Connaissez-vous Hatman ?
L’homme au chapeau noir... il apparaîtrait au moment de votre endormissement pour vous observer dans la pénombre...
Ce personnage fictif, connu de beaucoup, s’invite lorsque votre corps se fige dans le sommeil tandis que votre esprit demeure conscient. Observateur de votre paralysie, il incarnerait notre incapacité à agir, notre éternelle difficulté à aligner pensées et actions...
Cette figure de notre inconscient collectif me rappelle l’homme au chapeau peint par Magritte : un homme, dont le visage est caché, porte un chapeau melon noir qui devient l'élément essentiel du tableau.
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Le peintre souhaitait-il nous faire passer un message ? Le maître du questionnement voulait-il nous inviter sur le seuil du vaste domaine de la pensée et de l’action ?
Le chapeau noir semble, de toute évidence, appartenir aux symboles de notre mémoire collective : Magiciens, sorcières, druides tous portent un chapeau noir associé à des pouvoirs occultes ou au couronnement d'une sagesse incarnée dans son porteur.
La Franc-Maçonnerie n’échappe pas à l’utilisation de cet accessoire vestimentaire dans ses rituels.
Pourtant le port du chapeau est passé de mode ! Que signifie cet abandon ? C'est cette question que je vous invite à explorer.
Cet accessoire couvrait nos têtes depuis l'aube des temps. Certains avancent une origine : 15000 ans av. J.C. en interprétant des dessins pariétaux qui ressembleraient à des têtes coiffées de chapeaux.
Le chapeau connaîtra son age d'or du moyen-âge jusqu'à l’Ancien Régime et l’époque napoléonienne où le fameux tricorne dérivera vers le bicorne.
L'usage du chapeau a toujours évolué au cours du temps en fonction des modes mais aussi des usages sociaux. Parfois délaissés au profit de perruques atomiques, les chapeaux vont néanmoins laisser leurs traces indélébiles dans l'histoire, comme le célèbre bicorne militaire qui libérait la vue du champ de bataille, devenu iconique avec Napoléon ou le bonnet phrygien couronnant la célèbre et révolutionnaire Marianne.
Pourtant on remarque une disparition nette de l'usage des chapeaux autour les années 1960. Jusqu'alors nos vieilles photos noir et blanc affichaient immanquablement des têtes d'hommes coiffées de bérets, fédoras, melons... For sure aucun homme ne sortait dans la rue s'il n'était couvert ! Cet accessoire était à l'image de celui que représente actuellement le maquillage pour les femmes : indispensable pour s'afficher en public. La tête nue d'un homme sans chapeau était comme la nudité d'un visage féminin non apprêté..
Le chapeau répond tout d'abord à un usage utile notamment pour se protéger des rayons mordant du soleil ou de la pluie. Ces chapeaux utilitaires sont devenus de nos jours des accessoires spécialisés : chapeaux de paille, casques de chantier, casquettes des joueurs de tennis...
Au-delà de son utilité, le chapeau contient également un marqueur social et identitaire fort. Dis-moi ce que tu mets sur ta tête et je te dirais qui tu es !
Le chapeau se nomme également par un autre nom bien nommé : le couvre-chef. Sans équivoque le chapeau est une extension visible du statut social par le couronnement de la tête il grandit, identifie et met en valeur son porteur.
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De la cagoule, en passant par les casquettes des éternels ado, les panamas des bobos campagnards, les feutres des sophistiqués, les laines et poils de castors ou de lapins des plus fortunés et même les mitres posées sur les crânes ecclésiastiques, les chapeaux racontent un peu de leurs possesseurs et présentent un reflet assumé de leurs statuts sociaux, de leurs genres, parfois de leurs âges et appartenances politiques ou religieuses...
De nos jours les chapeaux sont bien moins utilisés dans un but sociétale, ne restent que quelques marqueurs identitaires tels que la casquette du facteur, du pilote de ligne, la coiffe du policier, ou le casque du pompier. On remarque que la plupart des déguisements arborent un chapeau qui renforce l'apparence recherchée.
