
Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.
LE TEMPLE QUEL TEMPLE ?
PART III et FIN
N’y a-t-il vraiment que trois temples ? Dans certains rituels de consécration de Loge maçonnique, ainsi que dans ‘Le catéchisme’ de l’Apprenti Cohen il est écrit qu’il y a cinq sortes de temples : Le simple, le parfait, le symbolique, le juste et l’apocryphe. Aux questions posées il est répondu :
Quel est le simple ?
C’est le corps de l’homme.
Quel est le parfait ?
Celui du corps universel.
Quel est le symbolique ?
Celui du corps terrestre général.
Quel est le juste ?
Celui du corps inférieur matériel.
Quel est l’apocryphe ?
C’est le conventionnel que les hommes s’efforcent d’établir impunément dans l’erreur.
Dans certains rites, le temple qu’il convient de reconstruire n’est pas celui de Salomon, mais celui de la Jérusalem céleste, Vision de béatitude.
Abu Bakar Siraj Ad Din a écrit dans : The Book of Certainty : L’homme ne peut atteindre la connaissance directe de la vérité la certitude, s’il n’est pas ‘touché’ en son centre par un rayon de la lumière qui provient du soleil et de l’esprit de la vérité. [1]
Sans négliger la rénovation des anciens temples suivant l’image des cieux, ce qui est primordial c’est de construire nos propres fondements, les fondements de notre être, de notre conscience, en partant de la caverne jusqu’au sommet de la montagne. Poser chaque jour une pierre sur le chemin de notre vie, en s’inspirant de ce que nous avons vu dans la voûte souterraine cette plaque d’Or burinée, qui a déclenché en nous une expression d’admiration et de joie. Quand la joie est dans les cœurs la demeure céleste est proche, alors ne se pose plus la question quel temple ?
Jean-François Guerry.
[1] Martin Lings connu sous le nom de Abu Bakar Siraj Ad In. (1909-2005) de famille protestante, il s’est convertit à l’Islam. Inspiré très tôt par Schuon et Guénon dont il fût le secrétaire. IL a été sa vie durant à la recherche d’une voie spirituelle authentique.
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La joie est, tour à tour, comme les quatre éléments : légère comme l’air, fluide comme l’eau, lumineuse et brûlante comme le feu, profonde et solide comme la terre. « Joie, joie, pleurs de joie », c’est le grand feu pascalien — ces mots qui ouvrent le texte que l’on appelle le Mémorial de Blaise Pascal, retrouvé après sa mort dans la doublure de son manteau. On imagine un grand feu, buisson ardent ou feu de joie. Serait-ce cela, la joie ? Certes, mais il est des joies moins flamboyantes, moins mystiques. Comme le feu est aussi dans la braise qu’on entretient, la joie connaît toutes les intensités — mais elle est toujours plénitude. Il n’y a pas de demi-joie.
L’homme méfiant ne peut pas être dans la joie ; le soupçon ne connaît pas la joie. La joie est-elle réservée aux instants exceptionnels — à la victoire du champion, à l’Eurêka du chercheur, à l’accomplissement de l’artiste, aux moments où l’homme se surpasse ? Ou bien peut-elle devenir notre état ordinaire ? C’est la même question que l’on se pose à propos de l’expérience spirituelle. Ainsi, le sentiment océanique décrit par Romain Rolland ne serait-il réservé qu’à quelques instants d’extase, de plénitude, avant de s’évanouir ? Ou peut-il nous habiter au long des jours ? La réponse tient peut-être à notre propre disposition intérieure : il ne tient qu’à nous de nous situer dans cette plénitude, de l’accueillir, d’y demeurer. Il en est de même pour la joie.
Car si la joie est toujours reçue, elle est aussi un don qui se partage, à condition d’en reconnaître les signes. Joie de l’amitié. Joie du lien au réel, qui trouve son acmé dans l’attention à mon Frère. La joie est toujours communicative, et l’on ne trouve sa joie véritablement que dans celle de l’autre. La joie est une œuvre, toujours une alchimie. D’ailleurs, en alchimie, on parle de « la joie des philosophes » celle de la pierre parvenue au blanc parfait. Toute joie est rencontre. Même la joie mystique, qui peut sembler la plus solitaire, est toujours rencontre avec plus grand que soi.
