versions du projet rédigées en français, en anglais et en allemand. Il se trouve qu’il ne les donne pas directement au Saint Père mais au Général des jésuites Vlodimir Ledóchowski.     

    Considérant leur mission terminée, les trois rédacteurs se séparent.et reprennent leurs activités habituelles. LaFarge repart poursuivre son combat contre la ségrégation aux États-Unis, Gundlach se consacre à son enseignement de la doctrine sociale de l’Eglise et Desbuquois continue d’exercer un rôle actif dans le catholicisme social français.  Liés par leur un vœu de silence, les trois auteurs attendent sereinement la promulgation de l’encyclique.

 

    Pie XI décède le 10 février 1939, sans que son encyclique ait été publiée.

    Que s’est-il passé ? Selon certaines rumeurs, Vladimir Ledóchowski, le Général des Jésuites, serait intervenu pour retarder la transmission du projet au souverain pontife. Alors à la tête del’Institut biblique pontifical (Pontificium Institutum Biblicum) [4]. Ledóchowski, obsédé par la menace communiste, est réticent à toute rupture avec le IIIè Reich, considérant que malgré ses excès, ce régime se comporte en défenseur de la chrétienté. Ainsi, deux ans auparavant, lorsqu’un article critique du fascisme est paru dans la revue jésuite américaine America, il a exigé le renvoi immédiat de son auteur pour le remplacer par un partisan déclaré du régime mussolinien. La lecture du projet d’encyclique, critiquant plus ouvertement le nazisme, a dû lui faire craindre d’entrainer une crise ouverte avec les pouvoirs politiques de Rome et de Berlin, d’où son peu d’empressement à le transmettre au souverain pontife Peut-être a-t-il agi avec l’accord de Mgr Pacelli, à l’époque secrétaire d'État du Vatican. Agir avec prudence et dans l’intérêt exclusif du monde des croyants, telle sera la pensée dominante qui guidera l’action de Mgr Pacelli, devenu pape sous le nom de Pie XII. Tout au long de la seconde guerre mondiale, usant de ses précieux talents de diplomate, le chef de l’église catholique prendra soin de ne jamais s’opposer frontalement aux puissances de l’Axe, les considérant lui aussi comme de précieux remparts face au communisme athée. Tenir cette conduite, considérée comme essentielle, le conduira à fermer pudiquement les yeux sur les crimes et les souffrances qui en seront le prix.  

  Au Saint-Siège, nul ne semble particulièrement se soucier de la disparition du projet d’encyclique.

 

    Il faudra attendre 1967 pour qu’on en entende parler à nouveau. Un  séminariste jésuite, Thomas Breslin, en cataloguant les papiers de John LaFarge, trouve des microfilms d’une partie du texte. Il les transmet au Woodstock College de Manhattan où ils vont encore dormir cinq ans avant qu’en 1972, Jim Castelli, un journaliste du National Catholic Reporter, les découvre et publie un article les concernant. Commentant le texte des microfilms, il suggère que Ledóchowski aurait discrètement retardé la transmission du projet au pape. L’article suscite un grand intérêt et des chercheurs demandent au journal de pouvoir en étudier les sources. Curieusement, les microfilms sont alors introuvables : la rédaction du National Catholic Reporter répond qu’elle n’a aucun microfilm en sa possession. C’est une réponse semblable que donne le père Lamalle, responsable à Rome des archives générales de la Compagnie de Jésus, quand on lui adresse des demandes de renseignements.

    Officiellement, ce texte n’existe donc pas, mais des témoignages viennent affirmer sa réalité. Des fragments en circulent dans quelques réseaux discrets ou l’on s’emploie à le reconstituer. Un jésuite néerlandais, Johannes Nota, parvient à se procurer une pièce précieuse :  un fragment de la version anglaise, d'une quinzaine de pages, traitant spécifiquement de la question de l'antisémitisme. Néanmoins, la connaissance de Humani Generis Unitas demeure encore lacunaire, fragmentée, partagée entre plusieurs chercheurs isolés.

   Enfin, deux chercheurs interviennent de façon efficace et définitive dans ce travail. Georges Passelecq, moine bénédictin de l'abbaye de Maredsous, en Belgique, est un ancien résistant et déporté. Bernard Suchecky un historien juif.   Patiemment, les deux hommes affrontent pesanteurs et silences afin de reconstituer les pièces du puzzle. En combinant les fragments obtenus par différents canaux — les papiers LaFarge, les témoignages de jésuites survivants et certaines recherches individuelles - ils parviennent à reconstituer le texte intégral du projet. Les résultats de leur travail sont publiés en 1995 aux éditions La Découverte [5].

    La lecture de cette d’encyclique éclaire les raisons pour lesquelles le Général des jésuites et le futur pape n’ont pas repris ce projet.

    Prenant pour titre un extrait de la phrase d’ouverture : Humani generis unitas  («L’unité du genre humain») le texte exprime une dénonciation sans appel des théories raciales,  considérées comme contraires à la foi chrétienne. Il pourfend aussi les maux de l’époque : libéralisme exacerbé, prosternation devant le dieu argent, inégalités sociales frappant particulièrement les plus démunis. Il met aussi en garde contre le faux remède que constitue la doctrine marxiste athée, par ailleurs déjà dénoncée dans son encyclique de 1937 Divini redemptoris. Le nationalisme y est également dénoncé, mais avec une moindre sévérité. 

    Pour ce qui est de l’antisémitisme en particulier, le texte présente quelques limites. S’il affirme que « Les persécutions dirigées contre un peuple en raison de son origine ou de sa race sont contraires à la justice et à la charité chrétienne. » il ne manque pas de rappeler ensuite que: « Le peuple juif, malgré les dons reçus, demeure dans une condition d’aveuglement spirituel tant qu’il ne reconnaît pas la vérité du Christ » On retrouve cette constante distinction propre à la doxa  ecclésiastique entre  le peuple juif que l’on se doit de protéger et  son aveuglement, sa faute initiale, qui demeurent condamnables et nécessitent sa conversion [6].

