Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par Thierry Didier
LA MODERNITÉ - Vue par Thierry Didier.- Part I

La modernité

 

L

a modernité est, de nos jours, un concept désignant l’idée d'agir en conformité avec son temps et non plus en fonction de valeurs anciennes, considérées de facto comme « dépassées ». La modernité, dans son sens holistique, semble ainsi, à l’instar de l’humanité, de la fraternité ou de l’égalité être un statut, un état, donc quelque chose d’établi, sinon dans sa consistance, du moins dans l’intangibilité de son principe. En fait, chaque période de nos civilisations recèle sa propre modernité, car la modernité est un peu plus que cela. Ce mot se répandit au 17ème siècle, à l’époque où éclate la querelle des Anciens et des Modernes en littérature, et où donc il n’est pas possible de masquer, à travers ces 2 mots, ce qui ressemble plus à une dynamique née d’une dualité qu’à une convention uniciste ou à un postulat figé. « L’adjectif moderne qualifie, au début du 17ème siècle, un art ou une science dans l’état auquel l’ont porté les découvertes contemporaines à l’époque » (sic le linguiste Alain Rey). Le verbe « porter » est ici fondamental, car c’est ce qui va lier indéfectiblement le passé et la découverte, sorte d’éveil permanent à la nouveauté. La modernité est donc moins bornée que l’on ne serait tenté de la définir de prime abord, et son sens second viendra compléter son sens majeur actuel, très limitatif, qui pousse inconsciemment le moderne à être seulement le reproche vivant d’une forme de tradition et de sa remembrance sélective.

Nous verrons qu’à cet égard, la franc-maçonnerie est profondément moderne car progressiste, évolutive, mais aussi globale : elle est, en elle-même, à la fois une discipline, une méthode, mais colle aussi à la nature humaine, l’y associant à chaque pas de son usage et de sa référence. La modernité est donc l’essence même des degrés maçonniques et de leur organisation en rites, dans la mesure où, lorsque nous passons un grade, celui-ci n’est pas insécable des précédents, mais les englobe tous, à la façon d’une poupée gigogne. Cette qualité, qui défend l’usage du passé, est difficile à mettre en œuvre, car chaque grade porte en lui le bénéfice et finalement la légitimité de tous les grades antérieurs ; sa charge est donc très lourde, car elle doit permettre de rendre compte du passé tout en poussant à innover. Il n’est qu’à voir combien il est difficile pour nombre d’initiés de travailler, voire de dépasser le 3ème degré du rite. Pourquoi ?

Parce qu’inconsciemment la césure purement didactique qui s’opère entre les 3 degrés symboliques et les degrés suivants du REAA viendra renforcer chez beaucoup le sentiment intestin et viscéral de ne pas être concerné par l’évolutivité du rite (c’est d’ailleurs ce contre quoi s’élève la subtile redondance des phrases d’ordre des 3ème et 4èmedegrés du REAA). L’humain est en effet conçu de telle façon qu’il exploite souvent, par le biais de sa paresse ou de sa tranquillité d’esprit, ce qui semble lui amener du repos, de la facilité, voire une fin heureuse, ce qui est somme toute naturel. Car paradoxalement, la fin « malheureuse » de l’acteur légendaire du 3èmedegré ouvrira la voie à la « fin heureuse » de celui qui s’y substituera, lui donnant souvent le motif fallacieux mais très humain de pouvoir in fine s’en contenter.

