PARTIR
« Notre existence se trouve entre deux éternités ».
Platon.
Un jour prochain, je vais partir. Je ne sais pas quel jour, mais je sais que je vais partir. C’était écrit dès le départ. Vous direz surement il n’est plus là, peut-être il est présent ailleurs, ou il a laissé une trace de son passage. J’ai vu des frères partir avec la peur au ventre, avec des ressentiments. J’en ai vu d’autres préparer leur départ, adoucir leur départ, faire le tour de leurs petites affaires terre à terre, puis aller visiter leur dernière demeure s’habituer aux allées garnies de granit et de symboles, aux espaces silencieux. Ceux-là ne veulent pas augmenter la tristesse de leurs proches, le départ est souvent un passage difficile inutile de le rendre encore plus triste. Je voudrais simplement avant de partir ne pas avoir a exprimé de regrets, mais garder le temps qui me reste, pour écrire et dire toute ma gratitude à tous, pour ce qu’ils m’ont donné, pour ce que j’ai reçu. Avant mon départ, je ne demande rien, pas une dernière fois ceci ou cela, j’ai déjà tellement reçu, je n’ai plus de place ou ranger quelque chose d’autre. Gardez tout, pour mes proches s’ils en ont besoin. Je n’ai plus besoin de rien, je prépare mon voyage, en attendant je m’efforce de me tenir en joie, selon le sage conseil de Spinoza. C’est vrai et véritable : « Qu’il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux : un temps pour naître, et un temps pour mourir ; un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté ». [1]Lorsque mon corps sera arraché à cette terre, c’est que j’aurais fait mon temps, comme le disait ma grand-mère avec sagesse en consultant les avis d’obsèques : celui ou celle-là, a fait son temps, ce sera bientôt mon tour. Je pourrais partir bientôt en voyage, voyager du Septentrion au Midi, de l’Occident à l’Orient parce que vous m’avez donné les mots, bons mots, mais aussi les gestes et les paroles, vous m’avez aidé à tracer ma voie. J’ai retenu qu’il faut naître pour mourir et mourir pour naître. Il est des morts prématurées qui plongent ceux qui restent dans une souffrance qui ne meurt pas, parce que le grain encore vert, ne repousse pas. Mais quand le grain est mûr, il doit retourner à la terre sinon il ne donnera pas de fruit. La vie ne nous pas ôtée, elle est transformée. Bien sûr qui saurait le nier, le corps expire, mais l’âme respire toujours. « La mort est une porte, un passage, vers le pays de l’immense amitié, de la tendresse infinie ». Nous le savons bien, nous qui proclamons que ceux qui sont absents physiquement son toujours présents dans nos cœurs. La mort a ceci de sublime qu’elle nous permet de « renaître plus radieux que jamais ! »
« La mort nous élève au-dessus des insouciances
et des banalités du quotidien.
L’homme ne meurt pas.
La mort est un accouchement vers la lumière ».[2]
Et puis, pourquoi se soucier de la mort Épictète ne disait-il pas que ce n’est qu’un instant, avant d’être mort nous étions bien vivants et quand nous sommes morts nous ne souffrons plus. Ce qui nous fait souffrir c’est l’idée de la mort. Le sage Confucius disait aussi : « J’ignore tout de la vie, que saurais-je de la mort ? »
Jean-François Guerry.
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