    On peut cependant considérer qu’Humani generis unitas exprime une prise de position plus avancée et plus explicite, plus engagée même, que celle de Mit brennender Sorge.  Son existence-même montre à l’évidence qu’à l’orée de la seconde guerre mondiale, au sein de l’institution ecclésiastique, des esprits éclairés avaient pris conscience de l’ampleur de la menace mortelle qui pesait sur le monde - en particulier sur les populations juives. On peut donc logiquement penser que l‘édition et la diffusion de Humani generis unitas auraient sans doute conduit la politique vaticane à dénoncer fermement fascisme et nazisme au lieu de de s’en accommoder au nom des intérêts supérieurs de l’Église, comme cela s’est malheureusement produit.

    La disparition de ce texte et de la voie qu’il aurait dû suivre procurent le goût amer d’un accomplissement manqué. 

   Michel Levine.

 

 

                                                 SOURCES

 

Bailey(Richard G.) «The Hidden Encyclical of Pius XI», Canadian Journal of History, vol. 36, n°2, 2001.

Commission biblique pontificale, Le peuple juif et ses Écritures saintes dans la Bible chrétienne, Vatican, Libreria Editrice Vaticana, 2001.

Connelly, John, From Enemy to Brother. The Revolution in Catholic Teaching on the Jews, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2012.

Gilbert(Maurice) L’Institut biblique pontifical : un siècle d’histoire (1909-2009), Rome, Pontificio Istituto Biblico, 2009

Kertzer(David I.)The Pope and Mussolini. The Secret History of Pius XI and the Rise of Fascism in Europe, New York, Random House, 2014.

Passelecq(Georges), Suchecky(Bernard)  L’Encyclique cachée de Pie XI. Une occasion manquée de l’Église face à l’antisémitisme, La Découverte, Paris, 1995 (comporte le texte du brouillon de Humani generis unitas)

Pollard(John) The Vatican and Italian Fascism, 1929-32, Cambridge, Cambridge University Press, 1985.

Robert(Michael), A History of Catholic Anti-Semitism. The Dark Side of the Church, New York, Palgrave Macmillan, 2008.

Valbousquet(Nina) Catholique et antisémite. Le réseau de Mgr Benigni, 1918-1934, Paris, CNRS Éditions, 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Ainsi, la revue jésuite La Civiltà Cattolica, mène une campagne antijuive virulente, recourant aux accusations de meurtre rituel, de complot économique en s’appuyant sur les thèses des Protocoles des Sages de Sion. 

[2] C’est tout du moins ce qu’affirme dans son journal le ministre des affaires  étrangères  Galeazzo Ciano, gendre du Duce.

2Promulguée en 1931, en pleine dépression économique, cette encyclique visait à restaurer un ordre social conforme aux préceptes évangéliques.

 

[4] Cette institution a été   fondé en 1909 par Pie X dans le contexte tendu de la crise moderniste de l’Église

[5] Voir bibliographie en fin de volume

[6] Il faudra attendre l’année 1965 et la déclaration Nostra Aetate du concile Vatican II pour que disparaisse de l’enseignement officiel catholique la. désignation des Juifs  comme » peuple déicide »

Lumières : Il aurait suffit de presque rien, un peu de lucidité et courage...
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Publié le par Jean-François Guerry
Image créée par l'IA Blog des spiritualités

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Je suis encore en tenue.

Combien de fois ai-je répété ces mots : « Je suis en tenue » ? 800, 2 400, comme autant de participations à des tenues, comme autant de repères de vie ?
À chaque fois, le même rite, des rituels parfois différents, avec les mêmes hommes et différents à la fois dans le temps. Combien de voyages, combien de passages ?

L’anthropologue Julien Clément constate que, dans notre monde moderne laïc, les rites, et en particulier ceux de passage, ont disparu ou sont réduits à leur plus simple expression, comme les cadeaux à la naissance d’un enfant ou à Noël. Seuls les rites funéraires demeurent et sont réduits, le plus souvent, à leur plus simple expression. Nous avons épuré notre vie des pratiques rituelles. Julien Clément constate cependant que, progressivement, lentement, même avec une pratique réduite, nous devenons aptes à donner une réminiscence des rites de passage qui nous rendent aptes au don, à la transmission.

Des rites de passage subsistent aujourd’hui dans les religions et les sociétés primitives ; ils apparaissent comme une curiosité désuète.

La particularité et la force de la franc-maçonnerie, c’est la persistance de ses rites et leur transmission. En effet, chaque degré initiatique qui jalonne la vie d’un franc-maçon est sacralisé par une cérémonie initiatique et des enseignements spécifiques. On est ainsi créé, constitué et reçu. Créé par la cérémonie initiatique, qui permet la constitution d’un être nouveau ; cérémonie qui permet un changement d’état d’être. On est constitué par le passage d’épreuves et enfin reçu, c’est-à-dire agrégé à un groupe, une communauté spirituelle. Ces passages d’un état à un autre sont, à chaque fois, vécus comme des chocs initiatiques, le dévoilement d’éclats de lumière nouveaux. L’esprit s’élève et s’enrichit, le rite éduque.

La pratique du rite, d’un rite, est exigeante et difficile ; ce n’est pas un chemin fleuri. Être un homme est un état ; devenir un humain, c’est apprendre à aimer autrui, comme le disait Confucius dans ses Essais. Une pensée qui sera reprise par le christianisme.

Mais qu’est-ce que pratiquer le rite ? C’est présenter de soi une posture acceptable par la pratique d’un ensemble d’actes, de gestes ; c’est se respecter et respecter autrui. Les postures médiocres pendant le déroulement d’un rite, les écarts de comportement, les prises de parole sans règles, dénotent une attitude médiocre. La pratique rituelle, dans sa pureté, sert d’exemple ; elle respecte le groupe, la communauté. L’irrespect du rite engendre la confusion et ne permet pas l’harmonie dans la loge ; entre les frères, l’égrégore, l’alchimie nécessaire ne peuvent se réaliser. Le rite est donc la voie, le chemin vers l’harmonie en soi, avec le groupe, avec les humains.

