"Être informé de tout et condamné ainsi à ne rien comprendre, tel est le sort des imbéciles… Un monde gagné pour la Technique est perdu pour la Liberté"
Georges Bernanos - La France contre les robots
" La translation trop rapide d'un climat à un autre produira sur les voies respiratoires un effet mortel,en même temps queles brusques changements de nourriture, le passage du beurre comme condiment à l'huile feront naître desétats dyspeptiques et dysentériques qui exigeront un prompt rapatriement. Le mouvement de trépidation suscitera des maladies nerveuses, telles que la danse de Saint-Guy, des affections hystériques et des syndromes épileptiformes, tandis que la fugace succession des images entraînera des inflammations de la rétine. La poussière et la fumée occasionneront des bronchites et des adhérences de la plèvre. Enfin l'anxiété des périls constamment courus tiendra les voyageurs dans une perpétuelle alerte et sera le prodrome d'affections cérébrales. Pour une femme enceinte, tout voyage en chemin de fer entraînera infailliblement une fausse couche avec toutes ses conséquences."
Difficile de ne pas citer l'ancêtre du "principe de précaution" émis par les savants de l'Académie de Médecine deLyon en septembre 1835 lorsqu'ils furent amenés à se prononcer sur l'épineux sujet de l'époque "les dangers des voyages en chemin de fer". Tout y est, le caractère solennel qui sied à de doctes savants de la Faculté, levocabulaire suffisamment commun pour effrayer le citoyen moyen et cependant émaillé de termes ésotériques pour assurer la crédibilité scientifique. Nul doute que tout un chacun n'empruntait pas le chemin de fer sans une inquiétude proche de l'angoisse.
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Jugement dérisoire, aveuglement intellectuel, fruit d'une querelle d'Anciens et de Modernes, mais à la réflexion ladistance est-elle si grande entre ces propos et les déclarations de nos experts et spécialistes pontifiant sur l'utilité ou l'inutilité des masques pour juguler la pandémie du Covid19 ? On sait ce qu'il en fût …
En fait de quoi s'agit-il ?
D'un problème d'information ? De bonne ou de mauvaise foi ? On pressent que la solution n'est pas immédiate, quela réponse est complexe car elle touche au fondamental de l'homme, à ce qui taraude son esprit. À force de se prendre pour des dieux, les hommes ont eux-mêmes fini par y croire et ils acceptent mal le désordre de leur environnement …
Ajoutons à cela que l'information doit circuler rapidement, que le temps est compté, que notre société nous pré mâche les informations à coups de "six minutes" ou de "flash éclair". Tous les ingrédients sont réunis pour que le jugement soit faussé, que prévalent les intérêts financiers, économiques, politiques là où place devrait être faite à tolérance, objectivité, analyse, temps de réflexion …
Science et conscience, science et ignorance, sacré et profane… Les binômes se mettent en ligne, s'interpellent et se complètent. Peut-on traiter de la science, ici de l'intelligence artificielle avec la même désinvolture que du cours desvaleurs boursières qui prennent un malin plaisir, à coter le contraire des prévisions des "traders", hercules aux piedsbien fragiles ?
Le philosophe l'a dit : "il n'est pas de science sans conscience" mais il n'est pas plus de science dans l'ignoranceet la science épouse fréquemment les limites du sacré dans l'imaginaire de l'homme.
Il en va de l'intelligence artificielle comme de l'honnêteté, jusqu'où sommes-nous prêts à aller pour que le monde soithonnête, pour certains jusqu'àla limite de se faire prendre, pour beaucoup par nécessité d'organisation sociale, pour d'autres par conviction, par idéal religieux, par humanisme ? Quel prix sommes-nous prêts à payer ; préférons-nous tricher en acceptant pour soi ce que nous refusons aux autres ou faisons-nous la part des choses?
Mais comment trancher entre le trop et le nécessaire ?
Peut-être ou aussi en redevenant citoyen. Le citoyen a le droit au savoir et également le devoir du savoir. Si le "nul n'est censé ignorer la Loi" sombre dans le ridicule quand on sait que les lois se comptent par milliers, on pourrait concevoir l'obligation à s'informer avant de se prononcer, obligation qui en génère une autre, celle de donner une information impartiale, suffisante, objective et accessible. "Nul ne sera censé ignorer ce que nul n'est censé cacher", voilà les nouvelles règles d'accès à la connaissance pour le citoyen du 21ème siècle.
Il n'en demeure pas moins que la tentation est forte de demander à la science les réponses qui font défaut. Dans un monde où la technique ne connaît pas de limites, pourquoi ne pas charger la science de gérer l'impossible ? Tout est ici une question de mesure et d'éthique mais comment doser la mesure, sur quels critères faire reposer l'éthique ? Je jette l'éponge au philosophe pour nous donner d'un mot : l'éthique une réponse à tant de questions inhérentes à l'inquiétude de l'homme devant son destin.
En définitive, l'intelligence artificielle renvoie à une éthique de responsabilité. L'homme se doit d'être attentif aux effets négatifs éventuellement engendrés par son action sur le vivant. Il lui faut éviter ces effets, le cas échéant, en évitant l'action elle-même. Les effets négatifs peuvent être voulus, la responsabilité est alors active. Mais ils peuvent être non intentionnels ; la responsabilité, pour être passive, n'en est pas moins effective.
Nous parlions auparavant de liberté humaine et l'impression tend maintenant à s'imposer que les questions abordées ne seraient qu'affaires de spécialistes … bref, des scientifiques. Si subsiste la liberté, seule semble coordonnée celle du scientifique, la liberté de celui qui sait. L'IA se réduirait ainsi au débat entre des scientifiques promouvant des innovations et d'autres scientifiques qui en suspecteraient les retombées néfastes ; les uns et les autres armés de leurs compétences et de leurs libertés de conscience respectives. La liberté n'a pas disparu, mais elle estaccaparée par le spécialiste, l'expert. Et d'une certaine manière, en écho a nos toutes premières phrases, c'est encore le pouvoir qui fonde le devoir, et plus encore, le droit. Cette tendance est dangereuse ; elle porte un nom connu : la technocratie. Cette tendance est à dépasser.
Quel discours sera porteur, quelle action prévaudra ? Pour répondre, il faut afficher des valeurs, " voilà justement ce qui fait que votre fille est muette " répondrait Sganarelle (Molière, Le médecin malgré lui, acte II, scène VI)
YANN
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