AMOUR ???
J’aime pourquoi ? Comment ? Suis-je maître d’aimer, ou fou d’aimer ? Puis-je garder secret mon amour ? Le dois-je ? Aimer quoi, qui, tout ? Aimer toujours et encore pour vivre, vivre d’Amour et ne pas en mourir, espérer l’Amour. Enfermer l’Amour ? Le donner sans espoir de retour, le partager toujours… Ne pas cesser de le questionner. L’espérer jusqu’au dernier souffle, après qu’importe…
Jean-François Guerry.
Amour ! « Loi », dit Jésus. « Mystère », dit Platon.
Sait-on quel fil nous lie au firmament ? Sait-on
Ce que les mains de Dieu dans l’immensité sèment ?
Est-on maître d’aimer ? Pourquoi deux êtres s’aiment,
Demande à l’eau qui court, demande à l’air qui fuit,
Au moucheron qui vole à la flamme la nuit,
Au rayon d’or qui vient baiser la grappe mûre !
Demande à ce qui chante, appelle, attend, murmure !
Demande aux nids profonds qu’avril met en émoi !
Le cœur éperdu crie : Est-ce que je sais, moi ?
Cette femme a passé : je suis fou. C’est l’histoire.
Ses cheveux étaient blonds, sa prunelle était noire ;
En plein midi, joyeuse, une fleur au corset,
Illumination du jour, elle passait ;
Elle allait, la charmante, et riait, la superbe ;
Ses petits pieds semblaient chuchoter avec l’herbe ;
Un oiseau bleu volait dans l’air, et me parla ;
Et comment voulez-vous que j’échappe à cela ?
Est-ce que je sais, moi ? C’était au temps des roses ;
Les arbres se disaient tout bas de douces choses ;
Les ruisseaux l’ont voulu, les fleurs l’ont comploté.
J’aime ! – Ô Bodin, Vouglans, Delancre ! prévôté,
Bailliage, châtelet, grand’chambre, saint-office,
Demandez le secret de ce doux maléfice
Aux vents, au frais printemps chassant l’hiver hagard,
Au philtre qu’un regard boit dans l’autre regard,
Au sourire qui rêve, à la voix qui caresse,
À ce magicien, à cette charmeresse !
Demandez aux sentiers traîtres qui, dans les bois,
Vous font recommencer les mêmes pas cent fois,
À la branche de mai, cette Armide qui guette,
Et fait tourner sur nous en cercle sa baguette !
Demandez à la vie, à la nature, aux cieux,
Au vague enchantement des champs mystérieux !
Exorcisez le pré tentateur, l’antre, l’orme !
Faites, Cujas au poing, un bon procès en forme
Aux sources dont le cœur écoute les sanglots,
Au soupir éternel des forêts et des flots.
Dressez procès-verbal contre les pâquerettes
Qui laissent les bourdons froisser leurs collerettes ;
Instrumentez ; tonnez. Prouvez que deux amants
Livraient leur âme aux fleurs, aux bois, aux lacs dormants,
Et qu’ils ont fait un pacte avec la lune sombre,
Avec l’illusion, l’espérance aux yeux d’ombre,
Et l’extase chantant des hymnes inconnus,
Et qu’ils allaient tous deux, dès que brillait Vénus,
Sur l’herbe que la brise agite par bouffées,
Danser au bleu sabbat de ces nocturnes fées,
Éperdus, possédés d’un adorable ennui,
Elle n’étant plus elle et lui n’étant plus lui !
Quoi ! nous sommes encore aux temps où la Tournelle,
Déclarant la magie impie et criminelle,
Lui dressait un bûcher par arrêt de la cour,
Et le dernier sorcier qu’on brûle, c’est l’Amour !
VICTOR HUGO. Guernesey.
Victor Hugo vécut une partie de sa vie en exil. Après la Belgique et Jersey, l'écrivain, une partie de sa famille et Juliette Drouet (sa maîtresse) débarquent le 31 octobre 1855 sur l’île anglo-normande de Guernesey pour y séjourner plus de quinze ans jusqu'en 1870 au 38, "Hauteville Street".
Suite au coup d'état bonapartiste du 8 décembre 1855, Victor Hugo se voit contraint quelques jours plus tard de quitter la France, déguisé en ouvrier, pour la Belgique où il réside un peu plus d'un an avant de rejoindre l'île de Jersey. Puis sous le coup d'une nouvelle expulsion, il s'exile de nouveau, avec l'un de ses fils et sa fidèle maîtresse Juliette Drouet, et embarque à nouveau pour Guernesey.