Mais : « Quelle est l’origine des rites ? Dès leur naissance, les hommes ont des désirs. Lorsque ces désirs ne sont pas satisfaits, ils ne peuvent s’empêcher de chercher à les combler. Mais, pour ce faire, ils ne connaissent ni mesure ni limite et ne peuvent s’empêcher de se battre pour arriver à leurs fins. De ces luttes naissent des troubles et, de ces troubles, naît le dénuement. Or les anciens rois détestaient les troubles ; c’est la raison pour laquelle ils ont institué les rites et les devoirs en vue de marquer les différenciations sociales et de procurer des aliments aux désirs des hommes et combler ainsi leur quête. Ils ont fait en sorte que leurs désirs ne soient jamais dénués des objets convoités et que les objets ne soient jamais consumés par leur désir. Dès lors, ces deux exigences se sont développées dans la mesure où elles se correspondaient ; telle est l’origine des rites. » [1]

La pratique du rite et sa fonction éducatrice permettent de faire partie d’un groupe qui doit être hiérarchisé, ordonné ; le rite est créateur et facteur d’ordre, il met fin aux troubles qui ne permettent pas l’harmonie. Suivant ce principe d’ordre, chacun, dans la loge maçonnique, a sa place, son office.

Les rites favorisent une éducation morale, et leur application, un comportement éthique qui sied à tout homme voulant pratiquer la vie bonne. Cette éducation par la pratique du rite permet d’avoir des comportements adaptés en fonction des éléments qui surgissent dans notre vie. On peut y voir l’expression : « qu’ils soient des guides sur notre chemin ». Mais les rites font encore plus que cela : ils suscitent nos émotions.

Ils posent néanmoins deux problèmes. Le premier : dans une société démocratique, les rites peuvent être contraignants et restreindre la liberté. Je dois faire ceci, je ne dois pas faire cela. Le deuxième problème : il nous faut trancher entre deux positions, deux opinions philosophiques : l’homme est-il, par nature, bon ou mauvais ?

On peut néanmoins admettre que le rite aide au perfectionnement de l’homme et, par ce perfectionnement, au perfectionnement de l’humanité. Comme, quel qu’il soit, l’homme est perfectible, le rite associe les pessimistes et les optimistes et permet le perfectionnement de tous.

Décidément, je prends mon rituel et je vais aller, une fois de plus, avec mes frères en tenue pour pratiquer le rite. Car j’ai à me perfectionner.

                                               Jean-François Guerry.

 

 

[1] Un disciple de Confucius -Essais.

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De sa libre et puissante volonté.

 
Fais ce que voudras

Notre époque emploie les mots les plus importants dans un sens si appauvri qu’ils finissent par ne plus ouvrir aucun horizon. Ainsi du mot vouloir. Pour beaucoup de nos contemporains, vouloir signifie désirer, avoir envie, être attiré vers quelque chose. Mais dans la culture classique des humanités, vouloir relevait d’une tout autre expérience intérieure. Le vouloir n’y est pas le lieu des envies fluctuantes. Il est le lieu de la volonté.

Vouloir, c’est tenir. Se tenir debout dans l’existence, consentir à une direction, choisir, non pas ce qui attire immédiatement, mais ce qui appelle profondément. Le désir nous emporte souvent vers la dispersion quand la volonté engage l’être tout entier. C’est pourquoi les Anciens accordaient tant d’importance à la formation de la volonté. Non pour dresser l’homme, mais pour lui permettre d’habiter sa liberté autrement.

Car la liberté elle aussi a changé de sens. Aujourd’hui, nous la confondons volontiers avec la multiplication des possibles. Être libre consisterait à pouvoir tout faire, tout essayer, tout vivre. Ouvrir toutes les portes à la fois. Mais celui qui suit tous ses désirs n’est pas libre, il est seulement dispersé. Dans son acception traditionnelle, la liberté ne consiste pas à multiplier les chemins. Elle consiste à discerner celui qu’il faut suivre. Il y a là une intuition très ancienne : la vraie liberté ne naît pas de l’absence de limites, mais de l’unité intérieure.

C’est le sens profond de la célèbre devise de l’abbaye de Thélème chez François Rabelais : « Fais ce que voudras. » qui prolonge en réalité l’intuition d’Augustin d’Hippone : « Aime et fais ce que tu veux. » Bienvenue dans ce vouloir qui devient alors un devoir libérateur et fécond. 

Je suis encore en tenue.

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Publié le par Jean-Laurent Turbet

Cet article est reposté depuis Le Blog des Spiritualités.

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Publié le par Jean-François Guerry- Michel Levine
Michel Levine.

Michel Levine.

Michel Levine est historien des Droits de l’Homme.
Il est notamment l’auteur d’un ouvrage consacré aux
grandes affaires de la Ligue des Droits de l’Homme
(Affaires non classées. Archives inédites de la Ligue
des Droits de l’Homme, Paris, Fayard, 1973). Il a aussi
publié une enquête historique sur la répression des
manifestations algériennes à Paris en octobre 1961
(Les ratonnades d’octobre. Un meurtre collectif à
Paris en 1961, Paris, Ramsay, 1985 ; réédition Jean-
Claude Gawsewitch Éditeur, 2011)

Texte de Michel Levine.
HISTOIRE : ANTISÉMITISME - ANTI- MAÇONNISME - Michel Levine

Michel Levine

La maladie N°9 une fake news antisémite à Paris en 1920

 

La trêve

Pendant la première guerre mondiale, la plupart des mouvements nationalistes antisémites, au nom d’une « Union sacrée » décrétée depuis le début des hostilités, changent de cible, passant du « youpin » au « boche » à l’instar de l’Action française dont le chantre Maurice Barrès, le «  rossignol des carnages »  comme le surnomme Georges Bernanos, en vient à célébrer les juifs tombés au champ d’honneur.[1]   Cette trêve poursuivie dans les tranchées  trouve son illustration populaire par l’image doublement pieuse répandue dans les foyers français du rabbin aumônier Abraham Bloch présentant un crucifix à un soldat chrétien mourant avant d’être lui-même mortellement atteint. [2]

 

Renouveau de la haine

Au sortir de la guerre, les élections législatives de novembre 1919 portent au pouvoir une marée de nouveaux venus dans la politique dont beaucoup viennent de déposer l'uniforme - d'où le nom de Chambre " bleu horizon" donné à cette Assemblée.  Alliés aux forces de la droite profonde et à des radicaux par nature louvoyants, ces petits soldats de la politique constituent le Bloc national, un magma manipulé par Clémenceau et l’Action française. Pour la première fois de son histoire, le mouvement de Charles Maurras, inspiré par la victoire aux urnes de Mussolini dont il estime la doctrine « jumelle » de la sienne, a surmonté son aversion pour les jeux électoraux de la Gueuse pour fait élire des candidats dont il a meublé l’esprit de son antisémitisme congénital, cette fois remis au goût du jour par l’apport du racialisme (ou eugénisme). Les tenants de cette doctrine, Georges Vacher de Lapouge et Gustave le Bon, dignes héritiers de Gobineau, professent que l’humanité serait composée de races qu’ils classent selon un déterminisme où interviennent des critères physiques comme la forme du crâne. Au premier rang se classerait l’aryen blond aux yeux bleus, tandis qu’au fond de la classe croupiraient les mauvais élèves, « asiatiques »,« négroïdes » et juifs, accusés de corrompre la force et la pureté de la race aryenne    