Cette charge des degrés passés définit une orthodoxie qui, soit, se transforme et se complète à chaque grade, mais qui est, par principe, difficile à faire bouger une fois que la nouveauté est venue rejoindre le bain de la tradition : on se rappelle les atermoiements de Salomon à dénoncer, pour finalement les entériner ensuite, les actions impromptues de Johaben au 6ème et 9èmedegré du REAA, ou bien les difficultés escalatoires de Guibulum à se voir épaulé et suppléé dans sa progression souterraine au 13èmedegré de REAA . Partout, dans la nature humaine, la lourdeur de l’acquis se pose en frein de l’évolutivité : c’est pourquoi la franc-maçonnerie est résolument moderne, c’est-à-dire qu’elle prend en compte en temps réel les évènements du passé, qui, en devenant incontournables, s’offrent à s’amalgamer au présent. Nous retrouvons là encore la nature humaine qui consent, malgré son « hubris ontologique », à recevoir de la nouveauté à la condition sine qua none de ne pas disparaître « des écrans ».

Les cérémonies d’initiation, quel que soit le degré considéré, et qu’on appelle, ça n’est pas anodin, des réceptions, ne se font pas sans remaniements profonds de l’actualité spirituelle de l’initié, accolée aux oukases décomplexés du passé. C’est pourquoi chaque cérémonie comporte des épreuves, ces dernières étant à la fois la fin et le moyen de cette rencontre entre Anciens, ce terme qualifiant plus un modèle général que simplement des entités, et contemporains, matérialisés par le récipiendaire, qui va confronter son « actualité constitutionnelle » aux affres d’une « inculcation » portée par les signes, mots, attouchements et autres occurrences incisives de la cérémonie d’initiation à tel ou tel degré. Ce terme d’inculcation peut griffer les oreilles de certains maçons, qui veulent à tout prix distinguer le « Maître et le disciple » du « Sachant et de l’élève ». N’empêche qu’une transmission faite avec une incontournable énergie, nécessaire à la « pénétration spirituelle » de l’initié correspondra au sens étymologique premier d’inculcation, à savoir, avec le sens figuré du latin : « entrer quelque chose dans l’esprit de quelqu’un de façon durable ». 

Le contemporain sera donc moderne à partir du moment où il ne gommera pas le passé, sans quoi ne resterait-il qu’un moment suspendu, sans influence réel sur le futur, puisque non souché sur cet indispensable socle que symbolise l’Ancien. Alors, me direz-vous, comment modeler un profane, qui semble venir de nulle part ? Eh bien grâce aux métaux, dont le dépôt en début de tenue puis la restitution, en fin de tenue, créeront ce mouvement d’énergie, ce flux apte, par ses allers-retours, à agir sur l’initié. Les métaux sont le viatique de l’Homme moderne, en ce qu’ils permettent de lier passé et présent par un même aliment, ici déposé et là restitué, en une forme de gage métaphysique. Les métaux, par les 2 pôles du dépôt et de la restitution, vont induire, à la façon des 2 pôles magnétiques, des lignes de force qui disposeront et orienteront les atouts et les faiblesses de chaque récipiendaire promis à l’initiation au degré suivant.

Ces métaux ne seront plus jamais, après le 1er degré, dénommés comme tels : ils prendront la « forme », au sens aristotélicien, du grade supérieur, devenant ainsi les bras armés de la modernité. Quelques exemples : les métaux de Johaben seront successivement la curiosité, l’impulsivité, la transgression puis la reconnaissance, l’orthodoxie ; ceux de Salomon la prescription, l’injonction puis la souplesse, la sagesse, la résilience ; ceux du Chevalier du Serpent d’Airain la robustesse, la bonne santé, la pugnacité, puis la honte, la déchéance (tancé qu’il sera, comme le dit l’instruction du 26ème degré, de « vouloir s’élever en rampant comme un vil reptile »). Le Serpent d’airain est un candidat intéressant à l’étude de la modernité, car, étant structurellement le produit d’une antinomie. Il en est aussi l’antidote. 

Le Serpent d’Airain est la somme de 2 métaux faibles, ductiles et mous, le cuivre et l’étain, réunis en un alliage « fort » qui en transcende les propriétés, l’airain. Cette alliance métallique l’affranchit de tout déséquilibre : il est donc moderne, en ce sens qu’il est lui-même le théâtre d’une confrontation vertueuse, par son « équilibre structurel » assumé. Cette capacité lui permet, comme le dit le rituel, de « porter volontairement le joug de mes frères », car le joug nait toujours d’un déséquilibre, par l’advenue d’un pôle fort exerçant par nature sa dominance sur le pôle faible. Tout ce que n’est pas le Chevalier du Serpent d’Airain.

