aucune borne à cette réflexion individuelle et collective. Il n’y a au Grand Orient ni tabou, ni interdit car les francs-maçons sont d’abord des esprits libres. L’universalisme, notre « nouvelle frontière » Aux fins d’accomplir son objectif d’émancipation, la franc-maçonnerie, depuis trois siècles, met en suspens, en son sein, les catégories du monde profane. Il n’y a dans les Loges du Grand Orient de France aucune distinction fondée sur l’ethnie ou la couleur de peau, la classe sociale, la foi religieuse ou la non croyance, les origines biologiques ou géographiques. Il n’y a, en Loge, que des hommes et des femmes libres et égaux en droit, considérés à partir de leurs qualités morales et non de leur position sociale. Nous avons, en cette année de célébration du tricentenaire de la franc-maçonnerie moderne, l’ambition d’être d’abord le « conservatoire » de ce progrès que nous avons hérité du siècle des Lumières. Une époque qui contient et illustre les prin- cipes intemporels d’humanisme et d’universalisme. Nous avons en effet le devoir de conserver ce legs et d’œuvrer à sa transmission. D’autant que, de toute part, ses adversaires lancent l’offensive. Ils sont, au choix, les différentialistes, les eth- nicistes, les racialistes, les tenants du relativisme culturel. Ils essentialisent sans cesse. Ils pratiquent l’assignation identitaire à tel point que « l’identité » est leur mot fétiche. Il y a, bien sûr, parmi eux, les légions d’une extrême droite qui a toujours récusé l’universalisme car, pour elle, il y a des races, des ethnies, des couleurs de peau qui justifient une irréductible différence entre les êtres humains. C’est à partir de ces thèses que, dans les années 1940, en France, il y avait des wagons de métro et des squares réservés aux Juifs, qu’il y avait aux Etats-Unis d’Amérique ou en Afrique du sud, dans les années 1960 et au-delà, des autobus et des toilettes publiques interdits aux Noirs. C’est cette même idéologie, désormais revendiquée par des fractions de la gauche et de l’extrême gauche, aimantées par les « Indigènes de la République », qui pré- tend justifier en France aujourd’hui la convocation à des « camps décoloniaux raci- sés » et, avec la caution, toute honte bue, d’universitaires et d’intellectuels, la tenue de colloques interdits aux Blancs ! Cela a lieu en France aujourd’hui. Contre ces nouveaux ennemis de la République universelle, celle que nous nous efforçons de bâtir depuis trois siècles, une mobilisation énergique et combative est une ardente obligation. Républicains universalistes, il nous faut sans relâche, comme l’ont fait nos ancêtres francs-maçons au siècle des Lumières, continuer d’abattre les murs que l’on dresse entre les êtres humains. |
C’est la tâche urgente, prioritaire, centrale, à laquelle nous devons nous consacrer : faire vivre ou revivre l’universalisme. Cette entreprise a, de surcroît, le mérite de pouvoir rassembler tous les francs-maçons du Grand Orient de France et même bien au-delà, quels que soient leurs sensibilités, leurs options partisanes ou leurs rites. L’universalisme constitue le socle de notre culture commune, celle qui a été codi- fiée dans la Déclaration des droits de l’Homme de 1948. Si nous ne gagnons pas cette guerre des idées – dont les implications pratiques s’étalent sous nos yeux - alors, nous risquons d’être ensevelis sous l’ordre barbare. En 1935, deux ans après la prise du pouvoir par Hitler, Thomas Mann écrivait : « Tout humanisme comporte un élément de faiblesse, qui tient à son mépris du fanatisme, à sa tolérance et à son penchant pour le doute, bref, à sa bonté naturelle et peut, dans certains cas, lui être fatal. Ce qu’il faudrait aujourd’hui, c’est un humanisme militant, un humanisme qui découvrirait sa virilité et se convaincrait que le principe de liberté, de tolérance et de doute ne doit pas se laisser exploiter et renverser par un fanatisme dépourvu de vergogne et de scepticisme ». Face aux fanatismes sans vergogne de notre temps, le Grand Orient de France, avec son idée exigeante de l’humain, doit être aux avant-postes de la résistance intellec- tuelle et morale. L’universalisme est l’étoile polaire de la franc-maçonnerie. L’humanisme est son combat. Philippe Foussier Grand Maître du Grand Orient de France |