 

      Qui sont donc dans la réalité ces êtres humains méprisés et honnis, arrivées par vagues depuis la fin du siècle précédent ? Ils ont pour trait commun d’avoir fui la misère et les persécutions pour fouler enfin le sol de cette France idéale, patrie des droits de l’Homme, qui a émancipé les juifs et où l’on peut vivre comme un citoyen libre, « heureux comme Dieu en France »[3] Cette population que ses ennemis ne voient que sous la forme d’une masse humaine indéterminée, est en réalité parcourue de puissants mouvement intellectuels parfois opposés – « deux juifs, trois synagogues » dit un proverbe yiddish.

 

Les « judéo-bolcheviques »

    A partir des années vingt, ces nouveaux venus vont aussi être les proies d’un antisémitisme d’un genre nouveau.[4] Au début des hostilités, l’opinion française était persuadée que le « rouleau compresseur russe » allait écraser l’armée allemande. La signature soudaine de la paix de Brest-Litovsk entre les deux pays a été vécue comme une trahison tandis que la prise du pouvoir par les soviets athées affolait les milieux catholiques et conservateurs, avant que les « rouges » n’aggravent leur cas en refusant de reconnaitre l’emprunt contracté par le tsar, entrainant la ruine de 1.600.000 petits épargnants français. Le Bloc national profite de cette situation pour développer une croisade antibolchevique au cours de laquelle l’Union des Intérêts Économiques, puissante officine du patronat, fait couvrir les murs d’affiches représentant la face menaçante d’un présumé moujik, un couteau ensanglanté entre les dents. En fait, ce nouvel antisémitisme est un avatar de celui développé au siècle précédent qui désignait juifs et francs-maçons comme instigateurs de la Révolution de 1789. Tandis que des agitateurs moscoutaires sont à présent suspects de fomenter tous les mouvements sociaux et les grèves, les procès des mutins de la mer noire – ces soldats que Clémenceau a envoyés se faire tuer pour secourir les armées blanches de Denikine, - sont vécus comme une véritable provocation lorsque leur meneur André Marty et ses complices se voient traités en héros par les socialistes.  l’Action française affirme pour sa part que tous les chefs révolutionnaires russes sont juifs – alors qu’en réalité Trotski est bien seul…- et dénonce un nouvel ennemi de la France éternelle en la personne du « judéo-bolchevique » ou « judéo-marxiste » Le fait que par une curieuse contradiction, le juif se voit attribué à la fois le rôle de « ploutocrate » capitaliste   et   d’ »hydre bolchevique » voué à sa destruction ne vient pas à l’esprit du mouvement maurassien, qui  pourtant s’est attribué à lui-même le titre de «  parti de l’intelligence. Sous le régime de Vichy le judéo-bolchevisme connaitra de beaux jours avec la création de la L.V.F (légion des volontaires français contre le bolchevisme) En 1944, « l’affiche rouge » clouant au pilori un groupe de résistants de la F.T.P- M.O.I.[5] ne manquera pas d’indiquer l’origine juive de sept de ces fusillés.

 

Les Protocoles

     La parution en 1920 des Protocole des sages de Sion   fournit une manière de « caution historique » aux campagnes antijuives. Cet assemblage de faux de bric et de broc décrivant par le menu un vaste complot juif international destiné à régner sur le monde, a été concocté en 1901 par la police secrète russe (l’Okrana) comme arme de combat contre les forces révolutionnaires, tout en offrant au bon peuple une nouvelle et bonne raison d’organiser des pogroms.[6]   Les Protocoles ont été aussi utilisés comme arme par les Russes « blancs » pour justifier leurs nombreux massacres de populations juives ou encore affirmer que le massacre de la famille impériale à Iekaterinbourg, le 17 juillet 1918, aurait été un « rituel juif » . Leur combat perdu, ces Russes « blancs » réfugiés en France ont continué de diffuser les Protocoles dans sa version originale avant que le pieux évêque Mgr.Ernest Jouin, grand admirateur du fascisme italien et fort apprécié d’un Vatican qui l’a bombardé pronotaire apostolique, n’en édite le texte en français dans sa Revue internationale des sociétés secrètes, aussitôt imité par le grand pamphlétaire antisémite Urbain Grohier. qui le publie  sous le nom de Protocole des Sages d’Israël. Une édition modifiés paraît ensuite chez l’éditeur Bernard Grasset, futur grand pourvoyeur de thèses   collaborationnistes sous le régime de Vichy. Diffusé et traduit à des millions d’exemplaires de par le monde, les Protocoles seront souvent utilisés par des hommes de pouvoir sachant parfaitement qu’ils se réfèrent à un faux. Ainsi Joseph Goebbels avouera dans son journal : « Je pense que Les Protocoles des Sages de Sion sont une supercherie […] je crois en la vérité intrinsèque, mais pas en la vérité factuelle des Protocoles » En 1925, dans Mein Kampf, la Bible du nazisme et de l’antisémitisme, son idole Adolf Hitler consacrera dix-huit lignes à ce texte qui après sa prise de pouvoir en 1933, sera utilisé dans les écoles comme source d’endoctrinement.

   Tandis que la dénonciation du péril « judéo-bolchevique » bat son plein, cette même année 1920 voit s’ajouter un antisémitisme d’une autre nature.

