Réflexions éthiques sur …
… " la fin de vie" - cf. projet de loi étudié par le Sénat et l'Assemblée Nationale -
"Nul ne connaît la solitude véritable, s'il n'a entendu un jour le médecin prononcer certaines paroles qui condamnent : une simple menace suffit. Et la créature la plus entourée, la plus aimée, entre dans le royaume de l'angoisse où personne au monde ne peut la suivre. Même les êtres aimés, les amis de cœur, s'éloignent, prennent de la distance : ils font partie d'un autre monde. Voici le lieu où il devra habiter désormais, cet îlot avec lequel il devra se familiariser : ce sable, cette aridité … "
François Mauriac Journal - Mémoires
Puissent ces propos inspirer les débats parlementaires en cours sur "la fin de vie".
… avec les problèmes de bioéthique toute morale qui se veut enracinée dans une tradition affronte l’éclatement de la vision de l’homme.
La biologie paye finalement sa validité d’une réduction du regard porté sur l’homme. Mais d’autres disciplines aussi : psychologie, sociologie, droit, économie,...La vision qu’à de lui-même l’homme moderne est certainement enrichie mais éclatée dans le prisme de ces approches. Or la morale issue des sagesses et des religions traditionnelles s’adosse à une vision unifiée de l’homme, à une vision totale ou qui se veut telle (c’est aussi le cas de la Franc-Maçonnerie qui, contrairement à des idées reçues, ne réduit pas l'homme au citoyen). Et donc à une vision d’ordre métaphysique qui, pour exprimer les réalités qui la concernent, utilise volontiers un registre symbolique de l’expression humaine.
Pour les chercheurs et médecins qui tiennent les commandes d’appareils scientifiques, ce registre lâ ne semble guère opératoire. D’où la question : qui fera le relais entre les visions partielles des disciplines scientifiques et la visée totale sur le sens de l’existence humaine? Voilà pourquoi les réflexions éthiques sont et doivent être pluridisciplinaires. Mais bien difficiles sont les conclusions...
… on demande beaucoup au droit et à l’éthique aujourd’hui...
... mais les demandeurs oscillent souvent entre la crainte qu’ils ne limitent leur liberté et l’attente qu’ils atténuent l’insécuritéen prenant sur eux le risque de la réponse à tout. Aussi les intervenants en droit ou en éthique sont-ils irritants ou décevants : ils apportent ou bien trop ou bien trop peu.
Prenons la comparaison de la navigation. Droit et éthique fournissent des repères et des balises, des méthodes de navigation...Ils aident à ne pas confondre les balises avec le chenal, la carte avec la boussole, les bords qu’on tire avec le port oule grand large...Mais ils renvoient toujours à un moment ou à un autre à un "entrez en voyage, à vous de naviguer" ou à "une évaluation du parcours sera nécessaire entre vous et les autres" (quels gêneurs à certains moments) ....
Il n’y a pas de vide éthique mais plutôt un trop plein. L’urgence semble être de réapprendre à naviguer dans une société pluraliste et à faire ensemble des bouts de chemin réels sans renier ses particularités anthropologiques ou spirituelles.
… l’homme change grâce à la science.
Je ne sais si l’homme est plus intelligent qu’il y a deux mille ans. Ce que je peux dire, c’est qu’il y a aujourd’hui infiniment plus de gens qui ont l’occasion d’utiliser leur intelligence. Il est tout à fait certain que si vous posez la question de savoir si Einstein était plus intelligent que Platon, ou l’inverse, je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est qu’à l’époque de Platon, l’immense majorité des gens n’avait pas l’occasion de se poser ces questions. Il ne faut pas oublier que nous vivons dans une société infiniment moins élitiste qu’en 1900, et incomparablement moins élitiste que la société des Romains ou des Grecs. Il est bienpossible qu’à ce moment-là la moyenne des possibilités intellectuelles des gens à la naissance était à peu près la même qu’aujourd’hui, mais il se fait que les gens sont plus autonomes, plus indépendants qu’ils n’étaient.