Illustration : La joie de Virginie tracée sur le sable ©Radio France - Elise Andrieu
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Le milieu sacré de la loge ne se distinguera pas du milieu profane par une rupture radicale, ou un clivage disruptif mais 1°) par un arrangement syncrétique et profane : ce sera la vie matérielle et profane, où les éléments de vie se mêlent et se démêlent, entre déterminisme et libre arbitre ; et 2°) par un arrangement « distribué », ordonnancé, codifié, ce sera le milieu sacré. C’est beaucoup plus ce « différentiel de contenu » qui déterminera la nature profonde de chaque environnement, plus que la césure physique arbitraire produite par un mur de briques. Le sacré sera donc une forme ponctuelle, circonstancielle et pratique de la séparation. Ledit sacré possèdera en fait des bornes et des limites qui jouxteront et non cliveront ou couperont la tenue. Ce sera une forme « tranchée », sans jeu de mots, apte à communiquer une énergie particulière alimentant la concentration méditative et le déroulé ordinaire d’une tenue.
Paul Naudon déclarait que « le progrès moral doit s’unir au progrès intellectuel, permettant de faire avancer l’instruction générale ». Ce qu’il voulait peut être dire par là est que les parties qui nous constituent doivent avancer de concert, quel que soit leur nature, et que pour cela, il faut d’abord les discerner, les séparer, pour plus tard les accorder. Nous faire bouger équivaudra en effet à déplacer un ensemble hétérogène d’éléments, et durant cette phase, nous ne serons jamais suffisamment armés pour abandonner cet environnement immanent qui était le nôtre avant, protecteur et confortable, ni pour se contenter d’une transcendance insuffisante à nous satisfaire complètement.
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Ainsi naîtra le temps de la séparation, qui durera tant qu’il y aura à intégrer et admettre des sentiments divers provenant de cette différenciation. Il faut bien comprendre, je le répète, que l’évolution maçonnique trouvera son viatique dans ce postulat que l’initié se construit en s’émancipant de ce qui l’a généré. Ainsi chaque pas franchi amènera à plus de structuration individuelle, et partant, de distanciation d’un modèle qui demeure néanmoins bien présent. C’est pourquoi les degrés qui se succèdent sont gigognes : ils contiennent le tissu initiatique du grade précédent, et y ajoutent la nouveauté du suivant. Le terme de gigogne permettra de les absorber sans s’y confondre, maintenant cette séparation ontologique entre les degrés, définis en une hiérarchie constitutive. En fait, la notion de séparation sera présente dès le 1er degré, où il sera fait référence à ce ciment qui unit les frères, objectivé sous la forme de briques ou de pierres jointoyées. A ce stade, on parlera d’un lien indéfectible qui unit les initiés : le ciment primera donc, quelque part, sur une entité, l’apprenti, encore inapte à définir sa substance propre, et donc a fortiori à préserver son intégrité. C’est ce qui explique le retrait symbolique de l’apprenti sur la colonne du nord, loin du verbe solaire, fécondant mais aussi très discriminant. Le schéma différera au fil des degrés, où ce ciment sera peu ou prou maintenu, mais la façon de l’éclairer se transformera lentement, faisant de celui-ci non seulement un lien, mais également une « substance de séparation », placée entre chaque maillon humain.
Jointoyer permettra effectivement d’ « occuper » symboliquement les espaces interstitiels qui demeurent à jamais entre 2 entités foncièrement distinctes. L’ambivalence du joint devenant séparation se verra étymologiquement corroborée par le sens du verbe « joindre », issu du latin jungere, appartenant au groupe de jugum ( ꟷ˃ joug), signifiant coercition, contrainte, mais aussi lien, assemblage, attelage, conditionnant une forme de bonne intelligence, de concorde fraternelle.
