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MOURIR POUR VIVRE
Notre société incline t’elle à mourir ou à vivre ? La tentation du suicide, n’est pas nouvelle, depuis l’antiquité quand les hommes épris de sagesse ce sont posé les questions de la valeur de leur vie, de l’intérêt de leur vie.
Comment des hommes peuvent-ils envisager de se donner la mort et être qualifiés de sages dans l’accomplissement de ce geste ? Les stoïciens, Socrate, Platon, pensaient que le sage dans telle ou telle situation pouvait se donner la mort. Socrate n’a-t-il pas bu volontairement la cigüe, il n’a pas fui son serment de respecter et défendre la justice. Certains, qui connaissent encore la valeur d’un serment préféreraient avoir la gorge tranchée plutôt que d’être parjure. Le Maître Architecte aurait pu rompre son serment et il aurait eu la vie sauve. Arnaud Beltrame aurait pu détourner le regard et renoncer à l’accomplissement de son Devoir pour sauver sa vie. La vie a-t-elle alors autant de valeur, de saveur, vaut-telle la peine d’être vécue ? Sénèque et sa femme choisirent de se donner la mort, un peu forcés il est vrai par Néron dont il fut le précepteur. « Que de fois nous mourrons de notre peur de mourir ».[1]La mort est associée à la liberté, méditer sur la mort, apprendre à mourir, c’est aussi apprendre à vivre, à revivre. La mort symbolique et initiatique est apprentissage de la vraie vie. Il est constant d’observer que nombreux sont ceux qui ne trouvant plus joie à vivre se laissent mourir. Diogène le Cynique aurait suspendu sa respiration, sans doute trouvant l’air trop impur ? Zénom de Citium atteint par le grand âge (belle formule) l’intégrité de son corps étant touché, se laissa mourir en cessant de manger. « Méditer la mort, c’est méditer la liberté ; celui qui sait mourir, ne sait plus être esclave ».[2] Sénèque justifie même le suicide : « On peut légitimement se suicider, pour sauver sa liberté, son honneur ou sa sagesse ».[3] Cette tentation peut aussi être liée au tædium vitæ le dégoût de la vie. C’est pourquoi, il faut mourir pour vivre, vivre mieux, vivre autrement, s’initier commencer une nouvelle vie. C’est tuer le vieil homme. Les ténèbres de la mort, sont l’avènement de la lumière de la vie. Sénèque encore nous apprend que l’homme sage ne fuit pas la vie : « L’homme de cœur, le sage, ne s’enfuit pas de la vie ; il en sort ».[4] Quelle chance nous avons de pouvoir s’exercer à la mort de manière symbolique, grâce au Rite ! Nous apprenons qu’il ne faut pas toujours chercher à retenir cette vie : « Cette vie, il ne faut pas toujours chercher à la retenir, tu le sais : ce qui est un bien, ce n’est pas de vivre, mais de vivre bien. Voilà pourquoi le sage vivra autant qu’il le doit, non pas autant qu’il le peut ». C’est ce que nous permet l’initiation maçonnique : la possibilité de mourir pour vivre, pour vivre un peu mieux. Il ne faut donc pas regretter la vie qui est sans élévation spirituelle.
Jean-François Guerry.
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