Le point de rupture, c’est le XXème siècle. Parce qu’au début du XXème siècle, le nombre de gens cultivés est encore très petit, le nombre de gens que l’on considère comme civilisés est une infime minorité. De ce point de vue, je trouve que la science a complètement changé le monde. Elle a donné à l’homme une dignité qu’il n’avait pas. L’évolution qui s’est produite au XXèmesiècle n’aurait pas pu se produire sans la création de richesses par la science. Autrement dit, malgré les drames épouvantables que j’ai tendance à attribuer aux survivances du passé, nous vivons une période de progrès de l’humanité, et ce progrès est dû à la science. Nous sommes devenus sensibles à ce qui se passe partout: c’est la planétisation. Et cette planétisation n’a été possible que grâce à la science. Quand Marx au XIXème siècle écrit "Le Capital", il ne voit d’alternative à la révolution que l’exploitation de l’homme par l’homme. C’était la seule possibilité. Et à ce moment là, c’était vrai. Maintenant, je crois que cela a changé.
L’homme a toujours dû payer un très grand prix pour être civilisé. La civilisation a impliqué un travail, une hiérarchie. Les pyramides d’Egypte impliquent qu’il y avait des ouvriers qui les construisaient et cela ne devait pas être très agréable de transporter des pierres dans le désert. Ce n’est pas par hasard que presque toutes les grandes doctrines qui nous imprègnent encoreaujourd’hui sont des doctrines du salut, que ce soit le bouddhisme, le christianisme, ou des doctrines qui apprenaient aux hommes à vivre en commun, comme le confucianisme. Une doctrine du salut exprime nécessairement une vision assez pessimiste des choses. Est-ce que, dans une certaine mesure, la science ne nous donne pas un moyen de sortir de l’impasse, de ce que Levi-Strauss appelle la malédiction de l’Histoire ?
Je ne crois pas à la malédiction de l’Histoire. Je pense que la science nous place dans une situation entièrement nouvelle du point de vue de l’histoire des civilisations. Je pense à la science non en tant que connaissance théorique, ni connaissance livresque, mais en tant qu’image du monde, comme un élément très important dans nos relations avec la nature et dans les relations de l’homme avec l’homme.
… la science n’a pas changé notre ADN. Je me pose la question de savoir si l’on peut parler de progrès de l’humanité.
Je crois d’abord qu’il faut bien distinguer entre la science et la technique. C’est une distinction que l’on ne fait pas suffisamment. La science reste jusqu’à nouvel ordre le produit d’une tendance à la curiosité. Elle répond à un besoin de connaître tandis que la technique répond à un besoin d’agir. On a écrit cela dans tous les manuels de philosophie depuis Platon. Ce qui ne signifie pas, bien sûr que des liens très forts ne soient tissés entre les deux. L’optique a permis d’inventer le microscope qui a permis à la biologie de progresser. Mais les forces motrices profondes de la science et de la technique ne sont pas les mêmes, et en ce sens, je dirai qu’elles constituent deux êtres vivants, deux organismes séparés plutôt qu’un seul. Or une constatation s’impose : la science est restée sans grande conséquence directe sur nos modes de vie jusqu’à la révolution industrielle. Ce n’est qu’à partir de ce moment-là que les applications techniques de la science ont débouché sur la vie quotidienne. Quand il suffit d’avaler une pilule pour ne plus souffrir, cela a changé notre manière de vivre. Mais il est clair que cela n’a pas changé notre ADN...et rien n’indique que cela pourrait le transformer, à tout le moins dans un avenir prévisible. Même si l’on nous coupait à tous une jambe à la naissance, nous naîtrions toujours avec deux jambes à la millième génération. Cinq cents ans après l’invention de l’imprimerie, il est de toute évidence que l’homme continue de penser comme avant. Rien n’enlève de leur beauté ou de leur intérêt aux textesécrits avant Gutenberg. La différence est quantitative, non qualitative. Il ne faut pas confondre qualité et quantité des penseurs et de la pensée, des chercheurs et de la recherche.