Un tournant se produira discrètement au décours du dernier grade de Perfection, celui de Grand Élu, 14ème degré, où apparaitra nommément la texture symbolique propre dudit ciment, dénommé alors « ciment mystique ». L’épithète accolée à ce ciment en fera donc une locution bipolaire intercessive entre matière et esprit, plus avancée spirituellement que le « ciment ordinaire » des grades symboliques, et constituée ici de 4 éléments hautement symboliques : le vin, dont l’« esprit » le liera au Feu, la farine, produite par la Terre ; l’huile, dont l’onction caractérise la spiritualité, et donc l’Air ; et le lait, nourricier et gestatif, relatif à l’Eau générative. Nommer « bibliquement » ce ciment, et donc « créer » et isoler celui-ci reviendra à en asseoir l’origine et en légitimer la portée.
En mettant ici en évidence son principe qui était présent dès l’initiation, ce ciment se verra objectivé par 2 fondements symboliques puissants : 1°) Au-delà du ciment lui-même, les objets utilitaires permettant ce jointoiement seront mis en exergue lors de la cérémonie d’initiation au grade de Grand Élu, Parfait et Sublime Maçon, à savoir une auge d’argent et une truelle d’or rejoignant, par leur dualité texturale, la gouvernance binaire de l’existence et donc de l’initiatique, mais aussi, par l’or, la discrète influence progressive du divin en l’homme .
2°) Une sentence, peut-être la plus importante du 14ème degré, « La vertu a uni ce que la mort ne pourra séparer », car en maçonnerie, l’évolution ne conduit pas seulement, comme dans le monde profane, à un sommet qui vous distingue de l’autre, mais conduit aussi à faire fi de ce que cette action a construite, pour se centrer sur celui qui l’a construite : initiatiquement, l’action révèlera l’individu dans sa profonde simplicité. C’est cette dynamique de séparation des principes que j’appellerais la vertu. Cette séparation se retrouvera dans les vertus et les arts de l’Échelle Mystérieuse portés par ses 2 volées. Selon le sens étymologique commun, le terme vertu provient de Vir, l’homme : la vertu est donc intimement attachée au statut de celui-ci, en tant que source, qu'origine. Mais la vertu d’un homme ne se manifeste donc pas uniquement par les qualités intrinsèques qu’il est censé posséder, mais aussi par la possibilité qu’il aura de les exprimer, de les développer à des fins d'extension de ses prérogatives : ce développement séparatiste sera tout le secret de l’Échelle Mystérieuse, dont, je le répète, les 2 volées distribuent les vertus en reflet des arts qui les substantialisent (et les arts en reflet des vertus qui les essentialisent). Les vertus sanctionneront donc la capacité que nous aurons de nous découvrir plus avant, de nous agrandir, par nous-même et pour nous même, et donc d'aller « au-delà de », interprétation biblique et signification hébraïque possible du terme de Galaad. « Au-delà de » est une expression qui tient à la fois de l’endroit où l’on se trouve, et de la projection que l’on peut en espérer, en termes de franchissement, d’appel à un autre état.
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Il s’agit donc bien aussi ici d’une séparation, chapeautée par le « Nec Plus Ultra » du grade de Chevalier Kadosch, 30ème degré du REAA, qui ne peut se concevoir que si une frontière, une limite a été préalablement posée par la conscience qu’à l’homme d’exister. En effet, si l’homme a conscience d’exister, c’est également qu’il a conscience de la finitude que lui impose ce statut. Ce bruit de fond diffus existentiel qu’est la finitude se verra rejoué en permanence durant l’instruction et le rituel maçonnique. C’est aussi ce même mécanisme que l’on rencontre quand un être important pour soi disparaît : il arrive qu’on ait le sentiment qu’il continue de vivre en nous. C’est en fait la relation à celui-ci qui subsiste, dans ce qu’elle a pu avoir de constitutionnelle, d'émancipatrice et de structurante : ce que nous avons construit à partir de l’autre, ou ce que nous avons trouvé chez l’autre ne s’effacera pas avec sa disparition, mais viendra s’intégrer à ce que nous sommes.
THIERRY DIDIER
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