Ce 31 octobre 1855, une foule nombreuse est réunie sur le quai de Saint Peter Port de Guernesey pour accueillir tout autant l'écrivain, l'homme politique que le proscrit le plus célèbre de son temps…
Victor Hugo séjourne avec son fils à l'Hôtel de l'Europe alors que Juliette Drouet, sa maîtresse s'installe un peu plus loin dans un hôtel du port. Victor Hugo, rejoint peu après par sa famille, s'installe dans un meublé avant d'investir dans l’achat d'une belle bâtisse au 38 rue de Hauteville.
Agnès Perry, guide à Guernesey, habite l’île depuis plus 30 ans. Elle nous raconte devant "The Royal Court" l'achat de cette maison baptisée Hauteville House en décembre 1856.
Hauteville House, une maison "autobiographique"
Propriétaire pour la seule et unique fois de sa vie, à l'abri d'une expulsion car une loi le protège, Victor Hugo aménage une maison "autobiographique" à la décoration originale et spectaculaire, constituée en partie de meubles ou de portes récupérés ou achetés aux gens de l'île.
Malgré quelques voyages hors de l'île, Victor Hugo semble se plaire à Hauteville House et sa vie entre sa famille et sa maîtresse semble bien organisée. Entre 1862 et 1867 accompagné de Juliette, il passe l'été en Belgique, au Luxembourg ou sur les bords du Rhin. La famille se réunit aussi à Bruxelles parfois et c'est là que le 27 août 1868 Madame Hugo décède.
Hauteville House est une bien grande demeure pour Victor Hugo et malgré la présence épisodique de ses petits enfants, qui ont le privilège de pouvoir déranger l'écrivain dans son look out (sorte de vigie / bureau vitré au dernier étage de la maison avec une vue imprenable sur le port et tout du moins lors des premières années également sur la petite maison de Juliette où l'écrivain l'a provisoirement installée), celui-ci se retrouve parfois seul avec sa fidèle cuisinière Bretonne et ses domestiques.
Le quotidien de Victor Hugo à Guernesey
L'une de ses premières visites officielles de l'écrivain est consacrée la même année à la prison de Saint Peter Port car Victor Hugo est sensible aux conditions de détention carcérale depuis l'affaire John-Charles Tapner, une affaire qu'il relate dans Actes et Paroles II – Pendant l'exil :
"Janvier 1854
Peuple de Guernesey,
C’est un proscrit qui vient à vous. C’est un proscrit qui vient vous parler pour un condamné. L’homme qui est dans l’exil tend la main à l’homme qui est dans le sépulcre. Ne le trouvez pas mauvais, et écoutez-moi. Le mardi 18 octobre 1853, à Guernesey, un homme, John-Charles Tapner, est entré la nuit chez une femme, Mme Saujon, et l’a
tuée ; puis il l’a volée, et il a mis le feu au cadavre et à la maison... Les crimes ne sont pas complaisants, et l’incendie a refusé de cacher l’assassinat. La providence n’est pas une receleuse ; elle a livré le meurtrier. Le procès fait à Tapner a jeté un jour hideux sur plusieurs autres crimes...Cet homme a été jugé ; jugé avec une impartialité et un scrupule qui honorent votre libre et intègre magistrature... si la vie de l’homme est vénérable, si l’âme de l’homme est immortelle ; si Dieu seul a le droit de retirer ce que Dieu seul a eu le pouvoir de donner, si la mère qui sent l’enfant remuer dans ses entrailles est un être béni, si le berceau est une chose sacrée, si le tombeau est une chose sainte, insulaires de Guernesey, ne tuez pas cet homme !
Je dis : ne le tuez pas, car, sachez-le bien, quand on peut empêcher la mort, laisser mourir, c’est tuer."
Les années passent et le quotidien de Victor Hugo est rythmé par les visites des notables et des gens de l'île, par les "chasses aux coffres" avec Juliette Drouet, par des bains de mer dans la baie de Havelet - il note dans ses carnets en 1857 alors qu'il n'est là que depuis deux ans : "j'ai pris mon cent vingt cinquième bain - et par l'écriture bien sûr. Que ce soit des correspondances nombreuses ou ses ouvrages, c'est d'ailleurs à Guernesey que Victor Hugo termine Les Misérables.
Victor Hugo se montre généreux à bien des égards avec les insulaires, sa production littéraire prolifique offre du travail aux locaux, notamment à un certain Mr Henry Turnercomme vous l'explique Agnès Perry.
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