Affirmer le rôle prépondérant de la science et des techniques dans l’évolution de l’humanité c’est, me semble-t-il, oublier quelque chose de très important : le poids des idéologies, le poids du politique et de l’économique. On oublie un peu le B-A-BA du marxisme, à savoir que les infrastructures économiques et politiques conditionnent les moyens de développement des nations. Si le Japon est devenu ce qu’il est, c’est peut-être grâce aux progrès de la science et des techniques mais c’est surtout parce qu’il est rentré dans l’ère du Meiji , voici cent quarante ou cent cinquante ans, parce qu’un empereur l’a orienté dans cette voie et a permis à la révolution industrielle de s’installer. Si l’on parachutait des millions d’ordinateurs et de biologistes dans les pays en voie de développement, ces pays n’en deviendraient pas pour autant le Japon. C’est dire que le progrès de l’humanité est étroitement dépendant de la politique et de l’économie. En soi, le progrès scientifique et le progrès technique sont neutres pour l’homme. L’important est ce que l’homme en fait.
D’une part, donc, s’émerveiller devant les prouesses de la science revient à s’émerveiller devant les systèmes économiques et politiques qui les rendent possibles. Mais d’autre part, accuser la science et les techniques revient à accuser l’utilisation qui en est faite par les hommes, dans le système économique et politique qui conditionne leurs moyens de réflexion et d’action.
La vision de cette "force qui va", qui se développe en tous sens et qu’on appelle "la science et la technique" a en effet de quoi affoler. Cependant, là encore, le fait que ce "couple" prenne ou non le pouvoir ne dépend pas de lui mais des systèmes économiques et politiques qui le gèrent. Ce n'est pas parce qu'il y a des savants et des ingénieurs, et plus généralement des experts, que ceux-ci doivent gouverner (même si c'est la tendance actuelle). Si les experts gouvernent, ce n'est pas le mollusque scientifico-technologique qui est responsable, ce sont ses gestionnaires.
La science est un peu comme la poésie: c'est un art sans cesse renouvelé. Les grands bonds en avant de la science sont des bonds poétiques. Que ce soit ceux de Newton ou d'Einstein, ou des bonds collectifs, comme dans la biologie moléculaire, où cinq ou six créateurs sautèrent le pas en même temps.
Finalement, quelle civilisation voulons-nous ? Pour moi, une civilisation, c'est d'abord un système de valeurs. Certains identifient la civilisation à une sorte d'universalité idéale. C'est une vision aristotélicienne des choses, selon laquelle il faut tout universaliser. Je ne suis pas sur ce terrain. Il n'y a peut-être de science que du général, mais il n'y a de civilisation que de l'individu et de la personne.
… moralement, l’homme a-t-il le droit de modifier la création ?
Pour les croyants de nombreuses religions, la Création, œuvre d’un Dieu créateur, est chose sacrée en ce sens qu’il serait impie d’y toucher, de vouloir la modifier. Pour un croyant, ouvert à la culture scientifique, l’ADN, support et vecteur des caractères héréditaires, peut être considéré comme une hypostase de la divinité réglant, en
quelque sorte, l’intendance du monde vivant. Le rationaliste, quant à lui, ne veut voir dans la création que le résultat inéluctable d’événements se déterminant les uns les autres.
Pour les Francs-Maçons, il importe peu que certains envisagent le Grand Architecte de l’Univers comme un Dieu révélé ou que d’autres le considèrent comme Principe créateur ou bien encore comme tout autre principe transcendant. La Création, telle qu’elle se présente à nous, est un fait; un autre fait est que les moyens d’agir sur cette création nous sont désormais donnés. Faire en sorte d’employer ces moyens pour l’améliorer (car elle ne peut passer pour parfaite), c’est, selon notre formule, "travailler à la gloire du Grand Architecte de l’Univers".
