Les espaces liminaires au 1er degré du Rite
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’appellerai, dans ce texte, du terme de myste l’homme en voie d’être initié, c’est-à-dire attaché aux mystères tels que le concevaient les grecs. En effet, lors des mystères d’Eleusis, myste qualifiait le 1er degré de l’initiation, tout comme ce que nous aborderons ici. De plus, comme je devrais souvent changer de qualificatifs pour déterminer la fonction transitoire du futur initié au cours de la cérémonie d’initiation au 1er degré, ce terme de myste sera suffisamment indépendant et universel pour ne pas créer de confusions avec les autres dénominations. Ainsi, le vocable premier porté par le myste avant d'être admis à l'intérieur du temple pour subir les grandes épreuves de l'initiation, sera fort logiquement celui de profane. Le mot profane est emprunté au latin profanus, composé de pro, « devant » et de fanum « lieu consacré ou temple ».
Par essence, le profane ne sait donc qu’il n’en est un qu’aux yeux de ses futurs initiateurs. Tout simplement parce qu’on ne peut pas être devant quelque chose dont on ignore encore l’existence. Néanmoins, dès sa demande à l’obédience, ou par le biais d’un parrain, ce profane ignoré va rentrer dans un monde compartimenté, celui de candidat, où chacune des rencontres avec le Vénérable Maître, puis les enquêteurs, puis l’épreuve du bandeau constitueront des premiers vases clos installant le candidat dans une dynamique vertueuse. Arrivera le jour de la cérémonie d’initiation qui aura ceci de spécifique, par rapport aux grades maçonniques suivants, qu’elle comportera différents seuils nommément reconnus, qui viendront « découper » le rituel en segments successifs.
Le candidat deviendra ainsi successivement profane, puis postulant, puis récipiendaire, puis néophyte avant de devenir un initié complet. Comme souvent dans l’initiatique, les mots ont plusieurs significations : candidat est emprunté au latin candidus, proprement « vêtu de blanc », et plus tard, à l’époque classique, « celui qui brigue une fonction » : nous avons là toute la complexité de l’être humain, puisque le qualificatif de candeur lui sera également appliqué, rejoignant, selon son étymologie variée, une forme de naïveté, de brillance éclatante, de pureté morale et de probité totale. Le candidat ne sera bien sûr pas tout cela, mais il devra tendre à le devenir.
On retrouve bien ici l’esprit de la franc-maçonnerie, dans lequel le candidat à un degré déterminé se voit souvent diminué, moralement ou physiquement au moment de son initiation, ceci non pas évidemment pour le brimer, mais parce que ce dénuement favorisera la réception et l’imprégnation des évènements dudit degré. Nous savons que, lors de toute cérémonie, le déroulé des évènements du degré expose, par avance, à la vue et à l’esprit du candidat ce que sera son chemin à ce degré. Ainsi, pourquoi ne pas également le représenter dès le début de la cérémonie comme celui qu’il devrait être à l’issue de l’exercice, c’est-à-dire comme un homme « augmenté », accru, exalté, fortifié ? Après tout, s’il a résisté aux épreuves, il ne peut en être que transformé. Cette transformation étant parfaitement codifiée et calibrée par le rituel, elle ne pourra être que réussite et accomplissement. Le rite y ajoutera une touche subtile, en parlant, je fais une petite entorse au degré, de la « candeur des Maîtres », référence au fond blanc du tablier, affirmant non pas une quelconque naïveté, mais ce qu’on appellera à un moment de notre cheminement, « la force de l’innocence » (Schor Laban, le taureau blanc, en hébreu). Et c’est bien tout cela un candidat, un mix entre pureté des intentions, force de la jeunesse et capacité à se transformer. Ce mélange fera que l’homme, par nature composite, complexe et hétéroclite, aura du mal à s’exporter avec fluidité dans ce goulet d’étranglement initiatique que constitue une cérémonie d’initiation. C’est pourquoi « forcer le passage » ne pourra se faire que par le biais d’épreuves en tout genre, physique, morales et mentales.
C’est aussi pourquoi chaque passage d’un temps fort de la cérémonie à un autre temps fort verra son seuil renouvelé dans sa dénomination tout au long du parcours. Ce renouvellement validera transitoirement le myste à poursuivre le chemin. Le futur initié avancera donc à la façon d’un moteur à explosion, par seuils successifs, mais seule sera perceptible la limpidité d’une alternance parfaite des seuils et des temps forts. Ces actes de bravoure demanderont, pour être validés, à ce que le candidat confirme plusieurs fois au Vénérable Maître son intention de continuer. Car la fluidité d’une attitude dépend à la fois de la pugnacité du candidat et d’une réitération suffisamment fréquente pour créer un sentiment de continuité.
En fait, le seuil réagit comme l’outil : isolés, ils apparaissent tous les 2 pesants, statiques, désincarnés ; mais mêlés à la main et à l’esprit de l’homme, ils se transcendent en compagnons discrets de notre évolution. Nous pourrions dire que les seuils seront à l’écriture symbolique les déliés, là où les textes rituéliques et les épreuves en seront les pleins. Le candidat ne sera donc plus tout à fait un profane, puisqu’en le qualifiant ainsi, le rituel l’embarquera aussitôt dans un nouveau monde. L’initiation consistera symboliquement à circonscrire le futur initié, en s’adressant à son for intérieur, et à le faire « avancer symboliquement de quelques mètres », depuis le Cabinet de Réflexion, jusque dans la loge.
Il ne s’agira que de quelques pas, mais ceux-ci seront infiniment longs, à la mesure de l’effort qu’aura consenti à effectuer le futur initié dans son intention à devenir un initié. Car il ne s’agit pas ici de mètres linéaires, prosaïques, identifiés par leur quantité, mais de seuils multiples, personnifiés dans leur qualité : postulant, puis récipiendaire, puis néophyte, etc… Ces seuils ne sont pas des grades, d’abord parce qu’ils sont situés à l’intérieur d’un degré et ne portent donc pas la légitimité du grade tout entier. Ensuite parce que ces seuils sont, je le répète, endossés par celui qui les porte.
Contrairement au grade, qui vient habiter tout entier le contenu d’un degré, Il s’agira de faire porter ici par le candidat une coloration transitoire, entrecoupée desdits seuils... A SUIVRE
Thierry Didier.
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