SE RASSEMBLER …
SANS S'AGGLOMÉRER …
DANS LES VOIES QUI NOUS SONT TRACÉES.
"Le temps est venu de nous unir avec nos mains et nos cœurs, en fraternité … Pas de fraternité sans Chaîne d'Union", nous enseigne Jean-François Guerry qui complète sa pédagogie maçonnique par la rupture d'apparence entre Platon et Aristote magistralement illustrée d'un trait par Raphaël dans la célèbre fresque "L'école d'Athènes".
Platon, l'idéaliste, tend le doigt vers le ciel, Aristote, le réaliste, vers la terre. Platon, l'homme des Idées, veut parvenir à contempler les modèles éternels, immuables, dans un ciel où n'accèdent que les yeux de l'âme. Aristote, l'homme des faits, veut comprendre comment ceux-ci s'agencent, s'engendrent, s'enchaînent, comment ils évoluent et disparaissent. Somme toute, l'un cherche une vérité préexistante, l'autre s'efforce de construire la nôtre. Et cette opposition prend d'autres formes encore. Platon voudrait refaire le monde, Aristote se contente de le classer. Le premier, l'utopiste, vire au révolutionnaire, le second, le réaliste, sera volontiers réformateur, soucieux de ne pas bouleverser radicalement l'ordre social. Platon est facilement extrémiste, Aristote globalement modéré.
Finalement, ces deux géants sont-ils aussi antagonistes qu'on l'a dit ? Malgré une part de vérité, l'opposition est simplificatrice. La réalité, comme toujours, est plus complexe. Si Aristote juge que Platon s'égare en forgeant ce monde qui ne correspond à rien, qui n'est fait que de mots, s'il prône le retour sur terre, il n'oublie pas les leçons du maître, quitte à les transposer et les transformer. Le disciple, même rebelle, se veut le continuateur de la démarche, non son destructeur. Il rompt en se voulant plus fidèle au projet de Platon que Platon lui-même. Car Aristote va s'appliquer à trouver l'universel en ce monde, dans ses régularités et ses lois, sans jamais faire dériver la réalité que nous connaissons d'un Principe extérieur ou supérieur.
De retour dans le monde profane, nous avons promis de "poursuivre au-dehors l'œuvre commencée dans le Temple" mais "Le vrai livre de sagesse nous force à en rabattre" est une heureuse citation que j'aimerais compléter par "Les matinaux" de René Char : "La sagesse est de ne pas s'agglomérer mais, dans la création et dans la nature communes, de trouver notre nombre, notre réciprocité, nos différences, notre passage, notre vérité, et ce peu de désespoir qui en est l'aiguillon et le mouvant brouillard".
François Cassingea-Trévedy justifie ainsi notre choix parmi les "voies qui nous sont tracées" : "Comme mes pensées ne sont pas vos pensées et comme mes voies ne sont pas vos voies, ma géométrie n'est pas votre géométrie et mon cercle à moi n'est pas le vôtre, et le point à partir duquel je construis mon cercle n'est pas celui que vous prenez ordinairement pour milieu." (Les voix contagieuses)
Elie Vidrequin
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