 

La peste juive

     Au printemps 1920, des cas de peste sont signalés dans le vaste territoire de la « zone » qui ceinture Paris. L’épidémie se répand parmi une population de cinquante mille exclus de la société dont huit mille étrangers récemment arrivés d’Europe centrale et orientale et du Maghreb, qui s’entassent, vivent et meurent dans un univers de cahutes, de roulottes et de taudis Les autorités  sanitaires parisiennes établissent rapidement   l’origine de l’épidémie : des rats porteurs de la puce atteinte du bacile se sont échappés quelques temps auparavant d’une péniche livrant une cargaison de charbon britannique dans les environs de Paris infectant  les populations proches, en particulier les chiffonniers   - sans que ces cas aient étés pour autant rapportés. Dans le souci de ne pas inquiéter les populations, les autorités décident que cette infection portera le nom  de « maladie N°9 » numéro qui désigne la peste dans le classement du répertoire national des maladies contagieuse, tandis que l’opinion publique ne tardera pas à la baptiser «  peste des chiffonniers » Pour l’éradiquer, la Préfecture de Paris réorganise le ramassage des ordures ménagères tandis que   des équipes sanitaires mobiles oeuvrent dans la capitale mais aussi à Pantin, Saint-Ouen, Bagnolet etClichy, pour identifier les foyers suspects dans les lieux d’habitations et procéder à des désinfections. En même temps est menée une campagne de soins par la pratique de la sérothérapie, mise au point en 1896 par le docteur Alexandre Yersin, découvreur de la bactérie de la peste, à laquelle s’ajoute bientôt la phagothérapie élaborée par son confrère pastorien, le docteur Felix d’Herelle. Il s’avère bientôt qu’on est en présence d’une résurgence de la peste bubonique, qui offre l’intérêt d’être beaucoup moins mortelle que la peste pulmonaire et de portée très limitée, comparée   à la terrible grippe « espagnole «  qui a causé  cinquante millions de morts pendant les hostilités et connait encore quelques « répliques « [7] La « peste des chiffonniers » , dernière affection de ce type que connaitra la capitale, n’entrainera que 34 décès avant de disparaitre pour refaire son apparition en 1945 en Corse.   

 

La rumeur

Dans un premier temps, l’opinion publique semble assez indifférente à la présence d’une maladie qui , tous comptes faits, ne frappe que  ces « invisibles « de la société que sont les   miséreux, étrangers, déclassés et autres marginaux,  entassés  et sales et donc quelque part responsables de leur malheur. Mais bientôt, des articles se font l’écho de rumeurs alarmistes qui parcourent la capitale. Ainsi, Le Petit Bleu de Paris , subventionné par le Comité des Forges,  désigne clairement les coupables dans son édition du 3 novembre :

« Les épidémies qui ont désolé, dans la suite des temps, certaines contrées de l’Europe, étaient dues à l’apport, par des Orientaux, du bacille de Yersin. Le danger qui nous menace aujourd’hui reconnait la même origine. »  Ces mystérieux asiatiques porteurs de germes le seraient aussi d’un mal, plus actuel : « Ces indésirables n’essaiment pas que des microbes, mais répandent, dans le bas peuple avec lequel ils prennent contact, les doctrines du bolchevisme défaitiste. »  

 

     Dans le numéro du 9 octobre du Rappel,quotidien farouchement antigouvernemental, l’éditorialiste antisémite Octave du Mesnil  dénonce le «  laxisme » des pouvoirs publics :

 

« En attendant que M. de Rothschild ou M. de Reinach leur ouvrent leurs hôtels, ces misérables pouilleux s’entassent dans les garnis qu’ils transforment en foyer permanent d’infection. Comment les a-t-on laissé pénétrer en France ? Pourquoi les tolère-t-on à Paris ? (…) C’est partout le système de l’indifférence sous le régime de l’irresponsabilité. Lorsque l’épidémie éclatera, on collera des affiches blanches, on fera des discours au Parlement, on présentera des rapports aux Académies ; les mercantis et nouveaux riches fileront à la Cote d’azur et les bons bougres au Champ de Navets  [8]»  

 

So

HISTOIRE : ANTISÉMITISME - ANTI- MAÇONNISME - Michel Levine

Sous les ors ternis de la République

Le 2 décembre 1920, le Sénat français tient sa deuxième séance extraordinaire de l’année consacrée à la peste qui frappe la capitale et la région parisienne. Extraordinaire, cette séance l’est aussi par le flot de haine, de préjugés et de bêtise crasse que vont déverser les « sages » de la République. Le renouvellement de janvier a vu, dans un élan comparable à celui qui a constitué la chambre Bleu horizon, les représentants des partis de droite doubler pratiquement leur score tandis que ceux des divers partis de gauche reculaient fortement. Jules-Louis Breton, nommé en janvier à la tête du premier ministère de l’hygiène, de l’assistance et de la prévoyance sociale créé en France, a pour mission de fournir des réponses aux interpellations des sénateurs. C’est en vain que ce jeune ministre, ancien Dreyfusard classé « socialiste réformiste » et passionné de sciences, tentera de faire entendre la réalité des faits face à une assemblée agitée de phantasmes.

 Adrien Gaudin de Villaine ouvre le bal.  Connu pour ses positions anti-républicaines, ce baron politique de la Manche, collaborateur régulier de la Libre parole de Drumont, interpelle le ministre:

 

« Je viens signaler au Gouvernement, qui semble l’ignorer ou s’en désintéresser, le danger qui résulte, pour la santé de Paris, de l’invasion de certains quartiers de la capitale par des milliers d’indésirables venus d’Orient (…)  Paris et sa banlieue sont menacés, en ce moment, d’une contagion que les médecins, par un euphémisme élégant, appellent la maladie N°9, sans doute parce que cette maladie a été traitée dans le pavillon N°9 d’un hôpital de la banlieue de Paris. »

 

 Le distingué sénateur, qui ignore encore la signification réelle de l’appellation N°9 alors que l’épidémie est en train de sévir, fait ensuite état d’une « enquête » menée par un de ses amis dans le 4ème arrondissement de la capitale Il décrit ainsi son enquête :  

 

«  partout  des gens aux aspects étranges, aux guenilles hétéroclites, au langage incompréhensible, flânant par les rues, sans occupation apparente, ou entassés dans de sordides demeures et dans une promiscuité honteuse, se disant Roumains, Hongrois, Russe, Polonais, en réalité tous juifs et parlant tous le « yiddish », ce patois hébreu compris de tous les juifs de l’univers.(…) J’ajoute que la mortalité infantile  qui sévit à Paris est encore une conséquence  dans certains quartiers  de cette invasion d’exotiques : ils accaparent, en effet, un peu partout le précieux aliment. »

 

Cette nouvelle incongruité rendant les juifs responsables de la mortalité infantile parisienne est fort bien accueillie par une bonne partie de la Haute Assemblée, si l’on s’en réfère au procès-verbal de la séance qui porte les mentions : (Très Bien ! très bien ! à droite ) Le sénateur termine son intervention par une menace explicite :

