TRAVAILLER …
Travailler sur soi, travailler pour soi, travailler pour les autres, travailler pour le monde, pour un monde. C’est se réparer sans cesse, c’est le réparer le rénover pauvre monde. Travailler est presque devenu un mot désuet, un projet d’un autre temps, du temps où le matin on s’étirait avec joie en ouvrant les deux battants clos dans la hâte de voir la Lumière, du soleil à l’orient.
Chaque matin, la page blanche d’une nouvelle journée à écrire pour échapper à la mort. « On est absent de sa propre mort. Mais la mort de ceux qu’on aime, impossible d’y échapper. Écrire, c’est aimer de nouveau, souffrir deux fois »[1] Cela semble dérisoire voire inutile couvrir d’encre des pages vierges, n’est-ce pas souiller un peu la pureté du jour. Ce matin, je me demande : est-ce que l’on peut se consoler de la mort d’un proche, est-ce que l’on peut consoler un mort ? « Moi je crois que oui. Par l’écriture, entre autres. Il n’est jamais peut-être trop tard pour consoler quelqu’un »[2] Écrire, c’est lui dire que l’on pense à lui, que l’on est avec lui, qu’on l’aime. Tous les ans j’écris au moment des vœux à la veuve d’un de mes Frères, en mon nom et au nom des Frères de ma Loge, tous les ans je lui dis que nos pensées vont vers lui, ce cher André.
Lui, qui n’écrivait pas ou très peu, qui ne parlait que quand cela était utile à ses Frères. Lui qui avec humilité servait ses Frères, un opératif loin des discours, il venait sur la pointe des pieds, et partait juste avec un sourire qui s’accrochait à nos cœurs.
Le vendredi soir, André le taiseux parla beaucoup, comme s’il voulait nous donner un peu plus de lui avant de partir. Le samedi matin sa veuve m’appela : André est mort cette nuit ! Soudain, j’ai eu envie de lui dire André parle-nous encore, ne fais pas le mort ! On ne meurt pas le matin, on se lève André. J’appelle mes Frères, André oui André, « est mort hier soir et pourtant le pain de froment est encore bon et pourtant l’eau coule comme d’habitude et les chevaux s’y abreuvent »[3] Le capiton du cercueil était blanc ou violet, je ne sais plus. Mais nous étions là, bras ballants, inutiles. Le travail s’est arrêté, dans un temps de re- création. Nous étions là les Frères unis, et les Compagnons d’André cannes en main entourant le cercueil avec leur mère au centre du cercle. Soudain, un souffle sur cette terre qui aimanta longuement les pieds d’André toute sa vie, un dernier souffle d’À Dieu, et André s’en va dans les volutes parfumées vers le ciel, tout le ciel qui l’attend.
La re-création est finie, le travail reprend force et vigueur, nous sommes à nouveau dans la joie de l’espérance, pour toujours avec André.
Jean-François Guerry.
[1] Jean Sulivan- pseudo de Joseph Lemarchand 1910 -1980 Montauban de Bretagne, Boulogne Billancourt Prêtre catholique enseignant, poète, écrivain, Prix Breizh 1976, Grand Prix catholique de littérature.
[2] Christian Bobin.
[3] Sohrab Sepehri 1928-1980. Poète, peintre, iranien : ses thèmes sont la nature, l’amitié, le sens de la vie.
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