DE L’HARMONIE IV
Nous pouvons dire que Leibniz fut un génie du rassemblement de ce qui paraissait épars, du rassemblement des idées. Il fut un conciliateur des idées du passé et des idées modernes. Il osa la réunion entre Aristote, Descartes et Spinoza. En Franc-maçonnerie, nous disons vivre le présent et bâtir l’avenir en s’inspirant des enseignements du passé, afin de ne pas tomber dans le labyrinthe des erreurs.
Cette dispersion des idées pourrait avoir pour conséquence une extrême confusion. Leibniz échappe à cet écueil grâce à sa croyance en Dieu, principe d’harmonie pour lui. Pour lui, la création est bonne et le mal relatif : c’est la base de sa Théodicée, dont le titre résume sa théorie : Essais de Théodicée- Sur la bonté de Dieu, la liberté de l’homme et l’origine du mal. Ce titre peut être inspirant pour un franc-maçon, qui croit en un principe créateur qu’il nomme Grand Architecte de l’Univers et qui affirme, ou non, que cet architecte est Dieu, et qui, parallèlement, a foi en l’homme.
La Théodicée de Leibniz tente de répondre aux sceptiques qui s’interrogent face aux malheurs du monde et la responsabilité de Dieu dans ces malheurs : si Dieu est bon, pourquoi tous ces malheurs ? Thomas, un des apôtres du Christ, se posait la même question, s’interrogeant sur l’incapacité de Dieu face au malheur des hommes.
En effet, l’on peut à juste titre s’interroger sur réalité des attributs que l’on concède à Dieu : son omniscience, son omnipotence et sa bienveillance. Trois attributs en contradiction avec le monde tel que nous le vivons. Il semble, que Dieu soit aux abonnés absents dans les plus grands malheurs qui nous accablent !
Cela nous conduit irrémédiablement à l’adoption du manichéisme, du dualisme ; pourtant dualisme, n’est pas dualité. Et, en creux, l’on peut conclure que Dieu n’est pas omnipotent ; et, si on continue à croire qu’il l’est, alors il n’est pas bienveillant. C’est la théorie énoncée par Bayle, que Leibniz va s’efforcer de démonter rationnellement, afin que tous les hommes ne deviennent pas des athées.
En effet, la raison peine à accorder l’omnipotence et la bienveillance de Dieu avec l’existence du mal : Dieu ne peut pas alors être synonyme de perfection. Ce constat, crédibilise sans restriction la moralité des athées et, par extension la spiritualité sans Dieu, qualifiée de laïque.
C’est sans doute pour cela que Leibniz choisira la rationalité pour « sauver » l’omnipotence et la bienveillance de Dieu, par l’explication de l’origine du mal. Il nous faut admettre que, si nous ne croyons pas en Dieu, l’origine du mal est à chercher en dehors en Dieu, donc en nous.
C’est à partir de cette réflexion, que Leibniz développera son premier principe, le principe de « Raison suffisante », selon lequel (nihil sine ratione) rien n’est sans raison.
À SUIVRE…
Jean-François Guerry.
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