Une nouvelle espérance ?
En avril 2007, Jean Erceau m’avait demandé d’être l’économiste de service pour le numéro 147 de Points de vue initiatiques consacré à l’Ethique, à paraître au printemps 2008. Ethique et économie ! Quelle étrangeté, quel paradoxe ! "L'économie c'est la science du sordide, non de la pureté " disait non sans quelque raison Alfred Sauvy (extrait de La Vie en plus). Par fidélité envers Jean, je me suis donc risqué à quelques considérations aléatoires sur ce sujet ; il serait inutile et narcissique d’en faire ici le copié-collé mais je ne résiste pas au plaisir un peu sadique de reprendre quelques lignes, rédigées à l'époque entre Lhassa et Canton, qui me paraissent d'une brûlante actualité.
"On aimerait certes que la conscience des hommes maitrise la débauche de leurs oeuvres, et qu’on ne se prenne pas pour Prométhée dès lors qu’on entasse des cubes ou qu’on imprime des assignats. Ce n’est pourtant là que chimère : rien n’autorise à croire que l’homme soit capable d’assortir sa création matérielle d’une réflexion morale également ascendante. Comment donc des êtres réduits à une stricte condition parcellaire, et qu’éberlue l’orgie audio-visuelle, nourriraient-ils sagesse et raison ? Comment donc même ne sombreraient-ils pas dans ce qui en est exactement l’inverse ?
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Il faut être réaliste et savoir observer notre Terre d'un œil clinique. À une société sans principe, sans âme et sans mœurs, où l’entassement de la quincaillerie, des barbarismes et de la fausse monnaie fait la religion de tous, … le 21ème siècle ne s’annonce pas d’une allégresse débridée. Nos enfants, certes, poseront leurs charters sur la caillasse d’une lune imperturbable. Mais ce n’est pas eux qui cueilleront, dans les jardins de Chiraz, les roses de Saadi."
Presque vingt ans plus tard le vaisseau spatial terre court à la catastrophe.
Je ne peux me résigner à croire, comme John Kenneth Galbraith, que "l’optimisme trop affiché confine à l’imbécilité probable". Au printemps 2026, j’ai la conviction que plus une crise s’aggrave, plus elle renforce, paradoxalement, la conscience de la gravité du problème. D’où la formule de Hölderlin "là où croit le péril croit aussi ce qui sauve". Les sociétés recèlent l’équivalent des "cellules souches", à l’image de celles qui, dans un être humain, sont capables de régénérer l’organisme. Quand une chenille entre dans sa chrysalide, elle suit un processus d’autodestruction autant que d’autocréation. Je pense que nous sommes rentrés dans un processus de métamorphose historique, sans qu’il soit possible d’en prévoir les formes ni l’accomplissement. Les forces multiples qui vont dans ce sens sont encore dispersées. Peut-être un jour se rejoindront-elles. Un jour, s’il n’est pas trop tard, s’affirmera la conscience qu’il faut changer de voie. Postulons une possibilité d’espérance qui ne soit ni illusoire ni trompeuse car "le temps du monde fini commence" (Paul Valéry)
YANN