Parfois le chapeau devient symbole, comme le béret qui associé à une baguette de pain sous le bras d'un homme en Marcel se mue en image d'Épinal quasi universelle de l'identité française !
La symbolique du port du chapeau est forte. Pour autant la perte significative de son usage depuis les années 60 contient certainement en elle-même un sens.
Sans preuve académique ni démarche historique, je vous partage humblement une observation sur la corrélation qui semble exister entre chapeaux, liberté et autorité.
En effet nos têtes semblent s'être dénudées en même temps que des combats pour l'égalité ont été gagnés. Petit à petit la rigueur des marqueurs vestimentaires est devenue suspecte. Dans les années 60 on refuse de plus en plus toute distinction trop lisible entre classes sociales, on opte pour un affichage plus neutre de la mixité et du vivre ensemble.
De nos jours, il ne reste quasi plus rien de l'usage social des chapeaux qui ont cédé ce rôle aux vêtements et aux chaussures. Les marques ostensiblement imprimées sur nos textiles deviennent nos nouvelles identités et nos nouveaux marqueurs sociaux... la symbolique du chapeau est descendue dans le logo de nos basquettes...
Au-delà des libertés conquises l'abandon du chapeau est certainement le reflet d'un autre phénomène : celui de la perte du respect de l'autorité par ceux qui se sont sentis étouffés par les conventions et les codes sociaux.
Autrefois, pour saluer ou montrer son respect, le chapeau se relèvait ou s'otait. On rentrait dans un lieu en ottant son chapeau, pour signifier sa soumission ou au moins sa déférence. Cette révérence institutionnelle qui établissait un ordre hiérarchique s'est transformée en un geste anachronique.
Se découvrir et présenter une tête nue reflètait une attitude humble, symboliquement exposée prête à accueillir ce que l'on voudra bien nous dire.
Ainsi le fidèle qui rentre dans l'église ôte son chapeau signifiant son ouverture à ce qui lui sera montré, exposant le haut de son crane et symboliquement son esprit à l'altérité. D'ailleurs l'aumône se demande toujours chapeau bas et retourné.
A contrario pour les israélites le port de la kippa représente symboliquement une considération à son Dieu, porter ce chapeau est donc une marque d'humilité. Le port de ce petit chapeau rappelle au fidèle qu'au dessus de lui se tient quelque chose qui le dépasse et qu'il se doit d'avoir une attitude humble et respectueuse.
L'usage du chapeau imposait des règles : Quel chapeau mettre ? Quand le porter ? Quand l’ôter ? Devant qui se découvrir ?...
Il n'existait pas de règles écrites elles étaient transmises par l'usage et la tradition.
L'affaiblissement de ces rituels sociaux marque le virage révolutionnaire que notre société s'accorde par rapport à l’autorité en général.
Globalement l'informel devient la norme et la reconnaissance de la différence de l'autre, de sa place et de sa posture dans la société sont brouillées. La perte de ces repères et de ces usages rituélisés traduisent l'émergence d’un individu en quête de liberté, ce même individu se retrouve sans repère, isolé face à son identité et son positionnement dans la société.
L'abandon du chapeau témoigne à mon sens du déplacement de la symbolique du collectif vers l’identité individuelle. Porter le chapeau signifiait assumer ses responsabilités, ou au moins celles que son chapeau symbolisait. Aujourd'hui plus personne ne veut "porter le chapeau" et assumer ses pensées et assumer sa place dans une structure sociétale.
Aujourd'hui avec le chapeau absent, c'est la chevelure qui s'affiche, plus intime, reflet de l'ego et du soi, miroir de la conscience. Sans couvrir sa chevelure on expose symboliquement son identité intime aux jugements de tous. C'est pourquoi un chapeau de substitution apparaît celui du maquillage de la chevelure. Je parle de la coiffure, de plus en plus sophistiquée, et individualisée comme celles des joueurs de football qui se défient devant les caméras plus que sur le terrain à coups de ciseaux à qui aura la plus belle crête.
Dans cette quête individuelle, sans repère bon nombre d'individus se raccrochent aux marqueurs identitaires les plus basiques : argent, religion, voiture... et se rapprochent de ceux qui leur ressemblent.