Cet état de fait rappelle, en écho, cette phrase de Barbey d’Aurevilly : « La spéculation la plus escarpée a les pied dans la pratique de la vie, et les principes mènent les hommes, et les plus bruts d’entre eux, la chaine de la logique au cou ».  Seul le 1er degré aura symbolisé les métaux comme des vices, des passions tristes ou des défauts, et ceci pour une raison très simple : il fallut les « stigmatiser » fortement afin d’en faire des jalons incontournables, en leur donnant l’énergie de la morale.

Car, quoi de plus efficace que de convoquer la morale, chez les judéo-chrétiens que nous sommes, afin de nous marquer au fer rouge initiatique ? Les épreuves deviendront, par leur caractère confrontationnel, imbriquant et combinatoire, les fers de lance de la modernité. Les épreuves soumettront ainsi la capacité du récipiendaire à se faire violence, c’est-à-dire à établir une collusion entre la mémoire, fût-elle civilisationnelle (les 4 Éléments alchimiques, les grands initiés, les arts et les vertus, etc…), et l’actualité factuelle, car évènementielle, de toute cérémonie d’initiation.

Tout comme en physiologie où les échanges transmembranaires d’ions métalliques génèrent un influx transmis tout au long du nerf, les métaux symboliques induiront un « flux de nouveauté » et donc de modernité entre les 2 tenants temporels que sont Anciens et Contemporains, c’est-à-dire, dans notre cas de figure, entre le degré que l’on quitte, et le degré qui nous accueille. Les épreuves seront l’interface entre le statisme constitutionnel de celui qui se présente auréolé des connaissances du passé, et sa nécessaire et perpétuelle mise à jour.  Par ce biais, les épreuves montreront à l’initié ses limites tout en étant didactiques : Victor Hugo, dans Les travailleurs de la mer, ne dit pas autre chose sur l’Homme moderne : « Tout borne l’Homme, mais rien ne l’arrête. Il réplique à la limite par l’enjambée. L’impossible est une frontière toujours reculante ». La violence de cette reculade sera, dans son intensité, à l’aune de la fixité structurelle du récipiendaire : un bon exemple, celui de la cérémonie d’initiation au 26ème degré, où l’on simule la chute physique du récipiendaire, Chevalier Du Serpent d’Airain, car quoi de plus traumatisant qu’une chute dans le vide afin de fendre l’armure de celui qui est encore l’archétype de « l’homme en bonne santé », comme le précise le rituel ?

Le challenge, durant la cérémonie d’initiation au grade d’Écossais Trinitaire, sera ainsi de « dématérialiser » en quelque sorte ce parangon de force vitale qu’est le Serpent d’Airain, de façon à ce qu’il transcende sa propre réalité en valeurs spiritualistes. Dit autrement, l’énergie à déployer au 26ème degré devra être à l’aune de la rétention physique causée par le caractère apparemment inexpugnable du Chevalier Du Serpent d’Airain. Á ce 26ème degré, la violence et la soudaineté de la chute dans le vide, provoquée par la gravitation terrestre, sera ainsi en mesure de mordancer, à la façon d’un acide, cette imprenabilité constitutionnelle du Chevalier du Serpent d’Airain et de ses irréfragables certitudes. La modernité sera à ce prix. Ici, son audace de Chevalier Du Serpent d’Airain lui sera alors reprochée, car « cette audace, trouble le Grand Œuvre » est-il dit dans le rituel.  Ce « reproche » avalisera le candidat tout en l’exposant, créant ainsi un pont avec le degré suivant, et contribuant donc à la modernité du Prince de Mercy, 26èmedegré du rite.