 

« Nombre de Français en ont assez d’être traités en ourlaws dans leur propre patrie et,-   je les en préviens charitablement – les juifs en font trop ! Ils croient sans doute arrivée l’heure prédite il y a quarante années par Dostoïevski ; ils pourraient bien, ici comme ailleurs, attirer sur eux de terribles représailles. Monsieur le ministre, en venant aujourd’hui à cette tribune dénoncer le péril qui menace Paris, j’ai fait, une fois de plus, tout mon devoir, à vous de faire le votre » Le procès-verbal mentionne : (Très bien ! et applaudissements à droite, l’orateur, en regagnant sa place, est félicité par ses amis)

 

    Louis Dausset, sénateur de la Seine, ancien secrétaire de la Ligue de la patrie française, organisation antidreyfusarde et antisémite, exprime à son tour son inquiétude de voir ces juifs étrangers échapper aux lois de la République :

 

« Leur état-civil est extrêmement incertain. Contrôle difficile ! Nous avons fait à ce sujet enquête sur enquête. Leurs papiers sont écrits en caractères grecs, hébraïques, cyrillique même, et, les agents ne peuvent, bien entendu, déchiffrer leur identité(sourires.) Le procès-verbal mentionne : (Plusieurs sénateurs. C’est de l’hébreu ! » (Rires)

 

Le représentant du Maine et Loire Dominique Delahaye, qui lui succède, grand pourfendeur de la franc-maçonnerie, s’affirme partisan d’une politique « à poigne » : « Tout à l’heure, M. le ministre de l’intérieur me disait qu’il avait expulsé 11.523 étrangers. C’est bien, mais sur quelques centaines de mille, ce n’est pas assez. » Il propose donc une mesure innovante : « Un premier mode de contrôle consisterait, puisque vous ne pouvez pas les épouiller, à leur faire verser une certaine somme en entrant ; après quoi, on les astreindrait à un tribut continuel. »  Sans doute le sénateur ignore-t-il qu’il propose de revenir à   une fort ancienne pratique…[1]

 Face à cette débauche quelque peu nauséabonde  de « paroles libérées » le sénateur classé « gauche démocratique » de la Loire Fernand Merlin, tente avec calme et modération de ramener le débat au vrai problème,  celui de l’hygiène sociale et de la prophylaxie dans la capitale, en prenant soin de séparer maladie et présence d’étrangers .Il réplique à Gaudin de Villaine - non sans une certaine dose d’humour lorsqu’il fait allusion à son « langage nuancé » -   qu’au cours de l’été dernier,   la peste a été signalée, non seulement à Paris, mais dans les grandes capitales d’Europe et ajoute en maniant l’euphémisme. :  M.Gaudin de Villaine a parlé des individus suspects. Il a, je crois, en s’appuyant sur des documents qui ne reflètent pas toujours la réalité, exagéré le rôle de contagion de ces individus. 

Le sénateur radical François Albert qui lui succède tente également de faire barrage aux rumeurs empoisonnées : « Je ne crois pas, je tiens à l’affirmer, qu’il y ait eu pour Paris un danger quelconque, étant donné que le nombre des cas a été très restreint et que quatorze morts dans une agglomération aussi importante,n’ont pas de quoi nous effrayer «   

Quand en fin de séance, le ministre de la santé Jean-Louis Breton propose des mesures en faveur des démunis exposés aux dangers sanitaires, le sénateur Gaudin de Villaine toujours obsédé par son désir de fermer les frontières, réplique aussitôt : « Vous parlez toujours de guérir. Il vaudrait mieux prévoir. Vous envisagez les moyens de guérir la maladie qui est à nos portes. Il fallait fermer la porte, voila toute la question ! »  

 

[1] Considérés comme «  serfs de l’Empire » les Juifs devaient déjà au Moyen-âge s’acquitter d’un impôt particulier.

 

Journal le Petit Parisien

Journal le Petit Parisien

Une presse respectueuse

     La presse d’information se contente dans son ensemble de reprendre quelques-uns des propos échangés lors de cette séance si particulière, sans qu’ils fassent pour autant les titres des premières pages ni ne suscitent d’émoi particulier. Le Petit Parisien, journal qui se prétend apolitique mais soutiendra plus tard le régime mussolinien, souligne la portée de l’interpellation de Gaudin de Villaine affirmant que les étrangers vivent sans être l’objet de la moindre surveillance. En revanche, le journal antiparlementaire Le Matin du 7 décembre choisit  la voie de la raison en donnant la parole au bactériologiste Emile Roux, de l’Institut Pasteur  :

 

« A mon avis (…) l’explication donnée (de Gaudin de Villière) est complétement fausse. On pourrait en fournir de nombreuses preuves ; et notamment le fait que les rares cas de peste bubonique constatés ne sont nullement produits parmi les immigrants incriminés au Sénat. Il est infiniment probable, d’après les enquêtes faites, que la maladie aujourd’hui a peu près jugulée, dites-le bien, a été apportée dans la banlieue nord de Paris par des rats pesteux venus avec les péniches qui nous apportent le charbon anglais. » 

 

    Des rats britanniques…voilà qui risquerait de mettre à mal l’image fantasmée d’une horde sauvage de juifs errants surgis des sombres contrées asiatiques pour diffuser le virus…mais l’ensemble de la presse ne prend pas en compte cet élément particulier -  seule  se permet de le relever La Tribune juive du 24 décembre :

 

« Nous sommes convaincus que les antisémites n’auront pas le courage d’avouer leur erreur et de cesser de faire campagne contre les Juifs malades de la peste. Ils sont dans le dilemme suivant : 1/Ou déclarer que les rats anglais sont d’origine juive.2/ Ou bien annoncer que le professeur Roux a un entourage juif. Le microbe de l’antisémitisme ne pardonne pas. La peste est plus facilement guérissable ».

 

Le marais politique

Les partis politiques réagissent peu dans leur ensemble.