Le temps des chapeaux est révolu. Il laisse le champ libre au communautarisme, aux groupes identitaires, aux followers (suiveurs au sens panurgien du terme) qui font légion. A croire que les temps barbares des clans est revenu.
Les chapeaux sont tombés de nos têtes en même temps que montait notre quête identitaire, mue par une opposition farouche au patriarcat et à la hiérarchie pyramidale pesante.
Dans un cadre rendu fragilisé par l’effacement du collectif traditionnel, l’individu est désormais chargé de se définir lui-même. Il cherche avant tout la reconnaissance et la sécurité. Cela le conduit à se rapprocher de ses semblables, car la ressemblance rassure et évite la remise en question.
Qu'est devenu le courage de créer une relation avec ceux qui pourraient nous élever ? Cela supposerait d’accepter l’asymétrie, la critique, l’inconfort de l'altérité et de la
différence.
Or, dans une culture moderne valorisant l’égalité et le bien-être émotionnel, l’exigence et la transmission sont souvent perçues comme des menaces.
Les relations deviennent alors horizontales et affinitaires, favorisant l’entre-soi plutôt que l'enrichissement par la différence. L'identité se fige, se protège, au lieu de se construire dans la confrontation à l’altérité
Sans affirmation mais avec conviction, j'identifie l'abandon du chapeau comme un marqueur fort de cet affaiblissement du désir d’élévation au profit du confort identitaire.
Il est demandé aux Maîtres Franc-maçons de se " couvrir ", c'est-à-dire de porter un chapeau noir à large bord. Serait-ce pour s'afficher incarnant une autorité spirituelle ?
Pour ma part, je ne le pense pas si l'on se place dans le monde profane.
Nul doute que porter un chapeau, d'autant plus de nos jours, ne passe pas inaperçu et demande à son porteur d'en assumer l'usage et de soutenir les regards de ceux qui vont vous l'observer.
Le chapeau de Maître se porte uniquement dans un lieu et un temps sacrés, il symbolise avant tout une immense responsabilité, celle d'honorer son devoir, afin d'être digne des valeurs de la Franc-Maçonnerie, le Maître étant celui qui transmet en montrant l'exemple de son propre cheminement.
Le chapeau du Maître devient autant l'emblème de son indépendance d'action et de son autonomie d'esprit que de son engagement à transmettre, loin de l'anachorète, le maître ose se montrer.
Symboliquement le chapeau du Maître couvre l'ego qui doit non pas se taire mais être contenu intérieurement pour servir l'Ordre en maîtrisant ses passions afin de bâtir des cachots pour ses vices et élever des temples à la Vertu.
Le Maître maçon n'est pas un bloc taillé de marbre silencieux au contraire il tente d'être un temple de corail vivant et symphonique.
Au REAA le chapeau de Maître est souvent un simple calot noir orné d'une brodure dorée dessinant les lacs d'Amour. On pourrait y voir à l'image d'une kippa, un symbole qui rappelle à son vénérable porteur la permanence de ce qui le dépasse et son devoir de rigueur dans la transmission immémoriale.
Le chapeau s'apparente à la cloche de forçage que les jardiniers placent sur leurs plants. Il rappelle l'attention constante que le jardinier doit donner à son œuvre. Le vaste domaine de la pensée et de l'action constitue un champ fertile où chacun peut y planter ses graines et ensuite y récolter les fruits.
Mais comme avec toute terre prometteuse nous devons veiller à la travailler avec respect et humilité pour qu'elle demeure fertile.
Cueillir les fruits des autres est simple surtout lorsque celui qui a planter et élever l'arbre a toujours parler de partage et de transmission.
Sans respect, se nourrir aveuglement sur cette terre fertile la rendra stérile si l'on n'y prend garde.
Nos dogmes et notre frénésie de nouveauté sont les pesticides et les engrais chimiques répandus sur la terre qui épuisent l'humus dont nous nous nourrissons.
Ne devons pas de simples consommateurs qui ne donnent rien en retour, au contraire tentons que notre passage fertilise par le sel la Véritable source où nous nous nourrissons.
Philippe Dubach.
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