Modifier l’ADN, vecteurs des caractères héréditaires, n’a rien d’immoral en soi si l’on considère que la Création, commel’Homme, est perfectible. Cela fait partie de la quête de l’Homme pour se libérer des tares dont la nature l’a doté. Nu, il a domestiqué le feu, désarmé, il a créé les instruments de sa propre survie. Il a créé la médecine de son corps, il est en train de créer celle de son hérédité.
Richard Dupuy cite une phrase trouvée dans une vieille Bible maçonnique: "l’Homme se considère comme le collaborateur de Dieu dans l’œuvre de la Création". Quelle belle formule, surtout si on la replace dans le contexte d’une époque où la prédestination divine était réputée toute puissante ! Mais quel orgueil aussi et quelle responsabilité à assumer !
L’humanité dispose désormais d’un savoir approfondi sur l’un des aspects les plus fascinants de la Vie: les processus génétiques, autrement dits créateurs, qui président à l’édification des êtres vivants. Et ce savoir débouche maintenant sur un savoir-faire substantiel qui confère à l’espèce humaine le formidable pouvoir de reprogrammer la création des êtres vivants. La question finale est qu’il nous faut assumer la responsabilité de cette nouvelle connaissance et de ce nouveau pouvoir.
YANN.
Cette peinture appartient au genre du surréalisme et a été peinte par l’artiste en 1794.
Le tableau “The Great Architect” exprime une gamme lumineuse des sentiments religieux de Blake – ce peintre était l’un des défenseurs de la théorie du créationnisme.
L’image mystérieuse du poète mystique anglais, comme toutes ses créations, a d’abord été oubliée, mais maintenant elle suscite beaucoup de spéculations, elle est analysée et interprétée. Cette peinture est conservée au British Museum.
Dans cette œuvre d’art, l’image inhabituelle que l’artiste utilise pour interpréter son design est la plus frappante. Et cette image s’appelle “The Ancient of Days”, qui traduit littéralement de l’anglais signifie “Ancient of Days”. Ces mots dénotaient le nom de Dieu dans diverses religions du monde.
Le personnage principal de cette image est Dieu, et il est représenté au moment de la création, il n’établit pas l’ordre, mais limite la liberté et les limites de l’imagination.
La religion et la foi, les lois et l’ordre qu’ils établissent ont toujours été présents dans l’œuvre de ce poète, ils ont fait l’objet de ses pensées.
Et sur cette photo, Blake a touché la religion. La plupart des éléments de cette image proviennent de l’Ancien Testament Yahweh. Les jours décrépits sont immortels. Le plus souvent, ce nom dans le monde des chrétiens est associé à Dieu le Père, mais parfois Dieu le fils était également désigné par ce nom.
Les jours minables de Blake ne sont pas traditionnels pour les chrétiens orthodoxes. L’artiste l’a représenté sur le fond du Soleil, forçant à rappeler les dieux-démiurges païens, il est concentré et ses traits du visage montrent de la colère.
En plus de l’Ancien Testament Yahweh, cette image est également associée au démiurge des Gnostiques. Mais pour comprendre cela devient plus difficile en raison des déclarations de Blake lui-même: “Toutes les religions sont les mêmes.” Apparemment, il voulait dire que tous sont une manifestation des meilleures qualités d’une personne. Peut-être parce que l’Ancien des jours représenté sur sa photo crée avec sa main gauche pour une raison.
Mais le plus probable est que dans cette image, Blake représentait Urizen, que Blake lui-même a inventé, c’était le fruit de sa propre imagination mythologique. Il décrivait ou représentait souvent Urizen à l’image d’un vieil homme aux cheveux blancs, parfois il avait les outils d’un architecte: Urizen est le créateur du monde. Ceci est également mis en évidence par la traduction du nom du tableau en russe: il est mieux connu dans notre pays sous le nom de “The Great Architect”.