Le Bloc national applaudit des deux mains aux propos incendiaires exprimés au Sénat, sans nul doute influencé par les positions de son chef de file, le « Père la Victoire ». Depuis 1917, Clémenceau est en effet en proie à une furie antisoviétique qui l’entraine à ces vitupérations dont il a le secret. Après les émeutes de Petrograd de 1917, réprimées par le gouvernement Kerenski,   son journal  Lhomme enchaîné du 21 juillet 1917 dénonçait un prétendu complot germano-léniniste dirigé dans l’ombre par des Juifs dissimulant leurs véritables patronymes : « Voici comment se nomment les principaux maximalistes du soviet de Petrograd : Zinoviev s’appelle Apfelbaum , Trotsky, Bronstein ; Kamenev, Rosenfeld […] » Une partie de cette liste était  puisée  dans la Libre Parole de Drumont avec qui, pourtant, le Tigre  avait échangé des coups de feu lors de l’affaire Dreyfus…

      Seuls les socialistes répliquent vraiment à la vague venimeuse. Leur organe Le Populaire, dénonce une « odieuse calomnie » qui consiste à utiliser la maladie N°9 comme arme dirigée contre une population de prolétaires cloués au pilori parce qu’étrangers. Pour ce qui est de la gauche extrême, toujours empêtrée dans son anticapitaliste institutionnel, elle se désintéresse dans son ensemble des victimes juives présumées ploutocrates des attaques sénatoriales. Ce seront surtout des individualités ou des associations comme la Ligue des Droits de l’Homme ou celle de l’Enseignements qui monteront au créneau.

 

Du bonheur comme contrefeu

Si la rumeur maligne engendrée par de la « maladie N°9 » ne modifie pas profondément le regard que les Français » de souche » portent sur leurs co-nationaux juifs, c’est sans doute que le terrain social n’y est pas spécialement favorable. Le « tous unis » liant les citoyens de toutes confession avant et pendant la guerre anime encore bien des esprits et le pays est surtout occupée à panser ses plaies. La guerre a couté si cher en vie humaines, en destructions et privations, qu’à l’euphorie de la victoire se mêle l’amertume du deuil   Dès lors, cette maladie N°9 si peu mortelle est vécue comme   insignifiant, comparée aux ravages combinés de la guerre et de la grippe « espagnole » outre que le domaine de la haine collective est encore pour quelque temps occupé   par celle du « boche ». Intervient aussi comme barrage à la rumeur criminelle   une sourde résistance des esprits. Il ne s’agit pas d’un refus organisé, plutôt    d’un rejet instinctif de cette petite guerre qui s’ajoute à la grande. Cette période est aussi celle dite des « années folles » où une jeunesse élevée dans la mort et le deuil exprime le désir violent d’échapper à la gloriole de la victoire et au nationalisme étouffant.  Elle exprime un ardent désir de respirer, de vivre, de connaitre d’autres mondes, de connaitre quelque chose d’autre à travers les plaisirs et les arts, loin de toutes ces haines intérieures cuites et recuites suscitées par cette impérieuse patrie à laquelle elle devrait encore se sacrifier. Des femmes que la guerre à transformer en héroïnes ( dont  es glorieuses munitionnettes) voient la paix  les renvoyer à leurs fourneaux et  le Bloc national criminaliser  leur liberté d’avorter. Beaucoup s’émancipent alors en libérant leurs corps corsetés, en se coupant les cheveux et en vivant leur vie à l’image de la « garçonne » célèbre et scandaleuse héroïne du roman de Victor Margueritte.[1]

       En mai 1924, les élections législatives voient la défaite du Bloc national et la venue au pouvoir du Cartel des gauches. Ce n’est pourtant qu’un répit de courte durée dans la fièvre   antijuive montante. Les années trente vont connaitre la prise de pouvoir par les dictatures en Europe et l’épanouissement des haines raciales indicibles conduisant à la Shoah.

 

     Questions actuelles

     On peut imaginer que de nos jours, une nouvelle épidémie du type « maladie N°9 » entrainerait un déferlement de peur et de haine à ce point amplifiée par les « réseaux sociaux » qu’elle atteindrait ces pics de folles flambées qu’ont connues les épidémies causées par le sida puis le covid. Léon Poliakov, lors d’un entretien en septembre 2005 avec Roger Droit, portait un regard lucide sur la situation : » La seule chose qui aujourd’hui me paraisse certaine en ce qui concerne l’antisémitisme et le racisme, en Russie comme ailleurs, c’est que tout cela va continuer. Nous ne savons pas exactement sous quelle forme, nous ne sommes pas en mesure de dire précisément avec quelle intensité. Mais nous pouvons être convaincus que cela ne va pas cesser »[2]

 

     Ne cessera pas non plus, peut-on l’espérer, le combat obstiné des hommes et des femmes de bonne volonté contre l’empoisonnement des consciences.

 

 

 

 

 

L’auteur

Michel Levine est historien des Droits de l'Homme. Il est notamment l'auteur d'un ouvrage consacré aux grandes affaires de la Ligue des Droits de l'Homme (Affaires non classées. Archives inédites de la Ligue des Droits de l'Homme, Paris, Fayard, 1973). Il a aussi publié une enquête historique sur la répression des manifestations algériennes à Paris en octobre 1961 (Les ratonnades d'octobre. Un meurtre collectif à Paris en 1961, Paris, Ramsay, 1985; réédition Jean-Claude Gawsewitch Éditeur. 2001. 

 

Bibliographie

Ancery(P) En 1920, la dernière épidémie de peste parisienne Site Retronews. 2023

Audouin-Rouzeau(Frédérique) Les Chemins de la peste : Le rat, la puce et l'homme, Paris, Taillandier 2003,   Audoin-Rouzeau(F)Vigne(JD) Le rat noir en Europe antique et médiévale : les voies du commerce et l'expansion de la peste  Anthropozoologica n° 25-26, 1998.

Beauchez(Jérôme) 1920, La  peste à Paris. Classes dangereuses, antisémitisme et rhétorique de l’infamie. Déviance et société 2023/4 (vol 47) pages 517-548. Ed. Médecine et hygiène. Les sauvages de la civilisation. Regard sur la zone, d’hier à aujourd’hui. Ed/Amsterdam 2022. La « maladie N°9 » un symptôme de l’antisémitisme français. Site : The Conversation 2023

Biraben(Jean-Noel) Les hommes et la peste en France et dans les pays européens et méditerrranéens. T.1. La peste dans l’Histoire. Paris : La Haye/Paris. Mouton 1975.

