LE FRANC-MAÇON PARRÈSIASTE
Q ue demandez-vous ? La Lumière, l’on pourrait dire aussi la Vérité. Le Franc-maçon est un infatigable chercheur de la Vérité, des vérités. Doit-il pour autant la dire, sans précaution, en toutes circonstances et à tout le monde ? Ne succombera t ‘il pas alors à une forme de vanité, de suffisance bien loin de l’amour fraternel, les vérités sont-elles universelles, non contestables, à les dire ne risquons nous pas de nous couper des autres, de refuser leurs différences.
Faut-il renoncer à parler clair, à parler vrai, comment éviter de tomber dans une subjectivité moralisante, sous le prisme des lumières nous deviendrions d’obscurs dogmatiques.
Pourtant, négocier sa liberté de parole, c’est renoncer à sa liberté même. Dire vrai n’est pas si simple, affronter celui qui reçoit notre vérité, c’est passer pour un arrogant, faut-il alors voiler les vérités, les dissimuler sous des symboles, parler en paraboles, et si oui jusqu’à quand et avec qui ?
Si l’esprit des lumières impose de faire accéder le plus grand nombre à celles-ci, il faut rompre avec le secret et l’ésotérisme, mais est-ce que tout le monde est capable et en situation, et surtout dans le désir de recevoir les lumières, cherchez et vous trouverez…
Il faut donc du courage pour dire sa vérité, les vérités, les secrets véritables, pour être un parrèsiaste, un diseur de vérités, un lanceur d’alerte, du courage pour renoncer à l’auto censure, à la langue de bois. Notre jeune président en a fait les frais et l’expérience, sa vérité, ses vérités ont été considérées comme de l’arrogance, cette arrogance des élites. C’est pourquoi la plupart de nos dirigeants tirent des bords comme l’on dit dans la marine à voile, ils louvoient pour arriver au port, au moment de vérité. Au risque de choquer l’adage populaire prend ici toute sa réalité : toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Le plus humble de tous lui-même recommandait de ne pas donner de la confiture aux cochons.

Le parrèsiaste, est celui, qui à le courage, de dire la vérité, qui se met dans une position inconfortable, sachant que la vérité n’est pas faite pour plaire à la foule.
Dans ma loge maçonnique il m’arrive de louvoyer quand je félicite un frère pour la qualité de son travail, alors qu’il n’a fait que son simple devoir. Je prends aussi le risque de le heurter quand je lui pose une question, ou quand je fais un apport personnel, avec ma vérité ; je me livre parfois à une contorsion rhétorique, à l’esquive pour éviter de dire.
Stéphane Hessel, propose une forme d’indignation permanente, il se place dans les pas de Camus, de son homme révolté et de son refus positif. Il faut donc avec un doute raisonnable, s’indigner et se révolter pour ne pas rester dans le pire, c’est-à-dire l’indifférence. Il faut construire en soi avec persévérance sa capacité de s’indigner de se révolter, surtout par rapport à ses propres attitudes, c’est à ce prix que l’on se construit non pas une bonne conscience, qui est une forme de renoncement, mais une conscience véritable, un tribunal intérieur qui siège en permanence, pour entretenir cette conscience qui nous incline au juste, au bien, au beau.

Dans son dernier discours au collège de France Michel Foucault, a abordé le thème « du courage de la vérité. » Il évoque sur le sujet après le miracle Grec, entre autre l’aspect apostolique et spirituel de la parrêsia, la parole du prophète qui prend le risque de la vérité, elle est comme celle d’un éclaireur de la vérité, à l’instar du cynique Diogène et de son parlé franc. Mais aussi de Jean dans le nouveau testament, ce Jean bien connu des loges maçonniques.
« N’est-ce pas celui, qu’ils cherchent à tuer ? Le voici qui parle librement et les juifs ne disent rien. » Jean 7- 26.
La vérité du parrèsiaste est donc la vérité de l’homme libre et de bonnes mœurs. De celui qui combat le fanatisme, l’intolérance, la soumission à toutes les dictatures, qu’elles soient religieuses, morales où politiques, de celui qui agit pour faire régner partout la justice. Il refuse d’être idiot avec les idiots, il ne se soumet pas aveuglement à un maître fut-il reconnu pour un sage, il ne refuse rien, mais s’oblige toujours a penser par lui-même.

Il n’est pas facile de dire sa vérité, sans tomber dans les travers du cynique moralisateur, du prophète de malheur dogmatique, où du pervers hypocrite abusant de sa rhétorique. Il n’est pas facile contrairement aux apparences de dire, j’ai dit, sachant, que l’on a, à peine commencé à dire.
J’ai dit.
Jean-François Guerry.