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n arithmétique, chaque nombre dépend des autres (ne serait-ce que par les 4 opérations fondamentales : division, addition, soustraction et multiplication) et n’en diffère que par leur rang : « 3 » est plus que « 2 », qui est plus que « 1 » … Cette contrainte ontologique de l’arithmétique, où l’on ne domine, quelque part, que par la « force numérale » la rendra peu propice à l’esprit critique ou à la souveraineté intellectuelle… Des tensions internes se manifesteront naturellement, nées de rapports de force. Ces tensions seront cependant diminuées par la libre circulation des formes et des idées, c’est-à-dire par l’échange et le dialogue, à la façon métaphorique dont on soigne une plaie en la drainant à l’aide d’un flux d’eau stérile : ce sera tout l’objet de la triangulation de la parole, et plus généralement de la souveraineté supposée des loges symboliques.
Notre obédience, comme toutes les autres, forme donc ce qu’on appelle un appareil. Cela veut dire que les hommes se devront de se constituer en collectif lorsque ce qu’ils désireront obtenir ne pourra l’être, selon eux, que par une forme de d’ordonnancement articulé autour d’une hiérarchie... Beaucoup verront dans cette hiérarchie un mode de subordination. D’autres y verront ce que cette hiérarchie promet étymologiquement, c’est-à-dire une gouvernance du Sacré. On pourrait percevoir dans cette dernière formulation un oxymore : c’est ce qu’y verront les profanes et nombre d’apparatchiks. Pour l’initié accompli, il s’agira en fait et avant tout d’être apte à « se gouverner soi-même », le sacré caractérisant d’abord et avant tout une forme de séparation vertueuse de l’individu par rapport à son environnement.
Le sacré sera ici ce qui se réfère à ce qui fait de nous des êtres individués, et donc forts et responsables. Ainsi le sacré que nous retrouvons en loge ou dans le Temple sera une métonymie de ce statut, comme d’ailleurs chaque évènement s’y déroulant est la transposition à son prochain d’un remaniement personnel. Le meilleur exemple sera celui des épreuves initiatiques, véritables confrontations intimes entre ce que nous sommes et ce que nous sommes destinés à devenir : c’est la raison profonde, lors de la cérémonie d’initiation à un degré quelconque, pour laquelle est présenté par avance au candidat tout ce qu’il sera ensuite à même de découvrir et d’exploiter, lorsqu’il aura été investi du degré considéré : c’est tout le sens du verbe « préparer ».
L’appareil maçonnique pourra néanmoins se heurter ontologiquement au but qu’il poursuit. Je veux dire par là que la fonction première d’un appareil initiatique est de faire naître et structurer un individu, jusqu’à induire chez celui-ci une forme d’affranchissement, d’émancipation du système qui l’aura amené là où il est. C’est aussi toute l’ambiguïté du mot « appareil », qui est à la fois un « assemblage d'organes qui concourent à une même fonction » (vers 1800), mais aussi « la hauteur d'une pierre, ou son épaisseur entre 2 couches » (vers 1676), et enfin « l’art de tracer les pierres et de les placer « (1701). Cette approche multiple associe au caractère structurel de l’appareil maçonnique un caractère fonctionnel qui colle à sa coloration artisane et constructrice.
Néanmoins l’appareil, au sens large, restera toujours une forme de pis-aller nécessaire, car il s’agira d’installer une structure intermédiaire et mutualisée entre le but affirmé de son existence, politique, sociologique, confessionnel ou initiatique, et ce que l’homme sera capable d’en apprendre. L’appareil pourra être constitué d’un seul individu, ce sera l’ermite ou l’anachorète, ou plus généralement sur un principe inaliénable, celui d’une chapelle, d’un groupe ou d’un collectif. Transposée à la franc-maçonnerie, la structure générale de l’appareil en dira long sur l’approche qualitative et différenciatrice du principe premier que ledit appareil se devra de considérer.
Ce principe premier sera, suivant la coloration de l’obédience et le rite pratiqué, plus ou moins ineffable et axé sur des approches variées, telles l’athéisme, l’agnosticisme, le déisme ou le théisme : il s’agira là d’habiller ce principe suivant notre ligne de pensée et d’action, sans jamais mettre de côté ce qui ne correspondrait pas à notre vision intime. Ainsi ce principe premier pourra porter le nom de Dieu (GLTSO, GLNF), de l’Humanité toute entière (Droit Humain), ou d’un déisme plus ou moins affirmé (le GADLU, au REAA de la GLDF ou au GODF). Le paganisme des peuples anciens parlait même des « armées du Ciel », versant multiple d’une entité transcendante. Quel que soit la hauteur de vue de l’appareil, le diable restera dans les détails de cet organisme sociologique, culturel et civilisationnel.
Ainsi, la Hiérarchie qui y préside devra ou devrait respecter son sens premier de gouvernance du Sacré, mais les hommes n’étant pas de purs esprits, la verticalité du pouvoir s’appliquera selon des approches variables, depuis l’anarchie, « ni homme, ni Dieu » jusqu’à la patriarchie, l’oligarchie élitiste ou la « ploutocratie du cordon ». Dans l’Ancien Testament, les patriarches sont situés en amont des prêtres et des lévites. Si la patriarchie, c’est-à-dire la gouvernance par le père précède dans la chronologie biblique la hiérarchie, ou gouvernance du sacré, elle ne devrait plus connaître cette préséance au sein du monde matériel de l’appareil.
Auquel cas pourrait-on y voir une forme de dévoiement ontologique, de déviance structurelle auxquelles n’échappent pas toujours les loges qui constituent les obédiences. Des signaux faibles existent : par exemple la création, au sein d’une loge, d’une sorte de Sanhédrin, de « conseil des sages », censé régir la loge sans tenir compte des officiers élus ; l’entretien d’un culte de la personnalité entourant tel ou tel membre influent, et, d’une façon plus générale, la création de « sous-groupes » au sein de l’effectif des frères peuvent contribuer à cette déviance. Pour contrer ces égarements, l’appareil se devra finalement d’être abordé sous un angle qui le protégera d’une vision par trop quantitative, cette dernière appelant à une possible dictature du nombre arithmétique. Cet angle vertueux sera le qualitatif, cantonné pour la « bonne cause » au nombre symbolique, limitatif et protecteur.
Thierry Didier. À SUIVRE.
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