Darmon(Pierre) Une tragédie dans la tragédie :la grippe espagnole en France (avril 1918-Avril 1919) Annales de démographie historique 2000 N°2 p 153à 175

Dryef (Z) Dans les murs. Les rats, de la Grande Peste à Ratatouille, Don Quichotte, 2005. Mai 1920, quand la peste a frappé aux portes de Paris,.Le Monde magazine 2020 

Falgayrac (P) Des rats et des hommes. L'histoire d'une cohabitation forcée, les moyens d'une lutte raisonnée, Hyform, 2013.

Guarrigues(J) Le moment parlementaire de l’action française 1919-1924 in Leymarie(M)Sous la direction de) L’Action française, culture, société, politique. Ed du Septentrion 2008

Gueniot-le-Minor(G) La peste des chiffonniers à Paris en 1920. Thèse d’Etat en médecine 1980. Université de Paris VI, Faculté de Médecine Broussais-Hôtel Dieu, 1980

Héritier(J) « La Peste des chiffonniers », L'Histoire n° 51, 1982.

Joltrain(E) La peste : étiologie, formes cliniques, prophylaxie et traitement. Bulletin de l’académie de médecine. Paris Maloine et fils 1921. 

Joly(L) Antisémites et antisémitisme à la Chambre des députés sous la IIIème République. Revue d’histoire moderne et contemporaine N°54-3, 2007 Ed.Belin D’une guerre à l’autre. L’Action française et les juifs, de l’Union sacrée à la Révolution nationale’1914-1944) Revue d’histoire moderne et contemporaine N°59-4.2012 Ed.Belin

Prazan(M) et Mendès France(T) La Maladie n°9 : récit historique, Berg International, 2001

Roblin(M) Les juifs de Paris, démographie, économie, culture. 1952. In: Revue des Sciences Religieuses, tome 27, fascicule 2, 1953. pp. 183-185.

Thomas(O) Les rats sont entrés dans Paris. Vendémiaire 2022

  

 

[1] Pour avoir écrit ce roman, paru en 1922 chez Ernest Flammarion, l’auteur se verra déchu de sa légion d’honneur l’année suivante.

[2]  Un entretien avec Léon Poliakov Par Droit Roger Le Monde 26 septembre 2005  

LA LUMIÈRE DE L'HISTOIRE PASSÉE PEUT ELLE ÉCLAIRER NOTRE AVENIR ?
HISTOIRE : ANTISÉMITISME - ANTI- MAÇONNISME - Michel Levine

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Publié le par Jean-François Guerry
GRAVIR LA MARCHE SUPRÊME

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Victor Hugo l’avait compris : la marche suprême du perron républicain, ce n’est pas l’égalité, ce n’est pas la liberté, c’est la fraternité. Cette grande oubliée, tombée en désuétude, sans doute par crainte de niaiserie ou de retomber dans la terreur ?

Et pourtant, la fraternité porte en elle cette sacralité qui fait que les hommes sont des humains. La franc-maçonnerie, depuis les temps anciens, depuis sa création, en a fait son fondement, parce qu’elle est seule capable de nous faire tenir debout, de nous faire lire le présent et l’avenir avec les « yeux du cœur ». La fraternité est une religion sans dogme ; elle est le lien entre les hommes de bonne volonté, parce qu’elle est la force du Nous contre le Je : je ne suis rien sans mes Frères.

Elle est bien au-delà des fumées éphémères des grands discours : une mission, une tâche, un labeur exigeant et quotidien. Produire du nous, c’est bien plus qu’adorer l’idole économique. C’est bien plus que la solidarité des corporatismes, des clans, des partis. C’est l’ouverture inconditionnelle du compas de l’amour vers l’autre.

La fraternité, c’est simplement ce qui nous rassemble dans les moments les plus durs, les plus extrêmes ; c’est un chant d’espérance.

Rassemblement

Contre les gardiens, les punaises, les poux,
Les vexations, la faim, les coups,
Les déceptions, les arrêts
Et cette odeur de mort
Qui sort du lazaret.

Rassemblement dans l’égalité du costume
Et du tutoiement,
Dans la profonde fraternité de la prison,
Frères !
Frères de misère et de passion,
Frères de souffrance et d’espérance.

Abbé Armand Vallée, aumônier militaire, mort à Camp de concentration de Mauthausen en avril 1945.

Que la paix règne sur la terre, que nos mains et nos cœurs se rassemblent dans la chaîne indestructible de l’amour fraternel.

                                            Jean-François Guerry.

                                               lafrancmaconnerieaucoeur.com

 

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Publié le par Jean-François Guerry
Détail Tableau de l'École d'Athènes Platon et Aristote

Détail Tableau de l'École d'Athènes Platon et Aristote

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Le temps est venu de nous unir avec nos mains et nos cœurs, en fraternité. Moment sacré s’il en est, moment de communion dans l’espace sacralisé. Notre main droite, comme celle d’Aristote tournée vers la terre, se saisit de la main de notre frère tournée vers le ciel ; notre main gauche, celle du cœur tournée vers le ciel, comme Platon, reçoit la main d’un autre frère tournée vers la terre. C’est le rassemblement de ce qui est en bas vers ce qui est en haut, pour ne faire qu’une seule chose : une chaîne d’union fraternelle.

Nous allons bientôt nous quitter momentanément, sans pour autant rompre nos liens indéfectibles. Nous ne saurions rester figés entre nous : le monde nous attend, nos frères nous attendent, eux qui sortent des ténèbres et cherchent la Lumière de la Vérité. Nous resterons pourtant humbles et vigilants, car l’ego veille toujours dans l’ombre.

« Le vrai livre de sagesse nous force à en rabattre. Le saint part sur les routes, avec le lever du soleil, pour convertir le monde et s’aperçoit, le jour tombé, qu’il n’y parviendra jamais s’il ne commence par se convertir lui-même au monde. »[1]

Le Maître Maçon accomplit son devoir d’abord en se gouvernant lui-même et en regardant les degrés des colonnades fichées dans le sol, qui puisent leurs forces dans la terre et dont les chapiteaux sont tournés vers le ciel ; elles marquent l’espace sacré du passé : l’itinéraire qui jalonne notre présent et inspire notre avenir.Pas de fraternité sans chaîne d’union : « Là où il y a un nous, il y a une sacralité ; et là où le nous se disloque, le sacré s’estompe. »[2]

                                            Jean-François Guerry.

 

 

 

[1] Régis Debray. Le moment fraternité. Page 54. Éditions Folio Essais.

[2] Ibid Page 57

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