DE L’HARMONIE PART II
« Quand on voit, dans nos procès humains, un accusé confier le soin de sa défense à un avocat particulièrement célèbre, on se prend parfois à penser : faut-il que son affaire soir mauvaise ! A ce compte, l’affaire de Dieu, si l’on ose dire, ne serait pas loin d’être désespérée. »
Jacques Brunschwig – Introduction Essais de Théodicée. De Leibniz.
Soyons raisonnables : le mal existe comme le bien. La Loi Mosaïque et son pavé mis sous nos yeux en attestent, si besoin était. Hannah Arendt a démontré la banalité du mal ; bien avant elle, Leibniz avait constaté que le mal est présent dans le monde. Il pensait que ce n’était pas un désir de Dieu, mais plutôt sa volonté de le faire coexister avec le bien, afin qu’il participe d’un principe d’harmonie du Tout. Suivant le principe que tout est dans l’Un, et que l’Un, est le Tout. Rendons grâce au Grand Architecte de l’Univers, créateur du monde, rendons lui Gloire.
Leibniz suivant le principe d’économie, pense que Dieu ne peut pas créer un monde entièrement bon, car il se dédoublerait lui-même. Suivant ce principe, il choisit de faire le meilleur des mondes possibles, donc un monde imparfait. Un monde que nous avons la charge, malgré notre imperfection liée à notre caractère humain, de parfaire, puisque étant imparfait nous sommes perfectibles. Le mal reconnu par Leibniz, il le qualifie de mal métaphysique, qui contient en lui la finitude, l’imperfection. Sur le plan physique, c’est la douleur, et sur le plan moral, c’est le péché. Le mal voulu par Dieu, n’est pas un mal total et irrémédiable : c’est un moindre mal, qui porte en creux l’espérance, la possibilité du bien. Car s’il y avait mauvaise intention de Dieu, malveillance de sa part ce serait contraire à son principe même.
« On peut prendre le mal métaphysiquement, physiquement et moralement. Le mal métaphysique consiste dans la simple imperfection, le mal physique dans la souffrance, et le mal moral dans le péché. Or, quoique le mal physique et le mal moral ne soient pas nécessaires, il suffit qu’en vertu des vérités éternelles ils soient possibles. Et comme cette région immense des vérités contient toutes les possibilités, il faut qu’il y ait une infinité de mondes possibles, que le mal entre dans plusieurs d’entre eux, et que même le meilleur de tous en renferme ; c’est ce qui a déterminé Dieu à permettre le mal ».[1]
Dieu ne cause donc pas le mal comme un bien, parce qu’il est sans malignité. Le mal apparait comme un bien : il est la possibilité d’amélioration. Nous voyons et reconnaissons le pavé mosaïque, image du bien et du mal, en même temps que possibilité de faire pénétrer le bien dans le mal, de réduire nos imperfections. C’est dualité et non dualisme. S’il y a réalité du bien et du mal, nous ne sommes pas passifs face à cette réalité, mais actif dans notre volonté de pratiquer la vertu et de fuir le vice. La théorie de Leibniz est rationnelle, puisque le mal existe. Mais Dieu, étant omniscient, il tolère le mal parce que tout autre monde contiendrait plus de maux que celui dans lequel nous existons. La volonté divine n’est donc pas désir du mal, mais elle est volonté de coexistence du mal avec le bien, dans le but d’une recherche d’harmonie du Tout - en clair, un mal pour un bien.
« Mais quelqu’un me dira : Pourquoi nous parlez-vous de permettre ? Dieu ne fait-il pas le mal et ne le veut-il pas ? (…) »[2]
À suivre….
Jean-François Guerry.
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