Il ne s’agira pas ici de démonter un acquis, mais de le replacer dans un nouveau contexte où l’idée du grade précédent deviendra simplement une strate de connaissance. Le caractère parfois péremptoire du message sera là pour faciliter le passage à un nouveau contenu, par l’énergie, fût-elle impétueuse, qu’elle engagera. Alain Finkielkraut définit d’ailleurs la modernité comme telle : « le sens de l’actualité réside dans le duel sans merci que se livre le Bien moderne et le Mal rétrograde ». Le terme de « rétrograde » n’est pas à prendre ici dans son caractère péjoratif, mais qualifie la « rétrogradation » comme un levier initiatique, facilitant l’amalgame entre passé et présent. Un exemple de rétrogradation légendaire : le rappel, au 13ème degré du REAA, du narratif mythique expliquant qu’avancer vers le cœur de l’initié au 13e degré est formalisée par une rétrospection à la fois spatiale, par l’abord d’un lieu souterrain aujourd’hui condamné, et temporelle, par le rituel qui nous dit : « La voûte Sacrée était située sous le sanctuaire du Temple, elle avait été creusée par Hénoch avant le Déluge ».

Ce que veut nous montrer le 13ème degré est qu’on ne peut pas prendre conscience d’une antériorité fondatrice s’il n’existe pas d’axe de filiation entre les époques, permettant de relier cette réalité à son révélateur final, mais aussi à son origine temporelle. Cet axe est au 13ème degré l’avatar d’un songe qui décrit la descente d’Hénoch depuis la montagne vers le centre de la terre. La modernité est par essence récurrente en franc-maçonnerie, puisqu’on ne peut pas passer d’un grade au suivant sans justifier d’un axe consubstantiel aux 2 grades considérés, l’« Ancien » et le « nouveau ». Par exemple, entre le 21ème et le 22ème degré, le lien de modernité sera objectivé par les cendres de Phaleg et les fragments de pierre et de marbre enfouis, appartenant au narratif du Noachite, qui nourriront ensuite, chez le Chevalier de Royal Hache, par leur minéralité, les cèdres du Liban, symboles vivants d’une continuation spirituelle par cette matière infiniment renouvelable dont seront faites les « saintes entreprises », c’est-à-dire les arches et les temples.La modernité pourra être ainsi considérée comme le fer de lance de l’idée maçonnique, dans la mesure où elle structurera l’initié tout en l’émancipant par ce qu’il vient d’acquérir : émanciper ne veut pas dire se distancier mais au contraire continuer à avancer en prenant appui sur ce qui est déjà connu, sans sacrifier son intégrité constitutionnelle.

Thierry Didier.

LA LUMIÈRE DE LA MODERNITÉ

LA LUMIÈRE DE LA MODERNITÉ

ABONNEZ-VOUS EN DÉPOSANT UNE ADRESSE MAIL DANS LA FENÈTRE S’INSCRIRE A LA NEWSLETTER. (GRATUIT)

 

 

POUR LES ABONNES : IL EST POSSIBLE DE RECEVOIR GRATUITEMENT LES TEXTES DES ARTICLES AU FORMAT WORD EN ECRIVANT A L’ADRESSE SUIVANTE :

 

COURRIERLAFMAUCOEUR@GMAIL.COM

 

 

INFO : LE BLOG RESPECTE LA LOI RGPD

 

WWW.LAFRANCMACONNERIEAUCOEUR.COM

 

 

DÉSABONNEMENT SUR SIMPLE DEMANDE SUR LE SITE OU À L’ADRESSE MAIL : COURRIERLAFMAUCOEUR@GMAIL.COM

 

 

ASTUCE : CLIQUEZ SUR LES IMAGES POUR LES AGGRANDIR.

 

FAITES CONNAÎTRE LE BLOG À VOS AMIS.

Commenter cet article